Algorithmes d’investigation, de traitement et de suivi du cancer du sein

Introduction

Données épidémiologiques québécoises, canadiennes et nord-américaines (mise à jour : 18 novembre 2025)

Le cancer du sein représente le cancer le plus fréquemment diagnostiqué et la seconde cause de décès par cancer au Canada chez la femme. La Société canadienne du cancer estime qu’en 2025, 31 600 nouveaux cas de cancer du sein seront diagnostiqués et que 5 400 décès auront été enregistrés au Canada [1]. Au Québec, le Registre québécois du cancer a rapporté 8 656 nouveaux cas de cancer du sein en 2023 et 1 399 décès attribuables à cette maladie en 2021 [2]. 

Les données canadienne estiment le taux de survie à cinq ans des personnes atteintes d’un cancer du sein, tous stades confondus, à 89 % [1]. En cas de maladie métastatique, les données du SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results Program, États-Unis, 2017-2021) rapportent une survie à 5 ans de 31,9 % [3].

On prévoit qu’une femme sur 8 recevra un diagnostic de cancer du sein au cours de sa vie. Le cancer du sein peut aussi toucher les hommes, mais la prévalence est beaucoup plus faible (autour de 1 % de tous les cancers du sein) [1].

 

Description succincte de la maladie

Le cancer du sein est une maladie hétérogène caractérisée par le dysfonctionnement de cellules épithéliales tapissant généralement les canaux ou les lobules du sein, qui se multiplient de manière incontrôlée et peuvent, dans certains cas, envahir les tissus avoisinants (cancer infiltrant). Ce type de cancer peut se propager aux ganglions et s’étendre à différents organes [4, 5]. 

Le cancer du sein est subdivisé en sous-types selon l’expression ou non de biomarqueurs, soit les récepteurs hormonaux (RH+ [expression ≥ 1 %] ou RH-) et le HER2 (HER2+ ou HER2- [non exprimé ou faiblement exprimé]). Combinés à d’autres facteurs, ils renseignent sur l’évolution de la maladie, le pronostic et les traitements appropriés [4, 5]. Les cancers du sein RH+ HER2- représentent le sous-type de cancer le plus fréquent (environ 70 %). Au stade précoce, son pronostic est favorable et la majorité des patientes obtient la guérison grâce aux traitements. Le cancer triple négatif (RH- HER2-) et le cancer HER2+ représentent chacun 15 à 20 % des patientes atteintes d’un cancer du sein. Le cancer triple négatif est connu pour être le sous-type le plus agressif et bénéficie de peu d’options de traitements efficaces. Les cancers qui surexpriment le HER2 (HER2+) sont associés à une forme agressive de la maladie. Toutefois, ils sont caractérisés par une forte probabilité de répondre aux traitements systémiques disponibles [6]. 

 

Les algorithmes de l'INESSS

Les différents algorithmes proposés sont destinés à faciliter la prise de décisions concernant les soins en cancérologie, dispensés par les médecins, les infirmières et les pharmaciens, et à uniformiser la pratique entre les établissements du Québec. Ils sont présentés dans une forme Web qui favorise leur mise à jour et qui tient compte des récents développements pour la prise en charge du cancer. L'enrichissement des algorithmes est fait selon un processus continu fondé sur l'examen critique des meilleures données probantes disponibles, ce qui permet l'élaboration de recommandations avec la participation des experts du Québec dans le domaine du cancer.

L’objectif du présent algorithme est de définir la trajectoire d'investigation et de traitement des personnes atteintes d’un cancer du sein en privilégiant les options thérapeutiques les plus pertinentes, disponibles et adaptées au contexte québécois, ainsi que leur séquence optimale selon le sous-type de cancer et le statut des biomarqueurs d'intérêt pour la maladie.

 

Comment utiliser l'algorithme?

Le contenu de l’algorithme est divisé en trois niveaux d’information. Le premier niveau fournit un aperçu global du thème abordé dans lequel l’information est schématisée sous la forme d’arbres décisionnels répondant aux besoins de la pratique québécoise (Algorithmes). Le deuxième niveau correspond aux recommandations qui soutiennent la pratique clinique (Recommandations). Enfin, le troisième et dernier niveau d’information (Données probantes et discussion) comprend une synthèse des principales données probantes disponibles et des éléments de discussion qui appuient les algorithmes et les recommandations formulées. Cette section permettra au lecteur d’évaluer la qualité et l’impact clinique des données probantes qui soutiennent les recommandations.

Divers liens cliquables (caractères bleus) ont été intégrés dans la structure des algorithmes afin de guider le lecteur vers les énoncés de recommandations correspondants. Des liens cliquables ont aussi été associés aux recommandations avec la mention « détails »; ils permettent de faire le pont vers les données probantes et les discussions. L’absence de cette mention signifie qu’une synthèse des données appuyant la recommandation n’a pas été développée. Ainsi, à partir d’un thème dans un algorithme, il est possible de naviguer rapidement entre chacun des niveaux d’information. 

Les modifications apportées au contenu  lors des mises à jour seront identifiées par une étiquette visuelle « Mise à jour – date JJ-MM-AAAA » et seront regroupées à la section Mises à jour au début de l’algorithme afin de les repérer facilement.

Références
1.

Comité consultatif des statistiques canadiennes sur le cancer en collaboration avec la Société canadienne du cancer, Statistique Canada et l’Agence de la santé publique du Canada. Statistiques canadiennes sur le cancer 2025. Toronto (Ontario) : Société canadienne du cancer, 2025. Accessible à : cancer.ca/Canadian-Cancer-Statistics-2025-FR (consulté le 18 novembre 2024).

2.

Ministère de la Santé et des Services sociaux. Tableau de bord - Statistiques du Registre québécois du cancer [site Web]. 2025; Disponible à: https://www.quebec.ca/sante/systeme-et-services-de-sante/organisation-des-services/donnees-systeme-sante-quebecois-services/donnees-cancer (consulté le 3 septembre 2025).

3.

National Cancer Institute (NCI) Surveillance Epidemiology End Results P. Breast - SEER 5-Year Relative Survival Rates, 2014-2020. 2024  [cited 2024 25 novembre]; Disponible à: https://seer.cancer.gov/statistics-network/explorer/application.html?site=55&data_type=4&graph_type=5&compareBy=stage&chk_stage_104=104&chk_stage_105=105&chk_stage_106=106&chk_stage_107=107&series=9&sex=3&race=1&age_range=1&advopt_precision=1&advopt_show_ci=on&hdn_view=0#resultsRegion0 (consulté le 25 novembre 2024).

4.

Harbeck N, et al. Breast cancer. Nature Reviews Disease Primers 2019; 5(1): 66.

5.

National Cancer Institute (NCI). Breast Cancer Treatment (PDQ®)–Health Professional Version. 2024; Disponible à: https://www.cancer.gov/types/breast/hp/breast-treatment-pdq (consulté le 25 novembre 2024).

6.

National Cancer Institute – Surveillance Epidemiology End Results p. Cancer Stat Facts: Female Breast Cancer Subtypes. 2024; Disponible à: https://seer.cancer.gov/statfacts/html/breast-subtypes.html (consulté le 25 novembre 2024).

Mises à jour, nouveautés et sections en cours de développement
Tableaux des médicaments

Nouvelles listes des médicaments d’exception de la RAMQ (en date du 30 avril 2026)

Résumé des nouveautés (mise à jour: 27 mai 2026)

Algorithme adjuvant Médicament Type de modification (date de la modification)

RH+ HER2-

Ribociclib

Réévaluation - En association avec un inhibiteur de l'aromatase pour le traitement du cancer du sein précoce RH+ HER2-

(13 avril 2026) 

RH+ HER2-

Ribociclib

Valeur thérapeutique reconnue par l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments (personnes ayant une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm)

(3 décembre 2025) 

RH+ HER2-

Ribociclib

Valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l'INESSS (personnes qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm)

(3 décembre 2025) 

Algorithme métastatique Médicament Type de modification (date de la modification)

RH+ HER2- 

Abémaciclib / IANS

Inscrit aux listes des médicaments au Québec pour cette indication

(28 mai 2026)

RH+ HER2- 

Abémaciclib / fulvestrant

Inscrit aux listes des médicaments au Québec pour cette indication

(28 mai 2026)

RH+ HER2- 

Capivasertib

Inscrit aux listes des médicaments au Québec pour cette indication

(23 septembre 2025)

RH+ HER2-

Sacituzumab govitécan

Inscrit aux listes des médicaments au Québec pour cette indication

(14 août 2025)

RH+ HER2-

(faible ou ultra-faible)

Trastuzumab déruxtécan

Valeur thérapeutique reconnue par l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments

(4 février 2026)

RH+ HER2- 

Inavolisib

Valeur thérapeutique reconnue par l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments

(15 avril 2026)

Légende:

       

 Inscrit aux listes des médicaments au Québec pour cette indication

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments au Québec

       

 En cours d'évaluation à l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec

       

 Valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

Médicaments utilisés pour le traitement du cancer du sein

selon l'intention de traitement

(mise à jour: 27 mai 2026)

Liste des médicaments, leurs indications et leur statut

d'évaluation et de remboursement au Québec
(mise à jour: 27 mai 2026)

Algorithmes

Algorithmes de traitement de la maladie locorégionale: 

1.3. RH+ HER2-

1.3.1a Patientes ménopausées - Approche néoadjuvante

(mise à jour: 10 décembre 2025)

 

1.3.1b Patientes ménopausées - Approche adjuvante

(mise à jour: 15 avril 2026)

 

1.3.2a Patientes non ménopausées - Approche néoadjuvante

(mise à jour: 10 décembre 2025)

 

1.3.2b Patientes non ménopausées - Approche adjuvante

(mise à jour: 15 avril 2026)

 

 

 

 

 

1.4 HER2+

(mise à jour: 16 octobre 2025)

 

1.5 RH- HER2-

(mise à jour: 16 octobre 2025)

Algorithmes de traitement de la maladie métastatique:

1.8 Maladie métastatique RH+ HER2-

 

1.8.1 Patientes sensibles aux traitements hormonaux 

(mise à jour: 29 mai 2026)

 

1.8.2 Patientes résistantes aux traitements hormonaux 

(mise à jour: 15 février 2026)

 

1.9 Maladie métastatique HER2+

(mise à jour: 19 décembre 2025)

Recommandations et données probantes
Dépistage

Dépistage chez les patientes de 40 à 49 ans

(mise à jour: 29 octobre 2025)

 
Pathologie

Système de classification TNM

(mise à jour: 5 septembre 2025)

 

 

Traitement systémique adjuvant

2.7.2 Maladie locorégionale RH+ HER2-


Indication d'une chimiothérapie adjuvante

(mise à jour: 10 octobre 2025)

 

 

Thérapie adjuvante ciblée

(mise à jour: 15 décembre 2025 / 9 janvier 2026)

Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

(mise à jour: 15 décembre 2025 / 9 janvier 2026)

Traitement systémique de la maladie métastatique

2.9.2 Traitement de la maladie RH+ HER2-

 

Patientes sensibles aux traitements hormonaux

(mise à jour couche 2: 29 mai 2026)

 

 

Patientes résistantes aux traitements hormonaux 

(mise à jour : 26 février / 22 avril 2026)

 

2.9.3 Traitement de la maladie HER2+

 

2.9.3.2 Traitements systémiques des métastases cérébrales 

(mise à jour: 23 décembre 2025)

 

 

 

Sections en cours de développement - bientôt disponibles

À venir:

  • Prise en charge de l'aisselle
  • Pathologie: évaluation du HER2
Tableaux des médicaments
Médicaments utilisés pour le traitement du cancer du sein selon l’intention de traitement

Statut de remboursement provenant des listes des médicaments de la RAMQ en date du 27 mai 2026.

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 En cours d'évaluation à l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

Intention

RH+

RH-

HER2- / HER2 faible1

HER2+

HER2- / HER2 faible1

HER2+

Néoadjuvant

 

 Chimiothérapie

Trastuzumab /  chimiothérapie

Pembrolizumab /  chimiothérapie

Trastuzumab / chimiothérapie

Inhibiteur de l’aromatase2

Chimiothérapie

Chimiothérapie

Chimiothérapie

Tamoxifène 

Inhibiteur de l’aromatase2

 

Pertuzumab / trastuzumab /

chimiothérapie

            

Tamoxifène 

 

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

 

Pertuzumab / trastuzumab /

chimiothérapie

   
 

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

 

 

Adjuvant

 

 Chimiothérapie

Trastuzumab /  chimiothérapie

Pembrolizumab 

(post néoadjuvant)

Trastuzumab /  chimiothérapie

Inhibiteur de l’aromatase2

Chimiothérapie

Chimiothérapie

Chimiothérapie

Tamoxifène 

Inhibiteur de l’aromatase2

Capécitabine 

(post néoadjuvant)

Trastuzumab emtansine

(post néoadjuvant)

Abémaciclib /  hormonothérapie

Tamoxifène 

Olaparib 

Trastuzumab s.c /

chimiothérapie

Olaparib /  hormonothérapie 

Trastuzumab emtansine

(post néoadjuvant)

 

Pertuzumab / trastuzumab

Ribociclib / IA

Trastuzumab s.c /

chimiothérapie

 

 

Ribociclib / IA

Nératinib

 

 

 

 

Pertuzumab / trastuzumab

 

 

Métastatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1re

Ribociclib / IANS

Pertuzumab / trastuzumab /

taxane

Pembrolizumab /  chimiothérapie

Pertuzumab / trastuzumab /

taxane

Palbociclib / IANS

Trastuzumab /  chimiothérapie

Chimiothérapie

Trastuzumab /

chimiothérapie

Ribociclib / fulvestrant

Trastuzumab /  hormonothérapie

Olaparib

Trastuzumab sous cutané/

chimiothérapie

Palbociclib / fulvestrant

Lapatinib /

inhibiteur de l’aromatase

Talazoparib

 

Inhibiteur de l’aromatase2

Trastuzumab sous cutané /

chimiothérapie

 

Tamoxifène   

Chimiothérapie

Capivasertib / fulvestrant

Abémaciclib / IANS

Abémaciclib / fulvestrant

Inavolisib/palbociclib/fulvestrant

Olaparib

Talazoparib

Fulvestrant

(monothérapie)3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2e

Évérolimus /  exémestane

Trastuzumab déruxtécan

Sacituzumab govitécan

Trastuzumab déruxtécan

Ribociclib /  fulvestrant

Trastuzumab emtansine

Chimiothérapie

Trastuzumab emtansine 

Palbociclib /  fulvestrant

Tucatinib / trastuzumab / capécitabine

Trastuzumab déruxtécan 

(HER2 faible1)

Tucatinib / trastuzumab / 

capécitabine

Chimiothérapie

Trastuzumab /  chimiothérapie

Olaparib

Trastuzumab /  chimiothérapie

Inhibiteur de l’aromatase2

Lapatinib /  capécitabine

Talazoparib

Lapatinib /  capécitabine

Tamoxifène

Trastuzumab / hormonothérapie

 

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

Capivasertib / fulvestrant

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

 

Abémaciclib / fulvestrant

 

Alpélisib / fulvestrant

Fulvestrant (monothérapie)3

Trastuzumab déruxtécan

(HER2 faible ou ultra-faible1)

Olaparib

Talazoparib

Abémaciclib

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3e et plus

Évérolimus /  exémestane

Trastuzumab déruxtécan

Sacituzumab govitécan

Trastuzumab déruxtécan

Ribociclib /  fulvestrant

Trastuzumab emtansine

Trastuzumab déruxtécan 

(HER2 faible1)

Trastuzumab emtansine

Palbociclib /  fulvestrant

Tucatinib / trastuzumab / capécitabine

Chimiothérapie

Tucatinib / trastuzumab / 

capécitabine

Chimiothérapie

Trastuzumab / chimiothérapie

Olaparib

Trastuzumab /  chimiothérapie 

Inhibiteur de l’aromatase2

Lapatinib / capécitabine

Talazoparib

Lapatinib /  capécitabine

Tamoxifène

Chimiothérapie

 

Chimiothérapie

Trastuzumab déruxtécan 

(HER2 faible1)

Trastuzumab /  hormonothérapie

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

Sacituzumab govitécan

Trastuzumab sous-cutané /

chimiothérapie

Nératinib / capécitabine

Capivasertib / fulvestrant

Nératinib / capécitabine

Abémaciclib / fulvestrant

 

Alpélisib / fulvestrant

Olaparib

Talazoparib

Abémaciclib

Fulvestrant (monothérapie)3

Ne intention

(Inhibiteur NTRK)

Entrectinib

Larotrectinib

Évènements

osseux

Pamidronate

Acide zolédronique

Denosumab

HER2 : Human epidermal growth factor receptor-2; IANS : inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien; RH : récepteurs hormonaux.
1. Le HER2 est considéré faible si son niveau d’expression évalué par immunohistochimie (IHC) est de 1+ ou, s’il est de 2+ et sans expression détectée par hybridation in situ (HIS). Il est considéré ultra-faible si le score est de 0 à l’IHC avec coloration de la membrane.
2. Les choix de traitement sont le létrozole, l’anastraozole ou l’exémestane. L'administration doit se faire en concomitance avec un inhibiteur LHRH pour les femmes non ménopausées.
3. La valeur thérapeutique du fulvestrant a été reconnue par l’INESSS pour une administration en monothérapie en 2e intention seulement. Toutefois, il n’est pas inscrit aux listes des médicaments pour cette indication.

Liste des médicaments, leurs indications et leur statut d’évaluation et de remboursement au Québec

Selon les listes des médicaments de la RAMQ en date du 27 mai 2026

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 En cours d'évaluation à l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

Médicaments

Extrait d’avis au ministre

Recommandation de l'INESSS

Statut de remboursement au Québec*

Chimiothérapie

Éribuline
(HALAVENMC ou générique)

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(15 novembre 2012)

Ajout à la Liste établissements – Médicament d’exception

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

3e intention et plus

En monothérapie, pour le traitement de 3e intention ou plus du cancer du sein métastatique chez les personnes :

  • ayant progressé malgré l’administration d’une anthracycline et d’une taxane administrées dans le contexte adjuvant ou métastatique, à moins d’une contre-indication à l’un de ces agents; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG de 0 à 2.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de la progression de la maladie.

Paclitaxel en nanoparticules
(ABRAXANEMC ou générique)

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(1er juin 2009)

Ajout à la Liste établissements – Médicament d’exception

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

 

Pour le traitement du cancer du sein métastatique chez les personnes présentant une intolérance sérieuse au docetaxel, au paclitaxel conventionnel ou encore aux médicaments utilisés comme prémédication pour ces traitements, et ce, au point de remettre en question l’initiation ou la poursuite du traitement.

Doxorubicine (chlorhydrate de) liposomes pégylés
(CAELYXMC ou générique)

Monographie

Non évalué par l’INESSS

Indication reconnue par Santé Canada

 

 

 

 

Indication reconnue par Santé Canada: en monothérapie dans le traitement du cancer du sein métastatique, dans les cas où le risque cardiaque associé à la doxorubicine standard est élevé.

Hormonothérapie

Fulvestrant 

monothérapie
(FASLODEXMC ou générique)

Extrait d’avis
(9 mai 2018)

Avis de refus – Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

 

1re intention

 

Pour le traitement des femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade localement avancé ou métastatique, qui n’ont jamais reçu de traitement endocrinien.

2e intention

Extrait d’avis
(1er octobre 2008) 

Avis de refus – Aspects économique et pharmacoéconomique 

Valeur thérapeutique reconnue mais non inscrit aux listes des médicaments

 

Pour le traitement de deuxième intention des femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade avancé ou métastatique.

 

Thérapies ciblées – Inhibiteurs de CDK 4/6

Abémaciclib / hormonothérapie
(VERZENIOMC)

Extrait d’avis
(29 août 2024)

Extrait d’avis
(3 mai 2023)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

Adjuvant

 

En association avec une hormonothérapie, pour le traitement adjuvant du cancer du sein précoce, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les personnes :

  • dont le cancer a été complètement réséqué et qui ont terminé les traitements de radiothérapie et de chimiothérapie si prescrits; et
  • qui satisfont aux critères suivants : 
    • atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire d’au moins 5 cm; ou
    • atteinte de 4 ganglions axillaires ipsilatéraux ou plus; et
  • dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 ou 1.

L’abémaciclib doit être amorcé au cours des 16 mois suivant la chirurgie définitive et pas plus de 12 semaines après le début d’une hormonothérapie. La durée maximale de l’autorisation est de 24 mois.

 

Adjuvant

Extrait d’avis
(29 août 2024)

Avis de refus - Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

 

 

Refus d’inscription pour la population suivante :

  • atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux combinée à une maladie de grade inférieur à 3 ou à une tumeur primitive de moins de 5 cm et un niveau d’expression du Ki-67 ≥ 20 %.

Abémaciclib / IANS
(VERZENIOMC)

Extrait d’avis
(10 juillet 2019)

Extrait d’avis (modification de l'indication)
(13 mai 2026)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

 

1re intention

En association avec un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien, comme thérapie endocrinienne initiale pour le cancer du sein au stade localement avancé non résécable ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les personnes dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de l’autorisation initiale est de 6 mois.

Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois.

Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Les femmes en préménopause ou en périménopause et les hommes doivent recevoir un agoniste de l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (LHRH).

Il est à noter que la combinaison de l’abémaciclib et d’un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien n’est pas autorisée en cas de résistance à un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien administré dans le contexte néoadjuvant ou adjuvant du cancer du sein. La résistance est définie par une progression ou une récidive de la maladie survenant pendant la prise ou au cours des 12 mois suivant la fin de la prise d’un inhibiteur de l’aromatase.

Il est également à noter que l’abémaciclib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur des CDK 4/6 si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Abémaciclib / fulvestrant
(VERZENIOMC)

Extrait d’avis
(10 juillet 2019)

Extrait d’avis (concordance)
(27 mai 2020)

Extrait d’avis (modification de l'indication)
(13 mai 2026)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

 

 

1re et 2e intention

En association avec le fulvestrant, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les personnes présentant un statut de performance sur l’ECOG de 0 ou 1, et dont:

  • le cancer est nouvellement diagnostiqué; OU

  • le cancer a progressé durant un traitement endocrinien ou à la suite de celui-ci.

La durée maximale l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois.

Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Les femmes en préménopause ou en périménopause et les hommes doivent recevoir un agoniste de l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (LHRH).

Il est à noter que l’abémaciclib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur des CDK 4/6 si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Abémaciclib
(VERZENIOMC)

Monographie

Non évalué par l’INESSS

Indication reconnue par Santé Canada

2e intention et +

Indication reconnue par Santé Canada: en monothérapie, pour le traitement du cancer du sein avancé ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2 en cas d'évolution de la maladie après une endocrinothérapie et au moins deux chimiothérapies antérieures, dont au moins une à base de taxane. Par ailleurs, l'une de ces chimiothérapies doit avoir été administrée dans un contexte métastatique.

Palbociclib / IANS
(IBRANCEMC ou générique)

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(15 mars 2017)

Avis de refus – Aspects économique et pharmacoéconomique (VT reconnue)

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re intention

En association avec un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien, pour le traitement de première intention du cancer du sein au stade localement avancé non résécable ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2 chez les femmes ménopausées dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 à 2.

La durée maximale de l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois. Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Il est à noter que la combinaison du palbociclib et d'un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien n’est pas autorisé en cas de résistance à un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien administré dans le contexte néoadjuvant ou adjuvant du cancer du sein. La résistance est définie par une progression survenant pendant la prise ou au cours des 12 mois suivant la fin de la prise d’un inhibiteur de l’aromatase.

Il est à également à noter que le palbociclib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur CDK 4/6, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Palbociclib / fulvestrant
(IBRANCEMC ou générique)

Extrait d’avis
(8 mai 2019)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re et 2e intention

En association avec le fulvestrant, pour le traitement du cancer du sein avancé ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2 chez les femmes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1 :

  • dont la maladie a progressé durant un traitement endocrinien adjuvant ou dans les 12 mois suivants son arrêt;ou
  • dont la maladie métastatique a progressé durant un traitement endocrinien.

La durée maximale de l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois. Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Il est à noter que le palbociclib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur CDK4/6, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Ribociclib / IANS
(KISQALIMC)

Extrait d’avis

3 décembre 2025
Inscription - Sous conditions

Surseoir à la décision

(11 décembre 2025)

 

Adjuvant

En association avec un inhibiteur de l’aromatase, pour le traitement adjuvant du cancer du sein précoce, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les personnes :

  • dont le cancer a été complètement réséqué et qui ont terminé les traitements de radiothérapie et de chimiothérapie si prescrits; et
  • qui satisfont aux critères suivants : 
    • atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire d’au moins 5 cm; ou
    • atteinte de 4 ganglions axillaires ipsilatéraux ou plus; et
  • dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 ou 1.

Le ribociclib doit être amorcé au cours des 16 mois suivant la chirurgie définitive et pas plus de 12 semaines après le début d’une hormonothérapie, à moins d’une raison médicale ayant empêché l’instauration du ribociclib dans ce délai.

La durée maximale de l’autorisation est de 36 mois. Les autorisations sont données à raison d’une dose maximale

 

 

Adjuvant

Extrait d’avis

3 décembre 2025
Avis de refus – Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

 

 

Indication évaluée: pour le traitement adjuvant du cancer du sein exprimant des récepteurs hormonaux (RH+) et ne surexprimant pas le récepteur de type 2 du facteur de croissance épidermique humain (human epidermal growth factor receptor-2, HER2-) de stade II ou III, chez les personnes qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm.

Adjuvant

À venir

En cours de réévaluaton

À venir

 

 

Indication évaluée: en association avec un inhibiteur de l'aromatase, traitement du cancer du sein précoce avec expression des récepteurs hormonaux, mais sans expression du récepteur HER2.

Ribociclib / IANS
(KISQALIMC)

Extrait d’avis
(14 mai 2020)
Extrait d’avis
(6 juin 2018)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re intention

En association avec un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien, comme thérapie endocrinienne initiale pour le cancer du sein au stade localement avancé non résécable ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2 chez les femmes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois. Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Les femmes en préménopause ou en périménopause doivent recevoir un agoniste de l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (LHRH).

Il est à noter que la combinaison du ribociclib et d'un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien n’est pas autorisé en cas de résistance à un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien administré dans le contexte néoadjuvant ou adjuvant du cancer du sein. La résistance est définie par une progression survenant pendant la prise ou au cours des 12 mois suivant la fin de la prise d’un inhibiteur de l’aromatase.

Il est à également à noter que le ribociclib n’est pas autorisé à la suite d’un de l’échec d’un inhibiteur CDK 4/6, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Ribociclib / fulvestrant
(KISQALIMC)

Extrait d’avis
(14 mai 2020)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re et 2e intention

En association avec le fulvestrant, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les femmes ménopausées présentant un statut de performance selon l’ECOG de 0 ou 1, et dont :

  • le cancer est nouvellement diagnostiqué; ou
  • le cancer a progressé durant un traitement endocrinien ou à la suite de celui-ci.

La durée maximale de l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois. Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Il est à noter que le ribociclib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur des CDK4/6 si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Thérapies ciblées – Inhibiteurs de la voie de signalisation PI3K/AKT/mTOR

Inhibiteur mTOR

Évérolimus
(AFINITORMC ou générique)

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(3 février 2014)

Avis de refus – Aspects économique et pharmacoéconomique (VT reconnue)

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re et 2e intention et plus

En association avec l’exémestane, pour le traitement du cancer du sein avancé ou métastatique, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2 chez les femmes ménopausées :

  • dont le cancer a progressé malgré l’administration d’un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien (anastrozole ou létrozole) administré dans le contexte adjuvant ou métastatique; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 à 2.

La durée maximale de l'autorisation initiale est de 6 mois. Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie confirmée par imagerie.

La durée maximale des autorisations subséquentes est de 12 mois. Une réévaluation clinique par le prescripteur est requise périodiquement afin de s’assurer que l’effet clinique bénéfique défini précédemment se maintient. Autrement, le traitement doit être cessé.

Inhibiteurs PI3K

Alpelisib
(PIQRAYMC)

 

2e intention et plus

 

 

Extrait d’avis
(4 février 2022)
Inscription - Avec conditions

Surseoir à la décision

(2 mars 2022)

En association avec le fulvestrant, pour le traitement d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique, porteur d’une mutation du gène PIK3CA, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas le récepteur HER2, chez les personnes :

  • dont le cancer a progressé après l’administration d’un inhibiteur des kinases dépendantes des cyclines 4 et 6 en association avec un inhibiteur de l’aromatase; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 à 2.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Inavolisib
(ITOVEBIMC)

 

 

 

 

 

1re intention

 

 

 

 

 

Extrait d’avis
(15 avril 2026)

Refus d’inscription – Ensemble des aspects (VT reconnue)

Surseoir à la décision

(30 avril 2026)

En association avec le palbociclib et le fulvestrant, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique, présentant un variant pathogène PIK3CA, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas ou ne surexprimant que légèrement le récepteur HER2, chez les personnes :

  • ayant présenté une récidive de la maladie pendant une hormonothérapie adjuvante ou dans les 12 mois suivant la fin de ce traitement ; et

  • dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 ou 1.

L’absence de surexpression du récepteur HER2 se définit par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) ou un résultat négatif à l'hybridation in situ (ISH). La légère surexpression du récepteur HER2 se définit par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec résultat négatif à l’ISH.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Il est à noter que l’inavolisib, en association avec le palbociclib et le fulvestrant, n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur de la PI3K, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Inhibiteur AKT

Capivasertib
(TRUQAPMC)

 

 

 

2e intention et plus

 

 

 

 

Extrait d’avis
(7 novembre 2024)

Inscription - Avec conditions Inscrit aux listes des médicaments d’exception

En association avec le fulvestrant, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique présentant un ou plusieurs variant pathogène PIK3CA, AKT1 ou PTEN, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas ou ne surexprimant que légèrement le récepteur HER2, chez les personnes :

  • ayant présenté une progression de la maladie pendant au moins une hormonothérapie dans le cas d’un cancer métastatique, ou une récidive pendant le traitement adjuvant ou dans les 12 mois suivant la fin de ce traitement;
  • et dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 à 1.

L’absence de surexpression du récepteur HER2 se définit par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) ou un résultat négatif à l'hybridation in situ (ISH). La légère surexpression du récepteur HER2 se définit par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec résultat négatif à l’ISH.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Les demandes pour la poursuite du traitement sont autorisées si le prescripteur fournit la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Il est à noter que le capivasertib n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un inhibiteur de la PI3K, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Thérapies ciblées – Inhibiteur des tyrosines kinases (ITK) associées au HER

Nératinib
(NERLYNXMC)

Extrait d’avis
(11 décembre 2019)

Avis de refus – Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

Adjuvant

Indication évaluée : Pour le traitement adjuvant prolongé des patients adultes atteints de cancer du sein de stade peu avancé, positif pour les récepteurs hormonaux et surexprimant le récepteur HER2, dans l’année suivant la fin d’un traitement adjuvant à base de trastuzumab.

 

3e intention et plus

Avis de conformité émis par SC

16 juillet 2021

Non évalué par l'INESSS

Indication reconnue par Santé Canada

 

Indication reconnue par Santé Canada : En association avec la capécitabine pour le traitement des patients atteints d’un cancer du sein métastatique et avec surexpression/amplification de HER2, ayant déjà reçu au moins deux schémas thérapeutiques anti-HER2 dans le cadre du traitement d’un cancer métastatique.

Lapatinib
(TYKERBMC)

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(1er février 2012)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

1re intention

En association avec un inhibiteur de l’aromatase pour le traitement de première intention des femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein métastatique positif pour les récepteurs hormonaux et surexprimant le récepteur HER2 :

  • qui ne peuvent recevoir le trastuzumab en raison d’une fraction d’éjection du ventricule gauche inférieure ou égale à 55 % ou d’une intolérance sérieuse; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 à 2.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de la progression de la maladie.

2e intention

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(1er juin 2012)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Pour le traitement du cancer du sein métastatique dont la tumeur surexprime le récepteur HER2, en association avec la capécitabine, chez les personnes présentant un cancer du sein ayant progressé après l’administration d’une taxane et d’une anthracycline, à moins d’une contre-indication à l’un de ces agents. De plus, la maladie doit être en progression malgré un traitement par le trastuzumab administré au stade métastatique, à moins d’une contre-indication. Le statut de performance selon l’ECOG doit être de 0 ou 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de la progression de la maladie.

Toutefois, le lapatinib demeure couvert par le régime général d’assurance médicaments pour les personnes assurées ayant utilisé ce médicament au cours des 3 mois précédant le 3 juin 2013, en autant que le médecin fournisse la preuve d’un effet bénéfique par l’absence de la progression de la maladie.

Tucatinib
(TUKYSAMC)

Extrait d’avis
(8 octobre 2021)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

2e intention et plus

 

En association avec le trastuzumab et la capécitabine pour le traitement de deuxième intention ou plus des personnes atteintes d’un cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique, et surexprimant le récepteur HER2 ayant reçu un traitement par le trastuzumab, le pertuzumab et le trastuzumab emtansine, pris séparément ou en association; et dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 à 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Thérapies ciblées − Anti-HER2

Anti-HER2 conjugé à un inhibiteur des microtubules

Trastuzumab emtansine
(KADCYLAMC)

Extrait d’avis
(5 février 2020)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Adjuvant

En monothérapie, pour le traitement adjuvant du cancer du sein précoce surexprimant le récepteur HER2, chez les personnes qui présentent une maladie résiduelle invasive après un traitement néoadjuvant incluant une taxane et du trastuzumab dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

Le trastuzumab emtansine doit être amorcé au cours des 12 semaines suivant la chirurgie.

La durée maximale de l’autorisation est de 14 cycles de traitement.

2e intention et plus

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(2 juin 2014)

 

Avis de refus – Aspects économique et pharmacoéconomique (VT reconnue)

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein localement avancé inopérable ou métastatique surexprimant le récepteur HER2, chez les personnes :

  • qui ont déjà reçu un traitement avec le trastuzumab et une taxane, à moins d’une contre-indication ou d’une intolérance sérieuse; et
  • qui ont reçu au moins un traitement antérieur pour un cancer du sein métastatique ou qui ont présenté une récurrence durant le traitement adjuvant ou les 6 mois qui suivent l'arrêt de ce traitement; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Il est à noter que le trastuzumab emtansine n’est pas autorisé à la suite d’un échec à celui-ci s’il a été administré pour le traitement du cancer du sein.

Anti-HER2 conjugé à un inhibiteur de la topoisomérase 1

Trastuzumab déruxtécan (ENHERTUMC)

Extrait d’avis

(1 février 2023)

Inscription - Avec conditions Inscrit aux listes des médicaments d’exception
2e intention et plus

HER2+:

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique surexprimant le récepteur HER2, chez les personnes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1 et:

  • qui ont déjà reçu un traitement à base de trastuzumab et d’une taxane pour une maladie métastatique; ou 
  • qui ont reçu un traitement anti-HER2 comme traitement néoadjuvant ou adjuvant et qui ont présenté une récidive pendant le traitement ou dans les 6 mois suivant la fin de ce dernier. 

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

2e intention et plus

Extrait d’avis

(30 août 2023)

Inscription - Avec conditions Inscrit aux listes des médicaments d’exception

RH+ ou RH- / HER2 faible surexpression:

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique surexprimant légèrement HER2, chez les personnes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1 et :

  • qui ont déjà reçu au moins une chimiothérapie pour une maladie métastatique ou qui ont présenté une récidive pendant une chimiothérapie adjuvante ou dans les 6 mois suivant la fin de ce traitement; et
  • qui ont reçu au moins une hormonothérapie, si atteintes d’un cancer à récepteurs hormonaux positifs (RH+), et ne sont plus considérées comme admissibles à ce type de traitement.

2e intention et plus

Extrait d’avis

(4 février 2026)

Inscription - Avec conditions Surseoir à la décision (4 février 2026)

RH+ / HER2 faible ou ultra-faible surexpression :

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein non résécable ou métastatique à récepteurs hormonaux positifs et surexprimant légèrement ou très légèrement HER2, chez les personnes dont le statut de performance sur l’ECOG est de 0 ou 1 et :

  • qui ont reçu au moins 1 hormonothérapie pour une maladie métastatique et ne sont plus considérées comme admissibles à ce type de traitement; et

  • qui n’ont pas reçu de chimiothérapie dans un contexte de maladie métastatique.

La surexpression nulle du récepteur HER2 est définie par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) sans coloration membranaire. La très légère surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 0 à l’IHC avec une coloration membranaire. La légère surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec un résultat négatif à l’hybridation in situ (ISH). Les cancers du sein qui ne surexpriment pas le récepteur HER2 (HER2 négatif) incluent ceux dont la surexpression est nulle, ultrafaible et faible.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois. Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie, confirmée par imagerie

Inhibiteurs de HER2

Pertuzumab
(PERJETAMC)

Extrait d’avis

(28 décembre 2022)

Inscription - Avec conditions

Surseoir à la décision

(2 février 2022)

 

Néoadjuvant

 

En association avec le trastuzumab et une taxane, pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein précoce, localement avancé ou inflammatoire, surexprimant le HER2, chez les personnes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1 et :

  • présentant une tumeur d’un diamètre de plus de 2 centimètres; ou
  • présentant une atteinte ganglionnaire.

L'autorisation est donnée pour un maximum de 6 cycles en contexte néoadjuvant.

Pertuzumab / trastuzumab
(PERJETAMC / HERCEPTINMC)

Extrait d’avis
(8 novembre 2018)

Avis de refus – Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

 

Adjuvant

 

Indication évaluée : en association avec le trastuzumab et une chimiothérapie pour le traitement adjuvant des patients atteints d’un cancer du sein au stade précoce HER2+ avec atteinte des ganglions lymphatiques et (ou) à récepteurs hormonaux négatifs.

1re intention

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(15 juillet 2015)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

En association avec une taxane, pour le traitement de première intention du cancer du sein métastatique surexprimant le récepteur HER2, chez les personnes dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Lors des demandes pour la poursuite de traitements, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Trastuzumab
(HERCEPTINMC  ou biosimilaire)

 

 

Adjuvant

 

 

Extrait d’avis
(5 juin 2019, modification de l’indication)
Extrait d’avis
(1er février 2006)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Pour le traitement adjuvant du cancer du sein invasif complètement réséqué, HER2 positif, chez les personnes :

  • avec une atteinte ganglionnaire ou sans atteinte ganglionnaire, mais avec une tumeur d’au moins 1 cm (stade ≥ T1c); et
  • qui ont une fraction d’éjection du ventricule gauche normale (FEVG ≥ 55 %).

Le trastuzumab peut être administré en concomitance ou à la suite d’une chimiothérapie adjuvante reconnue. La durée maximale de traitement est de 52 semaines

Métastatique

Non disponible

 

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

Pour le traitement du cancer du sein métastatique en présence d’un degré élevé de surexpression de la protéine HER2, en association à la chimiothérapie.

 

Trastuzumab sous-cutané
(HERCEPTIN SCMC)

Extrait d’avis

(13 février 2019)

Inscription - Avec conditions

Surseoir à la décision

(7 mars 2019)

Adjuvant

Pour le traitement adjuvant du cancer du sein invasif complètement réséqué, HER-2 positif, chez les personnes :

  • avec une atteinte ganglionnaire ou sans atteinte ganglionnaire, mais avec une tumeur d’au moins 1 cm (stade ≥ T1c);
    et
  • qui ont une fraction d’éjection du ventricule gauche normale (FEVG ≥ 55 %).

Le trastuzumab peut être administré en concomitance ou à la suite d’une chimiothérapie adjuvante reconnue.

La durée maximale de traitement est de 52 semaines

Métastatique

Extrait d’avis
(13 février 2019)

Avis de refus – Valeur thérapeutique

Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

Indication demandée : Traitement du cancer du sein métastatique HER-2 positif.

 

Thérapies ciblées – Inhibiteurs des PARP

Olaparib
(LYNPARZAMC)
Extrait d’avis
(30 août 2023)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Adjuvant

Cancer RH+ HER2-:

En monothérapie ou en association avec une hormonothérapie, pour le traitement adjuvant du cancer du sein précoce, positif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas ou ne surexprimant que légèrement le récepteur HER2, chez les personnes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA :

  • dont le cancer a été complètement réséqué et n’est pas considéré comme étant résistant aux inhibiteurs de la PARP; et
  • qui ont terminé les traitements de radiothérapie, si prescrits, et au moins 6 cycles de chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante à base d’anthracycline ou de taxane depuis au moins 3 semaines; et
  • dont le risque de récidive est élevé. Le risque élevé est défini par l’absence de réponse pathologique complète et un score CPS-EG ≥ 3 à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante ou par l’atteinte pathologique de ≥ 4 ganglions avant l’amorce de la chimiothérapie adjuvante; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

Cancer RH- HER2-:

En monothérapie, pour le traitement adjuvant du cancer du sein précoce, négatif pour les récepteurs hormonaux et ne surexprimant pas ou ne surexprimant que légèrement le récepteur HER2, chez les personnes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA :

  • dont le cancer a été complètement réséqué et n’est pas considéré comme étant résistant aux inhibiteurs de la PARP; et
  • qui ont terminé les traitements de radiothérapie, si prescrits, et au moins 6 cycles de chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante à base d’anthracycline ou de taxane depuis au moins 3 semaines; et
  • dont le risque de récidive est élevé. Le risque élevé est défini par l’absence de réponse pathologique complète à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante ou par un stade pathologique ≥ pN1 ou ≥ pT2 avant l’amorce de la chimiothérapie adjuvante; et
  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

L’absence de surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) ou un résultat négatif à l'hybridation in situ (ISH). La légère surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec un résultat négatif à l’ISH.

L’olaparib doit être amorcé au cours des 12 semaines suivant la fin du dernier traitement parmi la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie. La durée maximale de l’autorisation est de 12 mois.

La durée maximale de l’autorisation est de 12 mois

 

 

Métastatique

 

 

Avis de conformité émis le

8 mai 2018

Non évalué par l’INESSS

Indication reconnue par Santé Canada

Indication reconnue par Santé Canada : en monothérapie pour le traitement des patientes adultes atteintes d’un cancer du sein métastatique négatif pour le récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain qui sont porteuses d’une mutation BRCA germinale délétère ou présumée délétère et qui ont déjà reçu une chimiothérapie comme traitement néoadjuvant ou adjuvant ou comme traitement de la maladie métastatique.

Les personnes atteintes d'une tumeur à récepteurs hormonaux positifs (RH+) ne peuvent recevoir ce traitement que si leur maladie a progressé après avoir suivi au moins un traitement endocrinien ou si le médecin traitant juge qu'un tel traitement est inapproprié pour leur maladie.

Talazoparib (TALZENNAMC)

Avis de conformité émis le

6 septembre 2019

Non évalué par l’INESSS

Indication reconnue par Santé Canada

Métastatique

Indication reconnue par Santé Canada : en monothérapie pour le traitement des adultes atteints d'un cancer du sein localement avancé (cas ne se prêtant pas à la radiothérapie ni à la chirurgie curative) ou métastatique HER2- (absence de récepteurs 2 du facteur de croissance épidermique humain) avec mutation germinale délétère ou soupçonnée d'être délétère d'un gène de prédisposition au cancer du sein BRCA, qui ont déjà reçu une chimiothérapie néoadjuvante, adjuvante ou visant une atteinte métastatique, à moins d'avoir été jugés inadmissibles à de tels traitements.

Thérapies ciblées – anti-TROP2

Anti-TROP2 conjugé à un inhibiteur de la topoisomérase 1

Sacituzumab govitécan (TRODELVYMC)

Extrait d’avis
(4 mai 2022)

Inscription - Avec conditions Inscrit aux listes des médicaments d’exception

2e intention et plus

RH- HER2- (TN):

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein triple négatif localement avancé non résécable ou métastatique, chez les personnes:

  • qui ont déjà reçu 2 traitements systémiques ou plus, dont au moins 1 dans un contexte de maladie localement avancée non résécable ou métastatique; si l’un de ces traitements est une chimiothérapie administrée dans un contexte néoadjuvant ou adjuvant, la progression vers la maladie localement avancée non résécable ou métastatique devait survenir dans les 12 mois suivant la dernière dose de chimiothérapie; et

  • dont le cancer a progressé pendant ou après l’administration d’une chimiothérapie à base de taxane; et

  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

 

Extrait d’avis
(3 avril 2024)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

 

3e intention et plus

 

 RH+ HER2-:

En monothérapie, pour le traitement du cancer du sein localement avancé non résécable ou métastatique, à récepteurs hormonaux positifs et ne surexprimant pas ou ne surexprimant que légèrement le récepteur HER2, chez les personnes :

  • qui ont reçu au moins 2 chimiothérapies systémiques, dont au moins 1 dans le contexte d’une maladie localement avancée non résécable ou métastatique; si l’une de ces chimiothérapies a été administrée dans un contexte néoadjuvant ou adjuvant, la progression vers la maladie localement avancée non résécable ou métastatique devait survenir dans les 12 mois suivant la dernière dose de chimiothérapie; et

  • dont le cancer a progressé pendant ou après l’administration d’une taxane, d’une hormonothérapie et d’un inhibiteur du CDK4/6, à moins d’une contre-indication; et

  • dont les métastases cérébrales, si présentes, sont stables; et

  • dont le statut de performance selon l’ECOG est de 0 ou 1.

L’absence de surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) ou un résultat négatif à l'hybridation in situ (ISH). La légère surexpression du récepteur HER2 est définie par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec un résultat négatif à l’ISH.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie.

Immunothérapie

Pembrolizumab (KEYTRUDAMC)

Extrait d’avis
(28 décembre 2022)
Avis de refus (VT reconnue) Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Néoadjuvant / adjuvant

En association avec une chimiothérapie pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein triple négatif (CSTN), puis en monothérapie pour le traitement adjuvant après la chirurgie, chez les personnes:

  • présentant une maladie de stade T1c/N1-2 ou T2-4/N0-2 selon les critères de l'American Joint Committee on Cancer; ET
  • n'ayant jamais reçu de thérapie systémique pour le traitement du CSTN; ET
  • dont le statut de performance selon l'ECOG est de 0 ou 1.

La chimiothérapie néoadjuvante doit inclure une anthracycline, une taxane ainsi qu'un sel de platine.

La durée maximale de l'autorisation en contexte néoadjuvant et adjuvant est de 9 cycles de traitement de 42 jours ou 17 cycles de traitement de 21 jours.

1re intention

Extrait d’avis
(25 mai 2023)
Inscription - Avec conditions Inscrit aux listes des médicaments d’exception

En association avec la chimiothérapie, pour le traitement du cancer du sein triple négatif (CSTN) localement récidivant non résécable ou métastatique, chez les personnes :

  • n’ayant jamais reçu de chimiothérapie pour la maladie métastatique; ET
  • dont les tumeurs expriment le PD-L1 (score combiné positif ≥ 10); ET
  • dont le statut de performance selon l'ECOG est de 0 ou 1.

La durée maximale de chaque autorisation est de 4 mois.

Lors des demandes pour la poursuite du traitement, le médecin devra fournir la preuve d’un effet clinique bénéfique par l’absence de progression de la maladie selon les critères iRECIST, confirmée par imagerie.

La durée maximale totale du traitement par le pembrolizumab est de 24 mois ou 35 cycles de traitement de 21 jours ou 18 cycles de traitement de 42 jours, selon l’éventualité la plus tardive, en l’absence de progression de la maladie.

Il est à noter que le pembrolizumab n’est pas autorisé à la suite de l’échec d’un anticorps ciblant le PD-1 ou le PD-L1, si celui-ci a été administré pour le traitement néoadjuvant ou adjuvant du CSTN. Dans le cas présent, l’échec est défini par la progression de la maladie au cours du traitement néoadjuvant ou adjuvant ou dans les 6 mois suivant son arrêt.

Thérapies ciblées - Inhibiteur des récepteurs NTRK

Entrectinib
(ROZLYTREKMC)

 

Extrait d’avis
(30 novembre 2022)
Avis de refus – Valeur thérapeutique Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

Traitement de patients adultes porteurs de tumeurs solides extracrâniennes localement avancées ou métastatiques non résécables, y compris les métastases cérébrales, qui présentent une fusion du gène NTRK (récepteur tyrosine kinase de la neurotropine) sans mutation de résistance acquise connue, et sans aucune option thérapeutique satisfaisante.

Larotrectinib
(VITRAKVIMC)

 

Extrait d’avis
(9 juin 2021)

Avis de refus – Valeur thérapeutique Non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication

Traitement des adultes porteurs de tumeurs solides qui présentent une fusion du gène NTRK (récepteur tyrosine-kinase de la neurotrophine) sans mutation de résistance acquise connue, qui sont métastatiques ou dont la résection chirurgicale serait susceptible d’entraîner une morbidité grave, et pour lesquels il n’y a pas d’autres options thérapeutiques satisfaisantes

Traitement des métastases osseuses – anticorps monoclonal (anti-RANKL)

Denosumab
(XGEVAMC ou biosimilaire)

 

Extrait d’avis
(8 août 2018)

Inscription - Avec conditions

Inscrit aux listes des médicaments d’exception

Prévention des événements osseux chez les personnes atteintes d’un cancer du sein et présentant au moins une métastase osseuse, en cas d’intolérance au pamidronate ou à l’acide zolédronique.

BRCA: BReast CAncer genes (gènes du cancer du sein); CDK 4/6 : cyclin-dependent kinase 4 and 6; ECOG : Eastern Cooperative Oncology Group; HER2 : Human epidermal growth factor receptor-2; FEVG : fraction d’éjection du ventricule gauche; IANS : inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien; NTRK: neurotrophic tyrosine receptor kinase; TN: triple négatif; VT: valeur thérapeutique.

*En absence d’évaluation au Québec, l’indication de Santé Canada est rapportée.

1. Algorithmes
1.1 Algorithmes/trajectoires d’investigation, de traitement et de suivi

Mise à jour: 27 juin 2023

1.2 Algorithme d'investigation

Nouveau: 27 juin 2023

1.2.1 Investigation d’une pathologie mammaire – Suivant une mammographie anormale (sans signes ou symptômes)

1 Certaines femmes à risque plus élevé de cancer du sein peuvent se voir offrir une mammographie de dépistage annuellement (p. ex : antécédents familiaux, histoire personnelle d’atypie ou recommandation médicale, après discussion avec la femme).

2 Des incidences complémentaires par mammographie, notamment la tomosynthèse ou des clichés agrandis, sont indiquées pour compléter l’investigation mammaire et préciser l’anomalie décelée à la mammographie chez les femmes rappelées à la suite d’une mammographie de dépistage anormale. Une tomosynthèse est l’option privilégiée pour la caractérisation des distorsions architecturales et des asymétries, alors que des clichés agrandis sont plutôt recommandés pour la caractérisation des microcalcifications. L'échographie de tout le sein, incluant l’examen physique, est indiquée pour l’investigation complémentaire de masse, asymétrie ou distorsion.

3 Dans certaines situations cliniques particulières, une biopsie pourrait être offerte en présence d’un BI-RADS-3, notamment en présence d’un foyer tumoral au sein controlatéral ou ipsilatéral nécessitant une évaluation immédiate, s’il y a désir de grossesse prochaine, des antécédents familiaux ou des difficultés de suivi (p. ex. patiente en région éloignée).

4 Le bilan de tout BI-RADS 4C/5 nécessite l’échographie de l’aisselle et du sein ipsilatérale (si non réalisée préalablement). De plus, pour les BI-RADS 4C/5, l’échographie du sein controlatéral est indiquée pour les patientes avec une densité mammaire de type C et D, préalablement à la référence en biopsie, à moins qu'un bilan par IRM soit prévu. L’échographie peut être parfois indiquée dans le bilan des microcalcifications indéterminées (4b), préalablement ou au moment de la biopsie.

* Selon les recommandations du radiologiste

1.2.2 Investigation d’une pathologie mammaire – En présence de signes ou symptômes

1 Une mammographie diagnostique, idéalement en 3 dimensions (tomosynthèse), est indiquée en présence de signes et de symptômes cliniques, nouveaux ou progressifs. Dans la grande majorité des situations, l'échographie est indiquée pour l’investigation d’une anomalie palpable ou d’un écoulement suspect.

2 Dans certaines situations cliniques particulières, une biopsie pourrait être offerte pour un BI-RADS 3, notamment en présence d’un foyer tumoral au sein controlatéral ou ipsilatéral nécessitant une évaluation immédiate, s’il y a désir de grossesse prochaine, des antécédents familiaux ou des difficultés de suivi (p. ex. patiente en région éloignée).

3 Le bilan de tout BI-RADS 4C/5 nécessite l’échographie du sein et de l’aisselle ipsilatérale. De plus, pour les BI-RADS 4C/5, l’échographie du sein controlatéral est indiquée pour les seins de densité type C et D, préalablement à la référence en biopsie, à moins qu'un bilan par IRM soit prévu. L’échographie est parfois indiquée dans le bilan des microcalcifications indéterminées (4b), préalablement ou au moment de la biopsie.

1.2.3 Investigation d’une pathologie mammaire – Investigation suivant la biopsie

1 Toute discordance devrait faire l’objet d’une reprise de biopsie, idéalement par macrobiopsie par aspiration. La discussion avec le pathologiste est recommandée avant la reprise. Une IRM peut parfois s’avérer utile en présence d’une discordance, mais elle ne doit pas retarder l’investigation.

2 Une exérèse chirurgicale demeure recommandée en présence d’une hyperplasie canalaire atypique. Un avis chirurgical déterminera la nécessité de réaliser ou non une biopsie chirurgicale en présence d’autres types d’anomalies (p. ex. une cicatrice radiaire, un papillome, une lésion à cellules cylindriques atypique [flat epithelial atypia], une néoplasie lobulaire).

3 Conformément aux lignes directrices canadiennes, l’INSPQ suggère (sauf exceptions) de ne pas réaliser l’examen de contrôle radiologique avant un délai de 12 mois à la suite d’une biopsie au trocart ou macrobiopsie par aspiration concordante (INSPQ 2023).

4 Une consultation chirurgicale est recommandée si une discordance persiste après 2 biopsies

1.2.4 Investigation pour un cancer du sein confirmé

1 La recherche de métastases n’est généralement pas requise pour une maladie de stade I. En présence d’une suspicion de métastases (par ex. signes et symptômes cliniques) ou d’un cancer à haut risque de récidive, la recherche de métastases est indiquée. Une recherche de métastases est recommandée pour tous les stades III.

1.3 Maladie locorégionale : RH+ HER2-
1.3.1a Patientes ménopausées - Approche néoadjuvante

Mise à jour : 10 décembre 2025

 

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

*Selon la 8e édition de la classification TNM 

HT : hormonothérapie (IA ou tamoxifène); IA : inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane); RH : récepteurs hormonaux; RS : Recurrence Score selon Oncotype DXMC (risque de récidive); LVI : lymphovascular invasion (envahissement lymphovasculaire).

1 Une chimiothérapie néoadjuvante devrait être envisagée lorsque l’indication à la chimiothérapie est sans équivoque (N2-3 ou certains cas de N0-1 combiné à plusieurs facteurs défavorables) et que cette approche a le potentiel de réduire la dissection axillaire et (ou) de favoriser la chirurgie conservatrice du sein. La décision d’utiliser une telle approche doit être évaluée au cas par cas en comité de diagnostic et de traitement du cancer (CDTC). La chimiothérapie néoadjuvante est indiquée s’il y a possibilité de rendre une tumeur non opérable, opérable.
2 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment de la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein
3 Pour le traitement des personnes avec une atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux (N1) combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire ≥ 5 cm (T3); ou atteinte ≥ 4 ganglions axillaires ipsilatéraux (N2-3).
4 Pour le traitement des patientes dont le score CPS-EG est ≥ 3 à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante.
5 L’hormonothérapie néoadjuvante est rarement employée, mais peut être une option de traitement en présence d’une tumeur RH+ HER2- à faible risque ou apparentée au sous-type luminal A (sans indication pour la chimiothérapie ou si la patiente présente une contre indication à la chimiothérapie). Voir section 2.4.3.2: Hormonothérapie néoadjuvante

1.3.1b Patientes ménopausées - Approche adjuvante

Mise à jour : 10 décembre 2025

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 En cours d'évaluation à l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

*Selon la 8e édition de la classification TNM 

HT : hormonothérapie (IA ou tamoxifène); IA : inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane); RH : récepteurs hormonaux; RS : Recurrence Score selon Oncotype DXMC (risque de récidive); LVI : lymphovascular invasion (envahissement lymphovasculaire).

1 Une chimiothérapie n’est généralement pas indiquée en présence d’une tumeur T1N0 de biologie favorable (par ex. grade 1, RH fortement exprimés, Ki-67 bas).
2 Suivant l’évaluation clinico-pathologique de la personne, un test de signature génomique (Oncotype DXMC ou ProsignaMC) peut être prescrit à celles qui sont aptes à recevoir une chimiothérapie, s’il persiste une incertitude sur la pertinence d’administrer ou non une chimiothérapie adjuvante. Ces tests permettent de préciser le risque de récidive à distance de la patiente. Oncotype DXMC est également appuyé par des essais cliniques randomisés (détails).
3 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment de la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein
4 La valeur thérapeutique du ribociclib n’a pas été reconnue par l’INESSS pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade II ou III qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm.
5 Pour le traitement des personnes avec une atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux (N1) combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire ≥ 5 cm (T3); ou atteinte ≥ 4 ganglions axillaires ipsilatéraux (N2-3).
6 Pour le traitement des personnes avec une atteinte pathologique de ≥ 4 ganglions avant l’amorce de la chimiothérapie adjuvante.

1.3.2a Patientes non ménopausées - Approche néoadjuvante

Mise à jour : 10 décembre 2025

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

*Selon la 8e édition de la classification TNM 

HT : hormonothérapie (IA + agoniste LHRH ou tamoxifène +/- agoniste LHRH2); IA : inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane); LHRH: luteinising hormone-releasing hormone (hormone de libération de la lutéinostimuline); LVI: lymphovascular invasion (envahissement lymphovasculaire); RH: récepteurs hormonaux.

1 Une chimiothérapie néoadjuvante devrait être envisagée lorsque l’indication à la chimiothérapie est sans équivoque (N+ ou certains cas de N0 combiné à plusieurs facteurs défavorables) et que cette approche a le potentiel de réduire la dissection axillaire et (ou) de favoriser la chirurgie conservatrice du sein. La décision d’utiliser une telle approche doit être évaluée au cas par cas en comité de diagnostic et de traitement du cancer (CDTC). La chimiothérapie néoadjuvante est indiquée s’il y a possibilité de rendre une tumeur non opérable, opérable. 
2 Chez les patientes non ménopausées, l’ajout d’une suppression de la fonction ovarienne au tamoxifène devrait être considéré, particulièrement chez les jeunes femmes (≤ 35-40 ans) ou en présence d’un cancer à risque élevé de récidive. La décision doit prendre en compte les bénéfices et les risques pour la patiente, notamment les effets indésirables liés à une ménopause prématurée.
3 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment de la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein
4 Pour le traitement des patientes avec une atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux (N1) combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire ≥ 5 cm (T3); ou atteinte ≥ 4 ganglions axillaires ipsilatéraux (N2-3).
5 Pour le traitement des patientes dont le score CPS-EG est ≥ 3 à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante

1.3.2b Patientes non ménopausées - Approche adjuvante

Mise à jour : 10 décembre 2025

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 En cours d'évaluation à l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

*Selon la 8e édition de la classification TNM 

HT : hormonothérapie (IA + agoniste LHRH ou tamoxifène +/- agoniste LHRH5); IA : inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane); LHRH: luteinising hormone-releasing hormone (hormone de libération de la lutéinostimuline); LVI: lymphovascular invasion (envahissement lymphovasculaire); RH: récepteurs hormonaux.

1 Une chimiothérapie n’est généralement pas indiquée en présence d’une tumeur T1N0 de biologie favorable (par ex. grade 1, RH fortement exprimés, Ki-67 bas).
2 Suivant l’évaluation clinico-pathologique de la personne, un test de signature génomique (Oncotype DXMC) peut être prescrit à celles qui sont aptes à recevoir une chimiothérapie, s’il persiste une incertitude sur la pertinence d’administrer ou non une chimiothérapie adjuvante. Ce test permet de préciser le risque de récidive à distance de la patiente. Il est également appuyé par des essais cliniques randomisés (détails). 
3 En présence d’un risque intermédiaire avec Oncotype DXMC (RS = 16 à 25), des données limitées issues d’analyses de sous-groupes suggèrent que la chimiothérapie pourrait apporter un bénéfice clinique aux patientes non-ménopausées, particulièrement en présence d’un RS compris entre 20 et 25.
4 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein.
5 La valeur thérapeutique du ribociclib n’a pas été reconnue par l’INESSS pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade II ou III qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm.
6 Chez les patientes non ménopausées, l’ajout d’une suppression de la fonction ovarienne au tamoxifène devrait être considéré, particulièrement chez les jeunes femmes (≤ 35-40 ans) ou en présence d’un cancer à risque élevé de récidive. La décision doit prendre en compte les bénéfices et les risques pour la patiente, notamment les effets indésirables liés à une ménopause prématurée.
7 Pour le traitement des personnes avec une atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux (N1) combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire ≥ 5 cm (T3); ou atteinte ≥ 4 ganglions axillaires ipsilatéraux (N2-3).

1.4 Maladie locorégionale : HER2+

Mise à jour : 16 octobre 2025

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

*Selon la 8e édition de la classification TNM 

HT : hormonothérapie (IA ou tamoxifène); IA : inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane); LHRH: luteinising hormone-releasing hormone (hormone de libération de la lutéinostimuline); RH : récepteurs hormonaux; TH: taxane combiné au trastuzumab.

1 Une chimiothérapie adjuvante moins intensive (TH) est une option de traitement pour les tumeurs pT1N0 et certaines patientes sélectionnées pT2N0. Par ailleurs, l’omission de la chimiothérapie/trastuzumab devrait être envisagée en présence d’une tumeur T1aN0 à faible risque de récidive (par exemple, RH+).
Chez les patientes non ménopausées, les IA doivent être administrés en concomitance avec un agoniste LHRH. Un agoniste LHRH peut également être ajouté au tamoxifène, particulièrement chez les jeunes femmes (≤ 35-40 ans) ou en présence d’un cancer à risque élevé de récidive. La décision doit prendre en compte les bénéfices et les risques pour la patiente, notamment les effets indésirables liés à une ménopause prématurée.
3 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment de la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein.

1.5 Maladie locorégionale : RH- HER2-

Mise à jour : 16 octobre 2025

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

*Selon la 8e édition de la classification TNM

1 La chimiothérapie doit inclure une anthracycline, une taxane ainsi qu'un sel de platine.
2 L’omission de la chimiothérapie est généralement recommandée en présence d’une tumeur T1aN0.
3 Lorsqu’indiqué, le type de traitement de radiothérapie doit être évalué au cas par cas en tenant compte notamment de la chirurgie pratiquée (chirurgie conservatrice ou mastectomie), de l’étendue du cancer, du risque de récidive et des caractéristiques et préférences de la patiente. Voir section 2.6.2: Radiothérapie du sein.
Le pembrolizumab adjuvant est disponible uniquement pour les patientes l’ayant reçu comme traitement néoadjuvant.

1.6 Exérèse du ganglion sentinelle lorsque la chirurgie est le premier traitement

Mise à jour en cours

1.7 Exérèse du ganglion sentinelle dans un contexte de traitement néoadjuvant

Mise à jour à venir

CTI : cellules tumorales isolées
gg : ganglion
ggM : ganglion marqué (p. ex. avec clip)
ggS : ganglion sentinelle
TSNA : traitement systémique néoadjuvant
1. ggS avant le TSNA est également acceptable, bien que cette approche soit rarement privilégiée; si ggS fait avant et qu’il est +, le curage axillaire doit être fait.
2. Évaluation avec le même type d’imagerie que celle qui a permis de détecter une atteinte avant le TSNA.

1.8 Maladie métastatique : RH+ HER2- (1)
1.8.1 Patientes sensibles aux traitements hormonaux

Mise à jour : 29 mai 2026

  

1.8.2 Patientes résistantes aux traitements hormonaux

Mise à jour: 24 février 2026

  

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

HIS: hybridation in situ; IA: inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole, exémestane); IHC: immunohistochimie

1 Les cancers du sein HER2- incluent ceux dont l'expression du HER2 est nulle, ultra-faible ou faible.
2 Selon les critères de la RAMQ, un inhibiteur de CDK4/6 n’est pas autorisé à la suite d’un échec à un inhibiteur de CDK4/6, si celui-ci a été administré pour le traitement du cancer du sein. L’échec se définie généralement comme une récidive ou une progression pendant le traitement ou dans les 6 mois suivant la fin de celui-ci (opinion d’experts). Toutefois, aucune donnée probante ne permet d’établir la longueur optimale de cet intervalle. Dans certaines situations, un délai de 12 mois entre la fin du traitement et la récidive pourrait être préféré.
Le ribociclib combiné à un IA a montré un avantage significatif de survie globale comparativement à un IA seul.
4 Cette combinaison est aussi disponible pour le traitement de la maladie métastatique de novo.
5 Indiqué si le cancer a progressé suivant l'administration d'un inhibiteur de CDK4/6 combiné à un IA.
Les options d’hormonothérapie sont le létrozole, l’anastrozole, l’exémestane ou le tamoxifène.
7 Les données des études pivots n’ont pas montré un avantage statistiquement significatif pour la survie globale.
8 Disponible dans cette intention pour les patientes ayant eu une récidive pendant un traitement adjuvant ou dans les 12 mois suivant la fin de celui-ci.
9 Non recommandé à la suite d’un échec à ce traitement.
10 L’utilisation d’une hormonothérapie en 1re intention (IA ou tamoxifène) est une option si en présence d’une contre-indication aux inhibiteurs de CDK4/6.
11 La chimiothérapie est plus rarement employée pour cette intention, mais pourrait être une option de traitement lorsqu’en présence d’une crise viscérale au départ et qu’une réponse rapide au traitement est désirée. Un traitement de première intention pourra être administré suivant la stabilisation de la crise viscérale.
12 Les options d’inhibiteurs de CDK4/6 sont le palbociclib, le ribociclib (inscrits aux listes des médicaments au Québec) ou l’abémaciclib (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec).
13 Indiqué suivant l’administration d’une chimiothérapie antérieure (néo/adjuvante ou métastatique) et si la maladie a progressé après avoir suivi au moins une hormonothérapie.
14 Une monochimiothérapie est généralement recommandée. Toutefois, en présence d’une maladie rapidement évolutive, un doublet de chimiothérapies doit être envisagé.
15 Pour être admissibles au sacituzumab govitécan, les patientes doivent notamment avoir reçu au minimum deux chimiothérapies systémiques antérieures (incluant une taxane), dont au moins une dans un contexte de maladie localement avancée non résécable ou métastatique. L’efficacité du sacituzumab govitécan suivant l’administration du T-DXd (ou vice versa) est incertaine.
16  Si non administré antérieurement.
17 Les soins de soutien comprennent la radiothérapie palliative et le traitement des métastases osseuses.

1.9 Maladie métastatique : RH+/RH- HER2+

Mise à jour: 19 décembre 2025

  

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

** Le trastuzumab deruxtécan (T-DXd) est le traitement privilégié dans cette intention. Toutefois, le trastuzumab emtansine demeure une option de 2e intention pour les patientes non éligibles au T-DXd
1 Un traitement systémique d’emblée (T-DXd ou tucatinib) devrait être considéré en présence de MC actives ne requérant pas une intervention locale immédiate ou si un traitement local n’est pas indiqué. La décision doit être évaluée au cas par cas en comité de diagnostic et de traitement du cancer (CDTC ). 
2 Indiqué chez les personnes qui ont reçu un traitement anti-HER2 contre une maladie métastatique ou comme traitement néoadjuvant ou adjuvant et qui ont présenté une récidive de la maladie pendant ce traitement, ou dans les 6 mois suivants la fin de ce dernier.   
Indiqué chez les personnes qui ont déjà reçu un traitement avec le trastuzumab et une taxane; et qui ont reçu au moins un traitement antérieur pour un cancer du sein métastatique ou qui ont présenté une récidive durant le traitement adjuvant ou les 6 mois qui suivent l'arrêt de ce traitement.
Non autorisé à la suite d’un échec à ce traitement.
5 Le tucatinib est indiqué chez les personnes ayant reçu un traitement par le pertuzumab, le trastuzumab et le T-DM1. Le tucatinib/trastuzumab/capécitabine est aussi disponible en 2e intention pour les patients qui ont reçu le T-DM1 en adjuvant et le trastuzumab/pertuzumab en 1re intention.
6 Étant donné une efficacité inférieure au T-DM1 et un profil d’effets indésirables défavorable, la combinaison lapatinib/capécitabine est une option généralement utilisée en 3e intention ou plus pour les patientes qui ont une contre-indication au trastuzumab ou si la maladie est en progression malgré un traitement par le trastuzumab. Toutefois, selon les critères de remboursement de la RAMQ, cette combinaison est aussi disponible en 2e intention.
En présence de récepteurs hormonaux positifs, la combinaison lapatinib/IA est une option disponible dès la première intention en présence d’une contre-indication au trastuzumab.   
8 Les soins de soutien comprennent la radiothérapie palliative et le traitement des métastases osseuses.

1.10 Maladie métastatique : RH- HER2- / HER2 faible (1)

Mise à jour: 21 juin 2024

  

 

       

 Inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

       

 Indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec

 

SCP: score combiné positif (de l’anglais CPS, combined positive score). Le SCP pour le PD-L1 est le nombre de cellules marquées (cellules tumorales, lymphocytes, macrophages) sur le nombre total de cellules tumorales viables, multiplié par 100 (INESSS 2023).

1 Le HER2- inclut le HER2 nul (score de 0 à l’IHC sans coloration membranaire), le HER2 ultra-faible (score de 0 à l’IHC avec une coloration membranaire) et le HER2 faible (score de 1+ à l’IHC ou de 2+ à l’IHC combiné à un résultat négatif à l’HIS).
2 Une monochimiothérapie est généralement recommandée. Toutefois, en présence d’une maladie rapidement évolutive, un doublet de chimiothérapie doit être envisagée. Pour les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA, une chimiothérapie à base d’un sel de platine devrait être envisagée si non administré antérieurement.
3 Pour être admissibles au sacituzumab govitécan, les patientes doivent avoir reçu au minimum deux traitements systémiques antérieurs, dont au moins un dans un contexte de maladie localement avancée non résécable ou métastatiquepour. Une chimiothérapie administrée en contexte néoadjuvant ou adjuvant est considérée comme une ligne de traitement si la récidive vers la maladie métastatique est survenue pendant le traitement ou au cours des 12 mois suivant la fin de celui-ci. De plus, le cancer doit avoir progressé pendant ou après l’administration d’une chimiothérapie à base de taxane.
4 Non autorisé à la suite d'un échec à ce traitement.
5Indiqué en présence d’une mutation germinale d'un gène BRCA suivant l’administration d’une chimiothérapie antérieure (néoadjuvante, adjuvante ou métastatique).
6 Les soins de soutien comprennent la radiothérapie palliative et le traitement des métastases osseuses.

2. Recommandations pour la pratique clinique
2.1 Dépistage

Mise à jour: 10 mars 2024

Dans le but de réduire le nombre de décès attribuables au cancer du sein, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein invite les Québécoises âgées de 50 à 74 ans à passer une mammographie de dépistage du cancer du sein tous les ans. L’information sur la population cible ainsi que sur les bénéfices et risques du dépistage par mammographie se retrouve ici : Programme québécois de dépistage du cancer du sein

 

Dépistage chez les femmes de 40 à 49 ans

Mise à jour: 29 octobre 2025

Afin de soutenir le MSSS dans sa volonté de faciliter l’accès au dépistage du cancer du sein aux femmes âgées entre 40 et 49 ans, l’INESSS a procédé à l’évaluation des enjeux et à la détermination des modalités de mise en œuvre à préconiser dans le cadre de cette démarche.

À la lumière de cette analyse, l’INESSS est d’avis que l’élargissement de l’accès au dépistage du cancer du sein aux femmes de la quarantaine présente certains enjeux organisationnels majeurs. Afin de minimiser les répercussions potentielles associées à l’élargissement de l’accès au dépistage et d’en maximiser les bénéfices, l’INESSS a notamment formulé les recommandations suivantes :

  • L’INESSS recommande l’intégration graduelle des femmes de 45 à 49 ans au PQDCS consolidé pour un dépistage biennal avec invitation ciblée. Le rythme de l’élargissement devrait être modulé régionalement pour tenir compte des capacités locales.
  • Pour les femmes de 40 à 49 ans qui souhaiteraient recevoir un dépistage avant leur entrée au PQDCS, l’INESSS recommande qu’elles puissent être orientées en dépistage à la suite d’une discussion sur les bénéfices et les préjudices du dépistage du cancer du sein, et ce, même si elles ne présentent aucun facteur de risque connu et qu’elles ne satisfont pas aux critères d’admissibilité actuels du PQDCS.

Pour connaitre l’ensemble des recommandations émises par l’INESSS pour encadrer et optimiser le déploiement du dépistage du cancer du sein pour ces femmes, veuillez consulter le document Enjeux, considérations et modalités de mise en œuvre entourant l’accès au dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées entre 40 et 49 ans au Québec, INESSS 2025.

 

2.1.1 Tomosynthèse mammaire et dépistage du cancer du sein

Mise à jour: 21 juin 2024 (détails)

  • La mammographie (2D) demeure la norme pour le dépistage du cancer du sein dans le cadre du PQDCS. Bien que la tomosynthèse puisse être considérée comme une alternative à la mammographie de dépistage, il n'y a pas, à l'heure actuelle, suffisamment de preuves pour recommander une transition vers l'utilisation de la tomosynthèse à l'échelle de la province.
  • Si la tomosynthèse est utilisée pour le dépistage, elle doit l'être en combinaison avec une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) en raison de la plus faible dose de radiation comparativement à la tomosynthèse combinée à une mammographie (3D + 2D).
  • Les centres de dépistage désignés qui souhaitent utiliser la tomosynthèse combinée à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) pour le dépistage du cancer du sein devraient le faire en tenant compte des considérations suivantes :
    • Les normes quant à l’utilisation de la tomosynthèse combinée à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) doivent demeurer les mêmes que pour l’utilisation de la mammographie (2D);
    • L’utilisation de la modalité de tomosynthèse devrait être obligatoirement mentionnée dans les rapports de dépistage et des données de performance locales devraient être colligées et analysées régulièrement.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Dépistage du cancer du sein par tomosynthèse mammaire, INESSS 2024

2.1.2 Dépistage du cancer du sein en présence d'une densité mammographique élevée (BI-RADS D ou plus de 75 % parenchyme)

Septembre 2021

 

Densité mammographique et risque de cancer (détails)

  • La densité mammographique est associée à un risque accru de cancer du sein;
  • Le risque de cancer d’intervalle augmente avec la présence de tissu dense visible à la mammographie, en raison de l’effet masquant de la densité qui réduit la sensibilité de la mammographie;
  • L’ampleur du risque varie, entre autres, selon l’ajustement pour les facteurs de confusion, la définition employée pour référer aux seins denses et la composition du groupe de référence dans les différentes études. Pour cette raison, l’ampleur du risque (celui de développer un cancer et celui qu’un cancer échappe au dépistage) est incertaine.

Fréquence de la mammographie de dépistage chez les femmes aux seins extrêmement denses (détails)

  • Les données concernant la performance de divers intervalles de dépistage par mammographie numérique chez les femmes aux seins extrêmement denses sont insuffisantes;
  • La sensibilité réduite de la mammographie dans cette population suggère que le recours à des examens complémentaires plus sensibles pourrait s’avérer plus efficace comme stratégie de dépistage que de modifier la fréquence de la mammographie.

Examens complémentaires à la suite d’un résultat négatif à la mammographie de dépistage chez les femmes aux seins extrêmement denses (détails)

  • Aucune étude n’a examiné l’efficacité de l’échographie spécifiquement chez les femmes aux seins extrêmement denses et présentant un résultat négatif à la mammographie de dépistage. Par conséquent, l’efficacité de l’échographie mammaire dans la population ciblée n’est pas connue;
  • Les données probantes disponibles concernant l’utilisation de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) chez les femmes aux seins extrêmement denses qui présentent un résultat négatif à la mammographie de dépistage sont limitées;
  • En comparaison avec la mammographie numérique, la tomosynthèse en mode combiné (3D + 2D) n’apporterait aucune amélioration du taux de détection des cancers et du taux de rappel chez les femmes aux seins extrêmement denses;
  • Plusieurs études évaluant différentes approches de dépistage chez les femmes aux seins denses sont présentement en cours.

Mise en garde

Il est important de préciser que, malgré la sensibilité réduite de la mammographie chez les femmes aux seins extrêmement denses, cette méthode demeure la référence pour le dépistage du cancer du sein. Comme toutes les femmes, celles aux seins extrêmement denses devraient participer au programme de dépistage et rester attentives aux changements observés. Les femmes qui présentent des symptômes doivent consulter un médecin, même si le résultat de la dernière mammographie de dépistage était normal (Programme québécois de dépistage du cancer du sein).

 

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Densité mammaire et dépistage du cancer du sein, INESSS 2021.

2.2 Pathologie
2.2.1 Système de classification

Mise à jour: 5 septembre 2025

 

2.2.2 Évaluation des récepteurs hormonaux
  • L’évaluation du statut des récepteurs hormonaux (RH) est recommandée pour tous les carcinomes infiltrants et les CCIS (détails : CCIS).
  • La pièce biopsique est généralement utilisée pour l'analyse immunohistochimique initiale du statut des RH (détails).
  • Les résultats d'immunohistochimie (IHC) pour les récepteurs œstrogéniques (RO) et progestatifs (RP) sont rapportés en termes de pourcentage de cellules tumorales marquées et d'intensité de la coloration. L'utilisation du H score, Allred score ou Quick score est facultative.
  • L’interprétation des résultats d'IHC pour les RO et RP est faite selon les critères rapportés dans le tableau ci-dessous.
 
Interprétation des résultats d'IHC pour les récepteurs hormonaux (RO et RP)

Résultat IHC

Critères (ASCO / CAP, 2010  [1])

Notes

Positif

Marquage nucléaire (peu importe l'intensité) dans ≥ 1 % des cellules tumorales

En l'absence de marquage des cellules myoépithéliales et stromales (CTLR intrinsèque négatif)

Négatif

Aucun marquage ou marquage nucléaire (peu importe l'intensité) dans < 1 % des cellules tumorales

En présence de marquage nucléaire des cellules luminales normales (CTRL intrinsèque positif)

ASCO : American Society of Clinical Oncology; CAP : College of American Pathologists; CTRL : contrôle; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs progestatifs; IHC : immunohistochimie.

1. Hammond ME et coll., American Society of Clinical Oncology/College Of American Pathologists guideline recommendations for immunohistochemical testing of estrogen and progesterone receptors in breast cancer. J Clin Oncol 2010;28(16):2784-2795.

 

2.2.3 Évaluation du statut HER2
  • Mise à jour à venir

 

2.2.4 Évaluation de l’indice Ki67
  • Il n’est présentement pas justifié d’exiger l’inscription systématique de l’indice Ki67 dans les rapports des biopsies au trocart ou des spécimens chirurgicaux comme mesure indirecte de l’activité proliférative. La standardisation complète de ce test reste à venir (détails).

 

2.2.5 Tumeur triple négative
  • Une tumeur triple négative ne possède pas forcément un profil basal-like (détails).
  • Par définition, une tumeur faiblement RH+ (1-10 %) et HER2- ne doit pas être considérée comme triple négative (détails).
  • L’option d’une hormonothérapie adjuvante et d’une consultation en génétique devrait être présentée à la patiente dont la tumeur est faiblement RH+ (1-10 %) et HER2- (détails : hormonothérapie; détails : consultation génétique).
2.3 Évaluation

2.3.1 Imagerie diagnostique et préopératoire

Évaluation mammaire
IRM préopératoire
Évaluation axillaire
Recherche de métastases à distance lors du bilan initial
Corrélation radio-pathologique

2.3.2 Évaluation génétique

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines
Évaluation du risque génétique et familial

 

2.3.1 Imagerie diagnostique et préopératoire

Évaluation mammaire

  • La mammographie bilatérale est recommandée pour l’évaluation initiale du cancer du sein.
  • En présence d’un cancer infiltrant, l’échographie mammaire complète du sein ipsilatéral devrait toujours être effectuée.
  • L’échographie du sein controlatéral lors du bilan initial de la maladie n’est pas recommandée. Les cancers bilatéraux synchrones sont rares et l'avantage clinique d’en faire la recherche d’emblée par échographie n’est pas démontré (détails).

IRM préopératoire

  • L’IRM mammaire est recommandée :
    • lorsque se présente une adénopathie axillaire d’origine mammaire présumée sans tumeur primitive repérable à l’examen clinique et à l’imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie mammaire) (détails).
    • chez les femmes à haut risque de cancer du sein qui optent pour une mastectomie prophylactique (détails).

Toutefois, il n’est pas nécessaire de répéter une IRM réalisée dans les six mois précédant la mastectomie prophylactique lorsque celle-ci s’est révélée négative (BI-RADS 1 ou 2).

  • L’IRM mammaire préopératoire peut être envisagée1 :
    • dans les cas de maladie de Paget du mamelon pour lesquels une lésion tumorale associée n’a pu être repérée ni à l’examen clinique, ni à l’imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie mammaire) lorsqu’une chirurgie conservatrice du sein est souhaitée (détails).
    • pour des patientes atteintes d’un cancer du sein chez qui il existe une discordance entre l’imagerie et l’examen clinique (détails).
    • pour préciser l’étendue d’un cancer du sein lorsque l’imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie mammaire) détecte une atteinte multifocale et qu’une chirurgie conservatrice du sein est souhaitée (détails).
    • dans les cas de carcinome lobulaire infiltrant lorsqu’une chirurgie conservatrice du sein est considérée (détails).
    • lorsqu’un envahissement du muscle grand pectoral ou de la paroi thoracique est suspecté à l’imagerie ou à l’examen clinique (détails).
    • pour planifier le type de chirurgie chez les patientes qui ont obtenu des marges chirurgicales positives multifocales à la suite d’une tumorectomie (détails).
    • pour la sélection des patientes admissibles à une chirurgie conservatrice du sein après une chimiothérapie néoadjuvante – mais l’usage systématique n’est pas indiqué dans ces cas (détails).

1. Le besoin de réaliser une IRM devrait être discuté en comité du diagnostic et du traitement du cancer.

  • Il n’y a pas de preuves scientifiques suffisantes ni de consensus permettant de recommander l’IRM mammaire préopératoire sur la seule base :

Évaluation axillaire

  • L’examen de l’aisselle par échographie est recommandé dans les situations suivantes (détails) :
    • lorsqu’un traitement systémique néoadjuvant est envisagé;
    • en présence d’une maladie de stade cT3-4;
    • en présence d’une atteinte axillaire suspecte palpable.
  • Pour les patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stade clinique T1-2, l’évaluation de l’aisselle par échographie axillaire d’emblée n’est pas nécessaire, mais représente une option (détails). Les options de faire ou non une échographie axillaire d’emblée sont liées à des avantages et des désavantages, notamment ceux présentés dans le tableau suivant :

Option

Avantages

Désavantages

Pas d’échographie axillaire d’emblée

-Si la patiente ne présente pas d’atteinte axillaire palpable, elle demeure admissible, sans ambigüité, à l’omission du curage axillaire, dépendamment de la charge tumorale observée dans les ganglions sentinelles.

-Si le chirurgien considère que le statut axillaire par échographie +/- biopsie pourrait l’aider à prendre une décision concernant le plan de traitement (p. ex. concernant l’utilisation d’une thérapie néoadjuvante), des visites supplémentaires en radiologie et chez le chirurgien seront nécessaires. Le délai avant le traitement pourrait être augmenté.

Échographie axillaire d’emblée +/- biopsie (voir remarque 1 ci-dessous)

-Permet au chirurgien, dès la première visite, de pouvoir considérer le statut axillaire pour la prise de décision d’utiliser ou non une thérapie néoadjuvante.

-Si une atteinte axillaire est découverte par échographie et confirmée par biopsie, le chirurgien fait face au dilemme de prendre en charge la patiente selon les études Z0011, IBCSG 23-01 ou AMAROS ou de procéder directement au curage axillaire (voir remarque 2). La conduite à adopter ne fait pas consensus.

Remarques :
1. Chez les patientes présentant une lésion au sein de grade BI-RADS 5 ou un cancer du sein confirmé, si une lésion axillaire suspecte est observée à l’aisselle par échographie, une biopsie devrait être effectuée.
2. Certains chirurgiens considèrent que les patientes qui ont une atteinte axillaire détectée pas échographie et confirmée par biopsie, mais non palpable, ne sont plus admissibles à une prise en charge selon les études Z0011, IBCSG 23-01 ou AMAROS. D’autres pensent que pour être admissible à une prise en charge selon ces études, il faut s’en tenir strictement aux critères d’admissibilité, dont celui de n’avoir aucune atteinte axillaire palpable. L’étude de Morrow et coll. (2017) appuie cette dernière option. L’omission du curage axillaire pourrait aussi être considérée chez certaines patientes sélectionnées si le ganglion contenant des métastases est marqué avec un repère métallique (clip) et que les ganglions sentinelles et le ganglion marqué sont réséqués (confirmation radiographique; total des ganglions atteints ≤ 2). Toutefois, aucune donnée de survie ou de contrôle de la maladie n’est disponible à ce jour pour appuyer cette option. Une thérapie systémique néoadjuvante pourrait aussi être envisagée dans cette situation (détails).

 

Recherche de métastases à distance lors du bilan initial

Les recommandations suivantes concernent uniquement l’évaluation initiale des patientes atteintes d’un cancer du sein qui ne présentent aucun signe ni symptôme évoquant la présence de métastases à distance.

  • Stade I :
    • La recherche de métastases à distance n’est pas recommandée (détails).
  • Stade II :
    • La recherche de métastases à distance n’est généralement pas recommandée. Toutefois, elle peut être considérée, selon le jugement clinique, chez certains sous-groupes de patientes qui présentent un seul ou une combinaison de facteurs de mauvais pronostic (p. ex. stade clinique N+, grade élevé, histologie triple négative, âge < 40 ans; détails).
  • Stade III :
    • La recherche de métastases à distance devrait être entreprise chez toutes les patientes atteintes d’une maladie de ce stade (détails).
  • Méthodes de recherche de métastases à distance :
    • Les options recommandées pour la recherche de métastases à distance sont les suivantes (seulement l’une de ces options devrait être utilisée; détails) :
      • TDM thoraco-abdomino-pelvienne et scintigraphie osseuse;
      • radiographie thoracique, échographie abdomino-pelvienne et scintigraphie osseuse;
    • L’utilisation de la TEP-TDM pour la recherche de métastases n’est pas recommandée. La preuve suggérant son avantage diagnostique par rapport à la TDM seule repose actuellement sur un petit nombre de patientes et est donc incertaine. De plus, dans un contexte où l’accès à la TEP-TDM est limité, la démonstration de son avantage clinique par rapport aux tests d’imagerie conventionnels serait souhaitée avant de considérer cette méthode comme une option (détails).
  • Les résultats de dosage des marqueurs tumoraux sériques CA 15-3 et CEA ne sont pas susceptibles de changer la conduite du clinicien en matière de traitement; leur utilisation n’est donc pas utile lors du bilan initial de la maladie (détails).

Corrélation radio-pathologique

  • Le radiologiste devrait faire la corrélation radio-pathologique à la suite d’une biopsie percutanée en présence d’une anomalie observée à la mammographie et consigner son évaluation au dossier médical. En présence d’une discordance, un protocole uniformisé de prise en charge devrait être suivi afin de poursuivre l’investigation par des analyses et des tests supplémentaires.

 

2.3.2 Évaluation génétique

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines:

  • Le 5-fluorouracile (5-FU) et son précurseur oral, la capécitabine, sont des fluoropyrimidines utilisées dans le traitement néoadjuvant, adjuvant et palliatif des plusieurs types de cancers. Chez certains patients, les fluoropyrimidines peuvent conduire au développement de toxicités sévères, parfois mortelles. La déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) est un important facteur étiologique de la toxicité sévère induite par le 5-FU. Dans le but d’améliorer la qualité des traitements, l’INESSS a publié un avis pour 1) identifier les variantes du DPYD qui ont été associés à un risque accru de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines, 2) déterminer la stratégie thérapeutique à privilégier dans le cas d’un résultat positif au génotypage d'un allèle DPYD et 3) déterminer le moment opportun pour offrir le test de génotypage DPYD. Pour plus de détails, veuillez consulter « Traitements à base de fluoropyrimidines : Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase », INESSS 2019.
 

Évaluation du risque génétique et familial

Les recommandations en lien avec le risque du cancer du sein controlatéral et la présence de mutations rares (autres que celles localisées sur les gènes BRCA1/2) sont présentées à la section Mastectomie prophylactique chez les patientes avec un mutation génétique.

2.4 Traitement systémique néoadjuvant

2.4.1 Considérations générales

Préservation de la fertilité
Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines
Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques
Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

2.4.2 Indications d’une thérapie systémique néoadjuvante

2.4.3 Maladie locorégionale RH+ HER2-

2.4.3.1 Chimiothérapie néoadjuvante
2.4.3.2 Hormonothérapie néoadjuvante
2.4.3.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

2.4.4 Maladie locorégionale HER2+

2.4.4.1 Chimiothérapie néoadjuvante et thérapie ciblée anti-HER2
2.4.4.2 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

2.4.5 Maladie locorégionale RH- HER2- (TN)

2.4.5.1 Chimiothérapie néoadjuvante (+/- immunothérapie)
2.4.5.2 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

2.4.6 Réponse à la thérapie néoadjuvante

 

2.4.1 Considérations générales

Préservation de la fertilité

  • Une modalité de préservation de la fertilité peut être proposée aux femmes en âge de procréer qui doivent être traitées par chimiothérapie.

 

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines

  • Le 5-fluorouracile (5-FU) et son précurseur oral, la capécitabine, sont des fluoropyrimidines utilisées dans le traitement néoadjuvant, adjuvant et palliatif des plusieurs types de cancers. Chez certains patients, les fluoropyrimidines peuvent conduire au développement de toxicités sévères, parfois mortelles. La déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) est un important facteur étiologique de la toxicité sévère induite par le 5-FU. Dans le but d’améliorer la qualité des traitements, l’INESSS a publié un avis pour 1) identifier les variantes du DPYD qui ont été associés à un risque accru de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines, 2) déterminer la stratégie thérapeutique à privilégier dans le cas d’un résultat positif au génotypage d'un allèle DPYD et 3) déterminer le moment opportun pour offrir le test de génotypage DPYD. Pour plus de détails, veuillez consulter « Traitements à base de fluoropyrimidines : Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase », INESSS 2019.

 

Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques

  • L'extravasation est une complication potentiellement grave pouvant survenir au cours de l'adminitration d'un agent antinéoplasique. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant les mesures contribuant 1) à prévenir et à minimiser les conséquences de l’extravasation, 2) à faciliter la détection de cette dernière par les patients et les professionnels de la santé et 3) à traiter efficacement ces effets de manière à en minimiser les conséquences. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide de prise en charge de l'extravasation des agents antinéoplasiques: Mise à jour», INESSS 2019.

 

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

  • Les agents antinéoplasiques et la radiothérapie utilisés pour le traitement du cancer peuvent causer des nausées et des vomissements. Ces effets indésirables influent sur leur qualité de vie des patients et peuvent mener à la réduction ou même à l’arrêt des traitements. La maîtrise de ces effets indésirables représente une partie importante du succès des traitements dans la lutte contre le cancer. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant la prophylaxie antiémétique en fonction du potentiel émétisant de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide pour la prévention et le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie chez l’adulte : Mise à jour», INESSS 2020.
2.4.2 Indications d'une thérapie systémique néoadjuvante

Mise à jour : juillet 2020

  • Les patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable, et pour lesquelles une thérapie systémique est indiquée, peuvent être candidates à recevoir un traitement systémique néoadjuvant (chimiothérapie ou hormonothérapie) dans l’une des situations cliniques suivantes : 
    • Une tumeur dont la résécabilité est limite ou douteuse (détails); 
    • La possibilité de transformer une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein (détails);
    • La possibilité de réduire ou d’éviter une dissection axillaire;
    • Un sous-type du cancer caractérisé par une prolifération rapide et associé à une plus forte probabilité de réponse à une thérapie systémique (p. ex. triple négatif ou HER2+). Dans ce cas, la chimiothérapie néoadjuvante est l’option à privilégier (détails). 
  • Il n’est pas nécessaire qu'une anomalie décelée à l'examen clinique soit palpable pour envisager une thérapie systémique néoadjuvante. Toutefois, il faut être en mesure de suivre cliniquement ou radiologiquement cette anomalie afin d'évaluer la réponse au traitement (p. ex. si la tumeur progresse en cours de traitement) (détails).  
  • Une sélection appropriée des patientes après concertation pluridisciplinaire est importante.

 

2.4.3 Maladie locorégionale RH+ HER2-
  • La chirurgie est le traitement initial préconisé pour le traitement d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable de sous-type RH+/HER2- et de grade 1 ou 2 (apparenté au sous-type luminal A : récepteurs de l’œstrogne et de la progestérone fortement élevés, faible prolifération et statut HER2 négatif).

 

2.4.3.1 Chimiothérapie néoadjuvante

Indication d'une chimiothérapie néoadjuvante

Mise à jour: juillet 2020

  • Une chimiothérapie néoadjuvante peut être envisagée pour le traitement d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable RH+/HER2- si une chimiothérapie est indiquée (généralement de sous-type luminal B, plus de 3 ganglions atteints) et dans l’une des situations cliniques suivantes : 
    • Une tumeur dont la résécabilité est limite ou douteuse (détails);
    • La possibilité de transformer une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein (détails);
    • La possibilité de réduire ou d’éviter une dissection axillaire.
  • Une chimiothérapie néoadjuvante n’est généralement pas indiquée pour le traitement d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable présentant l’un ou l’autre des critères individuels suivants : 
    • Une tumeur dont le statut est RH+/HER2- de grade 1 ou 2 (apparenté au sous-type luminal A : RO fortement élevés, faible prolifération et HER2-) (détails); 
    • Un carcinome lobulaire classique infiltrant (détails);
    • Un carcinome tubulaire ou mucineux (détails).

La chimiothérapie néoadjuvante n'est pas contre-indiquée, mais son emploi n'est pas justifié par ces seuls critères. Certains facteurs pronostiques additionnels (caractéristiques cliniques, étendue et biologie de la tumeur) pourraient tout de même favoriser une telle approche chez ces patientes. De plus, dans ces situations cliniques, certaines patientes pourraient être candidates à l'hormonothérapie néoadjuvante.

  • Les caractéristiques cliniques, l’étendue et la biologie de la tumeur ont préséance sur l’âge pour déterminer si une patiente âgée de < 50 ans est candidate à une chimiothérapie néoadjuvante (détails).

 

Protocoles de chimiothérapie néoadjuvante

Mise à jour: octobre 2021

  • Lorsqu’une chimiothérapie néoadjuvante est indiquée pour le traitement du cancer du sein infiltrant RH+ HER2-, un protocole à base d’anthracycline et de taxane administrées séquentiellement est recommandé pour la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement (détails).
    • La chimiothérapie anthracycline-taxane dose-dense (AC q2s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles) devrait être envisagée lorsqu’une chimiothérapie plus intensive est jugée pertinente (p. ex. pour une tumeur à haut risque de récidive) et que la patiente est apte à tolérer une intensification du traitement (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux). L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est requise pendant le schéma dose-dense AC pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie (détails).
    • Pour les patientes qui ne sont pas candidates à une intensification du traitement, le protocole AC q3s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles est généralement utilisé (détails).
    • En présence d’une tumeur RH+ HER2- à faible risque de récidive (apparentée au sous-type luminal A), l’hormonothérapie est une option disponible pour certaines patientes ménopausées sélectionnées (Indications d’une hormonothérapie néoadjuvante).
  • En contexte néoadjuvant, les chimiothérapies moins intensives sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF), rarement employées, demeurent des options pour les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux) et pour lesquelles un traitement néoadjuvant est tout de même indiqué (détails).
  • Il est recommandé d’administrer tous les cycles du traitement de chimiothérapie avant la chirurgie afin d’optimiser la probabilité d’atteindre une réponse pathologique complète.
  • La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre le médecin et la patiente.

 

 

2.4.3.2 Hormonothérapie néoadjuvante

Indication à l'hormonothérapie néoadjuvante

Mise à jour: avril 2020

  • Les patientes qui désirent une chirurgie conservatrice du sein alors qu’une mastectomie totale s’impose pourraient envisager l’hormonothérapie néoadjuvante plutôt que la chimiothérapie néoadjuvante si les conditions suivantes sont respectées (détails) :  
    • Le carcinome est à faible risque et résécable et;
    • La patiente est ménopausée et;
    • La chimiothérapie n’est pas indiquée après la chirurgie, ou la patiente présente une contre-indication à la chimiothérapie.
  • Faute de données probantes, les femmes non ménopausées ne sont pas candidates à l’hormonothérapie néoadjuvante en dehors d’études cliniques. Par contre, chez certaines patientes soigneusement sélectionnées, l’hormonothérapie néoadjuvante administrée en concomitance avec la suppression de la fonction ovarienne (agoniste LHRH) peut être considérée (détails).

Voir aussi section 2.4.2 Indications d’une thérapie systémique néoadjuvante.

 

Hormonothérapie néoadjuvante

  • Les inhibiteurs de l’aromatase1 (létrozole, anastrozole ou exémestane) devraient être privilégiés par rapport au tamoxifène chez les femmes ménopausées comme traitement néoadjuvant (détails).
  • L’efficacité des différents inhibiteurs de l’aromatase est similaire en termes de réponse clinique, radiologique et de chirurgie conservatrice du sein (détails).
  • L’hormonothérapie néoadjuvante est généralement administrée pendant une période allant de 4 à 8 mois ou jusqu’à l’obtention d’une réponse optimale (détails).
  • En l’absence d’une réponse au traitement ou en présence d’une progression de la maladie, le traitement néoadjuvant doit être interrompu ou modifié, et la chirurgie envisagée si la patiente y est candidate.
  • Chez certaines patientes intolérantes aux inhibiteurs de l’aromatase ou en présence d’une contre-indication, l’administration du tamoxifène doit être considérée.

_________________

1. Les traitements et examens associés au maintien de l’intégrité osseuse devraient être considérés dès l’initiation de l’utilisation d’un inhibiteur de l’aromatase. (Voir Hormonothérapie adjuvante; Utilisation du bisphosphonate et du dénosumab chez les patientes qui reçoivent un inhibiteur de l'aromatase).

 

2.4.3.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

Mise à jour: 15 avril 2026

  • Après une réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Une hormonothérapie adjuvante est l’option généralement préconisée pour la poursuite du traitement.
    • L’abémaciclib en association avec une hormonothérapie adjuvante ou le ribociclib en association avec un inhibiteur de l'aromatase non stéroïdien (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) est recommandé pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec1). L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits. L’abémaciclib et le ribociclib peuvent être administrés durant une période maximale de deux ou trois ans respectivement (détails).
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante:
    • L’ajout d’une chimiothérapie adjuvante ne semble pas procurer un avantage quant à la survie sans maladie et à la survie globale. Une hormonothérapie adjuvante est l’option généralement préconisée pour la poursuite du traitement
    • L’ajout de l’abémaciclib au traitement d’hormonothérapie adjuvant ou du ribociclib en association avec un inhibiteur de l'aromatase non stéroïdien (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) est recommandé en présence d’une tumeur à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec1). L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits (détails).
    • L’ajout de l’olaparib au traitement d’hormonothérapie adjuvant est recommandé chez les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA et dont le score CPS-EG (clinical and pathological stage, estrogen receptor status and tumor grade) est ≥ 3. L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits (détails).

Valeur thérapeutique non reconnue par l'INESSS – Ribociclib adjuvant (sous-groupe) (15 décembre 2026)
La valeur thérapeutique du ribociclib n’a pas été reconnue par l’INESSS pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein RH+ HER2- de stade II ou III qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm (valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec).

Il est à noter que la valeur thérapeutique du ribociclib est en cours de réévaluation (15 avril 2026)

_____________________

1. L’indication reconnue au Québec cible les patientes dont le cancer est à haut risque de récidive (atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire d’au moins 5 cm; ou atteinte de 4 ganglions axillaires ipsilatéraux ou plus).

 

 

Calcul du score CPS-EG (clinical and pathological stage, estrogen receptor status and tumor grade) (Mittendorf et coll. 2011)

 

Pointage

Score accordé

Stade clinique avant le début du traitement néoadjuvant1

I

0

 

IIA

0

IIB

1

IIIA

1

IIIB

2

IIIC

2

Stade pathologique après le traitement néoadjuvant1

0

0

 

I

0

IIA

1

IIB

1

IIIA

1

IIIB

1

IIIC

2

Marqueurs tumoraux

RO négatifs2

1

 

Grade nucléaire 3

1

 

 

1. Selon l’American Joint Committee on Cancer (https://cancerstaging.org/Pages/default.aspx).

2. Les récepteurs œstrogéniques (RO) sont considérés comme négatifs si la proportion de cellules tumorales marquées par immunohistochimie pour ce récepteur est < 1 %.

2.4.4 Maladie locorégionale HER2+

 

2.4.4.1 Chimiothérapie néoadjuvante et thérapie ciblée anti-HER2

Mise à jour : octobre 2021

  • Lorsqu’une chimiothérapie néoadjuvante est indiquée pour le traitement d’un cancer du sein infiltrant HER2+, les principales options de traitement sont (détails) :
    • une chimiothérapie anthracycline-taxane administrée séquentiellement (AC q3s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles) en combinaison avec le trastuzumab pour la portion taxane du protocole (détails);
    • l’administration concomitante du docétaxel, du carboplatine et du trastuzumab (TCarboH x 6 cycles) (détails).
  • L’ajout du pertuzumab au trastuzumab et à la portion taxane du traitement est recommandé chez les patientes présentant une tumeur > 3 cm ou avec une atteinte ganglionnaire (valeur thérapeutique reconnue par l'INESSS, non inscrit aux listes des médicaments). Son administration est possible, mais rarement employée en présence d’une tumeur mesurant entre 2 et 3 cm sans atteinte ganglionnaire.
  • L’administration concomitante du trastuzumab (± pertuzumab) et d’une anthracycline n’est pas recommandée (associée à un risque de cardiotoxicité significatif).
  • Très peu d’études ont évalué l’efficacité d’un régime dose-dense (AC q2s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles) en présence du trastuzumab. L’efficacité de cette combinaison comparativement à un régime administré de façon standard (AC q3s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles) demeure empreinte d’incertitude. 
  • En contexte néoadjuvant, les chimiothérapies moins intensives sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF), rarement employées, demeurent des options pour les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux) et pour lesquelles un traitement néoadjuvant est tout de même indiqué.
  • Il est recommandé d’administrer tous les cycles du traitement de chimiothérapie avant la chirurgie afin d’optimiser la probabilité d’atteindre une réponse pathologique complète.
  • La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre le médecin et la patiente.

 

2.4.4.2 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant (détails)

Mise à jour: 31 janvier 2024

  • Après une réponse pathologique complète à la suite d’un traitement néoadjuvant composé d’une chimiothérapie à base de taxane et de trastuzumab, il est recommandé de poursuivre l'administration du trastuzumab comme traitement adjuvant.
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite du traitement néoadjuvant, il est recommandé de remplacer le trastuzumab par le trastuzumab emtansine (T-DM1) en monothérapie comme traitement adjuvant.
2.4.5 Maladie locorégionale RH- HER2- (TN)

 

2.4.5.1 Chimiothérapie néoadjuvante (+/- immunothérapie)

Mise à jour : octobre 2021

  • Lorsqu’une chimiothérapie néoadjuvante est indiquée pour le traitement du cancer du sein infiltrant, un protocole à base d’anthracycline et de taxane administrées séquentiellement est recommandé pour la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement (détails).
    • Une chimiothérapie dose-dense (AC q2s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles) doit être envisagée en présence d’un cancer du sein triple négatif à haut risque de récidive pour les patientes aptes à tolérer une telle intensification de traitement (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux). L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est requise pendant le schéma dose-dense pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie (détails).

  • Les données sont insuffisantes pour recommander l’addition d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante usuelle, que ce soit chez l’ensemble des patientes atteintes d’un cancer triple négatif ou chez celles porteuses d’une mutation BRCA1/2, car l’efficacité de cette approche au regard du résultat clinique à long terme n’est pas établie (détails).

    • L’ajout d’un sel de platine à la chimiothérapie usuelle peut être considéré chez certaines patientes jugées aptes à tolérer la toxicité additionnelle du traitement, par exemple si celles-ci sont jeunes et que leur maladie TN est associée à d’autres caractéristiques clinicopathologiques qui augmentent le risque de récidive et de décès, ou dans le but de maximiser les chances de cytoréduction si une chirurgie mammaire conservatrice est souhaitée. Cette décision doit faire l’objet d’une discussion éclairée entre le médecin et la patiente, notamment en raison du risque accru d’ajustement ou d’interruption du traitement associé à la prise de carboplatine (détails : innocuité).

  • En contexte néoadjuvant, les chimiothérapies moins intensives sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF), rarement employées, demeurent des options pour les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux) et pour lesquelles un traitement néoadjuvant est tout de même indiqué (détails).
  • Il est recommandé d’administrer tous les cycles du traitement de chimiothérapie avant la chirurgie afin d’optimiser la probabilité d’atteindre une réponse pathologique complète.
  • La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre le médecin et la patiente.

Mise à jour: décembre 2023

  • L’ajout du pembrolizumab à la chimiothérapie néoadjuvante, composée d’une anthracycline, d’une taxane et d'un sel de platine, est recommandé pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer triple négatif de stade T1cN+ ou T2-4. Le pembrolizumab en monothérapie devrait être poursuivi comme traitement adjuvant (détails).

 

2.4.5.2 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant (détails)

Mise à jour: 31 janvier 2024

  • Après une réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Il est recommandé de poursuivre l’administration du pembrolizumab en monothérapie comme traitement adjuvant aux patientes qui ont reçu la combinaison pembrolizumab – chimiothérapie comme traitement néoadjuvant (détails).
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Il est recommandé de poursuivre l’administration du pembrolizumab en monothérapie comme traitement adjuvant aux patientes qui ont reçu la combinaison pembrolizumab – chimiothérapie comme traitement néoadjuvant (détails).
    • Un traitement adjuvant avec la capécitabine peut être considéré, particulièrement chez les patientes atteintes d’une maladie RH- HER2- (TN) (détails). Il est à noter que l’étude a été réalisée chez une population strictement asiatique; il existe une incertitude sur la transférabilité de ces résultats à la population non asiatique.
    • L’olaparib en monothérapie est recommandé comme traitement adjuvant pour les patientes porteuses d’une mutation germinale d'un gène BRCA (détails).
2.4.6 Réponse à la thérapie néoadjuvante
  • Une réponse pathologique complète à la suite d’une thérapie systémique néoadjuvante est définie comme l’éradication du cancer infiltrant dans le sein et les ganglions, sans égard à la présence d’une maladie canalaire in situ résiduelle (ypT0/is ypN0).
    • L’obtention d’une réponse pathologique complète après la chimiothérapie néoadjuvante est un facteur pronostique du contrôle tumoral et de la survie globale (détails).
  • Des repères métalliques (clips) radio-opaques doivent être installés avant de commencer la thérapie systémique néoadjuvante afin de retrouver le site initial de la tumeur primaire en cas de réponse pathologique complète. L’emploi d’un repère externe est également conseillé.
  • L’utilisation d’un système de classification pour évaluer la réponse à un traitement néoadjuvant sur la pièce opératoire est facultative. Dans le cadre d’études cliniques, le BIG-NABCG et l’ESMO recommandent l’emploi du système RCB (residual cancer burden) (détails).
2.5 Chirurgie

2.5.1 Repérage peropératoire

2.5.2 Chirurgie du primaire, révision chirurgicale et largeur des marges

2.5.3 Prise en charge de l’aisselle

Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement
Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant
Chez les cas de récidive locale (cN0) avec antécédent de stadification axillaire (ggS ou curage axillaire)
Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus)
Pertinence de l’examen peropératoire des ganglions sentinelles

2.5.4 Mastectomie prophylactique controlatérale

Mastectomie prophylactique chez les patientes âgées de moins de 35 ans
Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une histoire familiale positive
Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une mutation génétique
Mastectomie prophylactique et complexe aréolo-mamelonnaire

2.5.5 Reconstruction mammaire

Chirurgie de reconstruction contre chirurgie oncologique
Reconstruction en situation d’une radiothérapie/chimiothérapie en soins postopératoires
Temps optimal pour une reconstruction à la suite d’une radiothérapie
Tabagisme actif et reconstruction

2.5.6 Indications de chirurgie pour une histologie particulière

 

2.5.1 Repérage peropératoire

Utilisation de la bille radioactive pour la localisation préopératoire de tumeurs mammaires non palpables:

  • La localisation à la bille radioactive est équivalente, sur le plan de l’efficacité, à la localisation au harpon (détails).
  • L’implantation de cette technologie de localisation, de par sa nature radioactive, nécessite l’application de procédures réglementaires contrôlées impliquant la collaboration de plusieurs départements (chirurgie, radiologie, pathologie et médecine nucléaire) en vue de permettre son utilisation sécuritaire (détails). 

 

2.5.2 Chirurgie du primaire, révision chirurgicale et largeur des marges
  • La chirurgie conservatrice (tumorectomie, mastectomie partielle et segmentectomie) est l'approche usuelle favorisée, suivie d'une radiothérapie du sein.
  • En présence d'un cancer multicentrique, la mastectomie totale est habituellement recommandée.
  • En présence d'un cancer situé au centre près de l'aréole, une mastectomie centrale est habituellement effectuée.
  • L’examen extemporané des marges n’est pas recommandé. 
  • En présence d’un carcinome canalaire in situ (CCIS) :
    • la largeur optimale de la marge négative pour une chirurgie conservatrice du sein suivie d’une irradiation complète du sein est de 2 mm (détails);
    • la largeur optimale de la marge négative pour une chirurgie conservatrice du sein sans irradiation devrait être d’au moins 2 mm (détails);
    • une révision chirurgicale est nécessaire en présence d’un CCIS à la marge. Dans le cas d’une marge négative inférieure à 2 mm, la décision de procéder à une révision chirurgicale devrait se faire sur une base sélective en considérant le risque de récidive ipsilatérale, l’impact cosmétique d’une révision et l’espérance de vie globale de la patiente (détails).
  • En présence d’un carcinome lobulaire in situ (CLIS) :
    • la largeur de la marge négative n’a pas d’importance;
    • une révision chirurgicale n’est pas nécessaire en présence d’un CLIS à la marge. 
  • En présence d’un CLIS pléomorphique :
    • la largeur acceptable de la marge négative pour une chirurgie conservatrice du sein correspond à celle du CCIS, soit 2 mm (détails);
    • une révision chirurgicale pourrait être nécessaire en présence d’un CLIS pléomorphique à la marge (détails).
  • En présence d’un carcinome (canalaire ou lobulaire) infiltrant :
    • la marge négative acceptable correspond à l’absence d’encre sur la tumeur;
    • une révision chirurgicale est nécessaire en présence d’un carcinome (canalaire ou lobulaire) infiltrant à la marge.
  • Dans le cas où la marge postérieure est microscopiquement positive et que le fascia a été excisé, une révision chirurgicale ne serait pas nécessaire. Selon le panel d’experts de St-Paul-de-Vence, une marge postérieure ne devrait pas être considérée lorsque le fascia a été excisé.
  • En général, il est acceptable de pratiquer deux révisions de marge avant de procéder à une mastectomie totale. Toutefois, il faut également tenir compte de la grosseur du sein, de la taille de la lésion et des préférences de la patiente.
  •  Il importe de faire la différence entre une tumeur in situ seule et une composante in situ accompagnant une tumeur inviltrante. En présence d’une tumeur infiltrante accompagnée d’une composante in situ, la largeur des marges par rapport à ce composant doit être bien décrite.

 

2.5.3 Prise en charge de l’aisselle

Mise à jour à venir

Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement :

  • L’exérèse du ganglion sentinelle est considérée comme l’approche chirurgicale axillaire standard pour les cas de cancer du sein de stades cliniques T1-3N0 (détails).
  • En l’absence de métastases à l’examen du ganglion sentinelle, l’omission du curage axillaire est recommandée. (détails)
  • En présence de métastases à l’examen du ganglion sentinelle, les critères et traitements postopératoires minimaux permettant l’omission du curage axillaire, basés sur un bon niveau de preuve, sont les suivants (détails) :
    • Critères
      • Cancer infiltrant unicentrique;
      • Stade cT1-2 (≤ 5 cm);
      • Stade cN0 (non palpable);
      • Métastases dans ≤ 2 ggS (métastases ≤ 2 mm considérées comme [+], sauf si identifiées uniquement par IHC);
      • Absence d’envahissement extracapsulaire macroscopique à la pathologie ou de ganglions fixés (matted nodes).
  • Traitements postopératoires minimaux
    • Radiothérapie
      • Mastectomie totale : radiothérapie à la paroi thoracique et à l’aisselle (3 niveaux axillaires et partie médiane de la fosse supraclaviculaire);
      • Chirurgie conservatrice : radiothérapie au sein complet;
    • Traitement systémique adjuvant.

Remarque :

  • L’omission du curage axillaire selon des critères élargis par rapport à ceux-ci n’est pas clairement appuyée par les données probantes actuelles ni par un consensus québécois. Puisqu’il s’agit d’omettre un standard de pratique, la prudence est de mise.


Indication de l’exérèse du ganglion sentinelle dans certaines situations particulières :

  • L’exérèse du ganglion sentinelle ne devrait pas être réalisée dans les situations suivantes :
    • en présence d’un carcinome in situ traité par mastectomie partielle;
    • en présence d’un carcinome lobulaire in situ (aussi nommé néoplasie lobulaire);
    • en présence d’hyperplasie canalaire atypique traitée par mastectomie partielle;
    • dans les cas de mastectomie prophylactique.
  • En présence d’un carcinome canalaire in situ extensif qui requiert une mastectomie totale, l’exérèse du ganglion sentinelle devrait être réalisée en raison de la fréquence des cas présentant une composante infiltrante à la chirurgie (30 %).
  • Un antécédent de réduction mammaire ou d’addition mammaire n’est pas une contre-indication à l’exérèse du ganglion sentinelle.
  • Dans le cas d’une chirurgie récente au sein pour laquelle le rapport de pathologie final montre une histologie infiltrante, il serait approprié de faire une exérèse du ganglion sentinelle.

Mise à jour à venir

Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant:

  • Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant (TSNA), il n’est pas démontré que la prise en charge de l’aisselle en fonction du statut du ganglion sentinelle (ggS) est équivalente ou non inférieure au curage axillaire d’emblée en ce qui a trait à la survie ou à l’absence de récidive axillaire. Le taux de repérage du ggS et les taux de faux négatifs (TFN) sont les deux principaux critères selon lesquels l’approche du ggS est jugée adéquate ou non.
  • Dans un contexte de TSNA, le curage axillaire doit toujours être effectué en présence d’un ggS positif ou d’un ganglion marqué (p. ex. avec clip) positif (détails).
  • En l’absence d’une atteinte axillaire à l’évaluation clinique initiale (cN0) (détails) :
    • L’exérèse du ggS réalisée après le TSNA est l’option privilégiée.
      • Remarques :
        • Le ggS est négatif chez environ 50 % à 60 % des patientes avant le TSNA, et environ 75 % des patientes n’ont pas de maladie résiduelle axillaire après le TSNA (déterminé par curage axillaire).
        • Le taux de repérage du ggS étant élevé (90 % à 95 %) et le taux de faux négatifs (TFN) étant relativement faible (6 % à 10 %), cette option est jugée adéquate et permet aux patientes qui avaient une atteinte axillaire cliniquement et radiologiquement occulte de tirer avantage de la possibilité d’obtenir une réponse axillaire complète au TSNA, et ainsi d’éviter le curage axillaire.
    • L’exérèse du ggS réalisée avant le TSNA est une option acceptable, mais rarement privilégiée.
    • Si l’exérèse du ggS est réalisée avant le TSNA et qu’il est positif, une seconde exérèse du ggS après le TSNA est à proscrire; le curage axillaire est indiqué lors de la chirurgie de la tumeur primaire.
      • Remarques :
        • Le taux de repérage du ggS lors de la deuxième intervention est très faible (60 % à 70 %) et le TFN très élevé (25 % à 50 %).
        • À ce jour, aucune donnée ne justifie l’omission du curage axillaire lorsqu’une atteinte axillaire est détectée avant le TSNA et ce, même lorsque les patientes auraient été admissibles à l’étude ACOSOG Z0011.
  • En présence d’une atteinte axillaire à l’évaluation clinique initiale (cN+), le curage axillaire est l’approche standard. L’omission du curage axillaire après le TSNA peut être considérée seulement lorsque les méthodes adoptées et les circonstances observées permettent d’estimer comme très faible la probabilité d’un résultat faussement négatif (détails).
    • Considérations générales :
      • Deux traceurs devraient toujours être utilisés pour le repérage du ggS.
      • Il est recommandé de faire une coloration par immunohistochimie (IHC; cytokératines) lorsque les ggS sont négatifs à la coloration à l’hématoxyline et à l’éosine (H&E), et de considérer comme atteinte positive (N+) les métastases de toutes tailles, y compris les cellules tumorales isolées (CTI).
      • Si seulement 1 ou 2 ggS ont été réséqués, le curage axillaire doit être effectué, à moins qu’une stratégie de marquage pré-TSNA du ganglion atteint ait été employée. Dans ce cas, l’omission du curage axillaire peut être envisagée si le ganglion marqué et le ggS ont été réséqués (un ganglion peut à la fois être marqué et sentinelle) et si les ganglions réséqués sont négatifs.
      • Le curage axillaire doit être effectué en présence d’un ganglion cliniquement positif à l’évaluation post-TSNA.
    • L’omission du curage axillaire peut être considérée lorsque l’une ou l’autre condition suivante est remplie :
      • si ≥ 3 ggS ont été réséqués et qu’ils sont négatifs;
      • si une stratégie de marquage pré-TSNA du ganglion atteint a été employée, que le ganglion marqué est récupéré et qu’il est négatif. Le ggS doit aussi être négatif.
        • Remarques :
          • Puisque certaines patientes à qui un TSNA est administré présentent une maladie très agressive, la décision d’omettre le curage axillaire doit être prise avec prudence.
          • Il est recommandé, pour la prise de décision, de procéder à une révision rigoureuse des résultats des évaluations clinique et radiologique de la patiente en comité de diagnostic et de thérapie du cancer.

Chez les cas de récidive locale (cN0) avec antécédent de stadification axillaire (ggS ou curage axillaire)

 

  • Pour les cas de récidive locale chez qui une exérèse du ggS a été réalisée lors de la première chirurgie, la plupart des cliniciens consultés sont d’avis que l’approche du ggS est acceptable (détails).

Remarque :

  • Bien que l’exérèse du ggS soit techniquement faisable, peu de données sont disponibles en ce qui a trait au pronostic à long terme avec cette approche, et aucune donnée issue d’études randomisées n’offre l’assurance que l’exérèse du ggS est une approche équivalente au curage ganglionnaire. À ce stade de la maladie, les options curatives subséquentes sont limitées et la prudence est de mise.

Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus)

 

Méthode de repérage du ganglion sentinelle (ggS) (détails):

  • L’utilisation de deux traceurs est recommandée (isotope radioactif + coloration bleue).
  • L’isotope radioactif doit toujours être utilisé.
  • L’utilisation de la coloration bleue seule n’est pas recommandée.
  • Si aucun ggS n’est repéré, le curage axillaire doit être effectué.

Nombre de ggS réséqués (détails):

  • Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement, le nombre de ggS réséqués n’est pas un facteur à prendre en considération dans la mesure où la technique est effectuée de façon optimale et si la prise en charge est en accord avec les devis et résultats des études à l’appui (voir section Prise en charge de l’aisselle).
  • Pour les cas de stade cN0 à l’évaluation initiale qui reçoivent un traitement systémique néoadjuvant (TSNA), le nombre de ggS réséqués n’est pas considéré comme un facteur décisionnel.
  • Pour les cas de stade cN+ à l’évaluation initiale qui reçoivent un TSNA, en adéquation avec les probabilités d’un résultat faussement négatif :
    • le curage axillaire est indiqué si seulement 1 ou 2 ggS ont été réséqués, à moins qu’une stratégie de marquage pré-TSNA du ganglion atteint ait été employée. Dans ce cas, l’omission du curage axillaire peut être envisagée si le ganglion marqué et le ggS ont été réséqués (un ganglion peut à la fois être marqué et sentinelle) et si les ganglions réséqués sont négatifs;
    • l’omission du curage axillaire peut être considérée si ≥ 3 ggS ont été réséqués et qu’ils sont négatifs.

Stratégies pour réduire le taux de faux négatifs des ggS à un minimum (détails):

  • Pour les cas de stade cN+ à l’évaluation initiale qui reçoivent un TSNA, lorsque l’omission du curage axillaire est envisagée, les stratégies suivantes devraient être considérées car elles permettent de réduire la probabilité d’un résultat faussement négatif :
    • colorer des coupes par IHC lorsque les ggS sont négatifs à la coloration H&E et considérer les métastases de toutes tailles, y compris les cellules tumorales isolées, comme une atteinte positive (N+);
    • avant le TSNA, marquer le ganglion atteint (p. ex. avec clip). Avant la chirurgie, si un clip a été utilisé, il est lui-même marqué avec un harpon ou une bille d’I-125, sous guidage échographique, afin de faciliter son repérage lors de l’opération. Au moment de la chirurgie, le ganglion marqué est excisé et une radiographie du spécimen est pratiquée afin de confirmer l’excision.
      • Remarque :
        • le clip utilisé pour le marquage pré-TSNA du ganglion atteint doit contenir une quantité de gel suffisante pour permettre son repérage sous échographie après le TSNA. L’hémoclip n’est pas adéquat dans ce contexte.

Pertinence de l’examen peropératoire des ganglions sentinelles

  • L’examen peropératoire des ganglions sentinelles (ggS) n’est pas nécessaire, mais il est pertinent lorsque le résultat pourrait permettre à la patiente d’éviter une deuxième intervention chirurgicale (détails).
    • Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement et que la patiente est admissible à l’omission du curage axillaire si ≤ 2 ggS sont positifs, l’examen peropératoire des ggS n’est pas pertinent.
    • Dans toutes les autres situations, l’examen peropératoire n’est pas nécessaire, mais il est pertinent.

 

2.5.4 Mastectomie prophylactique controlatérale

Mastectomie prophylactique chez les patientes âgées de moins de 35 ans

  • Une mastectomie prophylactique controlatérale ne devrait pas être offerte de façon systématique à toutes les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral, indépendamment de l’âge (détails).
  • Une mastectomie prophylactique controlatérale est recommandée pour les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral porteuses de mutations BRCA1/2 qui auront une mastectomie thérapeutique (détails).
  • Une mastectomie prophylactique controlatérale est recommandée pour les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral qui auront une mastectomie thérapeutique et qui ont eu un traitement de radiothérapie supradiaphragmatique (Mantle field radiation) pour un lymphome de Hodgkin avant l’âge de 30 ans.
  • Une mastectomie prophylactique controlatérale n’est pas une stratégie reconnue pour améliorer le pronostic des femmes atteintes de cancer du sein unilatéral qui ont un risque modéré de récidive locale.
  • Les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral qui n’ont pas une mutation génétique avérée mais qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein devraient être informées qu’il n’y a pas de données supportant le fait qu’une mastectomie prophylactique controlatérale diminuera la mortalité reliée au cancer du sein (détails).
  • La pertinence clinique d’une mastectomie prophylactique controlatérale doit toujours être pesée contre le pronostic du cancer du sein primaire et la probabilité d’évolution de celui-ci 3 à 5 ans suivant l’intervention.
  • La réalisation d’une mastectomie prophylactique controlatérale ne doit jamais avoir de caractère d’urgence dans le cadre du traitement initial du cancer du sein.
  • Les femmes qui opteront pour une mastectomie prophylactique controlatérale devraient être informées des impacts potentiels de ce type d’intervention sur leur image corporelle et leur sexualité (détails).
  • Une discussion sur les taux de récidive de cancer du sein controlatéral peut faire partie de la discussion initiale avec la patiente. Des stratégies supplémentaires telles qu’un traitement d’hormonothérapie, une consultation psychologique, l’adoption d’un mode de vie sain ainsi que la participation à des essais cliniques pour expérimenter de nouvelles stratégies de réduction du risque de cancer du sein peut être envisagées de façon individuelle à la suite d’une évaluation et de conseils appropriés d’une équipe multidisciplinaire.

Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une histoire familiale positive

  • Une mastectomie prophylactique controlatérale simultanée à une mastectomie totale ipsilatérale ne devrait pas être offerte d’emblée à une patiente sans mutation génétique qui présente des antécédents familiaux de cancer du sein.

Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une mutation génétique

  • Une mastectomie prophylactique controlatérale n’est pas recommandée chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations rares (gènes ATM, CDH1, CHEK2, NBN, NF1, PALB2, PTEN, STK1 et TP53) autres que celles localisées sur les gènes BRCA1/2 (détails).
  • Le pronostic du cancer du sein primaire peut influencer la décision d’avoir recours à une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations rares.
  • Toutefois, une mastectomie prophylactique controlatérale peut être discutée et considérée de façon individuelle chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral et porteuses de ces mutations selon les antécédents familiaux de cancer du sein.
     

Mastectomie prophylactique et complexe aréolo-mamelonnaire

  • Il est sécuritaire de conserver le complexe aréolo-mamelonnaire lors d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez une femme porteuse d’une mutation, si l’anatomie de la patiente le permet.

 

2.5.5 Reconstruction mammaire

Chirurgie de reconstruction contre chirurgie oncologique

  • Une chirurgie de reconstruction peut être réalisée en même temps qu’une chirurgie oncologique. Si une reconstruction simultanée à une mastectomie a été jugée possible, cette procédure n’aura pas d’effet négatif sur le devenir de la patiente.

Reconstruction en situation d’une radiothérapie/chimiothérapie en soins postopératoires

  • Les femmes qui auront une mastectomie devraient avoir accès à une consultation multidisciplinaire pour élaborer la planification d’une reconstruction mammaire et avoir les informations relatives aux options chirurgicales adaptées à leur situation médicale personnelle, et notamment être avisées des risques, des complications chirurgicales de même que des résultats esthétiques attendus.
  • Une reconstruction mammaire ne devrait pas influencer la gestion thérapeutique du cancer du sein en termes de délais et de types de chirurgies utilisés.
  • Peu de preuve supporte une généralisation des recommandations quant au type de reconstruction mammaire à privilégier et au temps optimal pour effectuer une reconstruction lorsqu’une radiothérapie est prévue en soins postopératoires. Un manque d’unanimité au sein des experts persiste en raison de données probantes contradictoires quant aux résultats esthétiques obtenus (détails).
  • La décision finale d’une reconstruction devrait revenir au chirurgien oncologue/plasticien et à la préférence de la patiente en tenant compte des avantages et des inconvénients de chaque procédure ainsi que de certaines morbidités telles que l’obésité, le diabète et le tabagisme et de l’indication de radiothérapie en soins postopératoires.
  • Chez les patientes qui ont eu précédemment une radiothérapie, une reconstruction par lambeaux serait la méthode à privilégier. Toutefois, des données probantes scientifiques de meilleure qualité sont nécessaires afin d’éclaircir ce point (détails).
  • L’ajout d’une radiothérapie après une reconstruction, quel que soit le type de reconstruction, aura un impact majeur en termes de complications plus fréquentes, plus d’échecs de reconstruction et plus de réopérations comparativement à celles qui n’auront pas de radiothérapie après une reconstruction. Ce taux de complications, plus élevé en situation de radiothérapie nécessaire à la suite d’une reconstruction, est constant dans les études et devrait être discuté avec la patiente avant de choisir cette option de chirurgie simultanée dans une telle situation (détails).
  • En raison d’un manque de données probantes sur les complications chirurgicales d’une chimiothérapie adjuvante administrée à la suite d’une reconstruction mammaire, aucune recommandation ne peut être formulée à ce propos (détails).
     

Temps optimal pour une reconstruction à la suite d’une radiothérapie

  • Une reconstruction mammaire peut être offerte aux femmes qui ont reçu une radiothérapie.
  • Les femmes qui envisagent une reconstruction à la suite d’une radiothérapie devraient être informées des risques, des complications postopératoires et des résultats esthétiques attendus reliés aux effets radiques qui pourraient survenir après une reconstruction (détails).
  • Actuellement, le délai d’une reconstruction différée à la suite d’une radiothérapie est principalement laissé à la discrétion et au jugement du chirurgien selon la situation clinique ainsi qu’à la préférence de la patiente. Un intervalle de temps d’environ de 6 à 12 mois est généralement observé afin de réduire les effets délétères tissulaires associés à la radiation. De plus, moins de complications postopératoires sont observées lorsque le délai est supérieur à douze mois.
  • Le délai optimal pour pratiquer une reconstruction mammaire différée chez les femmes qui ont reçu précédemment une radiothérapie n’est pas déterminé.
     

Tabagisme actif et reconstruction

  • Le tabagisme actif est un facteur prépondérant dans le choix de faire ou non une reconstruction simultanée ou tardive à une mastectomie.

 

2.5.6 Indications de chirurgie pour une histologie particulière
  • Si la biopsie percutanée d’un résultat anormal observé à la mammographie montre de l’atypie, une chirurgie pourrait être envisagée en raison du risque de découvrir une histologie sous-jacente plus agressive.
2.6 Radiothérapie adjuvante

2.6.1 Considérations générales

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

2.6.2 Radiothérapie du sein

Omission de la radiotérapie du sein
Radiothérapie hypofractionnée du sein
Radiothérapie ultra-hypofractionnée du sein (5 fractions)
Radiothérapie partielle du sein

2.6.3 Radiothérapie de la paroi thoracique

En présence d'un carcinome canalaire in situ avec marges positives
En présence d'un cancer du sein de stade T1-2N1 (avec curage axillaire)

2.6.4 Surimpression du lit tumoral

2.6.5 Radiothérapie des aires ganglionnaires

Selon l'atteinte ganglionnaire
Radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires

2.6.6 Radiothérapie concomitante à un traitement systémique

2.6.7 Repères métalliques

 

2.6.1 Considérations générales

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

  • Les agents antinéoplasiques et la radiothérapie utilisés pour le traitement du cancer peuvent causer des nausées et des vomissements. Ces effets indésirables influent sur leur qualité de vie des patients et peuvent mener à la réduction ou même à l’arrêt des traitements. La maîtrise de ces effets indésirables représente une partie importante du succès des traitements dans la lutte contre le cancer. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant la prophylaxie antiémétique en fonction du potentiel émétisant de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide pour la prévention et le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie chez l’adulte : Mise à jour», INESSS 2020.

 

2.6.2 Radiothérapie du sein
  • Une addition mammaire antérieure n’est pas une contre-indication à la radiothérapie à la suite d’une chirurgie conservatrice.
  • La radiothérapie n’est pas indiquée à la suite d’un traitement chirurgical en présence d’un carcinome lobulaire in situ (aussi nommé néoplasie lobulaire).

 

Omission de la radiothérapie du sein

  • Bien que la radiothérapie du sein complet soit généralement la norme à la suite du traitement chirurgical (chirurgie conservatrice) d’un carcinome canalaire in situ (CCIS), il peut être raisonnable de l'omettre chez certaines patientes atteintes d’une tumeur de petite taille et de bas grade réséquée avec des marges saines d’au moins 2 mm, avec une espérance de vie limitée ou qui présentent des comorbidités importantes. Dans ces cas, les risques de récidive doivent être discutés avec la patiente (détails).
  • L’omission de la radiothérapie peut être envisagée chez les patientes âgées de 65 ans et plus atteintes d’un cancer infiltrant de stade peu avancé à faible risque de récidive répondant à tous les critères suivants : stade T1N0M0, grade 1 ou 2, récepteurs œstrogéniques positifs (RO+), marges chirurgicales négatives et disposées à suivre une hormonothérapie pendant au moins 5 ans (détails).
  • Les femmes devraient être informées que la radiothérapie réduit davantage le risque de récidive mammaire, mais qu’elle ne procure pas d’avantage de survie à long terme (détails).
  • Il peut être préjudiciable d'éviter à la fois la radiothérapie et l’hormonothérapie. Ainsi, l'observance de la thérapie hormonale doit être fortement encouragée en cas d’omission de la radiothérapie du sein complet suivant une chirurgie conservatrice du sein.

 

Radiothérapie hypofractionnée du sein

  • À la suite d’une chirurgie conservatrice du sein, l’irradiation complète du sein par hypofractionnement (40 Gy/15 fractions ou 42,5 Gy/16 fractions, par exemple) est recommandée pour traiter un cancer du sein infiltrant (détails).
  • L’hypofractionnement est privilégié par rapport à un fractionnement conventionnel (50 Gy/25 fractions) pour l’irradiation complète du sein chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ (détails).

 

Radiothérapie ultra-hypofractionnée du sein (5 fractions)

(Mai 2022)

L’irradiation complète du sein administrée selon un schéma ultrahypofractionné (26 Gy en 5 fractions sur 5 jours consécutifs [étude FAST-Forward]) serait tout aussi efficace et présenterait un profil de toxicité qui semble similaire (pour un suivi de 5 ans) à un schéma hypofractionné conventionnel (40 Gy en 15 fractions). Les experts consultés sont d’avis que les données de toxicité cutanée à 5 ans devraient être représentatives de la toxicité à plus long terme. L’utilisation de l’ultra-hypofractionnement comporterait aussi plusieurs avantages pour le système de santé (par ex. réduction des listes d’attente, diminution de l’utilisation des ressources humaines et matérielles par patiente, réduction des coûts par mise en traitement) et pour les patientes (par ex. réduction des coûts liés aux déplacements, facilité d’accès dû à un traitement plus court, réduction de l’absentéisme au travail).

Les indications et modalités de traitement suivantes sont recommandées (détails):

  • Suivant une chirurgie conservatrice du sein, l’irradiation du sein complet selon un protocole d’ultra-hypofractionnement (26 Gy en 5 jours consécutifs [étude FASTForward]) doit être envisagée pour le traitement des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ (CCIS, avis d’experts) ou d’un cancer du sein de stade précoce (T1-3N1-M0) pour lesquelles une irradiation ganglionnaire n’est pas prescrite.
  • Un protocole d’irradiation de 28,5 Gy en 5 fractions administré hebdomadairement est une alternative au protocole de 26 Gy administré sur 5 jours consécutifs. Ce protocole peut notamment être considéré pour les patientes qui ne sont pas disposées, pour des raisons de santé ou des raisons pratiques, à recevoir un traitement quotidien (par ex. patientes âgées, perte d’autonomie).
  • L’utilisation de l’ultra-hypofractionnement chez les patientes atteintes d’un cancer T3, avec une atteinte ganglionnaire (N1 sans irradiation des ganglions) ou âgées de moins de 50 ans devrait se faire avec prudence considérant qu’elles étaient peu représentées dans l’étude FAST-Forward.
  • La décision d’administrer un protocole d’irradiation ultra-hypofractionnée doit se prendre en concertation avec la patiente en tenant compte des avantages (par ex. réduction des déplacements et de la durée du traitement, diminution probable de la toxicité aigüe, etc,) ainsi que des désavantages potentiels (ex. incertitude face à la toxicité cutanée, pulmonaire et cardiaque au dela de 5 ans).
  • Le plan de traitement des patientes doit répondre aux contraintes dosimétriques d’irradiation pulmonaire et cardiaque ainsi qu’aux critères d’homogénéité du plan comme indiqué dans les études cliniques. En absence de données à plus long terme, ces précautions sont prescrites en considérant la toxicité cutanée présente aux doses de 27 Gy (étude FAST-Forward) et de 30 Gy (étude FAST).
  • Les données disponibles ne permettent pas de recommander l’irradiation par ultra-hypofractionnement pour le traitement des patientes qui ont subi ou qui désirent une reconstruction mammaire (incertitude face à la qualité de la reconstruction et du résultat cosmétique) ou celles devant recevoir une irradiation ganglionnaire, sauf dans le cadre d’études cliniques.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Radiothérapie adjuvante pour le traitement du cancer du sein de stade précoce : efficacité et innocuité d’une irradiation complète du sein en 5 fractions (ultrahypofractionnement), INESSS 2022.

 

Radiothérapie partielle du sein

(Nouveau: juillet 2023)

Suivant une chirurgie conservatrice du sein, une irradiation partielle (IP) du sein par radiothérapie externe ou par curiethérapie devrait être envisagée pour le traitement des patientes à faible risque de récidive répondant aux critères d’admissibilité (tableau ci-dessous). Considérant l’absence d’étude comparant les différentes modalités d’IP, le protocole optimal n’est pas établi.

  • Radiothérapie externe (détails) :
    • La radiothérapie externe accélérée administrant une dose totale de 30 Gy en 5 fractions (6 Gy tous les deux jours, étude Florence) est le protocole généralement utilisé lorsqu’une IP est l’option choisie. L’administration d’une dose totale de 26 Gy en 5 fractions sur 5 jours est aussi une option disponible, recommandée par certains guides de pratique. Toutefois, ce protocole est basé sur une extrapolation de l’étude FAST-Forward réalisée en irradiation complète du sein.
    • Basé sur l’étude IMPORT-LOW, le protocole de 40 Gy en 15 fractions administré sur 3 semaines peut aussi être utilisé.
    • Un protocole de 38,5 Gy administré en 10 fractions (deux fois par jour) n’est pas recommandé puisqu’il semble lié à une toxicité accrue en comparaison avec une IC du sein (études RAPID et IRMA).
  • Curiethérapie (détails) :
    • La curiethérapie est une alternative pouvant être utilisée chez certaines patientes. Les protocoles suivants sont généralement utilisés :
      • Curiethérapie interstitielle multicathéters à haute dose : 32,5 Gy en 8 fractions ou 30,3 Gy en 7 fractions (deux fois par jour) (étude GEC-ESTRO).
      • Curiethérapie interstitielle multicathéters à dose pulsée : 50 Gy de 0,6-0,8 Gy/heure (1x par heure, 24 heures/jour, sur 2,5 à 3,5 jours) (étude GEC-ESTRO).
      • Curiethérapie interstitielle par ballonnet ou multicathéters : 34 Gy en 10 fractions (deux fois par jour) (étude NSABP-39).
  • Radiothérapie peropératoire (détails) :
    • La radiothérapie peropératoire ne devrait pas devenir une pratique courante dans les conditions actuelles, car elle nécessite un encadrement rigoureux dans le contexte de protocoles institutionnels couplés à des registres de suivi bien structurés (INESSS, 2015).

Les critères suivants devraient être pris en compte dans la sélection des patientes admissibles à une irradiation partielle du sein (détails) :

Critères d’admissibilité à l’irradiation partielle selon l’ASTRO 20171

Caractéristique

Admissible

À considérer avec prudence

Non admissible

Âge

≥ 50 ans

40-49 ans avec tous les critères inclus dans la catégorie « admissible »;

ou 

≥ 50 ans et au moins un des facteurs ci-dessous :

< 40 ans;

ou 

40-49 ans et ne répondant pas aux autres critères inclus dans la catégorie « admissible »

Histologie

CCI ou CCIS

Carcinome lobulaire infiltrant 

--

Si CCIS

De bas grade ou intermédiaire, découvert à l’imagerie.

 ≤ 2,5 cm, marges de résection négative ≥ 3 mm

≤ 3,0 cm si la patiente ne répond pas à tous les critères dans la catégorie « admissible »

> 3,0 cm

Marges chirurgicales

≥ 2 mm

< 2 mm

Positives

Volume de la tumeur

Tis ou T1 (≤ 2 cm)

T2 (2,0-3,0 cm)

T2 (> 3,0 cm), T3-4

Atteinte ganglionnaire

pN0

--

pN+

Statut RH

Positif

Négatif

--

Envahissement lymphovasculaire

Non

Limité/focal

Extensif

Composante extensive in situ

Non

≤ 3,0 cm

> 3,0 cm

Tumeur unicentrique / unifocale

Oui /oui

--

Multicentrique / multifocale > 3,0 cm

Mutation BRCA 1/2

Négatif

--

Positif

Thérapie néoadjuvante antérieure

Non

--

Oui

ASTRO : American Society for Radiology Oncology; CCI : carcinome canalaire infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; pN0 : sans atteinte ganglionnaire selon l’analyse pathologique; RH : récepteurs hormonaux.

1. Adapté de Correa et coll., 2017.

 

2.6.3 Radiothérapie de la paroi thoracique

En présence d'un carcinome canalaire in situ avec marges positives:

  • Une irradiation postmastectomie totale de la paroi thoracique peut être envisagée chez les patientes atteintes d’un CCIS qui présentent des marges chirurgicales positives, en fonction de l’âge au diagnostic, du grade tumoral, de l’étendue de la maladie, de la quantité de tissu mammaire résiduel et de l’histologie. La décision doit être individualisée. L’avantage de la radiothérapie postmastectomie totale n’a toutefois pas été établi clairement (détails).
  • Compte tenu du faible avantage démontré de l’irradiation de la paroi thoracique postmastectomie totale dans le cas d’un CCIS, le clinicien doit aussi tenir compte de l’impact du traitement pour une reconstruction éventuelle et en discuter avec la patiente.
  • Une surimpression de la paroi thoracique est considérée comme appropriée si la décision de traiter est prise et si le site de la marge peut être reconnu de façon objective.

En présence d'un cancer du sein de stade T1-2N1 (avec curage axillaire):

  • La décision de recommander ou non une radiothérapie aux patientes de stade T1-2N1 après une mastectomie totale (avec curage axillaire) doit être individualisée selon les facteurs de risque de récidive. Les patientes à haut risque de récidive pourraient tirer un avantage considérable de la radiothérapie alors que, chez les patientes à faible risque de récidive, la toxicité potentielle de la radiothérapie pourrait l’emporter sur les avantages. Cette décision doit être prise de façon interdisciplinaire et elle doit tenir compte des valeurs de la patiente (détails).

 

2.6.4 Surimpression du lit tumoral
  • Une surimpression du lit tumoral est recommandée pour les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant âgées de 70 ans et moins traitées par une chirurgie conservatrice du sein et un traitement conventionnel de radiothérapie complète du sein (détails). Toutefois, l’ampleur d’une surimpression du lit tumoral pourrait être davantage observée chez les patientes à risque plus élevé.
  • Une surimpression du lit tumoral peut être envisagée pour celles âgées plus de 70 ans en présence de facteurs de risque (maladie de grade élevé, envahissement lymphovasculaire ou marges chirurgicales positives).

 

2.6.5 Radiothérapie des aires ganglionnaires

Selon l'atteinte ganglionnaire:

  • Aucune preuve de haut niveau ne permet de préciser les volumes cibles de radiothérapie pour traiter une patiente atteinte d’un cancer du sein T1-T2N1 présentant 1 à 3 ganglions positifs à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’une procédure du ganglion sentinelle sans curage axillaire.
  • Pour les patientes qui présentent de 1 à 3 ganglions positifs ou des caractéristiques défavorables (≤ 40 ans, absence ou faible expression du récepteur de l’estrogène, grade 3, envahissement lymphovasculaire étendu, tumeur centrale/médiale), l’irradiation du sein, des ganglions sus-claviculaires, des niveaux supérieurs axillaires et de la chaine mammaire interne pourrait être considérée à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un curage axillaire (détails). En l’absence de caractéristiques défavorables, la décision d’irradier les aires ganglionnaires régionales devrait être évaluée sur une base individuelle.
  • Aux patientes présentant ≥ 4 ganglions positifs, une radiothérapie locorégionale incluant les aires ganglionnaires devrait être proposée.

Radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires:

  • Un fractionnement conventionnel (50 Gy/25 fractions) est privilégié par rapport à un hypofractionnement (40 Gy/15 fractions ou 42,5 Gy/16 fractions, par exemple) pour traiter les aires ganglionnaires régionales chez les femmes atteintes d’un cancer du sein (détails).

 

2.6.6 Radiothérapie concomitante à un traitement systémique
  • D’un point de vue médical, il n’y a pas de contre-indication à commencer une hormonothérapie en même temps que la radiothérapie.

 

2.6.7 Repères métalliques
  • Positionner des repères (clips) métalliques lors de la chirurgie permet de mieux délimiter le lit tumoral et de réaliser une radiothérapie mieux ciblée et, conséquemment, moins toxique. En cas de surimpression du lit tumoral, le champ irradié sera plus grand pour un sein sans repère métallique et le résultat cosmétique pourrait être moins satisfaisant.
2.7 Traitement systémique adjuvant

2.7.1 Considérations générales

Préservation de la fertilité
Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines
Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques
Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

2.7.2 Maladie locorégionale RH+ HER2-

2.7.2.1 Hormonothérapie adjuvante
2.7.2.2 Chimiothérapie adjuvante
2.7.2.3 Thérapie adjuvante ciblée
2.7.2.4 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

2.7.3 Maladie locorégionale HER2+

2.7.3.1 Chimiothérapie adjuvante
2.7.3.2 Thérapie ciblé anti-HER2
2.7.3.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

2.7.4 Maladie locorégionale RH- HER2- (TN)

2.7.4.1 Chimiothérapie adjuvante
2.7.4.2 Patientes BRCA mutées
2.7.4.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

 

2.7.1 Considérations générales

Préservation de la fertilité

  • Une modalité de préservation de la fertilité peut être proposée aux femmes en âge de procréer qui doivent être traitées par chimiothérapie.

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines

  • Le 5-fluorouracile (5-FU) et son précurseur oral, la capécitabine, sont des fluoropyrimidines utilisées dans le traitement néoadjuvant, adjuvant et palliatif des plusieurs types de cancers. Chez certains patients, les fluoropyrimidines peuvent conduire au développement de toxicités sévères, parfois mortelles. La déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) est un important facteur étiologique de la toxicité sévère induite par le 5-FU. Dans le but d’améliorer la qualité des traitements, l’INESSS a publié un avis pour 1) identifier les variantes du DPYD qui ont été associés à un risque accru de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines, 2) déterminer la stratégie thérapeutique à privilégier dans le cas d’un résultat positif au génotypage d'un allèle DPYD et 3) déterminer le moment opportun pour offrir le test de génotypage DPYD. Pour plus de détails, veuillez consulter « Traitements à base de fluoropyrimidines : Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase », INESSS 2019.

Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques

  • L'extravasation est une complication potentiellement grave pouvant survenir au cours de l'adminitration d'un agent antinéoplasique. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant les mesures contribuant 1) à prévenir et à minimiser les conséquences de l’extravasation, 2) à faciliter la détection de cette dernière par les patients et les professionnels de la santé et 3) à traiter efficacement ces effets de manière à en minimiser les conséquences. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide de prise en charge de l'extravasation des agents antinéoplasiques: Mise à jour», INESSS 2019.

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

  • Les agents antinéoplasiques et la radiothérapie utilisés pour le traitement du cancer peuvent causer des nausées et des vomissements. Ces effets indésirables influent sur leur qualité de vie des patients et peuvent mener à la réduction ou même à l’arrêt des traitements. La maîtrise de ces effets indésirables représente une partie importante du succès des traitements dans la lutte contre le cancer. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant la prophylaxie antiémétique en fonction du potentiel émétisant de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide pour la prévention et le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie chez l’adulte : Mise à jour», INESSS 2020.
2.7.2 Maladie locorégionale RH+ HER2-

Hormonothérapie et seuil de positivité de RO ou RP

  • En accord avec les recommandations de l’ASCO/CAP, une hormonothérapie peut être offerte aux patientes atteintes d'un cancer du sein qui exprime des RO ou des RP dans ≥ 1 % des cellules tumorales.

Carcinome canalaire in situ

  • Chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ hormonodépendant, non ménopausées, et qui ont eu une chirurgie mammaire conservatrice, le tamoxifène peut être offert en traitement adjuvant de 5 ans (détails).
  • Chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ hormonodépendant, ménopausées et âgées de moins de 60 ans, qui ont eu une chirurgie mammaire conservatrice, l’anastrozole peut être offert en traitement adjuvant de 5 ans (détails).
  • Chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ hormonodépendant, ménopausées et âgées de plus de 60 ans, qui ont eu une chirurgie mammaire conservatrice, le tamoxifène ou l’anastrozole peuvent être offerts en traitement adjuvant de 5 ans (détails).

Hormonothérapie adjuvante chez l’homme

  • Le tamoxifène peut être offert comme traitement adjuvant aux hommes atteints d’un cancer du sein hormonodépendant non métastatique. Aucune étude n’a démontré l’efficacité d’un inhibiteur de l’aromatase chez ces patients (détails).

Patiente non ménopausée : suppression de la fonction ovarienne (SFO)

  • Chez les patientes non ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant, l’ajout d’une SFO à l’hormonothérapie adjuvante peut être considéré, particulièrement chez les femmes toujours non ménopausées après une chimiothérapie. Selon les experts du Québec et des analyses de sous-groupes de l’étude SOFT, chez les patientes âgées de < 35 ans ou qui présentent un cancer avec l’atteinte de ≥ 4 ganglions, l’ajout d’une SFO doit être considéré (détails).

Patiente ménopausée : utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) dès le début

  • Chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant, un inhibiteur de l'aromatase est généralement considéré comme premier choix. Chez les femmes qui ont une contre-indication ou qui refusent un inhibiteur de l'aromatase, le tamoxifène est une option valable (détails) .

Patiente ménopausée : utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) en séquence

  • Chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant, un inhibiteur de l'aromatase administré en début de traitement peut être changé pour le tamoxifène après 2 ans, sans risque accru pour la patiente (détails).
  • Chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant qui ont reçu 2-3 ans de tamoxifène, une complétion de l’hormonothérapie de 5 ans avec un inhibiteur de l'aromatase est recommandée. Cependant, un changement d’hormonothérapie a été associé à une diminution de l’observance du traitement (détails).
  • Chez les patientes devenues ménopausées durant un traitement avec le tamoxifène, le statut de ménopause devrait être vérifié avant de proposer un inhibiteur de l'aromatase. Après l’exclusion d’une grossesse, les niveaux d’estradiol (E2), de FSH et de LH devraient être vérifiés après l’arrêt du tamoxifène.

 Utilisation du bisphosphonate et du dénosumab chez les patientes qui reçoivent un inhibiteur de l'aromatase (IA)

  • Les patientes qui reçoivent un inhibiteur de l'aromatase devraient aussi recevoir des suppléments de vitamine D et de calcium, et la densité minérale osseuse ainsi que le risque de fracture devraient être surveillés périodiquement. Un traitement avec un bisphosphonate oral peut être considéré. Un traitement avec le dénosumab peut être considéré selon le risque de fracture. La densité minérale osseuse des patientes qui reçoivent un bisphosphonate ou le dénosumab devrait être surveillée afin de s’assurer de l’efficacité du traitement (détails).

Durée de l’hormonothérapie adjuvante

  • Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant et qui ont reçu une hormonothérapie adjuvante pendant 5 ans avec le tamoxifène, une hormonothérapie additionnelle de 5 ans devrait être considérée (détails).
    • Chez les patientes ménopausées, une hormonothérapie additionnelle de 5 ans avec un IA ou le tamoxifène est recommandée.
    • Chez les patientes non ménopausées, une hormonothérapie additionnelle de 5 ans avec le tamoxifène est recommandée.
  • Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant hormonodépendant et qui ont reçu une hormonothérapie adjuvante pendant 5 ans avec un IA, l'avantage associé à l’ajout d’une hormonothérapie additionnelle avec un IA est incertain. Les experts du Québec considèrent qu’une hormonothérapie additionnelle devrait être offerte aux femmes qui présentent un cancer à risque élevé de récidive, alors qu’elle ne devrait pas être proposée aux femmes dont le cancer est à faible risque de récidive (détails).

 

2.7.2.2 Chimiothérapie adjuvante

Indications d'une chimiothérapie adjuvante (Mise à jour: 10 octobre 2025)

Protocoles de chimiothérapie adjuvante

 

Indication d'une chimiothérapie adjuvante (détails)

Mise à jour: 10 octobre 2025

  • La décision d’ajouter une chimiothérapie au traitement adjuvant doit prendre en considération le risque de récidive ou de décès de la patiente, le bénéfice attendu du traitement et les effets indésirables potentiels associés à la chimiothérapie. Les éléments suivants sont à considérer :
    • les caractéristiques (âge, statut ménopausique, ECOG, comorbidités) et préférences de la patiente;
    • la présence d’une atteinte ganglionnaire;
    • la taille de la tumeur;
    • le grade;
    • les niveaux d’expression des récepteurs hormonaux (RH);
    • la présence ou non d’une invasion lymphovasculaire;
    • le niveau d’expression du Ki-67, si disponible;
    • au besoin, le résultat d’un test de signature génomique.
  • L’omission de la chimiothérapie doit être envisagée en présence d’une tumeur pT1abN0 à faible risque de récidive apparentée au sous-type luminal-A (grade 1, RH fortement exprimés, Ki-67 faible).
  • La chimiothérapie est indiquée en présence de caractéristiques associées à un risque accru de récidive ou de décès, notamment chez les patientes suivantes:
    • non ménopausées avec une atteinte ganglionnaire (≥ N1);
    • avec une atteinte ganglionnaire ≥ 4 ganglions.

Chez ces patientes, une approche néoadjuvante devrait être envisagée afin de réduire l’étendue de la chirurgie (voir section 2.4.3.1 Indication d’une chimiothérapie néoadjuvante).

  • Suivant l’évaluation clinico-pathologique de la patiente et en présence d’une incertitude quant au bénéfice de l’ajout de la chimiothérapie au traitement adjuvant, un test de signature génomique peut être réalisé chez les patientes aptes à recevoir une chimiothérapie. Les critères d’admissibilité aux tests Oncotype DXMC et ProsignaMC sont présentés dans le tableau ci-dessous.

 

Critères d’admissibilité à un test de signature génomique au Québec (√ : admissibles; X : non admissibles)

Oncotype DXMC 1

(INESSS 2016, MSSS 2021)

ProsignaMC

(OPTILAB, Formulaire)

N0, N1mi(ménopausées et non ménopausées)

pT1a

La chimiothérapie n’est généralement pas recommandée pour ces patientes. Par conséquent, un test de signature génomique n’est pas prescrit.

 RH+ (≥ 10 %), N0

Patientes ménopausées seulement

 

 

 

pT1b

Et :

- Grade 2 et RH faible (RO < 80 % et RP < 20 %); ou

- Grade 2 et ≤ 40 ans; ou

- Grade 3; ou

- Indice de prolifération élevé

pT1c

Et :

- Grade 1 et RH faible (RO < 80 % et RP < 20 %); ou

- Grade 1 et ≤ 40 ans; ou

- Grade 2 ou 3; ou

- Indice de prolifération élevé

pT2

Et :

- Grade 1 ou 2; ou

- Grade 3 et RP ≥ 20 %

pT33

√ 3

N1 (ménopausées)

pT1-3

√ (à discuter en CDTC)

N+

X

 

N1 (non ménopausées)

pT1-3

X

Un test de signature génomique n’est pas prescrit pour ces patientes puisqu’une chimiothérapie est généralement recommandée dans cette situation

N2-3

X

Un test de signature génomique n’est pas prescrit pour ces patientes puisqu’une chimiothérapie est recommandée dans cette situation

RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs des œstrogènes; RP : récepteurs de la progestérone.
1. Sont exclus: les patientes > 80 ans, les carcinomes lobulaires sans facteurs défavorables, les carcinomes tubulaires ou adénoïdes kystiques et les patientes qui ne recevront pas d’hormonothérapie.
2. D’après les guides de pratique et les experts consultés, l’approche adoptée pour une tumeur N1mi est variable selon si elle est considérée comme une N0 ou N1. Il est à noter que les tumeurs N1mi étaient incluses dans l’étude RxPONDER (avec les N1).
3. À l’origine, les patientes T3N0 n’étaient pas admissibles au test Oncotype DXMC (INESSS, 2016). Considérant que le test est désormais remboursé pour les patientes ménopausées T3N1 — conformément aux critères d’inclusion de l’étude RxPONDER — le remboursement du test Oncotype DXMC au Québec est également accepté pour les patientes T3N0 ménopausées.

 

 

CT: chimiothérapie; ROR : Risk of recurrence; RS: Recurrence score; SSMI: survie sans maladie invasive.
1. Selon le test Oncotype DXMC, le risque de récidive à distance est considéré faible pour les RS < 18, intermédiaire pour les RS de 18 à 30 et élevé pour les RS > 30.
2. Les analyses de sous-groupe suggèrent qu’une chimiothérapie pourrait bénéficier aux patientes non ménopausées N0 dont le RS est de 21 à 25, ainsi que pour celles dont le RS est de 16 à 20 particulièrement en présence d’un risque clinique élevé (détails).
* Cette population n’a pas fait l’objet d’une randomisation visant à comparer l’efficacité de l’hormonothérapie seule à celle de la combinaison chimiothérapie-hormonothérapie. Le choix du traitement repose sur le niveau de risque de récidive de la patiente.

Protocoles de chimiothérapie adjuvante

  • Lorsqu’une chimiothérapie adjuvante est indiquée pour le traitement du cancer du sein infiltrant de stade peu avancé, un protocole à base d’anthracycline et de taxane (paclitaxel ou docétaxel) administrés séquentiellement est recommandé chez la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement (détails).
  • Les données d’efficacité disponibles sont insuffisantes pour affirmer qu’un protocole en particulier se démarque nettement des autres parmi les options de chimiothérapie anthracycline - taxane usuelles. La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente, en tenant compte des comorbidités de la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue, le profil d’effets indésirables et la durée de la chimiothérapie, ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.
    • L’équilibre entre l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables semble favoriser l’AC q3s x 4 – P q1s x 12 (opinion d’experts).
    • Bien que rarement utilisé, le FEC q3s x 3 – D q3s x 3 est une option pouvant être envisagée surtout chez les patientes jeunes ou en très bon état de santé général et qui désirent un traitement de plus courte durée. L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est recommandée pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie (opinion d’experts).
    • Les chimiothérapies anthracycline-taxane dose-dense (AC q2s x 4 – P q2s x 4 ou AC q2s x 4 – P q1s x 12, EC q2s x 4-P q2s x 4 ou FEC q2s x 4-P q2s x 4) sont des options envisagées lorsqu’une chimiothérapie plus intensive est jugée pertinente ou lorsqu’une durée plus courte de traitement est souhaitée. Les patientes doivent être aptes à tolérer une telle intensification de traitement (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux). L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est requise pendant les schémas dose-dense (q2s) pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie. Il est à noter qu’aucune étude n’a évalué l’efficacité de telles chimiothérapies spécifiquement pour une maladie à risque défavorable.
  • En contexte adjuvant, des options de chimiothérapie sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF) peuvent être employées :
    • lorsqu’une chimiothérapie est indiquée chez les patientes présentant un risque de récidive faible à modéré et qu’une option de traitement moins intensive est jugée adéquate; ou
    • chez les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux).
  • La décision d’offrir une chimiothérapie moins intensive doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables de la chimiothérapie ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.
  • Les données sont insuffisantes pour recommander l’addition d’un sel de platine à une chimiothérapie adjuvante chez les patientes porteuses d’une mutation BRCA1/2.
  • Si elle est indiquée, une hormonothérapie adjuvante (+/- thérapie ciblée) est offerte après la chimiothérapie (cf. Recommandations relatives à l’Hormonothérapie adjuvante et Thérapie ciblée).

 

2.7.2.3 Thérapie adjuvante ciblée

Mise à jour: 15 avril 2026

Les recommandations suivantes s’appliquent aux patientes qui ont reçu une chirurgie comme premier traitement (approche adjuvante). Pour les patientes qui ont reçu une chimiothérapie néoadjuvante, se référer à la section Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant.

  • L’abémaciclib en association avec une hormonothérapie adjuvante ou le ribociclib en association avec un inhibiteur de l'aromatase non stéroïdien (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) est recommandé pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec1) à la suite des traitements de chimiothérapie et (ou) de radiothérapie, si prescrits. L’abémaciclib et le ribociclib peuvent être administrés durant une période maximale de deux ou trois ans respectivement (détails).
  • Chez les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA et atteintes d’un cancer du sein à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec2), il est recommandé d’administrer l’olaparib en association avec l’hormonothérapie.  Les patientes doivent avoir reçu au moins 6 cycles de chimiothérapie ainsi que les traitements de radiothérapie, si prescrits (détails).

Valeur thérapeutique non reconnue par l'INESSS – Ribociclib adjuvant (sous-groupe) (15 décembre 2025)
La valeur thérapeutique du ribociclib n’a pas été reconnue par l’INESSS pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein RH+ HER2- de stade II ou III qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm (valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec).

Il est à noter que la valeur thérapeutique du ribociclib est en cours de réévaluation (15 avril 2026)

 

_______________________

1. L’indication reconnue au Québec cible les patientes dont le cancer est à haut risque de récidive (atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire d’au moins 5 cm; ou atteinte de 4 ganglions axillaires ipsilatéraux ou plus).

2. L’indication reconnue au Québec cible les patientes dont le cancer est à haut risque de récidive, défini en contexte adjuvant d’une maladie RH+HER2- par l’atteinte pathologique de ≥ 4 ganglions avant le début d'une chimiothérapie adjuvante.

 

 

2.7.2.4 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

Mise à jour: 15 avril 2026

  • Après une réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Une hormonothérapie adjuvante est l’option généralement préconisée pour la poursuite du traitement.
    • L’abémaciclib en association avec une hormonothérapie adjuvante ou le ribociclib en association avec un inhibiteur de l'aromatase non stéroïdien (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) est recommandé pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec1). L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits. L’abémaciclib et le ribociclib peuvent être administrés durant une période maximale de deux ou trois ans respectivement (détails).
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante:
    • L’ajout d’une chimiothérapie adjuvante ne semble pas procurer un avantage quant à la survie sans maladie et à la survie globale. Une hormonothérapie adjuvante est l’option généralement préconisée pour la poursuite du traitement
    • L’ajout de l’abémaciclib au traitement d’hormonothérapie adjuvant ou du ribociclib en association avec un inhibiteur de l'aromatase non stéroïdien (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, surseoir à la décision du ministre, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) est recommandé en présence d’une tumeur à haut risque de récidive (comme défini dans l’indication reconnue au Québec1). L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits (détails).
    • L’ajout de l’olaparib au traitement d’hormonothérapie adjuvant est recommandé chez les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA et dont le score CPS-EG (clinical and pathological stage, estrogen receptor status and tumor grade) est ≥ 3. L’ajout devrait être fait lorsque les traitements de radiothérapie sont terminés, si prescrits (détails).

Valeur thérapeutique non reconnue par l'INESSS – Ribociclib adjuvant (sous-groupe) (15 décembre 2025)
La valeur thérapeutique du ribociclib n’a pas été reconnue par l’INESSS pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein RH+ HER2- de stade II ou III qui ne présentent pas une atteinte de 4 ganglions ou plus ou une atteinte de 1 à 3 ganglions, combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primitive d’au moins 5 cm (valeur thérapeutique évaluée et non reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec).

Il est à noter que la valeur thérapeutique du ribociclib est en cours de réévaluation (15 avril 2026)

_____________________

1. L’indication reconnue au Québec cible les patientes dont le cancer est à haut risque de récidive (atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ipsilatéraux combinée à une maladie de grade 3 ou à une tumeur primaire d’au moins 5 cm; ou atteinte de 4 ganglions axillaires ipsilatéraux ou plus).

 

 

Calcul du score CPS-EG (clinical and pathological stage, estrogen receptor status and tumor grade) (Mittendorf et coll. 2011)

 

Pointage

Score accordé

Stade clinique avant le début du traitement néoadjuvant1

I

0

 

IIA

0

IIB

1

IIIA

1

IIIB

2

IIIC

2

Stade pathologique après le traitement néoadjuvant1

0

0

 

I

0

IIA

1

IIB

1

IIIA

1

IIIB

1

IIIC

2

Marqueurs tumoraux

RO négatifs2

1

 

Grade nucléaire 3

1

 

1. Selon l’American Joint Committee on Cancer (https://cancerstaging.org/Pages/default.aspx).

2. Les récepteurs œstrogéniques (RO) sont considérés comme négatifs si la proportion de cellules tumorales marquées par immunohistochimie pour ce récepteur est < 1 %.

 

2.7.3 Maladie locorégionale HER2+

2.7.3.1 Chimiothérapie adjuvante

  • Lorsqu’une chimiothérapie adjuvante est indiquée pour le traitement du cancer du sein infiltrant de stade peu avancé, un protocole à base d’anthracycline et de taxane administrés séquentiellement est recommandé chez la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement (détails).
  • Les données d’efficacité disponibles sont insuffisantes pour affirmer qu’un protocole en particulier se démarque nettement des autres parmi les options de chimiothérapie anthracycline - taxane usuelles. La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente, en tenant compte des comorbidités de la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue, le profil d’effets indésirables et la durée de la chimiothérapie, ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.
    • L’équilibre entre l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables semble favoriser l’AC q3s x 4 – P q1s x 12 (opinion d’experts).
  • L’administration concomitante du trastuzumab et d’une anthracycline n’est pas recommandée puisqu’elle a été associée à un risque de cardiotoxicité significatif. Dans ce cas, le trastuzumab et l’anthracycline sont administrés de manière séquentielle.
  • Lorsqu’un régime sans anthracycline est souhaité, le docétaxel, carboplatine, trastuzumab (TCarboH) peut être employé.
  • Pour les cancers du sein HER2+ de stade T1N0, le paclitaxel q1sem (12 cycles) combiné au trastuzumab ou le docétaxel, cyclophosphamide combiné au trastuzumab (TCH) peuvent être considérés (niveau de preuve faible) (détails).
  • En contexte adjuvant, des options de chimiothérapie sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF) peuvent être employées (détails) :
    • lorsqu’une chimiothérapie est indiquée chez les patientes présentant un risque de récidive faible à modéré et qu’une option de traitement moins intensive est jugée adéquate; ou
    • chez les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux).
    • La décision d’offrir une chimiothérapie moins intensive doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables de la chimiothérapie ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.
  • Si elle est indiquée, une hormonothérapie adjuvante est offerte après la chimiothérapie (cf. Recommandations relatives à l’Hormonothérapie adjuvante).


 

2.7.3.2 Thérapie ciblé anti-HER2

Mise à jour: 31 janvier 2024

  • Le trastuzumab combiné à la chimiothérapie constitue le traitement standard des patientes atteintes d’un cancer HER2+ à risque élevé de récidive (N+ ou T1c [> 1 cm]) (détails). Une approche néoadjuvante devrait être envisagée pour ces patientes.
  • Bien que la majorité des données disponibles suggèrent un avantage en faveur du trastuzumab dans tous les sous-groupes de patientes atteintes d'un cancer HER2+, des incertitudes subsistent concernant le bénéfice d’un tel régime sur la survie globale en présence d’une maladie de stade T1ab. Les décisions thérapeutiques concernant les patientes atteintes d’un cancer HER2+ de stade T1ab devraient être individualisées en fonction de la taille et de la biologie de la tumeur, du gain potentiel associé au traitement et de son profil de toxicité (détails).
  • Selon la taille de la tumeur, le traitement adjuvant de la maladie RH+ HER2+ est composé d'hormonothérapie avec ou sans chimiothérapie associée au trastuzumab. Très peu de données sont disponibles pour appuyer l'administration d'une combinaison hormonothérapie/agent anti-HER2 sans chimiothérapie chez ce groupe de patientes (détails).

 

2.7.3.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant (détails)

Mise à jour : 31 janvier 2024

  • Après une réponse pathologique complète à la suite d’un traitement néoadjuvant composé d’une chimiothérapie à base de taxane et de trastuzumab, il est recommandé de poursuivre l'administration du trastuzumab comme traitement adjuvant.
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite du traitement néoadjuvant, il est recommandé de remplacer le trastuzumab par le trastuzumab emtansine (T-DM1) en monothérapie comme traitement adjuvant.
  • Une hormonothérapie adjuvante doit être offerte aux patientes RH+ (cf. Recommandations relatives à l’Hormonothérapie adjuvante).
2.7.4 Maladie locorégionale RH- HER2- (TN)

2.7.4.1 Chimiothérapie adjuvante

  • Lorsqu’une chimiothérapie est indiquée, les protocoles à base d’anthracycline et taxane seraient des choix appropriés compte tenu du risque habituellement élevé de récidive des cancers de type triple négatif, en présence ou non d’une atteinte ganglionnaire (détails).
  • Les données d’efficacité disponibles sont insuffisantes pour affirmer qu’un protocole en particulier se démarque nettement des autres parmi les options de chimiothérapie anthracycline - taxane usuelles. La décision quant au choix du protocole approprié doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente, en tenant compte des comorbidités de la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue, le profil d’effets indésirables et la durée de la chimiothérapie, ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.
    • L’équilibre entre l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables semble favoriser l’AC q3s x 4 – P q1s x 12 (opinion d’experts).
    • Bien que rarement utilisé, le FEC q3s x 3 – D q3s x 3 est une option pouvant être envisagée surtout chez les patientes jeunes ou en très bon état de santé général et qui désirent un traitement de plus courte durée. L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est recommandée pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie (opinion d’experts).
    • Les chimiothérapies anthracycline-taxane dose-dense (AC q2s x 4 – P q2s x 4 ou AC q2s x 4 – P q1s x 12, EC q2s x 4-P q2s x 4 ou FEC q2s x 4-P q2s x 4) sont des options envisagées lorsqu’une chimiothérapie plus intensive est jugée pertinente ou lorsqu’une durée plus courte de traitement est souhaitée. Les patientes doivent être aptes à tolérer une telle intensification de traitement (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux). L’administration concurrente de G-CSF en prophylaxie primaire est requise pendant les schémas dose-dense (q2s) pour pallier la toxicité hématologique associée à cette chimiothérapie. Il est à noter qu’aucune étude n’a évalué l’efficacité de telles chimiothérapies spécifiquement pour une maladie à risque défavorable.
  • En contexte adjuvant, des options de chimiothérapie sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF) peuvent être employées :
    • lorsqu’une chimiothérapie est indiquée chez les patientes présentant un risque de récidive faible à modéré et qu’une option de traitement moins intensive est jugée adéquate; ou
    • chez les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux).
    • La décision d’offrir une chimiothérapie moins intensive doit faire l’objet d’une discussion entre l’oncologue et la patiente. Afin de faire un choix éclairé, la patiente doit avoir reçu l’information nécessaire concernant l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables de la chimiothérapie ainsi que les traitements systémiques complémentaires envisagés lorsque ceux-ci sont indiqués.

 

2.7.4.2 Patientes BRCA mutées

  • Les données sont insuffisantes pour recommander l’addition d’un sel de platine à une chimiothérapie adjuvante usuelle, que ce soit chez l’ensemble des patientes atteintes d’un cancer triple négatif ou chez celles porteuses d’une mutation BRCA1/2 (détails).

Mise à jour : 31 janvier 2024

  • Chez les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA1/2 et atteintes d’un cancer du sein à haut risque de récidive (tel que défini dans l’indication reconnue au Québec1), il est recommandé d’administrer l’olaparib en monothérapie. Les patientes doivent avoir reçu au moins six cycles de chimiothérapie ainsi que les traitements de radiothérapie, si prescrits (détails).

______________________________

1. L’indication reconnue au Québec cible les patientes dont le cancer est à haut risque de récidive, défini en contexte adjuvant d'une maladie RH- HER2- par un stade pathologique ≥ pN1 ou ≥ pT2 avant le début de la chimiothérapie adjuvante.

 

2.7.4.3 Thérapie adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

  • Après une réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Il est recommandé de poursuivre l’administration du pembrolizumab en monothérapie comme traitement adjuvant aux patientes qui ont reçu la combinaison pembrolizumab – chimiothérapie comme traitement néoadjuvant (détails).
  • Dans le cas où une maladie résiduelle est décelée à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante:
    • Il est recommandé de poursuivre l’administration du pembrolizumab en monothérapie comme traitement adjuvant aux patientes qui ont reçu la combinaison pembrolizumab – chimiothérapie comme traitement néoadjuvant (détails).
    • Un traitement adjuvant avec la capécitabine peut être considéré, particulièrement chez les patientes atteintes d’une maladie RH- HER2- (TN) (détails). Il est à noter que l’étude a été réalisée chez une population strictement asiatique; il existe une incertitude sur la transférabilité de ces résultats à la population non asiatique.
    • L’olaparib en monothérapie est recommandé comme traitement adjuvant pour les patientes porteuses d’une mutation germinale d'un gène BRCA (détails).
2.8 Suivi
  • Les patientes devraient faire l’objet d’un suivi régulier comprenant un examen physique des seins et des aisselles.
  • Seule une mammographie annuelle (deux vues standard) est recommandée, sauf en présence d’un syndrome génétique.
  • En l’absence de signes ou de symptômes, aucune évaluation radiologique ne devrait être faite.
  • Les patientes doivent être conscientisées par l’équipe traitante à la nécessité de signaler tout nouveau symptôme.
2.9 Traitement systémique de la maladie métastatique

2.9.1 Considérations générales

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines
Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques
Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

2.9.2 Traitement de la maladie RH+ HER2-

2.9.2.1 Patientes sensibles aux traitements hormonaux 

Traitement de première intention (mise à jour: 29 mai 2026)
Traitement de deuxième intention (mise à jour: 25 septembre 2025)

2.9.2.2 Patientes résistantes aux traitements hormonaux (mise à jour: 26 février 2026)

2.9.3 Traitement de la maladie RH+/RH- HER2+ 

2.9.3.1 Traitements systémiques (métastases cérébrales absentes ou non connues)

Traitement de première intention
Traitement de deuxième intention (mise à jour: 19 décembre 2025)
Traitement de troisième intention et plus

2.9.3.2 Traitements systémiques des métastases cérébrales (nouveau: 19 décembre 2025)

2.9.4 Traitement de la maladie RH- HER2- (TN)

Traitement de première intention
Traitement de deuxième intention
Traitement de troisième intention et plus

2.9.1 Considérations générales

Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines

  • Le 5-fluorouracile (5-FU) et son précurseur oral, la capécitabine, sont des fluoropyrimidines utilisées dans le traitement néoadjuvant, adjuvant et palliatif des plusieurs types de cancers. Chez certains patients, les fluoropyrimidines peuvent conduire au développement de toxicités sévères, parfois mortelles. La déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) est un important facteur étiologique de la toxicité sévère induite par le 5-FU. Dans le but d’améliorer la qualité des traitements, l’INESSS a publié un avis pour 1) identifier les variantes du DPYD qui ont été associés à un risque accru de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines, 2) déterminer la stratégie thérapeutique à privilégier dans le cas d’un résultat positif au génotypage d'un allèle DPYD et 3) déterminer le moment opportun pour offrir le test de génotypage DPYD. Pour plus de détails, veuillez consulter « Traitements à base de fluoropyrimidines : Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase », INESSS 2019.

 

Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques

  • L'extravasation est une complication potentiellement grave pouvant survenir au cours de l'adminitration d'un agent antinéoplasique. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant les mesures contribuant 1) à prévenir et à minimiser les conséquences de l’extravasation, 2) à faciliter la détection de cette dernière par les patients et les professionnels de la santé et 3) à traiter efficacement ces effets de manière à en minimiser les conséquences. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide de prise en charge de l'extravasation des agents antinéoplasiques: Mise à jour», INESSS 2019.

 

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

  • Les agents antinéoplasiques et la radiothérapie utilisés pour le traitement du cancer peuvent causer des nausées et des vomissements. Ces effets indésirables influent sur leur qualité de vie des patients et peuvent mener à la réduction ou même à l’arrêt des traitements. La maîtrise de ces effets indésirables représente une partie importante du succès des traitements dans la lutte contre le cancer. Une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant la prophylaxie antiémétique en fonction du potentiel émétisant de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Pour plus de détails, veuillez consulter le « Guide pour la prévention et le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie chez l’adulte : Mise à jour», INESSS 2020.
2.9.2 Traitement de la maladie RH+ HER2-

Les cancers du sein HER2- incluent ceux dont la surexpression du HER2 est nulle, ultra-faible et faible.

 

2.9.2.1 Patientes sensibles aux traitements hormonaux

Traitement de première intention (détails)

Mise à jour: 29 mai 2026

  • Pour les patientes atteintes d’une maladie métastatique de novo ou dont la maladie récidive vers une maladie métastatique plus de 12 mois suivant la fin d’une hormonothérapie (détails) : 
    • L’administration du ribociclib, en association avec un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien (IANS, létrozole ou anastrozole), est recommandée. Ce traitement a montré un avantage statistiquement significatif en termes de survie globale comparativement à un IANS seul;
    • Le palbociclib - IANS et l’abémaciclib - IANS sont d’autres options de traitement disponibles qui permettent de prolonger la survie sans progression. Toutefois, le gain de survie globale n'a pas atteint la signification statistique pour ces combinaisons; 
    • Le ribociclib - fulvestrant et l'abémaciclib - fulvestrant sont également disponibles pour le traitement d’une maladie métastatique diagnostiquée de novo. Toutefois, la combinaison d'un inhibiteur de CDK4/6 et du fulvestrant est généralement préférée comme traitement de deuxième intention ou en présence d’une récidive adjuvante précoce (avis d’experts);
    • Ces traitements peuvent être envisagés aussi bien pour les patientes ménopausées que non ménopausées. Pour ces dernières, la suppression de la fonction ovarienne est nécessaire (agoniste LHRH ou oophorectomie).
  • Pour les patientes dont la maladie récidive vers une maladie métastatique pendant l’administration d’un IANS ou au cours des 12 mois suivant la fin de celui-ci (détails) :
    • Il est recommandé d’administrer le ribociclib - fulvestrant ou l’abémaciclib - fulvestrant. Comparativement au fulvestrant seul, ces combinaisons ont montré un avantage statistiquement significatif en termes de survie globale; 
    • Le palbociclib - fulvestrant est une option supplémentaire disponible qui permet de prolonger la survie sans progression des patientes. Cette combinaison n’a toutefois pas permis de prolonger de manière statistiquement significative leur survie globale (Étude Paloma 3, détails); 
    • Pour les patientes porteuses d'une mutation activatrice dans le gène PIK3CA, la combinaison inavolosib – palbociclib – fulvestrant est une option supplémentaire (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments pour cette indication au Québec) (détails).
    • Pour les patientes porteuses d'une mutation activatrice dans le gène PIK3CA ou AKT1 ou d’une altération inhibitrice dans le gène PTEN, la combinaison du capivasertib et du fulvestrant peut également être considérée. Cependant, un inhibiteur de CDK4/6 associé au fulvestrant est le traitement à privilégier dans ce contexte (détails);
    • Ces traitements peuvent être envisagés aussi bien pour les patientes ménopausées que non ménopausées. Pour ces dernières, la suppression de la fonction ovarienne est nécessaire (agoniste LHRH ou oophorectomie).
  • Suivant un échec d’un inhibiteur de CDK4/6 administré comme traitement adjuvant, un traitement de deuxième intention, autre qu’un inhibiteur CDK4/6, devrait être privilégié (détails). L’échec est généralement défini comme une récidive pendant le traitement ou au cours des 6 mois suivant la fin de celui-ci. Toutefois, aucune donnée probante ne permet d’établir la longueur optimale de cet intervalle. Dans certaines situations, un délai de 12 mois entre la fin du traitement et la récidive pourrait être préféré (opinion d’experts).
  • La chimiothérapie, bien que moins employée en première intention de traitement, demeure une option, particulièrement en présence d’une crise viscérale nécessitant une réponse rapide au traitement.
  • Les autres options de traitement disponibles sont une monothérapie avec un IA (anastrozole, létrozole ou exémestane; avec une suppression de la fonction ovarienne pour les femmes non ménopausées) ou le tamoxifène. Ces options pourraient être choisies pour les patientes non admissibles ou qui ne souhaitent pas recevoir un inhibiteur de CDK4/6 (détails).

 

Traitement de deuxième intention et plus

Mise à jour: 24 septembre 2025

  • Suivant l’administration d’un inhibiteur de CDK4/6 combiné à un IANS, la séquence optimale de traitement suivant la progression n’a pas été évaluée dans des études cliniques randomisées et demeure empreinte d’incertitudes. Les options suivantes doivent être envisagées :
    • En présence d'une mutation dans le gène PIK3CA: la combinaison capivasertib - fulvestrant (inscrit aux listes des médicaments) ou la combinaison alpélisib - fulvestrant (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments) (détails);
    • En présence d'une mutation activatrice dans le gène AKT1 ou d’une altération inhibitrice dans le gène PTEN : la combinaison capivasertib – fulvestrant (inscrit aux listes des médicaments) (détails);
    • La combinaison évérolimus - l’exémestane (détails);
    • Une hormonothérapie (IA, tamoxifène ou fulvestrant). Cette option est considérée moins efficace que les combinaisons évérolimus - exémestane, alpélisib - fulvestrant ou capivasertib-fulvestrant, mais elle présente un profil de toxicité favorable (détails);
    • Ces traitements peuvent être envisagés aussi bien pour les patientes ménopausées que celles non ménopausées. Pour ces dernières, la suppression de la fonction ovarienne est nécessaire (agoniste LHRH ou oophorectomie).

À noter que les particularités propres à ces molécules (toxicité, profil pharmacologique) et les caractéristiques de la patiente (comorbidités, statut ménopausique, préférences) doivent être prises en considération dans la décision d’utiliser l’une ou l’autre de ces options.

  • Pour les patientes qui n’ont jamais reçu un inhibiteur de CDK4/6, l’administration de ce dernier en concomitance avec le fulvestrant est recommandée (voir les recommandations ci-haut « Traitements de première intention :  pour les patientes dont la maladie récidive vers une maladie métastatique pendant l’administration d’un IANS ou au cours des 12 mois suivant la fin de celui-ci »).
  • Une chimiothérapie est l’option recommandée en présence d’une maladie résistante aux traitements hormonaux ou rapidement évolutive lors de l’administration d’un inhibiteur de CDK4/6 combiné à une hormonothérapie (voir « patientes résistantes aux traitements hormonaux »).

2.9.2.2 Patientes résistantes aux traitements hormonaux (détails)

Mise à jour: 26 février 2026

HER2 nul 

Le HER2 nul est défini par un score de 0 à l’immunohistochimie (IHC) sans coloration membranaire.

  • Une chimiothérapie est recommandée en présence d’une maladie résistante aux traitements hormonaux ou rapidement évolutive lors de l’administration d’un inhibiteur de CDK4/6 combiné à une hormonothérapie (détails). 
    • Le choix de l’agent chimiothérapeutique doit être fait en tenant compte de l’exposition antérieure de la patiente à une chimiothérapie, de l’agressivité de la maladie, du profil d’innocuité, des comorbidités de la patiente et de ses préférences. 
    • Une monochimiothérapie est généralement recommandée.
    • Un doublet de chimiothérapies peut être envisagé en présence d’une maladie agressive ou d’une crise viscérale qui nécessite une réponse rapide au traitement.
  • Le sacituzumab govitécan est recommandé chez les patientes qui ont reçu au moins deux chimiothérapies, dont une pour une maladie métastatique. Si l’une de ces chimiothérapies a été administrée dans un contexte néoadjuvant ou adjuvant, la progression vers la maladie localement avancée non résécable ou métastatique devait survenir dans les 12 mois suivant la dernière dose de chimiothérapie. De plus, les patientes doivent avoir reçu une hormonothérapie, un inhibiteur de CDK4/6 et une taxane, à moins d’une contre-indication (détails).

 

HER2 ultra-faible ou faible

Le HER2 ultra-faible est défini par un score de 0 à l’IHC avec une coloration membranaire. Le HER2 faible est défini par un score de 1+ à l’IHC ou un score de 2+ à l’IHC avec un résultat négatif à l’hybridation in situ (ISH).

  • Le trastuzumab déruxtécan est recommandé suivant une ligne de chimiothérapie pour les patientes dont la tumeur exprime faiblement le HER2 (détails).
  • Pour les patientes dont la tumeur exprime très faiblement ou faiblement le HER2, le trastuzumab déruxtécan (T-DXd) est également recommandé avant l’administration d’une chimiothérapie (valeur thérapeutique reconnue par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments dans cette indication). Pour y être candidates, les patientes doivent avoir reçu au moins une hormonothérapie et ne plus être considérées comme admissibles à ce type de traitement (détails).
  • Le sacituzumab govitécan est recommandé chez les patientes qui ont reçu au moins deux chimiothérapies, dont une pour une maladie métastatique. Si l’une de ces chimiothérapies a été administrée dans un contexte néoadjuvant ou adjuvant, la progression vers la maladie localement avancée non résécable ou métastatique devait survenir dans les 12 mois suivant la dernière dose de chimiothérapie. De plus, les patientes doivent avoir reçu une hormonothérapie, un inhibiteur de CDK4/6 et une taxane, à moins d’une contre-indication (détails).
  • Pour les patientes qui ne sont pas admissibles au sacituzumab govitécan ou au T-DXd, la chimiothérapie est recommandée.

 

Autre traitement – Olaparib (détails)

L’étude à répartition aléatoire de phase III OlympiAD a comparé l’efficacité et l’innocuité de l’olaparib, administré en monothérapie, à celle d’une monochimiothérapie (éribuline, capécitabine ou vinorelbine) pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique HER2- et porteuses d’une mutation germinale des gènes BRCA1/2 (n = 302). L’olaparib a permis de prolonger significativement la survie sans progression comparativement à la monochimiothérapie, sans toutefois procurer un avantage sur la survie globale (indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec).

Autre traitement – Talazoparib (détails)

L’étude à répartition aléatoire de phase III EMBRACA a comparé l’efficacité et l’innocuité du talazoparib, administré en monothérapie, à celle d’une monochimiothérapie (éribuline, capécitabine, gemcitabine ou vinorelbine) pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique HER2- et porteuses d’une mutation germinale des gènes BRCA1/2 (n = 431). Le talazoparib a permis de prolonger significativement la survie sans progression comparativement à une monochimiothérapie sans toutefois procurer un avantage sur la survie globale (indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec).

 

2.9.3 Traitement de la maladie RH+/RH- HER2+

2.9.3.1 Traitements systémiques (métastases cérébrales absentes ou non connues)

Traitement de première intention

Les traitements standards pour la maladie métastatique RH+ HER2+ sont les mêmes que pour la maladie RH- HER2+. Cependant, l’hormonothérapie combinée à un agent anti-HER2 demeure une option thérapeutique réservée à certaines patientes RH+ HER2+ sélectionnées surtout lorsque le traitement standard est contre-indiqué (détails).

Maladie métastatique de novo ou récidive ≥ 12 mois après l’arrêt du traitement adjuvant à base de trastuzumab :

  • En première intention, l’option thérapeutique privilégiée est l’association du trastuzumab et du pertuzumab avec une taxane. Le traitement avec ces deux agents anti-HER2 devrait être maintenu jusqu'au moment de la progression ou de l’apparition de manifestations inacceptables de toxicité (détails).
  • Pour le traitement de la maladie métastatique RH+ HER2+, l’hormonothérapie combinée à un agent anti-HER2 demeure une option thérapeutique réservée à certaines patientes sélectionnées (p. ex. atteinte osseuse uniquement), surtout lorsque le traitement standard est contre-indiqué (détails).

Récidive pendant ou < 12 mois après l’arrêt du traitement pour une maladie locorégionale à base de trastuzumab :

  • Considérer un traitement de deuxième intention avec l’utilisation d’un autre agent anti-HER2 (détails).

Traitement de deuxième intention (détails)

Mise à jour: 19 décembre 2025

  • Le trastuzumab déruxtécan (T-DXd) est l'option privilégiée pour le traitement de deuxième intention de la maladie métastatique HER2+ qui a progressé pendant ou suivant un traitement de première intention à base de trastuzumab et d’une taxane.
  • Le trastuzumab emtansine (T-DM1) est une option disponible en deuxième intention pour les patientes non éligibles au T-DXd.
  • Le tucatinib, administré en combinaison avec le trastuzumab et la capécitabine, est disponible en deuxième intention ou plus pour les patientes traitées antérieurement avec le trastuzumab, le pertuzumab et le T-DM1. Il est généralement administré en troisième intention ou plus.
  • Les options suivantes sont aussi disponibles pour certaines patientes qui ont des contre-indications aux traitements privilégiés : trastuzumab - chimiothérapie (p. ex. capécitabine, vinorelbine), lapatinib - capécitabine, chimiothérapie seule.

 

Traitement de troisième intention (détails)

  • Pour les patientes qui n’ont pas reçu le T-DXd antérieurement, ce dernier devrait être l’option privilégiée en troisième intention ou plus. L’efficacité du T-DXd a été supérieure à celle des combinaisons trastuzumab - capécitabine et lapatinib - capécitabine chez les patientes qui avaient reçu le T-DM1 antérieurement.
  • Suivant l’administration du T-DXd, le tucatinib (administré en combinaison avec le trastuzumab et la capécitabine) ou le trastuzumab emtansine (T-DM1) sont des options de traitement de troisième intention de la maladie métastatique HER2+.
  • Les options suivantes sont aussi disponibles pour certaines patientes qui ont des contre-indications aux traitements privilégiés : trastuzumab - chimiothérapie (p. ex. capécitabine, vinorelbine), lapatinib - capécitabine, chimiothérapie seule.

 

Traitement de quatrième intention et plus (détails)

La séquence de traitement de quatrième intention ou plus suivant l’administration du pertuzumab - trastuzumab - taxane, du T-DXd, du T-DM1 et du tucatinib est variable. Les particularités spécifiques à chacune des molécules (toxicité, profil pharmacologique) et les caractéristiques de la patiente (comorbidités, préférences, présence de métastases cérébrales) doivent être prises en compte dans la décision d’utiliser l’une ou l’autre de ces options. Les options suivantes sont disponibles : trastuzumab - chimiothérapie (p. ex. capécitabine, vinorelbine), lapatinib - capécitabine, chimiothérapie seule.

  • La combinaison du trastuzumab et d’une chimiothérapie est une option possible. En présence d’une progression sous ce traitement, le trastuzumab peut être poursuivi seul ou en concomitance avec un nouvel agent chimiothérapeutique.
  • La combinaison lapatinib - capécitabine, associé à un profil de toxicité défavorable, peut être envisagée dans certaines situations particulières (p. ex. présence de métastases cérébrales, toxicité cardiaque liée à l’utilisation du trastuzumab).

 

2.9.3.2 Traitements systémiques des métastases cérébrales

Mise à jour: 19 décembre 2025

Pour les patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique HER2+ et qui présentent des métastases cérébrales, des options de traitements systémiques ayant une efficacité au système nerveux central sont disponibles.

  • En présence de métastases cérébrales actives ne requérant pas une intervention locale immédiate ou si un traitement local n’est pas indiqué:
    • un traitement systémique d’emblée avec le trastuzumab déruxtécan (T-DXd, taux de réponse au système nerveux central de 60 %) ou le tucatinib – trastuzumab – capécitabine (taux de réponse au système nerveux central de 47 %) devrait être considéré. La décision doit être évaluée au cas par cas en comité de diagnostic et de traitement du cancer (CDTC).
  • Des données limitées suggèrent une efficacité du T-DXd pour le traitement des métastases leptoméningées (taux de réponse au système nerveux central de 59,4 %).
  • En présence de métastases cérébrales traitées/stables:
    •  le T-DXd (taux de réponse au système nerveux central de 72,7 %; survie sans progression médiane au système nerveux central de 12,3 à 15,6 mois, choix privilégié) ou la combinaison tucatinib – capécitabine – trastuzumab (survie sans progression médiane au système nerveux central de 13,9 mois) sont recommandés. Il est à noter que l’efficacité du T-DXd par rapport au tucatinib n’a pas été comparée dans des études cliniques randomisées.
    • Le T-DM1 présente une activité limitée au système nerveux central (taux de réponse au système nerveux central de 21 % à 34 %).
  • Le lapatinib - capécitabine peut traverser la barrière hématoencéphalique. Toutefois, selon les études cliniques répertoriées, cette combinaison possède une activité au système nerveux central limitée (taux de réponse au système nerveux central < 40 %). La combinaison lapatinib - capécitabine est une option généralement administrée tardivement dans la séquence de traitement.
  • Peu de données sont disponibles concernant l’utilisation des traitements systémiques en présence de métastases cérébrales symptomatiques non traitées. Ainsi, un traitement local initial des métastases cérébrales devrait être privilégié dans ce contexte, s’il n’est pas contre-indiqué, en particulier en présence d’oligométastases (résection neurochirurgicale, radiochirurgie).

 

Traitements systémiques exerçant une activité sur les métastases cérébrales (thérapies ciblées) (détails)

 

Patients avec MC traitées / stables

Patients avec MC actives

(non traitées / traitées progressives)

Molécule

Efficacité au SNC1 TRO au SNC2 SSP au SNC2 Efficacité au SNC1 TRO au SNC2 SSP au SNC2

Inhibiteurs du récepteur HER2 - anticorps monoclonaux

Trastuzumab – chimiothérapie

Avertissement avec un remplissage uni

--

Médiane : 5,6 mois

À 1 an : 30 %

Avertissement avec un remplissage uni

16,7 – 20,0 %

4,1 mois

À 1 an : 0 %

Pertuzumab - trastuzumab (haute dose)

Badge point d’interrogation avec un remplissage uni

--

--

Avertissement avec un remplissage uni

11 %

4,6 mois

Inhibiteurs du récepteur HER2 - inhibiteurs de tyrosine kinase

Tucatinib – trastuzumab – capécitabine

Badge à suivre avec un remplissage uni

--

Médiane : 13,9 mois

À 1 an: 52,7 %

Badge à suivre avec un remplissage uni

47,3 %

Médiane : 9,6 mois

À 1 an : 32,1 %

Lapatinib – capécitabine

Avertissement avec un remplissage uni

28,4 % - 29,2 %3

Médiane : 8,3 mois

Avertissement avec un remplissage uni

20 % – 65,9 %4

--

Conjugués trastuzumab-médicament

T-DXd

Badge à suivre avec un remplissage uniBadge à suivre avec un remplissage uni

72,7 %5

(45,2 % – 79,2 %)

Médiane: 12,3 -15,6 mois

À 1 an : 73,5 %5

Badge à suivre avec un remplissage uniBadge à suivre avec un remplissage uni

60,5 %5

(45,5 % – 82,6 %6)

Médiane : 12,8 - 18,5 mois

À 1 an : 65,4 %5

T-DM1

Avertissement avec un remplissage uni

28,3 %3

(21,4 - 34,3 %)

--

Badge point d’interrogation avec un remplissage uni

--

--

CT : chimiothérapie; MC : métastases cérébrales; SNC : système nerveux central; SSP : survie sans progression; T-DM1 : trastuzumab emtansine; T-DXd : trastuzumab déruxtécan; TRO : taux de réponse objective.
1 L’efficacité au SNC est déterminée à partir des données du TRO ou de la SSP au SNC provenant d’études ayant évalué divers traitements systémiques pour le cancer du sein métastatique. Pour plus de détails sur les données cliniques.
2 Les données de TRO et de SSP au SNC sont issues de plusieurs études indépendantes constituées de population hétérogènes et dont les traitements ont été administrés à différentes intentions dans la séquence de traitement.  
3 Selon les méta-analyses de Werter et coll. et de Petrelli et coll qui ont inclus des études constituées de patientes atteintes de MC actives ou stables, traitées ou non traitées.
4 TRO en présence de MC non traitées localement par radiothérapie. 78 % des patientes à l’étude avaient reçu le traitement en 1re ou 2e intention.
5 Selon la méta-analyse de Michelon et coll.
6 TRO en présence de MC antérieurement non traitées localement.

Légende :

Badge à suivre avec un remplissage uniBadge à suivre avec un remplissage uni

Efficacité élevée au SNC (TRO au SNC ≥ 60 %), selon des études de phase II-III.

Badge à suivre avec un remplissage uni

Efficacité modérée à élevée au SNC (TRO au SNC ≥ 40 %), selon des études de phase II-III.

Avertissement avec un remplissage uni

Efficacité modérée à élevée au SNC (TRO au SNC ≥ 40 %), selon des données de faible niveau de preuve (par exemple, étude rétrospective, faible nombre de patients, etc.); OU efficacité limitée ou incertaine au SNC (TRO au SNC < 40 %).

Badge point d’interrogation avec un remplissage uni

Absence de données concernant une activité au SNC pour le cancer du sein.

 

 

2.9.3.3 Traitements locaux des métastases cérébrales

À venir

2.9.4 Traitement de la maladie RH- HER2-

Les cancers du sein HER2- incluent ceux dont la surexpression du HER2 est nulle à faible.

 

Mise à jour : 14 juin 2024

Les traitements disponibles (pembrolizumab, sacituzumab govitécan et chimiothérapies) peuvent être administrés aux patientes dont le HER2 est négatif ou faiblement surexprimé. Le trastuzumab déruxtécan (T-DXd) est administré exclusivement aux patientes exprimant faiblement le HER21.

 

Traitement de première intention :

  • Pour les patientes dont la tumeur exprime le PD-L1 (score combiné positif 2  ≥ 10):
    • La combinaison du pembrolizumab et d’une chimiothérapie est recommandée (détails). Si la patiente a préalablement été traitée avec un anticorps ciblant le PD-1 ou le PD-L1 en contexte néoadjuvant ou adjuvant et qu’une récidive est survenue pendant le traitement ou au cours des six mois suivant la fin de celui-ci, une chimiothérapie devrait plutôt être administrée.
  • Pour les patientes non admissibles au pembrolizumab:
    • Une chimiothérapie est recommandée (détails). Le choix de l’agent chimiothérapeutique doit être fait en tenant compte de l’exposition antérieure de la patiente à une chimiothérapie, de l’agressivité de la maladie, du profil d’innocuité, des comorbidités de la patiente et de ses préférences.
    • Une monochimiothérapie est généralement recommandée en première intention.
    • Un doublet de chimiothérapies peut être envisagé en présence d’une maladie agressive ou d’une crise viscérale qui nécessite une réponse rapide au traitement.
    • Chez les patientes qui ont eu une exposition aux taxanes et aux anthracyclines au cours des 12 derniers mois, les chimiothérapies qui n'ont pas été administrées antérieurement sont préconisées.
  • Pour les patientes porteuses d’une mutation germinale d’un gène BRCA1/2 :
    • En présence d’un score combiné positif 2 pour le PD-L1 ≥ 10, la combinaison pembrolizumab-chimiothérapie est recommandée indépendamment du statut BRCA. Il est à noter que l’efficacité de cette combinaison n’a pas été évaluée spécifiquement chez les patientes porteuses d’une mutation BRCA (détails).
    • Pour les patientes non admissibles au pembrolizumab-chimiothérapie, l’administration d’un sel de platine (en monothérapie ou en combinaison avec une autre chimiothérapie) devrait être envisagée si non administré antérieurement (détails). 

 

Autre traitement – Olaparib  (détails)

L’étude à répartition aléatoire de phase III OlympiAD a comparé l’efficacité et l’innocuité de l’olaparib, administré en monothérapie, à celle d’une monochimiothérapie (éribuline, capécitabine ou vinorelbine) pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique HER2- et porteuses d’une mutation germinale des gènes BRCA1/2 (n = 302). L’olaparib a permis de prolonger significativement la survie sans progression comparativement à la monochimiothérapie, sans toutefois procurer un avantage sur la survie globale (indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec).

Autre traitement – Talazoparib (détails)

L’étude à répartition aléatoire de phase III EMBRACA a comparé l’efficacité et l’innocuité du talazoparib, administré en monothérapie, à celle d’une monochimiothérapie (éribuline, capécitabine, gemcitabine ou vinorelbine) pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique HER2- et porteuses d’une mutation germinale des gènes BRCA1/2 (n = 431). Le talazoparib a permis de prolonger significativement la survie sans progression comparativement à une monochimiothérapie, sans toutefois procurer un avantage sur la survie globale (indication reconnue par Santé Canada, non évalué par l’INESSS, non inscrit aux listes des médicaments au Québec).

 

Traitement de deuxième intention

  • Le sacituzumab govitécan est recommandé pour le traitement des patientes qui ont reçu au moins deux traitements systémiques, dont un pour une maladie métastatique (détails).
  • Pour les patientes dont la tumeur exprime faiblement le HER21, l’administration du trastuzumab déruxtécan (T-DXd) peut être considérée (détails).
  • Aucune étude n’a fait la comparaison directe de l’efficacité de ces deux traitements dans cette population ni sur la séquence d’administration de ceux-ci. Si la patiente est admissible au sacituzumab govitécan et au T-DXd, le choix du traitement devrait dépendre du profil d’innocuité du traitement et des caractéristiques de la patiente. Il est à noter que l’efficacité du sacituzumab govitécan a été évaluée dans une étude de phase III qui a inclus exclusivement des patientes triples négatives (n = 468), alors que l’évaluation du T-DXd provient d’une analyse exploratoire réalisée sur la sous-population triple négative à l’étude (n = 58).
  • Une chimiothérapie, autre que celle administrée précédemment, est une option disponible en deuxième intention ou plus, lorsque les thérapies ciblées ne peuvent être employées.
  • Ces options de traitements sont disponibles indépendamment du statut BRCA de la patiente (voir aussi "Autre traitement" en première intention).

 

Traitement de troisième intention et plus

Le traitement privilégié en troisième intention et plus dépend des traitements reçus antérieurement, du profil d’innocuité du traitement, des caractéristiques de la patiente et de ses préférences. Les options suivantes sont disponibles :

  • Le sacituzumab govitécan, si non administré antérieurement (détails).
  • Le T-DXd, si non administré antérieurement (pour les patientes dont le HER2 est faiblement exprimé1) (détails).
  • Une chimiothérapie autre que celle administrée précédemment.

1. Un cancer du sein est considéré HER2 faible si le niveau d’expression de HER2 est de 1+ à l'immunohistochimie (IHC) ou de 2+ à l'IHC et sans expression détectée à l’hybridation in situ (HIS).

2. Le score combiné positif (SCP, de l’anglais CPS, combined positive score) est une méthode servant à exprimer les résultats en nombre de cellules marquées (cellules tumorales, lymphocytes, macrophages) sur le nombre total de cellules tumorales viables, multiplié par 100 (INESSS 2023).

3. Données probantes et discussion
3.1 Dépistage
3.1.1 Tomosynthèse mammaire et dépistage du cancer du sein

Mise à jour: 21 juin 2024

La détection précoce du cancer du sein constitue la seule prévention secondaire reconnue efficace pour réduire la mortalité par cancer du sein chez les femmes de plus de 50 ans. Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) invite les Québécoises de 50 ans à 74 ans à passer une mammographie de dépistage bilatérale tous les deux ans. La tomosynthèse, une technique d’imagerie pouvant être combinée à la mammographie (3D + 2D) ou à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds), permet la prise d’images consécutives du sein limitant le chevauchement des tissus mammaires sur les images.

En 2019, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a publié un avis sur l’utilisation de la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) pour le dépistage du cancer du sein au Québec [INESSS, 2019]. Ce rapport concluait que plusieurs incertitudes demeuraient quant à la valeur ajoutée associée à un remplacement de la mammographie par la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) pour le dépistage du cancer du sein, aux effets indésirables possibles ainsi qu’à la transférabilité des résultats de performance des études retenues au contexte de dépistage québécois.

À la suite de l'analyse des données disponibles et des constats qui en découlent concernant les performances et l’innocuité de la tomosynthèse, les enjeux organisationnels de son utilisation, ainsi que l’efficience et l’impact budgétaire relevés dans la littérature, l’INESSS a émis certaines recommandations.

 

Constats

L’intégration des données scientifiques, contextuelles et expérientielles a permis de formuler les constats suivants:

Performance et innocuité

  • La performance du dépistage du cancer du sein avec la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) est améliorée comparativement à l’utilisation de la mammographie (2D) pour plusieurs paramètres :
    • la spécificité (1,0 %);
    • le taux de détection des cancers du sein (0,5 à 3,0 par 1 000 femmes);
    • le taux de détection des cancers infiltrants (0,7 à 2,5 par 1 000 femmes);
    • le taux de rappel (-3,7 à 0,5 %);
    • la valeur prédictive positive de rappel (VPP1) (1,77 à 9 %).
  • Aucune différence statistiquement significative n’a été rapportée concernant les paramètres suivant :
    • le taux de détection des carcinomes canalaires in situ (CCIS);
    • la distribution des grades de cancer détectés;
    • la taille et le statut ganglionnaire des cancers infiltrants;
    • le taux de cancers d’intervalle (total, infiltrant et CCIS);
    • la VPP de biopsie;
    • le taux de faux positifs.
  • Selon les cliniciens consultés, la différence de performance en faveur de la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) rapportée dans la littérature scientifique est plutôt modeste.
  • Étant donné les divergences de pratique clinique entre le Québec et les pays européens d’où proviennent les études considérées, les cliniciens consultés estiment que le gain de performance pourrait être plus marqué pour le dépistage du cancer du sein au Québec où le taux de rappel est très élevé. Cette hypothèse reste à être validée dans le contexte québécois.
  • Les données probantes sur la mortalité et la morbidité, qui auraient permis d’évaluer l’impact de l’utilisation de la tomosynthèse sur la santé, sont absentes en raison du court temps de suivi des femmes dépistées dans les études.
  • Bien que la tomosynthèse combinée à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) semble améliorer la performance de certains paramètres du dépistage du cancer du sein (le taux de rappel, la VPP de rappel et le taux de biopsie) comparativement à la tomosynthèse combinée à une mammographie (3D + 2D), la performance globale de ces deux modalités a été jugée équivalente.
  • L’innocuité de la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) est semblable à celle de la mammographie (2D), à l’exception de la dose de radiation, plus élevée avec l’utilisation de la tomosynthèse en combinaison avec la mammographie (3D + 2D).
  • Les doses de radiation émises par la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) et la mammographie (2D) respectent les normes canadiennes de radiation établies par la Commission canadienne de sûreté nucléaire. L’utilisation de la tomosynthèse combinée à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) permet d’éviter la double irradiation.
  • La plupart des sociétés savantes recommandent que la mammographie (2D) reste le standard pour le dépistage du cancer du sein. Certaines mentionnent que l’absence de preuves et l’insuffisance de données probantes ne permettent pas d’émettre une forte recommandation en faveur de la tomosynthèse pour le dépistage du cancer du sein. Si elle est utilisée, sa combinaison avec une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) est favorisée en raison de la plus faible dose de radiation comparativement à la tomosynthèse combinée à une mammographie (3D + 2D).

Appréciation du niveau de la preuve scientifique

  • Quelques limites méthodologiques ont été rapportées parmi les études recensées (transférabilité des résultats incertaine, temps de suivi hétérogène, présence de facteurs confondants et puissance statistique insuffisante pour certains paramètres d’évaluation) et doivent être considérées dans l’interprétation des résultats.
  • Le niveau de preuve associé à l’évaluation de la performance et de l’innocuité de la tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) en comparaison avec la mammographie (2D) a été jugé majoritairement modéré à élevé.
  • Bien qu’une seule méta-analyse ait été répertoriée, le niveau de preuve associé à l’évaluation de la performance de la tomosynthèse combinée à une projection 2D synthétique (3D + 2Ds) en comparaison avec la tomosynthèse combinée à une mammographie (3D + 2D) a été jugé majoritairement modéré à élevé.

Enjeux organisationnels

  • La norme du Programme d’accréditation en mammographie (PAM) de l’Association canadienne des radiologistes (CAR) permet l’accréditation des mammographies et des tomosynthèses (3D ± 2D ou 2Ds) comme l’exigent les programmes de dépistage.
  • La tomosynthèse (3D ± 2D ou 2Ds) augmente le volume de données ainsi que le temps de lecture des radiologistes en raison de l’acquisition d’images multiples. Selon les cliniciens consultés, les bénéfices cliniques potentiels de la tomosynthèse sur le taux de rappel, le taux de biopsie et le niveau de stress induit chez les femmes pourraient permettre de surpasser l’augmentation de la charge de travail pour les radiologistes. Cependant, aucune donnée ne permet d’appuyer cette hypothèse.

Efficience et impact budgétaire

  • L’analyse des évaluations économiques repérées dans la littérature montre que la tomosynthèse (3D + 2D ou 2Ds) pourrait être efficiente par rapport à la mammographie (2D). Les résultats d’efficience étaient toutefois sensibles aux variations des principaux intrants des modèles employés, notamment les coûts de l’intervention et son effet sur les taux de rappel.
  • En l’absence de données concernant l’utilisation actuelle de la tomosynthèse et son coût total, il est difficile d’estimer l’impact budgétaire du déploiement de cette modalité diagnostique.

 

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Dépistage du cancer du sein par tomosynthèse mammaire, INESSS 2024

 
3.1.2 Dépistage en présence d’une densité mammographique élevée (BI-RADS D ou plus de 75 % parenchyme)

La densité mammographique fait référence à la composante fibroglandulaire du sein qui prend une apparence radio-opaque à la mammographie. La présence de tissu dense n’est pas anormale en soi et elle peut varier dans le temps. Les approches employées pour mesurer et définir la densité sont nombreuses et varient selon le mode d’évaluation (visuel, semi-automatisé ou entièrement automatisé), le type de paramètre évalué (aire ou volume) et la nature de la méthode (qualitative ou quantitative) [1]. Dans la pratique clinique actuelle, la densité mammographique est rapportée selon les critères de la 5e édition du système de classification BI-RADS (A : seins presque entièrement adipeux; B : densité fibroglandulaire éparse; C : densité hétérogène; D : seins extrêmement denses) [2]. Cette édition remplace une version antérieure (4e édition, 2003) dont les catégories, alors numérotées de 1 à 4, comprenaient un aspect quantitatif du contenu fibroglandulaire (< 25 %, 25-50 %, 50-75 % et > 75 %). La plupart des autres méthodes recensées ont un usage limité au domaine de la recherche.

Il importe de préciser que les estimations subjectives, de même que les mesures planimétriques basées sur une représentation bidimensionnelle du sein, sont des indicateurs imprécis du volume de tissu dense [2]. De ce fait, une certaine variabilité intra et inter-observateurs a été rapportée quant à l’interprétation de la densité mammographique avec le système BI-RADS [3, 4].

La distribution de la densité mammographique dans la population soumise au dépistage suit généralement la tendance suivante : 10 % des femmes ont les seins presque entièrement adipeux; 40 % présentent une densité fibroglandulaire éparse; 40 % présentent une densité hétérogène; et 10 % ont les seins extrêmement denses [2, 5, 6]. Un déclin de la densité mammographique se produit habituellement avec l’avancement en âge et l’accroissement de l'indice de masse corporelle.

Plusieurs études ont suggéré que la densité mammographique augmenterait, d’une part, le risque de développer un cancer du sein et réduirait, d’autre part, la sensibilité de la mammographie. Dans le but de déterminer si la densité mammographique représente un facteur de risque significatif et afin d’établir si celui-ci devrait justifier un dépistage personnalisé chez les femmes aux seins extrêmement denses, le Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS) a sollicité l'Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour réaliser un état des connaissances à ce sujet.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Densité mammaire et dépistage du cancer du sein, INESSS 2021

Références
1.

Destounis S, et al. Qualitative Versus Quantitative Mammographic Breast Density Assessment: Applications for the US and Abroad. Diagnostics (Basel) 2017; 7(2).

2.

D’Orsi CJ, et al. ACR BI-RADS® Atlas, Breast Imaging Reporting and Data System. Reston, VA, American College of Radiology. 2013.

3.

Sprague BL, et al. Variation in Mammographic Breast Density Assessments Among Radiologists in Clinical Practice: A Multicenter Observational Study. Ann Intern Med 2016; 165(7): 457-464.

4.

Melnikow J, et al. Supplemental Screening for Breast Cancer in Women With Dense Breasts: A Systematic Review for the U.S. Preventive Services Task Force. Ann Intern Med 2016; 164(4): 268-78.

5.

Price ER, et al. The California breast density information group: a collaborative response to the issues of breast density, breast cancer risk, and breast density notification legislation. Radiology 2013; 269(3): 887-92.

6.

Sprague BL, et al. Prevalence of mammographically dense breasts in the United States. J Natl Cancer Inst 2014; 106(10).

3.2 Pathologie

3.2.1 Classification TNM (mise à jour: 5 septembre 2025)

3.2.2 Évaluation des récepteurs hormonaux

Évaluation des RH pour les CCIS

Reprise de l'analyse des RH sur le même spécimen ou sur la pièce chirurgicale

3.2.3 Évaluation du statut HER2

3.2.4 Évaluation de l’indice Ki67

3.2.5 Tumeur triple négative ou faiblement RH + (1-10%)

Phénotype triple négatif et profil basal-like

Hormonothérapie adjuvante chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-

Test génétique BRCA1/2 chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-

3.2.1 Classification TNM

Mise à jour: 5 septembre 2025

Classification TNM (tumor, nodes and metastasis) de l’American Joint Committee on Cancer (8e édition 2017)

Classification par stade [1, 2, 3]

Stade anatomique1, 2, 3

 

Tumeur (T)

Ganglions (N)

Métastase (M)

Stade 0

Tis

N0

M0

Stade IA

T1

N0

M0

Stade IB

T0, T1

N1mi

M0

Stade IIA

T0, T1

N1

M0

T2

N0

M0

Stade IIB

T2

N14

M0

T3

N0

M0

Stade IIIA

T1, T2

N2

M0

T3

N14, N2

M0

Stade IIIB

T4

N0, N14, N2

M0

Stade IIIC

Tout T

N3

M0

Stade IV

Tout T

Tout N

M1

mi, micrometastases; Tis, carcinome in situ; UICC, Union for International Cancer
1. T1 inclus T1mi
2. M0 inclus M0(i+).
3. La désignation du stade peut être modifiée si l'imagerie postopératoire révèle la présence de métastases à distance, à condition que l’imagerie soit réalisée dans les 4 mois suivant le diagnostic en l'absence de progression de la maladie, et à condition que le patient n'ait pas reçu de traitement néoadjuvant.
4. Les tumeurs T2, T3 et T4 avec micrométastases ganglionnaires (N1mi) sont stadifiées à l'aide de la catégorie N1.

 

Définitions des catégories TNM 

Tumeur primitive (T)

Catégorie

Critères

TX

Tumeur ne pouvant être évaluée 

T0

Aucune preuve de tumeur primitive

Tis (CCIS)1

Carcinome canalaire in situ 

Tis (Paget)

Maladie de Paget du mamelon non associée à un carcinome invasif et/ou à un carcinome in situ (CCIS) dans le parenchyme du sein sous-jacent

T1

Tumeur dont le diamètre est ≤ 20 mm dans sa plus grande dimension

T1mi

Tumeur dont le diamètre est ≤ 1 mm dans sa plus grande dimension

T1a

Tumeur dont le diamètre est > 1 mm, mais ≤ 5 mm dans sa plus grande dimension

T1b

Tumeur dont le diamètre est > 5 mm, mais ≤ 10 mm dans sa plus grande dimension

T1c

Tumeur dont le diamètre est > 10 mm, mais ≤ 20 mm dans sa plus grande dimension

T2

Tumeur dont le diamètre est > 20 mm, mais ≤ 50 mm dans sa plus grande dimension

T3

Tumeur dont le diamètre est > 50 mm dans sa plus grande dimension

T4

Tumeur de n’importe quel diamètre envahissant la paroi thoracique ou la peau

T4a

Tumeur étendue à la paroi thoracique, ne comprenant pas seulement l’adhérence au muscle pectoral ou son invasion

T4b

Ulcération ou nodules satellites ipsilatéraux sur la peau du même sein et/ou œdème (y compris peau d’orange) qui ne répondent pas aux critères du carcinome inflammatoire

T4c

Caractéristiques T4a et T4b présentes

T4d

Carcinome inflammatoire

Adénopathies régionales (clinique - cN)

Adénopathies régionales (pathologique - pN)

Catégorie

Critères

Catégorie

Critères

cNX

Ganglions lymphatiques régionaux ne pouvant être évalués (par exemple des ganglions préalablement excisés)

pNX

Ganglions lymphatiques régionaux impossibles à évaluer

cN0

Absence de métastases dans les ganglions lymphatiques régionaux (par imagerie ou examen clinique)

pN0

Absence de métastases dans les ganglions régionaux ou présence de cellules tumorales isolées CTI à l’examen histologique

pN0(i+)

CTI seulement dans les ganglions régionaux (les amas de cellules sont ≤ 0,2 mm)

pN0(mol+)

Étude moléculaire positive (RT-PCR), absence de signes d'envahissement ganglionnaire régional lors de l’examen histologique ou de l’analyse immunohistochimique. Aucun CTI détecté.

cN1

Métastases dans les ganglions lymphatiques axillaires de niveau I ou II ipsilatéraux, qui sont mobiles

pN1

Micrométastases ou métastases dans 1 à 3 ganglions lymphatiques axillaires et/ou métastases dans les ganglions mammaires internes cliniquement négatifs avec micrométastases ou macrométastases par biopsie de ganglion sentinelle

cN1mi3

Micrométastases (environ 200 cellules mesurant > 0,2 mm, mais ≤ 2,0 mm)

pN1mi

Micrométastases (environ 200 cellules dont le diamètre est > à 0,2 mm, mais ≤ 2,0 mm)

pN1a

Métastases dans 1 à 3 ganglions lymphatiques axillaires, au moins une métastase dont le diamètre est > 2,0 mm

pN1b

Métastases dans les ganglions mammaires internes sentinelles ipsilatéraux, excluant les CTI

pN1c

Combinaison des caractéristiques de pN1a et pN1b

cN2

Métastases dans les ganglions lymphatiques axillaires de niveau I ou II ipsilatéraux, qui sont fixées les unes aux autres (enchevêtrées) ou à d’autres structures; ou métastases décelées à l’examen clinique dans les ganglions mammaires internes ipsilatéraux en l’absence de métastases dans les ganglions axillaires

pN2

Métastases dans 4 à 9 ganglions axillaires ou métastases décelées dans des ganglions mammaires internes ipsilatéraux par imagerie, en l’absence d’envahissement ganglionnaire axillaire

cN2a

Métastases dans les ganglions lymphatiques axillaires de niveau I ou II ipsilatéraux qui sont fixées les unes aux autres (enchevêtrées) ou à d’autres structures

pN2a

Métastases dans 4 à 9 ganglions axillaires avec au moins un amas cellulaire > 2 mm

cN2b

Métastases décelées à l’examen clinique dans les ganglions mammaires internes ipsilatéraux en l’absence de métastases dans les ganglions axillaires

pN2b

Métastases décelées à l’examen clinique dans les ganglions lymphatiques mammaires internes avec ou sans confirmation microscopique et absence de métastases aux ganglions axillaires à l’examen pathologique

cN3

- Métastases dans les ganglions lymphatiques sous-claviculaires ipsilatéraux (axillaires de niveau III) avec ou sans implication de ganglions axillaires (niveaux I et II); ou

- Métastases des ganglions mammaires internes ipsilatéraux en présence de métastases dans les ganglions lymphatiques axillaires de niveau I ou II; ou

- Métastases dans les ganglions sus-claviculaires ipsilatéraux

pN3

- Métastases dans ≥ 10 ganglions axillaires ou sous-claviculaires (niveau III axillaire); ou

- Métastases dans des ganglions mammaires internes ipsilatéraux en présence d’au moins un ganglion axillaire (niveaux I et II) tel que déterminé par imagerie; ou

- Métastases dans > 3 ganglions axillaires et micrométastases ou macrométastases dans des ganglions mammaires internes ipsilatéraux décelés par biopsie sur ganglion sentinelle et ayant échappé à l’examen clinique; ou

- Métastases dans les ganglions sus-claviculaires ipsilatéraux

cN3a

Métastases dans les ganglions lymphatiques sous-claviculaires ipsilatéraux (axillaires de niveau III)

pN3a

- Métastases dans ≥ 10 ganglions axillaires (au moins un amas cellulaire de plus de 2,0 mm) ; ou

- Métastases dans les ganglions sous-claviculaires (ganglions axillaire niveau III)

cN3b

Métastases décelées à l’examen clinique dans les ganglions mammaires internes ipsilatéraux en présence de métastases dans les ganglions lymphatiques axillaires

pN3b

pN1a ou pN2a en présence de cN2b (ganglions mammaires internes positifs par imagerie; ou  pN2a en présence de pN1b

cN3c

Métastases dans les ganglions sus-claviculaires ipsilatéraux

pN3c

Métastases dans les ganglions sus-claviculaires ipsilatéraux

Métastases à distance (M)

Catégorie

Critères

M0

Aucune preuve clinique ou radiographique de métastases à distance 

cM0(i+)

Aucune preuve clinique ou radiographique de métastases à distance malgré la présence de cellules tumorales; ou

Absence de dépôt d’amas cellulaire > 0,2 mm à la suite d’un examen microscopique malgré la présence de cellules tumorales; ou

Absence de cellules tumorales dans le sang, la moelle osseuse ou autres ganglions tissulaires non régionaux chez la patiente asymptomatique tel que déterminé selon une approche moléculaire

M1

Métastases à distance détectées par approche clinique classique ou radiographique et/ou présence de métastases avec une taille > 0,2 mm comme démontré par approche histologique

CTI : cellules tumorales isolées
1. Le carcinome lobulaire in situ est une entité bénigne et il est éliminé de la 8e édition du TNM.
2. Le cN1mi est rarement utilisé, mais peut être approprié dans les cas où une biopsie du ganglion sentinelle est effectuée avant la résection de la tumeur, plus susceptible de se produire dans les cas traités par un traitement néoadjuvant.

Références
1.

Loibl S, et al. Early breast cancer: ESMO Clinical Practice Guideline for diagnosis, treatment and follow-up. Annals of Oncology 2024; 35(2): 159-182.

2.

NCCN, NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology (NCCN Guidelines®) - Breast Cancer, 2025. p. 263.

3.

Giuliano AE, et al. Breast Cancer—Major changes in the American Joint Committee on Cancer eighth edition cancer staging manual. CA: A Cancer Journal for Clinicians 2017; 67(4): 290-303.

3.2.2 Évaluation des récepteurs hormonaux

Évaluation des RH pour les CCIS

En 2010, l'ASCO/CAP s'abstenait d'émettre une recommandation formelle concernant l'évaluation du statut des récepteurs hormonaux (RH) chez les patientes atteinte d'un carcinome canalaire in situ (CCIS) [1]. Néanmoins, les experts ont reconnu la valeur du statut du récepteur œstrogénique (RO) en se basant sur les résultats (rapportés sous la forme d'abrégé) d'une analyse rétrospective de l'étude clinique NSABP B-24 qui a évalué l’efficacité du tamoxifène après une chirurgie mammaire conservatrice suivie d’une radiothérapie [3]. Publiés en 2012, les résultats démontrent que l'effet bénéfique du tamoxifène est restreint aux patientes RO [4]. L'étude révèle aussi que l'évaluation combinée des RH (RO et RP) n'est pas plus prédictive que celle du statut des RO. Le NCCN recommande également l'évaluation du statut RO pour tous les cas de CCIS [41].

Bien qu’il soit approprié d’utiliser la pièce biopsique pour évaluer le statut des RH sur les carcinomes infiltrants, une étude rétrospective de tous les cas de CCIS diagnostiqués sur une période de 2 ans à l’hôpital Johns Hopkins suggère qu’il serait plus avantageux et mieux justifié d’utiliser la pièce chirurgicale pour l’analyse des RH sur les CCIS [6]. D’abord, il n’existe aucune circonstance selon laquelle une patiente avec un diagnostic de CCIS pourrait recevoir une hormonothérapie néoadjuvante; peu importe le résultat de la biopsie, la patiente est orientée directement vers une résection chirurgicale. De plus, 1) un résultat négatif pour les RH sur le spécimen biopsique ou 2) la présence d’une composante infiltrante sur la pièce chirurgicale vont inévitablement nécessiter la reprise du test sur la pièce chirurgicale [1].

Reprise de l’analyse des RH sur le même spécimen ou sur la pièce chirurgicale

Selon l’ASCO/CAP, il est préférable d’utiliser le spécimen biopsique pour l’analyse du statut des RH. Une reprise sur la pièce chirurgicale est toutefois nécessaire lorsque la biopsie n’est pas représentative (type histologique et grade) de la tumeur à la résection [1]. Une reprise peut également être envisagée sur le même spécimen ou sur la pièce chirurgicale :

1) en l'absence de marquage pour RO et RP, lorsque la tumeur est de type tubulaire, lobulaire, mucineux ou lorsque le score Nottingham est de 1;

2) en présence d’une tumeur RO- mais RP+ (pour écarter la possibilité d'un résultat faux négatif pour RO ou faux positif pour RP).

3.2.3 Évaluation du statut HER2
  • Mise à jour à venir
3.2.4 Évaluation de l’indice Ki67

En 2016, l’ASCO a publié ses lignes directrices concernant l’utilisation de biomarqueurs pour guider les décisions thérapeutiques dans le traitement du cancer du sein infiltrant [19]. Selon ces recommandations, l’indice de marquage Ki67 ne devrait pas être employé pour déterminer si une chimiothérapie (CT) adjuvante est indiquée ou non. La décision de l’ASCO est principalement basée sur le manque de données justifiant l’utilité clinique de Ki67 comme marqueur pronostique pour orienter la décision concernant l’administration d'une CT adjuvante. En effet, même si les résultats de plusieurs études appuient le rôle de Ki67 comme marqueur pronostique dans les cas de cancer du sein, l'utilité clinique est limitée par l’absence de preuve de la validité analytique du test immunohistochimique pour Ki67 [20]. Depuis sa formation en 2009, l'International Ki67 in Breast Cancer Working Group a publié plusieurs articles concernant la standardisation des différentes étapes de l’analyse de l’indice Ki67 [21, 2223]. Malgré certaines améliorations, les auteurs sont d’avis que l’indice Ki67 ne doit pas être utilisé pour la pratique clinique avant la standardisation complète du test [23]. Conformément à l’ASCO, le NCCN ne recommande pas l’évaluation de l’indice Ki67 [41].

Bien que l’estimation de la prolifération cellulaire par immunohistochimie pour Ki67 soit controversée, le comité d’experts de la conférence internationale de St-Gall suggère son utilisation pour faciliter la distinction entre les tumeurs de type luminal A et luminal B (HER2-) et ainsi orienter la décision thérapeutique [43]. Suivant cette recommandation, l’indice Ki67 (exprimé en pourcentage de cellules tumorales marquées) est interprété en fonction du seuil défini selon les valeurs locales du laboratoire. Les experts ont convenu qu’un seuil dans l’intervalle 20-29 % était jugé acceptable. Donc, si un laboratoire obtient une valeur médiane de l’indice Ki67 de 20 % chez les patientes RH+, toutes les valeurs ≤ 10 % seront jugées clairement faibles et celles ≥ 30 % clairement élevées. Ces valeurs sont en accord avec les résultats d’une méta-analyse qui a exploré la valeur pronostique de différents seuils pour l’indice Ki67 à partir de données extraites d’études publiées entre 1996 et 2015 et portant sur plus de 60 000 patientes [25]. Les auteurs révèlent qu’un seuil arbitraire d’au moins 25 % permet d'observer une différence statistiquement significative dans le pronostic des deux groupes séparés par ce seuil. La recommandation du comité d’experts de la conférence internationale de St-Gall a été retenue par l'ESMO [42].

Lorsqu’ils ont été interrogés, les experts du Québec ont répondu majoritairement que l’indice Ki67 ne faisait pas partie, de routine, du rapport de pathologie de leur établissement. Toutefois, près des deux tiers d’entre eux pensaient que l’indice Ki67 les aiderait à mieux distinguer les tumeurs luminal A et luminal B pour mieux déterminer la pertinence d’une CT adjuvante. Un rapport produit par l'INESSS révèle aussi que « Malgré une certaine variabilité inter-laboratoires, les milieux hospitaliers québécois qui offrent le test soutiennent qu'il est facile pour un anatomopathologiste de fournir un résultat approximatif (< 10 % = clairement faible; > 30 % = clairement élevé) qui soit utile au clinicien » [26]. Dans ce rapport portant sur le contexte d’utilisation du test Oncotype DXMD (ODX) pour fins de décision thérapeutique, l’INESSS suggère la mise sur pied d’une évaluation prospective de la faisabilité d’utilisation d'un test immunohistochimique standardisé pour Ki67 dans le but de faciliter la sélection des patientes pour qui un test ODX est nécessaire. En complément avec les autres critères clinicopathologiques usuels, l’indice Ki67 (clairement faible/élevé contre intermédiaire) pourrait donc permettre de distinguer les patientes pour qui le résultat du test ODX est prévisible de celles pour qui ce test présente une valeur ajoutée.

3.2.5 Tumeur triple négative

Phénotype triple négatif et profil basal-like
Hormonothérapie adjuvante chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-
Test génétique BRCA1/2 chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-

Une tumeur HER2- possédant 1-10 % de cellules RH+ ne doit pas être considérée comme une tumeur triple négative (TN). Le pronostic global des patientes dont la tumeur est faiblement RH+ (1-10 %) et HER2- est similaire à celui des patientes atteintes d’un cancer TN. L’efficacité de l’hormonothérapie (HT) chez ce groupe de patientes est toutefois incertaine. La fréquence comparable des mutations BRCA1/2 chez les patientes faiblement RH+/HER2- versus RH-/HER2- justifie la pertinence d'orienter ces patientes vers une consultation en génétique.

Phénotype triple négatif et profil basal-like

Une tumeur TN est définie à la suite de la détermination du statut des récepteurs hormonaux (RO, récepteur œstrogénique; RP, récepteur progestatif) et du statut HER2 au moyen de tests de routine validés en laboratoire clinique (IHC, immunohistochimie; ISH, in situ hybridization) et selon des recommandations établies. Le concept de tumeur basal-like est issu de l’analyse du profil d’expression génique de la tumeur, qui est à l’origine de la classification des cancers du sein en sous-types moléculaires distincts [27, 28]. La plupart des tumeurs basal-like sont TN, mais elles expriment aussi plusieurs gènes et protéines caractéristiques des cellules basales/myoépithéliales du sein normal [29]. Bien que la majorité des tumeurs TN possèdent un profil moléculaire basal-like, le transcriptome des tumeurs TN est hétérogène et le phénotype TN ne devrait pas être utilisé comme marqueur indirect du sous-type basal-like [29]. À défaut de la caractérisation du profil d’expression génique, l’identification indirecte du sous-type basal-like pour une tumeur TN peut être faite par la détection immunohistochimique des cellules tumorales qui expriment aussi CK5/6 et/ou EGFR [30, 31]. Cependant, il n’existe présentement aucune recommandation internationale de nature à guider l’utilisation/interprétation de ces marqueurs dans les cas de cancer du sein.

Hormonothérapie adjuvante chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-

Selon les recommandations publiées en 2010 par l'ASCO/CAP, le marquage par immunohistochimie des récepteurs hormonaux (RH) dans un minimum de 1 % des cellules tumorales doit être considéré comme positif [1]. Par conséquent, les patientes qui répondent à ce critère sont admissibles à un traitement hormonal. Toutefois, un doute persiste actuellement quant à l'efficacité de l'hormonothérapie adjuvante lorsque les niveaux d'expression des RH sont faibles (1-10 %). Les données publiées à ce jour concernant la valeur pronostique et prédictive de faibles niveaux d'expression (1-10 %) des RH par l'IHC, en l'absence d'amplification HER2, proviennent de l’analyse de sous-groupes d’études rétrospectives [32, 33]. Bien que leur effectif soit de petite taille, ces études ne montrent pas de différence significative quant à la survie globale, la survie sans récidive et la survie sans maladie entre les tumeurs faiblement positives (1-10 %) et les tumeurs négatives (< 1 %) pour l'expression des RH (voir tableau ci-dessous). D’autres études indiquent aussi que, sur la base de l’analyse du profil de l’expression génique, la majorité des tumeurs HER2- qui sont faiblement RH+ par IHC présentent un profil moléculaire qui s’apparente davantage au sous-type basal-like que luminal [34, 35]. Les données publiées par Raghav et coll. et Balduzzi et coll. indiquent que l'HT n'apporte aucun bénéfice de survie aux patientes dont la tumeur est faiblement RH+ en comparaison avec celles atteintes d’un cancer TN traitées de la même façon (voir tableau ci-dessous).

Des études prospectives randomisées comparant les données de survie de patientes 1-10 % RH+/HER2- avec et sans HT sont nécessaires afin de déterminer l’efficacité du traitement chez ce groupe de patientes. En attendant la publication de telles études, et puisqu’il est actuellement impossible d’exclure un avantage réel de l’HT chez ce groupe de patientes, les tumeurs contenant 1-10 % de cellules RH+ sont considérées comme positives [1]. Cependant, l’efficacité incertaine de l’HT en présence de valeurs RH jugées équivoques suggère la nécessité d’introduire également un traitement de chimiothérapie [43, 36]. L'ASCO/CAP recommande que la décision thérapeutique soit prise à la suite d'une discussion avec la patiente concernée afin que les risques et avantages de l'hormonothérapie soient pris en considération [1].

Données de survie chez les patientes faiblement RH+ (1-10%)/HER2- et RH-/HER2-

Étude

Sous-groupe

Survie globale

HR (IC 95 %); p

Survie sans récidive

HR (IC 95 %); p

Raghav et coll., 2012 [32]

a) RO/RP < 1 % (n = 897)
b) RO/RP 1-5 % (n = 241)
c) RO/RP 6-10 % (n = 119)

b vs a : 1,10 (0,84-1,44); p = 0,47
c vs a : 0,88 (0,60-1,31); p = 0,54

b vs a : 1,11 (0,88-1,41); p = 0,37
c vs a : 0,92 (0,65-1,30); p = 0,64

Balduzzi et coll., 2014 [33]

a) RO/RP < 1 % (n = 1 300)
b) RO/RP 1-10 % (n = 124)

a vs b : 1,50 (0,82-2,77); p = 0,192

SSM*  a vs b : 1,40 (0,92-2,12); p = 0,115

HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); IC : intervalle de confiance; n : nombre de patientes; RO : récepteur œstrogénique; RP : récepteur progestatif; SSM* : survie sans maladie; vs : versus.

Effet de l’hormonothérapie chez les patientes faiblement RH+ (1-10%)/HER2- et RH-/HER2-

Étude

Sous-groupe

Survie globale

Estimée sur 3 ans

Survie sans récidive

Estimée sur 3 ans

Raghav et coll., 2012 [32]

RO/RP < 1 % (n = 37)
RO/RP 1-10 % (n = 81)

0,93

0,92

p = 0,43

0,61

0,81

p = 0,10

Balduzzi et coll., 2014 [33]

RO/RP < 1 % (n = 59)
RO/RP 1-10 % (n = 51)

nd **

nd **

p = 0,305

SSM*  nd **

SSM*  nd **

p = 0,365

IC : intervalle de confiance; n : nombre de patientes; RO : récepteur œstrogénique; RP : récepteur progestatif; SSM* : survie sans maladie; nd** : valeur numérique non disponible (courbe de survie Kaplan-Meier).

Test génétique BRCA1/2 chez les patientes RH+ (1-10 %) et HER2-

Actuellement, les lignes directrices du NCCN recommandent que toutes les patientes atteintes d’un carcinome mammaire infiltrant TN et âgées de 60 ans ou moins au moment du diagnostic soient orientées vers une consultation en génétique et considérées pour un test BRCA1/2 [37]. Le comité d’experts de la conférence internationale de St-Gall ainsi que l’ESMO ont émis une recommandation similaire concernant les patientes âgées de moins de 50 ans [43, 38]. Par conséquent, l’application stricte de ces recommandations exclut de l’analyse génétique les patientes faiblement RH+. L’analyse d’une base de données prospective incluant toutes les patientes atteintes d’un cancer du sein orientées vers une consultation en génétique révèle l’absence de différence significative quant à l’incidence des mutations BRCA1/2 entre les tumeurs RH+ (1-9 %)/HER2- (n = 76) et TN (n = 238) [39]. L’'identification d'une mutation BRCA a un impact considérable sur 1) l'approche utilisée pour gérer la maladie, 2) la prévention du cancer de l'ovaire et 3) le dépistage d'une mutation BRCA chez les membres de la famille de la patiente [40]. Les carcinomes HER2- avec moins de 10 % de cellules RH+ devraient aussi être considérés pour un test BRCA1/2 ([39] et avis d’experts).

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Eiermann W, Bergh J, Cardoso F, Conte P, Crown J, Curtin NJ, Gligorov J, Gusterson B, Joensuu H, Linderholm BK, Martin M, Penault-Llorca F, Pestalozzi BC, Razis E, Sotiriou C, Tjulandin S, Viale G. Triple negative breast cancer: proposals for a pragmatic definition and implications for patient management and trial design. Breast 2012;21(1):20-26.

41.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN). Breast cancer. Version 2.2017. Clinical Practice Guidelines in Oncology. Fort Washington, PA : NCCN; 2017. Disponible à : https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/default.aspx.

42.

Senkus, E. et al. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 26 Suppl 5, v8-30, doi:10.1093/annonc/mdv298 (2015).

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Coates, A. S. et al. Tailoring therapies—improving the management of early breast cancer: St Gallen International Expert Consensus on the Primary Therapy of Early Breast Cancer 2015. Annals of Oncology 26, 1533-1546, doi:10.1093/annonc/mdv221 (2015).

3.3 Évaluation
3.3.1 Imagerie diagnostique et préopératoire
3.3.1.1 Système de classification

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

3.3.1.2 Évaluation mammaire

Échographie du sein controlatéral

Les avis sont partagés quant à l’utilité de prescrire systématiquement une échographie controlatérale lors du bilan initial de la maladie. Bien qu’environ le tiers de tous les cancers controlatéraux synchrones soient occultes à la mammographie, mais détectés à l’échographie, l'avantage clinique d’en faire la recherche d’emblée par échographie n’a pas été évalué dans une étude clinique.

Le cancer du sein bilatéral synchrone est une condition relativement peu fréquente. Dans les études rétrospectives répertoriées par Holm et coll. (méta-analyse discutée ici), les taux d’incidence des cancers bilatéraux synchrones ont varié entre 0,74 % et 3 % (16 études, 7 982 cas/623 072 patientes au total [1,28 %]) [1]. Considérant que le sein controlatéral est examiné par mammographie chez toutes les patientes, une revue de la littérature scientifique a été effectuée avec l’objectif de recenser les études rapportant la proportion des patientes atteintes d’un cancer du sein controlatéral occulté par cet examen, mais détecté par échographie.

Deux petites études prospectives et deux études rétrospectives qui ont mesuré la capacité de l’échographie à détecter des cancers controlatéraux synchrones occultes à la mammographie ont été répertoriées (tableau ci-dessous). L’échographie a permis de déceler environ 80 % à 90 % des cancers controlatéraux, et près de la moitié de ces cancers n’avaient pas été détectés par mammographie [2], [3], [4]. C’est donc environ le tiers des cancers controlatéraux qui ont été détectés uniquement par échographie (30 % et 42 %), ce qui représente des proportions de 2,7 % et 2,8 % de toutes les patientes recrutées dans les études prospectives et de 0,54 % de celles incluses dans l’étude rétrospective de Kim et coll. Les proportions de cancers controlatéraux infiltrants ont été variables selon les études; ces estimations sont toutefois basées sur un faible nombre de patientes présentant une telle atteinte.

Principaux résultats des études qui ont évalué la capacité de l’échographie à détecter un cancer synchrone dans le sein controlatéral occulté par la mammographie

Étude et devis

Proportion de ptes avec cancer bilatéral synchrone1

Cancers controlatéraux

Écho [+]
(fraction et % des cancers controlat.)

Écho [+] et mammo [-]
(fraction et % des cancers controlat.)

Écho [+], mammo [-]
(fraction et % de la cohorte totale)

Écho [+], mammo [-] et infiltrant
(fraction et % de la cohorte totale)

Total

Mammo [+]

Mammo [-]

Total

CCIS

Infiltrant

Kim et coll. 2008 [3]
Rétrospective

36/2 419 (1,5 %)

28/312
90 %

15/31
48 %

13/31
42 %

13/312
42 %

8/31
26 %

5/31
16 %

13/2 4192
0,54 %

5/2 4192
0,21 %

Berg et coll. 2004 [2]
Prospective

10/111 (9 %)

8/10
80 %

5/10
50 %

3/10
30 %

3/10
30 %

nd

nd

3/111
2,7 %

nd

Moon et coll. 2002 [4]
Prospective

15/201 (7,5 %)
(19/289 lésions)

15/193
79 %

7/19
37 %

8/19
42 %

8/193
42 %3

2/19
11 %

6/19
32 %

8/2894
2,8 %

6/2894
2,1 %

Leblond et coll. 2016 [5]
Rétrospective
ABRÉGÉ

11/360 (3,1 %5)

s. o.5

 

s. o.5

 

11/3605
3,1 %

11/3605
3,1 %

CCIS : carcinome canalaire in situ; controlat. : controlatéral(aux); mammo : mammographie; nd : non disponible; pop. : population; ptes : patientes; s. o. : sans objet.
1.  Pour être incluses, les études devaient rapporter au moins 10 cas de cancer bilatéral synchrone.
2. Les résultats de mammographie et d’échographie n’étaient disponibles que pour 31 des 36 patientes présentant un cancer bilatéral synchrone.
3. Proportions rapportées sur le nombre de lésions cancéreuses et non sur le nombre de patientes. Au total, 289 lésions cancéreuses ont été diagnostiquées chez 201 patientes et 19 lésions cancéreuses controlatérales chez 15 patientes.
4. Proportions de lésions écho [+], mammo [-] (et infiltrantes) rapportées sur le nombre total de lésions (289).
5. Le sein controlatéral des patientes incluses ne présentait aucune lésion détectable par palpation ou mammographie. Seuls les cancers controlatéraux infiltrants ont été considérés.

Dans leur abrégé présenté au congrès annuel de l’American Roentgen Ray Society (ARRS) en 2016, Leblond et coll. rapportent que la densité mammaire de 9 des 11 femmes chez qui un cancer controlatéral infiltrant a été diagnostiqué était de grade C ou D selon l’échelle de l’American College of Radiology (tableau ci-dessus; [5]). Cela représente une proportion de 4,1 % de toutes les femmes de la cohorte dont la densité mammaire était de grade C ou D. Le temps additionnel nécessaire pour faire l’examen échographique du sein controlatéral a été de 3,1 min (+/- 4,9 min). Les données concernant les coûts n’ont pas été présentées, mais les auteurs concluent que l’échographie du sein controlatéral chez les patientes présentant une lésion BI-RADS 5 est un examen dont le rapport coût-efficacité est favorable, qui change la prise en charge oncochirurgicale et qui justifie l’effort supplémentaire consenti.

La recherche de littérature n’a relevé aucune étude ayant évalué si l’échographie bilatérale systématique se traduit en un avantage de survie. Bien que la détection précoce du cancer du sein soit un facteur pronostique reconnu, aucune donnée probante ne permet de vérifier si les examens de suivi post-traitement auraient pu permettre de détecter la tumeur controlatérale dans un court délai. La présence d’une tumeur controlatérale synchrone est toutefois un facteur de mauvais pronostic de survie globale. En effet, la méta-analyse de Holm et coll. réalisée à partir de 9 études rétrospectives ayant rapporté des résultats ajustés en fonction de divers facteurs pronostiques a montré que le risque de mortalité était accru de 37 % chez les patientes atteintes d’un cancer du sein bilatéral synchrone par rapport à celui des patientes atteintes d’un cancer unilatéral (HR = 1,37 [IC 95 % 1,24-1,50], p < 0,0001; n [cas de cancer bilatéral] = 3 631; I2 = 27,2 %) [1]. Les auteurs ont présenté plusieurs analyses de sensibilité qui ont donné des résultats similaires.

Au Québec, les avis sont partagés quant à l’utilité de faire systématiquement une échographie du sein controlatéral chez les femmes qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein; un peu plus de la moitié des cliniciens ne la prescrivent pas d’emblée (rencontre de consensus).

En présence d’une maladie de stade I à IIIA, le NCCN inscrit à la liste des examens initiaux l’échographie mammaire « lorsque nécessaire », sans plus de détails (recommandations de catégorie 2A; [6]). Cette mention ne s’applique pas aux maladies de stade 0. Selon l’ESMO, l’échographie bilatérale figure parmi les tests recommandés lors du bilan initial (recommandation non gradée; [7]).

Références
1.

Holm, M., Tjonneland, A., Balslev, E. & Kroman, N. Prognosis of synchronous bilateral breast cancer: a review and meta-analysis of observational studies. Breast Cancer Res Treat 146, 461-475, doi:10.1007/s10549-014-3045-0 (2014).

2.

Berg, W. A. et al. Diagnostic accuracy of mammography, clinical examination, US, and MR imaging in preoperative assessment of breast cancer. Radiology 233, 830-849, doi:2333031484 [pii]

3.

Kim, M. J. et al. Bilateral synchronous breast cancer in an Asian population: mammographic and sonographic characteristics, detection methods, and staging. AJR Am J Roentgenol 190, 208-213, doi:190/1/208 [pii]

4.

Moon, W. K., Noh, D. Y. & Im, J. G. Multifocal, multicentric, and contralateral breast cancers: bilateral whole-breast US in the preoperative evaluation of patients. Radiology 224, 569-576, doi:10.1148/radiol.2242011215 (2002).

5.

Leblond, M. A., Hogue, J. C., Pinault, S., Provencher, L. & Duchesne, N. Is Contralateral Breast US in Pre-op Staging Worthwhile? ARRS Annual Meeting 2016, Los Angeles Abrégé #3295 (2016).

6.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN). Breast cancer. Version 3.2017. Clinical Practice Guidelines in Oncology. Fort Washington, PA : NCCN; 2017. Disponible à : https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/default.aspx.

7.

Senkus, E. et al. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 26 Suppl 5, v8-30, doi:10.1093/annonc/mdv298 (2015).

3.3.1.3 IRM préopératoire

Les principales indications de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer ont fait l’objet d’un avis publié par l’INESSS [1] et d’un outil interactif, pratique et convivial, destiné aux cliniciens. La pertinence de réaliser une IRM mammaire dans les situations cliniques suivantes a ainsi été évaluée. Il est suggéré de consulter les documents originaux pour obtenir de l’information supplémentaire sur les fondements des recommandations.


Adénopathie axillaire sans tumeur primitive repérée à l’imagerie mammaire conventionnelle

Mise en contexte : Dans de rares cas, une patiente peut présenter une adénopathie axillaire métastatique sans qu’on ait pu repérer la source primitive du cancer. Si l’examen clinique des seins et l’imagerie mammaire conventionnelle ne peuvent repérer de tumeur primitive, on présume généralement que l’adénopathie axillaire est causée par un cancer primitif au sein ipsilatéral [15]. En raison d’une meilleure sensibilité, l’IRM offre un potentiel supplémentaire de détection d’une tumeur primitive occulte à l’imagerie conventionnelle. Lorsque la tumeur a été prouvée histologiquement, la planification chirurgicale peut être faite de façon standard [15, 16]. Si aucune tumeur n’est trouvée avec l’IRM, le traitement local proposé peut être une irradiation du sein complet ou une mastectomie [16].

En résumé

  • La preuve de la performance et de l’effet de l’IRM mammaire sur la prise en charge des patientes atteintes d’une adénopathie axillaire sans tumeur primitive identifiée repose sur quelques études rétrospectives de petite taille dont les résultats sont regroupés dans deux revues systématiques [17, 18, 19]. La faible qualité des études primaires disponibles s’explique en partie par la faible incidence des cancers du sein occultes.
  • L’une des deux revues systématiques a rapporté que l’IRM mammaire détecte une lésion suspecte dans environ 72 % des cas (7 études) et que cette lésion s’avère maligne dans 85 % à 100 % des cas [17].
  • La sensibilité de l’IRM mammaire pour détecter un cancer du sein occulte à l’imagerie conventionnelle serait supérieure à 90 % et la spécificité serait très variable d’une étude à une autre, passant de médiocre à relativement bonne [17].
  • Selon une revue systématique, la réalisation d’une chirurgie conservatrice du sein est possible chez environ 35 % des patientes (de 21 % à 60 %) qui présentent une lésion suspecte à l’IRM (en l’absence de métastases à distance) [17].
  • L’effet de l’IRM mammaire sur les résultats cliniques des patientes (récidive, survie) demeure toutefois incertain [20].

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein  Adénopathie axillaire sans tumeur primitive repérée à l’imagerie mammaire conventionnelle, INESSS, 2018 [2].

Bilan précédant une mastectomie prophylactique

Mise en contexte : La mastectomie bilatérale prophylactique est une option qui s’offre aux femmes à haut risque de cancer du sein, notamment celles qui sont porteuses d’une mutation BRCA1/2 [16], afin de diminuer substantiellement (≥ 90 %) leur risque de développer la maladie [21, 22]. Certains recommandent également une IRM mammaire dans les quelques mois précédant la chirurgie afin de réduire le risque de découverte d’un cancer occulte à l’imagerie conventionnelle [23, 24]. Le diagnostic préopératoire d’une tumeur infiltrante permettrait la réalisation d’une biopsie des ganglions sentinelles et d’éviter potentiellement un curage axillaire secondaire à la découverte d’une telle tumeur sur pièce de mastectomie.

En résumé

  • La preuve de la valeur de l’IRM préopératoire pour diminuer le risque de diagnostiquer un cancer occulte sur pièce de mastectomie prophylactique (controlatérale ou bilatérale) et pour modifier la prise en charge des patientes repose sur trois études rétrospectives [25, 26, 27]. Au total, il y a eu dans ces trois études 388 mastectomies réalisées après une IRM récente et 421 mastectomies réalisées sans IRM.
  • Deux des trois études analysées ont inclus un groupe de patientes qui n’ont pas eu recours à une IRM avant la mastectomie prophylactique [25, 27]. Chez ces patientes, le risque de diagnostiquer un cancer occulte infiltrant sur pièce de mastectomie a été de 2 %. Le risque de découvrir un cancer infiltrant métastatique est encore plus faible, mais il est impossible à déterminer à partir des seules données présentées dans les études retenues.
  • Lorsqu’une IRM préopératoire est réalisée avant une mastectomie prophylactique, le risque résiduel de découvrir un cancer infiltrant véritablement occulte (insoupçonné) dans la pièce de mastectomie a varié entre 0 % et 1,5 % [25, 26, 27].
  • À de rares occasions, l’IRM préopératoire a permis d’éviter un curage axillaire postmastectomie prophylactique (jusqu’à 1,5 % des mastectomies dans une des études retenues) [25, 27]. Par contre, il n’est pas impossible que l’effet de l’IRM soit plus important que celui rapporté dans ces études.
  • Lorsque le résultat d’une IRM préopératoire est négatif, la probabilité qu’un cancer occulte infiltrant soit découvert dans une pièce de mastectomie prophylactique est pratiquement nulle (valeur prédictive négative de 99,6 %; de 98 % à 100 %; 252 mastectomies) [25, 26, 27].
  • La valeur prédictive négative élevée de l’IRM pour les cancers infiltrants laisse supposer qu’elle peut être utilisée pour sélectionner les patientes admissibles à une mastectomie prophylactique sans biopsie des ganglions sentinelles.
  • L’IRM préopératoire génère un nombre considérable de biopsies inutiles, de même que des biopsies des ganglions sentinelles inutiles. Il n’est pas établi clairement si l’avantage de détecter un cancer occulte infiltrant par IRM avant une mastectomie prophylactique l’emporte sur les inconvénients liés aux examens diagnostiques additionnels générés (biopsies, tests d’imagerie, biopsie des ganglions sentinelles).
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM préopératoire sur les résultats cliniques des patientes qui ont opté pour une mastectomie prophylactique.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Bilan précédant une mastectomie prophylactique, INESSS, 2018 [3].

Maladie de Paget du mamelon

Mise en contexte : La maladie de Paget du mamelon est une condition rare qui compte pour 0,5 à 4,3 % des cancers du sein [28] et qui consiste en la présence de cellules néoplasiques dans l’épiderme du complexe aréolomamelonnaire (aussi appelée plaque aréolomamelonnaire ou PAM) [29]. Le diagnostic est généralement établi à la suite de manifestations cliniques. La maladie de Paget est dans la vaste majorité des cas (plus de 90 %) associée à une néoplasie mammaire sous-jacente qui peut être un carcinome in situ et (ou) infiltrant généralement d’origine canalaire [30]. La multicentricité ou la multifocalité des carcinomes sous-jacents est fréquente, dans une proportion allant de 32 % à 41 % [31].

La mastectomie a longtemps été considérée comme le traitement de référence compte tenu de la multifocalité potentielle [32]. Cette option demeure toujours valable [16]. Cependant, des données ont montré qu’il est aussi possible d’obtenir un contrôle local de la maladie à l’aide d’une chirurgie conservatrice suivie d’une radiothérapie de la totalité du sein [33]. L’approche conservatrice demeure toutefois controversée compte tenu de la sous-estimation possible associée à la mammographie pour la détection des carcinomes et de leur caractère multifocal ou multicentrique [34]. L’IRM étant plus sensible que l’imagerie conventionnelle, elle pourrait être utile avant d’envisager une chirurgie conservatrice du sein.

En résumé

  • Compte tenu de la faible incidence de la maladie de Paget, la preuve de la valeur diagnostique de l’IRM pour définir l’étendue de la maladie et repérer une tumeur sous-jacente repose uniquement sur quelques études de très petite taille et de nature rétrospective [28, 32, 35, 36, 37, 38]. La preuve de l’effet de l’IRM sur la prise en charge chirurgicale mammaire des patientes est encore plus faible.
  • L’imagerie conventionnelle (mammographie et échographie) et l’IRM combinées ne permettent pas d’exclure avec fiabilité la présence d’un cancer sous-jacent, mais l’IRM améliore la sensibilité de l’imagerie conventionnelle.
  • Selon quatre études, l’IRM permettrait de repérer un cancer du sein sous-jacent à une maladie de Paget dans au moins la moitié des cas pour lesquels la mammographie était normale (25 cancers sur un total de 37 IRM) [28, 32, 35, 36]. Par contre, cette découverte n’entraîne pas nécessairement une modification de la prise en charge chirurgicale mammaire, notamment lorsque la localisation du cancer sous-jacent est rétroaréolaire.
  • Deux études montrent que l’IRM permet de repérer un cancer sous-jacent localisé à distance de la plaque aréolomamelonnaire (PAM) dans 11 % et 17 % des cas de maladie de Paget qui présentent une mammographie normale (2 patientes sur un total de 15 IRM) [32, 36].
  • Selon deux études, les patientes atteintes d’une maladie de Paget chez qui on suspecte la présence d’un cancer sous-jacent à la mammographie ne semblent pas bénéficier de l’ajout d’une IRM (10 patientes au total) [28, 35].
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM mammaire sur les résultats cliniques des patientes atteintes de la maladie de Paget.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Maladie de Paget du mamelon, INESSS, 2018 [4].

Résultats discordants entre l’examen clinique et l’imagerie conventionnelle dans le cas d’un cancer diagnostiqué

Mise en contexte : Pour les femmes chez qui un cancer du sein a été nouvellement diagnostiqué, la détermination de l'étendue locale de la maladie est un facteur crucial dans le choix de la thérapie la plus appropriée. La taille de la tumeur primitive et la présence ou l'absence d’une atteinte multifocale ou multicentrique sont des éléments importants lorsque la chirurgie conservatrice du sein est envisagée [39]. Une évaluation précise de l’étendue de la tumeur avant chirurgie est nécessaire afin d’optimiser les résultats de la chirurgie conservatrice du sein et de réduire le nombre de procédures chirurgicales requises pour éliminer la tumeur [40]. Lorsqu’il y a discordance entre les résultats de l’examen clinique, de la mammographie et de l’échographie, l’IRM pourrait être utile pour l’évaluation préopératoire [41].

En résumé

  • Dans les situations où la taille tumorale semble plus grande à l’examen clinique qu’à l’imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie), l’IRM a une estimation souvent plus exacte (± 2 cm) de la taille tumorale que l’imagerie conventionnelle (1 étude rétrospective; n = 61) [41].
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM préopératoire sur les résultats cliniques (par exemple survie, récidives) des patientes chez qui on observe des discordances entre l’examen clinique et l’imagerie conventionnelle.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Résultats discordants entre la mammographie et l’échographie ou entre l’examen clinique et l’imagerie conventionnelle dans le cas d’un cancer diagnostiqué, INESSS, 2018 [5].
 

Atteinte multifocale

Mise en contexte : En combinaison avec la multicentricité, la multifocalité serait l’une des principales causes d’exérèse incomplète lors d’une chirurgie conservatrice du sein [42, 43]. Le diagnostic de multifocalité est important pour la prise en charge du cancer du sein, en particulier en ce qui concerne le choix de la chirurgie [44]. L'imagerie par résonance magnétique se révèle plus sensible que l’imagerie conventionnelle pour détecter la multifocalité [43, 45]. Le National Comprehensive Cancer Network [16] ainsi que l’American College of Radiology [46] indiquent que l’IRM préopératoire peut être utile pour déterminer l’étendue d’un cancer du sein et détecter la présence d’une atteinte multifocale. Cependant, en raison du taux élevé de faux positifs, l’IRM n’est probablement pas la technique de première ligne idéale pour diagnostiquer la multifocalité. Son rôle pour évaluer une tumeur multifocale préalablement détectée par l’imagerie conventionnelle (histologiquement prouvée ou non) est davantage intéressant.

En résumé

  • En ce qui concerne l'atteinte multifocale repérée à l’imagerie conventionnelle, l’IRM complémentaire confirme dans la plupart des cas la présence de la lésion multifocale, mais elle permet de l’exclure dans certains cas (3 cas d’exclusion sur un total de 21 cas rapportés dans 1 étude prospective et 1 rétrospective) [47, 48].
  • Chez des patientes qui ont les seins cliniquement denses chez qui on a suspecté une atteinte multifocale ou multicentrique selon l’imagerie conventionnelle, l’IRM a modifié la prise en charge chirurgicale dans 32 % des cas (1 étude rétrospective; n = 66) [41].
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM préopératoire sur les résultats cliniques (par exemple survie, récidives) des patientes qui présentent une atteinte multifocale selon l’imagerie conventionnelle.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Atteinte multifocale, INESSS, 2018 [6].

Carcinome lobulaire infiltrant

Mise en contexte : Le carcinome lobulaire infiltrant (CLI) est la deuxième forme la plus commune de tumeur maligne du sein après le carcinome canalaire infiltrant (CCI). Il compte pour environ 10 % de tous les cancers du sein infiltrants [49]. Le CLI est plus fréquemment multifocal [50], multicentrique et bilatéral que le CCI [51]. Les cellules cancéreuses du CLI croissent en file indienne au lieu de former une masse [49]. Par conséquent, il est non seulement plus difficile de détecter un CLI par mammographie, mais aussi beaucoup plus compliqué de déterminer avec exactitude son étendue [52]. L’IRM est plus efficace que la mammographie et l’échographie pour la stadification préopératoire et la détermination de l’étendue de la maladie. Elle permet aussi de détecter des lésions ipsilatérales ou controlatérales additionnelles, ce qui entraîne souvent des changements dans la prise en charge chirurgicale des patientes atteintes [53].

En résumé

  • L’IRM mammaire préopératoire permet de montrer, chez 15 % à 47 % des patientes atteintes d’un CLI, une lésion index significativement plus étendue qu’avec l’imagerie conventionnelle (3 études rétrospectives [n = 187]) [54, 55, 56].
  • L’IRM mammaire préopératoire permet de détecter, chez 11 % à 35 % des patientes atteintes d’un CLI, une nouvelle lésion maligne ipsilatérale occulte à l’imagerie conventionnelle (1 méta-analyse [n = 146], 1 étude prospective [n = 106] et 6 études rétrospectives [n = 432]) [54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61].
  • Chez les patientes atteintes d’un CLI, l’IRM mammaire préopératoire détecte dans 0 % à 9 % des cas une lésion controlatérale occulte à l’imagerie conventionnelle (1 méta-analyse [n = 206] et 4 études rétrospectives [n = 267]) [55, 56, 57, 60, 62].
  • La probabilité de découvrir une malignité additionnelle (ipsilatérale ou controlatérale) avec l’IRM est augmentée lorsque la tumeur index est un CLI plutôt qu’un autre type histologique (2 études rétrospectives [n = 1 476]) [59, 63].
  • Le nombre de CLI visibles et (ou) mesurables est plus important avec l’IRM qu’avec l’imagerie conventionnelle [41, 52, 62, 64]. À l’imagerie conventionnelle, la mesure de la taille d’un CLI, lorsque visible, est plus souvent différente de la taille observée par anatomopathologie comparativement à celle d’une tumeur non CLI, alors qu’à l’IRM cela ne semble pas être le cas [41].
  • Une étude prospective (n = 165) n’a pas trouvé que l’IRM avait davantage de valeur complémentaire pour la mesure de la taille tumorale des CLI par rapport aux non-CLI chez des patientes admissibles à une chirurgie conservatrice du sein [40].
  • L’IRM préopératoire induit un changement de prise en charge (justifié ou non) chez 20 % à 54 % des patientes atteintes d’un CLI (8 études primaires [n = 387] et 1 méta-analyse [n = 160]) [55, 56, 57, 60, 65, 66, 67, 68, 69].
  • Selon une méta-analyse (n = 160), une étude prospective (n = 44) et deux rétrospectives (n = 138), l’IRM préopératoire induit un changement de prise en charge justifié chez 20 % à 52 % des patientes atteintes d’un CLI, et un changement injustifié chez 0 % à 3 % d'entre elles [55, 57, 60, 68].
  • Parmi trois études (1 prospective [n = 119] et 2 rétrospectives [n = 1 078]), aucune n’a rapporté de différence statistiquement significative dans le taux de changement de prise en charge induit par l’IRM selon le type histologique [65, 67, 69].
  • Les patientes atteintes d’un CLI qui ont eu une IRM préopératoire sont, dans certaines études (1 méta-analyse [n = 766] et 2 études rétrospectives [n = 2 025]), plus susceptibles de subir une mastectomie primaire que celles qui n’ont pas eu d’IRM [54, 70, 71]. Cependant, l’IRM ne semble pas augmenter substantiellement le taux final de mastectomie (1 méta-analyse [n = 766] et 4 études rétrospectives [n = 2 843]) [54, 56, 70, 71, 72]. Il y a une faible preuve que l’IRM diminue le taux de réopération postchirurgie conservatrice du sein (1 étude rétrospective) [70], mais les résultats de trois autres études rétrospectives ne concordent pas avec ce résultat [54, 72, 73].
  • Une méta-analyse de données individuelles (n = 3 169) n’a pas permis de démontrer un effet différent de l’IRM sur la récidive locale selon le type histologique de la tumeur infiltrante [74]. Aucune autre étude sur les résultats cliniques à long terme des patientes atteintes d’un CLI n’a été repérée.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Carcinome lobulaire infiltrant, INESSS, 2018 [7].

Envahissement possible du muscle grand pectoral et de la paroi thoracique

Mise en contexte : L’évaluation de l’étendue des masses mammaires localisées postérieurement peut être difficile, tant à l’examen physique qu’à la mammographie, et elle peut être particulièrement compromise lorsque la tumeur est fixée au muscle sous-jacent ou que le sein est dense. Or, cette évaluation est importante, notamment pour la planification chirurgicale et pour la considération de la chimiothérapie néoadjuvante [75].

Si la tumeur s’étend jusqu’au muscle grand pectoral ou qu’elle l’envahit superficiellement, une partie du muscle sera retirée pour obtenir une marge postérieure négative. Si une large portion du muscle grand pectoral est envahie, la mastectomie radicale est nécessaire. Si l’extension de la tumeur atteint la paroi thoracique (côtes, muscles intercostaux, muscle dentelé antérieur), l'état de la patiente peut nécessiter une chimiothérapie et (ou) une radiothérapie néoadjuvante et une résection de la paroi thoracique [75]. Il est donc essentiel de bien évaluer l’étendue de la maladie de sorte que les traitements appropriés soient prodigués.

À cet égard, la performance de l’IRM pourrait être supérieure à celle de la mammographie, puisqu’elle a l’avantage de mieux définir les détails anatomiques et de produire des images sur plusieurs plans et des vues de la paroi thoracique. Elle est également capable de différencier les muscles de la paroi et de déterminer si la tumeur envahit seulement le muscle grand pectoral ou si elle touche le muscle dentelé et les muscles intercostaux [75]. Non seulement cette distinction est importante pour la planification de traitement, mais aussi pour la stadification.

En résumé

  • La preuve de la valeur diagnostique de l’IRM pour détecter un envahissement du muscle pectoral repose sur 2 études prospectives. L’une d’elles inclut seulement 19 patientes présentant une tumeur mammaire située postérieurement et soupçonnée d’envahir le muscle grand pectoral, mais elle est de bonne qualité méthodologique [75]. L’autre étude, dont l'échantillon est de plus grande taille (n = 299), porte sur une population difficile à définir [76].
  • Dans les 2 études disponibles [75, 76], la sensibilité de l’IRM pour la détection d’un envahissement du muscle pectoral est excellente (100 %; 10 envahissements confirmés au total) ainsi que la valeur prédictive négative (100 %).
  • Des résultats faux positifs ont cependant été rapportés (2 sur un total de 12 IRM positives) [75, 76], mais leur proportion pourrait diminuer si l’IRM était faite exclusivement chez des patientes dont la tumeur est suspectée d’envahir le muscle pectoral d'après la mammographie ou l’examen physique.
  • Aucune étude ne semble avoir comparé directement la performance diagnostique de la mammographie et (ou) de l’échographie à celle de l’IRM pour la détection de l’envahissement du muscle pectoral. Par contre, une étude suggère une évaluation plus exacte, par IRM, de l’étendue des tumeurs postérieures [75].
  • La modification de la prise en charge des patientes résultant de l’évaluation par IRM de l’envahissement du muscle pectoral n’est pas bien démontrée dans les études disponibles.
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM mammaire sur les résultats cliniques (survie, récidives) des patientes atteintes d’un cancer du sein suspecté d’envahissement des muscles de la paroi thoracique ou du muscle grand pectoral.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Envahissement possible du muscle grand pectoral et de la paroi thoracique, INESSS, 2018 [8].

Planification d’une réexérèse à la suite de l’obtention de marges chirurgicales positives


Mise en contexte : Chez les patientes atteintes d’un cancer du sein traitées par chirurgie conservatrice du sein, la présence de marges chirurgicales positives (tumeur résiduelle) signifie un risque accru de récidive locale en dépit de l’utilisation d’une radiothérapie adjuvante [77, 78, 79, 80]. Généralement, ces patientes doivent subir une nouvelle intervention chirurgicale dans le but d’obtenir des marges saines [16]. Il peut s’agir d’une chirurgie conservatrice du sein, dans la mesure où l’atteinte de cet objectif est possible. Autrement, une mastectomie devra être pratiquée.

Dans un contexte de marges chirurgicales positives ou serrées, l’IRM a été proposée comme outil d’appoint pour planifier le nouveau traitement chirurgical. Cette forme d'imagerie pourrait signaler la présence et indiquer l’étendue de la tumeur résiduelle, et elle révèlerait également des foyers additionnels de cancer occultes à l’examen clinique ou à la mammographie, qui pourraient requérir une mastectomie [81, 82].

En résumé

  • Quatre études rétrospectives [82, 83, 84, 85] traitent de la performance diagnostique de l’IRM mammaire pour la détection d’une tumeur résiduelle lorsqu'une biopsie-exérèse ou une tumorectomie révèle la présence de marges positives :
    • L’IRM est relativement peu fiable pour distinguer la présence ou non d’une tumeur résiduelle dans la cavité d’une exérèse initiale [82, 83, 84, 85].
      • L’IRM détecte de 54 % à 89 % des tumeurs résiduelles présentes dans la cavité d’une exérèse initiale.
      • La valeur prédictive d’un résultat d’IRM négatif (VPN) varie de 55 % à 69 %.
    • L’IRM permet de détecter des lésions malignes additionnelles distinctes du site de l’exérèse initiale chez environ 7 % à 9 % des patientes [82, 84].
    • La détection de lésions additionnelles suspectes distinctes du site de l’exérèse initiale entraîne, chez environ 15 % à 17 % des patientes, des procédures diagnostiques additionnelles dans le sein ipsilatéral. De 43 % à 67 % de ces lésions suspectes s’avèrent toutefois bénignes, d’où l’importance de procéder à une biopsie avant de modifier la prise en charge de la patiente [82, 84].
  • Deux études rétrospectives ont montré que l’IRM peut entraîner la modification de la prise en charge chirurgicale des patientes, notamment en détectant une tumeur résiduelle multifocale ou multicentrique insoupçonnée [82, 84].
  • Bien que l’utilisation de l’IRM avant une réexérèse puisse entraîner des changements dans la prise en charge des patientes, son effet global sur les résultats cliniques de ces patientes demeure incertain (non étudié).

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Planification d’une réexérèse à la suite de l’obtention de marges chirurgicales positives, INESSS, 2018 [9].

Patientes qui reçoivent une chimiothérapie néoadjuvante

Mise en contexte : Afin de déterminer quelles sont les patientes devenues admissibles à la chirurgie conservatrice du sein après une chimiothérapie (CT) néoadjuvante, on utilise fréquemment l’examen clinique, la mammographie et (ou) l’échographie. Toutefois, ces modalités d’imagerie anatomique différencient parfois difficilement la fibrose des tumeurs résiduelles [86, 87]. L’IRM a donc été proposée afin de détecter plus facilement la présence d’une tumeur résiduelle (absence de réponse complète) et de mesurer plus précisément son étendue [88, 89]. Cette estimation pourrait guider la décision quant à savoir si une chirurgie conservatrice du sein peut être tentée et aider à la planification du volume de résection pour atteindre des marges chirurgicales saines lorsqu’une chirurgie conservatrice du sein est envisagée [89].

En résumé
Performance diagnostique de l’IRM pour distinguer la présence d’une tumeur résiduelle d’une réponse complète histologique (pRC) après une CT néoadjuvante

  • L’IRM détecte la grande majorité des tumeurs résiduelles présentes après une CT néoadjuvante [88].
  • Lorsqu’une IRM indique la présence d’une tumeur résiduelle après une CT néoadjuvante, il y a dans la grande majorité des cas une tumeur résiduelle visible à l’examen anatomopathologique [88].
  • L’IRM a une capacité relativement faible pour repérer les patientes qui obtiennent une réponse histologique complète (pRC). La réponse au traitement est souvent sous-estimée chez ces patientes [88, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100].
  • Lorsque l’IRM montre une réponse tumorale complète (iRC), c’est-à-dire l’absence de tumeur résiduelle après une CT néoadjuvante, il s’agit dans plus du tiers des cas d’une surestimation de la réponse au traitement (faux négatifs) [88, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100].
  • Certaines études laissent croire que le sous-type moléculaire du cancer influe sur la capacité de l’IRM à distinguer correctement une tumeur résiduelle d’une pRC [91, 92, 94, 95, 96, 97, 100, 101, 102]. L’examen pourrait performer mieux chez les patientes qui ont une tumeur de sous-type triple négatif ou HER2-enrichi (non luminal) [92, 94, 95].

Capacité de l’IRM à mesurer avec précision la taille d’une tumeur résiduelle

  • D’après une revue systématique [103], il n’y a pas de biais systématique associé à la mesure de la taille de la tumeur résiduelle par l’IRM, c’est-à-dire qu’elle n’aurait pas plus tendance à sous-estimer ou à surestimer la taille. Néanmoins, la sous-estimation et la surestimation de la taille anatomopathologique surviennent et les limites d’agrément entre l’IRM et l’anatomopathologie (± 3,8 cm) montrent des écarts qui peuvent être cliniquement importants.
  • Des données laissent croire que la mesure de l’IRM serait plus discordante par rapport à celle de l’anatomopathologie dans les cas de tumeurs luminales (RH+) et dans les cas de rehaussements tumoraux de morphologie non masse [91, 97, 100, 101, 102].

Comparaison de l’IRM avec la mammographie

  • Selon une revue systématique [88], il y a une bonne preuve que la mammographie est moins exacte que l’IRM pour distinguer une tumeur résiduelle d’une pRC.

Comparaison de l’IRM avec l’échographie

  • Il n’est pas clairement établi que l’IRM est supérieure à l’échographie pour l’évaluation de la réponse tumorale après une CT néoadjuvante [88, 99, 100, 103, 104].

Effet de l’IRM sur la prise en charge et les résultats cliniques des patientes

  • Il n'y a pas suffisamment de preuves pour conclure que l'IRM améliore la sélection des patientes en vue de la chirurgie conservatrice du sein après une CT néoadjuvante [105, 106, 107].
  • L’effet de l’utilisation de l’IRM post-CT sur les résultats cliniques des patientes ne semble pas avoir été étudié.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Patientes qui reçoivent une chimiothérapie néoadjuvante, INESSS, 2018 [10].

Seins denses

Mise en contexte : La mammographie constitue l’examen de routine pour établir le diagnostic et la stadification locale des cancers du sein. Cependant, il est bien reconnu que la sensibilité de la mammographie diminue avec l’augmentation de la densité mammaire [108, 109]. Contrairement au sein graisseux, le sein dense a une forte composante fibroglandulaire radio-opaque qui rend certaines lésions difficiles à repérer sur les clichés mammographiques. L’échographie devient alors incontournable pour préciser l’analyse des lésions [110]. Dans le cas des cancers détectés dans des seins denses, une IRM complémentaire pourrait s’avérer utile pour détecter des foyers malins additionnels (foyers multifocaux, multicentriques ou controlatéraux) [108], ce qui améliorerait potentiellement la planification chirurgicale pour les patientes admissibles à la chirurgie conservatrice du sein [111].

En résumé

  • Chez les patientes qui ont les seins denses, l’IRM préopératoire a permis de découvrir des lésions malignes additionnelles ou plus étendues occultes à l’imagerie conventionnelle dans environ 6 % à 40 % des cas (8 études dont 2 prospectives) [58, 59, 63, 112, 113, 114, 115, 116]. Cette proportion est fonction des examens préalables, de la sélection des patientes pour l’IRM et de la définition d’une tumeur additionnelle.
  • Chez les patientes qui ont les seins denses, l’IRM préopératoire :
    • induit un changement de prise en charge (justifié ou injustifié) dans environ 32 % à 46 % des cas (1 étude prospective [n = 119] et 3 rétrospectives [n = 807]) [48, 65, 69, 116];
    • induit un changement de prise en charge justifié dans 29 % à 32 % des cas et induit un changement de prise en charge injustifié dans 11 % à 12 % des cas (1 étude prospective [n = 119] et 1 rétrospective [n = 65]) [48, 69].
  • L’IRM induit plus fréquemment un changement de prise en charge chez les patientes qui ont les seins denses que chez les patientes dont les seins sont non denses lorsqu’elle est utilisée de routine après une mammographie seule (1 étude rétrospective [n = 582]) [116].
  • Il ne semble pas y avoir de preuve de l’effet de l’IRM préopératoire sur les résultats cliniques (survie, récidives) des patientes qui ont les seins denses.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Seins denses, INESSS, 2018 [11].

Jeune âge au diagnostic

Mise en contexte : Environ 7 % de tous les cancers du sein sont diagnostiqués avant l'âge de 40 ans, et moins de 4 % des cas féminins sont diagnostiqués avant l'âge de 35 ans [117]. Une jeune femme âgée de moins de 35 ans présente habituellement un risque plus élevé de récidive et un pronostic global moins favorable qu’une femme plus âgée et postménopausée. Chez la jeune femme, le cancer du sein a tendance à être plus agressif, de plus haut grade et plus avancé au moment du diagnostic [118].

De plus, les seins des jeunes femmes sont souvent plus denses que ceux des femmes plus âgées, ce qui amène des difficultés diagnostiques à la mammographie [119, 120]. L’échographie est rapportée comme étant un examen diagnostique plus sensible que la mammographie chez les patientes âgées de moins de 45 ans [121] ou qui ont les seins denses [122]. Il a été proposé que l’imagerie par résonance magnétique est plus sensible que l’imagerie conventionnelle pour détecter les cancers multifocaux et multicentriques et les cancers controlatéraux [45, 123, 124, 125].

En résumé

  • Chez 6 % à 31 % des patientes atteintes d’un cancer du sein âgées de moins de 50 ans, l’IRM préopératoire de routine permet de détecter des lésions malignes additionnelles (ipsilatérales ou controlatérales) ou une tumeur index plus étendue [63, 112, 113, 114].
  • Cinq études (2 prospectives [n = 801] et 3 rétrospectives [n = 1 252]) rapportent des résultats contradictoires quant à l’effet de l’âge sur la probabilité de découvrir avec l’IRM un cancer additionnel occulte à l’imagerie conventionnelle [58, 63, 112, 113, 114]. Néanmoins, les 2 études prospectives disponibles indiquent une probabilité accrue (mais significative dans 1 seule étude) chez les patientes de moins de 50 ans comparativement aux plus âgées.
  • L’IRM induit un changement de prise en charge chez 29 % et 30 % des patientes âgées de moins de 50 ans (2 études rétrospectives [n = 239]) [65, 126] et chez 36 % des patientes âgées de moins de 40 ans (1 étude rétrospective [n = 98]) [117]. Il n’y a pas de preuve que ces proportions sont significativement plus élevées que celles observées chez les patientes plus âgées.
  • Chez les patientes âgées de moins de 56 ans, l’IRM préopératoire ne modifie pas le taux de mastectomie finale (ECR POMB [n = 440]) [127]. Chez les plus jeunes patientes (< 40 ans), une augmentation du taux de mastectomie finale a été rapportée par une étude rétrospective (n = 246) et démentie par une autre étude (multicentrique, n = 197) [72, 128].
  • Il y a des résultats contradictoires quant à l’effet de l’IRM sur le taux de réopération des patientes plus jeunes :
    • Selon 1 ECR (POMB, n = 440), l’IRM diminue le taux de réopération chez les patientes de moins de 56 ans initialement admissibles à une chirurgie conservatrice du sein (n = 285) [127];
    • Selon 1 ECR (COMICE, n = 1 623) mené chez des patientes initialement admissibles à une chirurgie conservatrice du sein, l’absence d’effet de l’IRM sur le taux de réopération ne change pas selon leur âge (< 50 ans contre ≥ 50 ans) [129];
    • Les patientes de 40 ans et moins qui ont eu une IRM ne sont pas moins souvent réopérées après une chirurgie conservatrice du sein que les patientes qui n’ont pas eu d’IRM (1 étude rétrospective [n = 116]) [72].
  • Une méta-analyse (n = 3 169) de quatre études dont un ECR (COMICE) a rapporté que l’âge de la patiente ne modifie pas l’effet de l’IRM sur la survie sans récidive locale à 8 ans [74].

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Jeune âge au diagnostic, INESSS, 2018 [12].

Cancer HER2 positif

Mise en contexte : Un cancer de statut HER2 positif est associé à des caractéristiques tumorales plus agressives et à un pronostic plus sombre [130, 131]. De plus, l’atteinte multifocale ou multicentrique est plus commune parmi ces cancers que parmi ceux dont le statut est HER2 négatif [132, 133]. La sensibilité de l’IRM pour la détection d’une atteinte multifocale et multicentrique est plus élevée que celle de l’imagerie conventionnelle [134]. Pour cette raison, il a été proposé que l’effet de l’IRM préopératoire sur la prise en charge chirurgicale serait optimisé si elle était réalisée chez les patientes de statut HER2 positif [132, 133]. En effet, la découverte d’une atteinte multifocale ou multicentrique compromet souvent la chirurgie conservatrice du sein.

En résumé

  • Selon une étude rétrospective (n = 1 102) et une étude prospective (n = 685), l’IRM détecte des lésions ipsilatérales malignes additionnelles (occultes à l’imagerie conventionnelle) dans 22 % et 23 % des cas de cancer HER2 positif, respectivement [58, 59].
  • La proportion de patientes chez qui l’IRM fait une découverte maligne additionnelle (ipsilatérale ou controlatérale) ne diffère pas selon le statut HER2 (2 études rétrospectives et 1 prospective) [58, 59, 114].
  • Selon deux études rétrospectives (n = 1 078), la probabilité qu’une IRM préopératoire induise un changement de prise en charge n’est pas plus élevée chez les patientes atteintes d’un cancer HER2 positif que chez celles atteintes d’un cancer HER2 négatif [65, 67].
  • Il ne semble pas y avoir de preuves que l’IRM préopératoire améliore les résultats cliniques à long terme (récidives, survie) des patientes atteintes d’un cancer HER2 positif.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Cancer HER2 positif, INESSS, 2018 [13].

Cancer triple négatif

Mise en contexte : Le cancer triple négatif présente souvent des caractéristiques bénignes ou indéterminées à l'imagerie par mammographie et échographie [135, 136], ce qui souligne le besoin d’outils d’imagerie additionnels facilitant le diagnostic précoce [135]. Il a été proposé que l’IRM mammaire pourrait être la modalité d'imagerie la plus précise pour le diagnostic du cancer du sein triple négatif, car elle montre des caractéristiques de tumeurs malignes qui peuvent ne pas être repérées en utilisant la mammographie ou l'échographie [137].

En résumé

  • La valeur diagnostique ajoutée de l’IRM préopératoire par rapport à l’imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie) n’est pas clairement établie dans la littérature concernant les patientes atteintes d’un cancer triple négatif :
    • Selon une petite étude rétrospective (n = 41 cas de cancer triple négatif), l’IRM bilatérale a permis de repérer plus de lésions malignes additionnelles (ipsilatérales et controlatérales) que la mammographie bilatérale [134]. Toutefois, la différence de sensibilité entre l’IRM bilatérale et l’échographie bilatérale n’est pas statistiquement significative.
    • Selon une très petite étude rétrospective (n = 12 cas de cancer triple négatif), l’IRM n’a pas repéré de tumeur multifocale ou multicentrique non détectée par l'imagerie conventionnelle (mammographie plus échographie) [138].
  • Selon une étude rétrospective (n = 93 cas de cancer triple négatif parmi 918 patientes), l’IRM génère plus souvent des changements dans la prise en charge chirurgicale des patientes atteintes d’un cancer triple négatif comparativement aux patientes atteintes d’un autre sous-type de cancer du sein [67].
  • Selon une étude de cohorte rétrospective qui a porté sur près de 400 patientes atteintes d’un cancer triple négatif, l’absence d’IRM préopératoire est associée à un risque de récidive plus élevé [139]. Cette étude comporte toutefois certaines limites méthodologiques.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Cancer triple négatif, INESSS, 2018 [14].

Références
1.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Méthode. Avis régidé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Methode.pdf.

2.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Adénopathie axillaire sans tumeur primitive repérée à l’imagerie mammaire conventionnelle. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Adenopathie-axillaire.pdf.

3.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Bilan précédant une mastectomie prophylactique. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Bilan-precedent-mastectomie-prophylactique.pdf.

4.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Maladie de Paget du mamelon. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Maladie-de-Paget_du-mamelon.pdf.

5.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Résultats discordants entre la mammographie et l’échographie ou entre l’examen clinique et l’imagerie conventionnelle dans le cas d’un cancer diagnostiqué. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Resultats-discordants-mamographie-echographie.pdf.

6.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Atteinte multifocale. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Atteinte-multifocale.pdf.

7.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Carcinome lobulaire infiltrant. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Carcinome-lobulaire-infiltrant.pdf.

8.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Envahissement possible du muscle grand pectoral et de la paroi thoracique. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Envahissement-possible-muscle-grand_pectoral-paroi-thoracique.pdf.

9.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Planification d’une réexérèse à la suite de l’obtention de marges chirurgicales positives. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Planification-reexerese-suite-obtention-de-marges-chirurgicales-positives.pdf.

10.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Patientes qui reçoivent une chimiothérapie néoadjuvante. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Patientes-qui-recoivent-une-chimioth%C3%A9rapie-neoadjuvante.pdf.

11.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Seins denses. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Seins-denses.pdf.

12.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Principales indications de l’IRM mammaire dans le contexte de l’investigation et de la planification du traitement du cancer du sein – Jeune âge au diagnostic. Avis rédigé par Cathy Gosselin. Québec, Qc : INESSS; 2018. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/IRM_sein/INESSS_IRM-Jeune-age-au-diagnostic.pdf.

13.

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3.3.1.4 Évaluation axillaire

L’échographie axillaire est recommandée pour les patientes pour qui un traitement systémique néoadjuvant est envisagé ainsi que pour celles qui présentent une tumeur de stade T3-4 ou un ganglion axillaire palpable.

Pour les patientes présentant un cancer du sein infiltrant de stade cT1-2, l’évaluation de l’aisselle par échographie axillaire d’emblée n’est pas nécessaire, mais représente une option. Si l’échographie décèle un ganglion anormal, une biopsie devrait être faite. Si des métastases sont détectées dans le ganglion biopsié, la conduite à adopter est controversée. Certains chirurgiens considèrent qu’il faut procéder à un curage axillaire, même si l’atteinte n’est pas palpable. D’autres pensent que le critère de non palpabilité rend les patientes admissibles à une prise en charge selon les études ACOSOG Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS. L’étude de Morrow et coll. (2017) appuie cette dernière option (détails ci-dessous; [1]).

Enjeux de l’échographie axillaire chez les cas de stade cT1-2N0

Chez les patientes atteintes d’une maladie de stade cT1-2N0, les études ACOSOG Z0011 (appelée Z0011 par la suite), IBCSG 23-01 et AMAROS ont montré qu’en présence d’une atteinte axillaire décelée à l’examen du ganglion sentinelle, le curage axillaire pouvait être évité sans compromettre la survie ou le contrôle de la maladie, sous certaines conditions (études présentées et discutées dans la section Exérèse du ganglion sentinelle : présence de métastases) [2, 3, 45]. Dans ces études, le critère d’admissibilité préopératoire concernant l’aisselle était l’absence d’une atteinte à l’examen clinique (palpation). La pertinence de l’échographie axillaire à l’évaluation préopératoire est donc remise en question dans ce contexte (rencontre de consensus).

L’enjeu en ce qui concerne l’échographie axillaire chez ces patientes est qu’en y ayant recours, on introduit un paramètre de décision qui n’était pas prévu aux protocoles des études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS. Cela fait en sorte que, lorsqu’une atteinte axillaire non palpable est découverte à l’échographie, et confirmée comme maligne à la biopsie, la plupart des chirurgiens consultés sont d’avis qu’il faut procéder à un curage axillaire, même si plusieurs d’entre eux conviennent que cette procédure est probablement inutile pour une certaine proportion des patientes. Cette position ne fait toutefois pas l’unanimité car pour d’autres, il faut adhérer de façon stricte aux critères d’admissibilité de l’étude de référence, qui est, en l’occurrence, de baser la décision sur la palpabilité. Il faut aussi ajouter qu’au Québec, dans plusieurs centres, le résultat d’échographie axillaire est déjà disponible lors de la première consultation avec le chirurgien. Le statut axillaire étant un élément important à considérer pour la prise de décision concernant l’administration d’une thérapie néoadjuvante, la disponibilité du résultat d’échographie lors de la première visite permet au chirurgien d’avoir tout en main pour prendre la décision sans que la patiente doive être revue en radiologie.

Protocole de Z0011 sans tenir compte de l’imagerie axillaire

D’un point de vue méthodologique strict, il n’y a pas lieu de considérer des critères non prévus aux protocoles des études Z0011, IBCSG 23-01 ou AMAROS pour décider si une patiente peut être prise en charge en fonction de ces études. En d’autres mots, les résultats d’échographie axillaire pourraient en principe être ignorés, et il n’y aurait aucune raison de penser que les patientes admises uniquement en fonction du critère de palpabilité aient globalement un fardeau axillaire plus important que celles qui ont participé aux études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS.

Dans une étude prospective publiée récemment (2017), Morrow et coll. rapportent les résultats d’une cohorte de patientes admissibles à l’étude Z0011 qui ont été traitées au Memorial Sloan Kettering Cancer Center sans tenir compte de l’imagerie axillaire, sauf dans certaines exceptions (n = 793) [1]. Dans ce centre, l’imagerie de l’aisselle n’était pas réalisée de routine, mais des résultats étaient parfois disponibles pour les femmes référées de l’extérieur. Lorsque des résultats d’imagerie axillaire étaient disponibles et qu’une atteinte était décelée, mais non palpable, la conduite était la suivante ([1]; communication personnelle) :

  • En présence de 1-2 ganglions axillaires anormaux à l’imagerie, une exérèse du ganglion sentinelle était réalisée et les critères de Z0011 étaient appliqués.
  • En présence de 1-2 ganglions axillaires anormaux à l’imagerie et d’un résultat de biopsie à l’aiguille positif (déjà disponible), une exérèse du ganglion sentinelle était réalisée et les critères de Z0011 étaient appliqués.
  • En présence de ≥ 3 ganglions axillaires anormaux à l’imagerie, une biopsie à l’aiguille du ganglion le plus suspect était effectuée. Si le résultat était négatif, une exérèse du ganglion sentinelle était réalisée et les critères de Z0011 étaient appliqués. Si le résultat était positif, un curage axillaire était fait d’emblée.

Le nombre exact de patientes pour qui une échographie axillaire était disponible ainsi que la proportion qui présentait ≥ 1 ganglion anormal n’ont pas été rapportés. Toutefois, la cohorte de Morrow et coll. incluait 242 patientes qui ont fait l’objet d’une publication antérieure; 25 % d’entre elles avaient ≥ 1 ganglion anormal à l’échographie (n = 61) [6]. Dans ce groupe de patientes (n = 242), 70 % avaient pu éviter le curage axillaire selon les critères de Z0011.

Le temps de suivi médian a été de 29 mois. Chez les patientes qui ont eu une exérèse du ganglion sentinelle sans curage axillaire (n = 663; 84 % de la cohorte totale), le taux de survie sans événement à 5 ans a été de 93 %. Aucune patiente n’a eu une récidive ganglionnaire isolée, 4 ont eu une récidive à la fois au sein et ganglionnaire (3 n’avaient pas reçu de radiothérapie) et 4, une récidive à la fois ganglionnaire et à distance (localisation axillaire : 1 patiente). Le taux de récidive ganglionnaire total a été de 1,2 % (8/663). Aucune récidive ganglionnaire n’est survenue chez les femmes qui ont eu un curage axillaire. Le taux de récidive ganglionnaire à 5 ans de la cohorte totale a été de 1,4 %. À titre de comparaison, le taux de récidive régionale à 5 ans du groupe exérèse du ganglion sentinelle de Z0011 a été de 1,1 %, et le taux de récidive axillaire à 5 ans du groupe radiothérapie axillaire d’AMAROS a été de 1,19 % [2], [4]. Il est à noter que parmi les patientes pour qui les champs de radiothérapie étaient connus (n = 484), 21 % ont reçu une radiothérapie régionale (inclusion des ganglions de niveau III et supraclaviculaires, avec ou sans la chaîne mammaire interne), un taux similaire à celui observé dans l’étude Z0011 (19 %) [1, 7]. Bien qu’une plus grande proportion de ces patientes présentaient des facteurs de mauvais pronostic, les auteurs soulignent que celles traitées sans radiothérapie régionale ne représentaient pas un groupe uniquement composé de femmes avec pronostic favorable (environ la moitié des femmes présentaient un envahissement lymphovasculaire et 45 %, un envahissement extracapsulaire microscopique à l’examen des ganglions sentinelles).

Les forces de cette étude sont le devis prospectif, le grand nombre de patientes et le fait que la vraisemblance des résultats puisse être évaluée puisqu’elle se veut une étude de validation de Z0011. Elle présente toutefois certaines limites pour l’interprétation. D’une part, ces données proviennent d’un seul centre à grand volume chirurgical, qui est globalement peu représentatif de l’ensemble des centres québécois. En revanche, les résultats obtenus sont relativement similaires à ceux de l’étude Z0011, qui était multicentrique. D’autre part, le suivi médian est de 29 mois, ce qui est relativement court. Cependant, dans l’étude Z0011, bien que le délai médian avant la récidive régionale ait été de 48 mois, seulement 7 événements régionaux ont été observés au total dans les deux groupes après près de 10 ans de suivi médian [4]. Aucune donnée de survie globale n’est disponible pour le moment.

Fardeau axillaire pathologique chez les patientes présentant une lésion axillaire à l’échographie, mais non palpable

La littérature rapportant une association entre le statut axillaire préopératoire et le fardeau pathologique après curage a été examinée afin d’évaluer si les patientes présentant une lésion axillaire à l’échographie sont nécessairement atteintes d’un fardeau axillaire plus important que celui des femmes admises dans les études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS.

Douze études rétrospectives rapportant le bilan pathologique des atteintes axillaires en fonction des résultats de l’échographie, de la biopsie et de l’examen des ganglions sentinelles ont été répertoriées. Les détails de chaque étude sont rapportés dans le premier tableau qui suit, et le deuxième tableau ci-dessous présente un sommaire de l’ensemble des résultats. Les résultats de l’étude Z0011 sont ajoutés dans les tableaux comme référence car plusieurs des études retenues ont rapporté leurs résultats en fonction des critères d’admissibilité de cette étude (première ligne des tableaux, en bleu).

Les résultats de ces études indiquent qu’une cohorte composée uniquement de patientes dont l’échographie est négative a un fardeau axillaire globalement plus favorable que celui des patientes de l’étude Z0011 (tableau ci-dessous; ≤ 2 gg atteints : 95 % à 99 % contre 79 %; ≤ 3 gg atteints : 98 % contre 86 %) [8, 9, 10, 11]. En contrepartie, une cohorte composée uniquement de patientes dont l’échographie et la biopsie sont positives a un fardeau axillaire globalement plus important que celles de l’étude Z0011 (≤ 2 gg atteints : 37 % à 54 % contre 79 %; ≤ 3 gg atteints : 29 % à 65 % contre 86 %) [8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18]. Si l’on choisit le critère pathologique de ≤ 2 ganglions atteints pour considérer le fardeau axillaire similaire ou inférieur à celui des femmes admises dans Z0011, ces derniers résultats suggèrent qu’environ 35 % à 55 % des patientes présentant une atteinte axillaire soupçonnée à l’échographie et confirmée à la biopsie, mais non palpable, pourraient bénéficier d’une prise en charge selon Z0011. Par contre, la question à laquelle ces études ne répondent pas est à savoir si l’examen des ganglions sentinelles chez ces patientes aurait permis de bien repérer celles pour qui le curage axillaire était la meilleure option. À cet égard, les résultats de Morrow et coll. suggèrent une réponse affirmative à cette question (voir section Protocole de Z0011 sans tenir compte de l’imagerie axillaire; [1]).

Par ailleurs, il importe de garder en tête que les comparaisons faites entre les études dans cette sous-section sont indirectes. Aussi, certaines des patientes présentant un faible fardeau axillaire (≤ 2 ganglions atteints) pourraient tout de même ne pas avoir été admissibles à l’omission du curage axillaire en raison de la présence d’un envahissement extracapsulaire macroscopique, de ganglions fixés ou de la décision de procéder à une mastectomie (ces détails n’étaient pas toujours disponibles dans les études).

Bilan pathologique des atteintes axillaires en fonction des résultats de l’échographie, de la biopsie et de l’examen du ganglion sentinelle obtenus chez des patientes atteintes d’une tumeur de stade cT1-2

Étude1

Caractéristiques de l’aisselle des ptes incluses

Atteinte ganglionnaire axillaire à la pathologie

 

Palpation

US

Bx

ggS

≤ 2 gg

> 2

≤ 3

> 3 gg

 

Giuliano et coll. 2011 et 2016 [4, 5]
ACOSOG Z0011
Groupe curage axillaire
n = 343

[-]

nd

nd

s. o.2

79 %

21 %

86 %

14 %

 

Zhu et coll. 2016 [8]
n = 176

[-] 

[-]

s. o.3

[+ et -]

99 %

1,1 %

---

---

 

Moorman et coll. 2014 [9]
n = 879

[-] 

[-]

s. o.3

[+ et -]

96 %

4,2 %

---

---

 

Kramer et coll. 2016 [10]
n = 1 548

[-]

[-]

s. o.3

[+ et -]

95 %

5,1 %

---

---

 

Schipper et coll. 2013 [11] 
n = 266 aisselles

[-]

[-]

s. o.3

[+ et -]

---

---

98 %

2,3 %

 

Dihge et coll. 2016 [14]4

n = 125

[+ et -]

[-]

s. o.3

[+]

--- 

 ---

86 %

14 %

 

Zhu et coll. 2016 [8]
n = 151

[-]

[+]

[-]

[+ et -]

91 %

8,6 %

---

---

 

Kramer et coll. 2016 [10]
n = 347

[-]

[+]

[-]

[+ et -]

88 %

12 %

---

---

 

Caudle et coll. 2014 [13]
n = 518

nd

[+ et -]

[-]

[+]

81 %

19 %

89 %

11 %

 

Verheuvel et coll. 2016 [18]
n = 582

[-]

[+ et -]

[-]

[+]

75 %

25 %

--- 

--- 

 

Castellano et coll. 20144 [12]
n = 278

nd

[+ et -]

[-]

[+]

---

---

79 %

21 %

 

Pilewskie et coll. 2016 [19]
n = 141

[-]

[+]

[+]

s. o.2

47 %

53 %

---

---

 

Zhu et coll. 2016 [8]
n = 118

[-]

[+]

[+]

s. o.2

40 %

60 %

---

---

 

Kramer et coll. 2016 [10]
n = 178

[-]

[+]

[+]

s. o.2

44 %

56 %

---

---

 

Farrell et coll. 2015 [15]
n = 32

[-]

[+]

[+]

s. o.2

37 %

63 %

---

---

 

Reyna et coll. 2015 [17]
n = 14

[-]

[+]

[+]

s. o.2

---

---

29 %

71 %

 

Verheuvel et coll. 2016 [18]
n = 291

nd

[+]

[+]

s. o.2

54 %

46 %

---

---

 

Hieken et coll. 2013 [16]
n = 78

nd

[+]

[+]

s. o.2

50 %

50 %

---

---

 

Schipper et coll. 2013 [11]
n = 12

nd

[+]

[+]

s. o.2

---

---

50 %

50 %

 

Castellano et coll. 20143 [12]
n = 87

nd

[+]

[+]

s. o.2

---

---

37 %

63 %

 

Caudle et coll. 2014 [13]
n = 190

[+ et -]

[+]

[+]

s. o.2

52 %

48 %

65 %

35 %

 

Dihge et coll. 2016 [14]4
n = 24

[+ et -]

[+]

[+]

s. o.2

---

---

46 %

54 %

 

bx : biopsie; gg : ganglion; nd : non disponible; n. é. : non évalué; s. o. : sans objet; ptes : patientes.
1. Pour être retenues, les études devaient rapporter des résultats d’au moins 10 patientes.
2. Un curage axillaire était effectué d’emblée.
3. Aucune biopsie n’était effectuée lorsque l’échographie était négative.
4. Des patientes atteintes d’une tumeur de stade > cT2 étaient incluses, mais représente ≤ 1 % de la cohorte totale.
Les zones grises et blanches séparent les groupes avec des caractéristiques similaires.
Résultats en bleu : étude de référence Z0011.

Bilan pathologique des atteintes axillaires en fonction des résultats de l’échographie, de la biopsie et de l’examen du ganglion sentinelle obtenus chez des patientes atteintes d’une tumeur de stade cT1-2 : sommaire des résultats obtenus à partir du tableau précédent

Échographie

Biopsie

ggS

≤ 2 gg [+] à la pathologie

≤ 3 gg [+] à la pathologie

Références

s. o.

s. o.

≤ 2 ggS [+]

79 %

86 %

Z0011 [4, 5]

[-]

s. o.1

[+ et -]

95-99 %

98 %

[8, 9, 10, 11]

[+]

[-]

[+ et -]

88-91 %

nd

[8, 10]

[+ et -]

[-]

[+]

75-81 %

79-89 %

[13, 18]

[+]

[+]

s. o.2

37-54 %

29-65 %

[8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]

En fonction des résultats préopératoires seulement

[-]

s. o.1

 

95-99 %

98 %

[8, 9, 10, 11]

[+ et -]

[-]

 

75-91 %

79-89 %

[8, 9, 10, 12, 13, 18]

[+]

[+]

 

37-54 %

29-65 %

[8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]

gg : ganglion; ggS : ganglion sentinelle; nd : non disponible; s. o. : sans objet.
1. Aucune biopsie n’était effectuée lorsque l’échographie était négative.
2. Un curage axillaire était effectué d’emblée.
Résultats en bleu : étude de référence Z0011.

Stratégie de marquage des ganglions atteints

Comme il est observé dans les études présentées ci-dessus (tableau), au moins 45 % des patientes chez qui une atteinte axillaire est découverte par échographie/biopsie, mais non palpable, pourraient avoir un fardeau axillaire plus important que celui des patientes admises dans l’étude Z0011. L’étude de Morrow et coll. suggère que ces patientes auraient été dirigées vers le curage axillaire sur la base de l’examen des ganglions sentinelles, ou que le fardeau résiduel aurait été rattrapé par les traitements adjuvants (voir section Protocole de Z0011 sans tenir compte de l’imagerie axillaire; [1]). Afin d’en augmenter la certitude, le marquage ganglionnaire pourrait permettre de s’assurer que les ganglions suspects à l’échographie préopératoire soient réséqués lors de la chirurgie.

Quelques études ont évalué la faisabilité de marquer le ganglion axillaire biopsié et atteint, dans un contexte de thérapie néoadjuvante [20, 21, 22, 23, 24, 25]. Avant de commencer le traitement néoadjuvant, le ganglion est marqué au moyen d’un clip, d’une bille radioactive à I-125 ou en injectant de l’encre ou une suspension de charbon (tatouage), par guidage échographique. Si un clip est utilisé, il est lui-même marqué avec une bille d’I-125 ou avec un fil métallique quelques jours avant la chirurgie. Il est à noter que, là où la réglementation le permet, la bille d’I-125 peut être placée avant le traitement néoadjuvant et qu’elle sera encore détectable au moment de la chirurgie (demi-vie : 59,6 jours) [27]. Ainsi, la bille d’I-125, le tatouage ou le fil métallique sert de repère peropératoire afin de trouver et de réséquer le ganglion initialement atteint (voir section Stratégies pour réduire le taux de faux négatifs des ggS à un minimum).

Avec la publication de ces études, certains milieux se questionnent quant à l’utilisation de ces méthodes dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement. L’admissibilité à l’omission du curage axillaire serait alors possible si le ganglion marqué était réséqué et si le nombre de ganglions atteints, incluant les ganglions sentinelles et le ganglion marqué, correspondait aux critères des études Z0011, IBCSG 23-01 ou AMAROS. Cependant, bien que cette méthode semble prometteuse, aucune donnée n’est disponible à l’heure actuelle dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement. De même, aucune donnée prospective de survie ou de contrôle de la maladie n’est disponible dans un contexte de thérapie néoadjuvante.

Études en cours

Pour le moment, aucun résultat provenant d’études randomisées n’a été publié concernant la conduite chirurgicale à adopter par rapport à l’aisselle en fonction de l’évaluation par échographie, avec ou sans biopsie. Toutefois, au moins huit études randomisées concernant la prise en charge de l’aisselle sont en cours et elles prévoient toutes une évaluation préopératoire de l’aisselle par échographie. Un résumé du devis de ces études est présenté à la section Études en cours concernant le traitement axillaire lorsque la chirurgie est le premier traitement.

Consensus d'experts et guides de pratique

NICE recommande qu'un examen de l’aisselle par échographie soit effectué pour toutes les patientes qui font l'objet d'une investigation pour une cancer du sein infiltrant, et qu'une biopsie à l'aiguille guidée par échographie soit offerte (recommandation non gradée; [28]). Si une atteinte est confirmée par l'examen de la biopsie, un traitement axillaire supplémentaire est offert; la technique préférée est le curage axillaire car il apporte de l'information additionnelle concernant la stadification.

Aucun autre guide ou consensus recensé n'a directement abordé quelle devrait être la conduite chirurgicale à adoptée lorsqu'une atteinte axillaire est découverte à l'échographie. SIGN recommande le curage axillaire si une atteinte axillaire est confirmée à l’évaluation préopératoire, mais ne se prononce pas spécifiquement sur la façon de faire cette évaluation ni ne fait allusion à la prise en charge selon Z0011 ou IBCSG 23-01 (recommandation non gradée) [30]. L’ESMO recommande une évaluation des ganglions par exemen clinique et par échographie, complétée par une biopsie guidée par échographie, à l'aiguille fine ou au trocart, des ganglions suspects (niveau de preuve III, grade de recommandation A; [31]). Pour le NCCN, l'évaluation de l'aisselle peut, "si nécessaire", être réalisée par échographie ou par une autre méthode d'imagerie, et une biopsie percutanée doit être considérée en présence de ganglions suspects (recommandation de catégorie 2A; [32]). L'échographie ou l'IRM axillaire est indiquée pour les patientes à qui un traitement néoadjuvant systémique est prescrit (recommandation de catégorie 2A; [32]).

Références
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3.3.1.5 Recherche de métastases à distance lors du bilan initial

La découverte de métastases à distance a un impact majeur sur la stratégie de traitement. Dans une telle situation, l’objectif du traitement n’est plus curatif, mais palliatif. La présente section vise à déterminer à partir de quel stade clinique il convient de rechercher des métastases à distance, et avec quelle méthode, chez des patientes qui ne présentent aucun signe ou symptôme laissant soupçonner la présence de métastases à distance. Pour ce faire, la littérature scientifique a été examinée afin de déterminer la probabilité de découvrir des métastases en fonction du stade clinique et du test d’imagerie utilisé. La littérature répertoriée n’a toutefois pas abordé les conséquences cliniques sous-jacentes à l’utilisation d’une méthode plutôt qu’une autre.

Globalement, la littérature montre qu’en l’absence de symptômes l’incidence de métastases à distance est suffisamment élevée pour en justifier la recherche systématique seulement dans les cas de cancer du sein de stade III et chez certains sous-groupes de stade II qui présentent un mauvais pronostic. Des résultats suggèrent que la TEP-TDM pourrait être une méthode plus sensible que les tests d’imagerie conventionnels, mais les données de comparaison directe de cette méthode par rapport à la TDM seule reposent sur un trop faible nombre de patientes pour permettre de dégager avec certitude un réel avantage diagnostique. De plus, dans un contexte où l’accès à la TEP-TDM est limité, comme c’est le cas au Québec, plusieurs des cliniciens consultés sont d’avis que la démonstration d’un avantage clinique serait souhaitée avant de considérer cette méthode comme une option.

Tests d’imagerie conventionnels
TEP-TDM
Comparaison entre les tests d’imagerie conventionnels et la TEP-TDM
Marqueurs tumoraux sériques (CA 15-3 et CEA)
Guide de pratique clinique

Tests d’imagerie conventionnels

Selon les données probantes répertoriées, en l’absence de symptômes ou de signes évoquant la présence de métastases à distance, les tests d’imagerie conventionnels¹ permettent de détecter des métastases à distance chez moins de 2 % des patientes atteintes d’une maladie de stade II et chez 14 % à 31 % des femmes atteintes d’une maladie de stade III.

La revue de la littérature a permis de répertorier trois études prospectives et quatre études rétrospectives qui ont évalué le risque de découvrir une atteinte métastatique à l’aide de tests d’imagerie conventionnels en fonction du stade clinique². Le premier tableau qui suit présente les principaux résultats des études qui ont rapporté l’incidence de métastases à distance en fonction du stade. Avec les tests d’imagerie indiqués en quatrième colonne, aucune métastase à distance n’a été détectée chez les patientes atteintes d’une maladie de stade I, et la détection de métastases a été rare chez celles atteintes d’une maladie de stade II (< 2 %). Toutefois, des métastases à distance ont été détectées chez 14 % à 31 % des patientes aux prises avec un cancer du sein de stade III. Chez les femmes atteintes d’une maladie de stade III, les taux de détection ont varié entre 16 % et 31 % si la méthode de recherche incluait la TDM, alors qu’ils ont été de 14 % à 25 % si la TDM n’était pas utilisée. Aucune des études répertoriées n’a rapporté des taux d’incidence de métastases à distance en fonction du stade spécifiquement dans certains sous-groupes de mauvais pronostic (p. ex. maladie triple négative, grades II-III ou âge < 40 ans).

___________________________

¹ Tests d’imagerie dits « conventionnels » : radiographie thoracique, échographie, TDM et scintigraphie osseuse.

² Dans deux des études retenues, aucun indice ne permettait de déterminer si les patientes qui présentaient des signes ou symptômes laissant soupçonner des métastases étaient exclues [4,5]. Pour toutes les études retenues, en présence d’un test d’imagerie positif, le diagnostic d’atteinte métastatique devait être confirmé par un autre test d’imagerie, par l’examen histologique d’une biopsie ou par des tests d’imagerie de suivi.

Proportion de patientes atteintes de métastases détectées par des tests d’imagerie conventionnels lors de l’évaluation initiale en fonction du stade clinique

Stade clinique Proportion maladie métastatique Tests d’imagerie utilisés1 Caractéristiques particulières Étude Devis d’étude n (cohorte totale)

Fraction

Pourcentage

I 0/155 0 %

TDM (thorax–épigastre)

Aucune sélection particulière

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

0/694 0 %

Rx, SO, US2

Aucune sélection particulière

Barrett et coll. 2009 [2]

R

2 612

II 12/775 1,5 %

Rx, SO, US2

Aucune sélection particulière

Barrett et coll. 2009 [2]

R

2 612

5/261 1,9 %

TDM (thorax–épigastre)

Aucune sélection particulière

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

III 26/187 14 %

Rx, SO, US2

Aucune sélection particulière

Barrett et coll. 2009 [2]

R

2 612

16/38 16 %

SO, TDM

Aucune sélection particulière

Hulikal et coll. 2015 [3]

P

38

28/117 24 %

Rx, SO, TDM, US

Cancers infiltrants de stade T4 ou N2-3 (inflammatoires : 30 %)

Groheux et coll. 2013 [4]

P

117

20/79 25 %

Rx, SO, US

Cancer du sein infiltrant

Garg et coll. 2016 [5]

P

79

21/67 31 %

TDM (thorax–épigastre)

Aucune sélection particulière

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

P : étude prospective; R : étude rétrospective; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; US : échographie.
1. Les tests cités n’ont pas nécessairement été tous utilisés pour toutes les patientes incluses dans l’étude.
2. L’utilisation des tests d’imagerie préopératoire pour la recherche de métastases à distance n’était pas uniforme pour tous les stades; le protocole du centre était le suivant : 1) la radiographie thoracique n’est pas nécessaire sauf si antécédents médicaux, la présence de symptômes ou lorsque le risque élevé d’une admission à l’unité des soins intensifs le justifient; 2) en présence d’une tumeur de stade T4 ou de lymphadénopathies malignes, la radiographie thoracique, l’échographie hépatique et la scintigraphie osseuse devraient être considérées. Les résultats rapportés ne concernent que les patientes chez qui un test d’imagerie a été fait. Par ailleurs, on précise dans l’article que les patientes devaient être asymptomatiques pour être incluses.

Le tableau qui suit présente les résultats d’incidence de métastases à distance en fonction du stade clinique et du site métastatique. Ceux-ci montrent que, même en présence d’une maladie de stade III, la radiographie thoracique et l’échographie abdominale détectent une atteinte métastatique chez une faible proportion de patientes (≤ 6,3 % et 8,9 %, respectivement). Les seuls résultats dépassant un taux d’incidence de 10 % ont été obtenus avec la TDM et la scintigraphie osseuse chez des patientes atteintes d’une maladie de stade III.

Proportion de patientes atteintes de métastases détectées par des tests d’imagerie conventionnels lors de l’évaluation initiale en fonction du stade clinique et du site des métastases

Stade clinique

Proportion maladie métastatique

Tests d’imagerie utilisés

Étude

Devis d’étude

n (cohorte totale)

Fraction

Pourcentage

Métastases osseuses

 

I

0/1 0571

0 %

SO

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

0/155

0 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

II

17/2 8171

0,6 %

SO

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

4/261

1,5 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

III

35/1 3101

2,7 %

SO

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

9/67

13 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

12/79

15 %

SO

Garg et coll. 2016 [5]

P

79

Métastases pulmonaires

 

I

0/155

0 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

1/1 0571

0,1 %

Rx

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

1/448

0,2 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

II

0/838

0 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

3/2 8171

0,1 %

Rx

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

2/261

0,8 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

III

9/1 3101

0,7 %

Rx

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

22/417

5,3 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

5/79

6,3 %

Rx

Garg et coll. 2016 [5]

P

79

16/67

24 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

Métastases hépatiques

 

I

0/1 0571

0 %

US

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

0/155

0 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

0/448

0 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

II

0/838

0 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

3/2 8171

0,1 %

US

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

1/261

0,8 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

III

31/1 3101

1,1 %

US

Chen et coll. 2014 [6]

R

5 184

25/417

6,0 %

TDM (thorax, foie)

Kim et coll. 2011 [7]

R

1 703

7/79

8,9 %

US

Garg et coll. 2016 [5]

P

79

10/67

15 %

TDM (thorax–épigastre)

Tanaka et coll. 2012 [1]

R

483

R : étude rétrospective; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; US : échographie abdominale.
1. Le nombre de patientes qui présentaient des métastases n’a pas été rapporté dans l’article (numérateur). Pour les besoins du présent document, il a été calculé à partir des pourcentages rapportés dans l’article.

TEP-TDM

Globalement, en l’absence de symptômes ou de signes évoquant la présence de métastases à distance, la TEP-TDM permet de détecter des métastases chez environ 6 % à 9 % des patientes atteintes d’une maladie de stade II et chez 13 % à 46 % des femmes atteintes d’une maladie de stade III. Des études rétrospectives suggèrent que la TEP-TDM détecte des métastases à distance chez une proportion plus grande de patientes appartenant à certains sous-groupes de stade II, soit les femmes atteintes d’un cancer triple négatif 3 de stade IIB (15 %), celles âgées de moins de 40 ans atteintes d’une maladie de stade IIB (17 %) et celles atteintes d’une maladie de grades II-III de stades IIA (20 %) et IIB (40 %).

La revue de la littérature a permis de répertorier huit études prospectives et six études rétrospectives qui ont évalué le risque de découvrir une atteinte métastatique à l’aide de la TEP-TDM en fonction du stade clinique 4 (deux tableaux suivants : premier et deuxième). Dans certaines études, les patientes chez qui des métastases à distance avaient été décelées à l’aide d’autres tests d’imagerie étaient incluses dans les analyses concernant la TEP-TDM (premier tableau), alors que dans d’autres études ces patientes étaient exclues (deuxième tableau). Cette nuance est importante pour l’interprétation des résultats, puisque les analyses qui incluaient ces patientes reflètent mieux l’incidence réelle de métastases, alors que les analyses excluant ces patientes indiquent dans quelle mesure la TEP-TDM peut découvrir des métastases occultées par les autres méthodes. Il importe également de souligner qu’une partie de la variabilité des résultats entre les études s’explique par la sélection de patientes qui présentaient certaines caractéristiques particulières selon les études (colonne Caractéristiques particulières dans les deux tableaux suivants).

Études qui ont inclus les cas métastatiques détectés par des tests d’imagerie conventionnels pré-TEP-TDM. Globalement, les taux d’incidence de métastases à distance détectées par TEP-TDM ont été inférieurs à 10 % chez les cas de stade II et supérieurs à 25 % dans 4 des 5 études chez les cas de stade III (tableau ci-dessous). Dans le sous-groupe des maladies de grades II-III, l’étude rétrospective de Gunalp et coll. a rapporté des taux d’incidence de métastases de 20 % chez les cas de stade IIA et de 40 % chez les cas de stade IIB [8].

___________________________

3 Cancer triple négatif : récepteurs œstrogéniques, récepteurs progestatifs et HER2 négatifs.

4 Dans trois des études retenues, aucun indice ne permettait de déterminer si les patientes qui présentaient des signes ou symptômes laissant soupçonner des métastases étaient exclues [4, 5, 11]. Pour toutes les études retenues, en présence d’un test d’imagerie positif, le diagnostic d’atteinte métastatique devait être confirmé par un autre test d’imagerie, par l’examen histologique d’une biopsie ou par des tests d’imagerie de suivi.

Proportion de patientes atteintes de métastases détectées par TEP-TDM lors de l’évaluation initiale en fonction du stade clinique : études qui n'ont pas exclu les cas de stade IV découverts par imagerie conventionnelle

Stade clinique

Proportion maladie métastatique à la TEP-TDM1

Caractéristiques particulières

Étude

Devis d’étude 

n
(cohorte totale)

Fraction

Pourcentage

I

1/19

5,3 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

R

141

II

5/84

6,0 %

Stade T2

Groheux et coll. 2011[9]

P

141

7/100

7,0 %

Exclusion si gg sentinelles N+

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

6/71

8,5 %

Stade T2

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

30/100

30 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

R

141

IIA

1/44

2,3 %

Exclusion si gg sentinelles N+

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

1/36

2,8 %

Stade T2

Groheux et coll. 2011 [9]

P

141

2/14

14 %

Stade T2

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

10/51

20 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

R

141

IIB

4/57

7,0 %

Aucune sélection particulière

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

4/48

8,3 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2011 [9]

P

141

6/56

11 %

Exclusion si gg sentinelles N+

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

20/49

40 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

R

141

III

6/46

13 %

Aucune sélection particulière

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

10/38

26 %

Aucune sélection particulière

Hulikal et coll. 2015 [3]

P

38

46/154

30 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

27/82

33 %

Cancers infiltrants non inflammatoires de stade T4 ou N2-3

Groheux et coll. 2013 [4]

P

117

43/117

37 %

Cancers infiltrants de stade T4 ou N2-3

Groheux et coll. 2013 [4]

P

117

16/35

46 %

Cancers infiltrants inflammatoires de stade T4 ou N2-3

Groheux et coll. 2013 [4]

P

117

36/79

46 %

Cancer du sein infiltrant

Garg et coll. 2016 [5]

P

79

 

9/14

64 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

P

141

IIIA

0/12

0 %

Aucune sélection particulière

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

11/63

17 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

10/47

21 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2011 [9]

P

141

7/12

58 %

Grades II-III

Gunalp et coll. 2012 [8]

R

141

IIIB

4/19

21 %

Aucune sélection particulière

Cochet et coll. 2014 [1]

P2

142

27/74

36 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

IIIC

2/15

13 %

Aucune sélection particulière

Cochet et coll. 2014 [11]

P2

142

8/17

47 %

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2012 [10]

P

254

T1

1/62

1,6 %

Cancer du sein infiltrant; stade T13

Koolen et coll. 2014 [12]

R3

62

gg : ganglions; IRM : imagerie par résonance magnétique; P : étude prospective; R : étude rétrospective; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons; US : échographie.
1. Les proportions calculées à partir de moins de 10 patientes au total n’ont pas été rapportées. Une confirmation de l’atteinte suspectée par la TEP-TDM devait être obtenue par histopathologie ou par une imagerie de suivi pour que le résultat soit retenu; l’IRM seule était parfois utilisée pour confirmer les atteintes osseuses [
4810]. Les autres cancers primaires non associés au cancer du sein diagnostiqué qui étaient détectés à la TEP-TDM ne sont pas comptabilisés ici.
2. Le paramètre principal de l’étude était la réponse pathologique à la chimiothérapie néoadjuvante et, accessoirement, la performance de la TEP-TDM et de l’imagerie conventionnelle pour la stadification.
3. Analyses rétrospectives à partir de données de deux études prospectives. 1) Étude PAPBI : étude sur la radiothérapie néoadjuvante, patientes atteinte d’une maladie de stade T1, unifocale, cN0; pas de recherche de métastases à distance, sauf avec TEP-TDM, n = 39; 2) Étude sur la chimiothérapie néoadjuvante, patientes atteintes d’une maladie de stade T1 avec atteinte ganglionnaire, recherche de métastases à distance par radiographie du thorax, échographie hépatique et scintigraphie osseuse, n = 21 [
1314].

Études qui ont exclu les cas métastatiques détectés par des tests d’imagerie conventionnels pré-TEP-TDM. Les taux d’incidence de métastases à distance présentés dans le tableau suivant reflètent des proportions de patientes qui présentaient des métastases occultes aux tests d’imagerie conventionnels. En excluant les études qui ont évalué des sous-groupes restreints particuliers, des métastases à distance ont été détectées par TEP-TDM chez 5 % des cas de stade II et chez 23 % des cas de stade III (tableau ci-dessous). En comparaison, des taux d’incidence de métastases plus élevés ont été rapportés pour les sous-groupes avec maladie triple négative de stade IIB (15 %) et les patientes âgées de < 40 ans atteintes d’une maladie de stade IIB (17 %) [15, 16]. À l’opposé, le taux d’incidence de métastases a été plus faible dans le sous-groupe carcinome lobulaire infiltrant de stade III, avec 11 % [17].

Proportion de patientes atteintes de métastases détectées par TEP-TDM lors de l’évaluation initiale en fonction du stade clinique : études qui ont exclu les cas de stade IV découverts par imagerie conventionnelle

Stade clinique

Proportion maladie métastatique à la TEP-TDM1

Tests d’imagerie pour exclusion des cas métastatiques pré-TEP-TDM2

Caractéristiques particulières

Étude

Devis d’étude

n
(cohorte totale)

Fraction

Pourcentage

I

0/23

0 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

1/20

5,0 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

II

2/50

4,0 %

Non spécifié

Carcinome lobulaire infiltrant

Hogan et coll. 2015 [17]

R

146

5/101

5,0 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥ cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015[18]

P

154

17/169

10 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

10/91

11 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

IIA

2/44

4,5 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

4/82

4,9 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

1/20

5,0 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥ cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015 [18]

P

154

IIB

4/81

4,9 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015 [18]

P

154

1/13

7,7 %

Rx, SO, US

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2008 [19]

P

39

13/87

15 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

8/47

17 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

III

10/88

11 %

Non spécifié

Carcinome lobulaire infiltrant

Hogan et coll. 2015 [17]

R

146

9/39

23 %

Rx, SO, US

Aucune sélection particulière

Manohar et coll. 2013 [20]

R

43

12/53

23 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015 [18]

P

154

13/40

33 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

9/23

39 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

IIIA

1/15

6,6 %

Rx, SO, US

Aucune sélection particulière

Manohar et coll. 2013 [29]

R

43

7/43

16 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015 [18]

P

154

4/23

17 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

4/13

31 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

IIIB

8/24

33 %

Rx, SO, US

Aucune sélection particulière

Manohar et coll. 2013 [20]

R

43

8/14

57 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

IIIB-C

5/10

50 %

SO, TDM

Maladie localement avancée : ≥ cT3 ou ≥ pN1

Ng et coll. 2015 [18]

P

154

5/10

50 %

Non spécifié

Ptes < 40 ans

Riedl et coll. 2014 [15]

R

134

9/17

53 %

Non spécifié

Tumeurs triples négatives

Ulaner et coll. 2016 [16]

R

232

T3N1

3/29

10 %

Rx, SO, TDM, US

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2011 [9]

P

141

N2

10/18

56 %

Rx, SO, TDM, US

Aucune sélection particulière

Groheux et coll. 2011 [9]

P

141

P : étude prospective; ptes : patientes; R : étude rétrospective; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons; US : échographie.
1. Les proportions calculées à partir de moins de 10 patientes au total n’ont pas été rapportées. Une confirmation de l’atteinte suspectée par la TEP-TDM devait être obtenue par histopathologie ou par une imagerie de suivi pour que le résultat soit retenu; l’IRM seule était parfois utilisée pour confirmer les atteintes osseuses [
4810]. Les autres cancers primaires non associés au cancer du sein diagnostiqué qui étaient détectés à la TEP-TDM ne sont pas comptabilisés ici.
2. Les tests cités n’ont pas nécessairement été tous utilisés pour toutes les patientes incluses dans l’étude.

Le tableau suivant présente un sommaire des probabilités de déceler des métastases à distance en fonction du stade et de certaines caractéristiques particulières liées aux patientes ou à leur maladie. Ces données sont tirées des résultats des deux tableaux précédents (premier et deuxième).

Matrice de probabilité de déceler des métastases à distance par TEP-TDM en fonction du stade clinique et de la présence de certains paramètres particuliers

Stade clinique

Paramètres particuliers

Aucune sélection particulière1

Tumeur triple négative

Patiente < 40 ans

Grade II ou III

Carcinome lobulaire infiltrant

Maladie locale
≥cT3 ou ≥ pN1

I

0 %

5 %

5,3 %

II

6-8,5 %

10 %

11 %

30 %

4 %

5 %

IIA

2,8-14 %

4,9 %

4,5 %

20 %

5 %

IIB

7-11 %

15 %

17 %

40 %

4,9 %

III

13-46 %

33 %

39 %

64 %

11 %

23 %

IIIA

0-21 %

17 %

31 %

58 %

16 %

IIIB

21-36 %

57 %

IIIC

13-47 %

IIIB-C

53 %

50 %

50 %

1. Taux d’incidence considérant seulement les études qui n'avaient pas exclu les cas métastatiques détectés par des tests d’imagerie conventionnels (voir tableau précédent).
Cases sur fond gris pâle : résultats provenant d’études dans lesquelles les cas métastatiques détectés par des tests d’imagerie conventionnels étaient exclus.
Matrice réalisée à partir des données des deux tableaux précédents (
premier et deuxième).

Comparaison entre les tests d’imagerie conventionnels et la TEP-TDM

Globalement, les données probantes comparatives montrent que la TEP-TDM peut détecter pratiquement tous les cas d’atteinte métastatique décelés par des tests d’imagerie conventionnels et qu’environ de 30 % à 40 % des cas d’atteinte métastatique sont détectés uniquement par la TEP-TDM. De façon générale, les taux de faux positifs observés avec les méthodes conventionnelles, y compris ceux concernant la TDM, sont beaucoup plus élevés que ceux avec la TEP-TDM. Bien que cette tendance semble aussi s’appliquer à la comparaison entre la TEP-TDM et la TDM, la preuve actuelle est basée sur un faible nombre de patientes.

Comparaisons indirectes. Le tableau qui suit présente le sommaire des résultats de trois différentes méthodes pour la recherche de métastases à distance, mais il exclut les résultats des études qui ont évalué un sous-groupe particulier de patientes (données tirées des résultats présentés dans les deux sous-sections précédentes : Tests d’imagerie conventionnels et TEP-TDM). Les taux d’incidence obtenus avec la TEP-TDM sont numériquement supérieurs à ceux obtenus avec les tests d’imagerie conventionnels mais, en raison de la grande étendue des résultats et du fait que les comparaisons sont indirectes, la signification de ces différences n’est pas évidente.

Sommaire des résultats concernant la prévalence de métastases à distance en fonction de la méthode et du stade (à l'exclusion des cohortes de sous-groupes restreints particuliers; résultats tirées des deux sous-sections précédentes : Tests d’imagerie conventionnels et TEP-TDM)

Stade clinique

Méthode

Rx + SO + US
[25]

TDM + SO ou
TDM seule
[13]

TEP-TDM

Cas métastatiques
pré-TEP-TDM inclus

[3, 4, 51011]

Cas métastatiques
pré-TEP-TDM exclus
[
1820]

I

0 %

0 %

nd

nd

II

1,5 %

1,9 %

6-8,5 %

5 %

III

14-25 %

16-31 %

13-46 %

23 %

conv. : conventionnel; nd : non disponible; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons; US : échographie.

Comparaisons directes. Afin de comparer plus directement la capacité des méthodes d’imagerie conventionnelles et celle de la TEP-TDM à détecter des métastases à distance, cinq études prospectives et trois études rétrospectives comparatives ont été répertoriées5 (tableau ci-dessous). Il est à noter que, comme la prévalence d’une atteinte métastatique n’était pas très élevée dans certaines études, la comparaison entre les méthodes était parfois basée sur un très petit nombre de vraies lésions positives.

Les résultats pour tous les sites de métastases confondus montrent que de 11 % à 48 % des cas d’atteinte métastatique (vrais positifs) ont été décelés uniquement avec la TEP-TDM (tableau ci-dessous;105 cas au total). À l’inverse, toutes les études ont montré qu’aucun cas d’atteinte métastatique n’a été détecté uniquement avec des tests d’imagerie conventionnels. Dans deux études ayant utilisé la TDM thoracique ou thoraco-abdominale chez toutes les patientes, 37 % et 40 % des métastases ont été détectées par TEP-TDM uniquement (18 patientes avec métastases sur un total de 98) [321]. Les résultats par site de métastases montrent une même tendance. Une exception est toutefois à noter en ce qui a trait aux cas d’atteinte métastatique pulmonaire, puisque les deux approches ont détecté 11 des 12 cas répertoriés, et seule la TDM a détecté l’autre cas [49]. La TDM abdominale était utilisée comme méthode standard dans l’étude de Gunalp, et 62 % des métastases hépatiques ont été détectées uniquement par TEP-TDM (13 patientes avec métastases sur un total de 141) [8].
 

___________________________

5 Parmi les cinq études prospectives retenues, deux n'ont pas mentionné que les analyses des images de TEP-TDM ont été réalisées à l’insu des résultats obtenus avec des méthodes conventionnelles, et vice versa (Hulikal et coll. 2015; Cochet et coll. 2014). Pour toutes les études retenues, d’autres tests d’imagerie, l’examen histologique d’une biopsie ou des tests d’imagerie de suivi servaient de référence comme « vrai positif ».

Principaux résultats des études qui ont comparé la TEP-TDM et les tests d’imagerie conventionnels pour la détection de métastases à distance

Étude (devis)

n

Nbre de ptes avec méta1

Détection des atteintes (% de patientes avec méta)

Tests conventionnels utilisés
(proportion de la cohorte investiguée par TDM)

Caractéristiques particulières

Par TEP-TDM seulement

Par les deux approches

Par tests conventionnels seulement

Tous sites métastatiques à distance

Cochet et coll. 2014 [11] (P)

142

25

48 %

52 %

0 %

Rx, TDM A.-P. (14 %), US, SO

Tumeur primaire > 2 cm

Hulikal et coll. 2015 [3] (P)

38

10

40 %

60 %

0 %

TDM T.-A. (100 %), SO

Stade III

Fuster et coll. 2008 [21] (P)

60

8

37 %

63 %

0 %

TDM T. (100 %), US, SO

Tumeur primaire > 3 cm

Groheux et coll. 2013 [4] (P)

117

43

35 %

65 %

0 %

Rx, TDM T.-A.-P. (nd, pas std)2, US, SO

Cancer du sein infiltrant (T4 ou N2-3; inflammatoire : 30 %)

Heusner et coll. 2008 [22] (R)

40

10

30 %

70 %

0 %

Rx, US, SO

Aucune sélection particulière

Choi et coll. 2012 [23] (R)

 

9

11 %

89 %

0 %

Rx, US, SO

Cancer du sein infiltrant

Métastases osseuses

Gulalp et coll. 2012 [8] (R)

141

35

40 %

60 %

0 %

SO

Grades II-III

Groheux et coll. 2011 [9] (P)

141

11

36 %

64 %

0 %

SO

Stades IIA-IIIA et tumeur > 2 cm

Groheux et coll. 2013 [4] (P)

117

30

23 %

77 %

0 %

SO

Cancer du sein infiltrant (T4 ou N2-3; inflammatoire : 30 %)

Métastases pulmonaires

Groheux et coll. 2011 [9] (P)

141

5

0 %

100 %

0 %

Rx ou TDM T. (nd, pas std)2

Stades IIA-IIIA et tumeur > 2 cm

Groheux et coll. 2013 [4] (P)

117

7

0 %

86 %

14 %

Rx ou TDM T. (nd, pas std)2

Cancer du sein infiltrant (T4 ou N2-3; inflammatoire : 30 %)

Métastases hépatiques

Gunalp et coll. 2012 [8] (R)

141

13

62 %

38 %

0 %

TDM A. (nd, méthode std)

Grades II-III

Groheux et coll. 2013 [4] (P)

117

10

10 %

90 %

0 %

US ou TDM A. (nd, pas std)2

Cancer du sein infiltrant (T4 ou N2-3; inflammatoire : 30 %)

Métastases ganglionnaires à distance

Groheux et coll. 2013 [4] (P)

117

19

42 %

58 %

0 %

Rx, TDM T.-A.-P. (nd, pas std)2 ou US

Cancer du sein infiltrant (T4 ou N2-3; inflammatoire : 30 %)

méta : métastases à distance; Nbre : nombre; nd : non disponible; P : étude prospective; ptes : patientes; R : étude rétrospective; Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; std : standard; TDM : tomodensitométrie (A. : abdominale; P. : pelvienne; T. : thoracique); TEP : tomographie par émission de positrons; US : échographie abdominale.
1. Les données montrant une atteinte métastatique à distance chez moins de 5 patientes n’ont pas été retenues.
2. Communication personnelle avec le Dr David Groheux. La proportion de patientes chez qui la TDM thoraco-abdo-pelvienne a été utilisée pour la recherche de métastases à distance n’était pas connue de façon exacte de l’auteur, mais elle « était plutôt moins souvent utilisée que le couple radiographie thoracique et échographie abdominale ».

Performance diagnostique. Sun et coll. ont publié les résultats d’une méta-analyse qui a évalué la performance diagnostique de la TEP ou de la TEP-TDM et des imageries conventionnelles pour la détection de métastases à distance chez des patientes atteintes d’un cancer du sein (6 études comparatives; n = 609) [24]. Les patientes incluses dans ces études n’ont pas toutes été vues à l’étape du bilan initial et les analyses pour chaque test d’imagerie n’ont pas toujours été réalisées à partir des mêmes patientes, ce qui diminue la qualité des données. La sensibilité et la spécificité ont été de 0,99 (IC 95 % 0,88-1,00) et 0,95 (IC 95 % 0,89-0,98) pour la TEP ou la TEP-TDM et de 0,57 (IC 95 % 0,37-0,74) et 0,88 (IC 95 % 0,78-0,94) pour l’imagerie conventionnelle. Le rapport de cotes (odds ratio) diagnostique6 a été de 1 407 pour la TEP ou la TEP-TDM et de 8,8 pour l’imagerie conventionnelle. Aucune analyse n’a été faite concernant la performance de chaque test d’imagerie considéré individuellement.

Taux de faux positifs. Le fardeau supplémentaire que représente la prise en charge des résultats faux positifs est une préoccupation importante en clinique. Afin d’examiner l’impact de l’utilisation de la TEP-TDM et des tests d’imagerie conventionnels relativement à cet aspect, les taux de faux positifs des études qui en font mention ont été rapportés dans le tableau qui suit.
Pour ce qui est de la TEP-TDM, on rapporte dans 11 des 13 études des taux de faux positifs inférieurs à 10 %. Toutefois, deux études, celles de Koolen et coll. 2014 et de Choi et coll. 2012, ont rapporté des taux plus élevés (31 % et 75 % respectivement). En ce qui a trait aux tests d’imagerie conventionnels, 5 des 7 études ont rapporté plus de cas de faux positifs que de cas de vrais positifs (taux de faux positifs > 50 %). Les études de Tanaka et coll. et de Kim et coll. ont montré que les taux de faux positifs associés à la TDM sont aussi très élevés (60 % à 89 %) [1,7]. Deux points importants sont à noter. D’abord, ces cinq études ne comparaient pas les tests d’imagerie conventionnels à la TEP-TDM; les biais potentiels en défaveur des méthodes conventionnelles ne sont donc a priori pas évidents. Les deux seules études qui rapportaient des résultats pour les deux approches à la fois affichent des taux de faux positifs pour les méthodes conventionnelles qui sont moins élevés que l’ensemble des autres résultats (27 % et 31 %) [10,11].

___________________________

6 Le rapport de cotes (odds ratio) diagnostique est égal au ratio de vraisemblance positive (vrais positifs/faux positifs) divisé par le ratio de vraisemblance négative (faux négatifs/vrais négatifs). Plus le résultat est élevé, meilleure est la performance diagnostique.

Principaux résultats concernant les faux positifs

Étude

Faux positifs

 

Fraction1

Pourcentage

Test d’imagerie

TEP-TDM

 

 

 

Ulaner et coll. 2016 [16]

0/30

0 %

Riedl et coll. 2014 [15]

0/20

0 %

Cochet et coll. 2014 [11]

1/25

4 %

Groheux et coll. 2013 [4]

2/42

4,6 %

Groheux et coll. 2011 [9]

1/21

4,8 %

Garg et coll. 2016 [5]

2/38

5,3 %

Ng et coll. 2015 [18]

1/18

5,6 %

Hogan et coll. 2015 [17]

1/13

7,7 %

Groheux et coll. 2012 [10]

3/35

8,6 %

Hulikal et coll. 2015 [3]

1/11

9,1 %

Manohar et coll. 2013 [20]

1/11

9,1 %

Choi et coll. 2012 [23]

4/13

31 %

Koolen et coll. 2014 [12]

9/122

75 %1

Tests d’imagerie conventionnels3

Tous sites métastatiques à distance

Cochet et coll. 2014 [11]

4/13

31 %

Rx, SO, TDM (14 % cohorte), US

Tanaka et coll. 2012 [1]

39/65

60 %

TDM (thorax–épigastre)

Barrett et coll. 2009 [2]

86/128

67 %

Rx, SO, TDM, US

Métastases osseuses

Groheux et coll. 2012 [10]

7/26

27 %

SO

Puglisi et coll. 2005 [25]

25/51

49 %

SO

Kasem et coll. 2006 [26]

26/32

81 %

SO

Métastases pulmonaires

Puglisi et coll. 2005 [25]

13/17

76 %

Rx

Kim et coll. 2011 [7]

180/203

89 %

TDM

Métastases hépatiques

Kim et coll. 2011 [7]

40/49

82 %

TDM

Puglisi et coll. 2005 [25]

26/29

90 %

US

Rx : radiographie thoracique; SO : scintigraphie osseuse; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons; US : échographie abdominale.
1. Les proportions calculées à partir de moins de 10 patientes au total n’ont pas été rapportées.
2. Les auteurs ont rapporté 3 lésions faussement positives, 2 lésions prémalignes et 4 lésions prolifératives bénignes. Toutes les patientes étaient atteintes d’une maladie de stade T1.
3. Pour les tests d’imagerie conventionnels, les proportions de faux positifs sont rapportées sur le nombre total de patientes chez qui un résultat d’imagerie anormal ou positif a été détecté.

Marqueurs tumoraux sériques (CA 15-3 et CEA)

L’antigène de cancer 15-3 (cancer antigen 15-3 [CA 15-3]) et l’antigène carcinoembryonnaire (carcinoembryonic antigen [CEA]) sont les marqueurs sériques les plus étudiés dans les cas de cancer du sein [27]. Ils sont parfois utilisés au Québec pour suivre l’évolution de la maladie à la suite d’un traitement. Plusieurs études ont montré que la concentration sérique de ces marqueurs augmente en fonction du fardeau de la maladie [28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35]. Toutefois, chez les patientes atteintes d’un cancer du sein de stade I ou II, les concentrations du CA 15-3 et du CEA sont similaires ou voisines de celles observées chez les femmes non atteintes de cancer; c'est chez les patientes atteintes d’une maladie de stades III et IV que la concentration de ces marqueurs atteint des niveaux significativement plus élevés [28, 30, 31, 32, 35].

Le fait que la concentration du CEA et du CA 15-3 augmente en fonction du fardeau de la maladie soulève l’hypothèse que ces marqueurs pourraient être utiles pour alerter le clinicien à propos de la présence possible de métastases au moment du bilan initial. Afin d’examiner cette question, les études qui ont rapporté des résultats de concentration de CEA ou de CA 15-3 en fonction de la présence ou non de métastases ou en fonction du stade ont été répertoriées (tableau suivant). La plupart des articles rapportant des données utiles sur le sujet ont été publiés il y a plus de 20 ans, et aucun ne mentionne si des patientes qui avaient des symptômes évoquant la présence de métastases étaient incluses. De plus, on y mentionnait rarement quels étaient les critères requis pour entreprendre la recherche de métastases, et avec quelle méthode.

Les résultats de performance diagnostique du CA 15-3 et du CEA pour prédire la présence ou non de métastases chez des patientes atteintes d’un cancer du sein sont présentés dans le tableau ci-dessous. En ce qui a trait au CA 15-3, bien que la sensibilité et la spécificité aient été ≥ 70 % dans la plupart des études, les valeurs prédictives positives ont varié entre 29 % et 73 %, ce qui constitue un faible pouvoir prédictif de métastases à distance. Les valeurs prédictives négatives ont toutefois été très élevées dans toutes les études (88 % à 99 %). Pour ce qui est du CEA, sa sensibilité à détecter la présence de métastases à distance est plus faible que celle du CA 15-3 et sa valeur prédictive positive n’est également pas très élevée (tableau ci-dessous). Par ailleurs, les valeurs prédictives négatives ont été élevées dans presque toutes les études (73 % à 95 %).

Principaux résultats de performance diagnostique pour la détection des cas métastatiques dans une cohorte de patientes atteintes d’un cancer du sein

Étude1 et devis

n

Définition de positivité du marqueur (concentration sérique)

Sensibilité2

Spécificité2

Valeur prédictive positive2

Valeur prédictive négative2

CA 15-3

 

 

 

 

 

 

Gedik et coll. 2006 [36]

Rétrospectif

77

> 38 U/ml

Méta osseuses3 :

50 %

Méta osseuses3 :

95 %

73 %

88 %

van Dalen et coll. 1992 [32]

Rétropspectif

139

> 32 U/ml

70 %

87 %

29 %

97 %

O’Hanlen et coll. 1995 [31]

Prospectif

476

> 30 U/ml

88 %

81 %

30 %

99 %

O’Brien et coll. 1992 [37]

Retrospective

218

≥ 30 U/ml

68 %

90 %

39 %

97 %

Safi et coll. 1991 [38]

Prospectif

134

> 25 U/ml

95 %

79 %

43 %

99 %

Pons-Anicet et coll. 1987 [39]

Rétrospectif

179

> 25 U/ml

91 %

72 %

59 %

95 %

Fujino et coll. 1986 [28]

Rétrospective

115

> 24 U/ml

70 %

90 %

68 %

91 %

CEA

 

 

 

 

 

 

Safi et coll. 1991 [38]

Prospectif

109

> 6 U/ml

44 %

91 %

50 %

89 %

Robertson et coll. 1991 [40]

Prospectif

245

> 6 U/ml

39 %

90 %

67 %

73 %

Gedik et coll. 2006 [36]

Rétrospectif

77

> 4,8 U/ml

Méta osseuses3 :

38 %

Méta osseuses3 :

90 %

50 %

85 %

van Dalen et coll. 1992 [32]

Rétrospectif

139

> 4,6 U/ml

40 %

91 %

25 %

95 %

 

CA 15-3 : antigène de cancer 15-3; CEA : antigène carcinoembryonnaire; méta : métastases.
1. Pour être retenue, la distribution des patientes selon le stade de leur maladie et la concentration sérique du marqueur étudié devaient être rapportées. Les résultats devaient concerner des patientes à l’évaluation initiale ou avant tout traitement et un nombre de patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique d’au moins 10.
2. Calculés à partir des données de l’article.
3. Détectées par scintigraphie osseuse. Ne compte pas les cas avec résultats équivoques.

Puisque, chez les patientes atteintes d’une maladie de stade I ou II, la concentration des marqueurs CA 15-3 et CEA est similaire à celle observée chez des femmes non atteintes de cancer et que ces patientes représentent une proportion importante des cohortes évaluées dans les études présentées au tableau ci-dessus, il est possible que les valeurs prédictives négatives soient en réalité moins bonnes chez des patientes qui présentaient une maladie de stade III. Le tableau suivant présente les données sur la capacité des valeurs prédictives positive et négative à différencier les stades IV des stades III. Selon ces résultats, en se basant sur l’évaluation d’un nombre plus limité de patientes, un test positif du CEA aurait une meilleure capacité à prédire la présence de métastases à distance que le test CA 15-3, alors qu’un test négatif du CA 15-3 serait plus fiable pour désigner une absence de métastases (stade III). Ces résultats révèlent donc une certaine complémentarité de ces deux tests dans une telle situation.

Principaux résultats de performance diagnostique pour la détection des cas métastatiques dans une cohorte de patientes atteintes d’un cancer du sein de stade III

Étude1 et devis

n

Définition de positivité du marqueur
(concentration sérique)

Valeur prédictive positive2

(probabilité de stade IV si test [+])

Valeur prédictive négative2

(probabilité de stade III si test [-])

CA 15-3

 

 

 

 

van Dalen et coll. 1992 [32]
Rétropspectif

38

> 32 U/ml

50 %

88 %

O’Hanlen et coll. 1995 [31]
Prospectif

118

> 30 U/ml

63 %

62 %

O’Brien et coll. 1992 [37]
Retrospective

218

≥ 30 U/ml

59 %

83 %

Safi et coll. 1991 [38]
Prospectif

41

> 25 U/ml

72 %

94 %

CEA

 

 

 

 

Robertson et coll. 1991 [40]
Prospectif

145

> 6 U/ml

83 %

50 %

Safi et coll. 1991 [38]
Prospectif

34

> 6 U/ml

80 %

58 %

CA 15-3 : antigène de cancer 15-3; CEA : antigène carcinoembryonnaire.
1. Pour être retenue, la distribution des patientes selon le stade de leur maladie et la concentration sérique du marqueur étudié devaient être rapportées. Les résultats devaient concerner des patientes à l’évaluation initiale ou avant tout traitement et un nombre de patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique d’au moins 10.
2. Calculés à partir des données de l’article.

En conclusion, dans une situation où des tests d’imagerie pour la recherche de métastases à distance sont effectués systématiquement chez des patientes atteintes d’une maladie de stade III, l’utilisation des tests CA 15-3 et CEA est peu utile. Chez des patientes atteintes d’une maladie de stade I ou II, un test de marqueur positif apporterait plus de confusion que de réponses, et engendrerait possiblement beaucoup de tests d’imagerie inutiles. Les résultats des tests CA 15-3 et CEA ne sont donc pas susceptibles de changer la conduite du clinicien; l’utilisation de ces tests n’est par conséquent pas utile lors du bilan initial des cancers du sein.

Aucun des guides et consensus de pratique consultés n’aborde l’utilisation des marqueurs CA 15-3 et CEA pour guider la conduite concernant la décision de rechercher ou non des métastases lors du bilan initial de la maladie [49, 41, 42, 43].

Guides de pratique clinique

Le tableau suivant présente les recommandations de divers organismes concernant la pertinence de rechercher des métastases et il indique les tests d’imagerie à utiliser à cette fin au moment de la stadification initiale de la maladie. De façon générale, en l’absence de signes ou de symptômes, les tests d’imagerie ne sont pas considérés par ces organismes comme pertinents pour les cas de maladie de stade I, mais tous recommandent de rechercher des métastases à distance chez les patientes atteintes d’une maladie de stade III ou qualifiée de localement avancée ou à risque élevé. De plus, le NCCN et l’ESMO font des propositions particulières lorsqu’une thérapie systémique néoadjuvante est utilisée. Le rôle proposé pour la TEP-TDM est relativement restreint selon la plupart de ces organismes. Il importe de souligner que plusieurs des études originales présentées dans la sous-section sur la TEP-TDM sont récentes et n’ont pas pu être considérées dans la plupart des publications des organismes cités. Il est aussi à souligner que la recherche de métastases à distance est recommandée par l’ESMO et le NICE pour les patientes atteintes d’une maladie de stade II qui présentent certains facteurs de mauvais pronostic.

Sommaire des recommandations des guides et consensus de pratique clinique consultés concernant les tests d’imagerie pour la recherche de métastases à distance au moment de la stadification initiale

Organisme

Stade I

Stade II

Stade III

ACR 2016 [4445]

Cotes selon l’ACR Appropriateness CriteriaMC : 1 ou 2 pour tous les tests considérés
(TEP-TDM, scintigraphie osseuse, radiographie, TDM avec ou sans contraste et IRM avec ou sans contraste)

nd

Maladie de stade localement avancé1
Les tests suivants sont mentionnés, mais ils ne sont pas cotés selon l’ACR Appropriateness CriteriaMC :
-Scintigraphie osseuse
-TDM de la région supérieure de l’abdomen et du thorax
-La TEP est utilisée de plus en plus en remplacement de la TDM du thorax et de l’abdomen

NCCN V3.2017 [48]

La stadification systémique de routine n'est pas indiquée pour les cas de cancer du sein de stade peu avancé (stades I-IIB; recommandation de catégorie 2A)

Stades III ou maladie localement avancée, à considérer :
-TDM thoracique diagnostique avec agent de contraste (recommandation de catégorie 2A)
-TDM ou IRM diagnostique avec agent de contraste de l'abdomen +/- pelvis (recommandation de catégorie 2A)
-Scintigraphie osseuse  ou TEP-TDM avec fluorure de sodium2 (recommandation de catégorie 2B)
-TEP-TDM avec FDG (optionnel2; recommandation de catégorie 2A)

---

Contexte de thérapie systémique préopératoire et candidates à la chirurgie de conservation atteintes d’une maladie de stades IIA(T2N0)-IIIA(T3N1), à considérer :
-TDM thoracique diagnostique avec agent de contraste (recommandation de catégorie 2A)
-TDM ou IRM diagnostique avec agent de contraste de l'abdomen +/- pelvis (recommandation de catégorie 2A)
-Scintigraphie osseuse (recommandation de catégorie 2A) ou TEP-TDM avec fluorure de sodium2 (recommandation de catégorie 2B)
-TEP-TDM avec FDG (optionnel2; recommandation de catégorie 2A)

ESMO 2015 et ESO-ESMO 2014 [4942]

Les métastases à distance asymptomatiques sont très rare et les patients ne bénéficient pas d'un recours exhaustif à des tests de laboratoire (incluant des marqueurs tumoraux) ni d'une stadification radiologique (niveau de preuve III, grade de recommandation D)

À considérer si ganglions à l’aisselle cliniquement positifs, tumeur ≥ 5 cm, biologie agressive, en présence de signes cliniques ou de symptômes ou en présence de valeurs de tests de laboratoire suggérant la présence de métastases :
-TDM thoracique (niveau de preuve III, recommandation de grade B)
-Échographie ou TDM abdominale (niveau de preuve III, recommandation de grade B)
-Scintigraphie osseuse (niveau de preuve III, recommandation de grade B)
-Méthode d’imagerie en tandem (p. ex. TEP-TDM avec FDG) si les résultats avec les méthodes conventionnelles sont non concluants (niveau de preuve V, recommandation de grade A)
-Consensus de l’ETO-ESMO 2014 : on mentionne que si la TEP-TDM est disponible, elle peut être utilisée, mais en remplacement et non en plus de la TDM et de la scintigraphie osseuse (grade de recommandation 2B)

Candidates à la chimiothérapie néoadjuvante avec maladie à risque élevé ou patientes atteintes d’une maladie localement avancée et/ou inflammatoire :
-La TEP-TDM avec FDG peut remplacer les tests d’imagerie traditionnels (niveau de preuve V, grade de recommandation B)

NICE 2017 [46]

nd

Maladie de stade avancé3 :
-Métastases viscérales : utiliser une combinaison de radiographie, d’échographie, de TDM et d’IRM (recommandation non gradée)
-Métastases osseuses du squelette axial : TDM, IRM ou scintigraphie osseuse (recommandation non gradée)
-Pour l’évaluation du risque de fractures pathologiques aux membres proximaux en présence de signes de métastases osseuses à d’autres sites : scintigraphie osseuse ou radiographie (recommandation non gradée)
-La TEP-TDM ne devrait être utilisée que pour poser un nouveau diagnostic de métastases pour les patientes chez qui l’imagerie est suspecte, mais pas diagnostique, d’une maladie métastatique (recommandation non gradée)

AHS 2012 [47]

Aucun test recommandé

-Radiographie thoracique
-Imagerie abdominale optionnelle

-Radiographie ou TDM4 thoracique (recommandation non gradée)
-Imagerie abdominale (échographie ou TDM4; recommandation non gradée)
-Scintigraphie osseuse (recommandation non gradée)

ACR : American College of Radiology; AHS : Alberta Health Services; ESMO : European Society for Medical Oncology; ESO : European School of Oncology; FDG : fluorodésoxyglucose; IRM : imagerie par résonance magnétique; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; nd: non disponible; NICE : National Institute for Health and Care Excellence; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons.
1. Selon la définition de l’ACR, le stade localement avancé comprend les tumeurs primaires du sein bulky (de grande taille ou envahissant la peau ou la paroi thoracique) et les cancers du sein associés à des lymphadénopathies étendues, selon la définition du système de stadification de l’American Joint Committee on Cancer. Cette définition inclut les patientes atteintes d’une maladie de stades cT3 et cT4 et qui présentent des signes d’atteinte de multiples ganglions (≥ 4) ou de ganglions enchevêtrés (N2) ou encore l’atteinte d’un ganglion du second niveau incluant les régions infraclaviculaire, supraclaviculaire et mammaire interne.
2. Si la TEP-TDM avec FDG est utilisée et indique clairement la présence de métastases osseuses à la fois sur les composantes TEP et TDM du test, la scintigraphie osseuse ou la TEP-TDM avec fluorure de sodium pourrait ne pas être nécessaire. La TEP-TDM avec FDG peut être obtenue à la même occasion que la TDM diagnostique. Elle n’est pas indiquée pour l’évaluation des maladies de stades I, II ou III opérables. La TEP-/TDM avec FDG est particulièrement utile dans les cas où les résultats des tests de stadification standards sont équivoques ou suspicieux, particulièrement dans un contexte de maladie localement avancée ou métastatique. Elle peut aussi être utile pour la détection d’atteintes ganglionnaires régionales insoupçonnées et/ou de métastases à distance dans un contexte de maladie localement avancée lorsqu'elle est utilisée de façon complémentaire aux tests de stadification standards.
3. Maladie de stade avancé : maladie qui s’est étendue de façon significative dans le sein ou à d’autres organes du corps.
4. La TDM est préférée pour les cancers du sein inflammatoires.

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3.3.1.6 Corrélation radio-pathologique

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

3.3.2 Évaluation génétique

 

3.3.2.1 Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines

Le 5-fluorouracile (5-FU) et son précurseur oral, la capécitabine, sont des fluoropyrimidines utilisées dans les traitements néoadjuvant, adjuvant et palliatif de plusieurs types de cancer, incluant le cancer colorectal et le cancer du sein. De façon générale, ces agents sont relativement bien tolérés et les effets indésirables sont gérés par un traitement symptomatique ou un ajustement posologique. Chez certains patients toutefois, les fluoropyrimidines peuvent conduire au développement de toxicités sévères, parfois mortelles.

La déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD), l’enzyme qui catalyse la première étape de la dégradation du 5-FU, est un important facteur étiologique de la toxicité sévère induite par le 5-FU. Plusieurs variations génétiques ont été identifiées sur le locus du gène DPYD, qui code pour l'enzyme. La variante c.1905+1G>A (DPYD*2A) est la mieux caractérisée. Sa présence a été associée à une réduction de l’activité enzymatique DPD et à une augmentation du risque de toxicités sévères induites par une dose standard de fluoropyrimidines. Cependant, la fréquence de cette variante dans la population est peu élevée (1 %) et sa présence ne peut à elle seule expliquer l’ensemble des toxicités causées par une déficience en DPD.

Dans le but d’améliorer la qualité des traitements à base de fluoropyrimidines, le Programme québécois de cancérologie du MSSS a mandaté l’INESSS pour 1) identifier les autres variantes DPYD qui ont été associées à un risque accru de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines, 2) déterminer la stratégie thérapeutique à privilégier dans le cas d’un résultat positif au génotypage d’un allèle DPYD et 3) déterminer le moment opportun pour offrir le test de génotypage DPYD.

Une revue exhaustive de la littérature scientifique a permis l’identification d’autres variantes DPYD capables d’expliquer la toxicité sévère induite par les fluoropyrimidines. Une association significative a été démontrée entre la présence des variantes c.1679T>G et c.2846A>T, et le développement d’effets indésirables sévères suivant l’administration d’une dose standard de fluoropyrimidines. Le caractère significatif de l’association entre la variante c.1129-5923C>G et la toxicité sévère est moins bien démontré. Cependant, en raison de sa fréquence plus élevée et de données récentes qui appuient l’application d’une réduction de la dose de fluoropyrimidines chez les patients qui sont porteurs de cet allèle, les experts consultés se sont dits en faveur de sa détection. Par ailleurs, les experts sont aussi d’avis que l’information générée par le génotypage des quatre allèles consensuels est cliniquement significative et devrait entraîner un changement de la conduite clinique.

Des ajustements de la posologie basés sur la prédiction de l’activité DPD résiduelle chez les individus porteurs d’une variante DPYD ont été proposés par le Dutch Pharmacogenetics Working Group (DPWG) et le Clinical Pharmacogenetics Implementation Consortium (CPIC). L’utilité clinique de ces ajustements a été démontrée chez les individus porteurs de la variante c.1905+1G>A : une réduction de 50 % de la dose standard initiale de fluoropyrimidines a permis de maintenir la fréquence des effets indésirables sévères à un niveau similaire à celui observé chez les patients qui ne sont pas porteurs de cette variante et qui ont reçu une dose standard. Chez les patients porteurs d’une variante c.2846A>T ou c.1129-5923C>G, une réduction de 25 % de la dose initiale de fluoropyrimidines s’est avérée insuffisante pour diminuer le risque de toxicité sévère à un niveau comparable à celui observé chez les patients qui ne sont pas porteurs de variantes consensuelles DPYD. D’ailleurs, le CPIC recommande une réduction de la dose initiale comprise entre 25 et 50 % lorsque ces allèles sont détectés. Enfin, une seule étude a évalué l’effet d’un ajustement thérapeutique en présence de l’allèle c.1679T>G; une réduction de 50 % de la dose standard initiale s’est avérée sécuritaire pour l’unique patient qui était porteur de cet allèle. Étant donné que l’impact de l’allèle c.1679T>G sur l’activité enzymatique DPD est comparable à celui observé en présence de l’allèle c.1905+1G>A, les experts consultés considèrent que l’effet observé à la suite d’une réduction posologique de 50 % est cliniquement significatif.

Peu de données sont disponibles pour déterminer si les réductions posologiques de fluoropyrimidines demeurent efficaces pour traiter la maladie. Les quelques études considérées dans cette évaluation suggèrent que les ajustements thérapeutiques pratiqués sur la base du phénotype DPD ou du génotype DPYD permettent de maintenir la toxicité sévère à une fréquence comparable ou inférieure à celle observée chez les patients sans déficience (ou porteurs du génotype de référence) traités avec une dose standard, et ce, sans compromettre l’efficacité du traitement. Toutefois, ces études comportent d’importantes limitations sur le plan 1) de l’approche utilisée pour déceler la déficience (phénotype DPD vs génotype DPYD), 2) de la méthode employée pour définir le statut (en l’absence de validité clinique) et 3) du nombre de patients évalués pour faire la démonstration d’une différence significative d’efficacité entre les ajustements thérapeutiques et une dose standard de fluoropyrimidines. Néanmoins, les experts consultés sont d’avis que l’incertitude associée à l’efficacité des ajustements posologiques basés sur le statut DPD est similaire à celle observée pour les ajustements pratiqués régulièrement sur la base d’autres caractéristiques du patient (âge, sexe, statut de performance, insuffisance rénale ou hépatique et tolérance). Ils se sont également dits rassurés par le fait que la réduction posologique initiale soit suivie d’un réajustement de la dose, selon la tolérance de chaque patient, afin de maximiser l’efficacité du traitement.

Plusieurs enjeux limitent l’implantation du dépistage prospectif de la déficience en DPD dans la pratique courante. En comparaison avec le phénotypage DPD, le génotypage est une approche accessible, fiable, rapide et peu coûteuse. Par contre, la corrélation entre le génotype DPYD et le phénotype DPD est imparfaite.

Certains individus porteurs d’une variante DPYD ont un métabolisme régulier et ne présentent aucun signe de toxicité sévère après l’administration d’une dose standard de fluoropyrimidines. À l’opposé, un résultat négatif au génotypage d’allèles DPYD spécifiques (même combinés) ne peut garantir l’absence d’altération de l’activité DPD ou de toxicités sévères induites par les fluoropyrimidines. Sur le plan organisationnel, une hausse importante du nombre de requêtes de génotypage DPYD est anticipée suivant l’adoption d’une approche prospective, étant donné l’utilisation répandue des traitements à base de fluoropyrimidines. Les coûts engendrés ainsi que le délai d’accès aux résultats de l’analyse avant le début du traitement ont fait l’objet de préoccupations de la part des experts consultés. Enfin, plusieurs des patients interrogés préféreraient que l’analyse soit proposée à ceux pour qui on envisage un traitement à base de fluoropyrimidines.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Traitements à base de fluoropyrimidines : Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase, INESSS, 2019 [1].

Plusieurs outils de transfert de connaissances sont disponibles sur le site Web de l’INESSS dont un outil clinique traitant du Statut DPYD et risque de toxicités sévères des chimiothérapies à base de 5-FU et capécitabine, INESSS, 2019.

Références
1.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Traitements à base de fluoropyrimidines: Meilleures stratégies pour réduire le risque de toxicités sévères causées par une déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase. Avis rédigé par Mélanie Béland. Québec, Qc : INESSS; 2019. Disponible à: https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/INESSS_DPYD_Traitements.pdf.

3.3.2.2 Évaluation du risque génétique et familial

Les données relatives au risque du cancer du sein controlatéral et la présence des mutations rares sont présentées à la section Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une mutation génétique.

3.4 Traitement systémique néoadjuvant

3.4.1 Considérations générales

Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques
Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

3.4.2 Indications d’une thérapie systémique néoadjuvante

3.4.2.1 Recours à une thérapie systémique néoadjuvante pour le traitement d’une tumeur primaire non palpable
3.4.2.2 Tumeur dont la résécabilité est limite ou douteuse
3.4.2.3 Possibilité de transformer une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein

3.4.3 Hormonothérapie néoadjuvante

3.4.3.1 Indications d’une hormonothérapie néoadjuvante
3.4.3.2 Traitements et durée de l’hormonothérapie néoadjuvante

3.4.4 Chimiothérapie néoadjuvante (+/- thérapie ciblée ou immunothérapie)

3.4.4.1 Indications d'une chimiothérapie néoadjuvante
3.4.4.2 Protocoles de chimiothérapie néoadjuvante
3.4.4.3 Particularité pour une maladie RH+/RH- HER2+
3.4.4.4 Particularité pour une maladie RH- HER2- (TN)

3.4.5 Réponse à la chimiothérapie néoadjuvante

3.4.1 Considérations générales
3.4.2. Indications d’une thérapie systémique néoadjuvante

Le recours à une thérapie systémique néoadjuvante n’est pas limité aux patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé non résécable. Dans la mesure où une thérapie systémique est indiquée (chimiothérapie ou hormonothérapie) et qu'elle ne serait pas modifiée par l'information obtenue après une chirurgie primaire, les patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable peuvent être candidates à recevoir ce traitement selon une approche néoadjuvante si cette approche est susceptible de permettre une chirurgie conservatrice du sein et/ou de réduire l’étendue de la chirurgie au niveau du sein ou de l’aisselle et/ou si la réponse pathologique permet d’influer sur le traitement adjuvant par la suite. La sélection appropriée des patientes après concertation pluridisciplinaire est importante.

3.4.2.1 Recours à une thérapie systémique néoadjuvante pour le traitement d’une tumeur primaire non palpable

Selon les experts du Québec consultés, il n’est pas nécessaire qu'une anomalie mammaire décelée à l'examen clinique soit palpable pour envisager une thérapie systémique néoadjuvante si la situation clinique répond aux critères favorisant le recours à cette approche (p. ex. dans les cas de cancer du sein dont le statut est HER2+ ou triple négatif). Toutefois, il faut être en mesure d’évaluer une telle anomalie non palpable (habituellement de stade clinique T1, voire T2 si le sein est volumineux) pendant le traitement, notamment pour s'assurer que la tumeur ne progresse pas, et d’éviter un effet délétère sur le traitement locorégional subséquent et sur le résultat clinique à long terme. Selon les caractéristiques de la tumeur, une approche adjuvante pourrait néanmoins être préférable à une approche néoadjuvante si le type de traitement systémique choisi (p. ex. le protocole de chimiothérapie) est susceptible d'être modifié par l’information obtenue après une chirurgie primaire. Le résultat clinique des patientes traitées pour une tumeur non palpable n’est pas documenté dans les études néoadjuvantes, et les analyses par sous-types de cancer disponibles (soit cancer du sein dont le statut est HER2+, triple négatif ou RH+/HER2- de grade 1 ou 2) n’ont pas évalué si la taille de la tumeur primaire influe sur la probabilité de réponse au traitement néoadjuvant ou sur le résultat clinique à long terme.

Recommandations des guides et consensus de pratiques cliniques relatives à une thérapie néoadjuvante chez les patientes atteintes d’un cancer du sein non palpable.

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [1]

  • Le NCCN indique que les patientes ne sont pas candidates à la thérapie néoadjuvante si la tumeur n’est pas palpable ou évaluable par un examen clinique.

ESMO 2019 [2

  • L’ESMO indique qu'une thérapie systémique préopératoire est l’option à privilégier pour toutes les patientes atteintes d’une tumeur de > 2 cm lorsqu’une chirurgie optimale n'est pas possible et qu’une chirurgie conservatrice du sein est souhaitée et serait potentiellement réalisable si la tumeur régressait suffisamment, ainsi que pour les tumeurs de sous-type triple négatif ou HER2+, > 2 cm et/ou avec atteinte axillaire sans égard à la faisabilité d’une chirurgie optimale.

3.4.2.2 Tumeur dont la résécabilité est limite ou douteuse

Selon les experts du Québec consultés, la thérapie néoadjuvante peut potentiellement améliorer le résultat cosmétique de la chirurgie et réduire la morbidité qui y est associée dans les cas où le ratio entre la taille de la tumeur primaire et celle du sein est élevé ou si la tumeur primaire est localisée à proximité du mamelon ou de la cage thoracique. Aucune étude traitant de l’emploi d’une thérapie systémique néoadjuvante dans ces situations cliniques n’a été répertoriée.

3.4.2.3 Possibilité de transformer une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein

Trois méta-analyses compilant 19 ECR ainsi que 4 ECR supplémentaires ont rapporté que la thérapie néoadjuvante (hormonothérapie ou chimiothérapie) a permis la conversion d’une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein (CCS) chez 16,6 % à 53,2 % des patientes (tableau suivant) [3, 4, 5, 6, 7, 8, 9]. Ces taux ont été revus à la baisse chez une proportion de patientes qui, malgré leur admissibilité à la CCS, ont subi la mastectomie [3, 6]. Le taux de CCS a été plus élevé après une thérapie néoadjuvante comparativement à l’absence de traitement systémique avant la chirurgie [4, 5, 9, 10, 11, 12]. Les études rétrospectives de type monde réel (real world) ont montré que les patientes les plus susceptibles de bénéficier d’un traitement néoadjuvant en termes de CCS avaient un volume tumoral T2 et T3 [10, 11, 12].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le taux de conversion d’une mastectomie en chirurgie conservatrice (CCS) du sein à la suite d’une thérapie néoadjuvante (chimiothérapie ou hormonothérapie)

Étude

Thérapie néo/adjuvante

n

Candidate à la CCS avant TNA

(A)

Candidate à la CCS après TNA

(B)

CCS réalisée

(C)

Conversion1

Mastectomie → CCS (réalisée)

Taux de CCS

TNA vs TA

RR (IC 95 %)

Karakatsanis et coll., 2018 [3]

Méta-analyse

7 ECR (2005-2016)

TNA : Chimio ± hormono ou hormono 

TA : Chimio ± hormono ou hormono

1 452

43,3 %

(41,3-45,9)

60,4 %

(57,8-62,9)

51,8 %

(49,5-54,2)

16,6 % (14,4-19,0),

p < 0,001

nd

A vs B : OR = 2,00 (IC 95 % 1,72-2,33), p < 0,001

B vs C : OR = 0,70 (IC 95 % 0,50-0,99), p = 0,04

EBCTCG, 2018 [4]

Méta-analyse

Données individuelles de patientes de 10 ECR (1991-2009) 

Recrutement : 1983-2002

TNA : Chimio ± hormono

TA : Chimio ± hormono

4 756

nd

nd

1 504/2 320

(64,8 %)3

252/754 (33 %)2

 

RR = 3,48 

(IC 95 % 2,74-4,43)

(n = 2 320 vs 2 318)3:

 

64,8 % vs 49,0 %, p < 0,0001

RR : 1,28 (1,22-1,34)

Mieog et coll., 2007 [5]

Méta-analyse

Cochrane Collaboration

10 ECR (1991-2009)4

TNA : Chimio ± hormono

TA : Chimio ± hormono

5 500

675 / 1 549

(43,6 %)

nd

1 005/1 549

(64,9 %)

397/874

(45,4 %)

Taux de mastectomie

(n = 2 422 vs 2 870) :

RR : 0,71 (0,67-0,75), p < 0,001

BrighTNess 

Golshan et coll., 2020 [6]

Phase III

Chimiothérapie

(TN)

604

502/604

(83,1 %)

nd

342/502

(68,1 %)

75/141

(53,2 %)

nd

Lee et coll., 2011 [7]

Phase III

TNA : Chimio

TA : Chimio

204

133/204

(65 %)

nd

143/204

(70,1 %)

27/71

(38,0 %)

nd

ACOSOG Z1031 A

Ellis et coll., 2011 [8]

Phase II

Hormonothérapie

(Cancer RH+/HER2±)

352

189/352

(53,7 %)

nd

241/352

(68,5 %)

84/163

(51,5 %)

nd

Étude 10902, EORTC 

van Nes et coll., 2009 [9]

Chimiothérapie (RH±)

698

77/350

(22 %)

nd

122/350

(35 %)

Mastectomie →

CCS (admissible) :

58/268 (21,6 %)

(n = 350 vs 348)

35 % vs 22 %

Spronk et coll., 2019 [10]

Rétrospective

Dutch NBCA (2011-2016)

 

Chimiothérapie 

(tout sous-type)

57 907

nd

nd

4 170/8 195

(50,9 %)

nd

(n = 8 195 vs 49 712)

Global en 2016 : 57 % vs 68 %

cT1 : 65 % vs 79 %

cT2 : 66 % vs 48 %

cT3 : 35 % vs 9 %

cT4 : 19 % vs 17 %

Puig et coll., 2017 [11]

Rétrospective

NCDB (2004-2012)

Chimiothérapie (RH-)

130 723

nd

nd

nd

nd

(n = 23 165 vs 107 558)

Global en 2012 : 38,9 % vs 51,4 %

cT1 : aOR = 0,64, p < 0,001

cT2 : aOR = 1,17 (1,12-1,23), p < 0,001

cT3 : aOR = 1,45 (1,31-1,60), p < 0,001

cT4 : nd

Chiba et coll., 2017 [12]

Rétrospective

NCDB (2004-2012)

Hormonothérapie (RH+/HER2?)

2 294

nd

nd

46,4 %

nd

46,4 % vs 43,9 %, p = 0,02

OR : 1,60 (IC 95 % 1,46-1,75), p < 0,001

cT2 : 58,8 % vs 47,9 %,p < 0,001

cT3 : 26,2 % vs 15,0 %, p < 0,001

cT4a-c : 24,7 % vs 20,0 %, p =0,036

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTA : chimiothérapie adjuvante; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; ECR : étude clinique randomisée; EBCTCG : Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group; EORTC : European Organization of Research and Treatment of Cancer; HR : rapport des risques instantanés (hazard ratio); OR : rapport de cotes (odds ratio) n : nombre de sujets; NBCA : National Breast Cancer Audit; NCDB : National cancer database; n.d. : non disponible; ptes : patientes; RH : récepteurs hormonaux; RR : risque relatif; TA : thérapie adjuvante; TNA : thérapie néoadjuvante; vs : versus.

1. Patientes non candidates à la CCS au moment du diagnostic (mastectomie prévue) qui ont eu une CCS à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante / nb de patientes non candidates à la CCS au moment du diagnostic (mastectomie prévue).

2. Au total, 10 % des patientes traitées en adjuvant uniquement ont reçu une CCS ou aucune chirurgie, alors qu’une mastectomie était planifiée.

3. Le taux de CCS planifiées avant chirurgie était très similaire entre les patientes qui avaient reçu une CTNA vs une CTA (54,7 % vs 54,9 %).

4. Les données provenant de deux études non publiées (résumé de congrès) ont été utilisées. Ces études ont été publiées en 2008 et 2009.

 

La méta-analyse de Karakatsanis et coll. [3] a compilé des ECR publiées entre 2005 et 2016, qui ont présenté des données sur l’admissibilité à la CCS et sur la conversion de la mastectomie en CCS [13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]. La chimiothérapie, l’hormonothérapie et la thérapie combinée (chimiothérapie + anti-HER2) ont été administrées comme thérapie néoadjuvante chez des patientes atteintes d’une tumeur opérable sans métastases. Les cancers inflammatoires étaient exclus de la majorité des études. La thérapie néoadjuvante a permis à une proportion significative de patientes de devenir admissibles à la CCS alors qu’elles ne l’étaient pas avant le traitement (OR = 2,00 [IC 95 % 1,72-2,33], p < 0,001). L’étude a aussi montré qu’une proportion significative de patientes ont subi une mastectomie malgré leur admissibilité à la CCS (OR = 0,70 [IC 95 % 0,50-0,99], p = 0,04). Les auteurs ont mentionné que plus de 50 % des patientes qui avaient obtenu une réponse pathologique complète (pRC) ont subi une mastectomie. Une méta-analyse a d’ailleurs démontré que l’obtention d’une pRC suivant un traitement néoadjuvant n’est pas associée au taux de CCS [20]. Le type de chirurgie planifiée avant le traitement, une maladie multicentrique ou multifocale, le volume de la tumeur avant traitement et la présence d’une tumeur résiduelle palpable ont été rapportés comme étant les principaux facteurs qui ont dicté le résultat chirurgical. La préférence des patientes n’a pas été rapportée dans les ECR incluses.

L’étude EBCTCG [4] a compilé les données individuelles de 4 756 patientes issues d’ECR, qui a comparé la chimiothérapie néoadjuvante à la même chimiothérapie adjuvante [21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29]. L’utilisation de la thérapie néoadjuvante a permis au tiers des patientes, initialement candidates à une mastectomie, d’avoir accès à une CCS. Un total de 64,8 % et 49,0 % des femmes traitées « en néoadjuvant » et « en adjuvant », respectivement, ont eu une CCS (RR : 1,28 [IC 95 % 1,22-1,34]). Des conclusions similaires ont été dégagées de la méta-analyse de Mieog et coll. [5] qui regroupe 8 des 10 ECR de l’étude EBCTCG. Le taux de conversion de la mastectomie vers la CCS a été de 45,4 % suivant une thérapie néoadjuvante. La thérapie néoadjuvante a permis à plus de patientes d’éviter la mastectomie comparativement à celles qui ne l’avaient pas reçue.

Quatre ECR non répertoriées dans les méta-analyses ont présenté des données sur la transformation d’une mastectomie en CCS. Dans tous les cas, l’utilisation de la thérapie néoadjuvante a permis à une plus grande proportion de patientes d’avoir recours à une CCS [6, 7, 8, 9].

Les études rétrospectives [10, 11, 12] ont montré que la thérapie néoadjuvante permet à plus de patientes atteintes d’un cancer du sein cT2 et cT3 d’avoir recours à une CCS comparativement aux patientes traitées avec une thérapie adjuvante, et ce, malgré un stade de la maladie plus avancé chez les patientes traitées avec la thérapie néoadjuvante [11]. Le taux de transformation d’une mastectomie vers une CCS n’a pas été présenté dans ces études étant donné l’absence d’information, dans les bases de données analysées, sur le type de chirurgie planifié initialement [12]. La majorité des patientes T1 ont généralement eu une CCS indépendamment de la séquence des traitements, alors que les patientes atteintes d’une tumeur T4 a-c ont eu en majorité une mastectomie (75 % à 89 % selon les études [10, 11, 12]) indépendamment de l’administration ou non d’une thérapie néoadjuvante. 

Les données disponibles n’ont pas montré de différence significative en ce qui a trait à l’incidence des récidives locorégionales et des décès chez les patientes dont la mastectomie a été convertie en chirurgie conservatrice du sein (suivie d’une radiothérapie) grâce à la chimiothérapie néoadjuvante comparativement aux patientes déjà candidates à cette option de traitement locorégional au moment du diagnostic et à celles qui avaient subi une mastectomie (candidates ou non à la chirurgie conservatrice du sein) [5, 9]. Le tableau suivant présente ces résultats.

Principaux résultats d’études qui ont évalué le risque de récidive locorégionale et la survie suivant une mastectomie comparativement à une chirurgie conservatrice du sein à la suite d’une thérapie néoadjuvante (chimiothérapie ou hormonothérapie) 

Étude

Comparaison

n

Récidive locorégionale

Survie globale

Méta-analyse

Mieog et coll., 2007 [5]

Cochrane Collaboration

Tumeur opérable

Suivi médian : 18-124 mois

A) CTNA + CCS (conversion1)

B) CTNA + CCS (prévue d’emblée)

623

A vs B :

RR = 1,34 (IC 95 % 0,85-2,13)

p = 0,21

A vs B :

HR = 1,33 (IC 95 % 0,67-2,63)

p = 0,41 (n = 120)

ECR

Étude 10902, EORTC

Van Nes et coll., 2009, 2001 [9]

Suivi médian : 10 ans

A) CCS + CTA

B) CTNA + CCS (prévue d’emblée)

C) CTNA + CCS (conversion1)

185

A vs B :

HR = 1,00 (IC 95 % 0,46-2,15)

A vs C :

HR = 1,10 (IC 95 % 0,50-2,39)

p (global) = 0,97

A vs B :

HR = 1,03 (IC 95 % 0,51-2,09)

A vs C :

HR = 1,33 (IC 95 % 0,66-2,66)

p (global) = 0,67

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTA : chimiothérapie adjuvante; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; ECR : étude clinique randomisée; EORTC : European Organization of Research and Treatment of Cancer; HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; RR : risque relatif; vs : versus.

1. Patientes non candidates à la chirurgie conservatrice du sein au moment du diagnostic (mastectomie prévue), qui le sont devenues à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante

 

Consensus d’experts et guides de pratique 

Recommandations des guides et consensus de pratiques cliniques relatives à la thérapie néoadjuvante permettant la conversion d’une mastectomie en chirurgie conservatrice du sein

 

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [1]

  • Chez les patientes atteintes d’une tumeur opérable et chez qui la chimiothérapie est clairement recommandée comme traitement adjuvant, l’administration néoadjuvante de la chimiothérapie peut être considérée si la patiente désire une chirurgie conservatrice du sein alors qu’elle n’y est pas candidate.
  • La thérapie systémique préopératoire peut augmenter le taux d’admissibilité à la chirurgie conservatrice du sein, réduire l’étendue de la chirurgie axillaire et elle donne la possibilité d’observer la réponse clinique et pathologique à un traitement systémique chez une patiente. 

ESMO 2019 [2

  • Dans le cas d’un cancer du sein localement avancé et pour un cancer volumineux opérable, en particulier lorsque la mastectomie est requise en raison du volume de la tumeur, la thérapie néoadjuvante est recommandée pour réduire l’étendue de la chirurgie nécessaire. (niveau de preuve IA). 

St. Gallen 2019 [30]

  • Les panélistes croient que l’administration d'une chimiothérapie néoadjuvante est l'approche à privilégier chez les patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif ou HER2+ de stade 2 ou 3. Cela permet de diminuer le volume de la résection, d’administrer une thérapie systémique efficace, d’avoir des indices sur le pronostic de la patiente et d’adapter la thérapie systémique et locale en fonction de l’étendue de la tumeur résiduelle.

NICE 2018 [31]

  • La chimiothérapie néoadjuvante peut être proposée aux patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant comme option pour réduire la taille de la tumeur si la patiente est atteinte d’un cancer infiltrant RO- ou RO+ et que la chimiothérapie est indiquée.

American Society of Breast Surgeon [33

  • L’objectif de la thérapie néoadjuvante est :

- d’augmenter les chances d’une chirurgie conservatrice du sein chez les patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stades II-III, chez qui une mastectomie aurait été requise en raison d’un ratio poitrine/tumeur non favorable.

- de permettre un résultat cosmétique plus favorable chez les patientes initialement candidates à la chirurgie conservatrice du sein chez qui le résultat cosmétique aurait été limité en raison d’un ratio poitrine/tumeur non favorable.

- de diminuer la morbidité et l’étendue de la chirurgie axillaire chez les patientes qui présentent une maladie axillaire importante.

BC Cancer Agency (mise à jour en janvier 2017) [32]

  • Les patientes atteintes d’un cancer du sein de stade peu avancé (≥ 2 cm) et de sous-type TN ou HER2+ sont candidates à une thérapie systémique néoadjuvante si cette thérapie est susceptible de diminuer le volume de la tumeur et de permettre une chirurgie conservatrice du sein.

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Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques

L’extravasation est une complication potentiellement grave pouvant survenir au cours de l’administration d’un agent antinéoplasique. La détermination des facteurs de risque potentiels, l’application des méthodes de prévention et le respect des méthodes d’administration peuvent contribuer à faire diminuer les risques d’extravasation. La reconnaissance et la prise en charge des symptômes deviennent essentielles pour les patients touchés par cette complication. L’information adéquate donnée aux patients concernant les symptômes à surveiller de même qu’au personnel responsable de l’administration des agents antinéoplasiques ainsi que de la prévention et de la prise en charge de l’extravasation est tout aussi essentielle.

L’utilisation de compresses sèches froides ou tièdes ainsi que de divers antidotes (dexrazoxane, diméthylsulfoxide et hyaluronidase), déterminés en fonction de l’agent administré, permet de traiter l’extravasation. Une approche chirurgicale devrait être considérée lorsque le traitement classique par les antidotes est insuffisant, ou en présence de morbidités graves.

Le suivi des patients permet d’évaluer la progression ou la régression des symptômes et ainsi de prendre les mesures appropriées. Le temps de suivi varie en fonction des progrès cliniques observés. L’utilisation d’un modèle validé permettra d’optimiser la collecte d’information.

Considérant les données probantes disponibles à ce jour et les lignes directrices publiées par divers organismes, une série de recommandations ont été émises par l’INESSS concernant la prise en charge et le traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques.

 

Généralité

Les mesures suivantes contribuent à prévenir et à réduire au minimum les conséquences de l’extravasation d’un agent antinéoplasique :

• Les agents antinéoplasiques sont administrés dans des centres où le personnel est qualifié pour le faire.

• Le personnel responsable de l’administration des agents antinéoplasiques a reçu une formation adéquate en matière de prévention et de prise en charge de l’extravasation.

• Un protocole, écrit et facilement accessible, de traitement de l’extravasation est disponible dans les centres où des agents antinéoplasiques sont administrés aux patients. La présence d’une ou de plusieurs trousses destinées au traitement de l’extravasation est fortement conseillée.

• Les patients sont informés du risque possible d’extravasation, des mesures de prévention et sont formés à reconnaître les premiers symptômes afin d’en aviser immédiatement le personnel médical.

• Le ou les agents vésicants sont administrés en premier lorsque plusieurs agents différents sont administrés, si le protocole le permet.

 

Traitement

Extravasation d’un agent antinéoplasique administré par voie périphérique

• Le choix du type de compresse à utiliser se fait en fonction de l’agent antinéoplasique extravasé, à savoir :

♦ compresse sèche froide (0°C, 20 à 30 minutes à la fois, 4 fois par jour durant les 24 à 48 premières heures suivant l’extravasation) :

– agents alkylants,

– agents irritants (à l’exception de l’oxaliplatine),

– agents non irritants (une seule application, puis au besoin),

– anthracyclines,

– antibiotiques (mitomycine, dactinomycine, mitoxantrone, streptozocine),

– amsacrine,

– taxanes;

♦ compresse sèche tiède (44°C à 50°C, 20 à 30 minutes à la fois, 4 fois par jour durant les 24 à 48 premières heures suivant l’extravasation) :

– alcaloïdes de la vinca,

– oxaliplatine.

• La dexrazoxane (1 000 mg/m2 [maximum : 2 000 mg/dose] le jour 1 et le jour 2 puis 500 mg/m2 [maximum : 1 000 mg/dose] le jour 3) est utilisée pour le traitement de l’extravasation d’anthracyclines. On peut consulter le Registre des antidotes du Québec pour connaître les centres qui maintiennent cet antidote en stock. La marche à suivre pour consulter ce registre est disponible sur le site Web de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

• Le DMSO (à 99 %, 4 gouttes/10 cm2 toutes les 6 à 8 heures durant 7 à 14 jours, à débuter dans les 10 premières minutes suivant l’extravasation) est utilisé pour le traitement de l’extravasation des agents suivants :

♦ mitomycine;

♦ anthracyclines, à défaut d’une possibilité de traitement par la dexrazoxane dans les 6 heures suivant l’extravasation.

• L’hyaluronidase (150 à 1 500 unités (U); 150 U/ml dans la voie ou 1 500 U/ml en 5 injections de 0,1 ml à 0,2 ml) est utilisée pour le traitement de l’extravasation d’alcaloïdes de la vinca. On peut consulter le Registre des antidotes du Québec pour connaître les centres qui maintiennent cet antidote en stock. La marche à suivre pour consulter ce registre est disponible sur le site Web de l’INSPQ.

• Les corticostéroïdes systémiques ne sont pas utilisés pour le traitement de l’extravasation.

• Les corticostéroïdes topiques sont utilisés, si nécessaire, pour le traitement de l’inflammation autour du site d’extravasation, sauf en présence d’alcaloïdes de la vinca ou d’étoposide.

• Une consultation en chirurgie est demandée si l’état de santé du patient le justifie.

• Les mesures de prise en charge d’une extravasation survenue lors de l’administration d’un agent antinéoplasique par voie périphérique décrites dans le protocole de prise en charge (protocole A-1) sont généralement appliquées

 

Extravasation d’un agent antinéoplasique administré par voie centrale

• Le diagnostic est confirmé par veinographie ou par imagerie.

• La dexrazoxane (1 000 mg/m2 [maximum : 2 000 mg/dose] le jour 1 et le jour 2 puis 500 mg/m2 [maximum : 1 000 mg/dose] le jour 3) est utilisée pour le traitement de l’extravasation d’anthracyclines.

• Les mesures de prise en charge d’une l’extravasation survenue lors de l’administration d’un agent antinéoplasique par voie centrale décrites dans le protocole de prise en charge (protocole A-2) sont généralement appliquées.

Suivi et documentation

• Chaque cas d’extravasation d’un agent antinéoplasique est documenté dans le dossier médical du patient et rapporté de manière exhaustive. L’utilisation d’un modèle contenant toute l’information à recueillir relativement à l’extravasation est fortement conseillée.

• Un rapport de déclaration d’incident ou d’accident est rempli, suivant la directive de l’établissement.

• Un suivi est fait toutes les 24 à 48 heures pendant la première semaine, puis toutes les semaines s’il y a une amélioration, et ce, jusqu’à la résolution des symptômes.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Guide de prise en charge de l’extravasation des agents antinéoplasiques : Mise à jour, INESSS, 2019 [1].

Références
1.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Guide de prise en charge de l'extravasation des agents antinéoplasiques: Mise à jour. Guide rédigé par Jim Boulanger, Cathy Gosselin, Karine Almanric, Annick Dufour, Sophie Fortier, Marie-Élaine Genest, Geneviève Langlois. Québec, Qc : INESSS; 2019. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/INESSS_Extravasation_traitements_antineoplasiques.pdf

 

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

Les agents antinéoplasiques et la radiothérapie utilisés pour le traitement du cancer peuvent causer des nausées et des vomissements. Les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie (NVIC) ou la radiothérapie (NVIR) sont parmi les effets indésirables les plus appréhendés par les patients atteints d’un cancer. Ils peuvent générer des conséquences significatives qui compromettront la qualité de vie des patients.

L’administration des antagonistes des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, des corticostéroïdes et des antagonistes des récepteurs de la neurokinine-1 a fait progresser de façon importante la prévention et la maîtrise de ces effets indésirables. Les mises à jour des guides de pratique sur la prévention des NVIC et des NVIR ont incorporé deux nouvelles molécules pour les traitements antiémétiques. L’olanzapine, même si ce médicament n’a pas reçu d’avis de conformité de Santé Canada pour cette indication, a été ajouté pour la prévention des NVIC en cas d’administration de chimiothérapie à potentiel hautement émétisant. Par ailleurs, la combinaison de nétupitant et de palonosétron, ou NEPA, est administrée en prophylaxie pour la prévention des NVIC aigus et retardés chez les personnes qui reçoivent une chimiothérapie à potentiel hautement émétisant.

Considérant les données probantes disponibles à ce jour et les lignes directrices publiées par divers organismes, une série de recommandations ont été émises par l’INESSS pour la prévention et le traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie et la radiothérapie.

 

Nausées et vomissements induits par la chimiothérapie (NVIC)

À potentiel hautement émétisant :

  • Phase aiguë (0 – 24 h) : combinaison d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, de la dexaméthasone, d’un antagoniste des récepteurs NK-1 et de l’olanzapine.
  • Phase retardée (24 h et plus) : combinaison de la dexaméthasone et de l’olanzapine. Si l’aprépitant est administré comme antagoniste des récepteurs NK-1 au jour 1, il est recommandé de le continuer aux jours 2 et 3.

À potentiel modérément émétisant :

  • Phase aiguë (0 – 24 h) : combinaison d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine et de la dexaméthasone.
  • Phase retardée (24 h et plus) : la dexaméthasone doit être considérée si la chimiothérapie est reconnue pour provoquer des NVIC retardés.

À potentiel faiblement émétisant :

  • Phase aiguë (0 – 24 h) : l’administration de la dexaméthasone ou, en option de remplacement, d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, de la prochlorpérazine ou du métoclopramide.
  • Phase retardée (24 h et plus) : aucune prophylaxie.

À potentiel très faiblement émétisant

  • Phases aiguë et retardée : aucune prophylaxie.

 

Situations particulières

  • Chimiothérapie à haute dose : combinaison d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, de la dexaméthasone et de l’aprépitant en prophylaxie.
  • Chimiothérapie pendant plusieurs jours : le choix des antiémétiques est fait quotidiennement, selon le potentiel émétisant du régime de chimiothérapie. Ainsi, selon le potentiel émétisant des agents de chimiothérapie, un traitement à base d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine et de dexaméthasone pourrait être administré (l’ajout d’un antagoniste NK-1 est recommandé dans le cas d’une chimiothérapie à base de cisplatine).
  • NVIC non maîtrisés ou réfractaires : réévaluer le risque émétique. Si les symptômes persistent, l’ajout d’olanzapine est recommandé, ou celui d’un médicament d’une classe différente (lorazépam, antidopaminergique, nabilone) si l’olanzapine était préalablement donnée, en plus de continuer la médication antiémétique déjà prescrite.
  • Chimiothérapie orale : pour les NVIC à potentiel modérément ou hautement émétisant, un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, administré oralement, est recommandé. Pour les NVIC à potentiel faiblement et très faiblement émétisant, un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine, administré oralement, ou encore le métoclopramide ou la prochlorpérazine, est recommandé au besoin seulement.
  • Nausées et vomissements anticipatoires : le lorazépam 0,5-2 mg à prendre le soir avant la chimiothérapie, à répéter 1 à 2 heures avant la chimiothérapie, pourrait être envisagé. Une thérapie comportementale pourrait également être suivie.

 

Nausées et vomissements induits par la radiothérapie (NVIR)

À potentiel hautement émétisant

  • L’administration d’un antagoniste du récepteur 5-HT3 de la sérotonine combiné avec la dexaméthasone est recommandée avant chaque fraction et le jour suivant la fraction si aucune radiothérapie n’est planifiée.

À potentiel modérément émétisant

  • L’administration d’un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine est recommandée. L’ajout de dexaméthasone pour les cinq premières fractions est facultatif.

À potentiel faiblement ou très faiblement émétisant

  • Une thérapie de secours avec la dexaméthasone, un antagoniste des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine ou un antidopaminergique est recommandée.

Prophylaxie avant le traitement de radiothérapie combiné à la chimiothérapie

  • La prémédication doit être déterminée selon le potentiel émétisant de la chimiothérapie, à moins que celui de la radiothérapie ne soit plus élevé.

 

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Guide pour la prévention et le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie chez l’adulte : Mise à jour, INESSS, 2019 [1].

Références
1.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Guide pour la prévention et le traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie et la radiothérapie chez l'adulte: Mise à jour. Guide rédigé par Dominique Arsenault, Karine Almanric, Amélie Chartier, Nathalie Letarte, Mélanie Simard. Québec, Qc : INESSS; 2019. Disponible à : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/INESSS_Antiemetiques.pdf

3.4.3 Hormonothérapie néoadjuvante

3.4.3.1 Indications d’une hormonothérapie néoadjuvant

Plusieurs études ont montré l’efficacité de la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) pour réduire la taille d’une tumeur cancéreuse au sein, permettant ainsi à certaines patientes de bénéficier d’une chirurgie conservatrice plutôt que de subir une mastectomie. Les femmes RH+/HER2- qui souhaitent une chirurgie conservatrice du sein peuvent subir des effets secondaires importants avec l’utilisation de la CTNA et elles ne parviennent que rarement à obtenir une réponse pathologique complète. L’administration de l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA), dont les effets secondaires sont moins importants, pourrait permettre à un certain nombre de femmes (RH+/HER2-) de bénéficier de la chirurgie conservatrice du sein sans les désavantages liés à la toxicité de la chimiothérapie.

La comparaison entre l’HTNA et la CTNA chez des patientes ménopausées RH+/HER2- atteintes d’un cancer du sein infiltrant de type luminal A ou B indique une efficacité similaire en termes de taux de réponse, de réponse pathologique complète et de chirurgie conservatrice du sein et une toxicité nettement inférieure avec l’utilisation de l’HTNA. Il est recommandé d’administrer l’HTNA uniquement à des patientes ménopausées à faible risque, de type luminal A. Peu de données sont disponibles sur l’efficacité de l’HTNA chez les femmes non ménopausées. Chez certaines patientes soigneusement sélectionnées et qui choisissent une chirurgie conservatrice du sein alors qu’une mastectomie s’impose, l’HTNA peut être considérée et administrée en concomitance avec la suppression de la fonction ovarienne (agoniste LHRH).

Taux de réponse objective et chirurgie conservatrice du sein

Quatre études cliniques randomisées de phase II [1, 2, 3, 4], deux méta-analyses [5, 6] et une étude rétrospective [7] ont comparé l’efficacité de HTNA à celle de la CTNA. Les études comprenaient majoritairement des femmes ménopausées RH+/HER2- atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé (stade IIA ou IIB) résécable, candidates ou non à la chirurgie conservatrice du sein. La durée du traitement s’est étalée entre 12 et 24 semaines.

Études cliniques randomisées et méta-analyse

Les études cliniques randomisées n’ont démontré aucune différence significative chez les femmes ménopausées (HTNA contre CTNA), et ce, pour le taux de réponse clinique (64,5 % à 90,9 % contre 63,6 % à 77,3 %) [1, 2, 4], le taux de réponse radiologique (40,0 % à 59,1 % contre 46,0 % à 57,0 %), la réponse pathologique complète (0 % à 3,8 contre 0 % à 6 %), le taux de chirurgie conservatrice du sein (33 % à 69,2 % contre 24 % à 68,6 %) [1, 2, 3, 4] et l’index de prolifération cellulaire Ki67 mesuré à la chirurgie (4,5 % et 3 % contre 6,3 % et 9 %) [1, 2]. Il importe de préciser que les protocoles de chimiothérapie et d’hormonothérapie employés différaient entre les études. Le taux de réponse pathologique complète obtenu a été très faible pour les deux types de traitement, variant de 0 à 6 % selon les études. Ces taux se rapprochent des valeurs rapportées dans la littérature pour ce sous-type de tumeur (RH+/HER2-) [8]. Le tableau suivant résume les principaux résultats.

Comparaison de l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA) avec la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) chez les femmes atteintes d’un cancer du sein

Étude et traitements

Caractéristiques

Taux de réponse objective

pRC/RCB

CCS réalisées

Ki67

Études randomisées (HTNA vs CTNA)

NEOCENT

Palmieri et coll., 2014 [2]
n = 44

HTNA = létrozole, 2,5 mg/jour

CTNA = F500E100C500 q3s x 6 cycles ou F600E75C600 q3s x 6 cycles

 

Durée du traitement = 

18 à 23 sem.

Patientes :

Âge médian = 

59,8 ans (55,1-65,6)

Ménopausées

RO+, RP±, HER2±2

Tumeur opérable

 

Type de cancer :

Infiltrant

T2-3N?M0

Clinique :

90,9 % (IC 95 % 70,8-98,9)

vs

 77,3 % (IC 95 % 54,6-92,2),
p = 0,32


Radiologique

(échographie) :

59,1 % (IC95 % 36,4-79,3)

vs

54,5 % (IC 95 % 32,2-75,6), p = nd

0 % vs 0 %,

p = nd

Candidates à la CCS avant traitement :

50,0 % vs 54,6 %

 

CCS réalisées :

68,2 % vs 54,6 %,

p = nd

Moyenne géométrique :
Initiale :
24,7 % vs 18,2 %

À la chirurgie :
4,5 % vs 6,3 %,
p = nd

Ratio de la variation moy. de l’expression :

2,06 (IC 95 % 0,81-5,25),
p = 0,13

GEICAM/2006-03
Alba et coll., 2012 [3]
Phase II

n = 95

 

HTNA = exémestane 25 mg/jour (+ goséréline 3,6 mg/mois pour les femmes non ménopausées)

CTNA = E90C600 q3s x 4 cycles puis D100 (+ goséréline 3,6 mg/mo pour les femmes non ménopausées)
 

Durée du traitement =

24 sem.

Patientes :

Âge médian = 50,5 ans (33-72) vs 51 ans (32-74)

Non ménopausées et

ménopausées

RO+, RP+, HER2-3

Tumeur opérable

 

Type de cancer :

Stade II-IIIA

T1N1-2M0 ou T2-3N0-1M0

Radiologique (IRM) :

 

Ménopausées et non ménopausées (n = 95) :

 48 % (IC 95 % 33,8-62)

vs

66 % (IC 95 % 52,5-79,5),

p = 0,075

 

Score Allred > 6 (n = 71)4 :

 41 % (IC 95 % 24,7-57,7)

vs
68 % (IC 95 % 52,5-82,7), p = 0,0256


Ménopausées (n = 44)4 :

52 % (IC 95 % 31,0-73,8)

vs

57 % (IC 95 % 36,2-76,8), p = 0,78

0,0 % vs 2,1 %**

p = nd

56 % vs 47 %,
p = 0,2369

nd

Semiglazov et coll., 2007 [4]
Phase II
n = 121 vs 1185

HTNA = anastrozole, 1 mg/jour ou exémestane 25 mg/jour
CTNA = D60P200

Durée du traitement =
12 sem.

Patientes :

Âge médian = 68 vs 67 ans

Ménopausées

RO et/ou RP+, HER2 nd6

Non candidates à la CCS, opérables ou non opérables

 

Type de cancer :

Infiltrant de stade peu avancé ou localement avancé

 (IIa-IIIb),

T2N1-2M0, T3N0-1M0, T4N0M0

Clinique :
64,5 % vs 63,6 %, p > 0,50

Score Allred ≥ 6
(n = 70 vs 63)
70 % vs 60 %, p = 0,068


Radiologique :

(mammographie)

60 % vs 63 %, p = 0,50

 

Score Allred ≥ 6

(n = 70 vs 63) :

66 % vs 60 %, p = 0,088

 

(échographie)

40 % vs 46 %, p = 0,80

3 % vs 6 %,

p > 0,05

33 % vs 24 %,
p = 0,058

 

Score Allred ≥ 6

(n = 70 vs 63)

43 % vs 24 %, p = 0,054

nd

Méta-analyses

Spring et coll., 2016 [5]
3 ECR [2, 3, 4]

HTNA = IA
CTNA = EC-T ou FEC ou AP

CTNA/HTNA

Patientes :

Non ménopausées et

ménopausées

RH+

Clinique (n = 378) :

OR = 1,08 (IC 95 % 0,50-2,35),
p = 0,85
I2 = 55 %, p = 0,11


Radiologique (n = 378) :

OR = 1,38 (IC 95 % 0,92-2,07), p = 0,12

I2 = 0 %, p = 0,41

n = 334

OR = 1,99 (IC 95 % 0,62-6,39),

p = 0,25

I2 = 0 %, p = 0,76

n = 334

 

OR = 0,65 (IC 95 % 0,41-1,03),

p = 0,07

I2 = 0 %, p = 0,87

nd

Leal et coll., 2015 [6]
2 ECR [3, 4]
 

HTNA = IA

CTNA = EC-T ou AP
 

CTNA/HTNA

Non ménopausées et ménopausées
RH+
n = 334

Clinique et radiologique7 :
OR = 1,33 (IC 95 % 0,625-2,85),
p = 0,46
I2 = 59 %, p = 0,12

 

nd

OR = 0,65 (IC 95 % 0,41-1,03), p = 0,07
I2 = 0 %, p = 0,87

nd

Ménopausées
RH+

n = 283 

 

OR = 0,99 (IC 95 % 0,61-1,61), p = 0,98

I2 = 0 %, p = 0,76

nd

nd

nd

A : doxorubicine; C : cyclophosphamide; CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; D : docétaxel; E : épirubicine; F : 5-fluorouracil; HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; IA : inhibiteur de l’aromatase; IC : intervalle de confiance; IRM : imagerie par résonance magnétique; OR : rapport de cotes (odds ratio); n : nombre de patientes; nd : non disponible; P : paclitaxel; pRC : réponse complète pathologique; q3s : cycle de traitement aux 3 semaines; RCB : Residual cancer burden; RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs de l’œstrogène; RP : récepteurs de la progestérone; sem. : semaine; T : docétaxel; vs : versus.

1. RO score Allred 4-8. Cent deux (102) des 106 patientes (96,2 %) avaient un score Allred 7-8.
2. RO Allred 6-8 ou H-score ≥ 100; PR+ chez 68,2 % des patientes; HER2- chez 86,4 % des patientes.
3. RO score Allred 3-8, cytokératine 8/18+, 75 % des patientes avaient un score Allred 7-8.
4. Analyse de sous-groupe non planifiée
5. Les patientes traitées par hormonothérapie néoadjuvante pouvaient recevoir l’anastrozole (n = 61) ou l’éxémestane (n = 60).
6. RO score Allred 4-8. Cent trente-trois (133) des 239 (56 %) patientes avaient un score Allred 6 à 8; RO+ chez 86 % des patientes; HER2 non défini.
7. Pour faciliter la comparaison entre les méta-analyses, les données du rapport OR de la méta-analyse de Leal et coll. ont été converties 1/x pour obtenir un ratio CTNA/HTNA, comme présenté dans l’article de Spring et coll.
* Addition de la réponse complète et de la réponse partielle
** Le calcul de la proportion (%) a été fait à partir des valeurs données par l’auteur.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

L’étude de phase II NeoPAL [1] a comparé l’efficacité de la combinaison létrozole / palbociclib, un inhibiteur sélectif des kinases dépendantes des cyclines 4 et 6 (CDK 4/6), à la CTNA chez des patientes atteintes d’un cancer du sein peu avancé à haut risque (majoritairement de sous-type luminal B). L’étude réalisée chez des femmes ménopausées qui exprimaient fortement les récepteurs de l’œstrogène et dont le statut HER2 était négatif avait comme paramètre d’évaluation primaire d’obtenir une charge cancéreuse résiduelle (residual cancer burden [RCB]) de 0-I chez ≥ 20 % des sujets. L’objectif principal n’ayant pas été atteint lors de l’analyse intermédiaire, le recrutement a cessé prématurément après le recrutement de 106 patientes. Le RCB, la réponse pathologique complète, le taux de chirurgie conservatrice du sein et l’indice Ki67 ont été très similaires entre les deux traitements. Le taux de chirurgie conservatrice du sein a été de 69,2 % et 68,6 % pour HTNA et la CTNA respectivement alors que les patientes n’étaient pas candidates à la chirurgie conservatrice du sein avant le début du traitement. Aucune analyse statistique comparative n’a été présentée dans cette étude.

L’étude de faisabilité NEOCENT [2] a inclus uniquement des femmes ménopausées fortement RO+ (score Allred ≥ 6), dont quatre femmes étaient HER2+ (9,1 % de la cohorte). Aucune différence significative n’a été observée entre les traitements d’HTNA et de CTNA (absence d’analyse statistique). Malgré l’atteinte de l’objectif primaire d’évaluer la faisabilité du recrutement des patientes, le comité de surveillance des essais cliniques a jugé que la réalisation d’une étude clinique de plus grande envergure serait irréalisable en raison de la lenteur du recrutement.

L’étude d’Alba et coll. (GEICAM/2006-03) a été la seule étude clinique randomisée à inclure des femmes non ménopausées et ménopausées dans sa cohorte [3]. Les résultats des patientes non ménopausées sont discutés dans la section suivante. Le taux de réponse radiologique n’a démontré aucune différence significative chez les patientes traitées à l’HTNA comparativement à la CTNA (p = 0,075). Cette absence de différence a été d’autant plus convaincante pour le sous-groupe des femmes ménopausées (p = 0,78). Dans une analyse exploratoire de sous-groupe, les femmes fortement RO+ (score Allred 7-8) ont significativement mieux répondu à la chimiothérapie que celles traitées à l’hormonothérapie (68 % contre 41 %, p = 0,0256), allant ainsi à l’encontre de ce qui est généralement rapporté. Il est à noter que la stratification des groupes n’a pas tenu compte du statut RH ni des niveaux de Ki67 des patientes. Contrairement aux autres études présentées dans le tableau ci-dessus, la cohorte de femmes de l’étude GEICAM/2006-03 était entièrement positive pour les récepteurs de la progestérone et ceux de l’œstrogène (RO+, RP+). Le statut d’expression de HER2 était négatif.

L’étude de Semiglasov n’a démontré aucune différence significative entre l’efficacité de l’HTNA et de la CTNA chez l’ensemble des patientes évaluées (n = 239 patientes), de même que lors d’une analyse de sous-groupe des patientes RO+ (score Allred 6-8) (56 % de la cohorte), quoique la cohorte des patientes exprimant fortement les récepteurs œstrogéniques a eu un taux de réponse à la limite de la significativité (p = 0,088) comparativement au taux de réponse de l’ensemble des patientes (p = 0,5). Dans cette étude, le statut HER2 était non défini.

Une méta-analyse parue en 2016 a regroupé les résultats de trois des quatre études cliniques randomisées présentées ci-haut (n = 334 à 378 patientes selon les mesures) [2, 3, 4]. La méta-analyse de Leal et coll. a plutôt été réalisée à partir de deux de ces études (n = 334) [3, 4]. Les deux méta-analyses ont conclu qu’aucune différence significative n’était observable entre l’HTNA et la CTNA pour le taux de réponse, la chirurgie conservatrice du sein et la réponse pathologique complète [5, 6]. Le groupe de Leal et coll. a réalisé une analyse de sous-groupe qui a exclu les femmes non ménopausées de l’étude GEICAM/2006-03, améliorant ainsi l’hétérogénéité de la mesure (I2 = 59 % avant exclusion contre 0 % après exclusion).

Études rétrospectives

Trois études rétrospectives ont rapporté des données comparant l’efficacité de l’HTNA à celle de la CTNA. Les patientes traitées avec l’HTNA étaient significativement plus âgées [9, 10] ou tendaient à l’être [11] et avaient un grade [9] ou un stade tumoral inférieur [10, 11] ou supérieur [11] à celui observé chez les patientes traitées avec la CTNA. Contrairement aux résultats des études randomisées présentées ci-haut, les trois études rétrospectives ont rapporté un avantage significatif à l’utilisation de la CTNA comparativement à l’HTNA pour diminuer le volume de la tumeur [9, 10, 11] et obtenir un réponse pathologique complète [9]. Le taux de chirurgie conservatrice du sein a été non significativement différent entre les deux traitements [9, 10]. Le tableau suivant résume les principaux résultats.

Études rétrospectives comparant l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA) à la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) chez les femmes atteintes d’un cancer du sein

Étude et traitements

Caractéristiques

Taux de diminution du volume tumoral

pRC/RCB

CCS

Pariser et coll., 2019 [9]
Étude rétrospective 2004-2014
n = 6584 vs 52 310

HTNA : nd

CTNA : nd


Durée de l’HTNA = 
< 3 mois = 26 %
3 à 6 mois = 41 %
6-24 mois = 33 %

Patientes1 :

Âge < 60 ans : 27 % vs 75 %

Ménopausées et non ménopausées

RO+, HER2±2

 

Type de cancer :

Infiltrant

Stade II à III

 Clinique ou pathologique :

(HER2- uniquement2)

30,1 % vs 45,1 %

 

Après ajustement :

OR = 0,61 (IC 95 % 0,51-0,74)

 

Augmentation du volume tumoral :

OR = 1,02 (IC 95 % 0,88-1,17)

HER2- uniquement2

4,1 % vs 15,6 %

 

Après ajustement :

OR = 0,38 (IC 95 % 0,23-0,62)

43 % vs 30 %

Analyse de régression logistique :

OR = 0,91 (IC 95 % 0,82-1,01)

LeVasseur et coll., 2019 [7]
Étude rétrospective
Recrutement : 2012-2017
n = 51 vs 51
 

HTNA : nd

CTNA : nd

Durée médiane de la CTNA = 
103 jours (64-178)

Durée médiane de l’HTNA = 
90 jours (9-366)

Patientes3 :

Âge médian = 

64,6 ans (41,4-87,3) vs

60,1 ans (40,3-77,2)

Ménopausées

RO+, HER2-

Tumeur opérable

 

Type de cancer :

Stade IA à IIIB

T1-4N0-3M0

Clinique :

21,6 % vs 39,2 %, p = 0,032

2,1 % vs 2,1 %**

Taux de conversion :

12,5 % vs 8,1 %,

p = 0,70

Wright et coll., 2017 [11]
Recrutement : 1998-2010
n = 47 vs 83
Suivi médian : 48,1 mois
 

HTNA : IA (88 %) ou tamoxifène (12 %)
Durée médiane de l’HTNA :
8 mois (1-87)

CTNA : sel de platine + anthracycline + taxane (53 %) ou anthracycline + taxane (45,8 %)

Patientes4 :

Âge médian = 

62 ans (43-91) vs

57 ans (44-79)

Ménopausées

RO+, RP±, HER2-5

 

Type de cancer :

Stade II-III

T1-3N0-4M0

Clinique :

Réponse objective :

63,2 % vs 66,2 %, p = nd

 

< 30 % : 36,8 % vs 33,7 %

≥ 30 to < 70 % : 47,4 % vs 32,5 %

≥ 70 % : % 15,8 vs 33,7 %

p = 0,047

 

1,8 % vs 8,4 %,

p = 0,142

nd

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; IA : inhibiteur de l’aromatase; IC : intervalle de confiance; OR : rapport de cotes (odds ratio); n : nombre de patientes; nd : non disponible; pRC : réponse complète pathologique; RO : récepteurs de l’œstrogène; RP : récepteurs de la progestérone; vs : versus.
1. Cohorte de patientes venant de la National Cancer Data Base (NCDB).
2. 49,9 % des patientes avaient un statut HER2 non défini.
3. Cohorte de patientes venant de la base de données institutionnelle de la British Columbia Cancer Agency-Vancouver Center. Les patientes étaient appariées selon l’âge, le stade clinique initial et le grade nucléaire de la tumeur.
4. Cohorte de patientes venant de l’University of Miami neoadjuvant breast cancer database.
5. PR+ chez 82,1 % des patientes.
** Le calcul de la proportion (%) a été fait à partir des valeurs données par l’auteur.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Dans l’étude de Pariser et coll., l’association entre le traitement néoadjuvant (HTNA ou CTNA) et les paramètres d’évaluation (variation du stade, chirurgie conservatrice du sein et réponse pathologique complète) a été évaluée en appliquant un modèle de régression logistique utilisant un score de propension pour équilibrer les covariables entre les deux traitements. Après cet ajustement, le taux de chirurgie conservatrice du sein a été similaire pour les deux types de traitement. Les données n’ont pas tenu compte des patientes qui étaient admissibles à la chirurgie conservatrice mais qui avaient subi une mastectomie. La réponse pathologique complète et la diminution du stade de la tumeur ont été obtenues plus fréquemment avec une chimiothérapie. Les auteurs rapportent que la durée de l’HTNA est associée à la diminution du stade de la maladie et au taux de chirurgie conservatrice du sein. Pour les patientes traitées de 6 à 12 mois et 12 à 24 mois, la diminution de stade a été de 34,2 % et 34,9 % respectivement, alors que la moyenne pour l’ensemble de la population a été de 28 %. Près de 50 % des patientes avaient un statut HER2 non défini ou positif. L’exclusion de ces patientes lors d’une analyse de sensibilité a résulté en une diminution du taux de réponse pathologique complète chez les patientes traitées avec la chimiothérapie (22,8 % avec HER2± contre 15,6 % avec HER2- uniquement), mais elle a peu affecté le taux de réponse pathologique complète des patientes traitées avec l’HTNA (4,8 % contre 4,1 %). Il est à noter que le nombre de patientes dont le volume de la tumeur a augmenté en cours de traitement a été similaire pour les deux types de traitement néoadjuvant (OR = 1,02 [IC 95 % 0,88-1,17]) [9].

LeVasseur et coll. ont présenté une analyse sur des données appariées pour l’âge, le stade et le grade de la tumeur chez 102 patientes. La diminution du volume de la tumeur a été plus fréquente avec l’utilisation de la CTNA comparativement à l’HTNA. Le taux de réponse pathologique complète et le taux de conversion de la mastectomie vers une chirurgie conservatrice ont été non significativement différents pour les deux groupes [7].

Pour ces deux dernières études, les protocoles de chimiothérapie et le type d’hormonothérapie (inhibiteur de l’aromatase ou tamoxifène) administrée n’ont pas été précisés.

Aucun ajustement n’a été effectué sur les données de réponse clinique et de réponse pathologique complète dans l’étude de Wright et coll. malgré un stade de la tumeur plus avancé chez les patientes qui avaient reçu l’HTNA. Le taux de diminution du volume tumoral a été significativement supérieur pour le groupe traité avec la CTNA comparativement à l’HTNA, alors que la réponse pathologique complète a été similaire.

Taux de récidive et de survie globale

Deux études rétrospectives ont évalué la récidive chez des patientes atteintes d’un cancer du sein RH+/HER2- suivant une HTNA comparativement à la CTNA [11, 12], tandis que la survie globale a été rapportée dans une seule de ces études [12]. Les caractéristiques des patientes qui recevaient la chimiothérapie ou l’hormonothérapie étaient similaire, à l’exception du volume de la tumeur qui était plus important pour le groupe hormonothérapie dans l’étude de Wright et coll. (4,0 cm contre 3,0 cm, p = 0,007) [11]. À l’inverse, le grade de la tumeur (p = 0,03) et l’atteinte ganglionnaire (p < 0,01) étaient plus faibles dans le groupe traité avec l’hormonothérapie dans l’étude de Marcus et coll., tandis que l’âge était significativement plus élevé pour ce même groupe (p < 0,01) [12]. Globalement, l'utilisation de l'HTNA comparativement à la CTNA n'a pas été un facteur pronostique défavorable à la récidive ou à la survie, et ce, pour les trois études rapportées. Les principaux résultats sont détaillés dans le tableau ci-dessous.

Une analyse statistique univariée n’a démontré aucune incidence du choix du traitement néoadjuvant (HTNA ou CTNA) sur la récidive locorégionale (HR = 0,96 [IC 95 % 0,25-3,70], p = 0,958) et la récidive globale (HR = 1,02 [IC 95 % 0,53-1,97], p = 0,962) à 5 ans [11]. L’atteinte de quatre ganglions axillaires ou plus a été le seul facteur pronostique significatif d’une récidive globale dans une analyse univariée et dans une analyse multivariée, facteur corrigé pour l’utilisation de la chimiothérapie. L’étude de Marcus et coll. a présenté des taux de récidive similaires (p = 0,40) ainsi qu’une survie globale à 4 ans comparable (p = 0,49) entre les deux traitements [12].

Récidive et survie des patientes atteintes d’un cancer du sein traitées avec la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) en comparaison avec l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA)

Étude

Caractéristiques

Comparateurs

Taux de récidive

Survie

Toute récidive

Locorégionale

À distance

Étude randomisée

Semiglazov et coll., 2007 [4]
Phase II
n = 121 vs 118

HTNA = anastrozole, 1 mg/jour ou exémestane 25 mg/jour
CTNA = D60P200

Suivi moyen < 36 mois

Patientes :

Âge médian = 68 vs 67 ans

Ménopausées

RO et/ou RP+, HER2 nd

Non candidates à la CCS

 

Type de cancer :

Stade IIA-IIIB,

T2N1-2, T3N0, T4N0M0

HTNA = anastrozole, 1 mg/jour ou exémestane

25 mg/jour x 12 sem.

CTNA = D60P200 q3s x 4 cycles

 

nd

À 36 mois :

3,3 % vs 3,4 %,

 

nd

nd

Études rétrospectives

Wright et coll., 2017 [11]
Recrutement : 1998-2010
Suivi médian : 48,1 mois
 

HTNA : IA (88 %) ou tamoxifène (12 %)
Durée médiane de l’HTNA :
8 mois (1-87)

CTNA : sel de platine + anthracycline + taxane (53 %) ou anthracycline + taxane (45,8 %)

Patientes2 :

Âge médian = 62 ans (43-91) vs

57 ans (44-79)

Ménopausées

RO+, HER2-

 

Type de cancer2 :

Stade II-III

T1-3N0-4M0

HTNA + (HTA ± CTA) vs CTNA + (HTA ± CTA)
n = 57 vs 83

À 5 ans :

 

21,0 % (IC 95 % 10,5-34,0)

vs

26,8 % (IC 95 % 17,2-37,4), p = 0,979

 

À 5 ans :

 

4,1 % (IC 95 % 0,7-12,5)

vs

4,0 % (IC 95 % 1,0-10,3), p = 0,873

nd

nd

HTNA + HTA vs

CTNA ± CTA

n = 27 vs 113

33,4 % vs 23,5 %,

p = 0,143

10,1 % (IC 95 % 1,6-28,0)

vs

3,1 % (IC 95 % 0,8-8,1), p = 0,131

nd

Marcus et coll., 2013 [12]
Recrutement = 2004-2011
Suivi médian = 45,7 mois (2,8-138,7)

HTNA = IA (92,6 %) ou tamoxifène (7,4 %)
Durée médiane de l’HTNA = 8 mois (0,5-60)

CTNA = anthracycline + taxane (50,8 %) ou anthracycline (38,1 %)

Patientes3 :
Âge moy. = 67,9 ans vs 58 ans
Ménopausées
RO+, HER2-

Type de cancer3:

Stade I-III

T1-3N0-3M0

HTNA vs CTNA

n = 27 vs 72

nd

À 4 ans :

 

0,0 % vs 2,8 %,

p = 0,40

À 4 ans :

 

10,0 % vs 19,7 %, p = 0,41

À 4 ans :

 

100 % vs 85,9 %,

p = 0,49

CT : chimiothérapie; CTA : chimiothérapie adjuvante; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; HTA : hormonothérapie adjuvante; HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; n : nombre de patientes; RO : récepteurs de l’œstrogène; IA : inhibiteur de l’aromatase; moy. : moyen; nd : non disponible; IC : intervalle de confiance; vs : versus.
1. Les patientes traitées par hormonothérapie néoadjuvante pouvaient recevoir l’anastrozole (n = 61) ou l’éxémestane (n = 60).
2. Volume de la tumeur > chez le groupe recevant l’HTNA (p = 0,007)
3. Âge > chez le groupe recevant l’HTNA (p < 0,01); grade de la tumeur (II vs III) et statut axillaire (N1-3) < chez le groupe recevant l’HTNA (p = 0,03 et p < 0,01).

Hormonothérapie néoadjuvante chez les femmes non ménopausées

Les femmes non ménopausées sont généralement exclues des études cliniques évaluant l’HTNA. Lorsque ces patientes sont incluses, leur fonction ovarienne est supprimée par l’addition de la goséréline administrée aux 28 jours. Deux études cliniques randomisées portant sur des femmes non ménopausées ont été répertoriées et sont présentées dans le tableau ci-dessous.

L’étude de phase II GEICAM, composée de 95 femmes dont un peu plus de la moitié n’étaient pas ménopausées, a été la seule à rapporter des données comparant l’efficacité de l’HTNA à celle de la CTNA. Dans une analyse de sous-groupe non planifiée, le taux de réponse radiologique a été significativement supérieur avec la chimiothérapie comparativement à l’hormonothérapie. Les caractéristiques des patientes pour ce sous-groupe n’ont pas été rapportées. La distribution aléatoire des patientes a été réalisée en stratifiant selon le lieu de l’étude, le volume de la tumeur, le grade histologique et le statut axillaire. Aucune stratification selon le statut ménopausique ou le niveau des récepteurs hormonaux n’a été effectuée [3].

L’étude de phase III STAGE a comparé l’efficacité du tamoxifène à celle de l’anastrozole chez une cohorte de 197 femmes japonaises non ménopausées traitées en concomitance avec un agoniste du LHRH, la goséréline. Les taux de réponse clinique et radiologique ont été significativement plus élevés chez les femmes qui prenaient l’anastrozole (70,4 % vs 50,5 % et 58,2 % vs 42,4 %). Par contre, le grade de la tumeur était plus élevé et un plus grand nombre de patientes avaient un statut négatif pour les récepteurs de la progestérone dans le groupe traité au tamoxifène, ce qui pourrait avoir avantagé les patientes traitées à l’anastrozole. Malgré une analyse multivariée ajustée selon la présence des récepteurs de la progestérone, le grade et la grosseur de la tumeur, cette même différence en faveur de l’anastrozole a été conservée [13].

Une étude clinique de phase III randomisée comparant la CTNA à l’HTNA (goséréline + tamoxifène suivis d’un IA) chez des femmes non ménopausées à faible risque (T2N0M0) est présentement en cours; son objectif est d’évaluer l’efficacité de l’HTNA chez ce groupe de patientes.

Efficacité de l’HTNA chez la femme non ménopausée atteinte d’un carcinome infiltrant RH+, HER2-

Étude et traitements

Caractéristiques

Taux de réponse objective

pRC

CCS

Ki67

Études randomisées

GEICAM/2006-03
Alba et coll., 2012 [3]
Phase II

n = 24 vs 27

HTNA = exémestane + goséréline

CTNA = E90C600 q3s x 4 cycles suivis de D100 q3s x 4 cycles + goséréline
 

Durée du traitement :

24 mois

Patientes :

Âge médian = nd

RO+, RP+1

Tumeur opérable

 

Type de cancer :

T1N1M0 ou T2-3N0-1M0

Radiologique (IRM) :

(n = 51) :

44 % (IC 95 % 25,7-63,1)

vs

75 % (IC 95 % 57,7-92,3), p = 0,027

nd

nd

nd

STAGE
Masuda et coll., 2012 [13]
Phase III
n = 197

anastrozole + goséréline vs tamoxifène + goséréline

Durée du traitement : 24 mois

Patientes :

Âge médian = 44 (28-54) vs 44 (30-53) ans

RO+, RP±2

Tumeur opérable

 

Type de cancer :

T2N0M0

Clinique :

75,5 % (IC 95 % 65,8-83,6)

vs

56,6 % (IC 95 % 46,2-66,5)

OR = 2,23 (IC 95 % 1,22-4,06)3

p = 0,009

 

Radiologique :

(échographie)

58,2 % vs 42,4 %

OR = 1,71 (IC 95 % 0,96-3,06)2

p = 0,071

 

(IRM ou CT) :

64,3 % vs 37,4 %

OR = 2,76 (IC 95 % 1,52-5,03)2

p = 0,0009

1,0 % vs 0,0 %

86 % vs 68 %,

p = nd

Initial :

21,9 % vs 21,6 %

 

Final :

2,9 % vs 8,0 %

OR = 0,35 (IC 95 % 0,24-0,51)

p < 0,0001

C : cyclophosphamide; CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; E : épirubicine; HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; IC : intervalle de confiance; IRM : imagerie par résonance magnétique; OR : rapport de cotes (odds ratio); n : nombre de patientes; nd : non disponible; pRC : réponse complète pathologique; q3s : cycle de traitement aux 3 semaines; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs de la progestérone; sem. : semaine; vs : versus.
1. RO score Allred 3-8, cytokératine 8/18+, 75 % des patientes avaient un score Allred 7-8.

2. RP+ chez 95 % (anastrozole) et 88 % (tamoxifène) des patientes.

3. Analyse multivariée avec ajustement selon le statut RP, le garde de la tumeur et le voume de la tumeur (longueur la plus large).

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Toxicité et innocuité

Pour l’ensemble des études, l’administration d’un inhibiteur de l’aromatase comme traitement préchirurgical a démontré un profil de toxicité inférieur en comparaison avec l’utilisation de la CTNA, et ce, indépendamment des protocoles d’hormonothérapie employés. Le tableau ci-dessous résume les effets secondaires de grade ≥ 3 des quatre études cliniques randomisées qui ont comparé l’HTNA à la CTNA.

Effets secondaires de grade ≥ 3 rapportés dans les ECR qui ont comparé l’emploi de l’HTNA à celui de la CTNA

ECR

NeoPAL1

Cottu et coll., 2018 [1]

NEOCENT

Palmieri et coll., 2014 [2]

GEICAM/2006-03

Alba et coll., 2012 [3]

Semiglazov et coll1., 2007 [4]

Traitement

lét + palbo

(n = 53)

CT

(n = 53)

létrozole

(n = 22)

CT

(n = 20)

exém

(n = 48)

CT

(n = 47)

exém ou anas

(n = 121)

CT

(n = 118)

Effets secondaires toutes causes confondues (grade ≥ 3)

39,6 %*

60,4 %*

0 %

-

9 %2

47 %2

-

-

Réduction de la dose/interruption temporaire en raison des ES

30,2 %* (palbociclib)

37,7 %*

0 %

45 %

-

-

-

-

Traitement non complété en raison des ES

3,8 %*

13,2 %*

0 %

0 %

-

-

0 %

5 %

Effets secondaires sérieux (grade ≥ 3)

1,9 %*

26,4 %*

0 cas

8 cas

-

-

0 %

-

Toxicité hématologique (grade ≥ 3)

·   Neutropénie

39,6 %*

26,4 %*

0 %

25 %*

0 %

16 %

0 %

43 % (grade 2-4)

·   Neutropénie fébrile

0 %

13,2 %

0 %

10 %*

0 %

7 %

0 %

5 %

·   Leucopénie

9,4 %

1,9 %

-

-

0 %

13 %

-

-

·   Lymphopénie

0 %

18,9 %

-

-

0 %

11 %

-

-

·   Infection neutropénique

0 %

3,8 %

0 %

5 %*

-

-

-

2 %

Toxicité non hématologique (grade ≥ 3)

·   Stomatite

-

-

0 %

0 %

0 %

7 %

0 %

7 %

·   Fatigue

0 %

5,7 %

0 %

0 %

0 %

9 %

0 %

0 %

·   Neuropathie

0 %

0 %

0 %

0 %

-

-

0 %

2 %

·   Diarrhée

0 %

0 %

0 %

15 %*

-

-

0 %

7 %

anas : anastrozole; CT : chimiothérapie; ECR : étude clinique randomisée; ES : effets secondaires; exém : exémestane; lét : létrozole; palbo : palbociclib
1. Aucune analyse statistique sur les effets secondaires des traitements n’a été présentée dans l’étude.
2. OR = 0,11[IC 95 % 0,03-0,35], p ≤ 0,001 en faveur de l’HTNA
*Proportion calculée à partir des données présentées dans l’article

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Les effets secondaires (grade ≥ 3) rapportés dans l’étude NeoPAL ont été décrits comme étant inférieurs pour le groupe à qui on a administré l’hormonothérapie combinée au palbociclib (39,6 %) comparativement à celui traité à la chimiothérapie (60,4 %) [1]. L’étude NEOCENT a démontré un désavantage significatif à l’utilisation de la chimiothérapie en ce qui a trait à l’alopécie, aux nausées, aux vomissements, aux stomatites et à l’anémie. Huit réactions sévères nécessitant une hospitalisation ont été rapportées dans le groupe qui recevait la chimiothérapie, dont six étaient associées à une neutropénie [2]. Les effets secondaires de grades 3 et 4 ont été statistiquement moins fréquents chez les patientes traitées avec l’HTNA (OR = 0,11 [IC 95 % 0,03-0,35], p ≤ 0,001) dans l’étude GEICAM/2006-03 [3]. L’étude de Semiglazov et coll. mentionne un taux plus élevé de neutropénie, de neutropénie fébrile et de cardiotoxicité chez les patientes traitées avec la chimiothérapie [4]. Aucune analyse statistique sur les effets secondaires n’a été présentée pour les études NeoPAL et de Semiglasov et coll.

Limites des études

Plusieurs éléments limitent la robustesse des recommandations qui peuvent être faites à partir des résultats des études retenues. Le nombre restreint d’études ayant comparé les deux types de thérapie néoadjuvante, le devis des études (phase II randomisées) et le petit nombre de patientes incluses sont des limites importantes. L’inclusion de femmes non ménopausées HER2+ ou RO- dans certaines études ainsi que la non-uniformité de la mesure du taux de réponse crée une hétérogénéité qui rend difficile la comparaison. De plus, les protocoles de chimiothérapie ont varié selon les études tandis que le type d’hormonothérapie administré pour toutes les études cliniques comprenait un inhibiteur de l’aromatase seul [2, 3, 4] ou combiné à un inhibiteur de CDK 4/6 [1]. Par ailleurs, les analyses de survie et de récidive proviennent d’études rétrospectives composées de groupes de femmes d’âge, de grade tumoral ou d’atteinte axillaire significativement différents. Le nombre de patientes incluses dans ces études est très limité et la durée du traitement hormonal a varié considérablement entre les patientes, allant de 0,5 à 87 mois, alors que la durée recommandée pour l’administration de l’HTNA est généralement de 4 à 6 mois.

Tableau des avantages et risques de l’hormonothérapie néoadjuvante comparativement à la chimiothérapie néoadjuvante

 

Hormonothérapie néoadjuvante (HTNA)

Chimiothérapie néoadjuvante (CTNA)

Définition

    Traitement au tamoxifène ou avec un inhibiteur de l’aromatase débutant avant la chirurgie.
Option possible uniquement chez les femmes atteintes d’un cancer du sein RH+.

·   Chimiothérapie administrée avant la chirurgie.      Option possible uniquement chez les patientes admissibles à la chimiothérapie adjuvante.

Administration

     Comprimé pris à la maison une fois par jour1

     Administration i.v. effectuée en milieu hospitalier.

Efficacité

     Femmes ménopausées : possiblement aussi efficace que la CTNA pour la conservation du sein et la réduction de la tumeur.
Femmes non ménopausées : peu de données. Possiblement moins efficace que la CTNA pour réduire la dimension de la tumeur (mais certaines tumeurs peuvent répondre à la HTNA, donc peut être efficace chez certaines femmes).

·   Femmes ménopausées : efficace pour augmenter le taux de conservation du sein ainsi que pour réduire la dimension de la tumeur.
Femmes non ménopausées : possiblement plus efficace que l’HTNA pour réduire la dimension de la tumeur.

Désavantages potentiels

     Si l’HTNA n’est pas efficace, les femmes pourraient devoir subir la chirurgie plus tôt que prévu ou de la CTNA pourrait être nécessaire soit avant ou après la chirurgie.

 

Effets secondaires

     Applicable à tous les types d’hormonothérapie : symptômes de ménopause tels que bouffées de chaleur.
Tamoxifène : risque accru de thrombose et de cancer de l’endomètre.
Inhibiteur de l’aromatase : douleur musculaire et articulaire, symptômes urogénitaux, perte de densité osseuse (peut aussi survenir avec le tamoxifène chez les femmes non ménopausées).
Les effets secondaires sont généralement réversibles.
Pourrait permettre aux femmes d’éviter les effets secondaires additionnels de la chimiothérapie (bien que le recours à la chimiothérapie adjuvante puisse tout de même s’avérer nécessaire).

     Les effets secondaires peuvent inclure : nausées, vomissements, risques d’infections pouvant mettre la vie en danger, fatigue, neuropathie, toxicité cardiaque, diarrhée, constipation, bouche endolorie, changements aux ongles et à la peau, risque de caillot sanguin, risque de tumeurs malignes secondaires, rétention hydrique, réactions allergiques, alopécie.
Les effets secondaires peuvent perdurer.

Fertilité

     Les femmes traitées au tamoxifène ne devraient pas devenir enceintes, et ce, jusqu’à 2 mois suivant la fin du traitement. Le tamoxifène peut causer des effets indésirables sur le fœtus.

     Cause fréquemment de l’infertilité temporaire.
Peut causer l’infertilité permanente.

Durée du traitement

     La durée nécessaire à la réduction de la tumeur permettant la conservation du sein peut être supérieure à celle de la CTNA.

     La durée de la CTNA est inférieure à celle de l’HTNA.

1. Chez la femme non ménopausée, administration d’un agoniste LHRH en concomitance avec l’HTNA.
(Adapté du NICE guideline) [14]

Consensus d’experts et guides de pratique 

Recommandations des guides et consensus de pratiques cliniques relatives à l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA)

Organisme

Recommandations

NCCN V2.2020 [15]

  • L'HTNA seule est une option à considérer pour les patientes RO+ en fonction des comorbidités ou d’un statut luminal à faible risque.
  • L’HTNA seule est une option à considérer pour les patientes dont les tumeurs sont fortement RH+ [13, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22]. (niveau de preuve II, A)

ESMO 2019 [23]

  • Chez les patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein RO+/HER2- qui nécessite une thérapie néoadjuvante et sans indication définitive à la chimiothérapie, l’HTNA peut être considérée (4-8 mois ou jusqu’à réponse maximale) et se poursuivre en traitement adjuvant (niveau de preuve I, A).
    • Les tumeurs RO+/HER2-, particulièrement d’histologie lobulaire et de sous-type luminal A, répondent moins à la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) et pourraient bénéficier davantage d’une HTNA.
    • Une bonne réponse à l’HTNA, mesurée par la diminution du niveau de Ki67 ou l’indice PEPI en combinaison avec d’autres facteurs cliniques, peut guider vers un traitement adjuvant sans chimiothérapie chez les patientes ayant un pronostic favorable.
    • En raison du manque de données provenant d’études randomisées, l’HTNA n’est pas recommandée de routine pour les patientes non ménopausées, à l’exception de celles qui participent aux études cliniques. Par contre, chez certaines patientes soigneusement sélectionnées avec un cancer de sous-type luminal A, sans indication pour la chimiothérapie et qui ne sont pas candidates pour une chirurgie optimale, l’HTNA consistant en une suppression ovarienne plus un inhibiteur de l’aromatase peut être considérée (niveau de preuve II, C).

NICE (2018) [14]

  • L’HTNA chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant RO+ est une option à considérer pour réduire le volume de la tumeur s’il n’existe aucune indication définitive à la chimiothérapie (qualité des preuves : très faible à faible).
  • Les femmes non ménopausées doivent être avisées que la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) pourrait être plus susceptible de produire une réponse clinique que l’HTNA. Par contre, certaines tumeurs répondent bien à l’HTNA.
  • Les risques et avantages de l’HTNA comparativement à la CTNA doivent être discutés avec les patientes. Un tableau comparatif des risques et avantages est présenté ici.

American Society of Breast Surgeon (mars 2017) [24]

  • L’HTNA produit son meilleur taux de réponse chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein de stade clinique II à III de sous-type luminal A.
  • Il n’y a pas de rôle établi à l’administration de l’HTNA aux femmes non ménopausées, et cette thérapie est contre-indiquée dans les cas de cancer du sein inflammatoire (recommandations non gradées).

BC Cancer Agency (mise à jour en janvier 2017) [25]

  • L’HTNA peut être une option appropriée chez les patientes RH+ et non disposées à recevoir de la chimiothérapie.
  • Les experts canadiens du Canadien Consensus for the Treatment of Locally Advenced Breast Cancer recommandent l’hormonothérapie pour les patientes RO+, RP+ et HER2- avec de multiples comorbidités et âgées de plus de 80 ans. Le but ultime du traitement doit être discuté avec la patiente et sa durée sera fixée en conséquence (c.-à-d. que si le but est curatif, une durée prédéfinie d’HTNA sera prescrite, suivie de la chirurgie mammaire; si le but est de contrôler la maladie, il pourrait ne pas y avoir de durée prédéfinie de l’HTNA) (recommandations non gradées)

St. Gallen 2015 [26]

  • Les panélistes étaient fortement d’opinion que l’HTNA seule devrait être une option pour les patientes ménopausées hormonosensibles. Le traitement de préférence pour les patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein de sous-type luminal A et non candidates pour une chirurgie conservatrice du sein au diagnostic était l’hormonothérapie et non la chimiothérapie.

BC : British Colombia; ESMO : European Society for Medical Oncology; NCCN : National Comprehensive Cancer Network, NICE : National Institute for Health and Care Excellence; RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs de la progestérone.

Études en cours comparant l’hormonothérapie néoadjuvante (HTNA) et la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) comme traitement du cancer du sein RH+/HER2-

Étude

Caractéristiques et traitements

Statut du recrutement

Date d’achèvement primaire attendue

NCT04137640

Palbociclib + Letrozole Versus Epirubicin + Cyclophosphamide and Sequential Docetaxel as Neoadjuvant Chemotherapy for Postmenopausal Estrogen Receptor-positive Breast Cancer: a Prospective Randomized Controlled Double-blind Phase IV Trial

Phase IV, à répartition alléatoire
Recrutement à venir, 152 participantes estimées

Femmes ménopausées, 18-70 ans
RO+
T3-4 ou N2-3

HTNA : palbociclib +létrozole

CTNA : épirubicin + cyclophosphamide + docétaxel en séquence

À venir

novembre 2025

NCT02535221

Randomized trial of neoadjuvant endocrine therapy versus chemotherapy in premenopausal patients with ER+ and HER2- breast cancer

Phase III, à répartition aléatoire
Recrutement en cours, 234 participantes estimées

Femmes non ménopausées, 35 à 55 ans
RO+ ou RP+, HER2-
T2N0M0

HTNA : goséréline + tamoxifène suivis d’un IA
CTNA : épirubicine + CTX + 5-Fu

En cours

janvier 2025

3.4.3.2 Traitement et durée de l’hormonothérapie néoadjuvante

Un inhibiteur de l’aromatase (létrozole, anastrozole, exémestane) devrait être l’option de traitement à privilégier comme hormonothérapie néoadjuvante d’un cancer du sein infiltrant RH+/HER2- chez les patientes ménopausées. Lorsque contre-indiqué ou en présence d’une intolérance, le tamoxifène demeure une option valable pour réduire la masse tumorale. La durée du traitement devrait être déterminée en fonction de la réponse clinique ou radiologique jusqu’à l’obtention d’une réponse tumorale permettant la chirurgie conservatrice du sein. L’hormonothérapie néoadjuvante est généralement administrée pendant une période allant de 4 à 8 mois ou jusqu’à l’obtention d’une réponse optimale.

Hormonothérapie : introduction aux différentes classes et mécanismes d’action

Environ 70 % des tumeurs au sein expriment des récepteurs hormonaux et sont HER2 négatives (RH+/HER2-). Chez les patientes atteintes de ce type de tumeur, la prolifération des cellules tumorales est stimulée par la liaison de l’œstrogène à son récepteur. L’hormonothérapie, qui consiste en l’administration d’une molécule qui affecte soit la liaison de l’œstrogène à son récepteur (p. ex. tamoxifène), soit la production de l’œstrogène (inhibiteurs de l’aromatase [IA]), permet de réduire la taille tumorale et/ou les récidives chez certaines de ces patientes [27, 28].

Ligand des récepteurs œstrogéniques (tamoxifène)

Le tamoxifène est un modulateur sélectif du récepteur œstrogéniques. Au niveau du tissu mammaire, il inhibe la croissance cellulaire dépendante des œstrogènes en se liant de manière compétitive aux récepteurs œstrogéniques, alors qu’il agit comme un agoniste de l’œstrogène dans certains tissus tels les os et l’endométrium [29]. Il montre une efficacité antitumorale chez les femmes non ménopausées et ménopausées. Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein hormonosensible, le tamoxifène permet de réduire la récidive d’environ 50 % au cours des 5 années suivant le diagnostic comparativement à l’absence de traitement [30]. Le principal effet secondaire lié à la prise de tamoxifène est la présence de bouffées de chaleur.

Inhibiteurs de l’aromatase (létrozole, anastrozole, exémestane)

Les inhibiteurs de l’aromatase (IA) permettent de réduire les niveaux d’œstrogènes circulant en inhibant la conversion d’hormones stéroïdiennes en œstrogènes. Conséquemment, la stimulation de la croissance du tissu mammaire est réduite. Il existe deux classes d’IA : les IA non stéroïdiens (létrozole et anastrozole) et les IA stéroïdiens (exémestane). Les IA non stéroïdiens inhibent la synthèse des œstrogènes par l’intermédiaire d’une compétition réversible avec l’aromatase, alors que les IA stéroïdiens inhibent de façon irréversible la conversion des hormones stéroïdiennes en œstrogènes grâce à la création d’un lien covalent entre l’aromatase et l’IA stéroïdien. Les IA sont efficaces uniquement chez les femmes ménopausées, y compris celles qui sont ménopausées à la suite d’un traitement de suppression ovarienne ou suivant une oophorectomie. En plus de bouffées de chaleur, les IA peuvent causer de l’ostéoporose [27, 28].

Comparaison de l’efficacité des inhibiteurs de l’aromatase (IA) à celle du tamoxifène

Trois méta-analyses ont rapporté un avantage significatif à l’administration d’un inhibiteur de l’aromatase pendant une période allant de 3 à 6 mois avant la résection d’une tumeur au sein comparativement au tamoxifène, et ce, en ce qui a trait au taux de réponse clinique ou radiologique et au taux de chirurgie conservatrice du sein. La réponse pathologique complète et les effets secondaires ont été similaires pour les deux types de traitement, à l’exception des maux de tête plus fréquents avec l’administration des IA [5, 6, 31].

Les études sélectionnées pour les méta-analyses ont observé des femmes ménopausées RH+ atteintes d’un cancer du sein infiltrant opérable ou potentiellement opérable [16, 17, 18, 32, 33, 34, 35], à l’exception de l’étude STAGE qui a comparé l’anastrozole au tamoxifène chez une cohorte de femmes non ménopausées [13] (voir section « Hormonothérapie néoadjuvante chez les femmes non ménopausées »). Les données sont résumées dans le tableau suivant.

Comparaison de l’efficacité des inhibiteurs de l’aromatase versus celle du tamoxifène pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein de stade peu avancé

Étude

Caractéristiques

Taux de réponse

pRC

CCS

Effets secondaires

Méta-analyses (IA vs tamoxifène)

Spring et coll. 2016 [5]
7 ECR de phase III, randomisées:
- létrozole vs tam : PO24, Ellis et coll [18, 32]
- anastrozole vs tam : PROACT, IMPACT, Miller et coll., STAGE [13, 16, 17, 33]
- vorozole vs tam : Harper-Wynne et coll. [34]

Durée du traitement :
12 à 24 sem.

Études :
Publiées entre 2001 et 2012
Tumeur opérable ou potentiellement opérable

Patientes :
Non ménopausées2 et ménopausées
RH+, HER2±

Clinique (n = 1 352) :
OR = 1,69
(IC 95 % 1,36-2,10),
p < 0,001
I2 = 53 %,
p = 0,06


Radiologique (n = 1 418) :
OR = 1,49
(IC 95% 1,18-1,89)
p < 0,001
I2 = 15 %, p = 0,31

n = 633

OR = 1,42
(IC 95 % 0,38-5,33),
p = 0,60
I2 = 0 %, p = 0,55

n = 918

OR = 1,62
(IC 95 % 1,24-2,12),
p < 0,001

I2 = 0 %, p = 0,98

-Effets secondaires de bas grade avec les deux types de traitement

Leal et coll., 2015 [6]
5 ECR de phase III, randomisées :
- létrozole vs tam : PO24 [18]
- anastrozole vs tam :
PROACT, IMPACT, STAGE [13, 16, 17]
- exémestane vs tam :
Semiglazov et coll. [35]

Durée du traitement :
3 à 6 mois

Études :
Publiées entre 2001 et 2012
Tumeur opérable ou potentiellement opérable

Patientes :
Non ménopausées2 et ménopausées
RH+, HER2±

Clinique : (n = 1 344) :
OR = 1,90
(IC 95 % 1,17-3,08)
p = 0,009
I2 = 78 %, p = 0,001


Radiologique (n = 1 344) :
OR = 1,54
(IC 95 % 1,18-2,00)
p = 0,001
I2 = 22 %, p = 0,28

n = 672

OR = 0,97
(IC 95 % 0,28-3,33),
p > 0,05
I2 = 0 %

nd

-Effets secondaires de bas grade avec les deux types de traitement
- Une mort liée au traitement dans chaque groupe

Arthralgie :
IA > tam, p = 0,005

Constipation :
IA < tam, p = 0,02

Seo et coll. 2009 [31]
4 ECR de phase III, randomisées :
- létrozole vs tam : PO24 [18]
- anastrozole vs tam : PROACT, IMPACT [16, 17]
- exémestane vs tam :
Semiglazov et coll. [35]

Durée du traitement :
3 à 4 mois

Études :
Publiées entre 2001 et 2006
Tumeur opérable ou potentiellement opérable

Patientes :
Ménopausées
RH+, HER2±

Clinique (n = 1 160) :
RR = 1,29
(IC 95 % 1,14-1,47), p < 0,001
I2 = 77 %, p = 0,005


Radiologique (n = 1 160) :
RR = 1,29
(IC 95 % 1,10-1,51),
p = 0,002
I2 = 34,8 %, p = 0,203

nd

n = 1 160

RR = 1,36
(IC 95 % 1,16-1,59),
p < 0,001
I2 = 0 %, p = 0,627

n = 1 009
Bouffées de chaleur :
RR = 0,84 (IC 95 % 0,63-1,11), p = 0,221

Nausées :
RR = 1,10 (IC 95 % 0,79-1,53), p = 0,565

Maux de tête :
RR = 2,02 (IC 95 % 1,18-3,45), p = 0,011

Fatigue :
RR = 0,63 (IC 95 % 0,34-1,17), p = 0,169

CCS : chirurgie conservatrice du sein; ECR : étude clinique randomisée; HER2 : Human Epidermal Growth Factor Receptor-2; IA : inhibiteur de l’aromatase; IC : intervalle de confiance; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); pRC : réponse complète pathologique; RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs œstrogéniques; RR : risque relatif; sem. : semaine; tam : tamoxifène; vs : versus.
1. L’étude de Miller et coll. n’était pas une étude randomisée.
2. L’étude STAGE a porté sur des femmes non ménopausées traitées simultanément avec de l’hormonothérapie et la goséréline.

Parmi les sept études cliniques retenues dans la méta-analyse de Spring et coll., le taux de réponse clinique a été plus élevé (significativement [13, 18, 32] ou non [16, 17]) avec l’administration des IA comparativement au tamoxifène, à l’exception de l’étude de Harper-Wynne et coll. [34]. Cette dernière a administré le vorozole, un IA avec une efficacité inférieure à celle de ses homologues (létrozole, anastrozole, exémestane) qui n’est pas utilisé comme traitement du cancer du sein. Une seule étude a montré une réponse radiologique supérieure avec l’administration du tamoxifène [33], alors que les cinq autres ont favorisé l’IA. La réponse pathologique complète a été similaire entre les traitements dans trois études [13, 18, 33]. Les résultats relatifs à la chirurgie conservatrice du sein ont montré un avantage (significatif [16, 32] ou non significatif [17, 18]) à la suite de l’administration des IA. Il est important de noter que l’étude de Miller et coll. incluse dans la méta-analyse de Spring et coll. n’était pas randomisée. La dose de tamoxifène administrée a été de 40 mg comparativement à 20 mg pour les autres études.

Les conclusions des méta-analyses de Léal et coll. et de Seo et coll. [6, 31] ont été similaires à celles de Spring et coll. [5] avec un avantage significatif concernant l’utilisation des IA en comparaison avec le tamoxifène pour les taux de réponse clinique et radiologique observés.

L’étude STAGE, réalisée chez des femmes non ménopausées, a montré que la combinaison anastrozole/goséréline permettait d’obtenir un taux de réponse significativement supérieur comparativement au tamoxifène/goséréline (clinique : 75,5 % vs 56,6 %; radiologique : IRM ou CT : 64,3 % vs 37,4 %) (voir section « Hormonothérapie néoadjuvante chez les femmes non ménopausées ») [13].

L’étude PROACT de Catalotti et coll. a porté sur des femmes traitées simultanément avec de l’hormonothérapie et de la chimiothérapie [16]. Ce sous-groupe de femmes a été exclu de deux des trois méta-analyses [5, 31].

Comparaison de l’efficacité des inhibiteurs de l’aromatase (IA) entre eux

Une seule étude a comparé l’efficacité des différents inhibiteurs de l’aromatase (létrozole, anastrozole, exémestane) pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein. Aucune différence significative n’a été observée entre les trois IA en termes d’efficacité et de toxicité chez les femmes ménopausées hormonosensibles [20].

Comparaison de l’efficacité néoadjuvante de différents inhibiteurs de l’aromatase dans le traitement du cancer du sein

Étude et traitements

Caractéristiques

Réponse objective

CCS

Ki67

Effets secondaires

ACOSOG Z1031 A

Ellis et coll, 2011 [20]
Phase II

A : exémestane 25 mg/j,
n = 124
B : létrozole 2,5 mg/j,
n = 127
C : anastrozole 1 mg/j,
n = 123

Durée du traitement = 16 à 18 sem.

Patientes :
Âge médian =
A : 69 ans (43-90)
B : 65 ans (49-90)
C : 65 ans (51-87)
Ménopausées
RO+, HER2±1
Non candidates ou marginalement candidates à la CCS

Type de cancer :
Infiltrant, luminal A et B
T2-4N0-3M0

A vs B vs C

Clinique (à 16 sem.) :
A : 62,9 % (IC 95 % 53,8-71,4)
B : 74,8 % (IC 95 % 66,3-82,1)
C : 69,1 % (IC 95 % 60,1-77,1)
p = nd

A vs B vs C

CCS réalisées :
67,8 % vs 60,8 % vs 76,0 %,
p = nd

Taux de conversion
(mastectomie →CCS) :
48,1 % vs 42,1 % vs 64,0 %,
p = nd

A vs B vs C

Moyenne géométrique du
% de suppression :
- 81,2 % vs - 87,1 % vs -78,0 %,
p = 0,45

A vs B vs C

Patientes qui ont complété le traitement sans événement indésirable :
88,7 % vs 91,3 % vs 91,1 %

Arrêt du traitement en raison de la toxicité :
3,2 % vs 1,6 % vs 0 %

CCS : chirurgie conservatrice du sein; IC : intervalle de confiance; HER2 : Human Epidermal Growth Factor Receptor-2; j : jour; mg : milligramme; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RO : récepteurs œstrogéniques; vs : versus.
1. Score Allred 6-8. HER2+ chez 6,5 %, 10,2 % et 9,8 % des patientes.

Durée du traitement

Initialement, la durée de l’hormonothérapie néoadjuvante était de 3 à 4 mois pour faciliter la comparaison avec la chimiothérapie néoadjuvante. Une étude clinique randomisée, six études prospectives à un bras et une étude rétrospective ont évalué si cette période était optimale. Les données sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Évaluation de la durée optimale de l’hormonothérapie néoadjuvante chez des femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant

Études

Traitement

Réponse clinique objective

Taux de conversion

(Mastectomie → CCS)

À 2 mois

À 3 mois

À 4 mois

À 6 mois

À 8 mois

À 12 mois

PTEX46 [36]1

Hojo et coll., 2013

Phase II

exémestane

n = 51

26,9 -20,0 %

nd

42,3 %

48,0 %

nd

nd

À 4 mois vs 6 mois :

15,4 % vs 4,0 %,

p > 0,05

p > 0,05

TEAM IIA [22]2

Fontein et coll., 2014

Phase II

exémestane

n = 102

nd

58,7 %

3 mois à 9 mois : 68,3 %

nd

9,2 %

p = 0,012

p = 0,031

Carpenter et coll., 2014 [37]3

Phase IV

létrozole

n = 139

nd

69 %

Durée médiane pour atteindre la CCS :

7,5 mois (IC 95 % 6,3-8,5)

Allevi et coll., 2013 [38]

létrozole

n = 120

nd

nd

45,0 %

nd

86,8 %

95 %

Taux de CCS (à 4 mois vs 8 mois vs 12 mois) :

80,0 % vs 85,0 % vs 87,5 %

p > 0,05

4 vs 8 ou 12 mois : p < 0,001

Llombart-Cussac et coll., 2012 [39]4

Phase IIb

létrozole

n = 565

nd

 

55 %

4 mois à 12 mois : 76,8 %

Réponse max. (médiane) 6: 4,2 mois

Taux de CCS

43 %

p = nd

Dixon et coll., 2009 [40]8

létrozole

n = 119 à 3 mois et 63 à 3-24 mois7

nd

69,8 %

3 mois à 24 mois : 83,5 %

À 3 mois vs 3-24 mois

60,0 % vs 72 %,

p = nd

p = nd

Krainick-Strobel et coll., 2008 [41]9

Phase IIb/III

létrozole

n = 23

nd

nd

55,2 %

4 à 12 mois : 72,4 %

À 4 mois vs 4-12 mois

71,4 % vs 80,0 %,

p = nd

p = nd

Études

Traitement

Réduction du volume tumoral

À 3 mois

À 4 mois

À 6 mois

À 8 mois

À 12 mois

À 24 mois

TEAM IIA2

Fontein et coll., 2014 [22]

Phase II

exémestane

n = 102

16,11 mm

(IC 95 % 11,87-20,35)

22,40 mm (IC 95 % 18,28-26,53)

nd

nd

p = 0,003

Carpenter et coll., 2014 [37]3

Phase IV

létrozole

n = 139

Traitement jusqu’à la CCS ou maximum 12 mois

71 %

nd

Krainick-Strobel et coll., 2008 [41]

Phase IIb/III

létrozole

n = 23

nd

nd

62,5 %

4 à 12 mois : 70,2 %

 

p = nd

Pariser et coll. 201911 [9]

Rétrospective

HTNA : nd

n = 6 584

20,6 %12

29,8 %12

34,2 %12

34,9 %12

nd

Absence d’HTNA vs HTNA ≥ 3 mois : OR = 1,79 (IC 95 % 1,63-1,97)

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; IC : intervalle de confiance; HER2 : Human Epidermal Growth Factor Receptor-2; HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; j : jour; mg : milligramme; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs de la progestérone; sem. : semaine; tx : traitement; vs : versus.
1. RH > 10 %, HER2+ chez 7,8 % des patients.
2. HER2+ chez 8,8 % des patients.
3. RO+ et/ou RP+, HER2 non défini.
4. ER-/PR+ chez 7,1 % des patientes; HER2+ chez 4,3 % des patientes.
5. Six patientes avaient obtenu une réponse complète à 4 mois et ont cessé le traitement.
6. 37,1 % des patientes ont obtenu la réponse maximale après 6 à 12 mois de traitement.
7. Les patientes traitées pendant plus de 3 mois (63 patientes) étaient celles qui avaient répondu au traitement, mais qui n’avaient pas atteint la CCS (26), n’étaient toujours pas opérables (15), étaient considérées comme non candidates à la chirurgie (13) ou avaient refusé la chirurgie (9) à 3 mois.
8. Score Allred 7-8 chez 98 % des patientes.
9. PR+ chez 78,1 % des patientes; HER2 non défini.
10. Cohorte de patientes tirée de la National Cancer Data Base (NCDB).
11. 49,9 % des patientes avaient un statut HER2 non défini.
12. La diminution du stade était définie comme un stade pathologique (à la chirurgie) inférieur au stade clinique avant traitement néoadjuvant.

L’étude d’Hojo et coll. n’a montré aucun avantage à prolonger l’administration de l’exémestane de 4 à 6 mois (taux de réponse clinique et chirurgie conservatrice du sein) (n = 51 patientes ménopausées). La progression de la maladie pendant le traitement a été similaire entre les deux groupes (7,7 % vs 8,0 %) [36]. Six études prospectives ont évalué l’efficacité de la prolongation d’un traitement à l’exémestane [22] ou au létrozole [37, 38, 39, 40, 41] chez des cohortes de patientes qui n’avaient pas obtenu la réponse désirée ou maximale après 3 ou 4 mois. Globalement, plus de patientes ont obtenu un taux de réponse clinique complet ou partiel et subi une chirurgie conservatrice du sein avec une prolongation du traitement. Deux études ont montré une augmentation statistiquement significative de la réponse clinique [22, 38] et de la diminution du volume de la tumeur [22] chez les patientes traitées pendant une période de plus de 3 ou 4 mois.

L’étude de Carpenter et coll. a rapporté une durée médiane de 7,5 mois pour être admissible à la chirurgie conservatrice du sein [37]. Llombart-Cussat et coll. et Krainick-Strobel et coll. ont rapporté l’obtention d’une réponse objective après 4,2 mois et 4,3 mois respectivement, sans précision quant à l’admissibilité des patientes à la chirurgie conservatrice [37, 39, 41]. Il est à noter que le nombre de patientes qui ont connu une progression de la maladie a varié avec le temps selon les études (augmentation : [37, 40], stable : [36, 38, 39]). Deux études ne rapportent pas le délai avant l’apparition de la progression [22, 41]. Dans chacune des études présentées ci-haut, les patientes ont été suivies régulièrement et la progression de la maladie a entraîné l’arrêt du traitement néoadjuvant.

Une étude rétrospective, portant sur plus de 212 000 patientes et tirée de la National Cancer Data Base, a comparé l’utilisation de l’hormonothérapie néoadjuvante (n = 6 584), de la chimiothérapie néoadjuvante (n = 52 310) ou de l’absence de traitement néoadjuvant (n = 153 092) chez des femmes qui avaient reçu un diagnostic de cancer du sein RH+ de stades II-III entre 2004 et 2014. L’étude a rapporté que la prolongation de la durée du traitement d’hormonothérapie néoadjuvante (protocoles non précisés) a permis à un plus grand nombre de patientes d’obtenir une rétrogradation du stade de la maladie et d’atteindre la CCS. Il importe de préciser que les patientes qui ont bénéficié d’un traitement plus long sont susceptibles d’être celles qui ont bien répondu à l’hormonothérapie néoadjuvante [9].

Récidive et survie

Cinq études de phase II [42, 43, 44] et une étude rétrospective [45] ont rapporté des données sur la survie et la récidive suivant l’hormonothérapie néoadjuvante chez des femmes ménopausées. À 5 ans, la survie globale a varié de 83,0 % à 90,0 % et la récidive (à distance et locorégionale) de 11,7 % à 26,5 %. Certaines études ont inclus des patientes HER2+ (9 % à 14 % de la cohorte selon les études) connues pour avoir un pronostic plus sombre comparativement aux patientes RO+/HER2- [43, 45, 46, 47]. Les deux études qui ont inclus uniquement des femmes RO+/HER2- ont montré une survie globale de 90 % à 5 ans [42] et de 100 % à 3 ans (groupe anastrozole) [44]. Une chimiothérapie adjuvante a été administrée chez 15 % à 40 % des patientes selon les études qui ont rapporté cette donnée [43, 46, 47]. Le choix de la thérapie adjuvante dépendait de la réponse au traitement néoadjuvant et des risques de récidive de la patiente. Les données sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Une étude de phase III qui a recruté 4 486 patientes (POETIC, NCT02338310) est en cours. L’objectif de cette étude est de déterminer si une courte période de traitement peropératoire avec un inhibiteur de l’aromatase (deux semaines avant et deux semaines après la chirurgie) peut améliorer le délai avant une récidive locale ou à distance et la survie globale. Elle permettra aussi d’évaluer la valeur prédictive du niveau de Ki67 pendant une période de 10 ans.

Survie et récidive de femmes ménopausées suivant une hormonothérapie néoadjuvante (HTNA)

Étude et traitements

Suivi médian

Caractéristiques

Récidive

Survie globale

Patientes

Cancer

Études randomisées

JFMC34-0601 study

Ueno et coll, 2018 [42]

Phase II

n = 107

 

HTNA = exémestane 25 mg/j

Adjuvant = endo + chimio + radio

5,5 ans

Âge = 55 à 75 ans

RO+, PR±, HER2-1

Stades II-IIIa

T2-3N0-2M0

 

À 5 ans (toute récidive) :

Patientes avec réponse clinique + : 15,9 %

Patientes avec PEPI = 0* :

5 % (IC 95 % 1-17)

À 2 ans :

99 % (IC 95 % 97-100)

 

À 5 ans :

90 % (IC 95 % 84-96)

ACOSOG Z1031 A + B
Ellis et coll, 2017 [43]
Phase II
n = 460
 

HTNA : exémestane25 mg/j,

létrozole 2,5 mg/j ou anastrozole 1 mg/j

Adjuvant : endo ± radio, ± chimio2

5,5 ans

Âge = 55-72 ans

RO+, HER2±3

 

Stades II-III

T2-4N0-3M0

 

Au suivi médian4:

Toute récidive : 53/ 450 (11,7 %)

Locorégionale : 9/450 (2,0 %)

À distance : 44/450 (9,8 %)

 

Au suivi médian:

83,6 %

CARMINA 02

Lerebours et coll., 2016 [44]
Phase II
n = 114

HTNA :

A : anastrozole 1 mg/j

B : fulvestrant 500 mg/j

Adjuvant : nd

41,2 mois

Âge moy. = 

70,7 ans (53-92) vs

72,5 ans (51-88)

RO+, RP±, HER2-5

 

T2-4N0-3M0

SSR À 3 ans :

A : 94,9 % (IC 95 % 89,4-100,0)

B : 91,2 % (IC 95 % 84,1-98,9),

A vs B : p = 0,29

À 3 ans :

A : 100 %

B : 98,0 %,

A vs B : p = 0,87

IMPACT

Dowsett et coll. 2007 [46]

Phase III

n = 158

 

HTNA : anastrozole, tam ou anastrozole + tam

Adjuvant : tx donné en néo ± chimio6

37 mois

Âge médian = 73 ans

RO+, RP±, HER2±7

T2-4N0-3M0

Au suivi médian :

Toute récidive : 25/158 (15,8 %)

Locorégionale : 2/158 (1,3 %)

À distance : 18/158 (11,4 %)

nd

PO24

Ellis et coll., 2008 [47]

Phase III

n = 228

 

HTNA = létrozole ou tam

Adjuvant = tam ± chimio8

61,2 mois

Âge moy. = nd

RO+, HER2±9

 

Stades II-III

T2-4N0-3M0

À 5 ans (toute récidive) :

Stade 0-I10 : 1/30 (3,3 %)

Stades II-III10 : 53/175 (30,3 %)

Globale : 54/205 (26,3 %)

Mortalité spécifique au cancer du sein (à 5 ans) :

25/174 (14,4 %)

Rétrospective 

Grassadonia et coll. 2014 [45]

Recrutement : janvier 2003 à décembre 2012

n = 144

 

HTNA : exémestane (57,6 %),

létrozole (38,6 %) ou anastrozole (3,5 %)

49 mois

(3-119)

Âge moy. = 76,4 ± 8,2 ans

RH+, HER2±11

 

Stade III

Localement avancé (opérable)

À 5 ans :

 

Toute récidive : 15,5 %

Locorégionale : 3,0 %

À distance : 12,5 %

À 5 ans :

83,0 %

HER2 : Human Epidermal Growth Factor Receptor-2; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HTNA : hormonothérapie néoadjuvante; IC : intervalle de confiance; IRM : imagerie par résonance magnétique; j : jour; mg : milligramme; n : nombre de patientes; nd : non disponible; PEPI : Preoperative endocrine prognostic index; RH : récepteurs hormonaux; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : réponse partielle; SSR : survie sans récidive; tx : traitement; vs : versus.

1. RO score Allred≥ 6 chez 96 % des patientes.

2. 40 % et 71,6 % des patientes ont reçu de la chimiothérapie et/ou de la radiothérapie adjuvante respectivement en plus du traitement hormonal.
3. RO score Allred 6-8. Proportion de patientes HER2+ non précisée.
4. La survie et la récidive ont été évaluées chez l’ensemble des patientes, sans égard au traitement.
5. RO score Allred≥ 6 chez 97,4 % des patientes.
6. 25/158 (15,8 %) des patientes ont reçu de la chimiothérapie en plus du traitement hormonal en adjuvant.
7. La proportion de patientes HER2+ était de 14 % dans l’étude principale qui a porté sur 330 patientes [17], mais n’a pas été précisée dans l’étude présentée qui constitue un sous-groupe de la population initiale.
8. Une chimiothérapie adjuvante a été administrée à 30,7 % des patientes en plus du traitement hormonal; la majorité (29,8 %) avaient une tumeur résiduelle suivant l'HTNA de stades II-III.
9. 14 % des patientes étaient HER2+.
10. Stade de la maladie après le traitement néoadjuvant.
11. RO+ et/ou RP+. HER2+ chez 9,0 % des patientes.

_____________________________________

 

*PEPI : Preoperative endocrine prognostic index. Index de prédiction de la récidive et de la survie des patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein et traitées avec un inhibiteur de l’aromatase comme traitement néoadjuvant. L’index est attribué aux patientes en fonction du volume de la tumeur (T1-4), du statut axillaire, du niveau de Ki67 après traitement et du score Allred des récepteurs œstrogéniques après traitement. Un index faible serait prédictif d’un pronostic favorable.

Consensus d’experts et guides pratiques 

Organisme

Recommandations

NCCN V2.2020 [15]

  • Les options d’hormonothérapie néoadjuvante incluent un inhibiteur de l’aromatase (avec suppression de la fonction ovarienne pour les femmes non ménopausées) ou le tamoxifène. Chez la femme ménopausée, l’administration d’un inhibiteur de l’aromatase est l’option thérapeutique à privilégier. (niveau de preuve II, A)

ESMO 2019 (Cancer du sein primaire)
Senkus et coll. [58]

  • Chez la femme ménopausée, l’hormonothérapie néoadjuvante est généralement administrée de 4 à 8 mois avant la chirurgie ou jusqu’à l’obtention de la réponse maximale et elle se poursuit après la chirurgie.
  • L’administration d’un inhibiteur de l’aromatase réduit davantage la taille de la tumeur comparativement au tamoxifène et elle favorise une chirurgie moins étendue. (niveau de preuve I, A)

St-Gall 2017 [59]

  • L’hormonothérapie néoadjuvante, chez la femme ménopausée de sous-type luminal A non candidate à la chirurgie conservatrice du sein au diagnostic, devrait être administrée pendant une durée de 4 à 8 mois ou jusqu’à réponse maximale.
  • L’administration du tamoxifène (femmes non ménopausées) ou d’un inhibiteur de l’aromatase (femmes non ménopausées et ménopausées) est recommandée. (recommandations non gradées)
  • L’absence d’une diminution des niveaux de Ki67 de la tumeur sous traitement hormonal néoadjuvant permet d’identifier rapidement les patientes qui doivent considérer un transfert vers une autre option thérapeutique.

American Society of Breast Surgeon (mars 2017) [24]

  • La durée usuelle de l’hormonothérapie néoadjuvante permettant une réduction significative du volume de la tumeur est de 4 à 6 mois. Par contre, la réponse pathologique complète est rarement obtenue. (recommandations non gradées)

BC Cancer Agency (mise à jour en janvier 2017) [25]

  • La durée recommandée pour l’hormonothérapie néoadjuvante n’est pas bien définie, mais les études cliniques traitent généralement les patientes pendant une période allant de 4 à 8 mois.
  • Le but ultime du traitement doit être discuté avec la patiente et la durée du traitement sera déterminée en conséquence (c.-à-d. si le but est curatif, une durée prédéfinie d’hormonothérapie néoadjuvante sera prescrite suivie de la chirurgie mammaire; si le but est de contrôler la maladie, il pourrait ne pas y avoir de durée prédéfinie de l’hormonothérapie néoadjuvante).
  • L’administration d’un inhibiteur de l’aromatase est le traitement de choix pour les femmes ménopausées. Le tamoxifène peut aussi être administré aux patientes qui ont des contre-indications ou des intolérances aux inhibiteurs de l’aromatase. (recommandations non gradées)

BC : British Colombia; ESMO : European Society for Medical Oncology; NCCN : National Comprehensive Cancer Network, NICE : National Institute for Health and Care Excellence.

Références
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Cottu P, et al. Letrozole and palbociclib versus chemotherapy as neoadjuvant therapy of high-risk luminal breast cancer. Ann Oncol 2018; 29(12): 2334-2340.

2.

Palmieri C, et al. NEOCENT: a randomised feasibility and translational study comparing neoadjuvant endocrine therapy with chemotherapy in ER-rich postmenopausal primary breast cancer. Breast Cancer Res Treat 2014; 148(3): 581-90.

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Alba E, et al. Chemotherapy (CT) and hormonotherapy (HT) as neoadjuvant treatment in luminal breast cancer patients: results from the GEICAM/2006-03, a multicenter, randomized, phase-II study. Ann Oncol 2012; 23(12): 3069-74.

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3.4.4 Chimiothérapie néoadjuvante (+/- thérapie ciblée ou immunothérapie)

3.4.4.1 Indications d’une chimiothérapie néoadjuvante 

Une chimiothérapie néoadjuvante doit être envisagée comme premier traitement pour les sous-types de cancer HER2+ et triple négatif, caractérisés par une prolifération rapide et une forte probabilité de réponse au traitement systémique, et ce, indépendamment du type de chirurgie requis (mastectomie ou chirurgie conservatrice du sein). La chimiothérapie néoadjuvante permet d’évaluer la sensibilité d’une tumeur à un traitement et d’ajuster le traitement adjuvant en fonction de l’obtention ou non d’une réponse pathologique complète (voir section Thérapie systémique à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante (CTNA)). La réponse pathologique complète est un facteur pronostique favorable corrélé positivement avec la survie sans événement et la survie globale. Environ le tiers des patientes dont la tumeur est TN ou HER2+ (récepteurs hormonaux +) et la moitié des patientes dont la tumeur est HER2+ (récepteurs hormonaux -) vont avoir une réponse pathologique complète à un traitement systémique néoadjuvant à base de chimiothérapie (+ trastuzumab pour les patientes HER2+). 

Les experts du Québec consultés considèrent que, dans la plupart des cas, la chirurgie est le traitement initial préconisé lorsque la patiente a un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé opérable présentant l’un ou l’autre des critères individuels suivants : une tumeur dont le statut est RH+/HER2- de grade 1 ou 2 (apparenté au sous-type luminal A) ou un carcinome lobulaire classique infiltrant, tubulaire ou mucineux. Dans ces situations cliniques (sans facteurs pronostiques défavorables additionnels), la chimiothérapie néoadjuvante serait peu susceptible de permettre une chirurgie moins effractive ou d’améliorer le résultat clinique à long terme des patientes, ou elle pourrait au contraire représenter un surtraitement. Certaines patientes ménopausées pourraient toutefois être candidates à l'hormonothérapie néoadjuvante (voir section Hormonothérapie néoadjuvante). 

Lorsqu’une chimiothérapie est indiquée en présence d’un cancer RH+/HER2- (généralement apparenté au sous-type luminal B), la chimiothérapie néoadjuvante pourrait être envisagée pour réduire l’étendue de la chirurgie et/ou l’étendue de la dissection axillaire.

Tumeur dont le statut est triple négatif 

Le tableau suivant présente les résultats d’analyses comparatives en fonction du sous-type de cancer du sein et de la réponse à la thérapie néoadjuvante. Le taux de réponse pathologique complète après la chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut est triple négatif a varié de 23,2 % à 42,0 % [12, 3, 469, 10, 11, 12]. La probabilité d’obtenir une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante a été plus élevée pour le sous-type triple négatif par rapport au sous-type RH+/HER2- (luminal A ou B/HER2-). Cette probabilité a été d’autant plus marquée chez les femmes de < 40 ans (Chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes âgées de moins de 50 ans). De plus, dans ce sous-type de cancer, l’obtention d’une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante a été associée de manière indépendante et significative à une réduction du risque d’événements (récidive, progression rendant la tumeur inopérable, récidive locorégionale, métastases à distance) et de décès comparativement à une maladie résiduelle [12, 3, 5, 10]. Selon l’analyse rétrospective de Liedtke et coll., la probabilité de survie après une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante a été similaire pour un cancer du sein dont le statut est triple négatif par rapport à d’autres sous-types. En revanche, la probabilité de survie a été significativement réduite lorsqu’une maladie résiduelle de statut triple négatif était observée comparativement à une maladie résiduelle d’un autre sous-type [12]. Globalement, la probabilité de survie sans récidive et de survie globale a été plus faible dans le cas des cancers de statut triple négatif comparativement aux autres sous-types de cancer [5].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le taux de réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante et son association pronostique avec le résultat clinique à long terme du cancer du sein non métastatique dont le statut est triple négatif

Étude

n (TN)

Réponse pathologique complète1

Survie sans événement1

Survie globale1

   

TN vs HER2+ vs RH+/HER2-2

pRC vs non

pRC vs non

Sping et coll., 2020 [1]

Méta-analyse d'études

prospectives et rétrospectives

Suivi médian : 48 mois

27 895

32,6 % vs 36,4 % vs 9,3 %

n = 2 039

 

À 5 ans (estimation)

90 % vs 57 %

HR = 0,18 (IC 95 % 0,10-0,31)

 

n = 778

 

À 5 ans (estimation)

84 % vs 47 %

HR = 0,20 (IC 95 % 0,07-0,41)

Cortazar et coll., 2014 [2]

Méta-analyse

Suivi médian : 5,40 ans

11 995 (1 157)

33,6 % vs 30,9-50,3 % vs 7,5-16,2 %

HR = 0,24 (IC 95 % 0,18-0,33)

HR = 0,16 (IC 95 % 0,11-0,25)

von Minckwitz et coll., 2012 [3]

Méta-analyse

Suivi médian : 46,3 mois

6 377 (911)

35,8 % vs 32,3-51,0 % vs 8,9-15,4 %,

p < 0,001

HR = 6,02 (IC 95 % 3,92-9,25)

(HR > 1 : pRC associée à SSE)1

HR = 12,41 (IC 95 % 5,82-26,49)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

Houssami et coll., 2012 [4]

Méta-analyse

Suivi médian : nd

11 695 (2 418)

31,0 % vs 46,4 % vs 8,7 %, p < 0,0001

 

TN vs RH+/HER2- :

OR = 4,73 (IC 95 % 4,12-5,44)

nd

nd

   

TN vs autre sous-type

TN vs autre sous-type

TN vs autre sous-type

Tian et coll., 2015 [5]

Méta-analyse d'études

prospectives et rétrospectives

Suivi médian :  5 ans




 

6 180




 

n = 905 vs 2 512

 

OR = 3,10 (IC 95 % 2,51-3,82)





 

n = 487 vs 1641

 

54,6 % vs 70,8 %

OR = 0,53 (IC 95 % 0,34-0,81)

 

pRC vs non :

OR = 7,42 (IC 95 % 4,09-13,48)

(OR > 1 : pRC associée à SSE)1

n = 557 vs 189

 

62,5 % vs 80,7 %

OR = 0,52 (IC 95 % 0,42-0,65)

 

pRC vs non :

OR = 6,74 (IC 95 % 3,63-12,52)

(OR > 1 : pRC associée à SG)1

Wu et coll., 2014 [6]

Méta-analyse

Suivi médian : nd

9 460 (2 952)

28,9 % vs 12,5 %

OR = 3,02 (IC 95 % 2,66-3,42)

nd

nd

   

TN vs HER2+ vs RH+/HER2-2

pRC vs non

pRC vs non

Bagegni et coll., 2019 [9]

Rétrospective 2010-2013

Tumeur stade II-III

Suivi médian : nd

(5 621) 

47 %

nd

À 5 ans :

86,2 % vs 62,3 %, p < 0,0001

Haque et coll., 2018 [10]

Rétrospective 2004-2014

Suivi médian : 39,8 mois

13 939 (5 402)

23,2 % vs 38,7 % vs 0,3 %-8,3 %

nd

À 5 ans :

HR = 4,077 (IC 95 % 3,253-5,110)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

Swisher et coll., 2016 [11]

Rétrospective

Suivi médian : 4,6 ans

751 (219)

42,0 % vs 45,7-72,4 % vs 16,5 %,

p < 0,0001

nd

nd

   

TN vs autre sous-type

 

TN vs autre sous-type

Liedtke et coll., 2008 [12]

Rétrospective

Suivi moyen : 2,9-3,8 ans

1 118 (255)

22 % vs 11 %

OR = 1,53 (IC 95 % 1,03-2,26),

p = 0,03

nd

Si pRC post-CTNA :

À 3 ans : 94 % vs 98 %

HR = 1,7 (IC 95 % 0,7-4,2), p = 0,24

 

Si maladie résiduelle post-CTNA :

À 3 ans : 68 % vs 88 %

HR = 1,5 (IC 95 % 1,3-1,8) p < 0,0001

CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); pRC : réponse pathologique complète à la CTNA (ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0); RH : récepteurs hormonaux; SSE : survie sans événement; SG : survie globale; TN : triple négatif; vs : contre.

1. Les résultats des rapports de cotes (OR) et des rapports de risque instantané (HR) sont issus d’analyses multivariées. Cortazar et coll. et Liedtke et coll. : un HR < 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0/is ypN0) est associée à une réduction du risque d’événements ou de décès; von Minckwitz et coll., Tian et coll. et Haque et coll. : un HR/OR > 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0 ypN0) est associée à augmentation de la probabilité de survie sans événement ou de survie globale (probabilité qu’aucun événement ou décès ne surviendra).

2. Pour les sous-types HER2+ (RH+ ou -) : taux de pRC à la CTNA en association avec le trastuzumab. Pour le sous-type RH+/HER2- : taux de pRC à la CTNA pour les grades ≤ 2 et 3.

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Tumeur dont le statut est HER2+

Le tableau suivant présente les résultats d’analyses comparatives en fonction du sous-type de cancer du sein et de la réponse à la thérapie néoadjuvante. Le taux de réponse pathologique complète après la chimiothérapie néoadjuvante en association avec le trastuzumab chez les patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut est HER2+ (tous statuts RH confondus) a été de 30,9 % à 72,4 % [12, 3, 4, 5, 8, 11]. La probabilité d’obtenir une réponse pathologique complète a été plus élevée pour le sous-type HER2+/RH- par rapport au sous-type HER2+/RH+ (50,3 %-72,4 % vs 30,9 %-45,7 %) [2, 3, 411]. Cette probabilité est indépendante de l’âge de la patiente pour ce sous-type de cancer (Chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes de moins de 50 ans). De plus, chez les patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut est HER2+, l’obtention d’une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante est associée de manière indépendante et significative à une réduction du risque d’événements (récidive, progression rendant la tumeur inopérable, récidive locorégionale, métastases à distance) et de décès comparativement à une maladie résiduelle [12, 3, 13]. Cette association pronostique est plus marquée lorsque le statut des récepteurs hormonaux est négatif (non luminal) [2, 3, 13].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le taux de réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante (en association ou non avec le trastuzumab) et son association pronostique avec le résultat clinique à long terme du cancer du sein non métastatique dont le statut est HER2 +

Étude

Sous-groupe

n

(trastuzumab)

Réponse pathologique complète1

Survie sans progression1

Survie globale1

       

HER2+ vs TN vs RH+/HER2-2 :

pRC vs non (indépendamment du trastuzumab, sauf si indication contraire) :

Sping et coll., 2020 [1]

Méta-analyse d'études

prospectives et rétrospectives

Suivi médian : 48 mois

tous RH (+ ou -)

SSP: 5 711

SG: 1 654

36,4 % vs 32,6 % vs 9,3 %

HR = 0,31 (IC 95 % 0,21-0,50)

 

À 5 ans (estimation)

86 % vs 63 % 

HR = 0,13 (IC 95 % 0,04-0,35)

 

À 5 ans (estimation)

95 % vs 76 % 

Broglio et coll., 2016 [13]

Méta-analyse, sous-type HER2+

Suivi médian : 41 mois

tous RH (+ ou -)

5 768 

nd

HR = 0,37 (IC 95 % 0,32-0,43)

HR = 0,34 (IC 95 % 0,26-0,42)

RH- (non luminal)

nd

nd

HR = 0,29 (IC 95 % 0,24-0,36)

nd

RH+ (luminal B/HER2+)

nd

nd

HR = 0,52 (IC 95 % 0,40-0,66)

nd

Cortazar et coll., 2014 [2]

Méta-analyse

Suivi médian : 5,40 ans

n = 11 955

tous RH (+ ou -)

1 921 (749)

nd

HR = 0,39 (IC 95 % 0,31-0,50)

HR = 0,34 (IC 95 % 0,24-0,47)

RH- (non luminal)

835 (364)

50,3 % vs 33,6 % vs 7,5-16,2 %

HR = 0,25 (IC 95 % 0,18-0,34)

HR = 0,19 (IC 95 % 0,12-0,31)

RH+ (luminal B/HER2+)

1 086 (385)

30,9 % vs 33,6 % vs 7,5-16,2 %

HR = 0,58 (IC 95 % 0,42-0,82)

Trastuzumab : HR = 0,56 (IC 95 % 0,23-1,37)

CTNA seule : HR = 0,57 (IC 95 % 0,31-1,04)

von Minckwitz et coll., 2012 [3]

Méta-analyse

Suivi médian : 46,3 mois

n = 6 377

tous RH (+ ou -)

1 327 (662)

nd

Trastuzumab :

HR = 2,85 (IC 95 % 1,69-4,83)

(HR > 1 : pRC associée à SSP)1

Trastuzumab :

HR = 14,11 (IC 95 % 1,93-103,03)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

 

 

RH- (non luminal)

537 (298)

51,0 % vs 35,8 % vs 8,9-15,4 %,

p < 0,001

Trastuzumab :

HR = 8,74 (IC 95 % 3,17-24,12)

(HR > 1 : pRC associée à SSP)1

Trastuzumab :

HR = 13,80 (IC 95 % 1,87-102)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

 

 

RH+ (luminal B/HER2+)

751 (356)

32,3 % vs 35,8 % vs 8,9-15,4 %,

p < 0,001

Trastuzumab :

HR = 1,23 (IC 95 % 0,63-2,37)

(HR > 1 : pRC associée à SSP)1

Trastuzumab :

HR = 29,72 (IC 95 % 0,63-> 1,000)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

 

Houssami et coll., 2012 [4]

Méta-analyse

Suivi médian : nd

n = 11 695

tous RH (+ ou -)

2 488 

46,4 % vs 31,0 % vs 8,7 %, p < 0,0001

 

HER2+ vs RH+/HER2- :

OR = 4,14 (IC 95 % 3,60-4,77)

nd

nd

Baron et coll., 2016 [5]

Rétrospective

Suivi médian : nd

n = 608

tous RH (+ ou -)3

111 (107)

55,0 % vs 37,1 % vs 6,1-8,7 %,

p ≤ 0,002

nd

nd

Swisher et coll., 2016 [11]

Rétrospective

Suivi médian : 4,6 ans

n = 751

RH- (non luminal)

58

72,4 % vs 42,0 % vs 16,5 %, 

p < 0,0001

nd

nd

RH+ (luminal B/HER2+)

105

45,7 % vs 42,0 % vs 16,5 %, 

p < 0,0001

nd

nd

Boughey et coll., 2014 [8]

Rétrospective

Suivi médian : nd

n = 694

tous RH (+ ou -)

207

45,4 % vs 38,2 % vs 11,4 %,

p < 0,0001

nd

nd

CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; nd : non disponible; pRC : réponse pathologique complète à la CTNA (ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0); RH : récepteurs hormonaux; SSE : survie sans progression; SG : survie globale; vs : versus.

1. Les résultats des rapports de cotes (OR) et des rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées. Broglio et coll. et Cortazar et coll. : un HR < 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0/is ypN0) est associée à une réduction du risque d’événements ou de décès; von Minckwitz et coll. : un HR > 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0 ypN0) est associée à une augmentation de la probabilité de survie sans événement ou de survie globale (probabilité qu’aucun événement ou décès ne surviendront).

2. Pour les sous-types HER2+ (RH+ ou -) : taux de pRC à la CTNA en association avec le trastuzumab. Pour le sous-type RH+/HER2- : taux de pRC à la CTNA pour les grades ≤ 2 et 3.

3. Sous-types luminal A ou B, basal et HER2 + déterminés par les tests MammaPrint et BluePrint.

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique 

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [14]

  • La réponse pathologique complète (pRC) suivant une thérapie systémique néoadjuvante est fortement associée à une survie sans maladie et une survie globale, particulièrement dans les situations où la totalité du traitement est administrée en préopératoire. Les tumeurs de sous-type TN présentent une forte corrélation entre la réponse pathologique complète et les paramètres à long terme, suivies des tumeurs HER2+ et finalement des tumeurs RO+ pour lesquelles la corrélation est moins importante.
  • La thérapie systémique néoadjuvante fournit d’importants renseignements pronostiques chez une patiente en fonction de sa réponse à une thérapie, particulièrement chez les patientes dont la tumeur est TN et HER2+.
  • En présence d’une maladie résiduelle suivant un traitement néoadjuvant, la thérapie systémique néoadjuvante permet la modification ou l’ajout d’un traitement adjuvant chez les patientes dont la tumeur est TN ou HER2+.

ESMO 2019 [15

  • Chez les patientes atteintes d’un cancer du sein hautement sensible à la chimiothérapie (TN et HER2+), une approche néoadjuvante devrait être préconisée si la tumeur est > 2 cm (IIA). 
  • La thérapie néoadjuvante permet de suivre la réponse à une thérapie, connue pour être un facteur pronostique bien établi, et elle peut permettre de guider le choix du traitement adjuvant.

St. Gallen 2019 [16]

  • La thérapie systémique néoadjuvante est l’approche à privilégier chez les patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ ou TN et de stade 2 ou 3. Cela permet de diminuer le volume de la résection, d’administrer une thérapie systémique efficace, d’obtenir de l’information additionnelle sur le pronostic de la patiente et d’adapter les thérapies systémiques et locales subséquentes en fonction de l’étendue de la tumeur résiduelle.
  • La thérapie systémique néoadjuvante permet un traitement sur mesure chez les patientes atteintes d’un cancer TN ou HER2+, ce qui pourrait améliorer les résultats à long terme.

NICE 2018 [17]

  • La chimiothérapie néoadjuvante peut être offerte aux patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant :

- en combinaison avec le pertuzumab et le trastuzumab chez les patientes HER2+; 

- chez les patientes avec un cancer du sein localement avancé ou inflammatoire ou chez les patientes atteintes d’un cancer de stade peu avancé, mais à risque élevé;

- chez les patientes TN.

Tumeur dont le statut est RH+/HER2- 

Les données disponibles suggèrent que, sans facteurs pronostiques défavorables additionnels (p. ex. taille de la tumeur primaire, atteinte ganglionnaire, profil génétique), la chimiothérapie (néoadjuvante ou adjuvante) n’a pas d’effet bénéfique additionnel chez la plupart des patientes atteintes d’un cancer du sein dont le statut est RH+/HER2- de grade 1 ou 2 (apparenté au sous-type luminal A : RO fortement élevés, faible prolifération et HER2-) qui reçoivent une hormonothérapie adjuvante, peu importe le sous-type histologique (Carcinome lobulaire classique infiltrant et Carcinome tubulaire ou mucineux). L'étendue ou la biologie de la maladie peut toutefois justifier l’administration d’une chimiothérapie chez certaines patientes, auquel cas la préférence pour une approche néoadjuvante ou adjuvante dépend entre autres de ces caractéristiques. La sélection appropriée des patientes après concertation pluridisciplinaire est importante. Lorsque la chimiothérapie peut être omise (généralement pour le sous-type luminal A) ou qu’elle est proscrite, l’hormonothérapie néoadjuvante est une option à considérer chez ces patientes si une chirurgie conservatrice du sein est désirée alors que la mastectomie serait requise (voir section Hormonothérapie néoadjuvante).

Le tableau suivant présente les résultats d’analyses comparatives en fonction du sous-type de cancer du sein et de la réponse à la thérapie néoadjuvante. Le taux de réponse pathologique complète après la chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut est RH+/HER2- de grades ≤ 2 (luminal A) et 3 (luminal B/HER2-) est de 6 % à 8,9 % et 8,7 % à 16,2 %, respectivement [2, 3, 7, 18]. Parmi tous les sous-types de cancer du sein, le type RH+/HER2- est celui qui a la plus faible probabilité d’obtenir une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante, en particulier s’il est de grade ≤ 2 (luminal A) [12, 3, 4, 7, 8, 11]. Boughey et coll. ont également rapporté que, lorsqu’une maladie résiduelle est observée, la taille médiane de la tumeur résiduelle à l’examen pathologique et le nombre moyen de ganglions positifs après la chimiothérapie néoadjuvante sont significativement plus élevés que pour les sous-types HER2+ et triple négatif (taille de la tumeur résiduelle : 2,0 cm contre 1,7-1,8 cm, p = 0,026; ganglions positifs : 5 contre 3,3-3,5, p < 0,0001) [8]. De plus, chez les patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut est RH+/HER2- de grade ≤ 2 (luminal A), l’association entre la réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante et le pronostic de survie sans événement (récidive, progression rendant la tumeur inopérable, récidive locorégionale, métastases à distance) et de survie globale n’est pas significative [2, 3]. Néanmoins, le cancer du sein dont le statut est RH+/HER2- de grade ≤ 2 (luminal A) est corrélé avec un pronostic de survie sans récidive et de survie globale favorable, notamment en raison de l’efficacité de l’hormonothérapie adjuvante [18, 19, 20].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le taux de réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante et son association pronostique avec le résultat clinique à long terme du cancer du sein non métastatique dont le statut est RH+/HER2 -

Étude

Sous-groupe

n RH+/HER2-

Réponse pathologique complète

Survie sans événement1

Survie globale1

     

RH+/HER2- vs HER2+ vs TN2

pRC vs non

pRC vs non

Sping et coll., 2020 [1]

Études prospectives et rétrospectives

Suivi médian : 48 mois

Tous grades

SSP: 3 385

SG: 1 872

9,3 % vs 36,4 % vs 32,6 %

HR = 0,15 (IC 95 % 0,02-1,10)

 

À 5 ans (estimation)

86 % vs 63 %

HR = 0,0003 (IC 95 % 2,7e-11-0,81)

 

À 5 ans (estimation)

95 % vs 76 % 

Cortazar et coll., 2014 [2]

Analyse combinée

Suivi médian : 5,40 ans

n = 11 955

grade 1-2 

(luminal A)

1 986

7,5 % vs 30,9-50,3 % vs 33,6 %

HR = 0,63 (IC 95 % 0,38-1,04)

HR = 0,47 (IC 95 % 0,21-1,07)

grade 3

(luminal B/HER2-)

630

16,2 % vs 30,9-50,3 % vs 33,6 %

HR = 0,27 (IC 95 % 0,14-0,50)

HR = 0,29 (IC 95 % 0,13-0,65)

von Minckwitz et coll., 2012 [3

Analyse combinée

Suivi médian : 46,3 mois

n = 6 377

grade 1-2 

(luminal A)

1 637

8,9 % vs 32,3-51,0 % vs 35,8 %,

p < 0,001

HR = 1,31 (IC 95 % 0,71-2,39)

HR = 1,16 (IC 95 % 0,47-2,85)

grade 3 

(luminal B/HER2-)

357

15,4 % vs 32,3-51,0 % vs 35,8 %,

p < 0,001

HR = 5,95 (IC 95 % 1,46-24,25) 

(HR > 1 : pRC associée à SSP)1

HR = 5,13 (IC 95 % 0,70-37,43)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

Houssami et coll., 2012 [4]

Suivi médian : nd.

n = 11 695

tous grades

4 979

8,7 % vs 46,4 % vs 31,0 %,

p < 0,0001

nd

nd

     

RH+/HER2- vs HER2+ vs TN2

pRC vs non

pRC vs non

Baron et coll., 2016 [7]

Suivi médian : nd

n = 608

luminal A3

66

6,1 % vs 55,0 % vs 37,1 %3

p < 0,001

nd

nd

luminal B3

183

8,7 % vs 55,0 % vs 37,1 %3

p < 0,001

nd

nd

Boughey et coll., 2014 [8]

Suivi médian : nd

n = 694

tous grades

317

11,4 % vs 45,4 % vs 38,2 %,

p < 0,0001

nd

nd

     

RH+/HER2- vs HER2+ vs TN2

indépendamment de la réponse à la CTNA

Swisher et coll., 2016 [11]

Suivi médian : 4,6 ans

n = 751

tous grades

369

16,5 % vs 45,7-72,4 % vs 42,0 %, p < 0,001

SSRLR, à 5 ans :

pRC vs non : 100 % vs 95,3 %, p = 0,10

nd

Ignatov et coll., 2016 [19]

Suivi médian : 6 ans

n = 5 554

tous grades

3 787

nd

nd

À 5 ans : 90,0 %

À 10 ans : 85,0 %

Glück et coll., 2013 [18]

Suivi médian : nd

n = 437

luminal A3

90

(HER2- : 83)

6 %

SSMD, à 5 ans : 93 %

nd

luminal B3

154

(HER2- : 112)

10 %

SSMD, à 5 ans : 74 %

nd

Caudle et coll., 2012 [20]

Suivi médian : 64 mois

n = 595

tous grades

309

9 %

SSRLR, à 5 ans :

pRC vs non : 96 % vs 97 %

À 5 ans : 92,5 %

CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; nd : non disponible; pRC : réponse pathologique complète à la CTNA (ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0); RH : récepteurs hormonaux; SSP : survie sans progression; SSMD : survie sans métastases à distance; SSRLR : survie sans récidive locorégionale; TN : triple négatif; vs : versus.

1. Les résultats de rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées. Cortazar et coll. : un HR < 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0/is ypN0) est associée à une réduction du risque d’événements ou de décès; von Minckwitz et coll. : un HR > 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0 ypN0) est associée à augmentation de la probabilité de survie sans événement ou de survie globale (probabilité qu’aucun événement ou décès ne surviendront).

2. Pour les sous-types HER2+ (RH+ ou -) : taux de pRC suivant la CTNA en association avec le trastuzumab. Pour le sous-type RH+/HER2- : taux de pRC suivant la CTNA pour les grades ≤ 2 et 3.

3. Sous-types luminal A ou B, basal et HER2+ déterminés par les tests MammaPrint et BluePrint.

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique 

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [14]

  • Le NCCN considère que la chimiothérapie peut être omise pour les cancers du sein RH+/HER2- sans atteinte axillaire et dont la tumeur est ≤ 0,5 cm, ainsi que pour les tumeurs > 0,5 cm à faible risque (score < 26 pour les femmes de plus de 50 ans et < 16 pour celles de moins de 50 ans).
  • L’hormonothérapie néoadjuvante seule peut être considérée chez les patientes RO+ selon leur comorbidité ou chez les patientes atteintes d’une tumeur de sous-type luminal à faible risque.

ESMO 2019 [15

  • Les tumeurs apparentées au sous-type luminal A ne nécessitent généralement pas l’administration de la chimiothérapie, à l’exception des tumeurs à haut risque (≥ 4 ganglions atteints, ≥ T3).
  • Les tumeurs RO+/HER2-, particulièrement d’histologie lobulaire et de sous-type luminal A, répondent moins à la chimiothérapie néoadjuvante et pourraient bénéficier davantage d’une hormonothérapie néoadjuvante.

St. Gallen 2019 [16]

  • Les experts du consensus de St. Gallen ne recommandent généralement pas une chimiothérapie néoadjuvante dans le cadre du traitement d’un cancer du sein apparenté au sous-type luminal A, mais ils indiquent que cette option peut être envisagée si les patientes ne sont pas candidates à la chirurgie conservatrice du sein au moment du diagnostic.
  • Le traitement néoadjuvant prévilégié pour les patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein de sous-type luminal A et non candidates à une chirurgie conservatrice du sein au moment du diagnostic était l’hormonothérapie et non la chimiothérapie.

NICE 2018 [17]

  • La chimiothérapie néoadjuvante est une option à considérer chez les patientes RH+ atteintes d’un cancer du sein infiltrant pour réduire la taille de la tumeur si une indication d’une chimiothérapie est présente.
  • Si aucune indication définitive à la chimiothérapie n’est présente, l’hormonothérapie néoadjuvante peut être considérée chez les patientes RO+.

Carcinome lobulaire classique infiltrant

La chimiothérapie néoadjuvante ne semble pas avoir d’effet bénéfique chez la plupart des patientes atteintes d’un carcinome lobulaire classique infiltrant (les données concernant la chimiothérapie adjuvante sont également mitigées). Les caractéristiques cliniques, l’étendue et la biologie de la tumeur ont préséance sur le sous-type histologique pour déterminer si une patiente est candidate à une thérapie systémique néoadjuvante. 

Le tableau suivant présente les résultats d’analyses comparatives en fonction du sous-type histologique du cancer du sein et de la réponse à la thérapie néoadjuvante. Le taux de réponse pathologique complète après la chimiothérapie néoadjuvante pour le traitement d’un cancer du sein lobulaire classique infiltrant opérable, de l’ordre de 3,5 % à 8,9 %, est similaire au taux observé dans les cas de cancer du sein dont le statut est RH+/HER2- de grade 1 ou 2 (apparenté au sous-type luminal A) [2, 323, 2426, 27, 28]. Ces taux sont conséquents par rapport à la fréquence élevée du carcinome lobulaire classique infiltrant dont le statut est RH+ (89 %-96 %), HER2- (83 %-97 %) et de grade 1 ou 2 (66-96 %) [22, 24, 25, 27, 28, 29, 30]. Globalement, la probabilité d’obtenir une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante est significativement plus faible pour le sous-type histologique lobulaire par rapport au sous-type canalaire [323, 2427, 28]. Toutefois, des analyses multivariées et des analyses de sous-groupes ont suggéré que ces différences de taux de réponse seraient attribuables à certaines caractéristiques des patientes et de la tumeur qui sont plus fréquemment associées à l’histologie lobulaire plutôt qu’à l’histologie en soi (p. ex. taille de la tumeur, grade ou prolifération, atteinte ganglionnaire, statut RH et HER2) [27, 28]. Les données disponibles pour ce sous-type de cancer n’ont pas démontré d’association indépendante significative entre l’obtention d’une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante et le pronostic de survie sans événement (récidive, progression rendant la tumeur inopérable, récidive locorégionale, métastases à distance) et de survie globale comparativement à une maladie résiduelle [2, 3], à l’exception de l’étude rétrospective de Riba et coll. qui a montré un avantage de survie avec l’obtention d’un réponse pathologique complète [26]. En outre, des analyses multivariées ont suggéré que l’histologie lobulaire serait associée de manière indépendante et significative à une réduction de la probabilité de présenter des marges de résection négatives ou de > 2 mm à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et à une augmentation de la probabilité de subir une mastectomie (primaire ou secondaire) après la chimiothérapie néoadjuvante par rapport à l’histologie canalaire [24, 27]. Néanmoins, en dépit du faible taux de réponse à la chimiothérapie, le pronostic de survie sans récidive et de survie globale associé au carcinome lobulaire infiltrant n'a pas été significativement différent de celui du sous-type canalaire selon les résultats de Delpech et coll. [27].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le taux de réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante et son association pronostique avec le résultat clinique à long terme du cancer du sein lobulaire classique infiltrant non métastatique

 

Étude

n (lobulaire)

Réponse pathologique complète

CCS

Survie sans progression1

Survie globale1

     

 

 

pRC vs non :

pRC vs non :

Cortazar et coll., 2014 [2]

Méta-analyse

Suivi médian : 5,40 ans

11 995 (1 221)

lobulaire vs canalaire :

 

7,8 % vs 15,5 %

nd

nd

HR = 0,93 (IC 95 % 0,50-1,70)

von Minckwitz et coll., 2012 [3]

Méta-analyse

Suivi médian : 46,3 Mois

6 377 (911)

lobulaire vs canalaire :

 

8,9 % vs 21,3 %, p < 0,001

nd

HR = 1,13 (IC 95 % 0,60-2,15)

HR = 1,22 (IC 95 % 0,50-2,99)

Petrelli et coll., 2013 [23]

Méta-analyse

Suivi médian : nd

14 409 (1 764)

canalaire vs lobulaire :

 

16,7 % vs 5,9 %

OR = 3,10 (IC 95 % 2,48-3,87)

canalaire vs lobulaire :

 

54,8 % vs 35,4 %

OR = 2,10 (IC 95 % 1,80-2,45)

nd

nd

     

lobulaire vs canalaire (sauf si indication contraire) :

canalaire vs lobulaire (sans égard à la réponse à la CTNA) :

 

Riba et coll., 2019 [26]

Rétrospective

Suivi médian : nd

50 114 (2 417)

8,7 % vs 23,2

nd

nd

pRC vs non

Lobulaire :

HR = 0,46 (IC 95 % 0,25-0,84), p = 0,012

Canalaire :

HR = 0,33 (IC 95 % 0,30-0,37), p < 0,001

Truin et coll., 2016 [24]

Rétrospective

Suivi médian : nd

4 088 (466)

4,9 % vs 20,2 %, p < 0,0001

canalaire vs lobulaire:

 

39,4 %vs 24,4 %, p < 0,0001

Analyse multivariée : OR = 1,91 (IC 95 % 1,49-2,44)

 

Réexcision :

3,4 % vs 8,2 % p < 0,0001

nd

nd

Delpech et coll., 2013 [27]

Rétrospective

Suivi médian : 44 mois

RO+ :

1 895 (177)

3,5 % vs 14 %, p < 0,001

 

Analyse multivariée :

OR = 0,5 (IC 95 % 0,19-1,3)

19 % vs 34 %, p < 0,001

 

Analyse multivariée :

Marge +/≤ 2 mm : OR = 1,82 (IC 95 % 1,13-2,93)

Mastectomie :

OR = 1,86 (IC 95 % 1,15-2,99)

SSRL :

HR = 0,8 (IC 95 % 0,36-1,90)

 

HR = 1,01 (IC 95 % 0,7-1,47)

Lips et coll., 2012 [28]

Rétrospective d'ECR

Suivi médian : nd

676 (75)

global : 11 % vs 24 %, p = 0,008

RH+/HER2- : 7 % vs 5 %, p = 0,76

RH+/HER2+2 : 30 % vs 32 %, p = 1

RH-/HER2+2 : 33 % vs 57 %, p = 0,58

33 % vs 46 %, p = 0,037

nd

nd

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; ECR : étude clinique randomisée; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); pRC : réponse pathologique complète à la CTNA (ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0); RO : récepteur de l’œstrogène; RH : récepteurs hormonaux; SSR(LR) : survie sans récidive (locale ou locorégionale); vs : versus.

1. Les résultats des rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées. Cortazar et coll. : un HR < 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0/is ypN0) est associée à une réduction du risque d’événements ou de décès; von Minckwitz et coll. : un HR > 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0 ypN0) est associée à l’augmentation de la probabilité de survie sans événement ou de survie globale (probabilité qu’aucun événement ou décès ne surviendront).

2. Pour les sous-types HER2+ (RH+ ou -) : taux de pRC à la CTNA (sans trastuzumab).

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [14]

  • Selon les recommandations du NCCN, le carcinome lobulaire classique infiltrant doit être pris en charge de la même manière qu’un carcinome canalaire.

ESMO 2019 [15

  • L’ESMO indique que le cancer du sein dont le statut est RO+/HER2- est généralement peu sensible à la chimiothérapie néoadjuvante, en particulier si l’histologie est lobulaire, et que les patientes atteintes de ce type de cancer pourraient bénéficier davantage d’une hormonothérapie néoadjuvante, notamment si elles sont ménopausées.

St. Gallen 2019 [16]

  • La chirurgie est généralement le premier traitement à administrer pour le cancer du sein de type lobulaire infiltrant.
  • La chimiothérapie est recommandée chez les patientes RH+/HER2- avec une atteinte axillaire ≥ 4 ganglions lymphatiques, et ce, y compris pour les tumeurs lobulaires et/ou de grade 1 ou les cancers du sein luminal A. 

Carcinome tubulaire ou mucineux

L’excellent pronostic du carcinome tubulaire ou mucineux infiltrant traité selon les approches locorégionales et adjuvantes usuelles suggère que le recours à la chimiothérapie néoadjuvante représenterait un surtraitement chez la plupart des patientes, car elle les exposerait à un traitement potentiellement toxique tout en étant peu susceptible d’apporter un avantage additionnel. Les caractéristiques cliniques, l’étendue et la biologie de la tumeur ont préséance sur le sous-type histologique pour déterminer si une patiente est candidate à une thérapie systémique néoadjuvante.

La chimiothérapie néoadjuvante n’a pas été évaluée par rapport à d’autres approches thérapeutiques chez des patientes atteintes d’un carcinome tubulaire ou mucineux. L’étude rétrospective japonaise de Nagao et coll. (2012) a comparé la chimiothérapie néoadjuvante chez des patientes atteintes d’un cancer du sein de type histologique plus rare par rapport à celles atteintes d’un carcinome canalaire infiltrant de type non spécifique. Par contre, les résultats sont basés sur un trop petit nombre de cas de carcinome mucineux (n = 12) pour tirer des conclusions quant à l’efficacité de cette approche et au pronostic qui en découle; cette étude ne comptait aucune patiente atteinte d’un carcinome tubulaire [30]. Dans l’étude de Fritz et coll., ni l’hormonothérapie adjuvante, ni la chimiothérapie adjuvante n’ont eu d’effet significatif sur la survie des patientes atteintes d’un carcinome tubulaire (taux de survie globale non rapportés, p = 0,46 et 0,38); seulement 12 et 97 des 189 patientes ont reçu une chimiothérapie et une hormonothérapie, respectivement, et ces analyses de sous-groupes n’ont pas pris en considération l’administration d’un seul ou des deux traitements systémiques [31].

Les données disponibles en ce qui a trait au pronostic de contrôle tumoral et de survie des patientes atteintes d’un carcinome tubulaire ou mucineux proviennent majoritairement d’études rétrospectives. Les approches thérapeutiques étaient rarement détaillées et les études étaient hétérogènes en ce qui a trait aux critères d’inclusion et aux facteurs pris en considération dans les analyses (caractéristiques cliniques et biologiques, étendue de la tumeur, approche thérapeutique). 

Dans la plupart des cas, ces sous-types histologiques de cancer du sein se comporteraient de manière indolente et leurs caractéristiques cliniques et biologiques ont été corrélées avec un pronostic de contrôle tumoral et de survie globale similaire ou plus favorable que celui associé au carcinome canalaire infiltrant de type non spécifique (voir tableaux spécifiques aux carcinomes tubulaires et mucineux qui suivent), même si les patientes atteintes étaient moins susceptibles de recevoir une chimiothérapie selon la majorité des études (tubulaire : ≤ 13 % des cas; mucineux contre canalaire : p ≤ 0,001) [3132, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46]. Les cas de carcinome tubulaire sont presque toujours de petite taille (≤ 2 cm ou T1 : 84 %-100 %), RH+ (RO+ : 89 %-100 %; RP+ : 75 %-100 %), HER2– (87 %-100 %), de grade 1 ou 2 (98 %-100 %) et les ganglions lymphatiques sont rarement atteints (pN0 : 70 %-94 %) [31, 34, 35, 36, 37, 39, 40]. Selon les études rétrospectives occidentales et asiatiques, les cas de carcinome mucineux sont majoritairement RH+ (RO+ : 73 %-97 %; RP+ : 63 %-86 %), HER2– (79 %-96%), de grade 1 ou 2 (94 %-100 %) et les ganglions lymphatiques sont rarement atteints (pN0 : 74 %-88 %) [37, 39, 41, 42, 43, 44, 45, 46]. Fritz et coll. et Diab et coll. ont rapporté que la survie globale ou spécifique à 5 ans de leur cohorte de patientes atteintes d'un carcinome tubulaire ou mucineux a été similaire à celle d’une cohorte de femmes de la population générale du même âge, ce qui suggère que les décès rapportés parmi ces patientes ne découlent pas du cancer [31, 39].

Principaux résultats d’études qui ont évalué le résultat clinique à long terme du carcinome tubulaire comparativement au carcinome canalaire infiltrant de type non spécifique non métastatique

Paramètre d’évaluation

 

Étude

n (tubulaire)

Histologie tubulaire vs canalaire TNS1

Contrôle tumoral

À 5 ans

Munzone et coll., 2015 [32]

4 091 (83)2

SSM : 92,4 % vs 84,1 %, p = 0,26

Colleoni et coll., 2012 [33]

7 372 (83)3

SSM : 97,9 % vs 87,4 %, p = 0,0004

   

SSM : HR = 0,36 (IC 95 % 0,09-1,43)

Vo et coll., 2007 [34]

1 643 (60)4

SSR : 96,7 % vs 87,7 %, p = 0,179

Diab et coll., 1999 [39]

45 252 (444)

SSR : 94 % vs 80 %, p < 0,001

À 10 ans

Liu et coll., 2009 [36]

2 309 (71)4

SSM 99 % vs 82 %, p = 0,003

Min et coll., 2013 [40]

1 176 (70)

SSR, tubulaire vs CCIS : 92,3 % vs 93,3 %, p = 0,324

Vo et coll., 2007 [34]

1 643 (60)4

SSR : 89,1 % vs 77,2 %, p = 0,179

suivi médian : 127 mois

Rakha et coll., 2010 [35]

314 (102)5

SSM : HR = 0,42 (IC 95 % 0,19-0,94)

suivi médian : 11,2 ans

Fisher et coll., 2007 [38]

638 (207)6

SSM : HR = 0,57 (IC 95 % n.d.), p = 0,013

Survie

 

À 5 ans

Munzone et coll., 2015 [32]

4 091 (83)2

98,6 % vs 91,5 %, p = 0,37

Fritz et coll., 2014 [31]

21 065 (248)

tubulaire vs population générale7 : 96,3 % vs 96,9 %

Colleoni et coll., 2012 [33]

7 372 (83)3

100% vs 95,8 %, p = 0,02

"

"

HR = 0,42 (IC 95 % 0,06-3,00)

Vo et coll., 2007 [34]

1 643 (60)4

98,3 % vs 91,4 %, p = 0,013

Diab et coll., 1999 [39]

45 252 (444)

88 % vs 77 %, p < 0,001

"

"

tubulaire vs population générale7 : 88 % vs 89 %, p = n.s.

À 10 ans

Vo et coll., 2007 [34]

1 643 (60)4

92,7 % vs 80,9 %, p = 0,013

Survie

spécifique au cancer

À 5 ans

Li, 2010 [37]

319 463 (4 477)

HR = 0,47 (IC 95 % 0,33-0,66)

À 10 ans

Liu et coll., 2009 [36]

2 309 (71)4

99 % vs 86 %, p = 0,011

Min et coll., 2013 [40

1 176 (70)

tubulaire vs CCIS : 100 % vs 100 %

CCIS : carcinome canalaire in situ; n : nombre de patientes; ns : non significatif; SSM : survie sans maladie; SSR : survie sans récidive; TNS : type non spécifique; vs : contre.

1. Les résultats des rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées.

2. Patientes ménopausées traitées avec une hormonothérapie adjuvante (létrozole ou tamoxifène) dans le cadre de l’étude randomisée BIG 1-98.

3. Cancers du sein de type luminal.

4. Patientes atteintes d'un cancer du sein de stades I-II dont le traitement locorégional était une chirurgie conservatrice du sein.

5. Comparaison entre le carcinome canalaire infiltrant de type non spécifique de grade 1 et le carcinome tubulaire.

6. Patientes atteintes d'un cancer du sein de stade T1a/bN0M0 de l'étude randomisée B-21 du NSABP.

7. Fritz et coll. : cohorte de femmes de la population générale âgées de 60 ans; Diab et coll. : cohorte de femmes de la population générale appariées selon l'âge.

Les résultats en gras statistiquement significatifs.

Principaux résultats d’études qui ont évalué le résultat clinique à long terme du carcinome mucineux comparativement au carcinome canalaire infiltrant de type non spécifique non métastatique

Paramètre

d’évaluation

 

Étude

n (mucineux)

Histologie mucineuse vs canalaire TNS1

Contrôle tumoral 

À 5 ans

Munzone et coll., 2015 [32]

4 091 (100)3

SSM : 85,3 % vs 84,1 %, p = 0,26

Colleoni et coll., 2012 [33]

7 372 (143)4

SSM 93,0 % vs 87,4 %, p = 0,19

"

"

SSM : HR = 1,03 (IC 95 % 0,63-1,70)

Cao et coll., 2012 [44]2

2 511 (309)

SSR : 85 % vs 79 %, p = 0,012

Bae et coll., 2011 [45]2

2 723 (268)

SSM : 95,2 % vs 92,0 %, p = 0,072

Diab et coll., 1999 [39]

45 252 (1 221)

SSR : 90 % vs 80 %, p < 0,001

À 10 ans

Park et coll., 2010 [46]2

4 040 (104)

SSM : 86,1 % vs 74,7 %, p = 0,012

Survie globale

À 5 ans

Munzone et coll., 2015 [31]

4 091 (100)3

92,6 % vs 91,5 %, p = 0,37

Zhang et coll., 2014 [42]2

5 872 (117)

88,1 % vs 81,9 %, p = 0,014

Colleoni et coll., 2012 [33]

7 372 (143)4

96,3 % vs 95,8 %, p = 0,49

"

"

HR = 1,21 (IC 95 % 0,60-2,46)

Cao et coll., 2012 [44]2

2 511 (309)

95 % vs 89 %, p = 0,086

Bae et coll., 2011 [45]2

2 723 (268)

98,9 % vs 94,9 %, p = 0,061

Diab et coll., 1999 [39]

45 252 (1 221)

80 % vs 77 %, p = 0,088

"

"

mucineux vs population générale : 80 % vs 82 %, p = ns

À 10 ans

Tseng et coll., 2013 [43]2

2 767 (93)

94,5 % vs 86,1 %, p = 0,042

Park et coll., 2010 [46]2

4 040 (104)

86,3 % vs 74,9 %, p = 0,005

Survie spécifique

au cancer

À 5 ans

Li, 2010 [37]

319 463 (6 561)

HR = 0,69 (IC 95 % 0,59-0,80)

Di Saverio et coll., 2008 [41]

338 479(11 422)

94 % vs 82 %, p < 0,01

À 10 ans

Di Saverio et coll., 2008 [41]

338 479(11 422)

89 % vs 72 %, p < 0,01

n : nombre de patientes; ns : non significatif; SSM : survie sans maladie; SSR : survie sans récidive; TNS : type non spécifique; vs : contre.

1. Les résultats des rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées.

2. Études rétrospectives asiatiques.

3. Patientes ménopausées traitées avec une hormonothérapie adjuvante (létrozole ou tamoxifène) dans le cadre de l’étude randomisée BIG 1-98.

4. Cancers du sein de type luminal.

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Organisme

Recommandations

NCCN V3.2020 [14]

  • Le NCCN qualifie le carcinome tubulaire et le carcinome mucineux de cancers infiltrants à histologie favorable. 
  • Un traitement locorégional seul est indiqué si la tumeur est de < 1 cm sans atteinte ganglionnaire.
  • Une hormonothérapie adjuvante devrait être considérée si la tumeur mesure de 1 à 3 cm, elle est recommandée au-delà de 3 cm, et elle peut être combinée ou non à une chimiothérapie en présence d’atteintes ganglionnaires.
  • Les modalités préconisées pour le carcinome canalaire infiltrant sont recommandées si le statut du carcinome tubulaire est RH -.

ESMO 2019 [15]

  • L’ESMO endosse la recommandation de 2013 des experts du consensus de St. Gallen pour le traitement du carcinome tubulaire ou mucineux, à savoir l’administration d’une hormonothérapie si la maladie est hormonosensible.

St. Gallen 2013 [47]

  • L’administration d’une hormonothérapie est recommandée pour le traitement du carcinome tubulaire ou mucineux si la maladie est hormonosensible.

Chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes de moins de 50 ans

Les données issues de registres de cancer ont montré que le cancer du sein de type RH+/HER2– (luminal A ou B) demeure le sous-type le plus commun chez les patientes plus jeunes, mais la fréquence est réduite comparativement aux femmes de ≥ 50 ans (proportion par catégorie d’âge : 15 à ≤ 40 ans : 44-49 %; ≥ 40 à ≤ 52 ans : 55-64 %; ≥ 50 ans : 64-72 %) [48, 49]1. En contrepartie, les femmes plus jeunes sont plus susceptibles d’être atteintes d’un sous-type de cancer du sein associé à un mauvais pronostic pour lequel une approche néoadjuvante est généralement préconisée, par exemple un cancer du sein de type HER2+ (15 à ≤ 40 ans : 21-28 %; ≥ 40 à ≤ 52 ans : 17-22 %; ≥ 50 ans : 10-17 %) ou triple négatif (15 à ≤ 40 ans : 23-34 %; ≥ 40 à ≤ 52 ans : 14-28 %; ≥ 50 ans : 12-18 %). Le fait d’être âgée de < 50 ans est un facteur prédictif indépendant qui augmente la probabilité d’obtenir une réponse complète à la chimiothérapie néoadjuvante, mais les données sont insuffisantes pour déterminer s'il s'agit aussi d'un facteur pronostique indépendant qui module la survie sans maladie et la survie globale après un tel traitement. Le fait d'être âgée de < 40 ans est possiblement un facteur pronostique défavorable, à tout le moins pour le risque de récidive. Néanmoins, la probabilité de réponse et le pronostic à long terme semblent être davantage tributaires d’autres facteurs, par exemple le sous-type du cancer et la réponse au traitement néoadjuvant. Par conséquent, les caractéristiques cliniques, l’étendue et la biologie de la tumeur ont préséance sur l’âge pour déterminer si une patiente de < 50 ans est candidate à une thérapie systémique néoadjuvante. 

Le tableau suivant présente les résultats d’analyses multivariées comparatives en fonction de l’âge des patientes et de la réponse à la thérapie néoadjuvante, sans égard au sous-type de cancer, ainsi que les résultats des analyses de sous-groupe ciblant des sous-types particuliers de cancer du sein [3, 50, 51]. Globalement, des résultats d’analyses combinées ont montré que le fait d’être âgée de < 40 ans ou de < 50 ans est un facteur prédictif indépendant qui augmente la probabilité d’obtenir une réponse complète à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante; l’analyse effectuée par Loibl et coll. était ajustée notamment pour le sous-type de cancer, mais pas celle de Villarreal-Garza et coll. [50, 51]. Toutefois, les analyses de sous-groupes ont suggéré que l’effet prédictif de l’âge n’est pas significatif dans le cas des cancers dont le statut HER2 est positif, contrairement aux cancers dont le statut est RH+/HER2– et triple négatif. De plus, le taux de réponse pathologique complète est demeuré faible peu importe l’âge dans le sous-groupe des patientes traitées pour un cancer du sein dont le statut était RH+/HER2– (5,8 - 11 %) [49]. Une analyse combinée de Von Minckwitz et coll. a suggéré que l’obtention d’une réponse pathologique complète comparativement à une maladie résiduelle après la chimiothérapie néoadjuvante est associée de manière indépendante et significative à une réduction du risque d’événements (récidive locorégionale, métastases à distance) peu importe l’âge des patientes, ainsi qu’à une réduction du risque de décès, sauf chez les patientes âgées de < 35 ans (groupe comptant le moins de patientes dans cette analyse; voir le tableau) [3]. 

Les études n’ont pas évalué si le fait d’être âgée de < 50 ans ou d’avoir entre 40 et 49 ans par rapport à ≥ 50 ans est un facteur pronostique indépendant qui influe sur le risque d’événements (récidive locorégionale, métastases à distance) ou de décès. En revanche, les résultats des analyses combinées globales ont montré que, même en prenant en considération la réponse à la chimiothérapie néoadjuvante, le fait d’être âgée de < 40 ans est associé de manière indépendante et significative à une augmentation du risque d’événements par rapport aux catégories d’âge plus élevées (> 40 ans, 40-49 ans, ≥ 50 ans) ainsi qu’à une augmentation du risque de décès par rapport aux patientes qui ont 40-49 ans, mais pas par rapport aux autres catégories d’âge [50, 51]. La valeur pronostique indépendante de l’âge sur la survie sans maladie et la survie globale est moins marquée que celle d’une réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante dans toutes les analyses. Néanmoins, l’interprétation des résultats globaux est limitée par le fait que le sous-type de cancer n’a pas été pris en considération dans les modèles multivariés. Selon les analyses de sous-groupes, l’âge n’a pas eu d’effet pronostique indépendant sur la survie sans maladie ni sur la survie globale dans les cas de cancer dont le statut est HER2+ ou triple négatif. Dans les cas de cancer dont le statut est RH+/HER2–, l’effet pronostique de l’âge (< 40 ans) concordait avec celui de l’analyse globale. 

L’interprétation des résultats de ces études est limitée par le fait que les critères d’inclusion, les modalités thérapeutiques et les covariables confondantes considérées variaient selon les études. De plus, le risque d’événements est potentiellement sous-estimé pour certains sous-types de cancer (par exemple RH+/HER2-) en raison des périodes de suivi relativement courtes. Les analyses de sous-groupe ne permettent pas de tirer des conclusions définitives lorsque l’effet n’est pas significatif, car la puissance statistique est limitée par le petit nombre de patientes incluses.

 

1. Keegan et coll. ont présenté les données par sous-type selon le statut RH/HER2 pour les catégories d’âge 15-39 ans, 40-49 ans et ≥ 50 ans, tandis que l’étude d’Azim et coll. a présenté les données par sous-type moléculaire pour les catégories d’âge ≤ 40 ans, 41-52 ans, 53-64 ans et ≥ 65 ans.

Principaux résultats d’études qui ont évalué l’association prédictive et pronostique entre l’âge des patientes traitées avec une chimiothérapie néoadjuvante et le taux de réponse ainsi que le résultat clinique à long terme du cancer du sein infiltrant non métastatique

Étude

n groupe d’âge

Comparaison

Réponse pathologique complète1

Survie sans maladie1

Survie globale1

Covariables incluses dans les modèles multivariées

Analyses globales : 

           

Villarreal-Garza et coll., 2016 [51]

Analyse combinée

Suivi médian : 50,8 mois

≤ 40 ans : 118

> 40 ans : 347

       

âge, 

pRC (modèles SSR et SG),

stades T et N,

grade

≤ 40 vs > 40 ans :

OR = 1,5 (IC 95 % 1,1-2,0)

--

--

> 40 vs ≤ 40 ans :

--

HR = 0,7 (IC 95 % 0,5-0,9)

HR = 0,9 (IC 95 % 0,6-1,3)

< pRC vs pRC :

--

HR = 2,5 (IC 95 % 1,8-3,4)

HR = 4,6 (IC 95 % 2,8-7,7)

Loibl et coll., 2015 [50]

Analyse combinée

Suivi médian : 58,5 mois

< 40 ans : 1 453

40-49 ans : 3 073

≥ 50 ans : 4 423

< 40 vs ≥ 50 ans : 

OR = 1,42 (IC 95 % 1,21-1,68)

--

--

âge,

sous-type (modèle pRC),

pRC (modèles SSM

et SG),

stades T et N,

histologie,

grade, étude

40-49 vs ≥ 50 ans :

OR = 1,29 (IC 95 % 1,12-1,47)

--

--

40-49 vs < 40 ans :

--

HR = 0,83 (IC 95 % 0,73-0,95)

HR = 0,83 (IC 95 % 0,70-0,98)

≥ 50 vs < 40 ans :

--

HR = 0,81 (IC 95 % 0,71-0,92)

HR = 0,87 (IC 95 % 0,77-1,02)

pRC vs non :

--

HR = 0,39 (IC 95 % 0,33-0,46)

HR = 0,33 (IC 95 % 0,26-0,41)

von Minckwitz et coll., 2012 [3]

Analyse combinée

Suivi médian : 46,3 mois

< 35 ans : 404

pRC vs non, <35 ans :

nd

HR = 2,91 (IC 95 % 1,56-5,46)

HR = 1,88 (IC 95 % 0,84-4,18)

âge, pRC,

sous-type,

stades T et N,

histologie,

grade,

statut RE, RP et HER2

35-39 ans : 640

pRC vs non, 35-39 ans :

HR = 1,59 (IC 95 % 1,00-2,51)

HR = 2,76 (IC 95 % 1,20-6,35)

40-49 ans : 2 109

pRC vs non, 40-49 ans :

HR = 2,15 (IC 95 % 1,54-3,00)

HR = 2,38 (IC 95 % 1,43-3,95)

50-59 ans : 1 901

pRC vs non, 50-59 ans :

HR = 2,52 (IC 95 %1,68-3,78)

HR = 2,11 (IC 95 % 1,23-3,63)

≥ 60 ans : 1 323

pRC vs non, ≥ 60 ans :

HR = 2,60 (IC 95 % 1,60-2,45)

(HR > 1 : pRC associé à SSM)1

HR = 3,84 (IC 95 % 1,80-8,16)

(HR > 1 : pRC associée à SG)1

RH+/HER2–

(tous grades)

           

Villarreal-Garza et coll., 2016 [51]

≤ 40 ans : 35

> 40 ans : 103

≤ 40 vs > 40 ans :

OR = 1,8 (IC 95 % 1,1-2,8)

--

--

voir l’analyse globale

> 40 vs ≤ 40 ans :

--

HR = 0,5 (IC 95 % 0,3-0,8)

HR = 0,8 (IC 95 % 0,4-1,5)

Loibl et coll., 2015 [50

< 40 ans : 463

40-49 ans : 1 170

≥ 50 ans : 1 711

< 40 vs ≥ 50 ans :

OR = 1,78 (IC 95 % 1,23-2,56)

--

--

voir l’analyse globale

40-49 vs ≥ 50 ans :

OR = 1,43 (IC 95 % 1,06-1,92)

--

--

40-49 vs < 40 ans :

--

HR = 0,70 (IC 95 % 0,55-0,90)

HR = 0,68 (IC 95 % 0,48-0,97)

≥ 50 vs < 40 ans :

--

HR = 0,72 (IC 95 % 0,57-0,91)

HR = 0,91 (IC 95 % 0,66-1,26)

HER2+

tous RH

         

Villarreal-Garza et coll., 2016 [51]

≤ 40 ans : 35

> 40 ans : 157

≤ 40 vs > 40 ans :

OR = 1,1 (IC 95 % 0,6-1,8)

--

--

voir l’analyse globale

> 40 vs ≤ 40 ans :

--

HR = 0,7 (IC 95 % 0,4-1,3)

HR = 0,8 (IC 95 % 0,3-1,7)

Loibl et coll., 2015 [50]

RH+ (luminal B/HER2+)

     

voir l’analyse globale

< 40 ans : 174

40-49 ans : 379

≥ 50 ans : 455

< 40 vs ≥ 50 ans :

OR = 0,98 (IC 95 % 0,60-1,60)

--

--

40-49 vs ≥ 50 ans :

OR = 0,98 (IC 95 % 0,68-1,43)

--

--

40-49 vs < 40 ans :

--

HR = 1,13 (IC 95 % 0,74-1,73)

HR = 1,58 (IC 95 % 0,78-3,17)

≥ 50 vs < 40 ans :

--

HR = 0,77 (IC 95 % 0,50-1,18)

HR = 1,10 (IC 95 % 0,54-2,25)

RH- (non luminal)

     

< 40 ans : 137

40-49 ans : 243

≥ 50 ans : 393

< 40 vs ≥ 50 ans :

OR = 0,89 (IC 95 % 0,57-1,40)

--

--

40-49 vs ≥ 50 ans :

OR = 0,82 (IC 95 % 0,57-1,18)

--

--

40-49 vs < 40 ans :

--

HR = 1,28 (IC 95 % 0,81-2,03)

HR = 1,11 (IC 95 % 0,62-1,97)

≥ 50 vs < 40 ans :

--

HR = 1,02 (IC 95 % 0,67-1,58)

HR = 0,95 (IC 95 % 0,56-1,63)

Triple négatif

           

Villarreal-Garza et coll., 2016 [51]

≤ 40 ans : 45

> 40 ans : 85

≤ 40 vs > 40 ans :

OR = 1,9 (IC 95 % 1,1-3,4)

--

--

voir l’analyse globale

> 40 vs ≤ 40 ans :

--

HR = 0,9 (IC 95 % 0,5-1,7)

HR = 1,1 (IC 95 % 0,5-2,2)

Loibl et coll., 2015 [50]

< 40 ans : 323

40-49 ans : 589

≥ 50 ans : 733

< 40 vs ≥ 50 ans :

OR = 1,64 (IC 95 % 1,22-2,19)

--

--

voir l’analyse

globale

40-49 vs ≥ 50 ans :

OR = 1,59 (IC 95 % 1,24-2,03)

--

--

40-49 vs < 40 ans :

--

HR = 1,07 (IC 95 % 0,83-1,39)

HR = 1,03 (IC 95 % 0,76-1,39)

≥ 50 vs < 40 ans :

--

HR = 1,01 (IC 95 % 0,78-1,29)

HR = 0,88 (IC 95 % 0,66-1,18)

GBG/AGO-BG : German Breast Group/Arbeitsgemeinschaft Gynäkologische Onkologie-Breast Group; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermique humains (human epidermal growth factor receptor 2); HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); INCan : Instituto Nacional de Canceroligía; n : nombre de sujets; n.d. : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); pRC : réponse pathologique complète à la CTNA (ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0); RE : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs progestatifs; SG : survie globale; SSM : survie sans maladie; stade N : stade de l’atteinte ganglionnaire; vs : contre.

1. Les résultats des rapports de cotes (OR) et des rapports de risque instantané (HR) découlent d’analyses multivariées. Villarreal-Garza et coll. et Loibl et coll. : un HR < 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0/is ypN0 ou ypT0 ypN0) est associée à une réduction du risque d’événements ou de décès; von Minckwitz et coll. : un HR > 1 indique qu’une pRC (définie comme ypT0 ypN0) est associée à une augmentation de la probabilité de survie sans événement ou de survie globale (probabilité qu’aucun événement ou décès ne surviendront).

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Organisme

Recommandations

BCY3 2017 [52]

  • Le choix des traitements pour le cancer du sein chez les jeunes femmes (< 40 ans) devrait être déterminé en fonction des mêmes critères que ceux retenus pour les patientes plus âgées (≥ 40 ans)
  • Le BCY3 recommande fortement de ne pas surtraiter les patientes uniquement sur la base de leur jeune âge.

ESMO 2019 [15]

  • L’ESMO indique que l’âge devrait être pris en considération conjointement avec d’autres facteurs et ne devrait pas être le seul critère employé pour décider si une approche thérapeutique particulière devrait être refusée ou recommandée pour le traitement d’un cancer du sein de stade peu avancé.
  • L’ESMO recommande fortement de ne pas surtraiter les patientes uniquement sur la base de leur jeune âge. 

BCY3: 3nd International consensus guidelines for Breast Cancer in Young women. Le NCCN (V3.2020) et les experts du consensus de St. Gallen et de l’American Society of Breast Surgeons (ASBrS) n’ont pas émis de recommandation particulière au sujet de la chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes âgées de < 50 ans [14, 16, 53].

Avantages et inconvénients de la thérapie néoadjuvante (tiré du NCCN [14])

Avantages connus

Possibilités

Inconvénients/Avertissement

- Facilite la préservation du sein;

- Peut rendre opérable une tumeur inopérable;

- Apporte de l’information pronostique importante pour une patiente, basée sur la réponse à la thérapie, particulièrement chez les patientes TN et HER2+;

- Permet la modification ou l’ajout de traitements adjuvants chez les patientes TN ou HER2+ avec une maladie résiduelle suivant le traitement néoadjuvant;

- Accorde le temps nécessaire à la réalisation des tests génétiques;

- Accorde le temps de planifier la reconstruction mammaire chez les patientes dont l’état nécessite une mastectomie.

- Peut permettre une biopsie du ganglion sentinelle seul si la thérapie néoadjuvante permet d’éliminer l’atteinte axillaire;

- Peut permettre de modifier le traitement systémique si la réponse à la thérapie néoadjuvante est absente ou s’il y a progression de la maladie;

- Peut réduire l’étendue de la radiothérapie requise si l’atteinte axillaire est réduite ou éliminée;

- Peut constituer une excellente plateforme de recherche pour les nouvelles thérapies et les marqueurs prédictifs.

- Possibilité de surtraitement systémique si le stade clinique de la maladie est surestimé;

- Possibilité de sous-traitement locorégional avec la radiothérapie si le stade clinique est sous-estimé;

- Possibilité de progression de la maladie pendant le traitement néoadjuvant.

Références
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Principales options de chimiothérapie pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein infiltrant (peu avancé, localement avancé ou inflammatoire)

Indication

Chimiothérapie1

Remarque

 

Options préconisées :

combinaisons anthracycline – taxane (+ trastuzumab si HER2+)

Les données probantes sont insuffisantes pour conclure que l’un des protocoles anthracycline – taxane ci-dessous possède une efficacité supérieure aux autres.

Risque de récidive élevé, patiente sans contre-indication aux anthracyclines ni aux taxanes

ou

Risque de récidive faible à modéré et CT indiquée, patiente sans contre-indication aux anthracyclines ni aux taxanes

A60C600 q3s x 4 cycles, suivi de P80 q1s x 12 cycles

Équilibre favorable entre l’efficacité attendue et le profil d’effets indésirables. Utilisé particulièrement pour les patientes qui ne sont pas candidates à recevoir un schéma dose-dense (opinion d’experts).

ddAC – P (+ G-CSFpp pendant schéma q2s) :
- A60C600 q2s x 4 cycles, suivi de P175 q2s x 4 cycles
- A60C600 q2s x 4 cycles, suivi de P80 q1s x 12 cycles

Envisagé lorsqu’une chimiothérapie intensive est jugée pertinente. Toxicité hématologique élevée pouvant être réduite avec l’administration d’une G-CSFpp pendant la portion anthracycline du traitement. La patiente doit être apte à tolérer l’intensification de la CT (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux).

P80 q1s CarboAUC6 q3s x 4 cycles de 3 sem., suivi de A60C600 q2s x 4 cycles + G-CSFpp2

Cancer de sous-type triple négatif uniquement. Les données sont insuffisantes pour recommander l’addition d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante usuelle, que ce soit pour l’ensemble des patientes atteintes d’un cancer triple négatif ou celles porteuses d’une mutation BRCA1/2, car l’efficacité de cette approche au regard du résultat clinique à long terme n’est pas établie. Certaines patientes soigneusement sélectionnées pourraient tout de même en bénéficier (détails).

Autre option recommandée si HER2+ (équivalente aux options anthracycline – taxane)

Risque de récidive modéré à élevé, avec ou sans contre-indications aux anthracyclines

T75Carbo q3s x 6 cycles + trastuzumab 

Toxicité cardiaque réduite comparativement à un protocole avec anthracycline, mais incidence accrue de la toxicité hématologique comparativement au AC – P + trastuzumab.

 

Options de remplacement moins intensives3

 

Tout risque de récidive, mais anthracyclines ou taxanes contre-indiquées/à éviter (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux)

ou

Risque de récidive faible à modéré et CT indiquée

T75C600 q3s x 4 cycles

Efficacité supérieure à l’AC x 4.

Jugé adéquat dans les cas de cancer du sein N0 à risque faible à modéré (opinion d’experts).

Variantes non standards :
- si HER2  : T75C600 q3s x 6 cycles

Les données probantes sont insuffisantes pour considérer qu’il s’agit d’options de traitement standards (détails).

A60C600 q3s x 4 cycles

Efficacité inférieure au TC x 4.
Jugé adéquat dans les cas de cancer du sein N0 de type RH +/HER2 – avec contre-indications aux taxanes (opinion d’experts).

Tout risque de récidive, mais autres protocoles jugés trop toxiques ou anthracyclines et taxanes contre-indiquées/à éviter (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux)

C100MF q4s x 6 cycles (C administré P.O.)

Efficacité comparable à l’AC x 4.

AC : doxorubicine et cyclophosphamide; CMF : cyclophosphamide, méthotrexate et 5-fluorouracil; CT : chimiothérapie; dd : dose-dense; G-CSF : granulocyte colony-stimulating factor; G-CSFpp : G-CSF en prophylaxie primaire; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); N0 : sans atteinte ganglionnaire; P : paclitaxel; P.O. : administration orale (per os); q1s : cycles de traitement hebdomadaires; q2s : cycles de traitement toutes les 2 semaines; q3s : cycles de traitement toutes les 3 semaines; q4s : cycles de traitement toutes les 4 semaines; T : docétaxel; TAC : docétaxel, doxorubicine et cyclophosphamide; TC : docétaxel et cyclophosphamide; TCarbo : docétaxel et carboplatine.
1. Les nombres en indice correspondent à la dose d’agent chimiothérapeutique (mg/m2).
2. Les études cliniques administraient généralement le carboplatine toutes les 3 semaines (AUC 6). Afin d’améliorer la tolérabilité du traitement, plusieurs centres administrent le carboplatine AUC2 q1s.
3. En contexte néoadjuvant, des options moins intensives de chimiothérapie sans anthracycline (TC), sans taxane (AC), ou sans anthracycline ni taxane (CMF), rarement employées, demeurent des options pour les patientes présentant des contre-indications aux anthracyclines ou aux taxanes (âge, statut de performance, comorbidité ou autres antécédents médicaux) et pour lesquelles un traitement néoadjuvant est indiqué.

L’efficacité et l’innocuité des protocoles de chimiothérapie pour le traitement du cancer du sein de stade peu avancé ou localement avancé ont été principalement étudiées en contexte adjuvant (Protocoles de chimiothérapie adjuvante). Considérant que le moment du traitement (néoadjuvant ou adjuvant) n’affecterait pas la survie des patientes [1], les protocoles de chimiothérapie recommandés en contexte néoadjuvant sont essentiellement les mêmes que ceux utilisés en adjuvant [2,3,4]. Lorsqu’une chimiothérapie néoadjuvante est indiquée pour le traitement du cancer du sein infiltrant, un protocole à base d’anthracycline et de taxane (paclitaxel ou docétaxel) administrées séquentiellement est recommandé pour la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement [3,4,5]. Le paclitaxel et le docétaxel ont des profils d’effets secondaires distincts; le paclitaxel est généralement mieux toléré.

En contexte néoadjuvant, il est habituellement préférable d’éviter les options moins intensives de traitements (p. ex. protocole sans taxane et/ou sans anthracycline). Par ailleurs, l’approche néoadjuvante ne devrait pas être envisagée si le traitement systémique choisi (p. ex. le protocole de chimiothérapie) est susceptible d’être modifié par l’information obtenue après une chirurgie primaire.

Efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane 

La majorité des études qui ont évalué l’efficacité des chimiothérapies ont été réalisées en contexte adjuvant. L’équilibre entre l’efficacité attendue et le risque de toxicité semble favoriser l’utilisation du protocole AC q3s x 4 cycles – P q1s x 12 cycles pour la plupart des patientes ne présentant pas de contre-indication à un tel traitement [6]. Une étude réalisée chez 2 411 patientes traitées en néoadjuvant a montré que l’ajout d’une taxane à une anthracycline permettait d’augmenter le taux de réponse pathologique complète de 9,2 % à 18,9 % (p < 0,001) et de diminuer la récidive locale de 8,5 % à 5,1 % (p = 0,0034). Une augmentation non significative de la survie sans récidive à 5 ans a été rapportée par les auteurs pour les groupes traités avec un protocole anthracycline-taxane en contexte néoadjuvant (71,1 % contre 67,7 %; HR = 0,90 [IC 95 % 0,76-1,06], p = 0,22). La survie n’a pas différé en fonction des traitements (HR = 0,97, p = 0,82) [7, 8]. En ce même sens, Mazouni et coll. ont montré dans une analyse de données compilées (n = 1 079) que l’ajout d’une taxane à une anthracycline permettait à plus de patientes d’atteindre une réponse pathologique complète comparativement à l’administration d’une anthracycline seule (RH- : 29 % contre 15 %, p < 0,001; RH+ : 8,8 % contre 2,0 % p < 0,001) [9].

Précédemment utilisé en contexte néoadjuvant, le protocole composé de 5-fluorouracil, d’épirubicine et de cyclophosphamide suivi d’une taxane (FEC – T) n’est plus une option de chimiothérapie privilégiée, car les données disponibles en contexte adjuvant n’ont pas clairement démontré une efficacité supérieure à celle de l’AC – P hebdomadaire. De plus, ce traitement est moins bien toléré par les patientes et sa toxicité hématologique en contexte réel de soins semble beaucoup plus élevée que celle initialement rapportée dans l’étude randomisée pivot [10]. En contexte néoadjuvant, peu d’études ont comparé un régime FEC – T au régime AC – T. Une étude clinique randomisée a rapporté une efficacité similaire des deux traitements [11].

Suivant la publication des études réalisées en contexte adjuvant de phase III NSABP B-36 (FEC x 6 contre AC x 4; patientes N-) et WSG-AGO (EC x 4 – D x 4 contre FEC x 6 ou CMF x 6; patientes N1), le NCCN et l’ESMO ne recommandent plus l’ajout du 5-fluorourasil à un régime AC ou EC [12, 13] (Consensus d’experts et guides de pratique).

Efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane dose-dense

L’utilisation d’un régime dose-dense (diminution de l’intervalle entre les traitements, toutes les 2 semaines [q2s] au lieu de toutes les 3 semaines [q3s]) à base d’anthracycline (+/- taxane) a été évaluée majoritairement en contexte adjuvant chez des patientes atteintes d’un cancer du sein invasif peu avancé ou localement avancé (Efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane dose-dense). Deux méta-analyses portant sur l’efficacité des régimes doses-denses administrés dans un contexte néoadjuvant ont été répertoriées [14, 15]. Seulement une des études incluses dans ces méta-analyses a comparé des régimes de chimiothérapie identiques (FEC q3s et FEC q2s) [16]. Les autres études incluses ont comparé des protocoles de chimiothérapie différents et/ou des doses différentes ou comparaient une administration séquentielle dose-dense à une administration concomitante toutes les 3 semaines. Elles ont généralement comme paramètre d’évaluation principal la réponse pathologique complète et ne possèdent pas la puissance statistique pour évaluer les paramètres à long terme telles la récidive ou la survie. La variabilité des études incluses dans ces deux méta-analyses ne permet pas de conclure que l’administration d’un schéma dose-dense permet à plus de patientes d’atteindre une réponse pathologique complète (pRC) comparativement à un schéma standard. L’étude clinique randomisée qui a comparé deux régimes de chimiothérapie identiques n’a pas rapporté une différence significative entre les deux schémas d’administration (pRC : 4,1 % contre 2,6 %) [16].

La méta-analyse du EBCTCG (Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group), combinant des études adjuvantes et une étude néoadjuvante, a évalué l’efficacité à long terme d’un régime dose-dense comparativement à un régime standard en utilisant la même chimiothérapie aux mêmes doses dans les deux groupes à l’étude [17]. L’administration d’un régime dose-dense a permis de prolonger la survie sans récidive et la survie spécifique au cancer du sein.

Les principaux résultats de ces méta-analyses sont présentés dans le tableau suivant.

L’administration d’un régime dose-dense est connue pour causer plus d’effets indésirables tels que de l’anémie, de la thrombocytopénie et des stomatites comparativement à la chimiothérapie administrée conventionnellement. L’utilisation d’un G-CSF en prophylaxie primaire permet de réduire considérablement les effets indésirables hématologiques. La décision d’utiliser ce type de protocole doit donc prendre en compte les bénéfices et les risques pour la patiente (Innocuité des chimiothérapies anthracycline – taxane dose-dense).

Méta-analyses qui ont évalué l’efficacité d’un régime dose-dense à base d’anthracycline et de taxane chez les patientes atteintes d’un cancer du sein (tous sous-types confondus)

Études

Protocole de chimiothérapie / inclusion

Taux de pRC

(dd vs STD)

Survie sans récidive

(dd vs STD)

Survie globale

(dd vs STD)

Méta-analyse néoadjuvante

Ding et coll., 2020 [14]

9 ECR (phase III) en néoadjuvant1

HER2+: nd

ddCTNA : n = 1 857

CTNA standard: n = 1 867

Global :13,9 % vs 12,2 %

OR = 1,18 (IC 95 % 0,83-1,67), p = 0,356

I2 = 69,8 %, p = 0,001

RH faible :

OR = 1,36 (IC 95 % 1,09-1,69), p = 0,007

6 ECR (n = 2 750)

HR = 0,90 (IC 95 % 0,79-1,02), p = 0,095

I2 = 21,8 %, p = 0,270

RH faible :

HR = 0,99 (IC 95 % 0,85-1,15), p = 0,897

6 ECR (n = 2 750)

HR = 0,91 (IC 95 % 0,81-1,04), p = 0,160

I2 = 0,0 %, p = 0,482

RH faible :

HR = 1,00 (IC 95 % 0,83-1,19), p = 0,975

Petrelli et coll., 2016 [15]

6 ECR (Phase II-III) néoadjuvant

Âge médian : 46-52 ans

Stade II-III

Suivi médian : 4,5-7,5 ans

HER2+ : nd pour 5/6 études

ddCTNA : n = 1 089

CTNA standard : n = 1 103

Global: 13,5 % vs 9,2 %

OR = 1,55 (IC 95 % 1,18-2,02), p = 0,001

I2 = 13 %, p = 0,33

5 ECR (n = 1 536)

HR = 0,88 (IC 95 % 0,76-1,01), p = 0,06

I2 = 26 %, p = 0,25

5 ECR (n = 1 536)

HR = 0,89 (IC 95 % 0,78-1,02), p = 0,08

I2 = 0 %, p = 0,65

Méta-analyse néoadjuvante et adjuvante

EBCTCG, 2019 [17].

Analyse combinée de patientes

Comparaison avec même dose, même CT (7 ECR) :

A : Régime dose-dense (q2s) (n = 4 971)

B : Régime conventionnel (q3s) (n = 5 033)

G-CSFpp pour tous les patientes recevant le régime dose-dense

nd

Récidive à 10 ans (A vs B) :

20,7 % vs 24,1 %

RR = 0,83 (IC 95 % 0,76-0,91), p < 0,0001

Sous-groupe N+ (n = 7 151) :

RR = 0,82 (IC 95 % 0,68-0,98), p = nd

Sous-groupe N0 (n = 2 517) :

RR = 0,93 (IC 95 % 0,71-1,24), p = nd

Sous-groupe RH- :

RR = 0,83 (IC 95 % 0,68-1,00), p = nd

Sous-groupe RH+ :

RR = 0,82 (IC 95 % 0,69-0,98), p = nd

MSCS à 10 ans (A vs B) :

16,8 % vs 19,6 %

HR = 0,86 (IC 95 % 0,77-0,96), p = 0,005

CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; dd : dose-dense; ECR : étude clinique randomisée; MSCS : mortalité spécifique au cancer du sein; N+ : présence de ganglion positif; nd : non disponible; pRC : réponse pathologique complète; q2s : administration toutes les deux semaines; q3s : administration toutes les trois semaines; RH : récepteurs hormonaux; STD : standard.
1. Une étude incluse a comparé un régime administré séquentiellement toutes les 3 semaines à un régime concomitant toutes les 3 semaines (Vriens et coll., 2013), alors qu’une seconde étude a comparé un régime standard (AC – T) à un régime métronomique pour la portion anthracycline (Ellis et coll., 2011 [18]).

La méta-analyse de Petrelli et coll. a combiné 6 études cliniques randomisées réalisées dans un contexte néoadjuvant [15]. Le taux pRC a été significativement plus élevé avec l’utilisation d’un protocole dose-dense comparativement à un régime standard administré toutes les 3 semaines (OR = 1,55 [IC 95 % 1,18-2,02], p = 0,001). Un avantage non significatif en faveur du régime dose-dense a été rapporté pour la survie sans récidive et la survie globale. Il est à noter qu’aucune des études incluses dans la méta-analyse n’a comparé les protocoles de chimiothérapie actuellement utilisés, soit le AC – P contre dose-dense AC – P. Une seule des études incluses a comparé deux régimes de chimiothérapie identiques (FEC q3s et FEC q2s) [16]. La méta-analyse de Ding a inclus 9 études cliniques randomisées de phase III, dont les 6 études incluses dans la méta-analyse de Petrelli et coll. [14]. Une des études incluses ne comportait pas de groupe dose-dense à proprement dit, mais consistait plutôt en une administration plus fréquente d’une dose plus faible de chimiothérapie comparée à un régime standard [18]. Globalement, le taux de pRC n’a pas été significativement différent entre les deux groupes. Selon une analyse de sous-groupe, le régime dose-dense a permis à plus de patientes d’atteindre une pRC en présence d’une faible expression des récepteurs hormonaux (OR = 1,36 [IC 95 % 1,09-1,69], p = 0,007).

Le EBCTCG (Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group) a publié une méta-analyse évaluant les données individuelles de 37 298 patientes extraites de 26 études cliniques randomisées (néoadjuvante : n = 2 583; adjuvante : n = 34 715) qui a comparé la chimiothérapie dose-dense à une chimiothérapie administrée de façon standard ou un traitement administré de façon concurrente par rapport à un traitement séquentiel [17]. La population à l’étude était composée à 98 % de patientes de moins de 70 ans (28 % de moins de 45 ans), 53 % avaient une tumeur T2-T4 et 86 % avaient une atteinte ganglionnaire (N4+ chez 30,2 % des patientes). Le statut des récepteurs œstrogéniques était négatif pour le quart de la population. Lors de l’analyse combinée des patientes provenant de 7 études comparant des régimes identiques administrés selon un schéma dose-dense ou conventionnel (même chimiothérapie, même dose et même nombre de cycles; néoadjuvant : n = 150; adjuvant : n = 9 854), le taux de récidive et la mortalité spécifique au cancer du sein à 10 ans ont été significativement réduits chez les patientes qui avaient reçu un régime dose-dense comparativement à une chimiothérapie conventionnelle (récidive : 20,7 % contre 24,1 %, HR = 0,83 [IC 95 % 0,76-0,91], p < 0,0001; mortalité : 16,8 % contre 19,6 %, HR = 0,86 [IC 95 % 0,77-0,96], p = 0,005). Il est à noter que cette analyse a regroupé des études composées de différents régimes de chimiothérapie (FEC, AC-P, EC/AC, EC-P, FEC – P, EP, E-CMF) et que le statut HER2 était inconnu pour la moitié des patientes. Les analyses de sous-groupes, réalisées pour l’ensemble de la population, ont montré que l’intensification de la chimiothérapie procurait un avantage significatif indépendamment de l’âge des patientes, du volume, du grade et du statut RH de la tumeur. Par ailleurs, cet avantage serait non significatif en l’absence d’une atteinte ganglionnaire. Les patientes sans atteinte ganglionnaire représentaient 14 % de la population à l’étude.

Consensus d’experts et guides de pratique

Protocoles de chimiothérapie pour le traitement néoadjuvant d’un cancer du sein de stade peu avancé HER2-

Guides

Recommandations

NCCN V4.2021 [2]

  • De manière générale, les protocoles de chimiothérapie recommandés en adjuvant peuvent être considérés comme traitement néoadjuvant.
  • La totalité de la chimiothérapie devrait être administrée selon un schéma préopératoire lorsqu’une approche néoadjuvante est retenue. Il est acceptable d’inverser la séquence de traitement anthracycline – taxane.
  • Les protocoles de chimiothérapie néoadjuvante/adjuvante recommandés si le statut HER2 est négatif sont (catégorie 2A sauf indication contraire) :

1) ddA60C600 – P175 : doxorubicin + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivi du paclitaxel q2s x 4 cycles*;
2) ddA60C600 – P80 : doxorubicin + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivi du paclitaxel q1s x 12;
3) T75C600 : docétaxel + cyclophosphamide q3s x 4 cycles*.

  • Autres protocoles recommandés :

1) A60C600 – T100 : doxorubicin + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivi de docétaxel q3s x 4 cycles;
2) E100C830 : épirubicine + cyclophosphamide q3s x 8 cycles;
3) T75A50C500 : docétaxel + doxorubibine + cyclophosphamide q3s x 6 cycles*.

  • Utiles en certaines circonstances :

1) ddA60C600 : doxorubicin + cyclophosphamide q2s x 4 cycles*;
2) A60C600 : doxorubicin + cyclophosphamide q3s x 4 cycles (catégorie 2B);
3) C100M40F600 : cyclophosphamide + méthotrexane + 5-fluorouracil q4s x 6 cycles;
4) A60C600 – P80 : doxorubicin + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivi de paclitaxel q1s x 12 cycles;
5) P80Carbo : paclitaxel q1s x 12 cycles + carboplatine q3s x 4 cycles;
6) T75Carbo : docétaxel + carboplatine q3s x 4 à 6 cycles*1

  • L’ajout du carboplatine à un traitement de chimiothérapie néoadjuvante pour le traitement d’un cancer triple négatif demeure controversé. Plusieurs études ont montré que l’ajout d’un sel de platine augmentait le taux de pRC. Par contre, l’efficacité sur la survie à long terme demeure inconnue. Son utilisation n’est pas recommandée de routine dans la majorité des cas, y compris ceux portant la mutation BRCA, mais peut être considérée pour des patientes soigneusement choisies (p. ex. : patientes pour lesquelles un meilleur contrôle local de la tumeur est nécessaire).

ASCO 2021 [3]

  • Une chimiothérapie néoadjuvante à base d’anthracycline et d’une taxane peut être offerte aux patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif avec atteinte ganglionnaire et/ou un volume de tumeur d’au moins T1c (recommandation basée sur des preuves cliniques; qualité des études : élevée; force de la recommandation : forte).
  • Un sel de platine peut être offert aux patientes dont la tumeur est triple négatif puisqu’il permet à plus de patientes d’atteindre une pRC. La décision d’offrir une telle chimiothérapie doit prendre en compte les bénéfices potentiels et les risques (recommandation basée sur des preuves cliniques; qualité des études : modérée; force de la recommandation : modérée).
  • Les données actuelles sont insuffisantes pour recommander l’ajout d’un inhibiteur de point de contrôle à une chimiothérapie néoadjuvante (recommandation basée sur un consensus informel; qualité des études : modérée; force de la recommandation : modérée).
  • Le traitement néoadjuvant n’est pas offert de routine aux patientes atteints d’un cancer du sein triple négatif cT1a ou cT1bN0.
  • Une chimiothérapie néoadjuvante peut être offerte aux patientes atteintes d’un cancer RH+ HER2- si l’information obtenue après la chirurgie primaire n’est pas susceptible de modifier le choix du traitement.

Cancer Care Alberta 2021 [19]

  • Un traitement adjuvant est l’option généralement privilégiée pour le traitement d’un cancer du sein RH+ HER2- opérable. Lorsqu’une chimiothérapie néoadjuvante est l’option choisie (ex. : pour permettre une chirurgie conservatrice du sein), les protocoles suivants peuvent être offerts :
    • Cancer opérable à haut risque et N- : DC;
    • Cancer opérable à haut risque et N+ : DC, FEC-D, ddAC-P.
  • Un traitement néoadjuvant est l’option généralement privilégiée pour le traitement d’un cancer du sein RH+ HER2- non opérable ou localement avancé. Les protocoles suivants peuvent être offerts : DC, FEC-D, ddAC-P.
  • En présence d’un cancer triple négatif T2-T4 ou N+, une chimiothérapie néoadjuvante est le traitement recommandé. Les protocoles suivants peuvent être utilisés : FEC-D, ddAC-P.
  • L’ajout d’un sel de platine à la portion taxane du traitement néoadjuvant peut être discuté avec certaines patientes sélectionnées et motivées. Il augmente le taux de pRC. L’avantage pour la survie sans maladie et la survie globale n’est pas établi.
  • Un protocole sans anthracycline devrait être l’option choisie pour les patientes avec problèmes cardiaques ou à risque de problèmes cardiaques.
  • Un traitement de G-CSF doit être utilisé en prophylaxie primaire lorsqu’un protocole dose-dense ou un protocole à risque de neutropénie fébrile (≥ 20 %) est administré.

ESMO 2019 [4]

Recommandations en lien avec la chimiothérapie néoadjuvante / adjuvante :

  • Les traitements administrés en néoadjuvant devraient être choisis selon les mêmes critères que ceux utilisés en adjuvant (I / A).
  • Une chimiothérapie à base d’anthracycline et de taxane administrées séquentiellement est recommandée pour la vaste majorité des patientes (I / B).
  • Pour certaines patientes à faible risque, 4 cycles d’une chimiothérapie à base d’anthracycline ou d’une taxane ou le CMF peuvent être administrés (II / B).
  • Les patientes à risque de complications cardiaques peuvent recevoir une chimiothérapie sans anthracycline (I / A).
  • Une chimiothérapie à base d’anthracycline ne devrait pas inclure le 5-FU (I / A).
  • L’administration de la chimiothérapie selon un schéma dose-dense (en concomitance avec du G-CSF) devrait être envisagée, particulièrement si le sous-type de cancer est caractérisé par une prolifération rapide (I / A).

Recommandations spécifiques à la chimiothérapie néoadjuvante :

  • Lorsqu’une thérapie néoadjuvante est prescrite, il est recommandé d’administrer tout le traitement de chimiothérapie avant la chirurgie (I / B).
  • L’ajout d’un carboplatine à la thérapie néoadjuvante permet d’atteinte un taux de pCR supérieur pour les patientes atteintes d’un cancer triple négatif, particulièrement celles portant la mutation BRCA1/2 ou RAD ou celles avec un historique familial de cancer du sein ou des ovaires.

St Gallen 2019 [5]

La thérapie systémique recommandée par les panélistes varie selon le stade de la maladie :

  • Stade 1 : La chimiothérapie adjuvante est généralement utilisée.
  • Stade 2-3 : La chimiothérapie néoadjuvante dose-dense à base d’anthracycline et de taxane est recommandée. Le régime dose-dense typique consiste en une thérapie accélérée à base d’anthracycline et d’un agent alkylant suivis d’un traitement à base de taxane toutes les semaines ou accéléré.
  • L’ajout d’un sel de platine au traitement à base AC-T n’est pas recommandé par les panélistes. Par contre, un sel de platine pourrait être inclus dans le traitement de chimiothérapie en présence d’une mutation BRCA1/2, quoique cette recommandation ne fasse pas l’unanimité parmi les panélistes.

* Une G-CSF doit être utilisée en prophylaxie primaire lorsqu’un protocole dose-dense est utilisé.
DC : docétaxel et cyclophosphamide; ddAC-P : dose-dense doxorubicin, cyclophosphamide suivi de dose-dense paclitaxel; FEC-D : 5-fluorouracil, épirubicine, cyclophosphamide suivi de docetaxel; P : paclitaxel; T : docétaxel.
1. Traitement néoadjuvant pouvant être administré chez certaines patientes sélectionnées RH-HER2- (triple négatif).

Lorsqu’une approche néoadjuvante est l’option choisie pour le traitement d’un cancer du sein peu avancé ou localement avancé HER2+, le traitement recommandé est composé d’une chimiothérapie à base d’anthracycline et d’une taxane administrées séquentiellement et à laquelle le trastuzumab doit être ajouté (AC - TH). Si un régime sans anthracycline est souhaité, l’utilisation du docétaxel combiné au carboplatine et au trastuzumab (TCarboH) est recommandée. Le choix du protocole doit prendre en compte le profil de toxicité, les caractéristiques et les préférences de la patiente (Innocuité des chimiothérapies à base de taxane sans anthracycline; Innocuité des principaux protocoles de chimiothérapie AC – taxane et FEC – D).

L’ajout du trastuzumab à la chimiothérapie est le standard pour le traitement d’un cancer de sous-type HER2+. Il permet à plus de patientes d’atteindre une pRC comparativement à l’utilisation de la chimiothérapie seule (40 % contre 23 %; RR = 3,34 [IC 95 % 2,15-5,17]). Il permet de prolonger significativement la survie sans récidive (SSR) et la survie globale (SG), et ce, indépendamment du statut hormonal de la patiente (SSR : HR = 0,39 [IC 95 % 0,31-0,50]; SG : HR = 0,34 [IC 95 % 0,27-0,47]) [20, 21, 22, 23, 24].

Dans les situations cliniques à haut risque de récidive, certains guides de pratique suggèrent d’utiliser un double blocage anti-HER2 (pertuzumab et trastuzumab) combiné à la chimiothérapie néoadjuvante [2, 3, 4, 5]. Il permettrait à plus de patientes d’atteindre une pRC. Le pertuzumab en combinaison avec la chimiothérapie et le trastuzumab est actuellement en évaluation à l’INESSS pour le traitement néoadjuvant des patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ de stade avancé, inflammatoire ou localement avancé.

Efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane + trastuzumab

Le trastuzumab (H) combiné à un régime composé d’une anthracycline, de cyclophosphamide (AC) et d’une taxane (T) est le protocole standard administré aux patientes atteintes d’un cancer du sein de sous-type HER2+. L’équilibre entre l’efficacité attendue et le risque de toxicité semble favoriser l’utilisation du AC suivi du paclitaxel administré de façon hebdomadaire (AC – P q1s + H) [3, 6, 25]. L’administration concomitante du trastuzumab et d’une anthracycline n’est pas recommandée puisqu’elle a été associée à un risque de cardiotoxicité significatif. Le trastuzumab et l’anthracycline sont donc administrés de manière séquentielle. Quelques études cliniques utilisant différents protocoles de chimiothérapie à base d’anthracycline et de taxane administrées en contexte néoadjuvant ont été répertoriées [25, 26, 27, 28, 29]. Elles ont inclus principalement des patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ à haut risque de récidive (localement avancé, inflammatoire ou opérable T ≥ 2 cm ou N+). Elles avaient comme paramètre d’évaluation primaire la pRC et n’avaient pas la puissance statistique pour évaluer les paramètres de survie. L’administration d’une chimiothérapie à base de AC-T + H a permis à 41 % - 53 % des patientes d’atteindre une pRC. Le taux de pRC a été plus important en absence des récepteurs hormonaux, et ce, peu importe le type de chimiothérapie administré. Les données des principales études cliniques qui ont évalué l’efficacité de ces chimiothérapies sont présentées au tableau suivant.

Aucune étude randomisée réalisée en contexte néoadjuvant et évaluant l’efficacité d’un régime dose-dense en présence de trastuzumab uniquement n’a été répertoriée. La comparaison d’un régime dose-dense à un régime standard administré toutes les trois semaines a été majoritairement étudiée en contexte adjuvant chez des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade II-III, tous sous-types confondus (Efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane dose-dense). L’efficacité d’une intensification de la chimiothérapie en présence du trastuzumab demeure empreinte d’incertitude.

Études cliniques en contexte néoadjuvant qui ont évalué l’efficacité d’un régime à base d’anthracycline et de taxane (+ trastuzumab) chez les patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+

Études

Traitement Néo (n)

RH+/RH-

pRC1

SSM médiane

SG médiane

EI

Global

RH+

RH-

Anthracycline + taxane + trastuzumab (H)

 

EORTC 10054
Bonnefoi et coll., 2015 [26], Phase II
N+ : 68 %

D q3s x 3 + H FEC q3s x 3 (n = 53)D q3s x 3 + H → FEC q3s x 3

(n = 53)

G-CSF: nd

50,9 % / 49,1 %

51,9 %

51,9 %

52,0 %

nd

nd

Grade 3-4
Neutropénie : 41,5 %
Neutropénie fébrile : 15,1 %
Anémie : 1,9 %
Fatigue : 3,8 %
Diminution FEVG (≥ 15 %) : 0 %

NSABP B-41
Robidoux et coll., 2013, 2016 [25, 30], Phase III
N+ : 50 %
Suivi médian : 5 ans

AC q3s x 4 → P q4s x 4 + H

(n = 177)

G-CSF : nd

67 % / 33 %

49,4 %

45,5 %

58,2 %

À 5 ans 

84,3 %

À 5 ans

94,5 %

Grade 3-4
Global : 50 %
Neutropénie : 16 %
Neutropénie fébrile : 4 %
Dysfonction FEVG : 6 %
Fatigue : 6 %
Arrêt dû aux EI : 7 %

ACOSOG Z1041
Buzdar et coll., 2013, 2019 [28, 31], Phase III
N+ : 64 %
Suivi médian : 5,1 ans

FEC q3s x 4 → Pq1s x 12 + H

(n = 140)

60,1 % / 39,1 %

52,9 %

(ypT0/is)

47,6 %

(ypT0/is)

70,4 %

A vs B

HR = 1,02 (IC 95 % 0,56-1,83), p = 0,96

A vs B

HR = 1,17 (IC 95 % 0,48-2,88), p = 0,73

Grade 3-4
Global : 39,9 % vs 53,5 %
Neutropénie : 25,3 % vs 31,7 %
Leucocytopénie : 2,8 % vs 9,8 %
Anémie : 2,9 % vs 2,1 %
Fatigue : 4,3 % vs 8,5 %
Diminution FEVG (≥ 10 %) : 15,9 % vs 23,8 %
Hospitalisation : 12,3 % vs 16,9%

P q1s x 12 + H → FEC q3s x 4 + H

(n = 142)

+/- G-CSF pendant la portion FEC

59,2 % / 40,8 %

50,0 %

38,1 %

77,6 %

HannaH
Ismael et coll., 2012 [29]
Jackisch et coll., 2016, 2019 [32, 33], Phase III
Suivi médian : 40,6 mois
N+ : 77 %

D q3s x 4 + H D q3s x 4 + H

D q3s x 4 + H → FEC q3s x 4 + H (IV)

(n = 297)

49,8 % / 52,4 %

40,7 %

nd

nd

À 3 ans :
73 %

À 6 ans :
65 %

À 3 ans
90 %

À 6 ans :
85 %

Grade 3-4
Global : 53,7 %
Neutropénie : 33,2 %
Neutropénie fébrile : 3,4 %
Leucopénie : 5,7 %
Diminution FEVG (≥ 10 %) : 4,2 %

GeparQuinto
Untch et coll., 2012, 2018 [27], Phase III
N+ : 69 %
Suivi médian : 55 mois

EC q3s x 4 + H → D q3s x 4 + H

(n = 307)

G-CSF en prophylaxie secondaire

55 % / 45 %

44,6 % 

nd

nd

À 3 ans :
84,8 % (IC 95 % 80,0-88,5)

À 3 ans :
91,7 % (IC 95 % 87,6-94,4)

Grade 3-4
Neutropénie : 79,5 %
Neutropénie fébrile : 7,2 %
Anémie : 2,0 %
Diarrhée : 2,6 %
Diminution FEVG (≥ 10 %) : 1,4 %

GeparQuattro
Untch et coll., 2010 [34]
Von Minckwitz et coll., 2014 [35], Phase III
N+ : 60,7 %
Suivi médian : 5,4 ans

EC q3s x 4 + H → D q3s x 4 + H

(n = 445)

G-CSF : nd

58,7 % / 41,3 %

41,4 %

nd

nd

À 5 ans :
77,6 %

À 5 ans :
87,9 %

Grade 3-4
Neutropénie : 86 %
Neutropénie fébrile : 9,9 %
Anémie : 6,3 %
Diarrhée : 4,4 %
Fatigue : 6,9 %
Diminution FEVG (≥ 10 %) : 2 patientes

AC : doxorubicine et cyclophosphamide; D : docétaxel; dd : dose-dense; EC : épirubicine et cyclophosphamide; ECR : étude clinique randomisée; EI : effet indésirable; FEC : 5-fluorouracil, épirubicine et cyclophosphamide; FEVG : fraction d’éjection du ventricule gauche; G-CSF : granulocyte colony-stimulating factor; H : trastuzumab; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); N+ : ganglion positif; nd : non disponible; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; ns : non significatif; P : paclitaxel; q1s : cycles de traitement hebdomadaires; q2s : cycles de traitement toutes les 2 semaines; q3s : cycles de traitement toutes les 3 semaines; pRC : réponse pathologique complète; RE : récepteur œstrogénique; RH : récepteurs hormonaux; SG : survie globale; SSM : survie sans maladie; TCarbo : docétaxel et carboplatine.
1. Réponse pathologique complète au niveau du sein et des ganglions (ypT0/is ypN0), sauf indication contraire.

Efficacité des chimiothérapies sans anthracycline (TCarbo + trastuzumab)

L’administration d’un régime sans anthracycline à base de docétaxel et de carboplatine combiné au trastuzumab (TCarbo + H) est recommandée pour le traitement des patientes HER2+, particulièrement si un régime avec une cardiotoxicité moins importante est désiré ou lorsqu’une durée plus courte de traitement est souhaitée. L’efficacité de cette combinaison a été évaluée initialement dans l’étude en contexte adjuvant de Slamon et coll. [36]. Les études randomisées et rétrospectives qui ont évalué le régime TCarbo + H en contexte néoadjuvant ont été réalisées chez une population de patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ à haut risque de récidive (majoritairement de stade II-III). Ces études avaient comme paramètre d’évaluation primaire la pRC et n’avaient pas la puissance statistique pour évaluer les paramètres de survie. Le taux de pRC observé au niveau du sein et des ganglions a varié de 43 à 56 % lorsqu’un régime TCarbo + H était administré [37, 38, 39, 40, 41, 42]. Les paramètres à long terme sont présentés à titre indicatif.

Études cliniques qui ont évalué l’efficacité d’un régime sans anthracycline (docétaxel et carboplatine) + trastuzumab chez les patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+

Protocole

Étude

Stade

pRC1

SSM à 3 ans

Survie globale à 3 ans

EI

Global

RH+

RH-

TCarbo x 6 + H

 

neoCARH (n = 68)*
Gao et coll., 2021 [37]
Phase II

Stade II-IIIC
N+ : 61,8 %

55,9 %

47 %

65 %

nd

nd

Grade 3-4 (avec G-CSFpp) :
Neutropénie : 5,9 % - 16,7 %
Neutropénie fébrile : 2,9 % - 6,0 %
Anémie : 3,6 % - 9,0 %
Thrombocitopénie : 2 % - 5,9 %
Diarrhée : 3 % - 3,6 %
Diminution FEVG (≥ 10 %) : 19,0 %

Voir Innocuité des chimiothérapies à base de taxane sans anthracycline

TRIO-US B07 (n = 34)*
Hurvitz et coll., 2020 [38]
Phase II

Stade I-III

47,0 %

40 %

57 %

nd

nd

Echavarrias et coll., 2016 (n = 84)* [39], rétrospectif

Stade I-III
N+ : 67,9 %

47,6 %

34 %

67,6 %

À 31,7 mois
78,6 %

À 31,7 mois
94 %

Kolberg et coll., 2016 (n = 84) [40]

Opérable

43,6 %

nd

nd

84,6 %

91 %

Baykatar et coll., 2012 (n = 65) [41]

I-IIIC
N+ : 80 %

43,3 %

39,4 %

57,1 %

71 %

86 %

GETN(A)-1 (n = 70)
Coudert, 2007 [42]
phase II

II-III
(non inflam.)
N+ : 53 %

39 %

nd

nd

nd

nd

EI : effet indésirable; G-CSFpp : granulocyte colony-stimulating factor en prophylaxie primaire; H : trastuzumab; nd : non disponible; Pert : pertuzumab ; P : paclitaxel; pRC : réponse pathologique complète; RH : récepteurs hormonaux; SSM : survie sans maladie; TCarbo : docétaxel et carboplatine ; SG : survie globale; SSM : survie sans maladie; T : taxane.
1. Réponse pathologique complète au niveau du sein et des ganglions (ypT0/is ypN0), sauf indication contraire.
2. Administration d’une G-CSF en prophylaxie primaire

Aucune étude randomisée n’a fait la comparaison directe entre un régime TCarbo + H et un régime à base d’anthracycline dans un contexte néoadjuvant [37, 43, 44]. Selon une méta-analyse en réseau combinant des études réalisées en contextes néoadjuvant et adjuvant, le choix du protocole de chimiothérapie (TCarbo + H contre AC -T + H) procurerait un avantage similaire en termes de survie globale (HR = 0,9 [IC 95 % 0,66-1,22]). Cela demeure vrai qu’il y ait atteinte ganglionnaire (HR = 0,89 [IC 95 % 0,63-1,25]) ou non (HR = 0,79 [IC 95 % 0,30-2,08]). Par ailleurs, en présence de récepteurs hormonaux, la survie globale a été significativement plus longue avec l’administration d’un régime AC – T + H comparativement au régime TCarbo + H (HR = 0,67 [IC 95 % 0,45-0,99]). Les auteurs précisent que les études cliniques utilisant ces régimes recrutent principalement des patientes avec atteinte ganglionnaire ou présentant une tumeur de plus de 2 cm. L’interprétation des analyses de sous-groupe doit être faite avec prudence [24].

Le profil de toxicité des régimes AC – T et TCarbo a été discuté dans la section Innocuité des chimiothérapies à base de taxane sans anthracycline. Les caractéristiques et préférences de la patiente doivent être prises en compte dans le choix du traitement à administrer.

Consensus d’experts et guides de pratique

Guides

Recommandations

NCCN V1.2024 [2]

De manière générale, les protocoles de CT recommandés en traitement adjuvant peuvent être considérés comme traitements néoadjuvants.

La totalité de la CT devrait être administrée selon un schéma préopératoire lorsqu’une approche néoadjuvante est retenue. Il est acceptable d’inverser la séquence du traitement anthracycline – taxane.

  • Les protocoles de CT adjuvante recommandés si le statut HER2 est positif sont (recommandations de catégorie 2A) :
    • P80H : Paclitaxel q1s x 12 cycles + trastuzumab (peut être considéré pour les patientes à faible risque T1N0M0, particulièrement si elles ne sont pas admissibles aux chimiothérapies standards en raison de leurs comorbidités);
    • T75CarboH +/- pertuzumab : docétaxel + carboplatine q3s x 6 cycles + trastuzumab +/- pertuzumab.
  • Utiles en certaines circonstances (recommandations de catégorie 2A) :
    • T75C600 H : docétaxel + cyclophosphamide q3s x 4 cycles + trastuzumab.
    • A60C600 - P80H +/- pertuzumab : doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivis de paclitaxel q1s x 12 cycles + trastuzumab +/- pertuzumab;
    • ddA60C600 – P175H : doxorubicine + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivies de paclitaxel q2s x 4 cycles* + trastuzumab;
    • ddA60C600 – P175H + pertuzumab : doxorubicine + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivies de paclitaxel q3s x 4 cycles + trastuzumab + pertuzumab;
    • P80H + pertuzumab : Paclitaxel q1s x 12 cycles + trastuzumab + pertuzumab.
  • Autres protocoles recommandés (recommandations de catégorie 2A) :
    • A60C600 - T75-100H +/- pertuzumab : doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivies de docétaxel q3s x 4 cycles + trastuzumab +/- pertuzumab;
    • P80CarboH + pertuzumab : paclitaxel + carboplatine q3s x 9 cycles + trastuzumab +/- pertuzumab.

L’administration du trastuzumab (+/- pertuzumab) en concomitance avec une anthracycline est associée à une cardiotoxicité significative et devrait être évitée.

ESMO 2023 [4]

Une approche néoadjuvante est généralement recommandée pour les stades II et III.

  • La CT adjuvante ou néoadjuvante est généralement composée d’une anthracycline et d’une taxane administrées séquentiellement ou d’une taxane combinée au carboplatine (I, A). 
  • Pour certaines patientes à faible risque (pT1 N0), 12 cycles de paclitaxel + trastuzumab peuvent être considérés (III / B);
  • Pour les tumeurs de stade II et III (tumeur de plus de 2 cm ou N+), une CT néoadjuvante combiné au trastuzumab + pertuzumab est l'option privilégiée (I, A);
  • L'administration d'un double blocage avec le trastuzumab-pertuzumab combiné à la CT néoadjuvante permet d'obtenir un taux de pRC plus élevé comparativement au trastuzumab - CT et est recommandé pour le traitement néoadjuvant d'une maladie HER2+ (I, A).

St Gallen 2023 [5]

  • Stade 1 : le paclitaxel + trastuzumab est généralement administré en adjuvant.
  • Stade 2-3 : une approche néoadjuvante est privilégiée pour les tumeurs de stade II-III. La CT devrait inclure une anthracycline et une taxane ainsi qu’une thérapie anti-HER2 combinée avec la taxane (AC – TH) ou le docétaxel-cyclophosphamide et trastuzumab (TCH). Ils sont d’avis que le pertuzumab devrait être ajouté au trastuzumab néoadjuvant pour tous les stades II et III.

ASCO 2021 [3]

  • Une CT néoadjuvante à base d’anthracycline et de taxane (AC-TH +/- pertuzumab) ou sans anthracycline (TCarboH +/- pertuzumab) et combinée au trastuzumab devrait être offerte aux patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ avec une atteinte ganglionnaire (N+) ou sans atteinte ganglionnaire (N0), mais à risque élevé. Le pertuzumab peut être ajouté à la CT + trastuzumab en traitement néoadjuvant (recommandation basée sur des preuves de qualité élevée, recommandation forte).
Cancer Care Alberta 2021 [19]
  • Pour un cancer T1a, aucune CT ni trastuzumab n’est recommandée.
  • Pour un cancer T1bc, une approche adjuvante est recommandée. Les protocoles suivants peuvent être administrés :
    • Paclitaxel hebdomadaire + trastuzumab
    • TCarbo + trastuzumab
    • TC + trastuzumab
  • Une CT néoadjuvante + trastuzumab est le traitement recommandé pour un cancer HER2+ T2-T4. Les protocoles suivants peuvent être administrés :
    • TCarbo + trastuzumab
    • FEC-D + trastuzumab
    • ddAC-P + trastuzumab
  • L’ajout du pertuzumab au trastuzumab augmente le taux de réponse pathologique complète (non remboursé par le programme provincial). 

AC : doxorubicine et cyclophosphamide trastuzumab; ASCO : American Society of Clinical Oncology; ESMO: European Society for Medical Oncology; HER2 : récepteur 2 des facteurs de croissance épidermiques humains (human epidermal growth factor receptor 2); NCCN: National Comprehensive Cancer Network; nd: non disponible; P : paclitaxel; T : docétaxel; TC : docétaxel et cyclophosphamide; TCarboH : docétaxel, carboplatine et trastuzumab.* Une G-CSF doit être utilisée en prophylaxie primaire lorsqu’un protocole dose-dense est appliqué.

Références
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Ajout d’un sel de platine à la chimiothérapie néoadjuvante: efficacité

Les données disponibles sont insuffisantes pour recommander l’addition d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante chez les patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif (TN), qu’elles soient porteuses ou non d’une mutation BRCA1/2. Les chimiothérapies néoadjuvantes à base de sel de platine augmentent la probabilité d’obtenir une réponse pathologique complète comparativement aux traitements sans sel de platine, mais il n’est pas démontré que cet avantage se traduit par une amélioration cliniquement et statistiquement significative du résultat clinique à long terme. Une chimiothérapie à base d’anthracycline et de taxane demeure l’option privilégiée pour le traitement néoadjuvant d’une tumeur TN, quel que soit le statut BRCA de la patiente. Toutefois, l’ajout d’un sel de platine à la chimiothérapie usuelle peut être considéré chez certaines patientes jugées aptes à tolérer la toxicité additionnelle du traitement, par exemple si celles-ci sont jeunes et que leur maladie TN est associée à d’autres caractéristiques clinicopathologiques qui augmentent le risque de récidive et de décès, ou dans le but de maximiser les chances de cytoréduction si une chirurgie mammaire conservatrice est souhaitée (opinion d’expert). Cette décision doit faire l’objet d’une discussion éclairée entre le médecin et la patiente, notamment au regard du risque accru d’ajustement ou d’interruption du traitement associé à la prise de carboplatine.

Il n’a pas été démontré que la réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante est un paramètre de substitution équivalent aux paramètres de survie à long terme pour comparer l’efficacité entre des traitements dans le cadre d’une étude randomisée [1]. Néanmoins, dans le cas d’un cancer TN de stade peu avancé, l’obtention d’une réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante, quelle qu’elle soit, améliore significativement le pronostic à long terme des patientes comparativement à une maladie résiduelle. Cet effet pronostique n’est cependant pas établi pour les divers sous-types de la maladie TN ni en fonction du statut BRCA.

Méta-analyses : sels de platine et maladie TN (sans égard au statut BRCA). Une méta-analyse d’études de phase II randomisée publiée par Wang et coll. en 2017 a évalué l’efficacité et l’innocuité des chimiothérapies néoadjuvantes à base de sels de platine chez les patientes atteintes d’un cancer du sein TN de stade peu avancé ou localement avancé (stades II-III), sans égard au statut mutationnel BRCA1/2 [2]. Certaines des études primaires retenues pour la méta-analyse incluaient un statut faiblement RH + dans la définition d’une maladie TN (1 à < 10 % de cellules RH +). Les chimiothérapies servant de comparateur variaient entre les études, de même que les doses et les schémas d’administration du carboplatine.
Wang et coll. ont montré que les patientes atteintes d’un cancer TN ont une probabilité significativement plus élevée d’obtenir une réponse pathologique complète lorsque du carboplatine est ajouté à la chimiothérapie néoadjuvante comparativement à un schéma anthracycline – taxane sans sel de platine (RCp = 53,3 % vs 37,8 %, RR = 1,41 [IC 95 % 1,23-1,62], p < 0,00001, hétérogénéité : I2 = 56 % et p = 0,06, n = 1 007, 5 études); les résultats n’ont pas été stratifiés en fonction du stade de la maladie. Quatre méta-analyses antérieures ont tiré la même conclusion en analysant les données complètes ou les abrégés des mêmes études primaires, que ce soit selon un modèle à effet fixe ou aléatoire (données non rapportées) [3, 4, 5, 6]. Wang et coll. ont aussi montré, à propos des patientes chez qui une mastectomie était initialement planifiée, qu’une chimiothérapie à base de carboplatine augmente significativement la probabilité de devenir candidate à une chirurgie mammaire conservatrice (CMC) comparativement au traitement néoadjuvant sans sel de platine (conversion CMC : 59,7 % vs 48,1 %, RR = 1,24 [IC 95 % 1,06-1,46], p = 0,007, hétérogénéité : I2 = 27 % et p = 0,06, n = 526, 2 études). Wang et coll. n’ont pas analysé le contrôle tumoral à long terme et la survie globale, faute de données suffisantes.

Études individuelles : sels de platine et maladie TN (sans égard au statut BRCA). Le tableau suivant présente les études de phase II ou III randomisées clés qui ont comparé l’efficacité et l’innocuité des chimiothérapies néoadjuvantes à base de sels de platine à des chimiothérapies néoadjuvantes anthracycline – taxane chez les patientes atteintes d’un cancer du sein TN de stade peu avancé ou localement avancé (stades II-III). L’étude CALGB 40603 incluait un statut faiblement RH + dans la définition d’une maladie TN (1 à < 10 % de cellules RH +). Seules les études CALGB 40603 et BrighTNess ont comme comparateur une chimiothérapie anthracycline – taxane qui correspond à l’une des options standards actuelles (P hebdomadaire suivi d’AC dose-dense ou q3s) [7, 8]. Le traitement comparateur de l’étude de phase II randomisée Gepar Sixto était également une chimiothérapie anthracycline taxane, mais il ne s’agissait pas d’une option néoadjuvante standard évaluée dans le cadre d’études antérieures (paclitaxel, doxorubicine liposomale et bévacizumab concomitants) [9, 10]. Les données sont discutées à la suite du tableau.

Les études qui ont stratifié les résultats en fonction du statut mutationnel BRCA1/2 sont présentées dans un tableau distinct.

Principaux résultats des études cliniques randomisées qui ont évalué l’efficacité des chimiothérapies anthracycline – taxane avec ou sans sel de platine pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein infiltrant TN de stade peu avancé ou localement avancé

Étude

Critères d’inclusion et CTNA1

n TN

Réponse

Contrôle tumoral

Survie globale

Études randomisées

 

 

 

 

 

Loibl et coll., 2018 [8]
Phase III BrighTNess
Suivi médian : nd
n = 634 (93 BRCAmuté)

Stades II-III (T1N1-2 ou T2-4N0-2), TN

CTNA (± G-CSFpp2) :

 

RCp
*C vs A : 53 % vs 31 %, p < 0,0001
*C vs B : 53 % vs 58 %, p = 0,36
B vs A (post-hoc)3: 58 % vs 31 %, p < 0,0001 

Conversion CMC4
C vs B vs A : 62 % vs 44 % vs 44 %, p = ns

nd

nd

A) P80 q1s x 12 cycles,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

158

B) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

160

C) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant

 + Veliparib 50mg BID per os concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

316

Hahnen et coll., 2017 [10]
(analyse secondaire5)
Untch et coll., 2017
[11]
(mise à jour, abrégé6)
Phase II randomisée Gepar Sixto, GBG
Suivi médian : 35-47 mois

Stades II-III (T2-4d ou T1c si N+), TN

CTNA :

 

*RCp, B vs A
56,8 % vs 41,4 %
ORm = 2,08 (IC 95 % 1,19-3,63), p = 0,01

SSM, B vs A
(suivi médian de 47 mois)
taux = nd
HR = 0,56 (IC 95 % 0,34-0,93)
p = 0,024

B vs A
(suivi médian de 47 mois)
taux = nd
HR = 0,60 (IC 95 % 0,32-1,12)
p = 0,11

A) P80A(lipo)20 q1s x 18 cycles

 + Bev15 q3s x 6 cycles concomitant

145

B) P80A(lipo)20 q1s x 18 cycles

 + Bev15 q3s x 6 cycles concomitant

 + Carbo1,5-2,0 q1s x 18 cycles concomitant7

146

Sikov et coll., 2016 [12]
(mise à jour, abrégé8)
Golshan et coll., 2015 [13]
(sous-étude prospective9)
Sikov et coll., 2015 [7]
Phase II randomisée CALGB 40603
Suivi médian : 39 mois
n = 443

Stades II-III, TN (< 10% de cellules RH +)

RE + : 6 %, RP + : 4 %

CTNA : devis factoriel 2 x 2

 

RCp
C/D vs A/B : 54 % vs 41 %
OR = 1,71 (IC 95 % nd), p = 0,0029
(stade II : 55 % vs 41 %, p = nd)
C vs A : 49 % vs 39 %, p = nd
(stade II : 47 % vs 41 %, p = nd)

 Conversion CMC (sous-étude)4, 9
C/D vs A/B : 48 % vs 35 %, p = ns
C vs A : 45 % vs 33 %, p = ns

SSE à 3 ans, C/D vs A/B
76,5 % vs 71,6 %
HR = 0,84 (IC 95 % 0,58-1,22)
p = 0,36

3 ans, C/D vs A/B
81,9 % vs 84,6 %
HR = 1,15 (IC 95 % 0,74-1,79)
p = 0,53

A) P80 q1s x 12 cycles,

 suivi d’A60C600 q2s x 4 cycles (+ GCS-Fpp)

108

B) P80 q1s x 12 cycles

 suivi d’A60C600 q2s x 4 cycles (+ GCS-Fpp)

 + Bev10 q2s x 9 cycles débuté avec P

110

C) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s x 4 cycles (+ GCS-Fpp)

113

D) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s x 4 cycles (+ GCS-Fpp)

 + Bev10 q2s x 9 cycles débuté avec P

112

AC : doxorubicine et cyclophosphamide; Bev : bévacizumab; BID : deux fois par jour; BRCAmuté : porteuse de mutations germinales du gène BRCA1, BRCA2 ou les deux; BRCAnon-muté : porteuse des gènes BRCA1 ou BRCA2 de type sauvage; CALGB : Cancer and Leukemia Group B; Carbo : carboplatine; CEF : cyclophosphamide, épirubicine et 5-fluorouracil; CMC : chirurgie mammaire conservatrice; D : docétaxel; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; FEC : 5-fluorouracil, épirubicine et cyclophosphamide; GBG : German Breast Group; G-CSF : granulocyte colony-stimulating factor; G-CSFpp : G-CSF en prophylaxie primaire; HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; N + : avec atteinte ganglionnaire; nd : non disponible; ns : non significatif; OR : rapport de cotes (odds ratio); ORm : rapport de cotes (odds ratio) issu d’une analyse multivariée; P : paclitaxel; PA(lipo) : paclitaxel et doxorubicine liposomale encapsulée; per os : pas voie orale; q1s : cycles de traitement hebdomadaires; q2s : cycles de traitement aux 2 semaines; q3s : cycles de traitement aux 3 semaines; RCp : réponse complète pathologique; RE : récepteur de l’œstrogène; RH : récepteurs hormonaux; RP : récepteur de la progestérone; TN : triple négatif; SSE : survie sans événement; SSM : survie sans maladie; vs : contre.
1. Les nombres en indice correspondent à la dose (mg/m2, mg/kg ou AUC) d’agent chimiothérapeutique.
2. Dans l’étude BrighTNess, l’administration de G-CSF en prophylaxie primaire était recommandée conformément aux guides de pratique, selon le schéma d’administration de l’AC.
3. La comparaison PCarbo – AC vs P – AC n’était pas préspécifiée dans le protocole de l’étude BrighTNess. L’analyse post-hoc de cette comparaison et les analyses de sous-groupe qui s’y rattachent sont exploratoires.
4. Patientes non candidates à la chirurgie mammaire conservatrice au moment du diagnostic (mastectomie prévue) qui le sont devenues à la suite de la CTNA.
5. L’analyse secondaire de l’étude Gepar Sixto incluait 291 des 315 patientes de la cohorte TN.
6. La mise à jour de Gepar Sixto a été présentée au 42e congrès annuel de l’ESMO en 2017.
7. Après l’analyse intermédiaire de sécurité, la dose de carboplatine a été réduite de 2,0 AUC à 1,5 AUC.
8. La mise à jour de CALGB 40603 a été présentée au 38e Congrès annuel de San Antonio en 2015.
9. La sous-étude prospective de CALGB 40603 a été menée chez les 404 patientes atteintes d’une maladie TN pour lesquelles les données chirurgicales étaient complètes.
*Paramètre d’évaluation principal
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Les taux de réponse pathologique complète aux chimiothérapies anthracycline – taxane carboplatine ont varié entre 30 % et 61 % chez les patientes atteintes d’une maladie TN [7, 8, 10, 14, 15]. Quant aux taux de réponse pathologique complète aux chimiothérapies à base de taxane et de sel de platine sans anthracycline, ils variaient entre 39 % et 55 % [16, 17, 18, 19, 20, 21]. À titre indicatif, des taux de réponse pathologique complète de l’ordre de 26 % à 42 % ont été rapportés pour cette même catégorie de patientes dans les études qui ont évalué des chimiothérapies néoadjuvantes sans sel de platine [1, 7, 8, 10, 14, 15, 22, 23, 24, 25, 26, 27].

Les deux coanalyses principales de l’étude de phase III BrighTNess ont montré que, chez les patientes atteintes d’un cancer TN, l’ajout de carboplatine et de véliparib à la portion paclitaxel du traitement anthracycline taxane permet d’obtenir un taux de réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante significativement plus élevé qu’avec le paclitaxel seul, mais ce taux de réponse est similaire à celui obtenu avec l’ajout de carboplatine (sans véliparib) au paclitaxel [8]. Le devis de l’étude n’était pas conçu pour évaluer l’ajout de carboplatine (sans véliparib) comparativement au paclitaxel seul, mais une analyse post-hoc exploratoire de cette comparaison a aussi montré que le carboplatine augmente significativement le taux de réponse pathologique complète. Globalement, l’étude BrighTNEss suggère que l’amélioration de la réponse observée avec les traitements expérimentaux est attribuable au carboplatine. Par ailleurs, ces résultats concordent avec ceux des études de phase II randomisées CALGB 40603 et Gepar Sixto (analyse secondaire rétrospective du sous-groupe TN) [7, 10]. Ces études n’ont pas stratifié les résultats en fonction du stade de la maladie (stade peu avancé ou localement avancé).

Les études BrighTNess et CALGB 40603 ont rapporté que la proportion de patientes chez qui une mastectomie était initialement planifiée et qui sont devenues candidates à une chirurgie mammaire conservatrice à la suite de la chimiothérapie néoadjuvante n’a pas été significativement différente entre les groupes. Le devis de l’étude CALGB 40603 n’avait pas la puissance nécessaire pour évaluer ce paramètre.

Les résultats d’analyse du résultat clinique à long terme des patientes de l’étude BrighTNess sont attendus en 2019. Selon la mise à jour de CALGB 40603 (abrégé), après un suivi médian de 39 mois, l’ajout de carboplatine à la chimiothérapie anthracycline – taxane n’a pas eu d’effet significatif sur le risque d’événement chez les patientes traitées pour un cancer TN. En revanche, la mise à jour de Gepar Sixto (abrégé) a rapporté qu’après un suivi médian de 47 mois l’ajout de carboplatine a réduit de manière significative le risque de maladie chez les patientes traitées pour un cancer TN. Toutefois, selon ces deux mises à jour, l’ajout de carboplatine n’a pas réduit significativement le risque de décès.

Les résultats doivent être interprétés avec précaution puisque le devis initial des études randomisées n’avait pas la puissance ni le suivi nécessaire pour évaluer si l’augmentation absolue du taux de réponse pathologique complète (de l’ordre de 10 % à 27 %) à la suite de l’ajout d’un sel de platine à la chimiothérapie néoadjuvante est suffisante pour mener à une amélioration cliniquement et statistiquement significative du contrôle tumoral et de la survie globale [2, 7, 8, 10]. La validité externe des conclusions de Gepar Sixto est limitée par l’emploi d’un traitement comparateur non standard.

Études individuelles : sels de platine et statut BRCA. Parmi les études qui ont évalué l’efficacité d’un sel de platine comme traitement néoadjuvant chez les patientes atteintes d’un cancer du sein TN, deux études randomisées (une de phase III et une de phase II) et deux études de phase II à un bras qui ont rapporté de l’information concernant le statut de mutation BRCA ont été retenues [8, 10, 20, 21]. Le traitement comparateur de l’étude BrighTNess (phase III) correspondait à l’une des chimiothérapies néoadjuvantes anthracycline – taxane standards actuelles (P hebdomadaire suivi d’AC dose-dense ou q3s), mais pas celui de l’étude de phase II randomisée Gepar Sixto (paclitaxel, doxorubicine liposomale et bévacizumab concomitants) [8, 9, 10]. Les résultats de ces études sont présentés dans le tableau suivant. Les données sont discutées à la suite du tableau.

Principaux résultats des études cliniques qui ont évalué l’efficacité des chimiothérapies avec ou sans sel de platine pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein infiltrant TN de stade peu avancé ou localement avancé chez les patientes porteuses ou non de mutations germinales BRCA

Étude

Critères d’inclusion et CTNA1

n TN (BRCAmuté)

Réponse

Contrôle tumoral et survie

Études randomisées

 

 

 

 

Loibl et coll., 2018 [8]
Phase III BrighTNess
Suivi médian : nd

Stades II-III (T1N1-2 ou T2-4N0-2), TN

BRCAmuté : 15 %

CTNA (± G-CSFpp2) :

 

RCp, BRCAmuté
C vs B vs A : 57 % vs 50 % vs 41 %, p = ns

 

RCp, BRCAnon-muté
C vs A : 53 % vs 29 %, p < 0,0001
C vs B : 53 % vs 59 %, p = ns
B vs A (post-hoc)3 : 59 % vs 29 %, p nd
Δ = + 29,4 % (IC 95 % + 18,1 % à + 40,7 %)

nd

A) P80 q1s x 12 cycles,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

158 (22)

B) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

160 (24)

C) P80 q1s x 12 cycles

 + Carbo6 q3s x 4 cycles concomitant

 + Véliparib 50mg BID per os concomitant,

 suivi d’A60C600 q2s ou q3s x 4 cycles

316 (46)

Hahnen et coll., 2017 [10]
(analyse secondaire4)
Phase II randomisée Gepar Sixto, GBG
Suivi médian : 35 mois

Stades II-III (T2-4d ou T1c si N+), TN

BRCAmuté : 17 %

CTNA :

 

RCp, BRCAmuté
B vs A : 65,4 % vs 66,7 %, p = ns 

RCp, BRCAnon-muté
B vs A : 55,0 % vs 36,4 %
OR = 2,14 (IC 95 % 1,28-3,58), p = 0,004

SSM, BRCAmuté
(suivi médian de 35 mois)
B vs A : 86,3 % vs 82,5 %, p = ns 

SSM, BRCAnon-muté
(suivi médian de 35 mois)
B vs A : 85,3 % vs 73,5 %
HR = 0,53 (IC 95 % 0,29-0,96), p = 0,04

 

 

A) P80A(lipo)20 q1s x 18 cycles

 + Bev15 q3s x 6 cycles concomitant

145 (24)

B) P80A(lipo)20 q1s x 18 cycles

 + Bev15 q3s x 6 cycles concomitant

 + Carbo1,5-2,0 q1s x 18 cycles concomitant5

146 (26)

Études prospectives

 

 

 

 

Echavarria et coll., 2018 [21]
Phase II
Suivi médian : 35 mois

Stades I-III, TN

BRCAmuté : 8 %
CTNA :
T75Carbo6 q3s x 6 cycles

121 (10)

*RCp, cohorte entière : 47,1 %
RCp, BRCAmuté : 50 %

nd

Sharma et coll., 2017 [20]

Analyse post-hoc des cohortes prospectives KU-PROGECT et MMJ-CAR-2014-01

Suivi médian : nd

KU-PROGECT (n = 69) : stades I-III (T ≥ 1 cm), TN (< 10% de cellules RH +)
MMJ-CAR-2014-01 (n = 121) : stades II-III (T ≥ 2 cm), TN

BRCAmuté : 15 %, RH + : 5 %
CTNA :
T75Carbo6 q3s x 6 cycles

183 (27)

RCp, BRCAmuté vs BRCAnon-muté
per protocole : 59 % vs 56 %, p = 0,83
OR = 1,25 (IC 95 % 0,54-2,85), p = 0,68

nd

Δ : différence; AC : doxorubicine et cyclophosphamide; ACis : doxorubicine et cisplatine; Bev : bévacizumab; BID : deux fois par jour; BRCAmuté : porteuse de mutations germinales du gène BRCA1, BRCA2 ou les deux; BRCAnon-muté : porteuse des gènes BRCA1 ou BRCA2 de type sauvage; Carbo : carboplatine; CMC : chirurgie mammaire conservatrice; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; FAC : 5-fluorouracile, doxorubicine et cyclophosphamide; GBG : German Breast Group; HR : rapport de risque instantané (hazard ratio); n : nombre de sujets; N + : avec atteinte ganglionnaire; nd : non disponible; ns : non significatif; OR : rapport de cotes (odds ratio); P : paclitaxel; PA(lipo) : paclitaxel et doxorubicine liposomale encapsulée; per os : pas voie orale; PSCUH : Pauls Stradins Clinical University Hospital; q1s : cycles de traitement hebdomadaires; q2s : cycles de traitement aux 2 semaines; q3s : cycles de traitement aux 3 semaines; RCp : réponse pathologique complète; RE : récepteur de l’œstrogène; RH : récepteurs hormonaux; RP : récepteur de la progestérone; TCarbo : docétaxel, carboplatine; TN : triple négatif; SSM : survie sans maladie; vs : contre.
1. Les nombres en indice correspondent à la dose (mg/m2, mg/kg ou AUC) d’agent chimiothérapeutique.
2. Dans l’étude BrighTNess, l’administration de G-CSF en prophylaxie primaire était recommandée conformément aux guides de pratique, selon le schéma d’administration de l’AC.
3. La comparaison PCarbo – AC vs P – AC n’était pas préspécifiée dans le protocole de l’étude BrighTNess. L’analyse post-hoc de cette comparaison et les analyses de sous-groupes qui s’y rattachent sont exploratoires.
4. L’analyse secondaire de l’étude Gepar Sixto incluait 291 des 315 patientes de la cohorte TN.
5. Après l’analyse intermédiaire de sécurité, la dose de carboplatine a été réduite de 2,0 AUC à 1,5 AUC.

*Paramètre d’évaluation principal
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Le taux de réponse pathologique complète à une chimiothérapie néoadjuvante à base d’un sel de platine chez les patientes porteuses d’une mutation BRCA1/2 a varié entre 45 % et 83 % [8, 9, 10, 20, 21, 28, 29]. À titre indicatif, des taux de réponse pathologique complète de l’ordre de 36 % à 68 % ont été rapportés pour cette même catégorie de patientes dans les études qui ont évalué des chimiothérapies néoadjuvantes sans carboplatine [8, 30, 31, 32, 33].

L’étude BrighTNess et l’analyse secondaire rétrospective de l’étude Gepar Sixto ont toutes les deux suggéré que l’ajout de carboplatine à une chimiothérapie néoadjuvante anthracycline taxane augmente significativement le taux de réponse pathologique complète dans le sous-groupe sans mutation BRCA, mais pas dans le sous-groupe porteur de mutations BRCA.
Après un suivi médian de 35 mois, l’étude Gepar Sixto a aussi suggéré que l’addition du carboplatine réduit de manière significative le risque de maladie dans le sous-groupe sans mutation BRCA, mais pas dans le sous-groupe porteur d’une mutation BRCA. En fait, dans cette étude, le taux de survie sans maladie le plus faible a été observé chez des patientes du sous-groupe sans mutation BRCA qui n’avaient pas reçu de carboplatine, tandis que celles du sous-groupe BRCA muté qui n’avaient pas reçu de carboplatine ont obtenu un taux de survie sans maladie similaire à celui des sous-groupes avec ou sans mutation BRCA qui avaient reçu du carboplatine (73,5 % [BRCA non muté, sans carboplatine] contre 82,5 %-86,3 %, cf. tableau). Ces résultats soulèvent la possibilité que les patientes porteuses de mutations BRCA soient d’emblée plus sensibles à la chimiothérapie anthracycline taxane et que, par conséquent, l’ajout de carboplatine ne leur offre que peu d’avantages cliniques additionnels. Toutefois, l’emploi d’un traitement comparateur non standard de l’étude Gepar Sixto rend difficile l’interprétation des résultats en ce qui a trait à la valeur clinique du carboplatine chez les patientes porteuses de mutations BRCA.

L’étude BrighTNess n’a pas rapporté le résultat clinique à long terme. Les conclusions de ces études doivent être interprétés avec précaution, puisque ces analyses n’étaient pas toutes préspécifiées et visaient de petits sous-groupes de patientes dont les caractéristiques de base pouvaient être différentes (n ≤ 46 pour les sous-groupes BRCA muté). Aucune des études présentées dans le tableau ci-dessous n’avait la puissance nécessaire pour évaluer l’effet d’un sel de platine sur la survie sans progression ou la survie globale. Par ailleurs, il n’a pas été démontré que la réponse pathologique complète à la chimiothérapie néoadjuvante est un paramètre de substitution équivalent aux paramètres de survie à long terme pour comparer l’efficacité entre des traitements dans le cadre d’une étude randomisée.

Consensus d’experts et guides de pratique. Le NCCN (version 1.2018) ne recommande pas l’ajout de carboplatine à la chimiothérapie néoadjuvante standard pour le traitement d’un cancer du sein de stade peu avancé TN en dehors d’une étude clinique [34]. L’ESMO (2015) indique que l’inclusion de sels de platine (carboplatine) à la chimiothérapie néoadjuvante est une option acceptable chez les patientes porteuses de mutations BRCA1/2 ou RAD, bien que l’effet de ces médicaments sur le résultat clinique à long terme ne soit pas connu; cette décision doit être prise après discussion avec la patiente [35]. Les experts du consensus de Saint Gall (2017) recommandent des approches néoadjuvantes similaires à celles employées en contexte adjuvant pour le traitement d’un cancer du sein de stade peu avancé TN [36]. Ils sont unanimement d’avis qu’une thérapie à base de sel de platine ne devrait pas être administrée de routine aux patientes atteintes d’une maladie TN non sélectionnées (statut BRCA inconnu ou non muté), mais ils sont divisés à savoir si une telle thérapie peut être recommandée chez les patientes porteuses d’un gène BRCA1/2 muté. Toutefois, l’ensemble du panel estime qu’un agent alkylant devrait être ajouté à la thérapie adjuvante standard à base d’anthracycline et de taxane pour de telles patientes. Les protocoles acceptables incluent les chimiothérapies à base d’anthracycline, de taxane et d’agent alkylant, administrées selon un schéma dose-dense ou non. Une minorité d’experts du panel privilégiaient le schéma dose-dense.

Ajout d’un sel de platine à la chimiothérapie néoadjuvante: innocuité

Les données disponibles montrent que les ajustements de traitement pour pallier les effets indésirables de la chimiothérapie néoadjuvante surviennent plus fréquemment lorsque les patientes reçoivent du carboplatine au cours de leur thérapie. Ces modifications concernent autant le carboplatine que les autres agents cytotoxiques avec lesquels il est administré. L’ajout de carboplatine à la chimiothérapie néoadjuvante est principalement associé à un risque accru de toxicité hématologique de grade ≥ 3.

Le tableau suivant présente les données d’innocuité provenant des études qui ont évalué l’efficacité de l’ajout d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante. Trois études randomisées ont évalué l’innocuité de l’ajout d’un sel de platine à des chimiothérapies anthracycline – taxane [7, 8, 9]. Les études CALGB 40603 et BrighTNess ont comme comparateur une chimiothérapie anthracycline – taxane qui correspond à l’une des options standards actuelles (P hebdomadaire – AC dose-dense ou q3s) [7, 8]. Le traitement comparateur de l’étude de phase II randomisée Gepar Sixto était également une chimiothérapie anthracycline taxane, mais il ne s’agissait pas d’une option néoadjuvante standard évaluée dans le cadre d’études antérieures (paclitaxel, doxorubicine liposomale et bévacizumab concomitants) [9, 10]. Trois autres études de phase II à un bras ont rapporté des données d’innocuité pour des chimiothérapies à base de carboplatine sans anthracycline (TCarbo) ou sans anthracycline ni taxane [16, 20, 37]. Les données sont discutées à la suite du tableau.

Innocuité de chimiothérapies à base de sel de platine pour le traitement néoadjuvant du cancer du sein infiltrant de stade peu avancé

 

Études randomisées

Données prospectives

Données rétrospectives

CTNA1

P q1s + Carbo6 q3sAC q2s

vs

P q1sAC q2s

P q1s + Carbo6 q3sAC q2-3s

vs

P q1sAC q2-3s

PA(lipo)Carbo1,5-2 q1s
vs PA(lipo) q1s

TCarbo6 q3s x 6 cycles

AC q2sPCarbo q1s

+ Bévacizumab pour TN
+ trastuzumab pour HER2 +

Études2

CALGB 40603 [7]

BrighTNess [8]

Gepar Sixto [9]

Sharma et coll., 2017 [20]
Kern et coll., 2016 [16]

Sella et coll., 2018 [37]

G-CSF, prophylaxie primaire

pendant le schéma AC

recommandé conformément aux guides de pratique, selon le schéma d’administration de l’AC

non

nd

pendant le schéma AC

Toxicité hématologique (grade ≥ 3)

Pour l’ensemble de la CT :

Segment P ± Carbo (AC) :

 

 

 

·       Neutropénie

56 % vs 22 %, p < 0,05

53 % vs 2,5 % (31 % vs 23 %)

65 % vs 27 %

12 %-70 %

42,5 %

·       Neutropénie fébrile

12 % vs 7 %, p = ns

1 % vs 0 % (17 % vs 5 %)

8 % vs 5 %

0 %-4 %

5 %

·       Thrombocytopénie

20 % vs 4 %, p < 0,05

6 % vs 0 % (6 % vs 3 %)

14 % vs < 1 %

6 %-11 %

5 %

·       Anémie

4 % vs 0 %, p = ns

17 % vs 0 % (23 % vs 9 %)

15 % vs < 1 %

4 %-7 %

10 %

·       Leucopénie

13 % vs 12 %, p = ns

5 % vs 1 % (10 % vs 10 %)

nd

1 %-57 %

32,5 %

·       Infection

2 % vs 4 %, p nd

nd

14 % vs 15 %

Kern et coll. : aucun

nd

Toxicité non hématologique (grade ≥ 3)

Pour l’ensemble de la CT :

Segment P ± Carbo (AC) :

 

 

 

·       Neuropathie

7 % vs 2 %, p = ns

0 % vs 3 % (aucun)

6 % vs 7 %

Sharma et coll. : 2 %

nd

·       Myalgie/arthralgie

nd

aucun (nd pour l’AC)

nd

nd

nd

·       Nausées/vomissements

5 % vs 6 %, p = ns

1 % vs 0 % (5 % vs 5 %)

15 % vs 6 %

5 %-10 %

nd

·       Diarrhée

2 % vs 0 %, p = ns

1 % vs 0 % (1 % vs 3 %)

17 % vs 11 %

3 %

nd

·       Mucosite

1 % vs 2 %, p = ns

nd

17 % vs 15 %

0 %-1 %

nd

·       ALT ou AST élevé

aucun

3 % vs 2 % (nd pour l’AC)

nd

nd

nd

·       Fatigue

10 % vs 10 %, p = ns

nd (1 % vs 0 %)

17 % vs 14 %

1 %-3 %

nd

Toxicité cardiaque

nd

nd

< 1 % vs 2 %

nd

nd

Réduction de dose

P : 26 % vs 12 %
AC : 22 % vs 8 %

Carbo : 56 % vs 6 % [placébo]
P : 48 % vs 32 %
AC : 44 % vs 34 %

69 % vs 55 %
IDRm : 70 % vs 78,5 %, p < 0,0001
IDRm du Carbo : 65,8 %

Kern et coll : 20 %

Carbo : 17,5 %
P : 22,5 %

Délai de traitement

nd

Segment P + Carbo ou placébo :
58 % vs 29 %
(Carbo : 47 % vs 13 % [placébo];
P : 63 % vs 13 %)
Segment AC : 22 % vs 18 %

nd

Kern et coll. : 27 %

Carbo : 17,5 %
P : 27,5 %

CT non complétée en raison de la toxicité

6 % vs < 1 %
(Carbo : 80 %;
< 10 cycles P : 36 % vs 16 %)

7 % vs 2,5 %
(Carbo : 6 % vs 1 % [placébo];
P : 6 % vs 3 %;
AC : 4 % vs 4 %)

39 % vs 31 %
(Carbo : 8 %)

Sharma et coll. : 6 %

Carbo :35 %
< 10 cycles P : 12 %

Décès liés à la toxicité

aucun

aucun

< 1 % vs 1 %

aucun

aucun

→: suivi de; AC : doxorubicine et cyclophosphamide; ALT : alanine aminotransférase; AST : aspartate aminotransférase; CALGB : Cancer and Leukemia Group B; Carbo : carboplatine; CMC : chirurgie mammaire conservatrice; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; GBG : German Breast Group; G-CSF : granulocyte colony-stimulating factor; IDRm : intensité de la dose relative moyenne; nd : non disponible; ns : non significatif; P : paclitaxel; PA(lipo) : paclitaxel et doxorubicine liposomale encapsulée; q1s : cycles de traitement hebdomadaires; q2-3s : cycles de traitement aux 2 ou 3 semaines; q3s : cycles de traitement aux 3 semaines; RCp : réponse pathologique complète; TCarbo : docétaxel, carboplatine; TN : triple négatif; vs : contre.
1. Les nombres en indice correspondent à la dose de carboplatine (AUC).
2. Les caractéristiques des études et des patientes ont été présentées précédemment dans le tableau des résultats
d’efficacité de l’ajout d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante pour une maladie TN (Sella et coll., 2018 : Tableau des résultats d’efficacité de l’ajout d’un sel de platine à une chimiothérapie néoadjuvante en fonction du statut BRCA).
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs
.

Ajustement du traitement pour pallier la toxicité. Les données des études randomisées CALGB 40603, BrighTNess et Gepar Sixto ainsi que l’étude rétrospective de Sella et coll. (tableau) ont montré que les patientes qui reçoivent du carboplatine avec la chimiothérapie néoadjuvante sont plus susceptibles de subir des réductions de doses d’agents chimiothérapeutiques et d’interrompre prématurément leur traitement pour pallier les effets indésirables de la chimiothérapie comparativement à celles qui n’ont pas reçu de sel de platine. Ces ajustements de traitement concernent autant le carboplatine que les autres agents avec lesquels il est administré. BrighTNess a en outre rapporté davantage de délais d’administration des agents chimiothérapeutiques, car le devis de cette étude permettait d’administrer le segment P ± Carbo du traitement sur une période allant jusqu’à 16 semaines afin de maximiser le nombre de cycles de traitement complétés pour chacun des agents chimiothérapeutiques.

Effets indésirables. Selon les données des études randomisées CALGB 40603, BrighTNess et Gepar Sixto (tableau), davantage de patientes ont souffert de toxicité hématologique de grade ≥ 3 lorsque du carboplatine était ajouté à la chimiothérapie anthracycline – taxane, notamment la neutropénie (31 % à 65 % contre 2,5 % à 27 %), la thrombocytopénie (6 % à 20 % contre 0 % à 4 %) et l’anémie (4 % à 23 % contre 0 % à 9 %). Les études prospectives avec le TCarbo ont rapporté des taux de neutropénie de grade ≥ 3 atteignant jusqu’à 70 % (tableau). L’étude BrighTNess a aussi suggéré que l’administration de carboplatine avec le paclitaxel augmente le risque de neutropénie fébrile de grade ≥ 3 pendant le segment AC qui était administré en deuxième partie du traitement (17 % contre 5 %), mais les autres études indiquent des taux similaires avec ou sans carboplatine (0 % à 12 % contre 5 % à 7 %). Enfin, les patientes de l’étude Gepar Sixto traitées ont davantage souffert de nausées et vomissements et de diarrhée de grade ≥ 3 lorsqu’elles ont reçu du carboplatine (nausées/vomissements : 15 % contre 6 %; diarrhée : 17 % contre 11 %), mais les autres études ont rapporté des taux plus faibles qui étaient similaires avec ou sans carboplatine (nausées/vomissements : 1 % à 10 % contre 0 % à 6 %; diarrhée : 1 % à 3 % contre 0 % à 3 %).

La méta-analyse de Wang et coll. (2017) va dans le même sens que les études ci-dessus. L’ajout de carboplatine à la chimiothérapie néoadjuvante a augmenté significativement l’incidence de la toxicité hématologique de grades 3-4, en particulier la neutropénie (taux non disponible, p < 0,00001), la neutropénie fébrile (taux non disponible, p = 0,03), la thrombocytopénie (taux non disponible, p < 0,00001) et l’anémie (taux non disponible, p = 0,01) [2].

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Pembrolizumab - chimiothérapie 

Mise à jour: 31 janvier 2024

L'ajout du pembrolizumab à la chimiothérapie néoadjuvante, et par la suite comme traitement adjuvant, est recommandé pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein RH- HER2- (triple négatif, TN) à haut risque de récidive (T1cN+ ou T2-4). L’étude de phase III KEYNOTE-522 a montré la supériorité du pembrolizumab combiné à la chimiothérapie néoadjuvante composée d’une taxane, d’une anthracycline et d’un sel de platine par rapport au placébo – chimiothérapie en termes de réponse pathologique complète (pCR). Le pembrolizumab a aussi permis de prolonger la survie sans récidive des patientes traitées avec cet agent en contextes néoadjuvant et adjuvant. Dans l’éventualité où une patiente recevrait le pembrolizumab comme traitement néoadjuvant seulement, son efficacité sur les paramètres à long terme n’est pas connue. La poursuite du traitement adjuvant, tel que réalisé dans l’étude, est donc recommandée [1, 2, 3]. 

Les principaux résultats de ces études sont exposés dans le tableau suivant. Le détail des études est présenté à la suite de celui-ci.

Le pembrolizumab en combinaison avec une chimiothérapie néoadjuvante, puis comme traitement adjuvant, est inscrit aux listes de médicaments pour le traitement du cancer du sein RH- HER2- (TN) T1cN+ ou T2-4 (tableau des médicaments).

Principaux résultats sur l’efficacité et l’innocuité de l’étude KEYNOTE-522

   Étude

Caractéristiques des patientes et traitements

pCR*

(A vs B)

  Survie sans évènement*
(A vs B)

Survie globale médiane  
(A vs B)

  EI liés au traitement
(A vs B)

KEYNOTE-522, Phase III

 

Schmid et coll., 2020, 2022, 2023 [1, 2, 3]

 

n = 1 174

Randomisation : 2 :1

Patientes :

Âge médian : 49 ans

Préménopausées : 56,1 %

Pop. caucasienne : 69 %

ECOG 0 : 86,8 %

Stade II : 75 %

Stade III : 25 %

N+ : 52 %

PD-L1+ : 82,9 %

 

Tx antérieurs :

Aucune

 

Groupes :
A) Pembro + CT1pembro (n = 784) 

B) Pembro + CT1pembro (n = 390)

Analyse intermédiaire

n = 401 vs 201

64,8 % vs 51,2 %

 

Δ = 13,6 %

(IC 95 % 5,4-21,8),

p < 0,0012

 

Population en ITT (suivi médian de 39,1 mois)

63,0 % vs 55,6 %

Δ = 7,4 %

Suivi médian: 39,1 mois

HR = 0,63 (IC 95 % 0,48-0,82), p < 0,0013

À 3 ans : 84,5 % vs 76,8 %

 

À 3 ans avec pRC4 :

HR = 0,73 (IC 95 % 0,39-1,36), p = nd

94,4 % vs 92,5 %

 

À 3 ans sans pRC4 :

HR = 0,70 (IC 95 % 0,52-0,95), p = nd

67,4 % vs 56,8 %

 

Suivi médian : 63,1 mois

HR = 0,63 (IC 95 % 0,49-0,81), p = nd

À 5 ans : 81,3 % vs 72,3 %

 

À 5 ans avec pRC4 :

92,2 % vs 88,2 %

 

À 5 ans sans pRC4 :

62,6 % vs 52,3 %

 

Suivi médian: 39,1 mois

Données immatures

HR = 0,72 (IC 95 % 0,51-1,02), p = nd

 

À 3 ans : 89,7 % vs 86,9 %

 

Suivi médian : 63,1 mois

nd

Grade 3 et + :
Global : 55,2 % vs 48,7 %
Diarrhée : 12,9 % vs 8,6 %
EPP : 13,1 % vs 9,1 %

AST : 4,5 % vs 0,5 %
ALT : 5,4 % vs 0,5 %.


Arrêt attribuable aux EI : 5,7 % vs 3,0 %

CT : chimiothérapie; EI : effets indésirables; ITT : intention de traiter; pRC : réponse pathologique complète au niveau du sein et des ganglions; NA : non atteint; N+ : ganglions a; Pembro. : pembrolizumab; Pop. : population; SG : survie globale; SSE : survie sans évènement.
1. La chimiothérapie néoadjuvante était composée de paclitaxel (P80 q1s) et carboplatine (CarboAUC5, q3s ou CarboAUC1,5, q1s) suivis de doxorubicine (ou épirubicine) et de cyclophosphamide (A60C600 ou E60C600, q3s);
2. Le résultat obtenu est statistiquement significatif selon le seuil prédéfini de signification de 0,003.
3. Le résultat obtenu est statistiquement significatif selon le seuil prédéfini de signification de 0,01034.
4. Analyse exploratoire planifiée.
* Coparamètres d’évaluation principaux. La SSE inclut une progression de la maladie empêchant la chirurgie, une récidive locale ou à distance, une seconde tumeur au foyer primaire ou un décès.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs

L’étude KEYNOTE-522 est un essai randomisé de phase III réalisé à double insu (assignation 2 : 1) qui a évalué l’efficacité et l’innocuité du pembrolizumab combiné à une chimiothérapie néoadjuvante puis en monothérapie comme traitement adjuvant [1]. Elle a été réalisée chez des patientes atteintes d’un cancer RH- HER2- (triple négatif, TN) (n = 1 174). Pour être admises, celles-ci devaient n’avoir jamais reçu de thérapie systémique pour le traitement du cancer du sein TN et présenter une tumeur mesurant entre 1 et 2 cm avec une atteinte ganglionnaire (T1cN1-2), ou une tumeur de plus de cm avec ou sans atteinte ganglionnaire (T2-4N0-2). Les patientes ont été incluses à l’étude sans égard au statut d’expression du PD-L1. La répartition aléatoire a été effectuée par stratification selon l’atteinte ganglionnaire, la taille de la tumeur et le schéma d'administration du carboplatine (toutes les 3 semaines ou toutes les semaines). Il n’était pas connu si les patientes étaient porteuses ou non d’une mutation d’un gène BRCA. Les patientes ont été randomisées pour recevoir 4 cycles de pembrolizumab (ou un placébo) en association avec le carboplatine (hebdomadairement ou aux 3 semaines) et le paclitaxel (hebdomadairement), suivis de 4 cycles de pembrolizumab (ou un placébo) en association avec une anthracycline (doxorubicine ou épirubicine) et de cyclophosphamide administrés aux 3 semaines. Les traitements étaient administrés jusqu’à la progression de la maladie empêchant la chirurgie définitive, jusqu’à la récidive durant la phase adjuvante ou jusqu’à l’apparition d’une toxicité inacceptable.

La réponse pathologique complète, évaluée lors de l’analyse intermédiaire réalisée sur un peu plus de la moitié de la population totale en intention de traiter (n = 602 sur 1 174, coparamètre d’évaluation principal), a été obtenue par une proportion significativement plus élevée de patientes recevant un traitement néoadjuvant composé de pembrolizumab - chimiothérapie comparativement à la chimiothérapie seule (64,8 % contre 51,2 %, Δ = 13,6 %, p < 0,001) [1]. Au suivi médian de 39,1 mois, la totalité des patientes en intention de traiter ont été incluses dans l’analyse de la réponse pathologique complète. Elle a été respectivement de 63,0 % contre 55,6 % (Δ = 7,4 %, p = nd). Par ailleurs, le risque d’évènements et de mortalité (coparamètre d’évaluation principal) a été réduit de 37 % avec le pembrolizumab comparativement au placébo (HR = 0,63 [IC 95 % 0,48 – 0,82], p < 0,001) [2], un avantage qui a été maintenu lors du suivi médian de 63,1 mois (HR = 0,63 [IC 95 % 0,49 – 0,81], p = nd) [3]. Une analyse exploratoire suggère que l’ampleur de l’avantage, en termes de survie sans évènement, serait plus importante chez les patientes qui n’ont pas obtenu une réponse pathologique complète (À 3 ans : Δ = 10,6 %; À 5 ans : Δ = 10,3 %) comparativement à celles qui l’ont obtenue (À 3 ans : Δ = 1,9 %; À 5 ans : Δ = 4,0 %). Il est à noter que l’efficacité du pembrolizumab a été indépendante de l’expression du PD-L1. Par ailleurs, les avantages du traitement adjuvant avec le pembrolizumab sur la survie sans évènement et la survie globale par rapport à ceux d’un traitement adjuvant avec la capécitabine ou l’olaparib sont inconnus.

Les effets secondaires de grade 3 ou plus liés aux traitements ont été légèrement plus fréquents chez les patientes du groupe qui avait reçu le pembrolizumab par rapport à ceux du groupe témoin (77,1 contre 73,3 %) [2]. Les plus communs ont été la neutropénie (34,5 contre 33,4 %) et l’anémie (18,0 contre 14,9 %). Une proportion de 27,7 % des patientes qui avaient reçu le pembrolizumab ont cessé le traitement en raison d’un effet indésirable, par rapport à 14,1 % de celles qui avaient reçu le placébo. La toxicité associée à l’ajout du pembrolizumab est principalement caractérisée par des effets indésirables médiés par l’immunité. Ceux de grade 3 ou plus sont survenus chez 12,9 % des patientes qui recevaient le pembrolizumab et ont mené à 2 décès dans ce groupe (embolie pulmonaire et encéphalite auto-immune). Les effets indésirables médiés par l’immunité ont été principalement des endocrinopathies et des réactions cutanées de faible grade pouvant être prises en charge par une interruption du traitement, l'administration de glucocorticoïdes ou une substitution hormonale. Au total, 4 décès liés aux effets indésirables ont été rapportés dans le groupe pembrolizumab (0,5 %) comparativement à 1 dans le groupe placébo (0,3 %).

Consensus d’experts et guides de pratique

Protocoles de chimiothérapie pour le traitement néoadjuvant d’un cancer du sein de stade peu avancé RH- HER2-

Guides

Recommandations

NCCN V1.2024 [4]

De manière générale, les protocoles de CT recommandés en adjuvant peuvent être considérés comme traitement néoadjuvant.

La totalité de la CT devrait être administrée selon un schéma préopératoire lorsqu’une approche néoadjuvante est retenue. Il est acceptable d’inverser la séquence de traitement anthracycline – taxane.

Les protocoles recommandés sont de catégorie 2A lorsqu’il sont administrés comme traitement néoadjuvant (sauf indication contraire).

 

Les protocoles de CT néoadjuvante recommandés si le statut HER2- sont (adjuvant ou néoadjuvant):

  • dose dense A60C600 – P175 : doxorubicine + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivis (ou précédés) du paclitaxel q2s x 4 cycles*;
  • dose dense A60C600 – P80 : doxorubicine + cyclophosphamide q2s x 4 cycles* suivis (ou précédés) du paclitaxel q1s x 12 cycles;
  • T75C600 : docétaxel + cyclophosphamide q3s x 4 à 6 cycles*;

Cancer TN à haut risque (néoadjuvant) :

  • P80CarboAUC1,5 + pembrolizumab - A60C600 (ou E90C600) + pembrolizumab :  paclitaxel (J1, 8 et 15) + carboplatine (J1, 8 et 15) + pembrolizumab q3s x 4 cycles suivis de cyclophosphamide + doxorubicine ou épirubicine q3s x 4 cycles.
  • P80CarboAUC5 + pembrolizumab - A60C600 (ou E90C600) + pembrolizumab :  paclitaxel (J1, 8 et 15) + carboplatine (J1) + pembrolizumab q3s x 4 cycles suivis de cyclophosphamide + doxorubicine ou épirubicine q3s x 4 cycles.
  • Poursuivre le pembrolizumab comme traitement adjuvant (q3s x 4 cycles).

Autres protocoles recommandés :

  • A60C600 – T100 : doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivis de docétaxel q3s x 4 cycles;
  •  E100C830 : épirubicine + cyclophosphamide q3s x 8 cycles;
  •  T75A50C500 : docétaxel + doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 6 cycles*.

Cancer TN seulement:

  • P80CarboAUC 5-6 : paclitaxel q1s x 12 cycles + carboplatine q3s x 4 cycles (traitement néoadjuvant seulement);
  • P80CarboAUC 1,5-2 : paclitaxel q1s x 12 cycles + carboplatine q4s x 6 cycles;
  • T75CarboAUC 6 : docétaxel + carboplatine q3s x 4 à 6 cycles*

Utiles en certaines circonstances :

  • dose dense A60C600 : doxorubicine + cyclophosphamide q2s x 4 cycles*;
  • A60C600 : doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 4 cycles (catégorie 2B);
  • C100M40F600 : cyclophosphamide + méthotrexane + 5-fluorouracil q4s x 6 cycles;
  • C600M40F600 : cyclophosphamide + méthotrexane + 5-fluorouracil q3s x 8 cycles;
  • A60C600 – P80 : doxorubicine + cyclophosphamide q3s x 4 cycles suivis de paclitaxel q1s x 12 cycles.

ESMO 2023 [5]

Cancer RH- HER2-

  • Une approche néoadjuvante est l’option privilégiée pour les patientes atteintes d’une tumeur cT1c-T4 ou N+;
  • Les protocoles de CT offerts en néoadjuvant sont les mêmes que ceux offerts pour une approche adjuvante, à l’exception du pembrolizumab.
  • La CT devrait être administrée pour 12 à 24 semaines (4-8 cycles) selon le stade de la maladie, le type de régime choisi, et ce indépendamment de l’administration d’un inhibiteur de point de contrôle (I, A).
  • L’administration de la CT selon un schéma dose dense (en concomitance avec du G-CSF) devrait être envisagée, considérant ses avantages par rapport à un schéma non dose dense (I, A).
  • Les patientes porteuses d’une mutation germinale BRCA 1/2 répondent très bien aux CT standards composées d’une anthracycline – taxane, peu importe l’ajout ou non d’un sel de platine.
  • Une CT à base d’anthracycline suivie d’une taxane ou d’une taxane - carboplatine (ou vice versa), administrée séquentiellement, est recommandée pour la vaste majorité des patientes (I, A).
  • En présence d’une contre-indication aux anthracyclines, 6 cycles d’une CT à base d’une taxane (par ex. docétaxel / cyclophosphamide) ou la combinaison du carboplatine / taxane peuvent être administrés (II, B). L’ajout d’un carboplatine augmente les chances de pCR et prolonge la survie sans évènement, mais son impact sur la survie globale est incertain.
  • Pour les patientes avec une maladie TN de stade II ou III, le pembrolizumab devrait être ajouté à la CT composée d’une taxane – carboplatine suivi par le AC ou EC (I, A).

NICE 2023 [6, 7]

  • Pour les personnes atteintes d’un cancer du sein invasif triple négatif, un régime de CT néoadjuvant qui contient à la fois un sel de platine et une anthracycline doit être envisagé. 
  • Les avantages et des risques de l’ajout d’un sel de platine à un régime de CT néoadjuvant contenant de l’anthracycline, doivent être discutés avec le patient, en particulier du au risque de toxicité accrue.
  • Le pembrolizumab est recommandé, dans le cadre de son autorisation de mise sur le marché, comme une option en ajout à la CT néoadjuvante, puis seul comme traitement adjuvant pour les adultes atteints d’un cancer triple négatif précoce à risque élevé de récidive ou pour un cancer du sein localement avancé.

St Gallen 2023 [8]

  • La thérapie néoadjuvante est l’approche standard pour traiter les patients atteints d’un cancer triple négatif de stade II et III.
  • Sur la base d’études récentes montrant une réduction du risque de récidive avec l’administration d’un régime de CT qui inclue un carboplatine en plus d’une anthracycline, d’une taxane et d’un agent alkylant, les panélistes recommandent l’inclusion du carboplatine dans la CT néoadjuvante pour le traitement des cancers triples négatifs de stade II ou III, que le pembrolizumab soit administré ou non.
  • Pour les stade II-III, le régime préféré en néoadjuvant est composé d’une taxane, d’un carboplatine, d’une anthracycline et de cyclophosphamine (+ pembrolizimab pour les stades II cT2N0 et les stades III).
  • Si le pembrolizumab n’est pas disponible, une CT à base d’anthracycline (4 cycles de AC ou EC administré sur 8 à 12 semaines) suivie d’une taxane (4 cycles de 8-12 semaines) ou une taxance – carboplatine suivie d’une CT à bas d’anthracycline est recommandée.
  • Le bénéfice de l’ajout d’un sel de platine est indépendant de la présence ou non d’une mutation BRCA 1/2.
  • La CT néoadjuvante dose dense à base d’anthracycline et de taxane est recommandée. Le régime dose dense typique consiste en une thérapie accélérée à base d’anthracycline et d’un agent alkylant suivis d’un traitement à base de taxane toutes les semaines ou accéléré.

ASCO 2021 [9], 2022 [10]

AC : doxorubicine / cyclophosphamide; CT : chimiothérapie; DC : docétaxel et cyclophosphamide; EC : épirubicine / cyclophosphamide; P : paclitaxel; pCR : réponse pathologique complète; T : docétaxel; TN : triple ngatif.

* Une G-CSF doit être utilisée en prophylaxie primaire lorsqu’un protocole dose-dense est utilisé.

 

Références
1.

Schmid P, et al. Pembrolizumab for Early Triple-Negative Breast Cancer. New England Journal of Medicine 2020; 382(9): 810-821.

2.

Schmid P, et al. Event-free Survival with Pembrolizumab in Early Triple-Negative Breast Cancer. New England Journal of Medicine 2022; 386(6): 556-567.

3.

Schmid P, et al. LBA18 Pembrolizumab or placebo plus chemotherapy followed by pembrolizumab or placebo for early-stage TNBC: Updated EFS results from the phase III KEYNOTE-522 study. Annals of Oncology 2023; 34: S1257.

4.

National Comprehensive Cancer Network, NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology - Breast Cancer, V1.2024. p. 256.

5.

Loibl S, et al. Early breast cancer: ESMO Clinical Practice Guideline for diagnosis, treatment and follow-up. Annals of Oncology.

6.

(NICE) NIfHaCE, Early and locally advanced breast cancer: diagnosis and management (NG101), 2018 (mise à jour en juin 2023): https://www.nice.org.uk/guidance/ng101/resources/early-and-locally-advanced-breast-cancer-diagnosis-and-management-pdf-66141532913605. p. 83.

7.

NICE), Pembrolizumab for neoadjuvant and adjuvant treatment of triplenegative early or locally advanced breast cancer, 2022: https://www.nice.org.uk/guidance/ta851/resources/pembrolizumab-for-neoadjuvant-and-adjuvant-treatment-of-triplenegative-early-or-locally-advanced-breast-cancer-pdf-82613547180997. p. 21.

8.

Balic M, et al. St. Gallen/Vienna 2023: Optimization of Treatment for Patients with Primary Breast Cancer – A Brief Summary of the Consensus Discussion. Breast Care 2023; 18(3): 213-222.

9.

Korde LA, et al. Neoadjuvant Chemotherapy, Endocrine Therapy, and Targeted Therapy for Breast Cancer: ASCO Guideline. J Clin Oncol 2021: JCO2003399.

10.

Korde LA, et al. Use of Immune Checkpoint Inhibitor Pembrolizumab in the Treatment of High-Risk, Early-Stage Triple-Negative Breast Cancer: ASCO Guideline Rapid Recommendation Update. Journal of Clinical Oncology 2022; 40(15): 1696-1698.

3.4.5 Réponse à la chimiothérapie néoadjuvante

Systèmes de classification
La réponse à un traitement néoadjuvant est employée pour estimer le pronostic de la maladie et orienter le choix des thérapies subséquentes [1]. Cette réponse est variable et comprend un large éventail de changements morphologiques qui peuvent affecter la tumeur primaire et les ganglions axillaires : réponse pathologique complète (pRC), régression partielle, absence de réponse ou progression tumorale durant le traitement. Différents systèmes de classification ont été développés pour évaluer la réponse au traitement (voir tableau ci-dessous). La comparaison de ces systèmes révèle une hétérogénéité considérable dans la définition de la pRC et la quantification de la maladie résiduelle.

Principaux systèmes de classification pour l'évaluation pathologique de la réponse à un traitement systémique néoadjuvant

 

Score

Interprétation

Chevallier [2]

1 (pRC)

Absence de maladie résiduelle dans le sein et les gg axillaires

2

CCIS; aucun composant invasif dans le sein et les gg axillaires

3

Composant invasif résiduel dans le sein et/ou les gg axillaires; altérations stromales (sclérose/fibrose)

4

Aucun/peu de changements de l’apparence tumorale

CPS + EG1 [3,4]

0-6

Score obtenu par le cumul de points associés à chacun des 4 critères définis

CTNeoBC [5]

pRC

Absence de cancer invasif dans le sein et les gg axillaires (ypT0 ypN0);
compatible avec la présence de CCIS (ypT0/Tis ypN0)

Non pRC

Tout ce qui est exclu de la catégorie pRC

Japanese Breast Cancer Society (JBCS)2 [6]

0

Aucune réponse; presque aucun changement dans les cellules tumorales

1a

Faible réponse; changements légers et/ou marqués mais dans < 1/3 des cellules tumorales

1b

Réponse modérée; changements marqués dans ≥ 1/3 mais < 2/3 des cellules tumorales

2a

Réponse marquée; changements marqués dans ≥ 2/3 des cellules tumorales

2b

Réponse très marquée; changements marqués approchant une pRC

3 (pRC)

Réponse complète; absence de cellules tumorales

Miller-Payne [7]

1

Aucune changement/légère altération des cellules tumorales; aucune réduction de la cellularité tumorale

2

Perte mineure de cellules tumorales (≤ 30 %); cellularité tumorale élevée

3

Réduction 30-90 % des cellules tumorales

4

Perte > 90 % cellules tumorales; persistance de petits foyers ou de cellules tumorales isolées

5 (pRC)

Aucun composant invasif; CCIS peut-être présent.

Neo-Bioscore3 [8]

0-7

Version modifiée du système CPS + EG
Score obtenu par le cumul de points associés à chacun des 5 critères définis

NSABP-B18 [9]

pRC

Absence de cellules tumorales invasives

pINV

Présence de cellules tumorales invasives

Residual Cancer Burden (RCB)4 [10,11]

0 (pRC)

RCB = 0 : absence de maladie résiduelle dans le sein et les gg axillaires

I

RCB  1,36 : maladie résiduelle minimale

II

RCB = 1,37-3,28 : maladie résiduelle modérée

III

RCB > 3,28 : maladie résiduelle considérable

Residual Disease in Breast and Nodes (RDBN)5 [12]

1 (pRC)

Index = 0 : absence de maladie résiduelle dans le sein et les gg axillaires

2

Index = 0,1-2,9 : maladie résiduelle

3

Index = 3,0-4,3 : maladie résiduelle

4

Index ≥ 4,4 : maladie résiduelle

Sataloff_Tumeur [13]

T-A (pRC)

Effet thérapeutique total/quasi-total

T-B

Effet thérapeutique > 50 % mais < total/quasi total

T-C

Effet thérapeutique < 50 % mais visible

T-D

Aucun effet thérapeutique

Sataloff_Ganglions [13]

N-A (pRC)

Aucune métastase gg; effet thérapeutique visible

N-B

Aucune métastase gg; aucun effet thérapeutique

N-C

Métastases gg présentes; effet thérapeutique visible

N-D

Métastases gg présentes; aucun effet thérapeutique

CCIS : carcinome canalaire in situ; CTNeoBC : Collaborative Trials in Neoadjuvant Breast Cancer; gg : ganglion; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; pRC : réponse pathologique complète.
Les systèmes de classification en caractères gras incorporent le statut des gg axillaires dans l'évaluation de la réponse.
1. Les critères considérés incluent : les stades clinique (au bilan initial) et pathologique (après traitement) selon les critères de l'AJCC; l’expression des récepteurs œstrogéniques et le grade Nottingham (ou Black dans la version originale du système) évalués sur le spécimen biopsique.
2.Version révisée, 2007.
3. Les critères considérés incluent : les stades clinique (au bilan initial) et pathologique (après traitement) selon les critères de l'AJCC; l’expression des récepteurs oestrogéniques, le statut HER2 et le grade Nottingham (ou Black dans la version originale du système) évalués sur le spécimen biopsique.
4. Les critères considérés incluent : les dimensions et la cellularité de la tumeur résiduelle, la proportion de CCIS, le nombre de gg+ et le diamètre du gg+ le plus gros.
5. Les critères considérés incluent : le diamètre et le grade Scarff-Bloom-Richardson de la tumeur résiduelle ainsi que le nombre de gg+.

Définition de la pRC
La Food and Drug Administration (FDA) définit la pRC par l'absence de cancer infiltrant dans le spécimen mammaire réséqué ainsi que dans tous les ganglions lymphatiques régionaux prélevés (ypT0 ypN0). La persistance d'un composant in situ (ypT0/Tis ypN0) est également admise dans cette description [5, 14]. Des recommandations publiées par d’autres groupes d’experts sont en accord avec la définition présentée par la FDA [15-17]. Le taux de pRC varie selon le sous-type moléculaire de la tumeur et le traitement reçu [5, 18, 19]. Une meilleure association entre la pRC et la survie (survie globale, survie sans événement et survie sans maladie) est observée pour les tumeurs HER2+ (non luminales), triple négatives et RH+/HER2- de grade 3 (voir tableau ci-dessous).

Taux de pRC et impact sur la survie selon le sous-type moléculaire de la tumeur

Patientes

Cortazar et coll., 2014 [5]

von Minckwitz et coll., 2012 [18]

Nombre de cas, n

pRC
(ypT0/Tis ypN0) %

Survie globale1
HR (IC 95 %)

Survie sans événement1
HR (IC 95 %)

Nombre de cas, n

pRC
(ypT0 ypN0)
%

Survie globale2
HR (IC 95 %)

Survie sans maladie2
HR (IC 95 %)

Toutes

11 955

18

0,36 (0,31-0,42)

0,48 (0,43-0,54)

6 377

15,0

nd

nd

RH+/HER2-, grades 1-2

RH+/HER2-, grade 3

RH+/HER2+, avec H

RH+/HER2+, sans H

RH-/HER2+, avec H

RH-/HER2+, sans H

RH-/HER2-

 

 

 

5 694

7,5

0,47 (0,21-1,07)

0,63 (0,38-1,04)

4 193

6,4

1,16 (0,47-2,85)

1,305 (0,71-2,39)

16,2

0,29 (0,13-0,65)

0,27 (0,14-0,50)

11,2

5,13 (0,70-37,43)

5,950 (1,46-24,25)

30,9

0,56 (0,23-1,37)

0,58 (0,42-0,82)

22,2

29,72 (0,63- >1 000)

1,227 (0,63-2,37)

18,3

0,57 (0,31-1,04)

11,9

0,94 (0,37-2,41)

1,180 (0,59-2,36)

50,3

0,08 (0,03-0,22)

0,25 (0,18-0,34)

32,9

13,80 (1,87-102)

8,738 (3,17-24,12)

30,2

0,29 (0,17-0,50)

27,6

4,91 (1,75-13,77)

3,953 (1,89-8,28)

33,6

0,16 (0,11-0,25)

0,24 (0,18-0,33)

31,0

12,41 (5,82-26,49)

6,020 (3,92-9,25)

HER2 : human epidermal growth factor receptor 2; HR : hazard ratio; IC : intervalle de confiance; nd : non disponible; RH : récepteurs hormonaux; pRC : réponse pathologique complète; H : trastuzumab.
1.
Comparaison de la survie chez les patientes avec pRC vs sans pRC.
2.
Comparaison de la survie chez les patientes sans pRC vs avec pRC.
Les résultats en caractère gras sont statistiquement significatifs.

Valeur pronostique des différents systèmes de classification
Quelques études, toutes rétrospectives, ont comparé la valeur pronostique de différents systèmes de classification [20-24]. La corrélation entre le sous-groupe attribué par chaque système et la survie a été évaluée en comparant les courbes de survie Kaplan-Meier de chaque sous-groupe (premier tableau). Deux études ont spécifiquement examiné la valeur pronostique des systèmes en fonction du sous-type moléculaire défini par IHC/FISH (deuxième tableau) [23, 24]. Tous les systèmes comparés dans ces deux études ont permis la stratification des tumeurs triple négatives dans des sous-groupes au pronostic distinct. Pour les autres sous-types moléculaires, l’ensemble des résultats obtenus semble suggérer la supériorité des systèmes RCB et RDBN. Il faut cependant demeurer prudent dans l’interprétation de la valeur pronostique de ces systèmes en raison de la courte durée du suivi, du nombre limité de patientes incluses dans certaines catégories et du nombre restreint d’événements enregistrés.

Études qui ont comparé la valeur pronostique de différents systèmes de classification

Études et caractéristiques

Décès, n (%)
Récidive, n (%)

Issue

Corrélation
classes/survie1 (p)

Choi et coll., 2016 [24]
Suivi moyen = 44,1 mois (0,4-134,4)
n = 485

62 (13 %)
134 (28 %)

SG; SSMD

RCB (< 0,001; < 0,001)
RDBN (< 0,001; < 0,001)
CPS + EG (< 0,001; < 0,001)
Sataloff_T (< 0,001; < 0,001)
Sataloff­_N (0,004; < 0,001)
MP (0,001; < 0,001)
Chevallier (0,005; < 0,001)
NSABP-B18 (0,044; < 0,001)

Corben et coll., 2013 [22]
Suivi médian = 93 (nd)
n = 62

13 (21 %)
18 (29 %)

SSMD

RCB (0,11)
RDBN (0,007)
Sataloff_T (0,17)
Sataloff_N (0,04)
MP (0,36)
NSABP-B18 (0,99)

Shien et coll., 2009 [21]
Suivi médian = 45 (4-104)
n = 370

42 (11 %)
95 (26 %)

SSM

Chevallier (0,16)
NSABP-B18 (0,067)
JBCS (0,525)

Penault-Llorca et coll., 2008 [20]
Suivi médian = 108 (24-288)
n = 656

nd

SG; SSM

Chevallier 1 vs 2+3+4 (0,0092; 0,019)
Chevallier 1+2 vs 3+4 (0,002; 0,0041)
Chevallier 1+2+3 vs 4 (0,073; 0,0095)
Chevallier 1 vs 2 (0,34; 0,91)
Sataloff_T A vs B+C+D (0,0046; 0,0056)
Sataloff_T A+B+C vs D (0,0030; 0,0096)
Sataloff_N A+B vs C+D (0,00023; 0,00019)

JBCS : Japanese Breast Cancer Society; MP : Miller-Payne; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; nd : non disponible; RCB : Residual Cancer Burden; RDBN : Residual Disease in Breast and Nodes; SG : survie globale; SSM : survie sans maladie; SSMD : survie sans maladie à distance.
1. Association entre le résultat obtenu par le système de classification indiqué et la survie (estimée par la courbe Kaplan-Meier).
Les valeurs en caractère gras sont statistiquement significatives.

Études qui ont comparé la valeur pronostique de différents systèmes de classification selon le sous-type moléculaire de la tumeur

Études et caractéristiques

Décès, n (%)
Récidive, n (%)

Issue

Sous-type moléculaire

Corrélation
classes/survie1 (p)

Choi et coll., 2016 [24]
Suivi moyen = 44,1 mois (0,4-134,4)
n = 485

62 (13 %)
134 (28 %)

SG; SSMD

Luminal A
n = 160

RCB (0,045; 0,014)
RDBN (0,169; < 0,001)
CPS + EG (0,065; 0,004)
Sataloff_T (0,024; 0,167)
Sataloff­_N (0,337; 0,216)
MP (0,067; 0,079)
Chevallier (0,198; 0,386)
NSABP-B18 (0,450; 0,177)

Luminal B
n = 93

RCB (0,049; 0,001)
RDBN (0,253; < 0,001)
CPS + EG (0,643; 0,059)
Sataloff_T (0,501; 0,047)
Sataloff­_N (0,291; 0,005)
MP (0,787; 0,097)
Chevallier (0,221; 0,039)
NSABP-B18 (0,383; 0,696)

HER2+
n = 77

RCB (0,004; 0,007)
RDBN (0,038; 0,049)
CPS + EG (0,001; < 0,001)
Sataloff_T (0,232; 0,003)
Sataloff­_N (0,085; 0,297)
MP (0,240; 0,004)
Chevallier (0,271; 0,437)
NSABP-B18 (0,137; 0,081)

Triple négatif
n = 155

RCB (< 0,001; < 0,001)
RDBN (< 0,001; < 0,001)
CPS + EG (< 0,001; < 0,001)
Sataloff_T (0,001; < 0,001)
Sataloff­_N (0,001; < 0,001)
MP (< 0,001; < 0,001)
Chevallier (< 0,001; < 0,001)
NSABP-B18 (< 0,001; < 0,001)

Lee et coll., 2015 [23]
Suivi médian = 37,2 (nd)
n = 5942

nd

SSM

HR+/HER2-
n = 273

RCB (0,005)
RDBN (< 0,001)
Sataloff_T (0,190)
MP (0,123)

HR+/HER2+
n = 74

RCB (0,054)
RDBN (0,031)
Sataloff_T (< 0,001)
MP (< 0,001)

HR-/HER2+
n = 89

RCB (0,221)
RDBN (0,064)
Sataloff_T (0,104)
MP (0,016)

Triple négatif
n = 158

RCB (< 0,001)
RDBN (< 0,001)
Sataloff_T (< 0,001)
MP (< 0,001)

MP : Miller-Payne; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; nd : non disponible; RCB : Residual Cancer Burden; RDBN : Residual Disease in Breast and Nodes; SG : survie globale; SSM : survie sans maladie; SSMD : survie sans maladie à distance.
1. Association entre le résultat obtenu par le système indiqué et la survie (estimée par la courbe Kaplan-Meier).
2. 588 patients; 594 spécimens comprenant 6 cas de cancer bilatéral.
Les valeurs en caractère gras sont statistiquement significatives.

Critères qui peuvent orienter le choix d’un système de classification
Le statut des ganglions axillaires après un traitement néoadjuvant est reconnu comme un important facteur pronostique; le nombre de ganglions atteints est inversement proportionnel à la survie globale, autant chez les patientes dont la tumeur primaire présente une pRC que chez celles dont la maladie persiste après traitement [25]. Pour cette raison, certains auteurs ont suggéré que les systèmes de classification qui ont intégré le statut ganglionnaire dans l’évaluation de la réponse thérapeutique (systèmes en caractère gras dans le tableau) pourraient comporter une valeur pronostique supérieure en comparaison avec les systèmes dont les variables se rapportent uniquement à la tumeur primaire [1, 21, 22, 24].
La majorité des carcinomes infiltrants traités dans un contexte néoadjuvant produisent une réponse pathologique partielle après laquelle persistent divers degrés de maladie résiduelle [5, 18]. Pour ces patientes qui n’obtiennent pas de pRC, le risque de récidive et de mortalité augmente avec la charge de la maladie résiduelle telle que définie par le stade pathologique (AJCC) après traitement [18, 26]. Il est donc utile de souligner que les systèmes binaires (comme CTNeoBC et NSABP-B18) ne tiennent pas compte de ces différences pronostiques car ils regroupent au sein d’une même catégorie toutes les patientes qui n’ont pas obtenu de pRC.
Enfin, les systèmes Sataloff et Miller-Payne évaluent la réponse au traitement en comparant les spécimens prélevés avant (biopsie) et après (résection chirurgicale) le traitement néoadjuvant [7, 13]. Cette approche comparative comporte certains désavantages, puisque les coupes du spécimen biopsique ne sont pas toujours disponibles au moment de l’analyse de la pièce chirurgicale. De plus, le spécimen biopsique n’est pas nécessairement représentatif de l'ensemble de la tumeur.

Consensus d’experts et guides de pratique
Un groupe de travail international multidisciplinaire a élaboré des lignes directrices dans le but d'uniformiser l'évaluation de la réponse à un traitement néoadjuvant dans les cas de cancer du sein [17, 27]. Ce groupe suggère l’utilisation du système de classification RCB pour la quantification de la maladie résiduelle. Les recommandations sont principalement destinées à une utilisation dans le cadre d’études cliniques, mais les auteurs encouragent leur application dans la pratique courante afin de favoriser la standardisation de la procédure. Le RCB est également le système de classification privilégié par l’ESMO pour quantifier la maladie résiduelle dans les études cliniques [28].

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3.5 Chirurgie

3.5.1 Repérage peropératoire

3.5.2 Repères métalliques (à venir)

3.5.3 Chirurgie du primaire, révision chirurgicale et largeur des marges

3.5.3.1 Carcinome canalaire in situ (CCIS)

3.5.3.2 Carcinome lobulaire in situ (CLIS) pléomorphique

3.5.4 Prise en charge de l’aisselle

3.5.4.1 Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement

3.5.4.2 Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant

3.5.4.3 Chez les cas de récidive locale (cN0) avec antécédent de stadification axillaire (ggS ou curage axillaire)

3.5.4.4 Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus)

3.5.4.5 Pertinence de l’examen peropératoire des ganglions sentinelle

3.5.5 Mastectomie prophylactique controlatérale

3.5.5.1 Mastectomie prophylactique chez les patientes âgées de moins de 35 ans

3.5.5.2 Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une histoire familiale positive

3.5.5.3 Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une mutation génétique

3.5.5.4 Mastectomie prophylactique et complexe aréolo-mamelonnaire

3.5.6 Reconstruction mammaire

3.5.6.1 Chirurgie de reconstruction contre chirurgie oncologique

3.5.6.2 Reconstruction en situation d’une radiothérapie/chimiothérapie en soins postopératoires

 3.5.6.3 Temps optimal pour une reconstruction à la suite d’une radiothérapie

 3.5.6.4 Tabagisme actif et reconstruction

3.5.7 Indications de chirurgie pour une histologie particulière

3.5.1 Repérage peropératoire

Utilisation de la bille radioactive pour la localisation préopératoire de tumeurs mammaires non palpables

La chirurgie visant l’exérèse d’une tumeur non palpable requiert une étape préopératoire de localisation de cette tumeur par un radiologiste qui insère un repère au site tumoral. Le harpon, repère en forme de crochet muni d’un fil métallique, constitue la modalité de référence, bien que plusieurs inconvénients aient été associés à son utilisation. Sur le plan de l’efficacité, les taux de marge positive sont souvent critiqués dans les études, où ils sont jugés élevés. Le harpon risque aussi de se déplacer, ce qui requiert de l’installer le matin même de la chirurgie. La coordination nécessaire des équipes de radiologie et de chirurgie alourdit la planification des horaires.

À la demande du Programme québécois de cancérologie du ministère de la Santé et des Services sociaux, l’efficacité, l’innocuité et l’aspect organisationnel de l’utilisation de la bille radioactive à l’iode 125 pour localiser les tumeurs mammaires non palpables lors d’une chirurgie mammaire conservatrice ont été évalués. Une évaluation des données scientifiques a été réalisée dans une note informative publiée par l’INESSS [1].

La localisation à la bille radioactive semble équivalente sinon supérieure à la localisation au harpon sur le plan de l’efficacité. Elle permet de localiser avec succès les tumeurs, tout en étant associée à des marges de résection négatives dans des proportions égales ou supérieures à celles obtenues à l’aide du harpon. Peu de complications attribuables à son utilisation ont été rapportées, et sa nature radioactive n’a pas entraîné de problème particulier. La gestion adéquate de la radiation assure une utilisation sécuritaire et un niveau d’exposition aux radiations des patientes et du personnel sous les normes canadiennes et internationales. Un avantage organisationnel fréquemment rapporté est la flexibilité observée dans la planification des horaires des équipes de radiologie et de chirurgie.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Utilisation de la bille radioactive pour la localisation préopératoire de tumeurs mammaires non palpables, INESSS, 2015 [1].

Référence
1.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Utilisation de la bille radioactive pour la localisation préopératoire de tumeurs mammaires non palpables. Note informative rédigée par Julie Lessard., 2015: Québec, Qc. p. 39p.

3.5.2 Repères métalliques

À venir

3.5.3 Chirurgie du primaire, révision chirurgicale et largeur des marges

Premièrement, une méta-analyse publiée en 2016 a montré que la largeur optimale de la marge négative d’un CCIS pour une chirurgie conservatrice du sein suivie d’une irradiation complète du sein est de 2 mm. La largeur optimale des marges négatives pour celles qui n’ont pas eu de traitement de radiothérapie est inconnue, mais devrait être d’au moins 2 mm. Les principaux résultats sont présentés ci-bas ainsi que les guides de pratique qui ont entériné ces recommandations. Finalement, onze études ont présenté des données concernant le surclassement du diagnostic, les marges chirurgicales et le risque de récidive locale pour les femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique. De plus, trois guides d’experts recommandent de traiter le CLIS pléomorphique comme un CCIS en termes de marges et de révisions chirurgicales.

Carcinome canalaire in situ (CCIS)

Marges et révisions chirurgicales

Consensus d’experts et guides de pratique

Carcinome lobulaire in situ (CLIS) pléomorphique

Taux de surclassement du diagnostic, marges chirurgicales et récidive locale

Limites des études

Consensus d’experts et guides de pratique

Carcinome canalaire in situ (CCIS)

Marges et révisions chirurgicales

Un comité pluridisciplinaire formé d’experts de la Society of Surgical Oncology (SSO), de l’American Society for Radiation Oncology (ASTRO) et de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) a formulé des recommandations en lien avec la définition des marges pour une chirurgie conservatrice du sein suivie d’une irradiation complète du sein pour le traitement du CCIS [1, 2, 3].

La largeur optimale de la marge négative a été définie à partir des résultats d’une méta-analyse publiée par Marinovich et coll., incluant 7 883 patientes atteintes d’un CCIS dont la largeur des marges de résection était connue [4]. La majorité des patientes (71 %) ont reçu une radiothérapie adjuvante du sein complet. La durée médiane du suivi a été de 78,3 mois. En raison de la présence d’hétérogénéité entre les études quant à la classification et la façon de rapporter les données relatives à la largeur des marges, deux approches analytiques ont été utilisées, soit une modélisation de probabilité fréquentiste (dite classique par méta-analyse logistique à effet aléatoire) et une modélisation bayésienne (qui permet de comparer plusieurs largeurs de marges par étude). Les résultats, présentés dans le tableau ci-dessous, indiquent qu’une marge négative de 2 mm réduit de façon significative le taux de récidive locale, en comparaison avec une marge > 0 ou de 1 mm (approche fréquentiste: OR = 0,51 [IC 95 % 0,31–0,85], p = 0,01). Une réduction du taux de récidive locale a également été observée avec des marges négatives de 3 ou 5 mm (OR = 0,42 [IC 95 % 0,18–0,97], p = 0,04). Toutefois, l’obtention de marges supérieures à 2 mm n’a pas permis de réduire davantage le taux de récidive locale car la comparaison des taux de récidive locale en fonction de la largeur des marges négatives (2, 3 ou 5 et 10 mm) n’a montré aucune différence significative (p > 0,40). Selon le même modèle, les probabilités de récidive locale à 10 ans ont été de 18,1 % (IC 95 % 11,7–26,7), 10,1 % (IC 95 % 6,3–16,0), 8,5 % (IC 95 % 3,6–18,9) et 11,7 % (IC 95 % 6,7–19,4) pour des marges négatives > 0 ou de 1 mm, de 2 mm, de 3 ou 5 mm et de 10 mm, respectivement. Les résultats obtenus avec l’approche bayésienne, bien que non significatifs, appuient la sélection d’une marge négative de 2 mm comme largeur optimale. Une analyse de sensibilité pour chaque approche, incluant uniquement les cohortes ayant reçu une radiothérapie adjuvante du sein complet, a produit des résultats comparables à ceux de l’ensemble des patientes.

Effets de la largeur de la marge négative sur le taux de récidive locale.

Modélisation fréquentiste1

Modélisation bayésienne1

Largeur de la marge négative, en mm

Récidive locale
OR (IC 95 %), p

Comparaison par paires

Largeur de la marge négative, en mm

Récidive locale
OR moyen (CrI 95 %)2

Récidive locale
ROR (CrI 95 %)

> 0 ou 1 (n = 1 533)

référence

 

> 0 ou 1 (n = 2 230)

0,45 (0,32–0,61)

2 vs > 0 ou 1 mm: 0,72 (0,47–1,08)

10 vs 2 mm: 0,99 (0,61–1,64)

10 vs > 0 ou 1 mm: 0,71 (0,44–1,11)

2 (n = 4 902)

0,51 (0,31–0,85), p = 0,01

toutes
p > 0,40

2 (n = 2 412)

0,32 (0,21–0,48)

3 ou 5 (n = 470)

0,42 (0,18–0,97), p = 0,04

3 (n = 289)

0,30 (0,12–0,76)

10 (n = 978)

0,60 (0,33–1,08), p = 0,09

10 (n = 1 963)

0,32 (0,19–0,49)

IC : intervalle de confiance; CrI : intervalle de crédibilité (credible intervals) ; mm : millimètres; n : nombre de patientes; OR : rapport de cotes (odds ratio); ROR: relative odds ratio; vs: versus.
1. Tous les modèles ont été ajustés pour la durée du suivi spécifique à chaque étude primaire.
2. Contre marges positives.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’expert et guides de pratique

D’après les résultats de la méta-analyse de Marinovich et coll., les experts du SSO, de l’ASTRO et de l’ASCO ont formulé les recommandations suivantes pour les patientes atteintes d’un CCIS traitées avec une chirurgie conservatrice du sein et une radiothérapie adjuvante du sein complet [1, 2, 3]:

1) Des marges négatives d’au moins 2 mm sont associées à une réduction du risque de récidive ipsilatérale, en comparaison avec des marges négatives de largeur inférieure; niveau de preuve/force de la recommandation : modéré.

2) L’obtention de marges négatives supérieures à 2 mm comme pratique courante n’est pas appuyée par les données; niveau de preuve/force de la recommandation : élevé.

Les experts du SSO, de l’ASTRO et de l’ASCO précisent aussi que dans le cas d’une marge négative inférieure à 2 mm, la décision de procéder à une révision chirurgicale devrait se faire sur une base sélective en considérant le risque de récidive ipsilatérale, l’impact cosmétique d’une révision chirurgicale et l’espérance de vie globale de la patiente [1, 2, 3].

Les patientes atteintes d’un CCIS traitées avec une chirurgie conservatrice du sein sans radiothérapie n’ont pas été incluses dans la méta-analyse de Marinovich et coll. en raison d’un manque de données [4]. Pour ces patientes, les recommandations du SSO, de l’ASTRO et de l’ASCO ont été les suivantes [1, 2, 3] :

1) Un traitement par chirurgie conservatrice du sein, indépendamment de la largeur des marges négatives utilisées, sans radiothérapie, est associé à des taux substantiellement plus élevés de récidive ipsilatérale comparativement à une chirurgie conservatrice du sein avec radiothérapie du sein complet, et ce, même chez les patientes à faible risque; niveau de preuve/force de la recommandation : élevé.

2) La largeur optimale des marges négatives est inconnue actuellement mais devrait être d’au moins 2 mm; niveau de preuve/force de la recommandation : modéré.

Quelques preuves suggèrent des taux de récidive ipsilatérale diminués lors de l’utilisation de marges négatives supérieures à 2 mm chez les patientes atteintes d’un CCIS et traitées avec une chirurgie conservatrice du sein sans radiothérapie. Toutefois, en raison de l’hétérogénéité parmi les études, les experts précisent qu’aucune recommandation définitive ne peut être formulée pour une largeur de marge négative supérieure à 2 mm [1, 2, 3].

Ces recommandations ont été entérinées par les experts du NCCN (recommandation de catégrie 2A [27]) et par les membres du consensus international d’experts du St-Gall [28].

De plus, le St-Gall précise qu’une chirurgie conservatrice du sein suivie d’une radiothérapie demeure le traitement standard pour les patientes atteintes d’un CCIS. Des marges négatives d’au moins 2 mm sont suffisantes pour éviter une révision chirurgicale et qu’une ré-excision avec des marges négatives d’une largeur supérieure à 2 mm n’est pas recommandée [28].

Carcinome lobulaire in situ (CLIS) pléomorphique

Le carcinome lobulaire in situ (CLIS) pléomorphique est un variant rare du CLIS et montre certaines similitudes morphologiques et moléculaires avec le CCIS [7, 8]. De par son caractère agressif, la présence d’un CLIS pléomorphique est souvent interprétée comme un facteur de risque de progression de la maladie ou un précurseur de maladie infiltrante [7, 8]. Un diagnostic de CLIS pléomorphique peut être établi à partir d’une biopsie au trocart (core needle biopsy). Toutefois, c’est à la suite d’une évaluation histologique subséquente d’un spécimen excisé que sera confirmé le diagnostic initial. En raison d’une histologie similaire au CLIS et au CCIS, le diagnostic d’un CLIS pléomorphique peut aussi être révisé et surclassé en CCIS ou en carcinome infiltrant.

Taux de surclassement du diagnostic, marges chirurgicales et récidive locale

Onze études rétrospectives ont évalué les taux de surclassement, les marges chirurgicales et la récidive locale chez des patientes atteintes d’un CLIS pléomorphique [9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Neuf études ont rapporté le surclassement d’un CLIS pléomorphique diagnostiqué initialement après une biopsie au trocart [9, 10, 11, 13, 15, 16, 17, 18, 19]. Des taux globaux de surclassement qui combinent les CCIS et les carcinomes infiltrants allant de 25 % à 100 % ont été observés dans ces études. Quatre études ont montré une révision du diagnostic d’un CLIS pléomorphique pour un CCIS après une analyse du spécimen excisé [9, 11, 13, 16]. Les taux de surclassement en CCIS ont été de 10 %, 12 %, 17 % et 25 %. Neuf études ont montré une révision d’un CLIS pléomorphique pour un carcinome infiltrant (canalaire ou lobulaire) à la suite d’une excision [9, 10, 11, 13, 15, 16, 17, 18, 19]. Des taux de surclassement en carcinome infiltrant de 18 % jusqu’à 75 % ont été observés dans ces études.

Quatre études ont évalué la récidive locale à la suite d’une excision chirurgicale chez des patientes atteintes d’un CLIS pléomorphique [9, 11, 12, 14]. Après un suivi médian de 50 mois, Fasola et coll. n’ont observé aucune récidive locale chez des femmes avec un diagnostic de CLIS pléomorphique à la suite d’une excision chirurgicale (n = 11) [9]. Deux d’entre elles avaient un CLIS pléomorphique à la marge. De façon similaire, Flanagan et coll. n’ont observé aucune récidive locale dans une cohorte de femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique (n = 23) après un suivi moyen de 49 mois [11]. Quatorze de ces femmes (61 %) ont eu une excision à la marge et quatre (17 %) ont été traitées avec des marges chirurgicales négatives d’une largeur entre 1,2 et 2 mm. Chez les femmes dont le diagnostic de CLIS pléomorphique a été confirmé à la suite de l’excision (n = 12), quatre d’entre elles ont reçu un traitement adjuvant (radiothérapie, n = 1; hormonothérapie, n = 3) et aucune n’a reçu de chimiothérapie.

Khoury et coll. ont évalué la récidive locale dans une cohorte de femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique (n = 31) après un suivi médian de 55,6 mois [12]. Six de ces patientes (19 %) ont eu une récidive locale (4 carcinomes infiltrants et 2 CLIS pléomorphiques) et aucune d’entre elles n’avaient reçu de radiothérapie adjuvante. Trois patientes de la cohorte ont eu une radiothérapie et onze ont eu une hormonothérapie. Aucune récidive n’a été observée chez celles qui ont eu une radiothérapie et trois des femmes qui ont eu une hormonothérapie ont eu une récidive. De plus, cette étude a montré une corrélation entre la récidive locale et l’âge des patientes. L’âge moyen des patientes qui ont eu une récidive locale (n = 6) a été significativement inférieur comparativement à celles qui n’ont pas eu de récidive locale (n = 25) (52,5 ans [44−59] contre 60,6 ans [40−81], p = 0,03). Aucun détail sur les marges chirurgicales n’a été rapporté dans l’étude.

Downs-Kelly et coll. ont évalué la récidive locale dans une cohorte de femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique (n = 26) après un suivi médian de 46 mois [14]. Seize patientes de la cohorte ont eu un traitement adjuvant (radiothérapie, n = 4; chimiothérapie, n = 6, radiothérapie/chimiothérapie, n = 6) et dix n’ont eu aucun traitement adjuvant. Les largeurs de marges chirurgicales négatives rapportées dans l’étude ont été les suivantes : à la marge (n = 6, 23 %), inférieures à 1 mm (n = 7, 27 %), entre 1,1 et 2 mm (n = 4, 15 %) et supérieures ou égales à 2,1 mm (n = 9, 35 %). Une patiente (3,8 %) a eu une récidive locale d’un CLIS pléomorphique à la marge, 18 mois après la chirurgie initiale. Cette patiente avait eu une chimiothérapie, mais pas de radiothérapie.

Résumé des études qui ont évalué le taux de surclassement d’un carcinome lobulaire in situ pléomorphique et le risque de récidive local à la suite d’une excision chirurgicale

Étude

Devis et caractéristiques 1

Évaluation histologique à l’excision 2

Marges chirurgicales

Récidive locale

CLIS pléomorphique

CLIS classique

Surclassement du diagnostic 3

CCIS

Carcinome infiltrant 4

Global5

Fasola et coll. 2017 [9]
Suivi médian : 50 mois
Âge médian : 56 ans

Rétrospective
n = 20

13

1

2 (10 %)

4 (20 %)

30 %

nd

0 %

Guo et coll. 2017 [10]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : 62,3 ans (41−86)

Rétrospective
Atcd Fam. de CS. : 19/30 (63 %)
n = 34

10

nd

nd

24 (71 %)

71 %

nd

nd

Flanagan et coll. 2015 [11]
Suivi moyen : 49 mois (5−115)
Âge médian : 55 ans

Rétrospective
Atcd Fam. de CS. : 8/23 (35 %)
n = 23

12

0

4 (17 %)

7 (30 %)

47 %

À la marge : 14 (61 %)
1,2−2 mm : 4 (17 %)

0%

Khoury et coll. 2014 [12]
Suivi médian : 55,6 mois (1−112)
Âge médian : 59,5 ans (40−88)

Rétrospective
Atcd Fam. de CS. : 16/27 (59 %)
n = 31

nd

nd

nd

nd

nd

nd

6/31 (19 %)
(4 carcinomes infiltrants; 2 CLIS pléomorphiques)

Niell et coll. 2012 [13]
Suivi médian : nd
Âge médian : nd

Rétrospective
Atcd Pers. de CS. : 1/4 (25 %)
n = 4

0

0

1 (25 %)

3 (75 %)

100 %

nd

nd

Downs-Kelly et coll. 2011 [14]
Suivi moyen : 46 mois (4−108)
Âge moyen : 58 ans (35−76)

Rétrospective
n = 26

nd

nd

nd

nd

nd

À la marge : 6 (23 %)
< 1 mm : 7 (27 %)
1,1−2 mm : 4 (15 %)
≥ 2,1 mm : 9 (35 %)

 

1/26 (3,8 %)
(CLIS pléomorphique)

Carder et coll. 2010 [15]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : 63 ans (56−67)

Rétrospective
n = 10

6

1

0

3 (30 %)

30 %

nd

nd

Sullivan et coll. 2010 [16]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : 54,5 ans (41−70)

Rétrospective
Atcd Pers. de CS. : 4/5 (75 %)
n = 17

5

7

2 (12%)

3 (18 %)

30 %

nd

nd

Chivukula et coll. 2008 [17]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : 61,4 ans (45−77)

Rétrospective
n = 12

7

2

0

3 (25 %)

25 %

Négatives : 4 (33 %)

nd

Lavoué et coll. 2007 [18]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : nd (34−72)

Rétrospective
n = 10

2

5

0

3 (30 %)

30 %

nd

nd

Georgian−Smith et coll. 2001 [19]
Suivi moyen : nd
Âge moyen : 51 ans (35−76)

Rétrospective
n = 5

3

0

0

2 (40 %)

40 %

nd

nd

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; Atcd Pers. de CS : antécédents personnels de cancer du sein; CCIS : carcinome canalaire in situ; CLIS : carcinome lobulaire in situ; mm : millimètres; n : nombre de patientes : nd : non disponible.
1. Les patientes ont été incluses à partir d’un diagnostic de carcinome lobulaire in situ pléomorphique établi initialement à la suite d’une biopsie au trocart (core needle biopsy).
2. Le diagnostic établi à la suite d’une analyse histologique subséquente à partir d’un spécimen d’excision chirurgicale.
3. Le taux de surclassement des patientes (n et %) pour lesquelles le diagnostic initial de carcinome lobulaire in situ pléomorphique a été révisé pour un carcinome canalaire in situ ou un carcinome infiltrant.
4. Valeur combinée (n et %) pour les carcinomes infiltrants lobulaires et canalaires.
5. Valeur combinée (n et %) des taux de surclassement des carcinomes infiltrants et canalaires in situ.

Limites des études

Le CLIS pléomorphique est un variant rare du CLIS qui est peu étudié. Certaines limites sont présentes dans les études primaires dont leur nature rétrospective, des petites tailles d’échantillon, un manque de données concernant les caractéristiques cliniques et les traitements adjuvants reçus, les données de suivi (récidive locale et contro-latérale ou survie) ainsi que les détails chirurgicaux (largeurs des marges et taux de révision chirurgicale).

Les antécédents de cancer du sein des patientes atteintes de CLIS pléomorphique ont été peu détaillés dans les études et n’étaient pas indiqués comme un critère d’exclusion. Cinq études n’ont pas précisé les antécédents de cancer du sein des patientes à l’étude [9, 14, 15, 17, 19]. Deux études ont rapporté les antécédents familiaux de cancer du sein des femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique lors du diagnostic initial avec des taux de 35 % et 63 % dans les cohortes, sans toutefois spécifier pour celles avec un diagnostic d’un CLIS pléomorphique confirmé à l’excision [10, 11]. Deux autres études ont rapporté les antécédents personnels de cancer du sein des femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique avec des taux de 25 % (1 femme sur 4, au diagnostic initial) et de 75 % (4 femmes sur 5, au diagnostic confirmé) [13, 16]. Les antécédents personnels et familiaux de cancer du sein élevés dans ces cohortes de femmes pourraient surestimer le taux de surclassement de CLIS pléomorphique observé dans ces études. En effet, Khoury et coll. ont exclu de leur étude les femmes qui avaient un cancer du sein concomitant ou qui avaient eu des antécédents personnels de cancer du sein afin de ne pas introduire un biais de sélection de patientes plus à risque de développer une récidive locale [12].

Finalement, les études primaires retenues ont totalisé 192 patientes. La majorité des patientes semblent être des cas indépendants qui ne se recoupent pas, car les études ont été réalisées à partir de bases de données hospitalières différentes. Toutefois, l’étude de Flanagan et coll. (n = 23) pourrait inclure jusqu’à 5 patientes atteintes d’un CLIS pléomorphique qui ont été présentées dans l’étude de Georgian−Smith et coll. (n = 5) [11, 19]. En effet, ces deux études ont été menées rétrospectivement à partir des données du département de pathologie de l’Université de Washington, à Seattle (États-Unis) dont les périodes de recrutement se sont chevauchées sur une durée de 6 mois (Georgian-Smith et coll., de juillet 1999 à juillet 2000; Flanagan et coll., de janvier 2000 à août 2014).

Consensus d’expert et guides de pratique

Cinq guides d’experts ont évoqué le traitement d’un CLIS pléomorphique [27, 20, 21, 29, 23, 24, 25]. Deux de ces guides n’ont pas formulé de recommandation spécifique concernant le traitement d’un CLIS pléomorphique en raison d’un manque de données [27, 23, 24, 25]. Selon trois d’entre eux, un CLIS pléomorphique devrait être traité comme un CCIS [20, 21, 29]. De plus, aucune mention du CLIS pléomorphique n’est retrouvée dans les guides du Cancer Care Ontario, du comité d'experts de la conférence internationale de St-Gall, du Scottish Intercollegiate Guidelines Network (SIGN), Public Health England, et celui de l’Association of Breast Surgery (ABS).

Résumé des recommandations des consensus d’experts et guides de pratique concernant la révision et les marges chirurgicales pour un carcinome lobulaire in situ pléomorphique.

Guide de pratique

Recommandation

NCCN, 2017 [27]

− Une excision complète peut être considérée avec des marges négatives pour un CLIS pléomorphique. Toutefois, ceci pourrait résulter en un taux plus élevé de mastectomie chez ces patientes, sans preuve d’un bénéfice clinique significatif (recommandation de catégorie 2A).
− Les données concernant le traitement d’un CLIS pléomorphique sur les issues cliniques sont insuffisantes en raison d’une catégorisation histologique déficiente des sous–types de CLIS.
− Aucune donnée ne permet de statuer sur le bénéfice d’une radiothérapie pour traiter un CLIS pléomorphique.
− Aucune recommandation ne peut être formulée spécifiquement pour le traitement d’un CLIS pléomorphique.

Cancer Australia, 2016 [20]

− Un manque de données de suivi sur les issues cliniques persiste concernant l’évolution naturelle du CLIS pléomorphique.
− En raison d’une grande variété morphologique et moléculaire de la maladie, un CLIS pléomorphique devrait être traité comme un CCIS (recommandation non gradée).
− S’il y a présence d’un CLIS pléomorphique à la marge, une révision chirurgicale (ré-excision, large excision locale ou mastectomie) devrait être pratiquée (recommandation non gradée).
− Un traitement de radiothérapie adjuvante pourrait être considéré chez les femmes atteintes d’un CLIS pléomorphique (recommandation non gradée).

ASBS, 2016 [21]

Un CLIS pléomorphique devrait être traité comme un CCIS avec une excision complète des marges (recommandation non gradée).

ESMO, 2015 [29]

Un CLIS pléomorphique peut avoir des similitudes avec un CCIS et devrait être traité comme un CCIS à la suite d’une discussion pluridisciplinaire. Une radiothérapie peut être envisagée chez les patientes atteintes d’un CLIS pléomorphique (recommandations non gradées).

ASCO/ASTRO/SSO, 2014 [23, 24, 25]

− L’importance clinique d’un CLIS pléomorphique à la marge est incertaine en raison d’un manque de données.
− Aucune recommandation ne peut être formulée spécifiquement pour le traitement d’un CLIS pléomorphique.

ACR, 2014 [26]

Peu de preuve supporte l’utilisation de la radiothérapie comme pratique courante pour le traitement d’un CLIS pléomorphique.

ACR : American College of Radiology; ASBS : American Society of Breast Surgeons; ASCO : American Society of Clinical Oncology; ASTRO : American Society for Radiation Oncology; CCIS : carcinome canalaire in situ; CLIS : carcinome lobulaire in situ; ESMO : European Society for Medical Oncology; SSO : Society of Surgical Oncology.

Références
1.

Morrow M, Van Zee KJ, Solin LJ, Houssami N, Chavez-MacGregor M, Harris JR, et al. Society of Surgical Oncology-American Society for Radiation Oncology-American Society of Clinical Oncology Consensus Guideline on Margins for Breast-Conserving Surgery With Whole-Breast Irradiation in Ductal Carcinoma in Situ. Pract Radiat Oncol. 2016;6(5):287-95.

2.

Morrow M, Van Zee KJ, Solin LJ, Houssami N, Chavez-MacGregor M, Harris JR, et al. Society of Surgical Oncology-American Society for Radiation Oncology-American Society of Clinical Oncology Consensus Guideline on Margins for Breast-Conserving Surgery With Whole-Breast Irradiation in Ductal Carcinoma In Situ. J Clin Oncol. 2016;34(33):4040-6.

3.

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3.5.4 Prise en charge de l’aisselle

Comparativement à l’exérèse du ganglion sentinelle, le curage axillaire est associé à un risque plus élevé de morbidité, notamment de douleur au sein et au bras, de paresthésie, de lymphœdème, de restriction de mouvement du bras, de sérome, de neuropathies motrices et d’infections de la plaie [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9]. Le déclin de la qualité de vie est aussi plus grand à la suite d’un curage axillaire qu’après l’exérèse du ganglion sentinelle [3, 5, 6, 7, 9]. Au cours des vingt dernières années, plusieurs études ont été menées afin de définir quelles sont les situations cliniques permettant l’omission du curage axillaire sans compromettre l’efficacité de la chirurgie d’un point de vue oncologique. Cette section discute des résultats de ces études selon différents contextes cliniques.

 

3.5.4.1 Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement

3.5.4.2 Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant

3.5.4.3 Chez les cas de récidive locale (cN0) avec antécédent de stadification axillaire (ggS ou curage axillaire)

3.5.4.4 Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus)

3.5.4.5 Pertinence de l’examen peropératoire des ganglions sentinelle

3.5.4.1 Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement

L’exérèse du ganglion sentinelle est l’approche chirurgicale axillaire standard pour les cas de cancer du sein de stades cT1-3N0. À l’examen pathologique des ganglions réséqués, le curage axillaire peut être omis si aucune métastase n’est décelée. Chez les patientes atteintes d’un cancer du sein de stades cT1-2N0 qui présentent des métastases dans 1-2 ganglions sentinelles, le curage axillaire peut aussi être omis, sous certaines conditions (voir ci-dessous et la section Recommandations). L’omission du curage axillaire selon des critères élargis par rapport à ceux indiqués dans les recommandations n’est pas clairement appuyée par les données probantes actuelles ni par un consensus québécois. Puisqu’il s’agit d’omettre un standard de pratique, la prudence est de mise. Il est aussi à noter que la plupart des études sur lesquelles sont basées ces pratiques ont été menées selon des devis de non infériorité. Avec ce type de devis, les investigateurs acceptent que le traitement expérimental soit moins efficace que le traitement de référence, mais jusqu’à une certaine limite, qui est arbitrairement établie à priori; cette limite correspond au seuil de non infériorité. Ainsi, lorsqu’un traitement expérimental est déclaré statistiquement non inférieur à un traitement de référence, cela ne signifie pas qu’il soit équivalent à ce dernier, mais bien que le résultat obtenu avec l’intervention étudiée est supérieur à la limite inférieure jugée acceptable en vertu des avantages qu’elle offre par ailleurs.

Exérèse du ganglion sentinelle : absence de métastase
Exérèse du ganglion sentinelle : présence de métastase
Études en cours concernant le traitement axillaire lorsque la chirurgie est le premier traitement

Exérèse du ganglion sentinelle : absence de métastase

Chez les patientes atteintes d’un cancer infiltrant de stade clinique N0 et ne présentant aucune métastase dans le ganglion sentinelle, l’étude randomisée NSABP B-32 a montré que l’omission du curage axillaire ne compromet pas la survie globale par rapport au curage axillaire (à 5 ans, exérèse du ganglion sentinelle seule : 95,0 % contre exérèse du ganglion sentinelle + curage axillaire : 96,4 %; différence : 1,4 %; critère d’équivalence prédéfini : différence ≤ 2 %; n = 3 986) [10]. D’autres études randomisées plus petites ont corroboré ce constat. Bien que ces études n’ont pas été en mesure de démontrer la non infériorité statistique de l’exérèse du ganglion sentinelle seule par rapport au curage axillaire, le taux des paramètres d’évaluation principaux à 5 ans ou à 10 ans pour le groupe exérèse du ganglion sentinelle seule a été numériquement supérieur de 1,1 % à 4,7 % dans les études de Canavese et coll. et de Veronesi et coll. et numériquement inférieur de 2,3 % dans l’étude Sentinella/GIVOM [11, 12, 13].

Exérèse du ganglion sentinelle : présence de métastase

Études randomisées: Les études ACOSOG Z0011 (appelée Z0011 par la suite), IBCSG 23-01 et AMAROS ont montré que même en présence d’une atteinte axillaire décelée à l’examen du ganglion sentinelle, le curage axillaire pouvait être évité sans compromettre l’efficacité du traitement, sous certaines conditions [1, 14, 15, 16]. Un résumé des devis et des résultats de ces études est présenté dans les deux tableaux suivants (devis et résultats).

Résumé des devis des études randomisées ACOSOG Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS

Étude

Principaux critères d’admissibilité

Tx postopératoire reçu

Préopératoires

À l’examen du ggS

Comparaison de l’exérèse du ganglion sentinelle seule vs curage axillaire

Giuliano et coll. 2011 et 2016 [15, 16]

ACOSOG Z0011

n = 856

Recrutement : 1999-2004

·  Carcinome infiltrant unicentrique

·  Stade cT1-2 (≤ 5 cm)

·  Stade cN0 (non palpable)

·  Cx conservatrice sans TxNéo

·   Métastases dans 1-2 ggS

·   Micrométastases [ 2 mm] considérées comme [+] sauf si identifiées uniquement par IHC

·   Exclusion si envahissement extracapsulaire macroscopique

·   Exclusion si gg fixés

·   RT tangentielle sein complet (per protocole) 1

·   Tx systémique adjuvant (96 %)

Galimberti et coll. 2013 [1]

IBCSG 23-01

n = 934

Recrutement : 2001-2010

·  Carcinome infiltrant unicentrique

·  Stade cT1-2 (≤ 3 cm)

·  Stade cN0 (non palpable)

·  Cx conservatrice ou mastectomie totale (9 %) sans TxNéo

·    1 ggS avec micrométastases ou CTI [≤ 2 mm] (IHC utilisé)

·    Exclusion si envahissement extracapsulaire

·  RT si Cx conservatrice (98 %)

·  Tx systémique (96 %)

Amendement de 2006 (% ptes avec critère élargi)

·  Carcinome infiltrant multifocal ou multicentrique (n.d.)

·  Taille du primaire  5 cm (3-5 cm : 6 %)

Amendement de 2006 (% ptes avec critère élargi)

≥ 1 ggS avec micrométastases ou CTI [≤ 2 mm] (4 %)

–––

Comparaison de l’exérèse du ganglion sentinelle + RT régionale (3 niveaux axillaires et partie médiane de la fosse supraclaviculaire; 50 Gy en 25 fractions) vs curage axillaire (RT régionale permise si atteinte axillaire dans ≥ 4 ganglions)

Donker et coll. 2014

AMAROS [14]

n = 1 425

Recrutement : 2001-2010

·  Carcinome infiltrant unicentrique (bilatéral admis)

·  Stade T1-2 (0,5 à 3 cm)

·  Stade cN0 (non palpable)2

·  Cx conservatrice ou mastectomie totale (18 %) sans TxNéo

·  Métastases dans ≥ 1 ggS (> 2 ggS[+] : 5 %)

·  Micrométastases et CTI considérées comme [+] (IHC utilisé)

·  Extension extracapsulaire : cas non enregistrés; la conduite des chirurgiens par rapport à ce critère est inconnue

·  RT sein complet si Cx conservatrice

·  +/- RT paroi thoracique si mastectomie totale

·  Tx systémique (90 %)

Amendement de 2008 (% ptes avec critère élargi)

·  Carcinome infiltrant multifocal (n.d.3)

·  Taille du primaire  5 cm (2-5 cm : 21 %)

Amendement de 2008 (% ptes avec critère élargi)

CTI considérées comme [-] (CTI seules : 10 %)

–––

CTI : cellules tumorales isolées; Cx : chirurgie; gg : ganglion; ggS : ganglion sentinelle; Gy : gray; IHC : immunohistochimie dirigée contre cytokératine; n.d. : non disponible; ptes : patientes; RT : radiothérapie; Tx : traitement; TxNéo : thérapie systémique néoadjuvante.

Critères soulignés : critères ayant fait l’objet d’un amendement au protocole.

1. Chez les 228 patients pour lesquels des détails du dossier de radiothérapie étaient disponibles (27 % de toute la cohorte), 81 % ont eu une radiothérapie tangentielle seule et 19 % ont eu une irradiation au champ supraclaviculaire additionnelle. Chez les 142 patients pour lesquels la hauteur du champ tangentiel pouvait être évaluée (17 % de toute la cohorte), 51 % ont eu une irradiation tangentielle haute (limite crâniale du champ tangentiel médian située à l’intérieur de 2 cm de la tête humérale) [17].

2. Donker et coll. rapportent que l’échographie a été utilisée pour l’évaluation de l’aisselle chez 60 % des patientes recrutées dans AMAROS [14].
3. La proportion exacte de patientes avec maladie multifocale incluses dans l'analyse finale n'est pas connue. Une analyse rétrospective à partir de 4000 des 4823 patientes recrutées dans AMAROS a identifié 342 patientes atteintes d'une maladie multifocale, ce qui représente 8,6 % de l'échantillon.

Principaux résultats des études randomisées ACOSOG Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS

Étude

Contrôle de la maladie

(Cx ggS seule ou + RT régionale

vs curage)

Survie globale

(Cx ggS seule ou + RT régionale vs curage)

 
 

Comparaison de l’exérèse du ganglion sentinelle seule vs curage axillaire

 

Giuliano et coll. 2011, 2016 et 2017 [15, 16, 18]

ACOSOG Z0011

Suivi médian : 6,3 ans (2011); 9,25 ans (2016); 9,3 ans (2017)

n = 856

Survie sans maladie à 10 ans :

80,2 % vs 78,2 %

HR = 0,85 (IC 95 % 0,62-1,17)

 

Récidive loco.-rég. à 10 ans :

5,3 % vs 6,2 %

Récidive rég. à 10 ans :

1,5 % vs 0,5 %

À 5 ans* :

92,5 % vs 91,8 %

HR = 0,79 (IC 95 % 0,56-1,10)

NI si borne supérieure IC 95 % < 1,3

À 10 ans :

86,3 % vs 83,6 %

HR = 0,85 (IC 95 % unilat. 0-1,16)

 

Galimberti et coll. 2013 [1]

IBCSG 23-01

Suivi médian : 5 ans

n = 934

Survie sans maladie à 5 ans* :

87,8 % vs 84,4 %

HR = 0,78 (IC 95 % 0,55-1,11), p = 0,0042

NI si borne supérieure IC 95 % < 1,25

À 5 ans :

97,5 % vs 97,6 %

HR = 0,89 (IC 90 % : 0,52-1,54), p = 0,73

 

Comparaison de l’exérèse du ganglion sentinelle + RT régionale vs curage axillaire

 

Donker et coll. 2014

AMAROS [14]

Suivi médian : 6,1 ans

n = 1 425

Récidive axillaire à 5 ans* :

1,19 % vs 0,43 %

HR = n.d. (IC 95 % unilat. 0,00-5,27)

NI si IC 95 % unilat. = 0-2

Survie sans maladie à 5 ans :

82,7 % vs 86,9 %

HR = 1,18 (IC 95 % 0,93-1,51), p = 0,18

À 5 ans :

92,5 % vs 93,3 %

HR = 1,17 (IC 95 % 0,85-1,62), p = 0,34

 

Cx: chirurgie; ggS : ganglion sentinelle; HR : hazard ratio; IC : intervalle de confiance; n.d. : non disponible; NI : non infériorité; RT : radiothérapie; unilat. : unilatéral (one-sided).

* paramètre d’évaluation primaire.

Italique : critère de non infériorité prédéfini.

Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs (non infériorité).

Les études randomisées Z0011 et IBCSG 23-01 ont comparé l’efficacité et l’innocuité de la chirurgie du ganglion sentinelle seules à celles du curage axillaire chez des patientes atteintes d’un carcinome infiltrant de stade T1-2, sans adénopathie palpable à l’aisselle chez qui une atteinte axillaire limitée était décelée à l’exérèse des ganglions sentinelles (Z0011 : ≤ 2 ganglions sentinelles atteints; IBCSG 23-01 : micrométastases [≤ 2 mm] dans 1 seul ganglion sentinelle; [1, 15]. Ces deux études ont montré que l’exérèse du ganglion sentinelle seule était non inférieure au curage axillaire en ce qui a trait à la survie globale et la survie sans maladie, respectivement (tableau ci-dessus).

L’étude AMAROS a quant à elle comparé la radiothérapie régionale au curage axillaire pour le traitement de patientes atteintes d’un carcinome infiltrant d’une taille de 0,5 à 3 cm, sans adénopathie axillaire palpable et présentant des métastases à l’examen des ganglions sentinelles (pas de restriction de nombre) [14]. L’analyse finale n’a pas été en mesure de conclure que la radiothérapie régionale est non inférieure au curage ganglionnaire en ce qui a trait à l’absence de récidive axillaire. Cependant, dans les deux groupes, les taux de récidive axillaire à 5 ans ont été < 1,2 % et les auteurs ont conclu que la radiothérapie peut être choisie au lieu du curage axillaire. Il est à noter que, dans les trois études décrites ici, pratiquement toutes les patientes ont reçu des traitements adjuvants (tableau ci-dessus).

L’étude de phase III randomisée unicentrique OTOASOR a aussi comparé la radiothérapie régionale au curage axillaire chez des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade cT1-2 (≤ 3 cm)-cN0 (palpation et échographie), traitées par chirurgie conservatrice ou mastectomie totale, et présentant ≥ 1 ganglion sentinelle positif [19]. Toutefois, cette étude comporte plusieurs faiblesses méthodologiques importantes. L’une des grandes faiblesses méthodologiques est attribuable au design de l’étude, qui consistait à répartir aléatoirement les patientes avant la chirurgie (n = 2 106), alors que la cohorte finale retenue pour les analyses ne comptait plus que 23 % de ces patientes (n = 474; patientes avec ganglion sentinelle positif, moins celles pour lesquelles il y a eu violation au protocole ou retrait du consentement). Certaines caractéristiques n’étaient alors plus équilibrées et aucune analyse ajustée n’a été présentée. De plus, le devis quant aux critères de non infériorité était peu détaillé et les intervalles de confiance des résultats n’ont pas été rapportés, rendant l’interprétation difficile. Les auteurs ont conclu que la radiothérapie régionale était non inférieure au curage axillaire. La survie sans maladie à 8 ans a été de 77,4 % dans le groupe radiothérapie et de 72,1 % dans le groupe curage axillaire (p = 0,51), alors que la survie globale a été de 84,8 % et 77,9 %, respectivement (p = 0,06).

Validité des études randomisées, lignes directrices et consensus d’experts: Les études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS ont toutes été cessées prématurément en raison de difficultés de recrutement et/ou du nombre d’événements plus faible que celui anticipé. De plus, les résultats de l’étude Z0011 ont fait l’objet de nombreuses critiques en raison de divers défauts méthodologiques. En 2012, l’INESSS a publié une appréciation méthodologique de l’étude Z0011 [20]. Voici quelques-unes des lacunes méthodologiques citées dans ce rapport :

  • des difficultés dans le recrutement des patientes et une interruption prématurée de l’essai;
  • un faible nombre de décès (94) observés par rapport au nombre requis aux fins de l’analyse finale (500), combiné à l’absence d’ajustement du seuil de signification en fonction de la fraction d’information disponible (19 %);
  • une proportion plus importante de patientes qui ne présentaient aucun envahissement ganglionnaire dans le groupe BGS seule [biopsie du ganglion sentinelle] que dans le groupe de patientes ayant subi un curage axillaire, ci-après appelé « groupe CA » (7 % contre 1 %; non-respect d’un critère d’admissibilité);
  • le déséquilibre entre les groupes au regard de la taille des métastases aux ganglions sentinelles (taille significativement moins importante dans le groupe BGS seule) et l’absence d’ajustement des mesures relatives à ce facteur;
  • les nombreuses données manquantes concernant les caractéristiques des patientes et de la maladie (ex. : le grade histologique [25 %], l’envahissement lymphovasculaire [25 %], la taille des métastases [15 %] et le statut des récepteurs hormonaux [9 %]);
  • la proportion importante de cas de suivi impossible (en anglais, lost to follow-up [19 %]), l’écart entre les groupes (22 % contre 17 %) et l’absence d’examen de l’effet potentiel de ce déséquilibre sur les résultats;
  • la présentation de l’analyse selon l’intention de traiter uniquement, considérant le fait que l’analyse selon le respect du protocole doit être favorisée lors d’un essai de non-infériorité.

Récemment (2017), Morrow et coll. ont publié les résultats d’une étude prospective dans laquelle près de 800 patientes admissibles à l’étude Z0011 ont été prises en charge en fonction du protocole de Z0011, sans tenir compte des résultats d’échographie +/- biopsie (sauf pour certaines exceptions) [21]. Après un suivi médian de 29 mois, aucune patiente n’a eu une récidive ganglionnaire isolée, 4 ont eu une récidive à la fois au sein et ganglionnaire (3 n’avaient pas eu de radiothérapie), et 4 autres ont eu une récidive à la fois ganglionnaire et à distance (localisation axillaire : 1 patiente). Le taux de récidive ganglionnaire à 5 ans de la cohorte totale a été de 1,4 %, un résultat qui est relativement similaire à ceux des études Z0011 et AMAROS (voir tableau des résultats). Plus de détails concernant l’étude de Morrow et coll. sont présentés dans la section Évaluation de l’aisselle).

Bien qu’une controverse persiste encore par rapport à la validité des résultats de l’étude Z0011, celle-ci est aujourd’hui largement appliquée dans la pratique au Québec (rencontre de consensus). Toutefois, dans certains centres, on a choisi de prendre en charge les patientes selon le devis de ces études, mais avec des critères d’admissibilité plus restreints, par exemple, en continuant de faire un curage axillaire chez les patientes âgées de < 40 ans ou atteintes d’un cancer triple négatif (rencontre consensus).

Le tableau ci-dessous présente les recommandations de divers organismes concernant la conduite en présence de métastases dans les ganglions sentinelles. Si globalement l'ASCO, le Consensus international d'experts de St-Gall et le NCCN appuient la prise en charge des patientes selon l'étude Z0011, les recommandations de l'ESMO sont moins précises et affirmées, et celles de l'Association of Breast Surgery sont plus prudentes.

Recommandations des guides et consensus de pratique clinique concernant l’omission du curage axillaire

Organisme

Recommandation

ASCO [23]

·     Les cliniciens ne devraient pas recommander le curage axillaire aux femmes atteintes d’un cancer du sein de stade peu avancé qui ont des métastases dans 1-2 ganglions sentinelles et qui sont traitées par chirurgie conservatrices et radiothérapie du sein complet avec fractionnement conventionnel (qualité de la preuve : élevée; force de la recommandation : forte).

·     Les cliniciens peuvent offrir le curage axillaire aux femmes atteintes d’un cancer du sein de stade peu avancé qui ont des métastases ganglionnaires avérées à la biopsie du ganglion sentinelle si elles sont traitées par mastectomie totale (qualité de la preuve : faible; force de la recommandation : faible).

Consensus international d’experts de St-Gall [39]

·     L’omission du curage axillaire pour les patientes atteintes de macrométastases dans 1-2 ganglions s’est avéré sécuritaire dans de grandes séries institutionnelles, confirmant l’applicabilité des approches évaluées dans des études randomisées contrôlées (ACOSOG Z0011, AMAROS) pour la majorité des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade T1-T2 et dont les ganglions sont négatifs à l’évaluation clinique (recommandation non gradée).

ESMO [40]

·     Les patientes présentant des cellules tumorales isolées ou une atteinte limitée dans les ganglions sentinelles et qui sont traitées par irradiation tangentielle du sein pourraient ne pas avoir besoin d’un traitement axillaire supplémentaire (niveau de preuve II, grade de recommandation B).

NCCN [41]

Selon l’algorithme sur la stadification axillaire pour les patientes atteintes d’un cancer du sein de stade I, IIA, IIB ou IIIA/T3 N1M0, aucune chirurgie axillaire supplémentaire n’est recommandée en présence de l’une des situations suivantes :

·     Micrométastases dans les ganglions sentinelles (recommandation de catégorie 2A).

·     En présence de tous les critères suivants : stade T1 ou T2, 1-2 ganglions sentinelles positifs, chirurgie conservatrice, radiothérapie du sein complet planifiée et aucune chimiothérapie préopératoire (recommandation de catégorie 2A).

Dans toutes les autres situations, le curage axillaire des niveaux I et II est recommandé (recommandation de catégorie 2A).

Association of Breast Surgery [26]

·     Si les ganglions sentinelles présentent des cellules tumorales isolées et/ou des micrométastases, aucun traitement axillaire supplémentaire n’est requis dans un contexte de chirurgie conservatrice ou de mastectomie totale (recommandation non gradée).

·     En présence de macrométastases dans 1-2 ganglions sentinelles :

o  Le traitement axillaire supplémentaire n’est plus obligatoire chez les patientes traitées par chirurgie conservatrices et radiothérapie au sein complet qui sont ménopausées et dont la maladie est de stade T1, grade 1 ou 2, RO+ et HER2- (recommandation non gradée).

o  Le traitement axillaire supplémentaire devrait habituellement être recommandé pour les patientes traitées par mastectomie totale ou dont la maladie présente l’une de ces caractéristiques : stade T3, grade 3, RO- ou HER2+ (recommandation non gradée).

o  Les patientes correspondant aux 2 situations précédentes peuvent aussi prendre part à l’étude POSNOC ou à d’autres études cliniques équivalentes (recommandation non gradée).

o  Aucun consensus n’a été obtenu concernant la prise en charge des patientes présentant l’une des caractéristiques suivantes : statut non ménopausée, tumeur de stade T2, envahissement lymphovasculaire, envahissement extraganglionnaire (recommandation non gradée).

·     En présence de macrométastases dans 3 ganglions sentinelles ou plus :

o  Le traitement axillaire supplémentaire devrait habituellement être recommandé aux patientes (recommandation non gradée).

Atteintes additionnelles dans les ganglions non sentinelles

Le tableau suivant présente les résultats concernant les atteintes additionnelles dans les ganglions non sentinelles observés chez les patientes assignées au groupe curage axillaire dans les études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS. Ces résultats montrent qu’environ 30 % des femmes admises dans les études Z0011 et AMAROS avaient des métastases ganglionnaires dans des ganglions non sentinelles. Même en présence d’un seul ganglion sentinelle avec micrométastases, une proportion de 13 % des patientes avaient une atteinte dans des ganglions non sentinelles (étude IBCSG 23-01). Cela suggère qu’une proportion semblable de patientes dans les groupes expérimentaux de ces études (exérèse du ganglion sentinelle seule) avait des métastases axillaires résiduelles après la chirurgie. Selon ces résultats, le fait de laisser une certaine charge tumorale résiduelle à la chirurgie peut donc être acceptable d’un point de vue oncologique, mais à l’intérieur des paramètres des études, en particulier en offrant des traitements adjuvants. La limite du fardeau à ne pas dépasser pour ne pas compromettre le contrôle de la maladie et la survie n’est pas connue, d’où l’importance du respect strict des paramètres des études (rencontre de consensus).

Atteintes axillaires additionnelles dans les ganglions non sentinelles rapportées pour le groupe curage axillaire des études indiquées (aucune atteinte palpable à l’aisselle)

Étude

Critères d’admission à l’examen du ggS

Atteintes additionnelles de gg non sentinelles

Giuliano et coll. 2011 et 2016 [15, 16]
ACOSOG Z0011
n = 355

≤ 2 gg [+]

27 %
≥ 4 gg [+] : 14 %

Galimberti et coll. 2013 [1]
IBCSG 23-01
n = 447

1 ggS avec microméta1

13 %
1 gg [+] : 8 %
≥ 3 gg [+] : 2 %

 

Donker et coll. 2014 [14]
AMAROS
n = 672

≥ 1 ggS [+], sans restriction de nombre

33 %
≥ 4 gg [+] : 8 %

gg : ganglion; ggS : ganglion sentinelle; microméta : micrométastases [≤ 2 mm].
1. Amendement au protocole en 2006. Élargissement du critère d’admissibilité relié à l’examen du ganglion sentinelle : ≥ 1 ganglion sentinelle avec micrométastases. Dans les faits, 4 % des patientes de la cohorte finale répondaient à ce critère.

Critères de décision pour l’omission du curage axillaire

Les critères d’admissibilité des études Z0011, IBCSG 23-01 et AMAROS se chevauchent largement, mais les devis d’IBCSG 23-01 et d’AMAROS permettaient l’admission de certaines patientes qui étaient exclues de Z0011. Le tableau qui suit met en évidence les cas supplémentaires couverts par ces études (en rouge ou en vert), par critère, et souligne les incertitudes qui s’y rattachent. Cette analyse révèle que la plupart des critères d’admission élargis comportent des incertitudes, notamment en raison de la faible représentativité des patientes qui y répondaient. Ainsi, l’étude IBCSG 23-01 ne permet en réalité de traiter aucune patiente qui ne serait pas admissible à Z0011, alors que, contrairement à Z0011, AMAROS permet d’omettre le curage axillaire des femmes qui ont eu une mastectomie totale, en considérant qu’une radiothérapie de la paroi thoracique et régionale est administrée (dans la pratique, une radiothérapie régionale n’est jamais administrée seule sans irradiation à la paroi thoracique). Les principaux éléments du tableau sont discutés dans les paragraphes qui suivent.

Cas couverts par les études IBCSG 23-01 et AMAROS que Z0011 ne couvre pas

Critère

Critère de Z0011 [15, 16]

Cas non couvert par Z0011

IBCSG 23-01 [1]

AMAROS [14]

Focalité

Tumeur unicentrique

Tumeurs multifocales/multicentriques
Incertitude : représentativité inconnue

Tumeurs multifocales
Incertitude : représentativité inconnue
1

Taille du primaire

≤ 5 cm

Cas couverts par Z0011
(3-5 cm : 6 %)

Cas couverts par Z0011
(2-5 cm : 21 %)

Type de chirurgie

Chirurgie conservatrice

Mastectomie totale
Incertitude : faible représentativité (9 %)

Mastectomie totale
(18 %)

Nombre de ggS [+]

≤ 2

Cas couverts par Z0011

> 2
Incertitude : > 2 ggS[+] = 5 %

Définition de ggS [+]

Toute métastase incluant CTI, sauf si identifiée uniquement par IHC

Cas couverts par Z0011

Cas couverts par Z0011
(Patientes avec CTI seules : 10 %)

Envahissement extracapsulaire

Exclusion si envahissement macroscopique2

Cas couverts par Z0011

Ce paramètre n’était pas un critère d’admission
Incertitude : la conduite des chirurgiens par rapport à ce paramètre est inconnue et donc, la représentativité l’est également

CTI : cellules tumorales isolées; ggS : ganglion sentinelle; IHC : immunohistochimie dirigée contre cytokératine.
Rouge : souligne les critères empreints d’incertitude.
Vert : souligne les critères jugés raisonnables.

1. La proportion exacte de patientes avec maladie multifocale incluses dans l'analyse finale n'est pas connue. Une analyse rétrospective à partir de 4000 des 4823 patientes recrutées dans AMAROS a identifié 342 patientes atteintes d'une maladie multifocale, ce qui représente 8,6 % de l'échantillon.
2. Bien qu’une étude rétrospective ait montré que le fardeau axillaire est plus important chez les patientes avec envahissement extracapsulaire > 2  mm, ce paramètre n’était pas un critère d’inclusion dans l’étude Z0011 [27]. La conduite des chirurgiens participant à l’étude par rapport à ce paramètre est inconnue.

Multifocalité/multicentricité. Une étude rétrospective du Memorial Sloan Kettering Cancer Center publiée par Gooch et coll. en 2014 a évalué le lien entre la présence d’un envahissement extracapsulaire et le fardeau axillaire après curage axillaire chez 662 patientes atteintes d’un cancer du sein de stade pT1-2, cN0 et présentant ≤ 2 ganglions sentinelles atteints [27]. L’une des analyses multivariées de cette publication a montré que la multifocalité est un facteur prédictif indépendant de la présence de ≥ 4 ganglions atteints (OR = 1,8 [IC 95 % 1,0-3,3], p = 0,0437). L’incertitude concernant la représentativité des cas de tumeurs multifocales ou multicentriques dans les études IBCSG 23-01 et AMAROS et l’association de la multifocalité avec un fardeau tumoral axillaire plus important appuient l’approche prudente consistant à ne pas offrir l’omission du curage axillaire à ces patientes.

Mastectomie totale. Dans l’étude IBCSG 23-01, les patientes traitées par mastectomie totale étaient peu représentées (9 %), ce qui soulève des incertitudes par rapport à l’applicabilité des conclusions de l’étude à ce sous-groupe de patientes [1]. De plus, celles-ci n’étaient pas nécessairement soumises à une radiothérapie adjuvante, un traitement qui pourrait avoir un rôle important pour expliquer les résultats de l’étude Z0011, sachant que des cellules cancéreuses sont parfois laissées derrière au moment de la chirurgie. Pour ces raisons, les patientes traitées par mastectomie totale ne devraient pas être prises en charge selon l’étude IBCSG 23-01.

Dans l’étude AMAROS, les patientes traitées par mastectomie totale représentaient 18 % de la cohorte, celles-ci avaient vraisemblablement un fardeau axillaire similaire à celui des patientes de l’étude Z0011 (tableau ci-dessus) et elles recevaient toutes une radiothérapie régionale. Ces derniers éléments réduisent l’incertitude par rapport à l’applicabilité des conclusions de l’étude à ces femmes. Considérant la méta-analyse de l’Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group (EBCTCG) parue en 2014 et les résultats de l’étude AMAROS, les femmes soumises à une mastectomie totale et répondant aux autres critères d’AMAROS peuvent être prises en charge selon cette étude et devraient recevoir une radiothérapie à la paroi thoracique et régionale (méta-analyse : bénéfice de la radiothérapie à la paroi thoracique et régionale si mastectomie totale et ≥ 1 ganglion atteint) [28].

Envahissement extracapsulaire. Selon l’étude rétrospective de Gooch et coll. discutée dans le paragraphe Multifocalité/multicentricité ci-dessus, la présence d’un envahissement extracapsulaire est un facteur prédictif indépendant de la présence de ≥ 4 ganglions axillaires atteints, et en particulier, la taille de l’extension (≤ 2 mm contre aucune extension : OR = 3,1 [IC 95 % 1,3-7,2]  et > 2 mm contre aucune extension : OR = 14,2 [IC 95 % 7,1-28,4]; p < 0,0001) [27]. Un nombre de ≥ 4 ganglions axillaires a été observé chez 2,5 % des patientes sans extension extracapsulaire, chez 8,6 % de celles avec une extension capsulaire d’une taille ≤ 2 mm et 33,1 % de celles avec une extension capsulaire > 2 mm. Dans l’étude Z0011, les patientes qui présentaient un envahissement extracapsulaire macroscopique étaient exclues, et aucune évaluation microscopique de ce paramètre n’était faite [16]. Il est difficile de savoir à partir de quelle taille un envahissement extracapsulaire devient « macroscopique », la proportion de patientes avec envahissement > 2 mm dans cette étude n’est donc pas connue, on sait seulement que l’envahissement n’était pas facilement repérable macroscopiquement.

Pour ce qui est de l’étude AMAROS, les auteurs mentionnent qu’aucune information n’a été collectée concernant l’envahissement extracapsulaire [14]. Bien que ce critère n'était pas pris en considération per protocole, cela ne signifie pas nécessairement qu’aucune considération n’était accordée à son égard lors de la sélection des patientes, et aucune information n’est disponible à ce sujet. La forte association entre l’envahissement extracapsulaire et un lourd fardeau axillaire et l’incertitude concernant la prévalence des cas avec envahissement extracapsulaire dans la cohorte d’AMAROS appuient une approche prudente consistant à ne pas offrir l’omission du curage axillaire aux patientes admissibles à une prise en charge selon AMAROS, mais présentant un envahissement extracapsulaire macroscopique.

Critères d’admissibilité à l’omission du curage axillaire. En considérant les critères d’admissibilité des trois études et les limites exposées ci-dessus, les critères et traitements postopératoires minimaux permettant l’omission du curage axillaire basés sur un bon niveau de preuve sont les suivants :

Critères

  • Cancer infiltrant unicentrique;
  • Stade cT1-2 (≤ 5 cm);
  • Stade cN0;
  • Métastases dans ≤ 2 ggS (métastases ≤ 2 mm considérées comme [+], sauf si identifiées uniquement par IHC);
  • Absence d’envahissement extracapsulaire macroscopique à la pathologie ou de ganglions fixés (matted nodes).

Traitements postopératoires minimaux

  • Radiothérapie
    • Chirurgie conservatrice : radiothérapie au sein complet;
    • Mastectomie totale : radiothérapie à la paroi thoracique et à l’aisselle (3 niveaux axillaires et partie médiane de la fosse supraclaviculaire; 50 Gy en 25 fractions);
  • Traitement systémique adjuvant.

L’omission du curage axillaire selon des critères élargis par rapport à ceux mentionnés ci-dessus n’est pas clairement appuyée par les données probantes actuelles ni par un consensus québécois. Puisqu’il s’agit d’omettre un standard de pratique, la prudence est de mise.

Études en cours concernant le traitement axillaire lorsque la chirurgie est le premier traitement

Au moins huit études randomisées évaluant différents devis de prise en charge de l’aisselle sont en cours. Quatre d’entre elles comparent l’exérèse du ganglion sentinelle au curage axillaire ou à la radiothérapie axillaire (premier tableau ci-dessous), et quatre autres s’affairent à évaluer si l’exérèse du ganglion sentinelle pourrait elle-même être omise (deuxième tableau ci-dessous). Il est à noter que l’échographie axillaire fait partie intégrante des examens d’évaluation préopératoires dans toutes ces études.

En ce qui concerne l’évaluation de l’exérèse du ganglion sentinelle, les études en cours présentent certaines différences notables par rapport à celles déjà publiées (premier tableau ci-dessous). Les principales sont les suivantes :

  • en ce qui concerne les critères de sélection, SENOMAC va au-delà de toutes les autres études en admettant les patientes dont la maladie est de stade clinique T1-3N0/+; cependant, le stade N+ est accepté seulement si l’atteinte axillaire n’est pas palpable et qu’elle se limite à ≤ 2 ganglions à l’échographie +/- biopsie;
  • l’administration d’une thérapie néoadjuvante est également permise dans l’étude SENOMAC, mais l’exérèse du ganglion sentinelle doit être faite avant le début du traitement, et la progression d’une atteinte axillaire constatée après le traitement entraîne l’exclusion de l’étude;
  • l’étude BOOG 2013-07 accepte seulement les patientes traitées par mastectomie totale; ces femmes sont aussi admises dans les autres études;
  • à l’exérèse du ganglion sentinelle, toutes les études n’acceptent que des patientes aux prises avec 1-2 ganglions atteints spécifiquement de macrométastases, à l’exclusion de BOOG 2013-07, qui accepte 1-3 micro/macrométastases.

Principaux éléments du devis des études en cours comparant l’exérèse du ganglion sentinelle au curage/radiothérapie axillaire

Étude

Comparateurs

Paramètre d’évaluation primaire

Critères d’admissibilité

Tx postopératoire

Préopératoires

À l’examen du ggS

Giuliano et coll. 2011 et 2016 [15, 16]
ACOSOG Z0011

A) Exérèse du ggS seule
B) Curage axillaire

Survie globale (NI)

-Carcinome infiltrant unicentrique
-Stade cT1-2 (≤ 5 cm)
-Stade cN0 (palpation)
-Cx conservatrice sans TSNA

-Méta dans 1-2 ggS
-Exclusion si envahissement extracapsulaire macroscopique
-Exclusion si gg fixés

-RT sein complet (per protocole)
-Tx systémique adj. (96 %)

SENOMAC [29]

A) Exérèse du ggS seule
B) Curage axillaire

Survie spécifique au cancer du sein à 5 ans (NI)

-Carcinome infiltrant
-Stade cT1-3
-≤ 2 gg [+] (échographie/biopsie), mais non palpables
- Cx conservatrice ou mastectomie totale
-TSNA permise (ggS fait avant)

-Macrométa dans 1-2 ggS
-Exclusion si maladie axillaire en progression après TSNA

-RT :
·  Cx conservatrice : RT sein complet;
·  Mastectomie : RT si indiquée (lignes directrices nationales)
·  gg régionaux : RT si indiquée, (lignes directrices nationales)
-Tx systémique adj. : si indiqué (lignes directrices nationales)

SINODAR ONE [30]

A) Exérèse du ggS seule
B) Curage axillaire

Survie globale (NI)

-Carcinome infiltrant unicentrique
-Stade cT1-2 (≤ 5 cm)
-Stade cN0 (échographie)
-Cx conservatrice ou mastectomie totale sans TSNA

Macrométa dans 1-2 ggS

-RT sein complet
-Tx systémique adj.

POSNOC [31]

A) Exérèse du ggS seule
B) Traitement axillaire : curage ou RT axillaire

Récidive axillaire à 5 ans (NI)

-Carcinome infiltrant unilatéral, unifocal ou multifocal
-Stade cT1-2 (≤ 5 cm)
-Stade cN0 (échographie)
-Cx conservatrice ou mastectomie totale sans TSNA

Macrométa dans 1-2 ggS, avec ou sans envahissement extracapsulaire

-RT sein complet ou paroi thoracique
-Tx systémique adj.

BOOG 2013-07  [32]

A) Exérèse du ggS seule
B) Traitement axillaire : curage ou RT axillaire

Récidive régionale à 5 ans

-Cancer infiltrant unilatéral
-Stade cT1-2
-Stade cN0 (palpation et échographie +/- biopsie)
-Mastectomie totale sans TSNA

Micro/macrométa dans 1-3 ggS

-RT paroi thoracique si indiquée (protocoles en place)
-Tx systémique adj. : si indiqué (lignes directrices nationales et approche multidisciplinaire)

adj. : adjuvant; Cx : chirurgie/chirurgical; ggS : ganglion sentinelle; macrométa : macrométastases (> 2 mm); NI : non infériorité; RT : radiothérapie; Tx : traitement; TSNA : thérapie systémique néoadjuvante.
Souligné : les principales différences par rapport à Z0011 sont soulignées.
Résultats sur fond bleu : étude de référence Z0011.

En ce qui a trait aux études en cours qui évaluent l’omission de l’exérèse du ganglion sentinelle, de façon générale, les patientes y sont admises selon les critères de l’étude Z0011 et les femmes du groupe exérèse du ganglion sentinelle sont soumises à la procédure de la même manière (tableau ci-dessous). Cependant, quelques exceptions sont à noter, notamment :

  • l’étude SOUND, la première lancée, a un devis plus conservateur que celui des autres puisqu’elle n’admet que des patientes présentant une tumeur de stade T1 (≤ 2 cm) et que, dans le groupe exérèse du ganglion sentinelle, un curage axillaire est fait si une macrométastase est découverte;
  • les études BOOG 2013-08 et de la Washington University School of Medicine permettent l’administration d’une thérapie néoadjuvante, sans toutefois préciser à quelle étape la procédure du ganglion sentinelle doit être faite chez les patientes du groupe comparateur (avant ou après le traitement néoadjuvant).

Des résultats préliminaires des études SOUND, INSEMA et celle menée par la Washington School of Medicine ont été publiés récemment (2016-2017), mais les données concernant les objectifs primaires ne sont pas encore dévoilées ou sont très fragmentaires [33, 34, 35].

Principaux éléments du devis des études en cours comparant l’omission de l’exérèse du ganglion sentinelle à l’exérèse du ganglion sentinelle (+/- curage axillaire)

Étude

Comparateurs

Paramètre d’évaluation primaire

Critères d’admissibilité

Procédure groupe ggS

Tx postopératoire

BOOG 2013-08 [36]

A) Pas d’exérèse du ggS
B) Exérèse du ggS

Taux de récidive régionale à 5 et 10 ans (NI)

-Carcinome infiltrant unilatéral
-Stade cT1-2
-Stade cN0 (palpation et échographie +/- biopsie)
-Cx conservatrice
-TSNA permise

-Pas explicitée; selon les lignes directrices néerlandaises (correspondent à Z0011)
-CTI considérées [-]

-RT sein complet
-Tx systémique : si indiqué (lignes directrices nationales et approche multidisciplinaire)

INSEMA [37]

A) Pas d’exérèse du ggS ni Tx axillaire
B) Exérèse du ggS; si 1-2 ggS [+], randomisation : B1) exérèse du ggS seule ou B2) curage axillaire

Survie sans maladie infiltrante (NI)

-Carcinome infiltrant unicentrique
-Stade cT1-2 (≤ 5 cm imagerie)
-Stade cN0 (palpation et échographie +/- biopsie)
-Cx conservatrice sans TSNA

-Si 1-2 ggS [+], exérèse du ggS seule ou curage axillaire (randomisation)
-Si ≥ 3 ggS [+] : curage axillaire
-Si [-] : aucun Tx aisselle

-RT sein complet
-Tx systémique : si indiqué (lignes directrices et comité multidisciplinaire)

Washington University School of Medicine (NCT01821768)

A) Pas d’exérèse du ggS
B) Exérèse ggS

Récidive axillaire (NI)

-Carcinome infiltrant unilatéral et unicentrique
-Stade cT1-2 (≤ 5 cm)
-Stade cN0 (palpation et échographie +/- biopsie)
-Cx conservatrice
-TSNA permise

Pas explicitée, exérèse du ggS dit standard

nd

SOUND [38]

A) Pas d’exérèse du ggS
B) Exérèse du ggS

Survie sans maladie à distance (NI)

-Cancer du sein unilatéral et unicentrique
-Stade T1 (≤ 2 cm)
-Stade cN0 (échographie +/- biopsie)
-Cx conservatrice

-Curage axillaire si macrométa dans ggS

-RT: nd
-Tx systémique adj. permis

adj. : adjuvant; Cx : chirurgie/chirurgical; ggS : ganglion sentinelle; macrométa : macrométastases (> 2 mm); nd : non disponible; NI : non infériorité; RT : radiothérapie; Tx : traitement; TSNA : thérapie systémique néoadjuvante.

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3.5.4.2 Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant

Dans un contexte de traitement systémique néoadjuvant (TSNA), aucune étude randomisée n’a démontré que l’approche du ganglion sentinelle (ggS) est une intervention non inférieure ou équivalente au curage axillaire en ce qui a trait aux résultats oncologiques (p. ex. survie, absence de récidive axillaire). Si l’exérèse du ggS est réalisée avant le TSNA, la pratique s’appuie essentiellement sur une extrapolation imparfaite des résultats de l’étude NSABP B-32, alors que si la procédure est effectuée après le TSNA elle s’appuie sur la faisabilité de repérer un ggS (taux de repérage), sur la sensibilité à prédire le statut ganglionnaire global de l’aisselle (plus particulièrement sur le taux de faux négatif1 et sur les résultats cliniques de quelques études rétrospectives de faible niveau de données probantes. Il est à noter que le TFN obtenu dans l’étude NSABP B-32 est considéré comme la référence étalon (10 %) depuis la publication des résultats oncologiques de l’étude; c’est souvent en fonction de cette référence que les autres approches sont comparées, et jugées acceptables ou non [1, 2].

 

Cancer du sein de stade cN0

Cancer du sein de stade cN+

Guides et consensus de pratique clinique

Voir aussi la section Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus) pour connaître l’ampleur de l’effet de divers aspects techniques sur le taux de repérage et le TFN.


1. Taux de faux négatifs = 1 – sensibilité = faux négatifs/ (faux négatifs + vrai positifs)

 

Cancers du sein de stade cN0

Pour les patientes atteintes d’un cancer du sein de stade cN0 chez qui un TSNA est prévu, les possibilités théoriques pour la prise en charge chirurgicale de l’aisselle avec l’approche du ggS sont les suivantes :

Exérèse du ggS avant le TSNA chez les cas de stade cN0
Seconde exérèse du ggS, après le TSNA, chez les patientes avec ggS+ avant le TSNA
Exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN0

Exérèse du ggS avant le TSNA chez les cas de stade cN0

Bien que cette approche soit moins utilisée au Québec (rencontre de consensus), sa sécurité n’est pas remise en cause dans la littérature. Les principaux avantages de cette option sont de permettre une stadification axillaire avant que la maladie initiale ne soit modifiée par les traitements de même que l’obtention d’un taux de repérage des ggS élevé et d’un taux de faux négatifs (TFN) faible [3]. En effet, les deux grandes études prospectives multicentriques répertoriées ont rapporté des taux de repérage du ggS de 99,1 % et 100 % avec cette méthode (études SENTINA et de Zetterlund et coll.; [3, 4]). De plus, une grande étude rétrospective néerlandaise a rapporté un taux de repérage de 98 % [5]. Quant aux TFN, celui obtenu par Zetterlund et coll. a été de 7,6 % (n = 224; 9 faux négatifs/121 positifs au total); celui de l’étude SENTINA n’est pas connu car les patientes du groupe A n’étaient pas soumises à un curage axillaire [3, 4]. En comparaison, l’étude NSABP B-32 a obtenu un taux de repérage du ggS de 97,2 % et un taux de faux négatifs de 9,8 % (IC 95 % 7,8 %-12,2 %) [1].

 

Le désavantage de cette approche est que, si le ggS est positif avant le TSNA, le curage axillaire devra être réalisé au moment de la chirurgie de la tumeur primaire, malgré la possibilité que le fardeau axillaire ait été complètement éliminé par le TSNA. Environ 40 % à 50 % des patientes qui présentent initialement une maladie de stade cN0 ont un ggS positif lorsque la procédure est réalisée avant le TSNA [3, 4, 6]. De plus, dans l’étude de Zetterlund et coll., 76,8 % des patientes qui avaient au moins un ggS positif avant le TSNA avaient seulement des ganglions négatifs après le TSNA et le curage axillaire [3].

Garcia-Tejedor et coll. ont publié les résultats d’une étude prospective unicentrique à un seul groupe dans laquelle les patientes étaient soumises à une exérèse du ggS avant le TSNA, puis à un curage axillaire seulement si une macrométastase était découverte dans les ggS [6]. Après un suivi médian de 40,2 mois, les taux de survie globale, de survie spécifique au cancer du sein et de survie sans maladie ont été respectivement de 90,2 %, 92,7 % et 88,6 %. Parmi les 124 patientes recrutées, une récidive de la maladie a été rapportée chez 14 patientes (11,3 %), dont 2 chez qui la récidive était localisée à la fois à l’aisselle et à distance (1,6 %).

Seconde exérèse du ggS, après le TSNA, chez les patientes avec ggS+ avant le TSNA

Lorsqu’une exérèse du ggS a été réalisée avant le TSNA et qu’une atteinte a été décelée, l’approche consistant à faire une seconde exérèse du ggS (après le TSNA), dans l’objectif de vérifier si le traitement a éliminé toute atteinte axillaire, n’est pas jugée acceptable dans la pratique en raison du taux de repérage faible et du TFN élevé associés à la deuxième procédure du ggS.

Les meilleures données probantes disponibles concernant cette approche proviennent de l’étude prospective SENTINA. Cette étude a montré que le taux de repérage lors de la deuxième exérèse du ggS, après le TSNA, est de 60,8 % (n = 360), ce qui représente une forte diminution comparativement au taux de repérage obtenu lors de la première intervention (avant le TSNA, repérage chez 99,1 %) [4]. De plus, le TFN lors de la deuxième exérèse du ggS a été de 51,6 % (33 faux négatifs/64 cas positifs au total), soit un taux nettement supérieur à la référence étalon de 10 % de l’étude NSABP B-32. Les résultats de Zetterlund et coll. semblent mener à la même conclusion : le taux de repérage lors de la seconde exérèse du ggS a été de 69,4 % (n = 98) et le TFN de 25 % (3 faux négatifs/12 cas positifs au total) [3].

Exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN0

Cette pratique est jugée acceptable par la plupart des grands organismes et elle est l’approche la plus souvent privilégiée dans les guides et consensus de pratique clinique ([7, 8, 9, 10]; voir Guides et consensus de pratique clinique).

Le principal avantage de cette approche est d’offrir la possibilité aux femmes qui présentent une atteinte axillaire cliniquement occulte avant le TSNA d’éviter un curage axillaire advenant une réponse axillaire complète. D’un point de vue pratique, le fait que l’exérèse du ggS et de la tumeur primaire soient réalisées au cours d’une seule intervention chirurgicale représente aussi un avantage.

Certains auteurs ont toutefois exprimé des craintes par rapport à la possibilité que le taux de repérage puisse être diminué après le TSNA et que la réponse au TSNA dans l’aisselle puisse être hétérogène [11, 12]. Cette dernière préoccupation pourrait faire en sorte que le statut des ggS ne soit pas représentatif de l’atteinte ganglionnaire globale, et qu’un fardeau tumoral soit laissé dans l’aisselle sans qu’on en connaisse bien les conséquences. Pour cette raison, en l’absence de données de survie et de contrôle de la maladie issues d’études randomisées, le TFN est l’un des paramètres d’évaluation les plus importants dans les études publiées jusqu’à maintenant.

Peu de données probantes de nature prospective sont actuellement disponibles concernant les taux de repérage et de faux négatifs associés à cette approche. La plupart des études primaires sont issues d’un seul centre (unicentrique) et elles ont inclus un faible nombre de patientes, ce qui limite de façon importante la possibilité de généraliser les résultats (validité externe) et la robustesse2 [13]. Le tableau suivant présente les études prospectives les plus robustes (nombre total de cas avérés positifs ≥ 20) ainsi qu’une analyse rétrospective de la grande étude prospective NSABP B-27. Les taux de repérage du ggS ont varié entre 84 % et 95 % (taux de repérage combiné : 89,2 %3), et les TFN entre 0 % et 15,4 % (TFN combiné : 10,2 %4. Il est à noter que le statut cN0 chez ces patientes correspondait à l’absence d’adénopathie à la palpation; aujourd’hui, l’échographie est utilisée de routine pour l’évaluation avant un TSNA (voir section Évaluation axillaire).

Geng et coll. ont publié une méta-analyse concernant spécifiquement les patientes dont le stade de la maladie était cN0 avant le TSNA et qui ont été soumises à une exérèse du ggS après le TSNA ([14]; tableau ci-dessous). Le taux de repérage global a été estimé à 95 % et le TFN à 6 %. Cette méta-analyse a inclus 16 études, mais d’autres études pertinentes n’ont pas été incluses, notamment celle de Mamounas et coll. qui figure dans le tableau ci-dessous [12, 13].


2. Le terme « robustesse » signifie ici que le résultat d’un calcul de taux de repérage ou de TFN est peu sensible à la variation à la hausse ou à la baisse de quelques unités au numérateur. Dans les cas particuliers de cette section, plus le dénominateur est grand, plus le résultat du calcul est robuste.

3. Nos calculs : taux de repérage combiné = ∑ nombre de cas avec ≥ 1 ganglions sentinelles réséqués/∑ nombre de cas chez qui un repérage a été tenté x 100; ∑ : sommation des cas de toutes les études relevées.

4. Nos calculs : taux de faux négatifs combiné = ∑ faux négatifs/∑ (faux négatifs + vrais positifs) x 100; ∑ : sommation des cas de toutes les études relevées.

Études sélectionnées1 qui ont évalué le taux de repérage et le TFN obtenus avec l’exérèse du ggS après un TSNA chez des patientes atteintes d’une maladie initialement de stade cN0

Étude
Devis

cN0 et tentative de repérage
(n)

Taux de repérage
du ggS

Fraction
FN/(FN + VP)

TFN

Études primaires

 

 

 

 

Rebollo-Aguirre et coll. 2012 [15]
P/U

51

98 %

2/21

9,5 %

Tausch et coll. 2011 [16]
ABCSG-142
P/M

cN0 : nd

cN0 : nd

4/26

15,4 %

Classe et coll. 2009 [17]
GANEA
P/M

130

94,6 %

3/32

9,4 %

Gimbergues et coll. 2008 [18]
P/U

82

93,9 %

0/29

0 %

Mamounas et coll. 2005 [12]
NSABP B-273

Analyse R d’une étude P randomisée M

326

84,4 %

12/97

12,4 %

Méta-analyse

 

 

 

 

Geng et coll. 2016 [14]
Méta-analyse
16 études (3 P/M, 8 P/U, 1 R/M et 4 R/U)

1 456

87-100 %
Méta-analyse : 95 %
(IC 95 % 95 %-97 %)
I2 = 45,6 % (modérée)

36/393

0 %-33 %
Méta-analyse : 6 %
(IC 95 % : 3 %-8 %)
I2 = 27,5 % (modérée)

FN : faux négatif; ggS : ganglion sentinelle; I2 : statistique mesurant l’hétérogénéité interétudes (inconsistency); M : multicentrique; P : prospective; R : rétrospective; TFN : taux de faux négatifs; TSNA : traitement systémique néoadjuvant; U : unicentrique; VP : vrai positif (atteinte ganglionnaire confirmée).
1. Critères d’inclusion : 1) méta-analyse ou 2) étude prospective ou analyse rétrospective d’une étude prospective; nombre avéré de cas axillaire positifs après curage axillaire ≥ 20; curage axillaire effectué chez toutes les patientes.
2. Analyse d’un sous-protocole de l’étude randomisée ABCSG-14.
3. L’exérèse du ggS n’était pas obligatoire dans cette étude et aucun protocole concernant la procédure n’a été prédéfini.

En résumé, les taux de repérage du ggS après un TSNA chez les cas de stade cN0 se situent globalement entre 90 % et 95 %, et les TFN autour de 6 % à 10 %; ces valeurs semblent acceptables au regard de celles de l’étude NSABP B-32 (taux de repérage : 97,2 % et TFN : 9,8 %) [1]. Même si des TFN allant jusqu’à 15,4 % ont été obtenus (voir tableau ci-dessus), les résultats de la plupart des études individuelles disponibles apportent peu d’information utile car elles sont peu robustes. En effet, dans le calcul du TFN, lorsque le dénominateur est petit (nombre total de cas positifs avérés), la variation d’une seule unité au numérateur (nombre de faux négatifs) entraîne une variation importante du TFN.

En ce qui concerne les résultats cliniques, aucune étude randomisée n’a été répertoriée. Nogi et coll. ont publié une étude rétrospective unicentrique qui avait pour objectif d’évaluer la prise en charge axillaire en fonction du statut des ggS réséqués après le TSNA (omission du curage axillaire si ggS[-]; n = 183) [19]. Après un suivi de 5 ans, aucune rechute axillaire n’a été observée, le taux de survie sans rechute à distance a été de 96,1 % et la survie globale a été de 99,3 % (suivi médian : 51,1 mois [4,25 ans]).

Cancer du sein de stade cN+

Chez les cas de stade cN+ avant le TSNA, l’exérèse du ggS après le TSNA avec l’objectif d’omettre le curage axillaire si aucune métastase n’est détectée constitue une approche controversée. D’une part, aucune donnée de survie globale ou de contrôle de la maladie issue d’études randomisées ne permet d’affirmer que la prise en charge de l’aisselle en fonction du statut du ggS est non inférieure ou équivalente au curage axillaire. D’autre part, il est bien établi qu’environ 30 % à 50 % des femmes traitées avec un TSNA obtiennent une réponse pathologique ganglionnaire complète et pourraient éviter le curage axillaire [20, 21, 22, 23, 24]. La capacité à reconnaître correctement ces patientes représente toutefois un défi. En effet, 3 méta-analyses récentes concernant l’exérèse du ggS chez les cas de stade cN+ ont montré que cette approche est associée à des TFN globaux allant de 13 % à 15,1 % (IC 95 % le plus bas et le plus élevé : 10 % à 17,6 %; I2 de 38,8 % à 71,27 % [hétérogénéité de modérée à importante]) [25, 26, 27]. De plus, plusieurs des études primaires incluses dans ces méta-analyses ont rapporté des TFN supérieurs à 20 %, ce qui dépasse largement le seuil de référence de 10 % de l’étude NSABP B-32.

En admettant que certaines approches techniques permettent aujourd’hui d’obtenir des TFN inférieurs à 10 %, il n’est pas démontré que ce seuil de 10 %, établi à partir d’une cohorte de cas de stade cN0, soit acceptable pour des cas de stade cN+. Cependant, il est raisonnable de penser qu’une méthode serait adéquate si elle était associée à une probabilité très faible que des métastases soient laissées dans l’aisselle malgré l’omission du curage axillaire. C’est pour cette raison que l’omission du curage axillaire peut parfois être considérée lorsque les méthodes adoptées et les circonstances chirurgicales limitent à un minimum la probabilité qu’un résultat faussement négatif soit obtenu (voir section Considérations techniques liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles). Il faut toutefois faire preuve de prudence, car certaines patientes à qui un TSNA est administré présentent une maladie très agressive, qui pourrait éventuellement récidiver si le choix de traitement n’était pas en adéquation avec le risque.

Les méta-analyses disponibles sur le ggS chez les cas de stade cN+ ont le défaut d’inclure des études très hétérogènes et dont le niveau de données probantes est souvent faible (plusieurs études rétrospectives, unicentriques et comptant un faible nombre de patientes) [13, 25]. Afin de documenter les taux de repérage et de faux négatifs associés à l’exérèse du ggS dans un tel contexte à partir des meilleures données probantes, le choix a été fait de retenir les études prospectives multicentriques les plus robustes (≥ 50 cas positifs avérés post-TSNA).

Taux de repérage du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

TFN associés à l’exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

Résultats cliniques associés à l’exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

Taux de repérage du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

Bien que les comparaisons soient indirectes, les taux de repérage associés à l’exérèse du ggS chez des cas de stade cN+ semblent globalement plus faibles que ceux obtenus chez des cas de stade cN0. En effet, chez les cas de stade cN+, les taux de repérage ont varié entre 77,6 % et 92,7 % (tableau ci-dessous) comparativement à des taux d’environ 99 % à 100 % chez les cas de stade cN0 lorsque l’exérèse était réalisée avant le TSNA et de 84,4 % à 98 % chez les cas de stade cN0 lorsque l’exérèse était faite après le TSNA (voir sections Exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN0 et Exérèse du ggS avant le TSNA chez les cas de stade cN0).

TFN associés à l’exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

Les TFN obtenus dans les 6 études répertoriées ont varié entre 5,6 % et 16 % (tableau ci-dessous). Seules 2 études ont obtenu un TFN inférieur à 10 %, soit SN FNAC et Lee et coll. (tableau ci-dessous). Par rapport à toutes les autres études, SN FNAC avait les particularités d’inclure les cellules tumorales isolées (≤ 0,2 mm) dans la définition de ggS positif et d’exiger qu’une immunohistochimie soit réalisée lorsque les ggS étaient négatifs à la coloration standard (H&E) [23]. Un TFN de 8,4 % (IC 95 % 2,4 %-14,4 %) a été obtenu avec cette approche. Ce résultat satisfait au critère prédéfini par les auteurs, soit 10 %, bien que l’intervalle de confiance à 95 % inclut le seuil de 10 % et que la limite supérieure de l’intervalle dépasse celle obtenue dans l’étude NSABP B-32 (limite supérieure IC 95 % : 14,4 % contre 12,2 %).

À la suite de la publication de l’étude SN FNAC, Boughey et coll. ont fait une analyse rétrospective des données de l’étude ACOSOG Z1071 afin de déterminer si l’inclusion des cellules tumorales isolées dans la définition de ggS positif pouvait diminuer le TFN. Les résultats de cette analyse ont été présentés au CTRC-AACR San Antonio Breast Cancer Symposium en 2014, mais ils n’ont pas encore été publiés dans un journal scientifique à ce jour. En considérant les 470 patientes atteintes d’une maladie de stade cN1 chez qui ≥ 2 ggS ont été réséqués et examinés par immunohistochimie, les TFN ont été de 11,3 % si seules les métastases > 0,2 mm étaient incluses, et de 8,7 % si les métastases de toutes les tailles étaient incluses ([28]; tableau ci-dessous). Deux autres études avaient pour devis de considérer les cellules tumorales isolées dans la définition de ganglion positif, mais l’utilisation de l’IHC n’était pas obligatoire, ce qui pourrait expliquer que leur TFN soit plus élevé ([21, 22]; tableau ci-dessous).

Le TFN de 5,6 % obtenu par Lee et coll. est plus difficile à expliquer, car peu de détails ont été publiés concernant le devis.

Outre la définition du ggS positif et l’utilisation de l’immunohistochimie pour l’évaluation pathologique des ggS, d’autres aspects techniques permettent de diminuer les TFN, notamment la méthode de repérage du ggS, le nombre de ggS réséqués et l’utilisation de marqueurs pour le repérage ultérieur d’un ganglion atteint. Ces différents sujets sont traités dans la section Considérations techniques liées à la méthode du ggS.

Études sélectionnées1 qui ont évalué le taux de repérage et le TFN obtenus avec l’exérèse du ggS après un TSNA chez des patientes atteintes d’une maladie initialement de stade cN+

Étude

Critères d’admission clés

Détails techniques clés

Taux de repérage global

TFN global

Toutes les patientes sont incluses, sans égard à la réponse au TSNA

Zetterlund et coll. 2017 [21]
n = 195

Stades cT1-T4dN1

-Écho. axill. +/- biopsie pré-TSNA
-Repérage du ggS avec 2 traceurs : 87,5 %
-Définition de ggS+ : méta toutes tailles (H&E, IHC non obligatoire)

77,9 %

14,1 %
(IC 95 % nd)

Boileau et coll. 2015 [23] SN FNAC2
n = 153 recrutées, 145 admissibles

Stades II-IIIa (cT0-3N1-2)

-Écho. axill. +/- biopsie pré-TSNA
-Écho. axill. post-TSNA
-Repérage du ggS : nd (isotope obligatoire)
-Définition de ggS+ : méta toutes tailles (IHC effectuée si H&E négatif)

87,6 %

8,4 %
(IC 95 % 2,4 %-14,4 %)

Boughey et coll. 2013 [24] ACOSOG Z1071
n = 689
(stade cN1 : n = 651)

Stade cT0-4N1-2

-Écho. axill. +/- biopsie pré-TSNA
-Écho. axill. post-TSNA
-Repérage du ggS avec 2 traceurs : 79,4 %
-Définition de ggS+ : méta > 0,2 mm (H&E)

Toutes les ptes :
92,7 %

Ptes avec stade cN1 et ≥ 2 ggS réséqués3
12,6 %
(ICB 90 % 9,85 %-16,05 %)

Analyse rétrospective
Abrégé (2014)
[28]
n = 470

-Stade cN1
-≥ 2 ggS réséqués
-IHC disponible

Idem, sauf définition de ggS+ : méta toutes tailles à l’IHC vs > 0,2 mm

s. o.

Méta toutes tailles vs > 0,2 mm
8,7 % vs 11,3 %

Lee et coll. 2007 [29]
n = 219

cN+

 

-Évaluation axill. : palpation +/- biopsie ou écho. axill. + FDG-TEP
-Au choix
-Définition de ggS+ : nd (IHC effectuée si H&E négatif)

77,6 %

5,6 %
(IC 95 % nd)

Patientes incluses seulement si conversion à ycN0 avec TSNA

Enokido et coll. 2016 [22]
n = 143

Stades cT1-3N1

-Écho. axill. +/- biopsie pré-TSNA
-Écho. axill. post-TSNA
-Repérage du ggS avec 2 traceurs : 95,1 %
-Définition de ggS+ : méta toutes tailles (méthode nd)

90,9 %

16 %
(IC 95 % nd)

Kuehn et coll. 2013 [4] SENTINA
n = 592 (groupe C)

Stade cN1-2

-Écho. axill. pré-TSNA, confirmation par biopsie non obligatoire (25 % confirmés)
-Écho. axill. post-TSNA
-Repérage du ggS avec 2 traceurs : 39 % (isotope obligatoire)
-Définition de ggS+ : méta > 0,2 mm (H&E; IHC non requise)

80,1 %

14,2 %
(IC 95 % 9,9 %-19,4 %)

axill. : axillaire; c : relatif à la stadification clinique; cons. : conservatrice (chirurgie); Cx : chirurgie; écho. : échographie; FDG-TEP : tomographie par émission de positrons avec fluorodésoxyglucose; ggS : ganglion sentinelle; H&E : coloration à l’hématoxyline et à l’éosine; histo. : confirmé par examen histologique d’une biopsie; IC 95 % : intervalle de confiance à 95 %; ICB : intervalle de crédibilité bayésien; IHC : immunohistochimie (contre cytokératines); IRM : imagerie par résonance magnétique; méta : métastases; nd : non disponible; patho. : pathologie; préop. : préopératoire; ptes : patientes; RC : réponse complète; RP : réponse partielle; TFN : taux de faux négatifs; TSNA : traitement systémique néoadjuvant; y : relatif à la stadification post-TSNA.
1. Critères d’inclusion : étude prospective multicentrique; nombre avéré de cas axillaires positifs après curage axillaire ≥ 50 (sélection des résultats les plus robustes); curage axillaire effectué chez toutes les patientes.
2. L’étude avait prévu le recrutement de 300 patientes sur 3 ans, mais après 3,75 ans, l’étude était à 51 % du recrutement cible. Une analyse intermédiaire non planifiée a été réalisée, et l’étude a été arrêtée prématurément car il a été jugé que les résultats corroboraient ceux d’ACOSOG 1071. Critères préspécifiés, taux de repérage du ggS : ≥ 90 % et TFN ≤ 10 %.
3. L’objectif principal de l’étude ACOSOG 1071 était d’évaluer le TFN chez les patientes atteintes d’une maladie de stade cT0-4N1 et chez qui ≥ 2 ggS ont été réséqués (n = 525; 80,6 % des patientes avec maladie de stade cN1 chez qui une tentative d’exérèse du ggS a été réalisée).

Résultats cliniques associés à l’exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN+

En ce qui concerne les cas de stade cN+, aucune étude randomisée n’a évalué si la prise en charge de l’aisselle en fonction du statut des ggS après un TSNA permet d’obtenir des résultats cliniques équivalents à ceux du curage axillaire d’emblée. Trois études rétrospectives rapportant des résultats cliniques pertinents à ce sujet ont été répertoriées (tableau ci-dessous). Parmi celles-ci, l’étude de Kang et coll. est celle dont le niveau de preuve est le plus élevé, car des analyses multivariées ont été réalisées pour ajuster les résultats en fonction de la plupart de facteurs non équilibrés entre les groupes [30]. Trois constats peuvent être tirés à partir des résultats sur la survie sans récidive axillaire de cette étude : 1) le risque instantané (HR) de récidive axillaire ou de décès n’est pas significativement plus grand pour les patientes dont l’aisselle a été prise en charge en fonction du statut des ggS que pour celles qui ont eu un curage axillaire d’emblée, bien que le RRI soit de 2,33 et que la valeur de p soit à la marge du 0,05 (p = 0,061); 2) le devis ne permet pas d’affirmer que la prise en charge de l’aisselle en fonction du statut des ggS est équivalente ou non inférieure au curage axillaire; et 3) après 4 ans, un faible nombre de récidives ou de décès sont survenus quelle que soit la méthode de prise en charge de l’aisselle (différence de taux de 1,2 % en faveur du curage axillaire). Ogawa et coll. n’ont pas rapporté de résultats spécifiquement sur la rechute axillaire, et la comparaison des résultats sur les rechutes globales est peu informative puisque les groupes n’étaient pas comparables (détails en note de bas de tableau). Les résultats de Galimberti et coll. semblent corroborer que le taux de rechute axillaire est faible après 5 ans lorsque la méthode du ggS est utilisée.

Principaux résultats cliniques des études rétrospectives qui ont évalué la prise en charge axillaire en fonction du statut des ggS réséqués après un TSNA (ggS[-] : omission du curage axillaire; ggS[+] : curage axillaire)

Étude

Critères d’admission clés

Détails techniques clés

Contrôle de la maladie

Survie globale

A : prise en charge axillaire en fonction du statut des ggS (omission du curage axillaire si ggS[-]) et B : curage axillaire d’emblée

Ogawa et coll. 2018 [31]
n = 80 (A : 53 et B : 27)1

Suivi médian : 63 mois

-Stades IIA-IIIC, cT1-4N0-3 (écho. et TDMc)
-yN0 (écho. et TDMc)

-ggS avec colorant
-Définition de ggS+ : nd

A vs B
Rechutes à l’analyse :
32,1 % vs 40,7 %
p = 0,71

Donnée numérique nd
p = 0,46

Kang et coll. 2017 [30]
n = 1 247 (A : 428 et B : 819)2
Suivis médians
A et B : 48 et 51 mois

-cN+ (Bx ou ≥ 2 imageries)
-ycN0 (imageries [-] et non palpable)

-ggS avec colorant et/ou isotope
-Définition de ggS+ : nd

A vs B
SSRA :
Taux à 4 ans :
97,8 % vs 99,0 % p = 0,148
Analyse multivariée:
HR = 2,33, p = 0,061
SSRD :
Analyse multivariée:
HR = 1,10, p = 0,529

nd

Galimberti et coll. 2016 [32]
n = 396
Suivi médian : 61 mois

-cT1-4N0-2 (palpation +/- Bx)
-ycN0 (palpation, écho. et/ou FDG-TEP)

-ggS avec isotope
-Examen du ggS peropératoire
-Définition de ggS+ : méta > 0,2 mm

A seulement

Rechute axillaire à l’analyse :
0,5 %
SSRD à l’analyse à 5 ans :
84 %4
SSM à 5 ans :
79 %4

A seulement
À 5 ans :
90,7 %

Bx : biopsie; écho. : échographie; ggS : ganglion sentinelle; nd : non disponible; SSM : survie sans maladie; SSRA : survie sans rechute axillaire; SSRD : survie sans rechute à distance; TDMc : tomodensitométrie avec agent de contraste; TSNA : traitement néoadjuvant.
1. Paramètres avec déséquilibres apparents entre les groupes (≥ 10 %) : statut ménopausique, stade cN, statut HER2, statut triple-négatif, réponse clinique au TSNA, agents de TSNA et type de chirurgie.
2. Paramètres avec déséquilibres significatifs ou apparents (≥ 10 %) entre les groupes : stade cT, stade cN, stade pT, stade pN et chimiothérapie postopératoire.
3. Covariables incluses dans le modèle de régression de Cox : stades cliniques T et N, statut du récepteur des œstrogènes et réponse pathologique complète.

4. Nos calculs, dérivés des données publiées.

Globalement, ces résultats de faible niveau de données probantes (études rétrospectives) suggèrent que la prise en charge axillaire en fonction du statut du ggS après le TSNA, chez les cas de stade cN0/+ sans maladie cliniquement détectable après le TSNA, est associée à un taux de récidive axillaire faible. Cependant, ils ne permettent pas de conclure que cette approche est équivalente ou non inférieure au curage axillaire d’emblée.

Guides et consensus de pratique clinique

Le tableau ci-dessous présente les recommandations relevées dans les six guides ou consensus de pratique clinique répertoriés. La plupart des guides et consensus privilégient que l’exérèse du ggS soit réalisée après le TSNA chez les cas de stade cN0; le guide des Pays-Bas constitue la seule exception claire parmi les guides et consensus répertoriés [33]. Chez les cas de stade cN+, la plupart des guides et consensus expriment clairement leur préoccupation concernant les TFN élevés relatifs à l’exérèse du ggS après le TSNA. Le NCCN et le consensus de St-Gall recommandent tout de même que l’exérèse du ggS soit effectuée, mais ils demeurent prudents en suggérant d’omettre le curage axillaire lorsque certaines approches ou conditions permettant de diminuer le TFN sont possibles ou observées. Le guide des Pays-Bas n’indique pas clairement sa position concernant les cas de stade cN+ [33]. Pour l’ESMO, l’exérèse du ggS après le TSNA ne semble pouvoir être considérée que pour les cas cN0, et non les cN+ [9].

Recommandations des guides et consensus de pratique clinique concernant la prise en charge de l’aisselle dans un contexte de TSNA

Organisme

Recommandation

NCCN V1.2018 [8]

·     Si l’évaluation des ganglions axillaires ipsilatéraux est négative :

o  Il est préférable de réaliser l’exérèse du ggS après le TSNA (recommandation de catégorie 2A).

·     Si la biopsie d’un ganglion axillaire ipsilatéral est positive, l’aisselle peut être restadifiée après le TSNA (recommandation de catégorie 2A; voir remarque) :

Remarque : Le marquage des ganglions échantillonnés par tatouage ou par clip devrait être considéré pour permettre la vérification que le ganglion positif à la biopsie a été enlevé au moment de la chirurgie définitive.

o  Si l’aisselle montre un résultat positif à l’examen du ggS, le curage axillaire devrait être effectué (recommandation de catégorie 2A).

o  Si l’aisselle montre un résultat cliniquement négatif après le TSNA, l’exérèse du ggS peut être réalisée chez des cas sélectionnés (recommandation de catégorie 2B; voir remarque); autrement, le curage axillaire devrait être effectué.

Remarque : Chez les patientes avec ganglion positif avant le TSNA, l’exérèse du ganglion sentinelle est associée à un TFN > 10 % lorsqu’elle est réalisée après le TSNA. Ce TFN peut être amélioré en marquant les ganglions biopsiés afin de documenter qu’ils ont été enlevés, en utilisant une méthode avec double traceurs et en réséquant > 2 ggS.

ASCO 2014-2017
Lyman et coll.
[34, 35]

·     Les cliniciens peuvent proposer l’exérèse du ganglion sentinelle aux femmes atteintes d’un cancer du sein opérable qui reçoivent une thérapie systémique néoadjuvante (qualité de la preuve : intermédiaire; force de la recommandation : modérée).

Remarque dans le texte : L’exérèse du ggS peut être offerte avant ou après le TSNA, mais le TFN est plus élevé après et, par conséquent, la procédure semble moins exacte après le TSNA.

Consensus de St-Gall 2017 [7]

·     Chez une femme qui ne présente pas d’atteinte axillaire et qui reçoit un TSNA, le panel croit fortement que l’exérèse du ggS est appropriée et il préconise qu’elle soit réalisée après le TSNA.

·     Chez les femmes qui présentent une atteinte axillaire avant le TSNA et qui ont une réponse clinique avec stadification à la baisse à ycN0, il y a plus de controverse. Le panel croit que l’exérèse du ggS, en opposition au curage axillaire, est adéquate si ≥ 3 ggS sont réséqués et négatifs. Il recommande que le curage axillaire soit complété chez les patientes dont l’aisselle montre un résultat cliniquement positif ou qui présentent une macrométastase dans un ggS après le TSNA. Le panel était partagé à savoir si un curage axillaire devrait être réalisé en présence de micrométastases dans un ggS.

Richtlijnen Database, Initiative of Knowledge Institute of Medical Specialists, Pays-Bas 2017 [33]

·     Pour les cas de stade cN0, il est préférable que l’exérèse du ggS soit réalisée avant le TSNA (recommandation non gradée).

(Les indications concernant l’exérèse du ggS dans un contexte de TSNA et la conduite à adopter ne sont pas clairement rapportées pour les cas de stade cN+.)

ESMO 2015
Senkus et coll.
[9]

·     Chez les patientes qui reçoivent un TSNA, il a été démontré que l’exérèse du ggS après le TSNA est associée à un taux de détection plus faible et à des TFN plus élevés. Cependant, si l’aisselle montre un résultat négatif à l’échographie et/ou à la TEP/TDM préopératoire, une exérèse du ggS après le TSNA peut être considérée (niveau de données probantes V; grade de recommandation B).

Consensus d’experts canadiens sur la thérapie néoadjuvante contre le cancer du sein 2015 [10]

·     L’exérèse du ggS avant le traitement néoadjuvant n’est pas l’option privilégiée pour les patientes atteintes d’un cancer du sein localement avancé (consensus, aucune donnée probante à l’appui).

ggS : ganglion sentinelle; TDM : tomodensitométrie; TEP : tomographie par émission de positrons; TFN : taux de faux négatifs; TSNA : traitement systémique néoadjuvant.

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3.5.4.3 Chez les cas de récidive locale (cN0) avec antécédent de stadification axillaire (ganglion sentinelle ou curage axillaire)

Selon deux études qui ont regroupé les résultats d’un total de 10 essais randomisés du NSABP, les taux de récidive ipsilatérale de cancer du sein à 10 ans pour les patientes traitées par tumorectomie et curage axillaire sont de 6,1 % chez les cas de stade cN0 et de 8,6 % chez les cas de stade cN+ [1, 2]. Pendant longtemps, le curage était la seule intervention axillaire considérée pour les femmes aux prises avec une récidive locale. Cela était justifié par la perception que les voies lymphatiques avaient été perturbées par la chirurgie axillaire antérieure, et éventuellement par les thérapies adjuvantes, et que les taux de repérage du ggS et les taux de faux négatifs (TFN) en étaient affectés [3]. L’approche du ggS est aujourd’hui considérée par plusieurs chirurgiens, mais elle ne fait pas consensus. Au Québec, plus des deux tiers des experts québécois consultés se sont prononcés en faveur de l’approche de l’exérèse du ggS dans une situation de récidive locale où le traitement initial était une chirurgie conservatrice avec exérèse du ggS et radiothérapie (rencontre de consensus).

Les données disponibles montrent que l’exérèse du ggS est techniquement faisable dans les cas de récidive, bien que le taux de repérage soit moindre que celui obtenu lors d’une chirurgie primaire et que les voies de drainage lymphatique soient aberrantes chez une proportion importante de patientes. Ces deux paramètres sont particulièrement touchés lorsque la chirurgie axillaire antérieure était le curage ganglionnaire. Actuellement, aucune donnée issue d’études randomisées ne permet d’avoir l’assurance que l’exérèse du ggS est une approche équivalente au curage ganglionnaire. Puisqu’à ce stade de la maladie les options curatives subséquentes sont limitées, la prudence est de mise.

Faisabilité

Fiabilité
Guides et consensus de pratique

Faisabilité

Deux méta-analyses récentes portant sur la faisabilité et la fiabilité de l’exérèse du ggS chez des patientes atteintes d’une récidive locale ont été répertoriées et sont présentées dans le tableau qui suit. Ces analyses révèlent que, globalement, le taux de repérage du ggS est d’environ 60 % à 65 %, et que ce taux est significativement plus faible lorsque la chirurgie axillaire antérieure était un curage axillaire que lorsqu’une exérèse du ggS avait été faite. Le recours à la radiothérapie et le type de chirurgie de la tumeur primaire n’ont pas été associés à une différence statistiquement significative du taux de repérage.

La localisation du ggS à la lymphoscintigraphie a montré la présence d’un drainage lymphatique aberrant chez environ 25 % à 30 % des patientes. Un taux plus élevé de drainage lymphatique aberrant a été observé chez les patientes qui ont eu un curage axillaire précédemment (vs ggS), de même que chez celles qui ont reçu une radiothérapie.

Méta-analyses récentes qui ont évalué l’exérèse du ggS chez des patientes présentant une récidive locale

Méta-analyse

Taux de résection de ≥ 1 ggS

Taux de drainage lymphatique aberrant1

Taux de ggS+

TFN

Toutes les ptes

Sous-groupes relatifs à l’intervention primaire

Toutes les ptes

Sous-groupes relatifs à l’intervention primaire

ggS vs curage axill.

RT+ vs RT-

Cx cons. vs mast. totale

ggS vs curage axill.

RT+ vs RT-

Poodt et coll. 2018 [4]
34 études et rapports de cas
n = 1 761

64,3 %2

75,7 % vs 46,1 %
p3 ≤ 0,001

64,0 vs 73,0 %
p = 0,096

59,7 % vs 67,7 %
p = 0,050

39,2 %

19,8 % vs 72,6 %
p ≤ 0,001

70,3 % vs 38,5 %
p = 0,042

18,2 %

4,1 %4
(5/122)

Ahmed et coll. 2016 [3]
7 études5
n = 1 053

59,6 %

70,1 % vs 42,0 %
OR = 2,97
(IC 95 % 1,66-5,32)
p < 0,001

nd

nd

25,7 %

13,4 % vs 39,7 %
OR = 0,27
(IC 95 % 0,19-0,38)
p < 0,001

nd

10,4 %

nd

axill. : axillaire; cons. : conservatrice; Cx : chirurgie; ggS : ganglion sentinelle; mast. : mastectomie; nd : non disponible; ptes : patientes; RT : radiothérapie; TFN : taux de faux négatifs; Tx : traitement; vs : versus.
1. ggS repéré ailleurs que dans l’aisselle ipsilatérale à la lymphoscintigraphie.
2. La résection du ggS suivait un repérage par lymphoscintigraphie pour la plupart des patientes (82,1 %).
3. La valeur p rapportée dans l’abrégé de l’article n’est pas la même : p < 0,0001.
4. Dans le calcul du TFN, les faux négatifs (numérateur) correspondent aux cas avec ggS- qui avaient un ganglion non sentinelle positif au curage axillaire de l’aisselle ipsilatérale seulement, mais ils ne comptent pas les cas possibles avec ggS- dans une autre aire ganglionnaire avec ganglion non sentinelle positif dans cette même aire. Quant aux cas vrais positifs (composante du dénominateur), ils comptent tous les cas de ggS+, qu’ils aient été repérés dans l’aisselle ipsilatérale ou dans une autre aire ganglionnaire. Il pourrait donc y avoir une sous-estimation du TFN.
5. Inclusion des études primaires comptant > 50 patientes et dont la qualité était satisfaisante (4/6 critères de qualité).

Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Fiabilité

Pour ce qui est de la fiabilité de l’approche d’exérèse du ggS, la méta-analyse de Poodt et coll. a rapporté un TFN global de 4,1 % (tableau ci-dessus). Cependant, ce TFN est basé sur un nombre relativement petit de cas N+ avérés (122). Les deux méta-analyses répertoriées ont aussi rapporté des résultats cliniques mais, puisque dans les études incluses l’aisselle n’avait pas toujours été prise en charge en fonction du statut du ggS, les résultats ont été jugés non pertinents pour répondre à l’objectif de cette section.

Quatre études rétrospectives dans lesquelles l’aisselle était prise en charge en fonction du statut du ggS ont été répertoriées et sont présentées dans le tableau ci-dessous. Chez des patientes dont le ggS était négatif et qui n’ont pas eu de curage axillaire, Poodt et coll. ont rapporté un taux de récidive régionale de 4,5 % après un suivi médian de 4,7 ans. L’étude d’Intra et coll., qui incluait des patientes dont le ggS était négatif ou positif, ont montré un taux de récidive axillaire de 3,9 % après un suivi médian de 4 ans. Dans cette étude, les auteurs rapportent que les ganglions des voies lymphatiques aberrantes accessibles étaient réséqués [5]. Les deux autres études n’ont rapporté aucune récidive axillaire ou ganglionnaire, mais les suivis étaient plus courts (médianes d’environ 2 et 3 ans). Malgré ces taux de récidive relativement faibles, il importe de rappeler que, dans ce contexte clinique, aucune donnée issue d’études randomisées n’a démontré que l’exérèse du ggS est une intervention équivalente au curage axillaire.

Résultats cliniques tirés d’études1 qui ont évalué l’approche d’exérèse du ggS chez des patientes dont la maladie a récidivé après une chirurgie primaire

Études

Caractéristiques clés

Traitements adjuvants reçus pour le Tx de la récidive

Résultats cliniques

Poodt et coll. 2018 [6]
n = 201
Suivi médian : 4,7 ans

Maladie primaire :
-Cx cons. ou mast. totale
-ggS+/-
-ggS seul ou curage axill.

Récidive locale :
-Ptes avec ggS- et sans curage axillaire à la récidive
-Exclusion si ggS+ (macrométa. ou microméta.)

RT : 22,4 %
Systémique : 63,2 %
HT : 56,7 %
CT : 16,9 %

Récidive régionale comme 1er événement* : 4,5 %
Absence de récidive régionale à 5 ans : 95,4 %

Intra et coll. 2015 [5]
n = 212
Suivi médian : 48 mois et minimum 1 an

Maladie primaire :
-Cx cons.
-ggS-, pas de curage axill.
-RT : 95 %

Récidive locale :
-Cx cons. ou mast. totale
-Curage axill. si macrométa. dans les ggS
-ggS avec drainage aberrant : résection si accessible durant Cx

nd

À 5 ans :
Récidive axillaire : 3,9 %
Survie sans maladie : 79,9 %
Survie globale : 93,9 %

van der Ploeg et coll. 2010 [7]
n = 115
Suivi médian : 39 mois

Maladie primaire :
-Cx cons.
-Cx axillaire : 58 (50 %)
-ggS ou curage axill.

Récidive locale :
-Curage axill. si macrométa. dans les ggS

nd

Récidive ganglionnaire : 0

Cox et coll. 2008 [8]
n = 56
Suivi moyen : 26 mois

Maladie primaire :
-ggS, pas de curage axill.
-RT sein complet : 73 %

Récidive locale :
-Curage axill. si macrométa. dans les ggS ou échec au repérage

nd

Récidive axillaire : 0
Décès : 1

axill. : axillaire; cons. : conservatrice; Cx : chirurgie; gg : ganglion; ggS : ganglion sentinelle; macrométa. : macrométastases (> 2 mm); mast. : mastectomie; microméta. : micrométastases (> 0,2 mm ou > 200 cellules et ≤ 2 mm); nd : non disponible; ptes : patientes; RT : radiothérapie; Tx : traitement.
1. Les études sélectionnées devaient répondre aux critères suivants : 1) l’aisselle devait avoir été prise en charge en fonction du statut du ggS (curage axillaire si ggS+, omission si ggS-); 2) avoir inclus ≥ 50 patientes; et 3) avoir ≥ 2 ans de suivi médian ou moyen. Toutes les études repérées étaient rétrospectives.
*Paramètre d’évaluation primaire. La récidive régionale incluait celles survenant dans un ganglion controlatéral.

Guide et consensus de pratique clinique

Parmi les guides et consensus de pratique consultés, seul le NCCN a abordé la question de la prise en charge de l’aisselle chez les patientes qui présentent une récidive locale. Les recommandations sont les suivantes (recommandation de catégorie 2A; [9]) :

  • Lorsque le traitement initial était une tumorectomie avec radiothérapie, le NCCN recommande la mastectomie totale avec stadification des ganglions axillaires si un curage axillaire des aires ganglionnaires de niveaux I et II n’a pas été réalisé précédemment (voir note ci-dessous).
  • Lorsque le traitement initial était une mastectomie totale avec curage des ganglions axillaires de niveaux I et II + radiothérapie, le traitement recommandé est la résection chirurgicale, si possible. Une radiothérapie peut être prescrite si la patiente n’en a pas reçu antérieurement.

Note : Il est précisé que, pour les femmes chez qui une exérèse du ggS a été faite antérieurement, une nouvelle exérèse est techniquement possible, mais que l’exactitude n’est pas prouvée, que la signification pronostique d’une seconde exérèse du ggS après une mastectomie totale n’est pas connue et que son utilisation n’est pas encouragée (recommandation de catégorie 2A).

Références
1.

Anderson SJ, Wapnir I, Dignam JJ, Fisher B, Mamounas EP, Jeong JH, Geyer CE, Jr., Wickerham DL, Costantino JP, Wolmark N. Prognosis after ipsilateral breast tumor recurrence and locoregional recurrences in patients treated by breast-conserving therapy in five National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project protocols of node-negative breast cancer. J Clin Oncol 2009;27(15):2466-2473.

2.

Wapnir IL, Anderson SJ, Mamounas EP, Geyer CE, Jr., Jeong JH, Tan-Chiu E, Fisher B, Wolmark N. Prognosis after ipsilateral breast tumor recurrence and locoregional recurrences in five National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project node-positive adjuvant breast cancer trials. J Clin Oncol 2006;24(13):2028-2037.

3.

Ahmed M, Baker R, Rubio IT. Meta-analysis of aberrant lymphatic drainage in recurrent breast cancer. Br J Surg 2016;103(12):1579-1588.

4.

Poodt IGM, Vugts G, Schipper RJ, Nieuwenhuijzen GAP. Repeat Sentinel Lymph Node Biopsy for Ipsilateral Breast Tumor Recurrence: A Systematic Review of the Results and Impact on Prognosis. Ann Surg Oncol 2018;25(5):1329-1339.

5.

Intra M, Viale G, Vila J, Grana CM, Toesca A, Gentilini O, Galimberti V, Veronesi P, Luini A, Rotmensz N, Bagnardi V, Mattar D, Colleoni M. Second Axillary Sentinel Lymph Node Biopsy for Breast Tumor Recurrence: Experience of the European Institute of Oncology. Ann Surg Oncol 2015;22(7):2372-2377.

6.

Poodt IGM, Vugts G, Maaskant-Braat AJG, Schipper RJ, Voogd AC, Nieuwenhuijzen GAP. Risk of Regional Recurrence After Negative Repeat Sentinel Lymph Node Biopsy in Patients with Ipsilateral Breast Tumor Recurrence. Ann Surg Oncol 2018;25(5):1312-1321.

7.

van der Ploeg IM, Oldenburg HS, Rutgers EJ, Baas-Vrancken Peeters MJ, Kroon BB, Valdes Olmos RA, Nieweg OE. Lymphatic drainage patterns from the treated breast. Ann Surg Oncol 2010;17(4):1069-1075.

8.

Cox CE, Furman BT, Kiluk JV, Jara J, Koeppel W, Meade T, White L, Dupont E, Allred N, Meyers M. Use of reoperative sentinel lymph node biopsy in breast cancer patients. J Am Coll Surg 2008;207(1):57-61.

9.

National Comprehensive Cancer Network. NCCN clinical practice guidelines in oncology: breast cancer. Version 1.2018. 2018:209 pages.

3.5.4.4 Considérations techniques générales liées à l’exérèse et à l’examen des ganglions sentinelles (tous contextes confondus)

Le fardeau axillaire est un important déterminant de la stratégie de traitement. Par conséquent, le statut des ganglions sentinelles (ggS) doit refléter le plus fidèlement possible celui de l’ensemble des ganglions de l’aisselle, sans quoi les patientes pourraient être sous-traitées ou surtraitées. La technique du ggS idéale doit permettre : 1) de repérer les ggS avec succès (taux de repérage élevé); et 2) de détecter avec une grande sensibilité la présence d’une atteinte axillaire (taux de faux négatifs [TFN] faible). Les sous-sections qui suivent discutent de divers aspects techniques qui permettent d’améliorer l’une ou l’autre de ces caractéristiques. Il est utile de rappeler que l’étude NSABP B-32, qui a changé la pratique concernant la prise en charge de l’aisselle, a rapporté un taux de repérage de 97,2 % et un TFN de 9,8 % (IC 95 % 7,8 %-12,2 %) [1]. Dans la littérature, ces résultats sont souvent considérés comme des références en fonction desquelles les autres études sont comparées.

Avant d’aborder les données probantes relatives à cette sous-section, il importe de souligner que les devis des études incluses présentent des différences qui peuvent elles-mêmes avoir un effet sur le TFN, ce qui limite la comparaison interétude. De plus, le nombre de cas N+ avérés est petit dans certains cas, ce qui rend les résultats peu robustes.

Méthodes de repérage du ggS

Nombre de ggS réséqués

Définition de ganglion sentinelle positif et recours à l’immunohistochimie

Marquage d’un ganglion atteint

Méthodes de repérage du ggS

Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que l’isotope radioactif devrait toujours être utilisé pour le repérage du ggS et que l’ajout de la coloration bleue est préférable, voire nécessaire dans les cas de stade cN+. En effet, la méthode combinée a présenté des avantages par rapport à la méthode avec isotope seul dans plusieurs des études examinées. La méthode avec colorant seul n’est pas recommandée.

Effet de la méthode de repérage du ggS sur le taux de repérage
Effet de la méthode de repérage du ggS sur le TFN

Effet de la méthode de repérage du ggS sur le taux de repérage

Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement, la principale étude qui a évalué l’effet de la méthode de repérage sur le taux de repérage est NSABP B-32 [1]. Dans cette étude, le repérage était fait à la fois à l’aide de l’isotope radioactif et de la coloration bleue chez toutes les patientes. Les résultats ont été présentés sous forme de proportion de spécimens présentant les caractéristiques relatives aux méthodes de repérage utilisées (p. ex. radioactif, bleu; tableau ci-dessous). Environ les deux tiers des spécimens étaient à la fois radioactifs et bleus. Si l’isotope radioactif n’avait pas été utilisé, 24,3 % des spécimens n’auraient pas été prélevés, et si la coloration bleue avait été omise, 5,1 % des spécimens n’auraient pas été prélevés.

Caractéristiques des spécimens analysés dans l’étude NSABP B-32 [1]

Caractéristique

Proportion des spécimens présentant la caractéristique1
(13 171 spécimens; n = 5 374 patientes)

Radioactifs seulement

24,3 %

Radioactifs
89,4 %

 

Radioactifs et colorés

65,1 %

Bleus
70,2 %

Bleus seulement

5,1 %

 

Palpables seulement

3,9 %

 

 

Aucune

1,5 %

 

 

1. Le protocole prévoyait l’utilisation des deux méthodes (isotope et colorant) pour toutes les patientes. Les spécimens qui ne contenaient aucun ggS ont été exclus (209).

Dans un contexte de TSNA, deux études prospectives et une étude rétrospective réalisée à partir de la grande étude prospective NSABP B-27 sont les principales études à avoir évalué l’effet de la méthode de repérage du ggS sur le taux de repérage ([2, 3, 4]; tableau ci-dessous). Dans l’étude SENTINA, les taux de repérage obtenus avec la méthode combinée et l’isotope seul ont été similaires chez les cas de stade cN0 (différence : 0,7 %), alors que la méthode combinée a été associée à un taux plus élevé chez les cas cN+ (différence : 10,4 %). Chez une cohorte de cas de stades cN0 et cN1, l’étude dérivée de NSABP B-27 a montré des taux similaires avec la méthode combinée et l’isotope seul, mais des taux environ 10 % plus faibles avec le colorant seul.

Principales études qui ont évalué le taux de repérage du ggS en fonction de la méthode

Paramètre

Kuehn et coll. 2013 [2]
SENTINA

Kuehn et coll. 2013 [2]
SENTINA

Mamounas et coll. 2005 [3]
Analyse rétrospective de NSABP B-27

n

1 022

592

428

Contexte clinique

cN0 → ypN0-1

cN+ → ycN0

cN0-1

Moment de l’exérèse du ggS

Avant le TSNA

Après le TSNA

Après TSNA

Taux de repérage

 

 

 

Isotope seul (n total)

98,8 % (580)

77,4 % (389)

88,9 % (63)

Colorant seul (n total)

nd

nd

78,1 % (128)

Isotope + colorant (n total)

99,5 % (401)

87,8 % (164)

87,6 % (234)

c : relatif à la stadification clinique; ggS : ganglion sentinelle; nd : non disponible; p : relatif à la stadification pathologique; y : relatif à la stadification post-TSNA.

Effet de la méthode de repérage du ggS sur le TFN

Les principales études qui ont documenté l’effet de la méthode de repérage sur le TFN sont SN FNAC, ACOSOG Z1071 et l’analyse rétrospective à partir de données de NSABP B-27 ([3, 5, 6]; tableau ci-dessous). La comparaison entre la méthode avec isotope seul et la méthode combinée montre des résultats contradictoires : SN FNAC a obtenu un TFN > 3 fois plus petit avec la méthode combinée (5,2 % contre 16,0 %), alors que l’étude dérivée de NSABP B-27 a obtenu un meilleur TFN avec l’isotope seul (5 % contre 9,3 %). Par contre, le nombre de cas N+ avérés avec l’isotope seul est particulièrement faible dans les 2 études (25 et 20), ce qui rend les résultats très peu robustes (incrément de 4 % et 5 % respectivement pour chaque faux négatif ajouté). La seule étude qui a évalué le colorant seul, celle de Mamounas et coll., a montré que cette méthode est associée au TFN le plus élevé d’entre toutes (14,0 % contre 9,3 % pour la méthode combinée).

Principales études qui ont évalué l’effet de la méthode de repérage sur le TFN

Paramètre

Boileau et coll. 2015 [5]
SN FNAC

Boughey et coll. 2013 [6]
ACOSOG Z1071

Mamounas et coll. 2005 [3]
Analyse rétrospective de NSABP B-27

Stadification aisselle pré-TSNA

cN1-2
(écho. + Bx)

cN1
(écho. + Bx)

cN0-1

Inclusion après TSNA

Toutes les ptes

Toutes les ptes
≥ 2 ggS réséqués

Toutes les ptes

Définition de ggS[+]

Méta toutes tailles (IHC effectuée si H&E négatif)

Méta > 0,2 mm
(H&E)

Taille méta. : nd
H&E (IHC pour peu de ptes)

TFN

 

 

 

Global (n cas N+ avérés1)

8,4 % (83)

12,6 % (310)

10,7 % (140)

Isotope seul (n cas N+ avérés1)

16,0 % (25)

nd

5 % (20)

Colorant seul (n cas N+ avérés1)

nd

nd

14,0 % (43)

Une seule méthode (n cas N+ avérés1)

nd

20,3 % (59)

11,1 % (63)2

Isotope + colorant (n cas N+ avérés1)

5,2 % (58)

10,8 % (251)

9,3 % (75)

Bx : biopsie; écho. : échographie; ggS : ganglion sentinelle; H&E : coloration à l’hématoxyline et à l’éosine; IHC : immunohistochimie (contre cytokératines); méta. : métastases; nd : non disponible; ptes : patientes; TFN : taux de faux négatifs.
1. Nombre de cas N+ dans les ggS ou non sentinelles après le curage axillaire.
2. Nos calculs à partir des données disponibles.

Nombre de ggS réséqués

Le nombre de ggS réséqués a pour effet de diminuer le TFN. Cependant, dans la pratique, il n’est pas toujours possible de réséquer le nombre optimal de ggS. Typiquement, le nombre médian de ggS réséqués est de 2 [1, 2, 4, 7, 8]. La proportion de patientes chez qui ≥ 2 ggS sont réséqués varie entre 50 % et 74 %, et la proportion chez qui ≥ 3 ganglions sont réséqués se situe entre 15 % et 43 % [2, 4, 5, 7, 9, 10]; Mamtani et coll. rapportent pour leur part une proportion de 86 % des patientes chez qui ≥ 3 ggS ont été réséqués [11]. Comme l’ont souligné Boileau et coll., l’échantillonnage de ganglions à l’aveugle pour augmenter le nombre de ggS réséqués n’a pas été évalué et ne devrait pas être recommandé [5]. Toutefois, dans la prise de décision, il faut tenir compte des probabilités qu’un résultat soit faussement négatif, notamment en fonction du nombre de ggS réséqués.

Stade cN0, dans un contexte avant ou sans TSNA

Stade cN0 ou cN+, exérèse du ggS réalisée après le TSNA

 

Stade cN0, dans un contexte avant ou sans TSNA

Les meilleures données probantes concernant les TFN en fonction du nombre de ganglions réséqués dans ce contexte clinique sont fournies par l’étude NSABP B-32. Cette étude est la seule répertoriée à avoir l’effectif suffisant pour permettre la stratification nécessaire des résultats tout en conservant une certaine robustesse. NSABP B-32 a montré une relation inverse et significative entre le nombre de ggS réséqués et le TFN (tableau ci-dessous). La résection de ≥ 2 ggS est associée à des TFN de ≤ 10 %.

Taux de faux négatifs observé en fonction du nombre de ggS réséqués chez les cas de stade cN0

 

Krag et coll. 2007 [1]
NSABP B-32*

Nbre de cas de stade N+ avérés1

n = 766

Définition ggS+

nd

TFN global 1

9,8 (IC 95 % 7,8-12,2)

Nbre de ggS réséqués

TFN

1 ggS

17,7 % (37/209)

2 ggS

10,0 % (21/210)

3 ggS

6,9 % (12/173)

4 ggS

5,5 % (4/73)

≥ 5 ggS

1,0 % (1/101)

 

p < 0,0001

ggNS : ganglion non sentinelle; ggS : ganglion sentinelle; IC : intervalle de confiance; nd : non disponible; Nbre : nombre; TFN : taux de faux négatifs (faux négatifs/[faux négatifs + vrais positifs]).
1. Nombre de cas présentant une atteinte métastatique dans les ganglions, sentinelles ou non sentinelles.
*Le TFN concernant l’examen des ggS était l’un des objectifs secondaires de l’étude.

Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement, les études NSABP B-32, ACOSOG Z0011 et AMAROS ont montré que le curage axillaire peut être omis en l’absence d’une atteinte ou en présence de métastases dans ≤ 2 ggS, sous certaines conditions ([10, 12, 1314]; détails à la section Prise en charge de l’aisselle: Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement). Même si les devis de ces études ne spécifiaient pas un nombre minimal de ggS à réséquer pour être admissible, les conclusions ont été favorables à l’omission du curage axillaire, sur la base de résultats de survie globale et/ou de contrôle de la maladie. Le nombre de ganglions réséqués ne serait donc pas un facteur décisionnel lorsque la chirurgie est le premier traitement, dans la mesure où la technique est réalisée de façon optimale.

Stade cN0 ou cN+, exérèse du ggS réalisée après le TSNA

En ce qui concerne les cas de stade cN0, les devis des études qui ont rapporté les meilleures données probantes quant aux TFN ne prévoyaient pas une stratification des résultats en fonction du nombre de ggS réséqués (voir section Exérèse du ggS après le TSNA chez les cas de stade cN0). Dans la plupart de ces études, le nombre de cas avec maladie résiduelle à l’aisselle était faible, et les résultats, déjà peu robustes dans certains cas, l’auraient été encore moins après la stratification. L’effet sur le TFN du nombre de ggS réséqués après un TSNA n’est donc pas documenté chez les cas de stade cN0; il ne serait toutefois pas un enjeu selon les chirurgiens consultés.

Chez les cas de stade cN+, les meilleures données probantes répertoriées proviennent des quatre études prospectives présentées dans le tableau ci-dessous. Il est à souligner que l’interprétation de ces résultats est quelque peu compliquée par des différences dans les devis des études, et que certaines de ces différences sont elles-mêmes susceptibles d’influer sur le TFN. Néanmoins, un certain nombre de constats peuvent être tirés de ces résultats. D’abord, les TFN diminuent globalement en fonction de l’augmentation du nombre de ggS réséqués dans chacune des études. Plus précisément, il apparaît que, lorsqu’un seul ggS est réséqué, les TFN dépassent largement le seuil de 10 % de NSABP B-32, quel que soit le devis (18,2 % à 26,2 %). Bien que 3 des 4 études aient montré que la résection de ≥ 2 ggS est associée à des TFN < 10 % (4 % à 12,6 %), la résection de 2 ggS ne serait pas suffisante pour atteindre ce seuil selon les résultats d’ACOSOG Z1071 et de SENTINA (2 ggS réséqués : 21,2 % et 18,5 %). Ainsi, si l’on accepte la référence de 10 % comme seuil à partir duquel l’approche est sécuritaire, c’est à partir de 3 ggS réséqués que l’on atteint invariablement l’objectif visé chez les cas de stade cN+. D’autres aspects techniques permettant de diminuer le TFN doivent toutefois être pris en considération pour l’atteinte de ce seuil.

Résultats des principales études qui ont évalué l’effet du nombre de ggS réséqués sur le TFN pour les cas de stade cN+ chez qui l’exérèse du ganglion est effectuée après un TSNA

Étude

Zetterlund et coll. 2017* [4]

Boileau et coll. 2015 [5]
SN FNAC*

Boughey et coll. 2013 [6]
ACOSOG Z1071*

Kuehn et coll. 2013 [2]
SENTINA*

n

195

145 admissibles

525

592

Stadification aisselle pré-TSNA

cN1
(écho. + biopsie)

cN1-2
(écho. + biopsie)

cN1
(écho. + biopsie)

cN1-2
(écho., biopsie facultative)

Inclusion post-TSNA

Toutes les ptes

Toutes les ptes

Toutes les ptes

Ptes avec conversion ycN0

Technique ggS

Repérage du ggS avec 2 traceurs : 87,5 %

Repérage du ggS avec 2 traceurs : nd
Isotope obligatoire

Repérage du ggS avec 2 traceurs : 79,4 %

Repérage du ggS avec 2 traceurs : 39 %
Isotope obligatoire

Définition ggS+

Méta toutes tailles
(H&E, IHC non obligatoire)

Méta toutes tailles
(IHC effectuée si H&E négatif)

Méta > 0,2 mm
(H&E)

méta > 0,2 mm
(H&E; IHC non requise)

TFN global

14,1 %
(IC 95 % nd)

8,4 %
(IC 95 % 2,4 %-14,4 %)

12,6 %
(ICB 90 % 9,9 %-16,1 %)

14,2 %
(IC 95 % 9,9 %-19,4 %)

TFN vs Nbre de ggS réséqués
(Nbre total de cas N+ avérés après curage axillaire)

1 ggS

26, 2 % (42)

18,2 % (22)

s. o.

24,3 % (70)

2 ggS

4,0 % (50)

 

4,9 % (61)

 12,6 % (310)                                                              

21,2 % (90)

18,5 % (54)

9,6 %2   (156)

 

3 ggS

0 % (23)

9,1 % (220)

7,3 % (41)

4,9 %2 (102)

4 ggS

0 % (28)

5 ggS1

6,1 % (33)

c : relatif à la stadification clinique; écho. : échographie; ggS : ganglion sentinelle; H&E : coloration à l’hématoxyline et à l’éosine; IC : intervalle de confiance; ICB : intervalle de crédibilité bayésien; IHC : immunohistochimie (contre cytokératines); méta : métastases; nd : non disponible; Nbre : nombre; ptes : patientes; s. o. : sans objet; TFN : taux de faux négatifs; TSNA : traitement systémique néoadjuvant; y : relatif à la stadification post-TSNA.
1. La limite maximale du nombre de ggS réséqués pourrait être > 5; la plupart des études ne l’ont pas mentionné.
2. Nos propres calculs.
*Le TFN était un paramètre d’évaluation primaire de l’étude.

Définition de ganglion sentinelle positif et recours à l’immunohistochimie

La définition de positivité des ggS a un effet sur le TFN. Selon les études, la définition de positivité du ggS inclut ou non les cellules tumorales isolées (≤ 0,2 mm), et l’examen histologique implique ou non une coloration immunohistochimique de cytokératines (IHC). Dans un contexte de TSNA pour le traitement de patientes atteintes d’une maladie de stade cN+ à l’évaluation initiale, SN FNAC a été la première étude prospective, et la seule publiée, à montrer qu’en considérant les métastases de toutes tailles comme résultat positif (avec utilisation de l’IHC) le TFN peut être réduit d’environ 5 %, passant de 13,3 % à 8,4 % ([5]; tableau ci-dessous). Par la suite, à partir des échantillons de 470 patientes de l’étude ACOSOG Z1071 pour qui une IHC était disponible, Boughey et coll. ont réalisé une analyse rétrospective en adoptant la définition de positivité du ggS de SN FNAC [15]. Chez cette cohorte de patientes, en incluant les métastases de toutes tailles comme résultat positif (avec utilisation de l’IHC), le TFN est passé de 11,3 % à 8,7 %, corroborant ainsi les résultats de SN FNAC. Ainsi, dans ce contexte clinique, lorsque l’omission du curage axillaire est considérée, il est recommandé de colorer des coupes par IHC lorsque la coloration H&E est négative et de considérer les métastases ganglionnaires de toutes tailles, y compris les cellules tumorales isolées, comme une atteinte positive (N+).

Études qui ont évalué l’effet de la définition de positivité des ggS

Paramètre

Boileau et coll. 2015 [5]
SN FNAC

Boughey et coll. 2013 [15]
ABRÉGÉ
Analyse rétrospective d’ACOSOG Z1071

n cas N+ avérés

83

470

Stadification aisselle pré-TSNA

cN1-2
(écho. + Bx)

cN1
(écho. + Bx)

Inclusion après TSNA

Toutes les ptes

Toutes les ptes
≥ 2 ggS réséqués

TFN

 

 

IHC, méta. toutes tailles

8,4 %
(IC 95 % 2,4 %-14,4 %)

8,7 %
(IC 95 % 5,6 %-11,8 %)

IHC, méta. > 0,2 mm

13,3 %
(IC 95 % 6,0 %-20,6 %)

nd

H&E, méta. > 0,2 mm

nd

11,3 %
(IC 95 % 8,0 %-15,4 %)

IHC, méta. > 2 mm

16,9 %
(IC 95 % nd)

nd

Bx : biopsie; écho. : échographie; H&E : coloration à l’hématoxyline et à l’éosine; IC : intervalle de confiance; IHC : immunohistochimie (contre cytokératines); méta. : métastases; nd : non disponible.

Marquage d’un ganglion atteint

Le marquage du ganglion biopsié et atteint avant le TSNA et sa récupération peropératoire a pour effet de diminuer le TFN. Dans environ le quart des cas, le ganglion atteint marqué avant le TSNA n’est pas l’un des ggS réséqués. Lorsque cette stratégie est utilisée, le gg marqué et les ggS doivent être réséqués.

Plusieurs études ont évalué la faisabilité de marquer le ganglion axillaire biopsié et atteint avant le TSNA, pour repérage ultérieur au moment de la chirurgie [16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24]. Les méthodes étaient très variables d’une étude à l’autre. Avant de commencer le TSNA, le ganglion atteint était marqué au moyen d’un clip, d’une bille radioactive à l’I-125 ou en injectant de l’encre ou une suspension de charbon (tatouage) par guidage échographique. Si un clip était utilisé, il était généralement lui-même marqué avec une bille d’I-125 ou avec un harpon quelques jours avant la chirurgie. Ainsi, la bille d’I-125, l’encre ou le harpon servait de repère peropératoire afin de trouver et de réséquer le ganglion initialement atteint. Une méthode alternative consistait à placer un clip dans le ganglion atteint, mais sans effectuer un repérage préopératoire du clip. Au moment de la chirurgie, le chirurgien vérifiait si le clip avait été récupéré dans le spécimen prélevé. Cette dernière approche a été évaluée de façon exploratoire dans l’étude ACOSOG Z1071, mais elle n’est pas acceptable dans la pratique car l’utilisation d’une méthode de repérage du clip (harpon ou bille d’I-125) est associée à une probabilité plus grande que le ganglion marqué soit réséqué (détails ci-dessous).

Parmi les 525 patientes de l’étude ACOSOG Z1071 atteintes d’une maladie de stade cN1 et chez qui ≥ 2 ggS ont été réséqués, un clip a été placé dans le ganglion biopsié chez 170 patientes et une analyse rétrospective a été réalisée à partir de cette cohorte [16]. Tel que mentionné précédemment, si un clip était installé, aucun repérage préopératoire n’était effectué avec une bille radioactive ou un harpon, mais il était recommandé dans le protocole de documenter où le clip était retrouvé, dans un ggS ou dans le spécimen de curage axillaire. Parmi les 141 patientes pour qui la localisation du clip a été documentée, le clip a été retrouvé dans un ggS chez 107 patientes (75,9 %), et dans le spécimen de curage axillaire chez 34 patientes (24,1 %). En considérant seulement les patientes chez qui le clip a été retrouvé dans un ggS, le TFN pour la méthode du ggS a été de 6,8 % (IC 95 % 1,9 %-16,5 %), alors qu’en considérant seulement celles chez qui le clip a été retrouvé dans le spécimen de curage axillaire, le TFN pour la méthode du ggS a été de 19,0 % (IC 95 % 5,4 %-41,9 %).

Deux études prospectives ont évalué l’effet sur le TFN du repérage et de la récupation du ganglion marqué lors de la chirurgie ([17, 21]; tableau ci-dessous). En marquant d’un clip le ganglion confirmé comme positif avant le TSNA et en repérant le clip à l’aide une bille radioactive avant l’opération, Caudle et coll. ont montré que 77 % des ganglions marqués étaient aussi des ggS, et donc que le ganglion atteint initialement ne faisait pas partie des ggS dans 23 % des cas [17]. Le TFN associé au statut du ganglion marqué seulement a été de 4,2 %. Lorsque les statuts du ganglion marqué et des ggS ont été considérés, le TFN a été encore plus faible, soit de 2 %.

Donker et coll. ont pour leur part marqué le ganglion confirmé comme positif avant le TSNA avec une bille radioactive [21]. En considérant le statut du ganglion marqué seulement, un TFN de 7 % a été observé (tableau ci-dessous).

Par ailleurs, le taux de récupération du marqueur dans un spécimen chirurgical a été voisin de 100 % dans la plupart des études répertoriées ([17, 19, 20, 21, 22, 23] et tableau ci-dessous).

Études1 qui ont évalué le TFN associé au marquage pré-TSNA d’un ganglion dont l’atteinte est confirmée par biopsie

Paramètre

Caudle et coll. 2016 [17]

Donker et coll. 2015 [21]

n (avec marquage du gg biopsié)

2082

100

Marquage

Clip avant TSNA -> +/- bille I-125 préop.

Bille I-125 avant le TSNA

Technique ggS

Isotope et/ou colorant

Non évalué

Définition ggS+

Méta toutes tailles, IHC optionnelle

Taux de récupération du marqueur dans un spécimen chirurgical (fraction)

Clip dans spécimen : 97,7 % (208/213)3
Clip repéré par bille I-125 : nd

Bille : 100 % (100/100)
ggM : 97 % (97/100)

Taux de concordance entre ggM et ggS (fraction)

77 % (103/134)

Non évalué

TFN (fraction FN/FN+VP)

 

 

ggM seul

4,2 % [IC 95 % 1,4 %-9,5 %]
(5/120)

7 % [IC 95 % 2 %-16 %]
(5/70)

ggS seul

10,1 % [IC 95 % 4,2 %-19,8 %]
(7/69)

Non évalué

ggM + ggS

2,0 % [IC 95 % 0,05 %-10,7 %]
(1/50)

Non évalué

c : relatif à la stadification clinique; FN : faux négatifs; gg : ganglion; ggM : ganglion marqué; ggS : ganglion sentinelle; I-125 : radioisotope d’iode-125; IHC : immunohistochimie (contre cytokératines); méta : métastases; nd : non disponible; préop. : préopératoire; ptes : patientes; TFN : taux de faux négatifs; TSNA : traitement systémique néoadjuvant; VP : vrais positifs.
1. Les études retenues devaient rapporter un TFN relativement robuste (≥ 50 cas avec atteinte résiduelle) et les patientes devaient avoir été soumises à un curage axillaire. Les deux études avaient un devis prospectif.
2. Un clip a été placé dans le ganglion biopsié chez 208 patientes (dont 191 ont eu un curage axillaire), une exérèse du ggS a été effectuée chez 134 patientes (dont 118 ont eu un curage axillaire) et la localisation préopératoire du clip avec une bille radioactive + une exérèse du ggS ont été faites chez 96 patientes (dont 85 ont eu un curage axillaire).
3. On mentionne que cinq patientes ont été exclues car le clip n’a pas été retrouvé dans les spécimens chirurgicaux.

Références
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3.5.4.5 Pertinence de l’examen peropératoire des ganglions sentinelles

L’examen peropératoire des ganglions sentinelles (ggS) n’est pas nécessaire, mais il demeure pertinent dans les situations où le résultat pourrait permettre à la patiente d’éviter une deuxième intervention chirurgicale, c’est-à-dire lorsque la détection de métastases exigerait un curage axillaire. En règle générale, l’examen peropératoire n’est pas pertinent dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement et que la patiente est admissible à l’omission du curage axillaire si ≤ 2 ggS sont positifs. L’examen peropératoire du ggS est pertinent dans toutes les autres situations. L’examen par cytologie ou en coupes congelées est moins sensible que celui en coupes permanentes.

Performance diagnostique de NSABP B-32

Performance diagnostique de l’analyse par empreintes cytologiques

Performance diagnostique de l’analyse de coupes congelées

Performance diagnostique après une chimiothérapie néoadjuvante

Perspective de l’ASCO

Contexte où la chirurgie est le premier traitement

Conséquences pour les patientes

Performance diagnostique de NSABP B-32

L’examen peropératoire peut être fait par histologie sur coupes congelées ou par cytologie (empreintes ou frottis). Dans l'étude NSABP B-32, la performance diagnostique de l'approche peropératoire a été évaluée chez 2 697 patientes dont les ggS ont été analysés par cytologie (empreintes ou frottis) et par coloration hématoxyline/éosine de coupes permanentes [1]. La procédure peropératoire a été associée à une exactitude de 89,7 % (IC 95 % 88,4-90,8) et un TFN de 38,6 % (IC 95 % 35,0-42,4).

Performance diagnostique de l’analyse par empreintes cytologiques

Plusieurs autres études ont évalué l'efficience des méthodes peropératoires [2, 3, 4]. Dans une méta-analyse incluant 31 études (n = 4 438), la sensibilité estimée de l'examen des ggS par empreintes cytologiques pour tous types de métastases a été de 63 % (IC 95 % 57-69; 31 études) vs 81 % (IC 95 % 74-86; 11 études) pour les macrométastases et de 22 % (IC 95 % 14-33; 11 études) pour les micrométastases [2].

Performance diagnostique de l’analyse de coupes congelées

La performance de l'examen des ggS sur coupes congelées a été évaluée dans une méta-analyse incluant 47 études (n = 13 062) [3]. La sensibilité moyenne a été de 73 % (47 études) pour tous types de métastases vs 94 % (18 études) et 40 % (18 études) pour les macro et micrométastases, respectivement.

Performance diagnostique après une chimiothérapie néoadjuvante

L’approche peropératoire a aussi été évaluée dans le contexte où l’examen des ggS est pratiqué à la suite d’une chimiothérapie néoadjuvante [5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13]. Les valeurs rapportées pour la méthode par empreintes cytologiques ainsi que celle effectuée sur coupes congelées sont présentées dans le tableau ci-dessous. Les résultats de sensibilité sont très hétérogènes entre les études : ils varient de 38 % à 100 %.

Résumé des études qui ont évalué la sensibilité des méthodes peropératoires pour l’examen des ggS effectué après un traitement néoadjuvant

Études

Méthode peropératoire

Nombre de cas

Exactitude (%)

Sensibilité (%)

Elliot et coll., 2014 [5]

EC

n = 63

71

44

Han et coll., 2013 [6]

CC

n = 226

91

78

Komenaka et coll., 2010 [7]

EC
CC

n = 29
n = 23

90
83

79
74

Gimbergues et coll., 2010 [8]

EC

n = 80

72

38

Rubio et coll., 2010 [9]

CC

n = 35

91

79

Shimazu et coll., 2008 [10]

CC

n = 62

88

74

Hino et coll., 2008 [11]

CC

n = 39

100

100

Jain et coll., 2003 [12]

EC

n = 17

100

100

Miller et coll., 2002 [13]

CC, EC, F

n = 24

79

43

CC : coupes congelées; EC : empreintes cytologiques; F : frottis.

Perspective de l’ASCO

L’ASCO rapporte que plusieurs établissements ne pratiquent pas l’évaluation peropératoire des ggS, en raison des coûts engendrés et de la sensibilité réduite, en comparaison avec l’examen des coupes permanentes [14]. Néanmoins, les auteurs reconnaissent la valeur des deux approches, du moment que les patientes sont informées de la possibilité et des risques associés à une intervention chirurgicale additionnelle pour compléter la dissection axillaire. L’ASCO ne précise pas sur quelles données est basée cette affirmation.

Contexte où la chirurgie est le premier traitement

L'application des recommandations basées sur les résultats de l'étude ACOSOG Z0011 remet en doute la pertinence de l'analyse peropératoire des ggS chez les patientes atteintes d’un cancer de stade clinique T1-2N0 et pour qui le traitement planifié consiste en une chirurgie conservatrice avec irradiation du sein complet et une thérapie systémique adjuvante [15, 1617]. Le curage axillaire n’étant plus requis pour les patientes qui ont ≤ 2 ggS+, l’approche peropératoire, si elle était suffisamment sensible, ne serait utile (voir section Prise en charge de l'aisselle : Dans un contexte où la chirurgie est le premier traitement). Selon l’American Society of Breast Surgeons (ASBrS), la seule situation clinique où l’évaluation peropératoire des ggS n’est pas requise est lorsque les patientes sont admissibles à une prise en charge selon l’étude ACOSOG Z0011; dans toutes les autres situations, l’évaluation peropératoire est un standard [18, 19].

Conséquences pour les patientes

Bien qu’il soit compréhensible qu’une patiente puisse souhaiter éviter une seconde intervention chirurgicale, les effets indésirables à long terme du curage axillaire immédiat vs différé sont similaires chez les patientes qui subissent une chirurgie conservatrice du sein. Une analyse rétrospective des études ACOSOG Z0010 et Z0011, incluant des patientes avec ggS+ qui avaient été soumises à un curage axillaire immédiat (n = 425) vs différé (n = 578), démontre l’absence de différence significative entre les deux groupes en ce qui concerne le nombre total de ganglions prélevés et le risque de complications à long-terme [20]. Le curage axillaire immédiat a toutefois été associé à une fréquence plus élevée de complications post-opératoires (toutes résolues à long terme), telles que la paresthésie, le sérome et la restriction des mouvements du bras. Ainsi, pour les patientes chez qui la présence de métastases ne serait pas détectée lors de l’évaluation peropératoire, mais dont le résultat de l’examen des ggS sur coupes permanentes serait positif, une seconde intervention chirurgicale pour procéder au curage axillaire peut être envisagée, sans crainte de compromettre l’évaluation pathologique des ganglions axillaires ou d’augmenter le risque de complications à long terme.

Références
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3.5.5 Mastectomie prophylactique controlatérale

Mastectomie prophylactique chez les patientes âgées de moins de 35 ans

Aucune étude prospective de grande ampleur n’a été réalisée jusqu’à maintenant afin de déterminer l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez des femmes atteintes de cancer du sein. Deux méta-analyses, quatorze études rétrospectives et une étude de cas témoins ont été retenues. Certaines d’entre elles ont rapporté un avantage significatif d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes plus jeunes, âgées entre 18 et 49 ans, en termes de survie globale, de mortalité spécifique au cancer du sein et d’incidence du cancer du sein controlatéral. D’autres études ont rapporté un avantage significatif d’une mastectomie prophylactique controlatérale en termes d’incidence du cancer du sein controlatéral, de survie spécifique au cancer du sein et de survie globale spécifiquement chez des femmes atteintes de cancer du sein porteuses de mutations BRCA1/2. Aussi, des études ont rapporté que les femmes ont été satisfaites de leur décision d’avoir opté pour une mastectomie prophylactique controlatérale mais insatisfaites des résultats esthétiques et de leur image corporelle. Toutefois, de par leur nature rétrospective, les résultats issus des études primaires retenues doivent être interprétés avec précaution car elles peuvent contenir des biais de sélection de patientes en meilleure santé, ce qui pourrait expliquer l’amélioration de la survie des femmes atteintes de cancer du sein à la suite d’une mastectomie prophylactique controlatérale.

Méta-analyses et revues systématiques

Deux méta-analyses ont évalué l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez des femmes atteintes de cancer du sein unilatéral [1, 2]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. La méta-analyse publiée par Fayanju et coll. a combiné 14 publications incluant 8 études rétrospectives et 4 études de cas-témoins [1]. L’étude montre que la survie globale a été significativement supérieure chez les femmes du groupe ayant eu une mastectomie prophylactique controlatérale comparativement aux femmes n’ayant pas eu une mastectomie prophylactique controlatérale. Le risque de mortalité spécifique au cancer du sein ainsi que le risque de récidive à distance ont été diminués significativement chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale. L’incidence combinée du cancer du sein controlatéral synchrone chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale a été de 4,8 % (n = 3 438, [IC 95 % 3,4-6,2]). De plus, la mastectomie prophylactique controlatérale a été associée à une réduction significative de 96 % du risque relatif de cancer du sein controlatéral asynchrone. Elle n’est toutefois pas associée à une réduction du risque absolu. Une analyse de sous-groupe a aussi été réalisée à partir de quatre de ces études afin de déterminer l’effet d’un risque génétique élevé chez les femmes atteintes de cancer du sein porteuses de mutations BRCA ou ayant des antécédents familiaux de cancer du sein. Chez ces patientes, la mastectomie prophylactique controlatérale a diminué significativement le risque relatif et absolu de développer un cancer du sein controlatéral asynchrone ainsi que le risque de récidive à distance, sans améliorer la survie globale ni la mortalité spécifique au cancer du sein. Aucune analyse selon l’âge n’a été réalisée dans cette méta-analyse. Toutefois, l’hétérogénéité entre les études était très importante et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie.

Li et coll. ont publié une méta-analyse portant sur l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez des femmes atteintes de cancer du sein, toutes porteuses de mutations BRCA1/2 [2]. La mortalité globale et l’incidence du cancer du sein controlatéral ont été significativement diminuées chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale comparativement aux femmes sans mastectomie prophylactique controlatérale. Les auteurs n’ont trouvé aucune preuve de biais de publication en effectuant un test de Begg ou d’Egger (p > 0,05). Aucune analyse selon l’âge n’a été réalisée dans cette méta-analyse. L’hétérogénéité entre les études était faible et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie.

Lostumbo et coll. ont documenté l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez des femmes atteintes de cancer du sein dans une revue systématique publiée par The Cochrane Library (incluant 12 études primaires) [3]. Aucune méta-analyse n’a été effectuée en raison de l’hétérogénéité entre les études. Globalement, cette revue a montré une réduction de l’incidence du cancer du sein controlatéral à la suite d’une mastectomie prophylactique controlatérale. Toutefois, peu de données probantes ont montré que la mastectomie prophylactique controlatérale pourrait améliorer significativement la survie globale. Aucune analyse selon l’âge ou selon l’atteinte mutationnelle BRCA n’a été réalisée dans cette revue.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur les issues cliniques rapportées dans les méta-analyses (MPC vs sans MPC)

Étude

Caractéristiques

CS controlatéral asynchrone

Récidive à distance

Mortalité
spécifique au CS

Survie globale

Fayanju et coll. 2014 [1]
Suivi médian : nd

Tout risque
14 études
MCP vs sans MCP

Âge médian : nd

 

 

 

 

RR = 0,04 (IC 95 % 0,02-0,08)
p < 0,001
DR = -18,0% (IC 95 % 42,0-5,9)
p = 0,118
n = 2 325 vs 4 840

RR = 0,64 (IC 95 % 0,51-0,81)
p < 0,001)
DR = -4,9% (IC 95 % 7,2-2,6)
p < 0,001
n = 953 vs 3 323

RR = 0,69 (IC 95 % 0,56-0,85)
p = 0,001
DR = -3,5% (IC 95 % 4,0-3,0)
p < 0,001

n = 10 120 vs 142 105

RR = 1,09 (IC 95 % 1,06-1,11)

p < 0,001

DR = 7,4% (IC 95 % 5,6-9,3)

p < 0,001
I2 = 70,3 %, p = 0,005

n = 10 666 vs 145 490

Risque génétique élevé
4 études
MCP vs sans MCP
Atcd Fam. de CS : 100%

 

RR = 0,04 (IC 95 % 0,02-0,09)
p < 0,001
I2 = 0,0 % (p = 0,810)

DR = -24,0% (IC 95 % 35,6-12,45)

p = 0,013

I2 = 96,8 %, (p = 0,000)
n = 764 vs 1 654

RR = 0,71 (IC 95 % 0,53–0,94)
p = 0,018
DR = -5,9% (IC 95 % 10,7-1,0)
p = 0,017
n = 464 vs 454

RR = 0,66 (IC 95 % 0,27-1,64)
p = 0,283

DR = -4,2% (IC 95 % -9,5−-1,1)

p = 0,123

n = 464 vs 454

 

RR = 1,09 (IC 95 % 0,97-1,24)

p = 0,157

DR = 6,6%; (IC 95 % -1,2-14,3)

p = 0,096

n = 618 vs 1 318

Li et coll. 2016 [2]
Suivi médian : nd
n = 1 672

4 études
Âge moyen : nd
BRCAmut
: 100 %
Atcd Fam. de CS : nd

RR = 0,072 [IC 95 % 0,035-0,148], p = nd
I2 = 10,4 %, p = 0,341

nd

nd

HR = 0,512 (IC 95 % 0,368-0,714)
p = nd
I2 = 0,0 %, p = 0,905

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; BRCAmut : gènes BRCA mutés; RR : risque relatif; DR : différence relative; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); n : nombre de patientes; nd : non disponible; I2 : test d’hétérogénéité; MPC : mastectomie prophylactique controlatérale; vs: versus.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie sans maladie, la survie spécifique au cancer du sein et la survie globale des femmes atteintes de cancer du sein
Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie des femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 50 ans
Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la récidive à distance des femmes atteintes de cancer du sein
Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la survie des femmes atteintes de cancer du sein porteuses de mutations BRCA1/2
Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 40 ans porteuses de mutations BRCA1/2
Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la morbidité physique et la qualité de vie des femmes atteintes de cancer du sein
Limites des études
Consensus d’experts et guides de pratique

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie sans maladie, la survie spécifique au cancer du sein et la survie globale des femmes atteintes de cancer du sein

Sept études ont évalué l’effet d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie sans maladie, la survie spécifique au cancer du sein et la survie globale chez des femmes atteintes de cancer du sein [4, 5, 6, 7, 8, 9, 10]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. À partir d’une analyse multivariée, une étude a rapporté une amélioration significative de la survie globale et une étude a rapporté une amélioration significative de la survie spécifique au cancer du sein des femmes ayant eu une mastectomie prophylactique controlatérale. Aussi, une étude a rapporté un taux de survie sans maladie après 15 ans significativement supérieur chez les femmes ayant eu une mastectomie prophylactique controlatérale comparativement aux femmes sans mastectomie prophylactique controlatérale.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie des femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 50 ans

Trois études ont évalué l’impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie des femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 50 ans [4, 8, 9]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Bedrosian et coll. ont montré par une analyse stratifiée selon l’âge qu’une mastectomie prophylactique controlatérale a réduit de façon significative la mortalité spécifique au cancer du sein à 5 ans des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade I/II lorsque celles-ci étaient âgées entre 18 et 49 ans [4]. Zeichner et coll. ont montré que les femmes âgées de 40 ans et moins du groupe mastectomie prophylactique controlatérale ont eu significativement moins de récidive de cancer (14,3 % contre 30,8 %, p = 0,03) et moins de décès (11,9 % contre 26,2 %, p = 0,05) comparativement aux femmes n’ayant pas eu de mastectomie prophylactique controlatérale. De plus, ils ont montré qu’une mastectomie prophylactique controlatérale a été significativement associée à l’amélioration de la survie globale à 10 ans, mais pas à 5 ans [9]. Toutefois, les patientes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale avaient des tumeurs de plus petite taille comparativement à celles du groupe sans mastectomie prophylactique controlatérale (41,7 % contre 24,8 %, p = 0,04). Finalement, Pesce et coll. ont analysé l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez des femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 45 ans. Après un suivi médian de 6,1 ans, la mastectomie prophylactique controlatérale n’a pas amélioré la survie globale de ces femmes [8].

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie sans maladie, la survie spécifique au cancer du sein et la survie globale

Étude

Devis et caractéristiques

Survie sans maladie

Survie spécifique au CS

Survie globale

Pesce et coll. 2014 [8]
n = 4 338 (MPC) et 10 289 (sans MPC)
Suivi médian : 6,1 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 39 ans (18-45)
vs 40 ans (18-45)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : nd

nd

nd

HR : 0,93 (IC 95 % 0,79-1,09), p = 0,38

Zeichner et coll. 2014 [9]
n = 42 (MPC) et 195 (sans MPC)
Suivi médian : 93 mois

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian1 : 35 ans
vs 36 ans
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : nd

À 5 ans : 89,4 % vs 79,5 %
HRm = 0,92 (IC 95 % 0,44-1,93), p = 0,82
À 10 ans2 : 79,8 % vs 72 %
HRm2 = 2,06 (IC 95 % 0,89-4,76), p = 0,10

nd

À 5 ans : 91,4 % vs 85 %
HRm = 1,03 (IC 95 % 0,50-2,10), p = 0,94
À 10 ans2 : 79,4 % vs 76,8 %
HRm2 = 2,35 (IC 95 % 1,02-5,41), p = 0,046

King et coll. 2011 [6]
n = 407 (MPC) et 2 521 (sans MPC)
Suivi médian :
4,4 ans (MPC) et 6,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 44 ans (20-80)
vs 53 ans (20-93)
BRCAmut : 31 % vs 12 %
Atcd Fam. de CS : 68 % vs 40 %

91 % vs 84 %, p = nd

nd

nd

Bedrosian et coll. 2010 [4]

n = 8 748 (MPC) et 95 283 (sans MPC)

Suivi médian : 47 mois

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge : 18-90 ans
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : nd

nd

HRm = 0,84 (IC 95 % 0,76-0,92), p < 0,001

nd

Âgées entre 18 et 49 ans :
n = 3 731 (MPC) et 23 605 (sans MPC)

 

À 5 ans3 : 88,5 % vs 83,7 %, p = nd
Mortalité spécifique :
HRm = 0,68 (IC 95 % 0,53-0,88), p = 0,004

 

Herrinton et coll. 2005 [5]

n = 908 (MPC) et 46 368 (sans MPC)

Suivi médian :

5,7 ans (MPC) et 4,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 50 ans (26-78)
vs 58 ans (27-79)
BRCAmut : nd
Atcd Fam.4: 35 % vs 19 %

nd

Mortalité spécifique à 5 ans : 8,1 % vs 11,7 %
HRm = 0,57 (IC 95 % 0,45-0,72), p = nd

Mortalité globale à 5 ans : 13 % vs 20,5 %, p = nd
HRm = 0,60 (IC 95 % 0,50-0,72), p = nd

Peralta et coll. 2000 [7]

n = 64 (MPC) et 182 (sans MPC)

Suivi moyen :

6,2 ans (MPC) et 6,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 45 ans (22-73)
vs 45 ans (26-76)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS: 25 % vs 17,8 %

À 15 ans : 55 % (IC 95 % 38-69) vs 28 % (IC 95 % 19-36)
p = 0,01

À 15 ans : 71 % (IC 95 % 52-84) vs 53 % (IC 95 % 42-62)
p = 0,06

À 15 ans : 64 % (IC 95 % 45-78) vs 49 % (IC 95 % 39-58)
p = 0,26

Babiera et coll. 19975 [10]

n = 18 (MPC) et 115 (sans MPC)

Suivi médian :

52 mois (MPC) et 70 mois (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 54 ans (24-82)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : nd

À 5 ans : 89% vs 90%, p = 0,98

RR = 0,87 (IC 95 % 0,67-1,12), p = 0,28
À 5 ans : 80 % vs 90 %

nd

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; BRCAmut : Gènes BRCA mutés; RR : risque relatif; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HRm : rapport de risques instantanés issu d’une analyse multivariée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; MPC : mastectomie prophylactique controlatérale; vs: versus.
1. Toutes âgées de ≤ 40 ans.
2. Valeur estimée à 10 ans.
3. Valeur issue d’une analyse multivariée.
4. Valeur combinée d’antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire.
5. Les valeurs proviennent de la revue de Lostumbo [
3].
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la récidive à distance des femmes atteintes de cancer du sein

L’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la récidive à distance chez les femmes atteintes de cancer du sein a été rapportée dans quatre études [5, 6, 7]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. L’étude menée par Herrinton et coll. a montré une diminution significative de l’incidence du cancer du sein controlatéral chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale, et celle de Peralta et coll., une diminution significative de l’incidence du cancer du sein controlatéral à 15 ans [5, 7]. Trois études ont évalué l’effet d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la récidive à distance chez les femmes atteintes de cancer du sein. Toutefois, aucune d’entre elles n’a montré un effet bénéfique significatif à la suite d’une mastectomie prophylactique controlatérale.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la récidive à distance

Étude

Devis et caractéristiques

Incidence du CS controlatéral

Récidive à distance

King et coll. 2011 [6]
n = 407 (MPC) et 2 521 (sans MPC)
Suivi médian :
4,4 ans (MPC) et 6,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 44 ans (20-80)
vs 53 ans (20-93)
BRCAmut : 31 % vs 12 %
Atcd Fam. de CS : 68 % vs 40 %

0 % vs 0,5 %, p = nd

4 % vs 7 %, p = nd

Herrinton et coll. 2005 [5]
n = 908 (MPC) et 46 368 (sans MPC)
Suivi médian :
5,7 ans (MPC) et 4,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 50 ans (26-78)
vs 58 ans (27-79)
BRCAmut : nd
Atcd Fam.1: 35 % vs 19 %

0,5 % vs 21,8 %
HRm = 0,03 (IC 95 % 0,006-0,13), p = nd

nd

Peralta et coll. 2000 [7]
n = 64 (MPC) et 182 (sans MPC)
Suivi moyen :
6,2 ans (MPC) et 6,8 ans (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 45 ans (22-73)
vs 45 ans (26-76)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS: 25 % vs 17,8 %

À 15 ans :
4,5 % (IC 95 % 2-15) vs 27 % (IC 95 % 20-40)
p = 0,005

Locale : 32 % vs 19 %
Régionale : 14 % vs 18 %
À distance : 54 % vs 62 %

Babiera et coll. 1997 [10]
n = 18 (MPC) et 115 (sans MPC)
Suivi médian :
52 mois (MPC) et 70 mois (sans MPC)

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 54 ans (24-82)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : nd

nd

Locale : 0 % vs 8,7 %
RR = 0,29 (IC 95 % 0,02-4,76), p = 0,39
À distance : 16,7 % vs 21,7 %
RR = 0,77 (IC 95 % 0,26-2,28), p = 0,63

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; BRCAmut : Gènes BRCA mutés; RR : risque relatif; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HRm : rapport de risques instantanés issu d’une analyse multivariée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; MPC : mastectomie prophylactique controlatérale; vs: versus.
1. Valeur combinée d’antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur l’incidence du cancer du sein controlatéral et la survie des femmes atteintes de cancer du sein porteuses de mutations BRCA1/2

Six études ont évalué l’effet d’une mastectomie prophylactique controlatérale spécifiquement chez des femmes atteintes de cancer du sein porteuses de mutations BRCA1/2 [11, 12, 13, 14, 15, 16]. Quatre d’entre elles ont montré un avantage significatif d’une mastectomie prophylactique controlatérale. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Les études menées par Metcalfe et coll. et van Sprundel et coll. ont montré que l’incidence du cancer du sein controlatéral a été significativement réduite chez les femmes porteuses de mutations BRCA1/2 ayant eu une mastectomie prophylactique controlatérale comparativement à celles n’ayant pas eu de mastectomie prophylactique controlatérale [15, 16]. De plus, la mastectomie prophylactique controlatérale a diminué significativement le risque de cancer du sein controlatéral chez ces femmes [15, 15]. Metcalfe et coll. ont aussi montré que la mortalité spécifique au cancer du sein et la mortalité globale à 20 ans ont été significativement réduites de 48 % et 42 %, respectivement, chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale [14]. van Sprundel et coll. ont montré que la survie globale à 5 ans a été significativement augmentée chez les femmes du groupe mastectomie prophylactique controlatérale et que cette observation résultait d’une mortalité plus élevée reliée au cancer du sein primaire et au cancer de l’ovaire dans le groupe de femmes qui n’ont pas eu de mastectomie prophylactique controlatérale [16]. À la suite d’une analyse multivariée ajustée pour l’oophorectomie prophylactique bilatérale, l’avantage d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie globale à 5 ans n’est plus significatif.

Impact d’une mastectomie prophylactique chez les femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 40 ans porteuses de mutations BRCA1/2

Une seule étude a évalué l’efficacité d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes âgées de moins de 40 ans porteuses de mutations BRCA1/2. Heemskerk-Gerritsen et coll. ont montré que l’incidence du cancer du sein controlatéral et le nombre de décès ont été significativement inférieurs dans le groupe de femmes avec mastectomie prophylactique controlatérale [13]. Par ailleurs, une analyse de sous-groupe a montré que la mastectomie prophylactique controlatérale a procuré un avantage de survie globale chez les femmes atteintes de cancer du sein âgées de moins de 40 ans, alors qu’aucun avantage n’a été observé chez celles âgées de plus de 40 ans.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la survie et l’incidence du cancer du sein controlatéral chez des femmes porteuses de mutations BRCA1/2

Étude

Devis et caractéristiques

Incidence du CS controlatérale

Survie spécifique au CS

Survie globale

Heemskerk-Gerritsen et coll. 2015 [13]
n = 242 (MPC) et 314 (sans MPC)
Suivi médian : 11,4 ans

 

Prospective, MPC vs sans MPC
Âge médian : 38 ans (23-72)
vs 42 ans (24-71)
BRCAmut : 100 %
Atcd Fam. de CS : 100 %

 

 

 

 

Nombre de décès :
8 % vs 19 %, p < 0,001
HRm = 0,49 (IC 95 % 0,29-0,82)
Survie à 15 ans : 86 % vs 74 %

Âgées < 40 ans :
n = 130 (MPC) et 137 (sans MPC)

2 % vs 19 %, p < 0,001

nd

< 40 ans : HRm = 0,33 (IC 95 % 0,14-0,76), p = nd
≥ 40 ans : HRm = 0,71 (IC 95 % 0,35-1,42), p = nd

Metcalfe et coll. 2014 [14]
n = 181 (MPC) et 209 (sans MPC)
Suivi médian : 14,3 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 42,7 ans (< 30-65)
BRCAmut : 100 %
Atcd Fam. de CS : 100 %

 

Mortalité à 10 ans :
HRm = 0,65 (IC 95 % 0,34-1,22), p = 0,18
Mortalité à 20 ans :
HRm = 0,52 (IC 95 % 0,29-0,93), p = 0,03

À 20 ans :
88 % (IC 95 % 83-93) vs 66% (IC 95 % 59-73)

Mortalité à 20 ans :
HRm = 0,58 (IC 95 % 0,34-0,97), p = 0,04

Evans et coll. 2013 [12]
n = 43 (MPC) et 473 (sans MPC)
Suivi médian :
9,7 ans (MPC) et 8,6 ans (sans MPC)

Cas-témoins, MPC vs sans MPC
Âge médian : 40 ans (21-62)
vs 41 ans (23-68)
BRCAmut : 100 %
Atcd Fam. de CS : nd

nd

nd

À 10 ans : 83 % (IC 95 % 60-93) vs 65 % (IC 95 % 59-69)
HR = 0,48 (IC 95 % 0,19-1,14), p = 0,104

Brekelmans et coll. 2006 [11]
n = 37 (MPC) et 133 (sans MPC)
Suivi médian : 5,1 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 42 ans (23-82)
BRCAmut : 100 % BRCA1
Atcd Fam. de CS : 100 %

nd

HR = 1,39 (IC 95 % 0,47-4,13), p = 0,56

nd

van Sprundel et coll. 2005 [16]
n = 79 (MPC) et 69 (sans MPC)
Suivi moyen : 3,5 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 38 ans (26-56)
vs 39 ans (25-64)
BRCAmut : 100 %
Atcd Fam. de CS : nd

1,3 % vs 14 %, p = 0,01
HR = 0,09 (IC 95 % 0,01-0,78), p = 0,03

nd

Survie à 5 ans : 94 % vs 77 %, p = 0,03

 Mortalité à 5 ans :
HR = 0,26 (IC 95 % 0,07-0,94), p = 0,04
HRm = 0,35 (IC 95 % 0,09-1,39), p = 0,14

Metcalfe et coll. 2004 [15]
n = 146 (MPC) et 336 (sans MPC)
Suivi moyen : 9,2 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âge moyen : 42,1 ans (24-65)
BRCAmut : 100 %
Atcd Fam. de CS : 100 %

0,7 % vs 28,9 %
HR = 0,03, p = 0,0005

nd

nd

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; BRCAmut : Gènes BRCA mutés; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HRm : rapport de risques instantanés issu d’une analyse multivariée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; MPC : mastectomie prophylactique controlatérale; vs: versus.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la morbidité physique et la qualité de vie des femmes atteintes de cancer du sein

Trois études rétrospectives ont rapporté des morbidités physiques reliées à la mastectomie prophylactique controlatérale et leur effet sur la qualité de vie des femmes atteintes de cancer du sein [17, 18, 19, 20]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Globalement, les femmes ont été satisfaites de leur décision d’avoir eu une mastectomie prophylactique controlatérale, toutefois elles ont été insatisfaites des résultats esthétiques et de leur image corporelle. Cette insatisfaction semble être associée principalement aux complications chirurgicales et/ou à la reconstruction mammaire.

Aussi, Tercyak et coll. ont suivi prospectivement, sur une période de douze mois, 149 femmes nouvellement diagnostiquées d’un cancer du sein pour évaluer la qualité de vie et la détresse psychologique [21]. De ce nombre, 29 % ont opté pour une mastectomie prophylactique controlatérale. Une analyse multivariée a suggéré qu'une mastectomie prophylactique controlatérale n'était pas associée à une diminution de la qualité de vie ni à la détresse psychologique reliée au cancer (p = 0,63 et p = 0,11) évaluée par les questionnaires Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast, Impact of Events Scale et Multidimentional Impact of Cancer Risk Assessment.

Impact d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur la morbidité physique et la qualité de vie

Étude

Devis et caractéristiques

Morbidité

Qualité de vie

Geiger et coll. 2006 [17]
n = 519 (MPC) et 61 (sans MPC)
Suivi médian : de 4 à 20 ans

Rétrospective, MPC vs sans MPC
Âgées entre 18 et 80 ans
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS: 40,4 % (MPC) et 39,4 % (sans MPC)

nd

MPC vs non MPC :
86,45% des femmes avec MPC sont satisfaites de leur décision
50,3 % vs 73,8 % se disent préoccupées par le cancer du sein, p < 0,0011
Qualité de vie2 : 76,3 % vs 75,4 %, p = 0,88
Satisfaction de la vie sexuelle2 : 40,9 % vs 40,3 %, p = 0,33

Frost et coll. 2005 [18]
n = 583
Suivi moyen : 10,3 ans

Rétrospective, MPC
Âge moyen : 48 ans
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS: 100 %

27 % ont été réopérées à la suite d’une reconstruction mammaire ou non

À la suite d’une MPC3 :
83 % sont satisfaites de leur décision
74 % sont moins préoccupées émotionnellement du cancer du sein
33 % sont insatisfaites de leur image corporelle
26 % se sentent moins féminines
23 % sont insatisfaites de leurs rapports sexuels
17 % sont plus stressées
17 % ont une moins bonne estime de soi
12 % ont une instabilité émotionnelle

Goldflam et coll. 2004 [19]
n = 239
Suivi moyen : 7,2 ans

Rétrospective, MPC
Âge médian : 47 ans (25-83)
BRCAmut : nd
Atcd Fam. de CS : 58,6 %

16,3 % ont eu des complications
Saignements : 3,8 %
Nécrose : 3,4 %
Infection : 2,9 %

nd

Atcd Fam. de CS : antécédents familiaux de cancer du sein; BRCAmut : Gènes BRCA mutés; RR : risque relatif; n : nombre de patientes; nd : non disponible; MPC : mastectomie prophylactique controlatérale; vs. : contre.
1. Valeur évaluée à l’aide du questionnaire Revised Impact of Events Scale.
2. Valeur évaluée à l’aide du questionnaire Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast.
3. Valeur évaluée à l’aide d’un questionnaire validé par des experts dans lequel les participantes ont indiqué leur réponse à l’aide d’une échelle de mesure chiffrée.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Limites des études

Les résultats issus des études présentées ci-haut doivent être interprétés avec précaution. De par leur nature rétrospective, elles peuvent contenir des biais de sélection qui pourraient expliquer l’amélioration observée de la survie des femmes atteintes de cancer du sein à la suite d’une mastectomie prophylactique controlatérale. À partir des données du Surveillance, Epidemiology, and End Results (SEER) Program, Jatoi et coll. ont examiné l’effet de la mastectomie prophylactique controlatérale sur les mortalités globale spécifique au cancer du sein et celle non reliée au cancer [22]. Cette étude a montré une plus grande diminution du risque de mortalité non reliée au cancer chez les femmes avec mastectomie prophylactique controlatérale (HRm = 0,71 [IC 95 % 0,64-0,80]), que de mortalité globale (HRm = 0,83 [IC 95 % 0,80-0,88]) ou de mortalité spécifique au cancer du sein (HRm = 0,84 [IC 95 % 0,79-0,89]) à 5 ans, et illustre comment un biais de sélection de patientes en meilleure santé dans le groupe de femmes avec mastectomie prophylactique controlatérale peut expliquer l’amélioration de la survie.

Consensus d’experts et guides de pratique

Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) n’encourage pas une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral (recommandation de catégorie 2A). Selon les auteurs, le peu d’avantage qu’apporte une mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes atteintes de cancer du sein doit être pris en considération en tenant compte des risques de récidive du cancer du sein primaire, des effets psychologiques et sociaux ainsi que des risques chirurgicaux reliés à une mastectomie prophylactique controlatérale [41]. L’utilisation d’une mastectomie prophylactique controlatérale chez une femme traitée par chirurgie conservatrice du sein ipsilatérale est fortement déconseillée. Le NCCN recommande que les femmes âgées de 35 ans ou moins ou pré-ménopausées et porteuses de mutations BRCA1/2 devraient considérer d’autres stratégies qu’une mastectomie prophylactique controlatérale pour réduire le risque de cancer du sein à la suite d’une évaluation et de conseils appropriés provenant d’une équipe multidisciplinaire (recommandation de catégorie 2A; [41]).

L’Institut national du cancer de France conclut qu’une mastectomie prophylactique controlatérale entraîne une réduction du risque du cancer du sein controlatéral et semble entraîner une réduction de la mortalité spécifique ainsi qu’une amélioration de la survie spécifique du cancer du sein et de la survie globale des femmes porteuses de mutations BRCA1/2 (niveau de preuve B2; [24]). Cependant, ce résultat n’est retrouvé que dans des études qui incluent des patientes ayant eu un cancer du sein de bon pronostic. L’Institut recommande 1) qu’une mastectomie prophylactique controlatérale doit être proposée aux femmes porteuses de mutations BRCA1/2 et traitées pour un cancer du sein, 2) que la pertinence clinique d’une mastectomie prophylactique controlatérale doit toujours être pesée contre le pronostic du cancer et notamment la probabilité d’évolution du premier cancer entre 3 et 5 ans, 3) que la réalisation d’une mastectomie prophylactique controlatérale ne doit jamais avoir de caractère d’urgence dans le cadre du traitement initial du cancer du sein et 4) qu’en cas de cancer de mauvais pronostic et notamment en cas de risque d’évolution rapide entre 3 et 5 ans, il est recommandé de ne pas envisager une mastectomie prophylactique controlatérale de manière immédiate mais de laisser passer un délai pour s’assurer de l’absence d’évolution rapide du cancer (recommandation non gradée; [24]).

Le National Health and Medical Research Council (NHRMC) conclut 1) qu’il est incertain qu’une mastectomie prophylactique controlatérale améliore la survie globale ou spécifique au cancer du sein des femmes atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations BRCA1/2 mais 2) qu’une mastectomie prophylactique controlatérale diminue substantiellement (de plus de 90 %) le risque de cancer du sein controlatéral chez ces femmes [25]. Le NHMRC recommande d’en discuter avec ces dernières, et particulièrement celles âgées de moins de 50 ans afin de réduire substantiellement les risques de cancer du sein controlatéral (niveau de preuve B; [25]).

L’American Society of Breast Surgeons rapporte qu’une mastectomie prophylactique controlatérale ne doit pas être encouragée chez les femmes dont le cancer du sein primaire est de risque modéré [26, 27]. La mastectomie prophylactique controlatérale devrait être considérée pour les femmes présentant un risque élevé de cancer du sein controlatéral, en particulier celles porteuses de mutations BRCA1/2 ou avec des antécédents familiaux élevés, mais non testées génétiquement ou celles ayant eu un traitement de radiothérapie supradiaphragmatique pour un lymphome de Hodgkin avant l’âge de 30 ans. Toutefois, la décision finale de pratiquer ou non une mastectomie prophylactique controlatérale chez une patiente doit tenir compte des risques et des avantages de la mastectomie prophylactique controlatérale ainsi que de la préférence de cette dernière [26]. Ces femmes devraient être conseillées sur les impacts potentiels à long terme d’une mastectomie prophylactique controlatérale sur leur image corporelle et leur sexualité [27].

Un comité d'experts canadiens a statué, lors d'une rencontre consensus qui s'est tenue en marge de la conférence anuelle de l'Association canadienne des chirurgiens généraux, sur les indications de la mastectomie prophylactique controlatérale chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral [28]. Une mastectomie prophylactique controlatérale est recommandée chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral qui sont porteuses de mutations BRCA1/2 et pour celles qui ont eu un traitement de radiothérapie supra-diaphragmatique (recommandation non gradée; [28]). Une mastectomie prophylactique controlatérale n’est pas recommandée pour toutes les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral, et ce indépendamment de l’âge (recommandation non gradée). Toutefois une mastectomie prophylactique controlatérale peut être discutée avec les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral de façon individuelle, en tenant compte des risques et des avantages de la mastectomie prophylactique controlatérale [28].

Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une histoire familiale positive

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

Mastectomie prophylactique chez les patientes avec une mutation génétique

L’objectif de cette section est d’informer sur les plus récentes données concernant les mutations génétiques, autres que celles localisées sur les gènes BRCA1/2, reconnues jusqu’à présent pour accroitre le risque du cancer du sein controlatéral. Quatre études ont montré que le risque de développer un cancer du sein controlatéral a été significativement plus élevé chez les femmes atteintes de cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations localisées sur les gènes ATM et CHEK2. Aucune étude n’a montré une association significative entre l’augmentation du risque de cancer du sein controlatéral chez les femmes atteintes de cancer du sein et les mutations CDH1, NBN, NF1, PALB2, PTEN, STK1 et TP53.


Risque de développer un cancer du sein controlatéral chez les femmes atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations
Limites des études
Consensus d’experts et guides de pratique

Risque de développer un cancer du sein controlatéral chez les femmes atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations

Neuf études ont rapporté des données pour les gènes ATM, CHEK2, PALB2 et TP53. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant.

Trois études ont évalué l’impact des mutations localisées sur le gène ATM sur l’incidence et le risque du cancer du sein controlatéral [29, 30, 31]. Le gène ATM code pour une protéine kinase régulatrice impliquée dans la réparation de cassures de l’ADN double brins causées notamment par les rayonnements ionisants, ce qui favoriserait une sensibilité chez les porteurs de ces mutations [29]. Des mutations bi-alléliques du gène ATM causent l’ataxie télangiectasie, aussi nommée syndrome de Louis-Bar, une maladie autosomique récessive caractérisée par une ataxie cérébelleuse progressive, une apraxie oculomotrice, une immunodéficience, une hypersensibilité aux rayonnements ionisants ainsi qu’une augmentation du risque de cancers [29].

Les études de Concannon et coll. et de Bernstein et coll. ont évalué l’impact des mutations du gène ATM dans une cohorte de femmes atteintes de cancer du sein controlatéral comparativement aux femmes atteintes de cancer du sein unilatéral, toutes non atteintes d’ataxie télangiectasie [29, 30]. La cohorte populationnelle de cas-témoins (étude WECARE) a été établie spécifiquement pour déterminer les facteurs génétiques et environnementaux qui pourraient contribuer au cancer du sein controlatéral asynchrone. Un total de 708 femmes atteintes d’un cancer du sein controlatéral asynchrone ont été individuellement appariées avec 2 témoins (femmes atteintes de cancer du sein unilatéral, n = 1 397) dont l’un des deux témoins a été apparié pour les traitements de radiothérapie reçus. Deux cent quarante variants du gène ATM ont été identifiés dans cette cohorte (n = 2 105). Les taux de mutations globaux, valeur combinée des mutations rares (portées par moins de 1 % des femmes) et des mutations communes (portées par plus de 1 % des femmes), ont été similaires chez les femmes du groupe cancer du sein controlatéral comparativement aux femmes avec cancer du sein unilatéral (62 % contre 66 %, respectivement). Les porteuses de mutations communes ont eu une diminution significative du risque relatif du cancer du sein controlatéral comparativement aux femmes non mutées (wild type) (RRm = 0,8) [29]. L’étude de Bernstein et coll. a évalué l’effet de l’exposition aux radiations sur le risque relatif du cancer du sein controlatéral dans cette même cohorte de femmes. Les femmes porteuses de mutations rares (mutations faux-sens à effet délétère classifiées selon une analyse de probabilité informatisée) qui ont été exposées aux radiations ont eu un risque relatif de cancer du sein controlatéral significativement plus élevé comparativement aux femmes non mutées (wild type) et non exposées (RRm = 3,3) ou à celles mutées (mutations faux-sens délétères) et non exposées (RRm = 5,8) [30].

Quatre études ont évalué l’impact de la mutation délétère CHEK2*1100delC sur l’incidence et le risque du cancer du sein controlatéral [32, 33, 34, 35]. Le gène CHEK2 code pour une protéine kinase régulatrice impliqué dans la réparation de cassures de l’ADN double brins causées notamment par les agents chimiothérapeutiques, ce qui favoriserait une sensibilité chez les porteurs de ces mutations [33].

Kriege et coll. ont évalué l’incidence et le risque de développer un cancer du sein controlatéral dans une cohorte de femmes (n = 3 502) atteintes de cancer du sein non sélectionnées pour des antécédents familiaux de cancer du sein et l’effet des traitements de chimiothérapie adjuvante reçus antérieurement [33]. Cent seize (3,3 %) d’entre elles ont été identifiées comme porteuses hétérozygotes de la mutation CHEK2*1100delC. L’incidence du cancer du sein controlatéral à 5 ans a été significativement supérieure chez les femmes porteuses de la mutation CHEK2*1100delC comparativement aux femmes non porteuses, et ce, indépendamment des antécédents de chimiothérapie. Le risque relatif du cancer du sein controlatéral a été significativement plus élevé chez les femmes porteuses de la mutation comparativement aux femmes non porteuses (HRm=3,97), et ce, indépendamment des traitements antérieurs de chimiothérapie reçus (HRm = 6,95) ou non (HRm = 3,15).

Weischer et coll. ont évalué par méta-analyse le risque de développer un cancer du sein controlatéral dans une cohorte de femmes atteintes de cancer du sein (n = 25 571) comparativement à une cohorte de femmes non atteintes de cancer du sein (n = 30 056) à partir de 22 études primaires [35]. Chez ces femmes, 1,8 % (avec cancer du sein) et 0,6 % (sans cancer du sein) ont été identifiées porteuses de la mutation hétérozygote CHEK2*1100delC. Le risque relatif de développer un cancer du sein controlatéral à 20 ans a été significativement plus élevé chez les femmes porteuses de la mutation (HRm = 2,77) ainsi que chez les porteuses de la mutation dont la tumeur est positive pour le récepteur de l’œstrogène (RO +, n = 14 234) (HRm = 3,25), comparativement aux femmes non porteuses. L’hétérogénéité entre les études primaires était variable. Les limites de l’étude ont été une ethnicité exclusivement caucasienne, toutes originaires d’Europe, ce qui limite la portée des risques estimés aux populations d’autres origines ainsi qu’un manque de données pour les caractéristiques cliniques suivantes : les statuts HER2 et ER des tumeurs, l’atteinte ganglionnaire, la taille de la tumeur et les antécédents familiaux de cancer du sein.

Broeks et coll. ont évalué le risque de développer un cancer du sein controlatéral dans une cohorte de femmes atteintes de cancer du sein controlatéral (n = 233) comparativement à une cohorte de femmes atteintes de cancer du sein unilatéral (n = 191) appariées pour l’âge au diagnostic (toutes < à 50 ans) et les traitements antérieurs de radiothérapie [32]. Chez ces femmes, 6,4 % (cancer du sein controlatéral) et 1,0 % (cancer du sein unilatéral) ont été identifiées porteuses de la mutation hétérozygote CHEK2*1100delC. Le risque relatif de développer un cancer du sein controlatéral a été significativement plus élevé chez les femmes porteuses de la mutation (OR = 6,5). Les limites de l’étude étaient une petite taille d’échantillon, avec très peu de détails des caractéristiques cliniques des patientes, des antécédents familiaux de cancer du sein élevés dans les deux groupes de femmes de l’étude et des analyses univariées pour l’estimation des risques relatifs.

Le gène PALB2 (partner and localizer of BRCA2) code pour une protéine qui interagit avec BRCA2 et joue un rôle dans la recombinaison homologue et la réparation de cassures de l’ADN double brins [36, 37]. Des mutations sur l’un des deux allèles du gène PALB2 augmentent le risque de cancer du sein, alors que des mutations bi-alléliques causent l’anémie de Fanconi [36, 37]. Le syndrome de Li-Fraumeni favorise le développement de multiples cancers (sein, côlon, tumeurs cervicales et sarcomes des tissus mous et osseux) et est causé par l’atteinte mutationnelle germinale du gène TP53 (tumor protein 53), un gène suppresseur de tumeurs qui agit à titre de facteur de transcription et qui régule diverses fonctions cellulaires dont la mitose et l’apoptose [36, 38]. Deux études ont rapporté des taux d’incidence du cancer du sein controlatéral dans des cohortes de femmes atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations sur les gènes PALB2 et TP53, sans toutefois atteindre une significativité comparativement aux femmes non porteuses des mutations [37, 38].

Effet des mutations génétiques sur l’incidence et risque relatif du cancer du sein controlatéral chez les femmes atteintes de cancer du sein.

Gène

Étude

Devis et caractéristiques

Incidence du CS  controlatéral

Risque relatif du CS controlatéral*

ATM

 

 

 

 

 

Concannon et coll. 2008 [29]
n = 708 (CS contro.) et 1 397(CS uni.)
Suivi moyen : nd

Étude populationnelle de cas-témoins
Cohorte WECARE1
ATMmut : 62 % (437/708) et
66 % (917/1397)2
Âge moyen : 46 ans (24-55) et
45 ans (23-55)

nd

Toutes mutations2 :
RRm = 0,8 (IC 95 % 0,7-1,0)3, p = nd
Mutations communes2 :
RRm = 0,8 (IC 95 % 0,6-0,9)3, p = nd
Mutations rares2 :
RRm = 1,0 (IC 95 % 0,8-1,4)3, p = nd

Bernstein et coll. 2010 [30]
n = 708 (CS contro.) et 1 397(CS uni.)
Suivi moyen : nd

nd

ATMmut/exp RT vs ATMnon-mut/non-exp RT4 :
RRm = 2,8 (IC 95 % 1,2-6.,5)5, p = nd (dose 0,01-0,99 Gy)
RRm = 3,3 (IC 95 % 1,4-8,0)5, p = nd (dose ≥ 1,0 Gy)
ATMmut/exp RT vs ATMmut/non- exp RT:
RRm = 5,3 (IC 95 % 1,6-17,3)5, p = nd (dose 0,01-0,99 Gy)
RRm = 5,8 (IC 95 % 1,8-19,0)5, p = nd (dose ≥ 1,0 Gy)

Renwick et coll. 2006 [31]
n = 443 (CS) et 521 (sans CS)
Suivi moyen : nd

Prospective de cas-témoins6
ATMmut : 3 % (12/443) et
0,4 % (2/521)7
Âge médian : 48,6 ans

Chez ATMmut : 8 % (1/12)
Chez ATMnon-mut : 11 % (49/431)

nd

CHEK2

 

 

 

 

 

Kriege et coll. 2014 [33]
n = 3 502 (CS)
Suivi moyen : nd

Rétrospective8
CHEK2mut : 3,3 % (116/3 502)9
CHEK2mut vs CHEK2non-mut
Âge médian : 50 ans (22-78) vs
52 ans (18-79)

Toutes patientes, à 10 ans :
28,9% vs 8,5%, p<0,001
Sans CTA, à 10 ans :
24,1% vs 8,8%, p<0,001
Avec CTA, à 10 ans :
42,1% vs 4,4%, p<0,001

Toutes patientes :
HRm = 3,97 (IC 95 % 2,59-6,07)10, p = nd
Sans CTA :
HRm = 3,15 (IC 95 % 1,86-5,35)10, p = nd
Avec CTA :
HRm = 6,95 (IC 95 % 3,21-15,00)10, p = nd

Weischer et coll. 2012 [35]
n = 25 571 (CS) et
30 056 (sans CS)
Suivi médian : 6,6 ans

Méta-analyse de 22 études prospectives et de cas-témoins
CHEK2mut : 1,8 % (459/25 571) et
0,6 % (179/30 056)11
Âge médian : 52 ans

nd

Toutes patientes, à 20 ans:
HRm = 2,77 (IC 95 % 2,00-3,84)12, p<0,001
Statut ER +, à 20 ans :
HRm = 3,52 (IC 95 % 2,35-5,27)12, p<0,001

Mellemkjaer et coll. 2008 [34]
n = 705 (CS contro.) et
1 395(CS uni.)
Suivi moyen : nd

Étude populationnelle de cas-témoins
Cohorte WECARE1
CHEK2mut : 1 % et 0,7 %9
Âge moyen : 46 ans (24-55) et
45 ans (23-55)

nd

HR = 1,8 (IC 95 % 0,6-5,4)13, p = nd

Broeks et coll. 2004 [32]
n = 233 (CS contro.) et
191 (CS uni.)
Suivi moyen : nd

Étude prospective14
CHEK2mut : 6,4 % (15/233) et
1 % (2/191)9
CHEK2mut vs CHEK2non-mut
Âge moyen : 41,8 ans et 39,2 ans

nd

Toutes patientes
OR = 6,5 (IC 95 % 1,5-28,8), p = 0,005
Effet d’une RT15 :
OR = 2,5 (IC 95 % 0,59-10,8), p = 0,24

PALB2

 

 

 

 

 

Cybulski et coll. 2015 [37]
n = 12 529 (CS) et
4 702 (sans CS)
Suivi moyen : nd

Prospective de cas-témoins16
PALB2mut : 0,9 % (116/12 529) et
0,2 % (10/4 702)
Âge moyen : 53,5 ans (18-92) et
53,0 ans (20-94)

Chez PALB2mut : 10 % (11/116)
Chez PALB2non-mut : 3 % (246/9 640)

nd

TP53

 

 

 

 

 

Bougeard et coll. 2015 [38]
n = 160
Suivi moyen : nd

Rétrospective17
Toutes atteintes de SLF
TP53mut : 100 %
CS : 127/160 (79 %)
Âge médian : 34 ans (20-69)

31 % (40/127)

nd

ATMmut : Gène ATM muté; CHEK2mut : Gène CHEK2 muté; CT : chimiothérapie; CTA : chimiothérapie adjuvante; CS : cancer du sein; CS contro. : cancer du sein controlatéral asynchrone; CS uni. : cancer du sein unilatéral; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HRm : rapport de risques instantanés (hazard ratio) issu d’une analyse multivariée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); PALB2mut : Gène PALB2 muté; RR : risque relatif; RRm : risque relatif issu d’une analyse multivariée; RT : radiothérapie; SLF : syndrome de Li-Fraumeni; TP53mut : Gène TP53 muté; vs: versus.
* Risque relatif estimé de développer un cancer du sein controlatéral chez les femmes porteuses de mutations comparativement aux femmes non porteuses de mutations.
1. L’étude WECARE est une cohorte populationnelle de cas-témoins établie pour déterminer les facteurs génétiques et environnementaux qui peuvent contribuer au cancer du sein controlatéral asynchrone. Cette cohorte a inclus des femmes atteintes de cancer du sein controlatéral asynchrone (n = 708) individuellement appariées avec 2 témoins (femmes atteintes de cancer du sein unilatéral, n = 1 397) pour l’âge au diagnostic (toutes ≤ 55 ans), la durée du suivi, la région du lieu de résidence et la race et/ou ethnicité, dont l’un des deux témoins a été apparié pour les traitements de radiothérapie reçus.
2. L’atteinte mutationnelle pour tous les variants combinés (variants portés par ≥ 1 % des participantes de l’étude) et rares (variants portés par < 1 % des participantes de l’étude).
3. Valeur issue d’une analyse multivariée ajustée pour l’âge au diagnostic du cancer du sein primaire, l’âge à l’apparition des premières règles, le statut ménopausique, le nombre de grossesses à terme, les antécédents familiaux de cancer du sein du premier degré et l’atteinte lobulaire.
4. Exposition aux radiations définie par une dose située entre 0,01-0,99 Gy (0,02−0,99, dose moyenne de 0,6 Gy) ou une dose supérieure ou égale à 1,0 Gy (1,1-6,2, dose moyenne de 1,7 Gy) reçue par le sein controlatéral pendant la radiothérapie.
5. Risque relatif pour les femmes porteuses de mutations rares (mutations faux-sens à effet délétère) issu d’une analyse multivariée ajustée pour l’âge au diagnostic du cancer du sein primaire, l’âge à l’apparition des premières règles, le statut ménopausique, le nombre de grossesses à terme, les antécédents familiaux de cancer du sein du premier degré, l’atteinte lobulaire, le garde du cancer primaire et les traitements de chimiothérapie, d’hormonothérapie ou de radiothérapie reçus antérieurement
6. Une cohorte de patientes non atteintes d’ataxie télangiectasie (syndrome de Louis-Bar) et recrutées pour des antécédents familiaux d’au moins 3 cas de cancer du sein primaires et toutes non mutées BRCA1/2.
7. L’atteinte mutationnelle combinée pour les variants d’épissage, faux-sens et non-sens reconnus pour être associés à l’ataxie télangiectasie (syndrome de Louis-Bar).
8. Deux cohortes de femmes atteintes de cancer du sein recrutées sans égard aux antécédents familiaux de cancer du sein ont été incluses dans cette étude. L’étude initiale incluait une cohorte supplémentaire de 1 220 patientes atteintes de cancer du sein sélectionnées pour des antécédents familiaux. Toutefois, cette cohorte n’a pas été prise en compte pour estimer les risques car elle pouvait être enrichie de plusieurs cas de cancer du sein controlatéral en raison des antécédents familiaux élevés.
9. Seule l’atteinte mutationnelle hétérozygote CHEK2*1100delC a été analysée pour estimer le risque.
10. Valeur issue d’une analyse multivariée ajustée pour l’année du diagnostic et le type de chirurgie. Les autres covariables (l’âge au diagnostic, la grosseur de la tumeur, l’atteinte ganglionnaire, l’expression des récepteurs hormonaux, le stade de la maladie, les traitements de chimiothérapie, d’hormonothérapie ou de radiothérapie reçus antérieurement) ont eu un impact < à 10 % sur le rapport de risques instantanés.
11. Seule l’atteinte mutationnelle hétérozygote CHEK2*1100delC a été analysée pour estimer le risque. Les patientes homozygotes CHEK2*1100delC ont été exclues des analyses.
12. Valeur ajustée pour l’âge et l’année au diagnostic du cancer du sein primaire et les antécédents familiaux de cancer du sein.
13. Valeur issue d’une analyse univariée et ajustée pour l’atteinte mutationnelle BRCA1/2.
14. Une cohorte de patientes sélectionnées pour une atteinte de cancer du sein controlatéral appariées avec des patientes atteintes de cancer du sein unilatéral pour l’âge au diagnostic et les traitements antérieurs de radiothérapie. La proportion de patientes qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein est de 40 % chez les femmes porteuses de la mutation CHEK2*1100delC et de 45,0 % chez les femmes non porteuses.
15. Exposition aux radiations définie par la dose reçue approximative (entre 1 et 10 Gy) par le sein controlatéral pendant la radiothérapie.
16. Une cohorte de patientes atteintes de cancer du sein a été recrutée sans égard aux antécédents familiaux de cancer du sein.
17. L’étude initiale incluait 160 femmes et 59 hommes, tous atteints de syndrome de Li-Fraumeni et porteurs de mutations (ponctuelles, faux-sens ou non-sens) sur le gène TP53. Seules les valeurs se référant aux femmes sont présentées dans le tableau.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Limites des études

Plusieurs facteurs peuvent influencer à la hausse ou à la baisse le risque relatif de développer un cancer du sein, tels que le type de variants (faux-sens, non-sens), les cohortes de patientes évaluées (patientes sélectionnées spécifiquement pour une maladie dont l’ataxie télangiectasie-ATM, le syndrome de Cowden-PTEN et de Peutz-Jeghers-STK11, ou recrutées de façon consécutive, sans égard aux antécédents familiaux), l’identité des variants pour un même gène (sur un même gène, certains variants peuvent accroitre le risque et d’autres le faire diminuer), l’âge des patientes (le risque cumulé à vie du cancer du sein est considéré constant dans les études, alors que celui-ci peut décroitre en fonction de l’âge, en particulier pour les gènes CHEK2 et ATM), les études populationnelles basées sur des données épidémiologiques provenant d’une population ciblée (SEER ou International Agency for Research on Cancer-WHO), ne reflètent pas le risque pour toutes les populations ainsi que les risques individualisés comme les antécédents familiaux, l’ethnicité et le mode de vie.

Consensus d’experts et guides de pratique

Les recommandations actuelles portant sur la légitimité de considérer une mastectomie prophylactique pour les femmes porteuses de mutations génétiques qui peuvent être associées à une plus grande susceptibilité héréditaire de développer un cancer du sein, autres que celles localisées sur les gènes BRCA1/2 (gènes ATM, CDH1, CHEK2, NBN, NF1, PALB2, PTEN, STK1 et TP53), sont présentées dans le tableau suivant.

Recommandations des organismes sur la mastectomie prophylactique chez les femmes porteuses des mutations reconnues pour augmenter le risque de développer un cancer du sein.

Gène

NCCN [42]

The Cancer Institute – New South Wales Health, Australie [39]

NICE [40]

Canadian Consensus
Statement [28]

ASBS [26]

ATM

 

 

 

 

 

 

Une MP peut être considérée chez les femmes porteuses de mutations sur le gène ATM selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

Une MP bilatérale peut être offerte pour les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses ou soupçonnées d’être à risque de porter la mutation ATM (c.7271T>G)1 (recommandation non gradée). Le bénéfice serait plus important lorsqu’une MP est pratiquée avant l’âge de 40 ans.

n. d.

n. d.

n. d.

CDH1

 

 

 

 

 

 

Une MP pourrait être discutée chez les femmes porteuses de mutations sur le gène CDH1 selon les antécédents familiaux.

Une MP bilatérale peut être considérée chez les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations sur le gène CDH1 (recommandation non gradée).

MP pour les femmes non atteintes de cancer du sein

Une MP bilatérale est une stratégie de réduction du risque de cancer du sein appropriée seulement pour une petite proportion de femmes ayant des antécédents familiaux élevés de cancer du sein et une atteinte mutationnelle sur les gènes BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1.

MP pour les femmes atteintes de cancer du sein

Les risques et les bénéfices que peut apporter une MP peuvent être discutés avec les femmes porteuses de mutations (BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1) ou soupçonnées d’en porter. Les femmes devraient être informées des risques d’avoir une récidive à distance de cancer du sein et/ou de développer un cancer du sein controlatéral.

Une discussion portant sur une MCP peut être initiée par le chirurgien sur une base individuelle pour les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations sur le gène CDH1, CHEK2, PALB2, PTEN ou TP53.

Une MCP peut être considérée chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral qui présentent un faible risque de cancer du sein controlatéral et qui sont porteuses de mutations sur le gène CHEK2, PALB2, TP53 ou CDH1 (recommandation non gradée).

CHEK2

 

 

 

 

 

 

Preuve insuffisante concernant le bénéfice que pourrait apporter une MP chez les femmes porteuses de mutations sur le gène CHEK2. Toutefois, une MP peut être considérée selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

n. d.

n. d.

Une discussion portant sur une MCP peut être initiée par le chirurgien sur une base individuelle pour les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations sur le gène CDH1, CHEK2, PALB2, PTEN ou TP53.

Une MCP peut être considérée chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral qui présentent un faible risque de cancer du sein controlatéral et qui sont porteuses de mutations sur le gène CHEK2, PALB2, TP53 ou CDH1 (recommandation non gradée).

NBN

 

 

 

 

 

 

Preuve insuffisante concernant le bénéfice que pourrait apporter une MP chez les femmes porteuses de mutations sur le gène NBN. Une MP n’est pas recommandée chez ces femmes, mais peut être considérée selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

n. d.

n. d.

n. d.

n. d.

NF1

 

 

 

 

 

 

Preuve insuffisante concernant le bénéfice que pourrait apporter une MP chez les femmes porteuses de mutations sur le gène NF1. Une MP n’est pas recommandée chez ces femmes, mais peut être considérée selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

n. d.

n. d.

n. d.

n. d.

PALB2

 

 

 

 

 

 

Une MP peut être considérée chez les femmes porteuses de mutations sur le gène PALB2 selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

Une MP bilatérale peut être offerte pour les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses ou à risque de porter une mutation délétère du gène PALB2 qui ont des antécédents familiaux élevés de cancer du sein diagnostiqué avant l’âge de 50 ans (recommandation non gradée). Le bénéfice serait plus important lorsqu’une MP est pratiquée avant l’âge de 40 ans.

n. d.

Une discussion portant sur une MCP peut être initiée par le chirurgien sur une base individuelle pour les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations sur le gène CDH1, CHEK2, PALB2, PTEN ou TP53.

Une MCP peut être considérée chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral qui présentent un faible risque de cancer du sein controlatéral et qui sont porteuses de mutations sur le gène CHEK2, PALB2, TP53 ou CDH1 (recommandation non gradée).

PTEN

 

 

 

 

 

 

Une MP peut être discutée comme une stratégie de réduction du risque de cancer du sein chez les femmes porteuses de mutations sur le gène PTEN.

Une MP bilatérale peut être offerte pour les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses ou à risque de porter une mutation sur le gène PTEN, ainsi que chez celles qui ont un diagnostic de syndrome de Cowden, sans atteinte mutationnelle du gène PTEN (recommandation non gradée).

MP pour les femmes non atteintes de cancer du sein

Une MP bilatérale est une stratégie de réduction du risque de cancer du sein appropriée seulement pour une petite proportion de femmes ayant des antécédents familiaux élevés de cancer du sein et une atteinte mutationnelle sur les gènes BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1.

MP pour les femmes atteintes de cancer du sein

Les risques et les bénéfices que peut apporter une MP peuvent être discutés avec les femmes porteuses de mutations (BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1) ou soupçonnées d’en porter. Les femmes devraient être informées des risques d’avoir une récidive à distance de cancer du sein et/ou de développer un cancer du sein controlatéral.

Une discussion portant sur une MCP peut être initiée par le chirurgien sur une base individuelle pour les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations sur le gène CDH1, CHEK2, PALB2, PTEN ou TP53.

n. d.

STK11

 

 

 

 

 

 

Preuve insuffisante concernant le bénéfice que pourrait apporter une MP chez les femmes porteuses de mutations sur le gène STK11. Une MP n’est pas recommandée chez ces femmes, mais peut être considérée selon les antécédents familiaux (recommandation de catégorie 2A).

Une MP bilatérale peut être offerte pour les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses de mutations pathogéniques sur le gène STK11, pour celles qui ont ou qui sont à risqueun diagnostic de syndrome de Peutz-Jeghers (recommandation non gradée).

MP pour les femmes non atteintes de cancer du sein

Une MP bilatérale est une stratégie de réduction du risque de cancer du sein appropriée seulement pour une petite proportion de femmes ayant des antécédents familiaux élevés de cancer du sein et une atteinte mutationnelle sur les gènes BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1.

MP pour les femmes atteintes de cancer du sein

Les risques et les bénéfices que peut apporter une MP peuvent être discutés avec les femmes porteuses de mutations (BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1) ou soupçonnées d’en porter. Les femmes devraient être informées des risques d’avoir une récidive à distance de cancer du sein et/ou de développer un cancer du sein controlatéral.

n. d.

n. d.

TP53

 

 

 

 

 

 

Une MP peut être discutée comme une stratégie de réduction du risque de cancer du sein chez les femmes porteuses de mutations sur le gène TP53.

Une MP bilatérale peut être offerte pour les femmes non atteintes de cancer du sein et porteuses ou à risque de porter une mutation pathogénique du gène TP53, en particulier celles âgées de < 50 ans (recommandation non gradée).

MP pour les femmes non atteintes de cancer du sein

Une MP bilatérale est une stratégie de réduction du risque de cancer du sein appropriée seulement pour une petite proportion de femmes ayant des antécédents familiaux élevés de cancer du sein et une atteinte mutationnelle sur les gènes BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1.

MP pour les femmes atteintes de cancer du sein

Les risques et les bénéfices que peut apporter une MP peuvent être discutés avec les femmes porteuses de mutations (BRCA1, BRCA2, TP53, STK11, PTEN ou CDH1) ou soupçonnées d’en porter. Les femmes devraient être informées des risques d’avoir une récidive à distance de cancer du sein et/ou de développer un cancer du sein controlatéral.

Une discussion portant sur une MCP peut être initiée par le chirurgien sur une base individuelle pour les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral et porteuses de mutations sur le gène CDH1, CHEK2, PALB2, PTEN ou TP53.

Une MCP peut être considérée chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral qui présentent un faible risque de cancer du sein controlatéral et qui sont porteuses de mutations sur le gène CHEK2, PALB2, TP53 ou CDH1 (recommandation non gradée).

ASBS : American Society of Breast Surgeons; n. d. : non déterminé; MCP : mastectomie controlatérale prophylactique ; MP : mastectomie prophylactique : NCCN : National Comprehensive Cancer Network; NICE : National Institute for Health and Care Excellence.
1. Cette recommandation n’est valide que pour la mutation ATM (c.7271T>G). Aucune recommandation n’est formulée pour les autres mutations du gène ATM.

Mastectomie prophylactique et complexe aréolo-mamelonnaire

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

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3.5.6 Reconstruction mammaire

Chirurgie de reconstruction contre chirurgie oncologique

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

Reconstruction en situation d’une radiothérapie/chimiothérapie en soins postopératoires

Aucune étude à répartition aléatoire n’a comparé l’effet d’une radiothérapie ou d’une chimiothérapie administrée avant et après une reconstruction mammaire réalisée par prothèses ou par lambeaux. Sept méta-analyses et quatre revues systématiques ont été retenues pour évaluer l’impact d’une radiothérapie sur les complications chirurgicales et l’esthétisme chez les femmes qui ont eu une reconstruction mammaire. Globalement, ces études ont montré qu’une radiothérapie augmente le risque de complications chirurgicales et d’échec de la reconstruction, et ce, indépendamment du type de reconstruction utilisé et du moment de la radiothérapie, soit avant ou après une reconstruction, comparativement aux femmes qui n’ont pas eu de radiothérapie. Deux méta-analyses ont montré que les complications majeures (réopérations, chirurgies correctrices ou réhospitalisation) et l’échec de la reconstruction ont été plus souvent observés lorsqu’une radiothérapie est administrée avant une reconstruction par prothèses que par lambeaux, et que la nécrose a été plus souvent observée lors d’une reconstruction par lambeaux que par prothèses chez un sein précédemment irradié. De plus, une méta-analyse a montré que les complications chirurgicales ont été plus souvent observées lorsqu’une radiothérapie est administrée après une reconstruction par prothèses que par lambeaux.

Radiothérapie administrée avant une reconstruction

Reconstruction par lambeaux
Reconstruction par prothèses
Comparaison d’une reconstruction par lambeaux et par prothèses
Consensus d’experts et guides de pratique

Radiothérapie administrée après une reconstruction

Reconstruction par lambeaux
Reconstruction par prothèses
Comparaison d’une reconstruction par lambeaux et par prothèses
Consensus d’experts et guides de pratique

Limites des études portant sur une radiothérapie

Chimiothérapie administrée après une reconstruction

Radiothérapie administrée avant une reconstruction

Trois méta-analyses ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée avant une reconstruction mammaire sur les complications chirurgicales dont deux d’entre elles ont comparé spécifiquement une reconstruction par lambeaux à une reconstruction par prothèses sur un sein précédemment irradié [1, 2, 3]. Deux revues systématiques ont comparé les complications chirurgicales associées à une reconstruction par lambeaux et par prothèses réalisée avant et après une radiothérapie [4, 5].

Reconstruction par lambeaux

Une méta-analyse publiée par Schaverien et coll. a comparé l’effet d’une radiothérapie administrée avant et après une reconstruction par lambeaux sur les complications chirurgicales et les résultats esthétiques [1]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Les taux de chirurgies correctrices ont été significativement supérieurs chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction que chez les femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction. De plus, une perte de volume a été observée seulement chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction. Sur six études qui ont évalué l’esthétisme, deux d’entre elles ont rapporté des résultats esthétiques significativement satisfaisants lorsqu’une radiothérapie est administrée avant une reconstruction par lambeaux comparativement à une radiothérapie administrée après une reconstruction. L’hétérogénéité entre les études était variable et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une description peu détaillée des critères de sélection, une variabilité des traitements de radiothérapie administrée et des méthodes d’évaluation des résultats esthétiques ainsi que des types de chirurgies par lambeaux employés.
Une revue systématique menée par Kelley et coll. a comparé les complications postopératoires et l’esthétisme associé à une reconstruction par lambeaux réalisée avant et après une radiothérapie [4]. Vingt études primaires ont été incluses dans la revue dont 6 études rapportant des résultats lorsqu’une radiothérapie est administrée avant une reconstruction, 9 études lorsqu’une radiothérapie est effectuée après une reconstruction et 5 études qui ont comparé une radiothérapie avant et après une reconstruction. Globalement, cette revue a montré que les taux de complications sont statistiquement similaires lorsqu’une radiothérapie est administrée avant ou après une reconstruction par lambeaux, et ce, pour l’échec de la reconstruction (1 % contre 4 %), une mauvaise cicatrisation (10 % contre 14 %), l’infection (4 % contre 6 %), des hématomes (2 % contre 1 %), des séromes (4 % contre 4 %) et la nécrose de la graisse (10 % contre 13 %). L’hétérogénéité entre les études primaires était grande et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la revue rapportées par les auteurs étaient un faible niveau de preuve par l’absence d’étude à répartition aléatoire et contrôlée, un manque d’uniformité des méthodes d’évaluation de l’esthétisme ainsi qu’un faible nombre d’études qui ont comparé l’effet d’une radiothérapie avant et après une reconstruction par lambeaux.

Impact d’une radiothérapie sur les issues cliniques lorsqu’administrée avant et après une reconstruction par lambeaux (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Satisfaction et esthétisme

Schaverien et coll. 2013 [1]
Suivi médian : entre 13 et 63 mois

12 études rétrospectives
RT après vs RT avant la reconstruction
n = 891 vs 1 460

Toutes complications1, 2 :
32,6 % vs 32,5 %7, p = nd
OR = 1,13 (IC 95 % 0,77-1,65), p = 0,53, I2 = 0 % (p = 0,86)
Chirurgies correctrices3 :
15,1 % vs 1,4 %, p = nd
OR = 0,15 (IC 95 % 0,05-0,48), p = 0,001, I2 = 48 % (p = 0,12)
Nécrose de la graisse4 :
22,2 % vs 14,9 %, p = nd
OR = 0,63 (IC 95 % 0,29-1,38), p = 0,25, I2 = 54 % (p = 0,04)
Perte de volume5 :
87,5 % vs 0 %, p < 0,0001, I2 = nd

Satisfaction générale lorsqu’une RT précède une reconstruction6 :
Satisfaites : 10 études sur 12 (n = 1 633)
Insatisfaites : 2 études sur 12 (n = 128)

 Esthétisme6 :
Satisfaction significative lorsque RT avant : 2 études sur 6 
Satisfaction similaire, RT avant vs RT après : 4 études sur 6 

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Définies en termes de nécrose de la graisse, de chirurgies correctrices, de perte de volume ou de résultats esthétiques insatisfaisants.
2. Valeur rapportée dans six études.
3. Valeur rapportée dans quatre études.
4. Valeur rapportée dans sept études.
5. Valeur rapportée dans deux études.
6. Satisfaction générale et esthétisme évalués subjectivement par la patiente et qualifiés de bon à excellent.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Reconstruction par prothèses

Une méta-analyse publiée par Lee et coll. a évalué l’effet d’une radiothérapie administrée avant une reconstruction par prothèses comparativement aux femmes qui n’ont pas eu de radiothérapie [2]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Cette étude a montré que les risques de complications, d’infection, de nécrose, de séromes, de contractures capsulaires et d’échec de la reconstruction ont été significativement plus élevés chez les femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par prothèses que les femmes sans radiothérapie. Une sous-analyse de l’étude a montré un risque significativement plus élevé d’échec de la reconstruction lorsque celle-ci est simultanée à une mastectomie chez les femmes qui ont eu une radiothérapie précédemment comparativement aux femmes qui n’ont pas eu de radiothérapie. L’hétérogénéité entre les études était variable et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une variabilité des traitements de radiothérapie administrée et des types de chirurgies employés ainsi qu’un faible niveau de preuve attribuable à la nature rétrospective des études primaires incluses.

Une revue systématique menée par Momoh et coll. a comparé les complications chirurgicales associées à une reconstruction par prothèses réalisée avant et après une radiothérapie [5]. Vingt-six études primaires ont été incluses dans la revue dont 3 études rapportant des résultats lorsqu’une radiothérapie est administrée avant une reconstruction, 12 études lorsqu’une radiothérapie est donnée après une reconstruction et 11 études qui ont comparé une radiothérapie avant et après une reconstruction. Cette revue a montré que les taux de complications ne sont pas statistiquement différents lorsqu’une radiothérapie est administrée avant ou après une reconstruction par prothèses, et ce pour les contractures capsulaires sévères (25 % contre 32 %), les complications mineures (18 % contre 31 %), les complications majeures (49 % contre 39 %) et l’échec de la reconstruction (19 % contre 20 %). De plus, les taux de réussite ont été similaires entre les patientes qui ont eu une radiothérapie avant ou après une reconstruction, avec 83 % et 80 %, respectivement. L’hétérogénéité entre les études primaires était grande et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la revue rapportées par les auteurs étaient un faible niveau de preuve par l’absence d’étude à répartition aléatoire et contrôlée, une variabilité des caractéristiques cliniques des patientes ainsi que qu’un faible nombre d’études qui ont comparé l’effet d’une radiothérapie avant et après une reconstruction par prothèses.

Impact d’une radiothérapie sur les issues cliniques lorsqu’administrée avant une reconstruction par prothèses (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Échec de la reconstruction

Lee et coll. 2015 [2]
Suivi médian : nd

20 études rétrospectives
RT avant vs sans RT
n = 799 vs 7 452

Toutes complications1 :
RR = 1,89 (IC 95 % 1,57-2,28), p = 0,53, I2 = 0 % (p = 0,64)
Contractures capsulaires1 :
RR = 3,32 (IC 95 % 1,36-8,13), I2 = 79 %
Chirurgies correctrices2 :
RR = 1,67 (IC 95 % 1,13-2,46), I2 = 82 %
Nécrose3 :
RR = 1,9 (IC 95 % 1,45-2,5), I2 = 0 %
Infection3 :
RR = 2,21 (IC 95 % 1,75-2,78), I2 = 0 %
Hématomes1 :
RR = 0,74 (IC 95 % 0,33-1,62), I2 = 4 %
Séromes1 :
RR = 2,13 (IC 95 % 1,37-3,34), I2 = 0 %

RR = 2,58 (IC 95 % 1,86-3,57)4, p < 0,00001
I2 = 39 % (p = 0,06)

12 études rétrospectives
RT avant une reconstruction immédiate vs sans RT
n = 497 vs 4 366

nd

RR = 2,71 (IC 95 % 1,78-4,11)5, p < 0,0001

2 études rétrospectives
RT avant une reconstruction retardée vs sans RT
n = 148 vs 643

nd

RR = 1,65 (IC 95 % 0,92-2,98)6, p = 0,09

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RR : risque relatif; RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Valeur rapportée dans sept études.
2. Valeur rapportée dans trois études.
3. Valeur rapportée dans dix études.
4. Valeur rapportée dans quinze études.
5. Valeurs provenant d’une sous-analyse de l’étude visant à évaluer l’effet d’une radiothérapie avant une reconstruction immédiate.
6. Valeurs provenant d’une sous-analyse de l’étude visant à évaluer l’effet d’une radiothérapie avant une reconstruction retardée.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Comparaison d’une reconstruction par lambeaux et par prothèses

Deux méta-analyses ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée avant une reconstruction par lambeaux comparativement à une radiothérapie administrée avant une reconstruction par prothèses [2, 3]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant.

Lee et coll. ont montré que le risque d’échec de reconstruction a été significativement supérieur chez les femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par prothèses que celles qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par lambeaux [2]. L’hétérogénéité entre les études et les limites de la méta-analyse de Lee et coll. ont été présentées dans la section précédente.

Dans la méta-analyse de Tsoi et coll., le risque de complications majeures a été significativement plus fréquent chez les femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par prothèses que celles qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par lambeaux [3]. De plus, de la nécrose a été observée seulement chez les femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction par lambeaux. L’hétérogénéité entre les études était faible et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une petite taille d’échantillon ainsi que des valeurs non ajustées pour les caractéristiques cliniques.

Impact d’une radiothérapie sur les issues cliniques lorsqu’administrée avant une reconstruction : comparaison entre une reconstruction par lambeaux vs par prothèses (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Échec de la reconstruction

Lee et coll. 2015 [2]
Suivi médian : nd

4 études rétrospectives
Lambeaux vs prothèses
n = 236 vs 92

nd

2,1 % vs 33,7 %, p = nd
RR = 0,08 (IC 95 % 0,03-0,24), p = nd

Tsoi et coll. 2014 [3]
Suivi médian : entre 24-46 mois

4 études rétrospectives
Lambeaux vs prothèses
n =132 vs 125

Complications majeures1 :
RR = 0,46 (IC 95 % 0,29-0,73), p = 0,001, I2 = 0 % (p = 0,39)
Déhiscence de la plaie2 :
RR = 0,17 (IC 95 % 0,02-1,49), p = 0,11, I2 = 0 % (p = 0,90)
Nécrose de la peau ou de la graisse3 :
RR = 8,5 (IC 95 % 1,70-42,56), p = 0,009, I2 = 0 % (p = 0,75)
Infection au site de chirurgie3, 4 :
RR = 0,46 (IC 95 % 0,13-1,57), p = 0,21, I2 = 0 % (p = 0,78)
Hématomes ou séromes5 :
RR = 0,36 (IC 95 % 0,02-8,43), p = 0,53, I2 = nd

RR = 0,12 (IC 95 % 0,01-2,42)5, 6, p = 0,17, I2 = nd

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RR : risque relatif; RT: radiothérapie; vs: versus.
1. Valeur combinée des complications qui ont nécessité une réopération, une chirurgie correctrice ou une réhospitalisation.
2. Valeur rapportée dans deux études.
3. Valeur rapportée dans trois études.
4. Valeur n’incluant pas les infections au site donneur.
5. Valeur rapportée dans une étude.
6. Défini en termes d’extrusion, de rupture, d’ondulation, d’un mauvais positionnement, d’une perte ou d’une exposition de l’implant, et d’échec total pour une reconstruction par lambeaux.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) mentionne que chez les patientes qui ont eu précédemment une radiothérapie, une reconstruction par prothèses d’expansion temporaire est contre-indiquée car l’expansion d’une peau irradiée pourrait favoriser une augmentation du risque de contractures capsulaires, de mauvais positionnement de l’implant, de résultats esthétiques insatisfaisants, d’exposition de la prothèse et d’échec de la reconstruction (recommandation de catégorie 2A; [26]). Une reconstruction par lambeaux est la méthode privilégiée pour les patientes qui ont eu précédemment une radiothérapie (recommandation de catégorie 2A). L’American Society of Plastic Surgeons (ASPS) indique que les risques de complications postopératoires à la suite d’une reconstruction par prothèses d’expansion sont plus élevés chez les femmes qui ont eu précédemment une radiothérapie (recommandation de niveau C; [6]). Toutefois, ces résultats sont contradictoires dans la littérature et des données probantes scientifiques de meilleure qualité sont requises. Selon l’Alberta Health Services, une reconstruction par prothèses d’expansion temporaire est contre-indiquée chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie (recommandation de niveau modéré; [7]). Il est préférable d’opter pour une reconstruction par lambeaux ou pour une reconstruction mixte combinant expanseurs et lambeaux (recommandation de niveau bon).

Radiothérapie administrée après une reconstruction

Cinq méta-analyses ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée après une reconstruction mammaire sur les complications chirurgicales et l’esthétisme chez les femmes qui ont eu une mastectomie (reconstruction par lambeaux : 1, reconstruction par prothèses : 4). [1, 8, 9, 10, 11]. Une méta-analyse a comparé spécifiquement l’effet d’une radiothérapie après une reconstruction chez les femmes qui ont eu une reconstruction par lambeaux à celles qui ont eu une reconstruction par prothèses [11].

Reconstruction par lambeaux

Une méta-analyse publiée par Schaverien et coll. a évalué l’effet d’une radiothérapie après une reconstruction par lambeaux sur les complications chirurgicales et les résultats esthétiques [1]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. La nécrose de la graisse a été significativement plus souvent observée chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction que celles sans radiothérapie. De plus, une perte de volume significative a été observée seulement chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction. Sur sept études primaires de la méta-analyse qui ont évalué l’esthétisme, quatre d’entre elles ont rapporté des résultats esthétiques significativement satisfaisants à la suite d’une reconstruction sans radiothérapie. L’hétérogénéité entre les études et les limites de la méta-analyse de Schaverien et coll. ont été présentées dans la section précédente.

Impact d’une radiothérapie sur les issues cliniques lorsqu’administrée après une reconstruction par lambeaux (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Satisfaction et esthétisme

Schaverien et coll. 2013 [1]
Suivi médian : entre 13 et 63 mois

25 études rétrospectives
RT après vs sans RT

n = 826 vs 3 090

Toutes complications1, 2 :
33,9 % vs 28,6 %, p = nd
OR = 1,10 (IC 95 % 0,78-1,54), p = 0,59, I2 = 22 % (p = 0,27)
Chirurgies correctrices3 :
18,3 % vs 16,1 %, p = nd
OR = 0,65 (IC 95 % 0,25-1,68), p = 0,38, I2 = 0 % (p = 0,81)
Nécrose de la graisse4 :
23,8 % vs 8,5 %, p = nd
OR = 2,82 (IC 95 % 1,35-5,92), p = 0,006, I2 = 60 % (p = 0,03)
Perte de volume4:
77,5 % vs 0 %, p < 0,0001, I2 = nd

Satisfaction générale lorsque RT après5 :
Satisfaites : 19 études sur 25 (n = 1 247)
Insatisfaites : 6 études sur 25 (n = 2 669)

Esthétisme5 :
Satisfaction significative lorsque sans RT : 4 études sur 7
Satisfaction similaire, RT après vs sans RT : 3 études sur 7

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Définies en termes de nécrose de la graisse, de chirurgie correctrice, de perte de volume ou de résultats esthétiques insatisfaisants.
2. Valeur rapportée dans cinq études.

3. Valeur rapportée dans trois études.
4. Valeur rapportée dans six études.
5. Satisfaction générale et esthétisme évalués subjectivement par la patiente et qualifiés de bon à excellent.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Reconstruction par prothèses

Quatre méta-analyses ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée à la suite d’une reconstruction par prothèses sur les complications chirurgicales et l’esthétisme [8, 9, 10, 11]. De ce nombre, une méta-analyse a évalué l’effet d’une radiothérapie administrée sur un implant permanent et deux méta-analyses ont comparé l’effet d’une radiothérapie sur un expanseur temporaire à celui sur un implant permanent. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant.

Magill et coll. ont publié une méta-analyse portant sur l’effet d’une radiothérapie sur les complications et la satisfaction à la suite d’une reconstruction par implants permanents [8]. Des contractures capsulaires sévères, des chirurgies correctrices et des échecs de reconstruction ont été significativement plus fréquents chez les femmes lorsqu’une radiothérapie a été administrée après une reconstruction que celles sans radiothérapie. Les niveaux de satisfaction générale et cosmétique ont été significativement supérieurs chez les femmes sans radiothérapie. L’hétérogénéité entre les études était variable et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une hétérogénéité dans les techniques chirurgicales employées, les délais d’administration de la radiothérapie suivant la reconstruction ainsi qu’une variabilité des méthodes d’évaluation de la satisfaction.

Lee et coll. ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée sur une prothèse d’expansion temporaire comparativement à une radiothérapie administrée sur un implant permanent [9]. Des contractures capsulaires sévères ont été significativement plus souvent observées lorsque la radiothérapie a été administrée sur un implant permanent que sur une prothèse d’expansion temporaire. L’hétérogénéité entre les études était variable et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une petite taille d’échantillon ainsi qu’un faible niveau de preuve attribuable à la nature rétrospective des études primaires incluses.

Lam et coll. ont documenté l’effet d’une radiothérapie administrée après une reconstruction par prothèses sur l’échec de la reconstruction, les risques de contractures capsulaires et la satisfaction comparativement à celles sans radiothérapie [10]. Les taux et le risque d’échec de reconstruction ont été significativement supérieurs chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction comparativement aux femmes sans radiothérapie, et ce indépendamment du type de prothèse utilisé. De plus, les femmes qui ont eu une radiothérapie sur une prothèse d’expansion temporaire ont eu significativement plus d’échecs et de risque d’échec de reconstruction que celles qui ont eu une radiothérapie sur un implant permanent. La méta-analyse a aussi montré une augmentation significative des contractures capsulaires chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction comparativement aux femmes sans radiothérapie, et ce, indépendamment du type de prothèse utilisé. L’hétérogénéité entre les études était variable et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse rapportées par les auteurs étaient une petite taille d’échantillon, un manque d’uniformité des méthodes d’évaluation de la satisfaction, une description peu détaillée des critères de sélection, une variabilité des traitements de radiothérapie administrée ainsi que des techniques chirurgicales utilisées.

Barry et coll. ont publié une méta-analyse portant sur l’effet d’une radiothérapie administrée après une reconstruction par prothèses sans distinction du type de prothèse utilisé (expanseur temporaire ou implant permanent) [11]. Les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction ont eu significativement plus de complications que celles sans radiothérapie. L’hétérogénéité entre les études n’a pas été rapportée et aucune description des caractéristiques de base des patientes n’a été fournie. Les limites de la méta-analyse étaient une petite taille d’échantillon, une description peu détaillée des critères de sélection ainsi qu’une variabilité des traitements de radiothérapie administrée en termes de dosage et de surimpression.

Impact d’une radiothérapie sur les issues cliniques lorsqu’administrée après une reconstruction par prothèses (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Satisfaction et esthétisme

Échec de la reconstruction

Magill et coll., 2017 [8]
Suivi médian : 31 mois (6-65)

Implants permanents
7 études rétrospectives
RT après vs sans RT
n = 520 vs 2 401

Contractures capsulaires sévères1 :
OR = 10,21 (IC 95 % 3,74-27,89), p < 0,00001
I2 = 88 % (p < 0,00001)
Chirurgies correctrices1 :
OR = 2,18 (IC 95 % 1,33-3,57), p = 0,002
I2 = 30 % (p = 0,21)

Satisfaction générale2, 3 :
OR = 0,29 (IC 95 % 0,15-0,57), p = 0,0003
I2 = 0 % (p = 0,5)
Satisfaction cosmétique3, 4 :
OR = 0,28 (IC 95 % 0,11-0,67), p = 0,005
I2 = 59 % (p = 0,09)

OR = 2,52 (IC 95 % 1,48-4,29)5, p = 0,0007
I2 = 21 % (p = 0,28)

Lee et coll. 2017 [9]
Suivi médian : entre 14 et 50 mois

8 études (7 rétrospectives, 1 prospective)
Expanseurs temporaires vs
implants permanents
n = 489 vs 410

Contractures capsulaires sévères3 :
RR = 0,44 (IC 95 % 0,29-0,68), p < 0,001
I2 = 40 % (p = 0,17)
Complications majeures6,7 :
RR = 3,29 (IC 95 % 0,76-14,25), p = 0,11
Infection3 :
RR = 1,65 (IC 95 % 0,72-3,78), p = 0,23
Complications mineures7,8 :
RR = 0,94 (IC 95 % 0,53-1,69), p = 0,84

nd

RR = 1,72 (IC 95 % 0,81-3,64)9, p = 0,16
I2 = 61 % (p = 0,01)

Lam et coll. 2013 [10]
Suivi médian : entre 14 et 50 mois

12 études (11 rétrospectives, 1 prospective)
RT après vs sans RT
n = 715 et 1 138

Contractures capsulaires :
Expanseurs temporaires7: 8,9 % vs 0,0 %, p = 0,01
Implants permanents10: 7,9 % vs 0,2 %, p = 0,002

Satisfaction cosmétique supérieure chez les femmes sans RT

Toutes prothèses1, 11 :
18,6 % vs 3,1 %, p < 0,00001
OR = 5,14 (IC 95 % 3,12-8,49), p < 0,00001
I2 = 39 % (p = 0,13)
Expanseurs temporaires5, 11:
29,7 % vs 5,0 %, p < 0,00001
OR = 5,87 (IC 95 % 3,44-10,01), p < 0,00001
I2 = 66 % (p = 0,01)
Implants permanents7, 11:
7,7 % vs 1,5 %, p = 0,0003
OR = 5,32 (IC 95 % 2,17-13,05), p = 0,0003
I2 = 0 % (p = 0,52)
Implants permanents vs expanseurs temporaires7, 11 :
5,6 % vs 22,9 %, p < 0,0001
OR = 0,13 (IC 95 % 0,05-0,32), p < 0,0001
I2 = 0 %, p = 0,50

Barry et coll. 2011 [11]
Suivi médian : nd

4 études rétrospectives
RT après vs sans RT
n = 196 vs 228

Toutes complications3, 12 :
51,6 % vs 21,2 %, p = nd
OR = 4,19 (IC 95 % 2,43-7,22), p = nd

nd

nd

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RR : risque relatif, RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Valeur rapportée dans sept études.
2. Satisfaction évaluée subjectivement par la patiente et qualifiée de « partiellement à complétement satisfaite », de « moyenne à bonne » et de « satisfaite » dans les études primaires.
3. Valeur rapportée dans quatre études.
4. Satisfaction cosmétique évaluée subjectivement par le chirurgien sans autre précision.
5. Valeur rapportée dans six études.
6. Définies en termes de chirurgies correctrices.
7. Valeur rapportée dans trois études.
8. Complications résolues sans avoir eu recours à une réopération.
9. Défini en termes de perte d’implant (expanseur ou permanent) ou d’une reconstruction par lambeaux à la suite de complications postopératoires.
10. Valeur rapportée dans deux études.
11. Défini en termes de perte d’implant (expanseur ou permanent).
12. Définies en termes de contractures capsulaires, d’infection, de nécrose de la graisse, de fibrose ou de réopérations.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Comparaison d’une reconstruction par lambeaux et par prothèses

Une méta-analyse a comparé l’effet d’une radiothérapie administrée après une reconstruction chez les femmes qui ont eu une reconstruction par lambeaux à celles qui ont eu une reconstruction par prothèses [11]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Barry et coll. ont montré que les complications chirurgicales ont été significativement plus fréquentes à la suite d’une reconstruction par prothèses qu’après une reconstruction par lambeaux. L’hétérogénéité entre les études et les limites de la méta-analyse de Barry et coll. ont été présentées dans la section précédente.

Une revue systématique menée par El-Sabawi et coll. en 2015 a comparé l’effet d’une radiothérapie administrée après une reconstruction par lambeaux à celui après une reconstruction par prothèses [12]. Cinquante-six études primaires ont été incluses dans cette revue (n = 5 437, reconstructions par lambeaux : 1 832 et reconstructions par prothèses : 3 605). Les taux d’infection (13,5 % contre 5,8 %, p < 0,0001), de nécrose (10,5 % contre 5,0 %, p = 0,03), de réopérations (37,0 % contre 16,6 %, p < 0,0001) et de complications (41,3 % contre 30,9 %, p < 0,0001) ont été significativement plus élevés lors de reconstructions par prothèses que par lambeaux. Les taux de déhiscence de la plaie (12,9 % contre 5,8 %, p = 0,001), d’hématomes (6,1 % contre 2,8 %, p = 0,02) et de séromes (8,0 % contre 6,0 %, p = 0,02) ont été significativement plus élevés lors de reconstructions par lambeaux que par prothèses. Les échecs de la reconstruction ont été significativement plus fréquents lors de reconstructions par prothèses que par lambeaux (16,8 % contre 1,6 %, p < 0,0001). Une analyse de sous-groupes a aussi montré que les échecs d’une reconstruction ont été significativement plus élevés lorsqu’une radiothérapie est administrée sur une prothèse d’expansion temporaire que sur un implant permanent (18,8 % contre 14,7 %, p = 0,006). Les limites de la revue étaient l’inclusion d’études primaires rétrospectives, une grande variabilité des complications postopératoires évaluées et des traitements de radiothérapie administrée ainsi que des cohortes de patientes qui se chevauchent/recoupent dans les études. Toutefois, la grande taille d’échantillon et l’inclusion de plusieurs études primaires étaient les forces de la revue rapportées par les auteurs.

Une revue systématique publié par El-Sabawi et coll. en 2017 a comparée l’esthétisme et la satisfaction des patientes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction par lambeaux ou par prothèses [13]. Vingt-neuf études primaires ont été incluses dans la revue dont 21 études rapportant des résultats sur l’esthétisme (n = 1 611) et 8 études sur la satisfaction des patientes (n = 722). Chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction par prothèses, les taux d’esthétisme qualifié de « bon » et de « meilleur » ont varié de 36 % à 100 % et les taux de satisfaction des patientes ont été de 41 % à 90 %. Chez les femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction par lambeaux, les taux d’esthétisme qualifié de « bon » et de « meilleur » ont varié de 70 % à 90 % et les taux de satisfaction des patientes ont été de 74 % à 75 %. Aussi, cette revue a rapporté quatre études (n = 575) qui ont évalué la satisfaction et la qualité de vie des patientes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction par prothèses par le questionnaire BREAST-Q comparativement à celles qui n’ont pas eu de radiothérapie. Les taux de satisfaction dans le groupe de femmes qui ont eu une radiothérapie après une reconstruction ont été inférieurs à celles sans radiothérapie, et ce, pour la satisfaction de l’esthétisme des seins (48,9 %-57,2 % contre 56,0 %-64,1 %), des issues cliniques (63,8 %-70,2 % contre 70,3 %-73,5 %), du bien-être psychologique (63,9 %-72,3 % contre 70,9 %-76,4 %), du bien-être sexuel (45,4 %-55,4 % contre 52,3 %-55,7 %) et du bien-être physique (71,7 %-75,1 % contre 75,1 %-78,5 %). Les limites de la revue rapportées par les auteurs étaient une hétérogénéité des devis des études primaires, des méthodes d’évaluation, des traitements de radiothérapie en termes de dosage et de délais d’administration ainsi que l’utilisation de questionnaires ad hoc non validés.

Impact d’une radiothérapie administrée après une reconstruction sur les issues cliniques : comparaison par lambeaux vs par prothèses (méta-analyses)

Étude

Devis et caractéristiques

Complications

Barry et coll. 2011 [11]
Suivi médian : nd

4 études rétrospectives
Lambeaux vs prothèses
n = 164 vs 216

Toutes complications1 :
7,8 % vs 33,5 %, p = nd
OR = 0,20 (IC 95 % 0,11-0,39), p = nd

I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Définies en termes de contractures capsulaires, d’infection, de nécrose de la graisse, de fibrose ou de réopérations.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) mentionne que la planification d’une radiothérapie postmastectomie peut influencer le type de reconstruction choisie [26]. Le NCCN rapporte aussi que le type de reconstruction à privilégier lorsqu’une radiothérapie est prévue en soins postopératoires ne fait pas l’unanimité au sein des experts car les données probantes quant aux résultats esthétiques suivant une reconstruction sont contradictoires. Lorsqu’une reconstruction par lambeaux et qu’une radiothérapie postmastectomie sont prévues, le NCCN mentionne qu’une reconstruction peut être réalisée après la fin du traitement de radiothérapie ou de façon simultanée à la mastectomie en plaçant une prothèse d’expansion temporaire suivie d’une reconstruction par lambeaux (recommandation de catégorie 2A). Alors que certains experts en reconstruction mammaire oncologique optent pour une reconstruction simultanée par lambeaux lorsqu’une radiothérapie postmastectomie est prévue, le NCCN mentionne qu’il est généralement préférable que la radiothérapie précède une reconstruction par lambeaux afin d’obtenir des résultats esthétiques plus satisfaisants (recommandation de catégorie 2B). Lorsqu’une reconstruction par expanseurs et qu’une radiothérapie postmastectomie sont prévues, le NCCN indique qu’une reconstruction mammaire par étapes est privilégiée en débutant par le positionnement d’une prothèse d’expansion temporaire simultanée à la mastectomie qui sera par la suite remplacée par un implant permanent (recommandation de catégorie 2A). Le remplacement de la prothèse temporaire pour un implant permanent pourra être réalisé avant la radiothérapie ou après la fin des traitements de radiothérapie (recommandation de catégorie 2A). Une reconstruction simultanée par implants permanents chez les patientes qui auront une radiothérapie postmastectomie augmente les risques de contractures capsulaires, de mauvais positionnement de l’implant, de résultats esthétiques insatisfaisants et d’exposition d’implant.

L’American Society of Plastic Surgeons (ASPS) indique qu’une reconstruction simultanée à une mastectomie peut améliorer l’estime de soi et l’image corporelle de la patiente et réduire le temps de convalescence [6]. Une reconstruction tardive peut entraîner un stress psychologique supplémentaire chez celles dont une détresse est ressentie à la suite d’une mastectomie. L’ASPS indique qu’une radiothérapie administrée avant ou après une reconstruction réalisée à l’aide de prothèses d’expansion ou d’implants permanents est associée à une augmentation du risque de complications postopératoires, de résultats esthétiques insatisfaisants et d’échec de la reconstruction (recommandation de niveau B). Toutefois, l’ASPS soutient que les preuves qui supportent l’association entre les risques de complications postopératoires et le délai optimal pour pratiquer une reconstruction par prothèses lorsqu’une radiothérapie postmastectomie est prévue varient et sont contradictoires (recommandation de niveau C). Conséquemment, la décision d’avoir recours à une radiothérapie devrait être priorisée à celle de procéder à une reconstruction puisqu’une radiothérapie peut améliorer le contrôle locorégional du cancer du sein et la survie globale des patientes (recommandation de niveau B). Aussi, les patientes devraient être évaluées individuellement et être informées des complications possibles d’une radiothérapie sur une reconstruction par prothèses (infection, nécrose, séromes, hématomes, contractures capsulaires, mauvaise cicatrisation et risque élevé d’exposition de la prothèse).

Selon l’Alberta Health Services, une reconstruction simultanée peut être considérée chez les patientes si aucune radiothérapie n’est prévue ou ne semble pas être requise en soins postopératoires (recommandation de niveau bon; [7]). Une reconstruction devrait être retardée jusqu’à ce que les traitements de radiothérapie soient complétés à la suite d’une mastectomie (recommandation de niveau bon). Les conséquences d’une radiothérapie simultanée à une reconstruction sont une incapacité à administrer la radiothérapie pour des volumes cibles importants ainsi qu’une augmentation des risques à long terme de fibrose autant à la suite d’une reconstruction par prothèses d’expansion que par lambeaux.

Selon Cancer Care Ontario, une reconstruction simultanée est une option appropriée pour les femmes qui n’envisagent pas d’avoir recours à une radiothérapie postmastectomie (recommandation non gradée; [14]). L’utilisation d’une reconstruction simultanée n’est pas recommandée chez les femmes qui recevront une radiothérapie postmastectomie. Les femmes qui envisagent une reconstruction simultanée et qu’une radiothérapie postmastectomie est prévue devraient être informées de la possibilité accentuée des risques de complications, d’avoir recours à des chirurgies correctrices ultérieurement, d’avoir un résultat esthétique insatisfaisant et de retarder l’administration éventuelle d’une thérapie adjuvante. Les femmes qui envisagent une reconstruction simultanée et une radiothérapie postmastectomie devraient être évaluées par une équipe multidisciplinaire faisant intervenir un oncologue, un radio-oncologue et un chirurgien plasticien.

L’European Society for Medical Oncology (ESMO) mentionne qu’une reconstruction simultanée chez la plupart des femmes peut rendre le sentiment de perdre un sein plus facile à accepter, mais que les patientes ne sont pas toutes de bonnes candidates [29]. Selon ESMO, une reconstruction par lambeaux tolère généralement bien une radiothérapie postmastectomie. Une reconstruction par prothèses d’expansion peut mener à un résultat esthétique insatisfaisant à la suite d’une radiothérapie postopératoire. Lorsqu’une radiothérapie postmastectomie est prévue, une prothèse d’expansion temporaire devrait être positionnée avant une radiothérapie (recommandation non gradée). Plusieurs options chirurgicales sont disponibles pour les femmes qui veulent une reconstruction mammaire immédiate ou retardée à une mastectomie. Le choix de la technique chirurgicale pour la reconstruction devrait être discuté avec chaque patiente en tenant compte de la préférence de cette dernière, de son anatomie et des traitements oncologiques à venir.

Selon le Saskatchewan Cancer Agency, une reconstruction mammaire immédiate ou retardée devrait être offerte aux femmes qui auront une mastectomie (recommandation non gradée). Lorsqu’une radiothérapie postmastectomie est prévue, une reconstruction immédiate devrait être évitée (recommandation non gradée; [16]).

Selon le National Institute for Health and Care Excellence (NICE), une reconstruction mammaire immédiate devrait être discutée et offerte à toutes les femmes qui auront une mastectomie à l’exception de celles qui présentent une comorbidité importante telle qu’une (ou le besoin d’une) thérapie adjuvante. Toutes les options chirurgicales pour pratiquer une reconstruction mammaire devraient être offertes et discutées avec les patientes (recommandation non gradée; [27]).

Limites des études portant sur une radiothérapie

Les résultats issus des méta-analyses et des revues systématiques présentées ci-haut doivent être interprétés avec précaution car plusieurs limites ont été rapportées dont un risque élevé de biais de sélection et un faible niveau de preuve de par la nature rétrospective des études primaires incluses, des analyses univariées non ajustées en raison de caractéristiques cliniques incomplètes ou très variables chez les patientes, des petites tailles d’échantillon, un suivi sur une courte période, une variabilité des méthodes d’évaluation de la satisfaction et des résultats esthétiques, des analyses ne tenant pas compte de certaines morbidités telles que le tabagisme et l’obésité, une variabilité des types de chirurgies employés ainsi que des traitements de radiothérapie en terme de dosage, de délais d’administration et de surimpression.

Chimiothérapie administrée après une reconstruction

Aucune étude à répartition aléatoire et contrôlée n’a traité jusqu’à présent de l’impact d’une chimiothérapie administrée à la suite d’une reconstruction mammaire sur les complications chirurgicales. Aucune méta-analyse n’a comparé l’effet d’une chimiothérapie sur les complications reliées à une reconstruction par lambeaux à celles d’une reconstruction par prothèses. Une revue systématique à ce propos a été publiée par El-Sabawi et coll. [12] en 2015 et a comparé l’effet d’une chimiothérapie adjuvante administrée à la suite d’une reconstruction par lambeaux et par prothèses. Onze études primaires rétrospectives ont été incluses dans cette revue (n = 820). De façon générale, une chimiothérapie administrée à la suite d’une reconstruction peut être bien tolérée par les patientes comparativement aux femmes qui n’ont pas eu de chimiothérapie après une reconstruction. Toutefois, en raison d’une grande hétérogénéité dans les études primaires en termes d’agents chimiothérapeutiques, de dosage, de durée et de délais d’administration de la chimiothérapie, aucune conclusion générale n’a pu être tirée à partir de ces données. Des études prospectives de plus grande ampleur seront nécessaires afin de mieux définir l’impact d’une chimiothérapie adjuvante sur une reconstruction mammaire.

Peu de consensus d’experts et de guides se positionnent concernant l’effet d’une chimiothérapie adjuvante administrée à la suite d’une reconstruction mammaire. Le Scottish Intercollegiate Guidelines Network (SIGN) mentionne qu’une reconstruction mammaire simultanée à une mastectomie pourrait retarder le délai d’administration d’une chimiothérapie adjuvante [28]. Une chimiothérapie néoadjuvante pourrait être considérée avant une reconstruction mammaire afin d’éviter ce délai. Toutefois, le peu d'élément de preuve à ce sujet et des données probantes contradictoires ne permettent pas de formuler une recommandation générale. Selon Cancer Care Ontario, une consultation multidisciplinaire devrait être offerte aux patientes qui recevront potentiellement une chimiothérapie adjuvante après une reconstruction. Une reconstruction mammaire différée à une mastectomie devrait être offerte aux femmes qui auront complété leurs traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie [14]. Selon l’American Society of Plastic Surgeons, les preuves suggèrent que la chimiothérapie n’apparait pas comme un facteur de risque significatif pour les patientes qui auront une reconstruction mammaire par prothèses (expanseurs temporaires ou implants permanents) à la suite d’une mastectomie [6].

Temps optimal pour une reconstruction à la suite d’une radiothérapie

Peu d’études ont évalué précisément le délai optimal à compter duquel une reconstruction mammaire différée devrait être pratiquée chez les femmes qui ont reçu précédemment une radiothérapie et étudié l’impact de ce délai sur les complications postopératoires chez ces patientes. Les études qui ont évalué l’effet d’une radiothérapie administrée avant une reconstruction sur les complications postopératoires ont été présentées précédemment. Une étude a montré un taux d’échec significativement supérieur lorsqu’un changement d’une prothèse temporaire pour un implant permanent a été pratiqué dans un délai inférieur à 6 mois comparativement à un délai supérieur à 6 mois chez les femmes qui ont reçu précédemment une radiothérapie. Deux études ont montré des taux d’échec et de réopérations significativement supérieurs lorsqu’une reconstruction par lambeaux a été pratiquée dans un délai inférieur à 12 mois comparativement à un délai supérieur à 12 mois chez les femmes qui ont eu précédemment une radiothérapie.

Reconstruction par prothèses

Reconstruction par lambeaux

Limites des études

Consensus d’experts et guides de pratique

Reconstruction par prothèses

Deux études ont évalué l’impact du délai entre la fin des traitements de radiothérapie et une reconstruction mammaire réalisée par prothèses sur les complications postopératoires [19, 20]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. L’étude de Peled et coll. a montré un taux d’échec de la reconstruction significativement supérieur lorsque le changement de la prothèse temporaire pour un implant permanent a été réalisé après un délai inférieur à 6 mois comparativement à un délai supérieur à 6 mois chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie [20]. Une analyse de sous-groupe a aussi été réalisée dans cette étude afin de comparer plusieurs délais entre le changement de la prothèse temporaire pour un implant permanent, soit inférieur à 3 mois, entre 3 et 6 mois, entre 6 et 9 mois, entre 9 et 12 mois et supérieur à 12 mois. Toutefois, seule la comparaison d’un délai inférieur à 6 mois contre supérieur à 6 mois a montré des résultats significatifs.

Impact du délai entre la fin des traitements de radiothérapie et une reconstruction mammaire par prothèses sur les complications postopératoires

Étude

Caractéristiques et devis

Complications

Échec de la reconstruction

Lentz et coll. 2013 [19]
Suivi moyen : 26,5 mois vs 28,5 mois

Étude rétrospective
Délai entre le changement de la prothèse temporaire pour un implant permanent après une RT :
< 4 mois vs > 4 mois
Délai moyen : 2,83 mois vs 7,35 mois
n = 20 vs 14

Toutes complications :
40,0 % vs 57,10 %, p = 0,487
Contractures capsulaires :
5,0 % vs 21,4 %, p = 0,28
Déhiscence de la plaie :
15,0 % vs 14,3 %, p = 1,0
Infection :
30,0 % vs 14,3 %, p = 0,42
Hématomes :
0 % vs 14,30 %, p = 0,16
Séromes :
5,0 % vs 0 %, p = 1,0

25,0 % vs 14,3 %, p = 0,6721

Peled et coll. 2012 [20]
Suivi moyen : 33,7 mois vs 27,6 mois

Étude prospective
Délai entre le changement de la prothèse temporaire pour un implant permanent après une RT :
< 6 mois vs ≥ 6 mois
Délai moyen : 3,4 mois vs 8,6 mois
n = 49 vs 39

nd

22,4 % vs 7,7 %, p = 0,0362

n : nombre de patientes; nd : non disponible; RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Défini en termes d’ablation définitive de l’implant avec ou sans reconstruction additionnelle subséquente.
2. Défini en termes d’ablation de la prothèse pouvant être causée par de l’infection, l’exposition de la prothèse ou des contractures capsulaires sévères sans remplacement simultané de la prothèse.
Les résultats en caractères gras caractères sont statistiquement significatifs.

Reconstruction par lambeaux

Quatre études ont évalué l’impact du délai entre la fin des traitements de radiothérapie et une reconstruction mammaire réalisée par lambeaux sur les complications postopératoires [21, 22, 23, 24, 25]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. L’étude de Mull et coll. a montré un taux d’échec de la reconstruction significativement supérieur lorsque celle-ci a été réalisée moins de 12 mois comparativement à plus de 12 mois suivant une radiothérapie [21]. Une analyse multivariée de régression logistique a montré que le délai entre une radiothérapie et une reconstruction n’était pas une variable indépendante qui pouvait prédire le développement de complications majeures chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie (OR = 0,38, p < 0,51). L’étude de Baumann et coll. a montré que les taux de réopérations et d’échec de la reconstruction ont été significativement supérieurs lorsque celle-ci a été réalisée moins de 12 mois comparativement à un délai de plus de 12 mois chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie [23].

Impact du délai entre la fin des traitements de radiothérapie et une reconstruction mammaire par lambeaux sur les complications postopératoires

Étude

Caractéristiques et devis

Complications

Échec de la reconstruction

Mull et coll. 2017 [21]

Étude rétrospective1
Délai entre la RT et la reconstruction :
< 12 mois vs ≥ 12 mois
Délai médian : 6,5 mois vs 42,6 mois
Suivi moyen : nd
n = 72 vs 70

Hématomes et séromes :
5,6 % vs 5,7 %, p = 0,97
Thromboses :
5,6 % vs 2,9 %, p = 0,42

Total : 6,9 % vs 0 %, p = 0,03
Partiel : 4,2 % vs 5,7 %, p = 0,67

Momoh et coll. 2012 [22]

Étude rétrospective
Délai entre la RT et la reconstruction :
< 12 mois vs ≥ 12 mois
Délai moyen : 6,8 mois vs 27,0 mois
Suivi moyen : 38,6 mois vs 27,8 mois
n = 51 vs 49

Toutes complications :
43,1 % vs 36,7 %, p = 0,5135
Déhiscence de la plaie :
13,7 % vs 8,3 %, p = 0,5256
Nécrose de la graisse :
9,8 % vs 14,3 %, p = 0,5501
Infection :
9,8 % vs 6,1 %, p = 0,7155
Séromes :
0 % vs 4,1 %, p = 0,4950
Thromboses vasculaires :
5,8 % vs 2,0 %, p = 0,6176

Total : 0 % vs 2,0 %, p = 0,49
Partiel : 3,9 % vs 0 %, p = 0,4952

Étude rétrospective
Délai entre la RT et la reconstruction :
< 6 mois vs ≥ 6 mois
Délai moyen : 4,2 mois vs 19,8 mois
Suivi moyen : 41,9 mois vs 29,2 mois
n = 17 vs 83

Toutes complications :
29,2 % vs 39,8 %, p = 1,0
Déhiscence de la plaie :
8,3 % vs 10,8 %, p = 1,0
Nécrose de la graisse :
4,2 % vs 13,3 %, p = 0,6851
Infection :
8,3 % vs 6,0 %, p = 0,3398
Séromes :
4,2 % vs 2,4 %, p = 0,4318
Thromboses vasculaires :
4,2 % vs 3,6 %, p = 0,5314

Total : 0 % vs 1,2 %, p = 1,0
Partiel : 0 % vs 2,4 %, p = 1,0

Baumann et coll. 2011 [23]

Étude prospective
Délai entre la RT et la reconstruction :
< 12 mois vs ≥ 12 mois
Délai médian : 13,7 mois (2,7-189,9)
Suivi médian : 10,1 mois vs 7,0 mois
n = 82 vs 107

Réopérations2 :

14,6 % vs 4,7 %, p = 0,022

Déhiscence de la plaie :
12 % vs 11 %, p = 0,835
Nécrose de la graisse :
6 % vs 9 %, p = 0,589
Infection :
4 % vs 1 %, p = 0,631
Thromboses microvasculaires :
9 % vs 4 %, p = 0,214

Total : 6 % vs 0 %, p = 0,014
Partiel3 : 6 % vs 8 %, p = 0,59

Fosnot et coll. 2011 [24]

Étude rétrospective4
Délai entre la RT et la reconstruction :
< 3 mois vs 12-120 mois
Délai moyen : nd
Suivi moyen : nd
n = 226

Complications vasculaires:
nd %, p = 0,066

nd

n : nombre de patientes; nd : non disponible; RT : radiothérapie; vs: versus.
1. Valeurs provenant d’une sous-analyse de l’étude. Le but principal de l’étude était de comparer les complications postopératoires chez des femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction à celles qui n’ont pas eu de radiothérapie.
2. Réopérations réalisées dans les 30 jours suivant la reconstruction.
3. Défini en termes de nécrose qui a affecté moins du tiers du volume des lambeaux et qui a requis un débridement.
4. Valeurs provenant d’une sous-analyse de l’étude. Le but principal de l’étude était de comparer les complications vasculaires chez des femmes qui ont eu une radiothérapie avant une reconstruction à celles qui n’ont pas eu de radiothérapie.
5. Définies en termes de thromboses artérielles et veineuses et de difficultés techniques lors de la chirurgie telle qu’une déviation anastomotique ou une dissection additionnelle.
6. Les valeurs précisant le % de complications des groupes comparés ne sont pas indiquées dans l’étude. La valeur p provient d’un graphique de l‘étude.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Limites des études

Peu d’études ont évalué le délai entre la fin d’une radiothérapie et une reconstruction mammaire différée en tant qu’objectif principal et plusieurs limites ont été rapportées par les auteurs dont leur nature principalement rétrospective, une variabilité des traitements de radiothérapie administrés et des techniques chirurgicales employées ainsi que des valeurs univariées non ajustées.

Bien souvent, les données concernant ce délai sont issues d’une sous-analyse de l’étude et, par conséquent, comparent des populations de petite taille, ce qui a un impact sur la significativité des résultats. Aussi, les délais ont parfois été déterminés en fonction du nombre de patientes afin d’avoir un plus grand nombre de cas par groupe dans le but d’augmenter les chances d’avoir un résultat significatif. Le nombre d’intervalles de temps varie d’une étude à l’autre et complexifie la comparaison des études entre elles en raison de l’hétérogénéité.

Actuellement, le délai d’une reconstruction différée à la suite d’une radiothérapie est principalement laissé à la discrétion et au jugement du chirurgien selon la situation clinique. La reconstruction sera habituellement pratiquée lorsque les signes cliniques des effets délétères de la radiothérapie, tels que de l’œdème, de la friabilité vasculaire, de la nécrose, de l’atrophie tissulaire ainsi que de la fibrose de la peau et de la paroi thoracique, sont moins visibles [25]. Puisque la majorité des études sont rétrospectives et que les délais qui y sont comparés ont été déterminés subjectivement et non pas de façon aléatoire, un biais de sélection de patientes en meilleure santé au moment de la reconstruction pourrait être présent.

Des études de plus grande envergure dans lesquelles sont comparés des délais qui reflètent la réalité de la pratique clinique actuelle seront nécessaires afin d’avoir des données probantes de meilleure qualité et formuler une recommandation plus juste à ce propos.

Consensus d’experts et guides de pratique

Selon Cancer Care Ontario, une reconstruction mammaire différée ne devrait pas être pratiquée en deçà d’un an après la mastectomie chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie (recommandation non gradée; [14]). Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein avancé de stade T4, N2 ou N3 et qui ont reçu précédemment une radiothérapie, il est optimal d’attendre de deux à trois ans avant de pratiquer une reconstruction mammaire différée, lorsque les risques de récidive du cancer seront réduits (recommandation non gradée). Selon l’Association of Breast Surgery (ABS), un délai d’au moins 6 mois devrait s’écouler avant une reconstruction mammaire différée chez les patientes qui ont reçu précédemment une radiothérapie (recommandation non gradée; [30]). Une reconstruction mammaire pratiquée plus de 12 mois après une radiothérapie peut diminuer le risque de complications postopératoires en termes de perte de lambeaux et de réopérations.

Tabagisme actif et reconstruction

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

Références
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Peled AW, Foster RD, Esserman LJ, Park CC, Hwang ES, Fowble B. Increasing the time to expander-implant exchange after postmastectomy radiation therapy reduces expander-implant failure. Plast Reconstr Surg 2012;130(3):503-509.

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Momoh AO, Colakoglu S, de Blacam C, Gautam S, Tobias AM, Lee BT. Delayed autologous breast reconstruction after postmastectomy radiation therapy: is there an optimal time? Ann Plast Surg 2012;69(1):14-18.

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Fosnot J, Fischer JP, Smartt JM, Jr., Low DW, Kovach SJ, 3rd, Wu LC, Serletti JM. Does previous chest wall irradiation increase vascular complications in free autologous breast reconstruction? Plast Reconstr Surg 2011;127(2):496-504.

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Harper JL, Franklin LE, Jenrette JM, Aguero EG. Skin toxicity during breast irradiation: pathophysiology and management. South Med J 2004;97(10):989-993.

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30.

Association of Breast Surgery (UK). Oncoplastic Breast Reconstruction: Guidelines for Best Practice. 2012.

3.5.7 Indications de chirurgie pour une histologie particulière

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

3.6 Radiothérapie adjuvante

3.6.1 Considérations générales

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

3.6.2 Radiothérapie du sein

3.6.2.1 Omission de la radiotérapie du sein
3.6.2.2 Radiothérapie hypofractionnée du sein
3.6.2.3 Radiothérapie ultra-hypofractionnée du sein (5 fractions) (5 mai 2022)
3.6.2.4 Radiothérapie partielle du sein (Nouveau: 19 juillet 2023)

3.6.3 Radiothérapie de la paroi thoracique

3.6.3.1 En présence d'un carcinome canalaire in situ avec marges positives
3.6.3.2 En présence d'un cancer du sein de stade T1-2N1 (avec curage axillaire)

3.6.4 Surimpression du lit tumoral

3.6.5 Radiothérapie des aires ganglionnaires

3.6.5.1 Selon l'atteinte ganglionnaire
3.6.5.2 Radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires

3.6.6 Radiothérapie concomitante à un traitement systémique

3.6.7 Repères métalliques

3.6.1 Considérations générales

Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

La discussion relative à la prévention et au traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie est présentée à la section Considérations générales-Traitement systémique néoadjuvant.

3.6.2 Radiothérapie du sein

Dans le cas d'un carcinome canalaire in situ (CCIS)

Pour les patientes atteintes d’un CCIS, l’ajout d’une radiothérapie après la chirurgie conservatrice du sein réduit de moitié le risque de récidive locale. Une diminution significative du risque est observée indépendamment de la largeur de la marge chirurgicale, et même chez les patientes préalablement jugées à faible risque. Aucun sous-groupe de patientes pour lesquelles la radiothérapie n'a pas été avantageuse quant à la diminution des récidives locales infiltrantes (moitié des récidives locales du CCIS) n’a été clairement reconnu. Néanmoins, la radiothérapie postopératoire ne se traduit pas par un avantage de survie ou de survie spécifique au cancer du sein, même de 15 à 20 ans après la chirurgie conservatrice du sein.

Une revue systématique avec méta-analyse menée par la Cochrane Collaboration a rapporté les données d’ECR qui ont évalué l’ajout de la radiothérapie à la chirurgie conservatrice du sein pour le traitement du carcinome canalaire in situ (CCIS) [1]. Les 4 ECR inclus, (NSABP B-17 [2], EORTC 10853 [3], SweDCIS [4]) et UK/ANZ DCIS [5], étaient tous de qualité élevée avec un risque minime de biais. Les suivis moyens/médians étaient de 10,7 ans, 10,5 ans, 8,4 ans et 4,4 ans, respectivement. Individuellement, tous les ECR ont rapporté un avantage statistiquement significatif à l'ajout de la radiothérapie par rapport à la récidive locale. Globalement, la radiothérapie postopératoire a réduit de moitié le risque de récidive locale (HR = 0,49 [IC 95 % 0,41-0,58]) et de récidive locale infiltrante (HR = 0,50 [IC 95 % 0,32-0,76]) (voir premier tableau). Le risque de récidive locale non infiltrante (CCIS) a été réduit de 39 % (HR = 0,61 [IC 95 % 0,39-0,95]). Il n’y avait pas d’hétérogénéité entre les essais. Tous les sous-groupes analysés ont bénéficié de l'ajout de la radiothérapie en ce qui concerne la récidive locale (marges chirurgicales négatives ou positives, âge < ou > 50 ans, présence ou absence de comédonécrose, taille ≥ 10 mm ou < 10 mm) (voir deuxième tableau). Les événements au sein controlatéral étaient similaires dans les groupes avec et sans radiothérapie pour tous les essais. La survie globale était élevée et similaire dans chaque groupe, que la radiothérapie ait été administrée ou non. Il n’y a aucune preuve d'augmentation de la toxicité liée à la radiothérapie, bien que certains essais n'aient pas révélé les causes des décès non liés au cancer du sein (décès potentiellement associés à des effets indésirables). Aucune information sur la toxicité à court terme associée à la radiothérapie ou donnée sur la qualité de vie n'a été rapportée.

Depuis la publication de la précédente méta-analyse, des données de suivi à plus long terme ont été publiées concernant les 4 essais : UK/ANZ DCIS (suivi médian de 12,7 ans) [6], EORTC 10853 (suivi médian de 15 ans) [7], NSABP B-17 (suivi médian 17,2 ans) [8] et SweDCIS (suivi médian de 17 ans) [9]. Conformément aux données antérieures, il a été observé que la radiothérapie postopératoire réduit significativement le risque de récidive locale et de récidive locale infiltrante sans toutefois modifier la survie globale, l’incidence cumulative du décès de toute cause ou du décès lié au cancer du sein (voir premier tableau). L’essai UK/ANZ DCIS a rapporté un effet préjudiciable possible de la radiothérapie sur les décès de causes cardiovasculaires (p = 0,008), mais le nombre de décès était faible et des données supplémentaires sont nécessaires [6].

Concernant les analyses de sous-groupes, dans l’essai EORTC 10853 [7], la radiothérapie a été efficace pour réduire les récidives locales indépendamment de l’âge (≤ 40 ans, > 40 ans), de la méthode de détection, du type histologique, du type architectural et de l’état des marges chirurgicales (détails de ces résultats non disponibles). Dans l’essai NSABP B-17 [8], l’avantage de la radiothérapie a été démontré pour chaque groupe d’âge (< 45 ans, 45-54 ans, 55-64 ans, ≥ 65 ans) (détails de ces résultats non disponibles). Dans l’essai SweDCIS [9], l’avantage de la radiothérapie par rapport à la récidive locale et la récidive locale infiltrante n’a été significatif que dans les groupes de patientes plus âgées (52-60 ans, ≥ 61 ans) (voir deuxième tableau). Pour tenter de trouver un groupe à faible risque qui ne bénéficie pas de la radiothérapie, les auteurs ont combiné les facteurs à faible risque de récidive locale (taille ≤ 14 mm et marges saines). Dans ce groupe, 20 % des patientes qui ont subi une exérèse seule ont développé une récidive locale après 20 ans, et aucun effet significatif de la radiothérapie n'a été observé, dans aucun groupe d'âge. Par contre, le nombre de patientes était faible (détails de ces résultats non disponibles). L’essai UK/ANZ DCIS [6] laisse supposer des interactions potentielles du traitement avec l’âge et le grade tumoral (voir deuxième tableau).

De plus, un ECR contemporain (1998-2006) de phase 3 (RTOG 9804) a évalué l’omission de la radiothérapie du sein complet après une chirurgie conservatrice chez des femmes atteintes d’un CCIS détecté à la mammographie, de grade faible ou intermédiaire et mesurant moins de 2,5 cm avec marges chirurgicales ≥ 3 mm [10]. Cet essai nord-américain devait recruter 1 790 patientes, mais il a été arrêté prématurément en raison du recrutement plus faible que prévu (n final = 636 patientes). La radiothérapie a réduit significativement l’incidence cumulative de la récidive locale à 7 ans; elle est passée de 6,7 % à 0,9 % (HR = 0,11 [IC 95 % 0,03-0,47]) (voir premier tableau). L’incidence cumulative du recours à la mastectomie à 7 ans a été de 1,5 % (IC 95 % 0-3,0 %) chez les patientes qui ont reçu une radiothérapie et de 2,8 % (IC 95 % 0,7-4,9 %) chez les patientes qui n’en ont pas reçu. Les patientes qui ont reçu une radiothérapie présentaient un taux plus élevé de toxicité aiguë de grades 1 et 2 (76 % vs 30 %, p = 0,001). Les taux de toxicité de grade 3 étaient similaires dans chaque groupe (4 %).

Deux études prospectives non randomisées (ECOG-ACRIN 5194 et WEA) ont également suivi des cohortes de femmes atteintes d’un CCIS jugées à faible risque, qui ont été traitées par chirurgie conservatrice seule (sans RT) [1112]. Dans ces deux études, l’incidence cumulative d’une récidive locale a augmenté avec le temps sans atteindre de plateau et elle a été relativement élevée après 10 ou 12 ans de suivi (voir premier tableau).

Deux ECR multicentriques de phase 3 (LORD [NCT02492607] et LORIS [ISRCTN27544579]) sont en cours pour déterminer s'il pourrait y avoir un sous-groupe de cas de CCIS avec des caractéristiques biologiques favorables et pour lesquels l'exérèse chirurgicale ne serait pas nécessaire [13, 14].

Études prospectives qui ont évalué l’omission de la radiothérapie postopératoire dans les cas de CCIS

Étude et devis

Caractéristiques des patientes

Récidive locale (RL) au sein ipsilatéral

Récidive locale infiltrante (RLI) au sein ipsilatéral

Survie ou décès

Revue systématique et méta-analyse

Cochrane Collaboration
Goodwin et coll. 2013 [1]
4 ECR avec RT vs sans RT
n = 3 925
Période : 1985-1999
Suivi médian : 4,4 à 10,5 ans

• âge médian > 50 ans

4 études (n = 3 920)
HR = 0,49 (IC 95 % 0,41-0,58)
p < 0,00001
I2 = 28 %

2 études1 (n = 1 843)
HR = 0,50 (IC 95 % 0,32-0,76)
p = 0,001
I2 = 66 %

nd

ECR

 

 

 

 

UK/ANZ DCIS
Cuzick et coll. 2011 [6]
Plan factoriel 2 x 2
- avec RT vs sans RT
- avec TAM vs sans TAM
n = 1 030
Période : 1990-1998
Suivi médian : 12,7 ans

• > 90 % détectés par mammographie de dépistage
• 10 % < 50 ans; 55 % 50-60 ans; 35 % >60 ans
• marges négatives
• taille : nd
• type histologique : nd

10 ans : 7,1 % vs 19,4 %
HR = 0,32 (IC 95 % 0,22-0,47)
p < 0,0001

 Avec TAM : 3,4 % vs 8,7 %
HR = 0,37 (IC 95 % 0,22-0,64)
p < 0,0001
Sans TAM : 4,0 % vs 11,6 %
HR = 0,31 (IC 95 % 0,18-0,52)
p < 0,0001 

10 ans : 3,3 % vs 9,1 %
HR = 0,32 (IC 95 % 0,19-0,56)
p < 0,0001

 Avec TAM : 1,9 % vs 4,1 %
HR = 0,44 (IC 95 % 0,21-0,93)
p = 0,03
Sans TAM : 1,3 % vs 4,9 %
HR = 0,24 (IC 95 % 0,11-0,55)
p = 0,001

Décès de causes cardiovasculaires
8 cas vs 4 cas
↑ avec la RT2, p = 0, 008

NSABP B-17
Wapnir et coll. 2011 [8]
Avec RT vs sans RT
n = 813
Période : 1985-1990
Suivi médian : 17,2 ans

• 80 % détectés par mammographie
• 17 % < 45 ans; 64 % 45-64 ans; 20 % ≥ 65 ans
• marges négatives
• 74 % ≤ 1,0 cm; 14 % 1,1-2,0 cm; 8 % > 2,0 cm
• type histologique : nd

nd

15 ans : 8,9 % vs 19,4 % 

HR = 0,48 (IC 95 % 0,33-0,69)
p < 0,001

Décès de toute cause
15 ans : 17,1 % vs 15,8 %
HR = 1,08 (IC 95 % 0,79-1,48)

Décès lié au cancer du sein
15 ans : 4,7 % vs 3,1 %
HR = 1,44 (IC 95 % 0,71-2,92)

EORTC 10853
Donker et coll. 2013 [7]
Avec RT vs sans RT
n = 1 010
Période : 1986-1996
Suivi médian : 15,8 ans

• 72 % détectés par mammographie
• 6 % ≤ 40 ans; 96 % > 40 ans
• marges négatives
• CCIS < 5 cm

Sans RL à 15 ans :
82 % vs 69 %

HR = 0,52 (IC 95 % 0,40-0,68)
p < 0,001

Sans RLI à 15 ans :
90 % vs 84 %

HR = 0,61 (IC 95 % 0,42-0,87)
p = 0,007

Survie globale
HR = 1,02 (IC 95 % 0,71-1,44)

Survie spécifique au cancer
HR = 1,07 (IC 95 % 0,60-1,91)

SweDCIS
Warnberg et coll. 2014 [9]
Avec RT vs sans RT
n = 1 046
Période : 1987-1999
Suivi médian : 17 ans

• 79 % détectés par mammographie de dépistage
• âge moyen : 56 ans
• marges négatives : 80 %
• marges positives : 11 %
• marges nd : 9 %
• comédonécrose : 63 %

20 ans :
20 % vs 32 %, p < 0,001

↓ absolue :
12 % (IC 95 % 6,5-17,7 %)
↓ relative : 37,5 %

20 ans :

↓ absolue :
2,0 % (IC 95 % 3,0-7,0 %)
↓ relative : 13 %

Survie globale
HR = 0,84 (IC 95 % 0,65-1,09)

Décès de toute cause
20 ans : 22,8 % vs 27,0 %

Décès lié au cancer du sein
20 ans : 4,1 % vs 4,2 %, p = 0,88

RTOG 9804
McCormick et coll. 2015 [10]
Avec RT vs sans RT
TAM optionnel (62 %)
n = 6363
Période : 1998-2006
Suivi médian : 7,17 ans

• CCIS détectés par mammographie
• âge médian : 58 ans
• taille < 2,5 cm
• grade 1 ou 2
• marges ≥ 3 mm

5 ans : 0,4 % vs 3,5 %

7 ans : 0,9 % vs 6,7 %
HR = 0,11 (IC 95 % 0,03-0,47)
p < 0,001

nd

Survie globale
5 ans : 96,7 % vs 97,5 %
7 ans : 91,7 % vs 95,1 %
HR = 1,56 (IC 95 % 0,81-3,01)
p = 0,18

Survie sans maladie
5 ans : 93,4 % vs 92,7 %
7 ans : 88,0 % vs 85,6 %
HR = 0,84 (IC 95 % 0,53-1,32)
p = 0,44

Cohorte prospective

 

 

 

 

ECOG-ACRIN 5194
Solin et coll. 2015 [11]
Tumorectomie sans RT (avec ou sans TAM)
n = 665
Période : 1997-2002
Suivi médian : 12,3 ans

Cohorte 1 (n = 561) :
• âge médian : 60 ans
• CCIS ≤ 2,5 cm (médiane : 0,6 cm)
• grade 1-2
• marges ≥ 3 mm (≥ 5 mm à 64 %)
• avec TAM : 31 %

5 ans : 6,0 %
(IC 95 % 4,0-8,1 %)

10 ans : 12,5 %
(IC 95 % 9,5-15,4 %)

12 ans : 14,4 %
(IC 95 % 11,2-17,6 %)

5 ans : 2,7 %
(IC 95 % 1,3-4,1 %)

10 ans : 6,4 %
(IC 95 % 4,2-8,6 %)

12 ans : 7,5 %
(IC 95 % 5,1-10,0 %)

nd

Cohorte 2 (n = 104) :
• âge médian : 58 ans
• CCIS ≤ 1 cm (médiane : 0,7 cm)
• grade 3
• marges ≥ 3 mm (≥ 5 mm à 69 %)
• avec TAM : 24 %

5 ans : 15,0 %
(IC 95 % 8,0-22,0 %)

10 ans : 24,6 %
(IC 95 % 15,7-33,4 %)

12 ans : 24,6 %
(IC 95 % 15,7-33,4 %)

5 ans : 5,3 %
(IC 95 % 0,8-9,7 %)

10 ans : 13,4 %
(IC 95 % 5,9-20,9 %)

12 ans : 13,4 %
(IC 95 % 5,9-20,9 %)

nd

Étude WEA
Wong et coll. 2014 [12]
Exérèse locale élargie sans RT (sans TAM)
n = 1434
Période : 1995-2002
Suivi médian : 11 ans

• âge médian : 51 ans
• exérèse locale élargie
• CCIS ≤ 2,5 cm (médiane : 0,8 cm)
• grade 1 ou 2 prédominant5
• marges ≥ 10 mm

5 ans : 9,8 %
(IC 95 % 4,9-14,7 %)

8 ans : 13,3 %
(IC 95 % 7,7-18,9 %)

10 ans : 15,6 %
(IC 95 % 9,6-21,6 %)

nd

nd

ACRIN : American College of Radiology Imaging Network; ANZ : Australie-Nouvelle-Zélande; CCIS : carcinome canalaire in situ; cm : centimètres; DCIS : ductal carcinoma in situ; ECOG : Eastern Cooperative Oncology Group; ECR : essai clinique randomisé; EORTC : European Organisation for Research and Treatment of Cancer; HR : rapport des risques instantanés; IC : intervalle de confiance; mm : millimètres; n : nombre de patientes; nd : non disponible; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; p : valeur de p; RL : récidive locale; RLI : récidive locale infiltrante; RT : radiothérapie; RTOG : Radiation Therapy Oncology Group; SweDCIS : Swedish Ductal Carcinoma in Situ; TAM : tamoxifène; UK : United Kingdom; vs : versus; WEA : Wide Excision Alone.
1. Essais UK/ANZ DCIS et NSABP B-17
2. Sans égard au tamoxifène
3. Cet essai a été arrêté prématurément en raison du recrutement plus lent que prévu.
4. Cet essai s'est terminé prématurément en raison du nombre très élevé de récidives locales, ce qui respectait les règles d'arrêt du protocole.
5. Neuf patientes qui avaient un CCIS à prédominance faible ou intermédiaire présentaient également un faible pourcentage de noyaux de haut grade.
Note : Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Analyses de sous-groupes dans les ECR qui ont évalué l’omission de la radiothérapie postopératoire dans les cas de CCIS

Étude et devis

Caractéristiques des patientes

Récidive locale au sein ipsilatéral

Récidive locale infiltrante au sein ipsilatéral

Revue systématique et méta-analyse

Cochrane Collaboration
Goodwin et coll. 2013 [1]
4 ECR avec RT vs sans RT
n = 3 925
Période : 1985-1999
Suivi médian : 4,4 à 10,5 ans

• âge médian > 50 ans

Âge : 2 études (NSABP B-17, SweDCIS)
< 50 ans : n = 526
RR = 0,67 (IC 95 % 0,48-0,93), p < 0,02; I2 = 0 %

> 50 ans : n = 1 334
RR = 0,35 (IC 95 % 0,27-0,46), p < 0,00001; I2 = 0 %

Exérèse chirurgicale : 3 études (NSABP B-17, EORTC 10853, SweDCIS)

Incomplète : n = 382
RR = 0,55 (IC 95 % 0,38-0,78), p = 0,001; I2 = 0 %

Complète : n = 1 890
RR = 0,48 (IC 95 % 0,39-0,59), p < 0,00001; I2 = 43 %


Comédonécrose : 2 études (NSABP B-17, EORTC 10853)
Présente : n = 580
RR = 0,44 (IC 95 % 0,33-0,59), p < 0,00001I2 = 54 %

Absente : n = 815
RR = 0,60 (IC 95 % 0,45-0,81), p = 0,00092I2 = 0 %


Taille du CCIS : 3 études (NSABP B-17, EORTC 10853, SweDCIS)
≥ 10 mm : n = 839
RC = 0,32 (IC 95 % 0,22-0,46), p < 0,00001I2 = 47 %

< 10 mm : n = 903
RC = 0,43 (IC 95 % 0,30-0,61), p < 0,00001I2 = 0 %

nd

ECR

 

 

 

UK/ANZ DCIS
Cuzick et coll. 2011 [6]
Plan factoriel 2 x 2
- avec RT vs sans RT
- avec TAM vs sans TAM
n = 1 030
Période : 1990-1998
Suivi médian : 12,7 ans

• > 90 % détectés par mammographie de dépistage
• 10 % < 50 ans; 55 % 50-60 ans; 35 % > 60 ans
• marges négatives
• taille : nd
• type histologique : nd

Tous les nouveaux événements locaux, y compris au sein controlatéral
< 50 ans : n = 101, HR = 0,96 (IC 95 % 0,45-2,03)
50-60 ans : n = 565, HR = 0,34 (IC 95 % 0,22-0,52)
> 60 ans : n = 364, HR = 0,39 (IC 95 % 0,22-0,69)

Grade faible : n = 67, HR = 0,78 (IC 95 % 0,18-3,50)
Grade intermédiaire : n = 162, HR = 0,13 (IC 95 % 0,04-0,51)
Grade élevé : n = 621, HR = 0,40 (IC 95 % 0,27-0,58)

nd

SweDCIS
Warnberg et coll. 2014 [9]
Avec RT vs sans RT
n = 1 046
Période : 1987-1999
Suivi médian : 17 ans

• 79 % détectés par mammographie de dépistage
• âge moyen : 56 ans
• marges négatives : 80 %
• marges positives : 11 %
• marges nd : 9 %
• comédonécrose : 63 %

< 52 ans : HR = 0,69 (IC 95 % 0,47-1,02)

52-60 ans : HR = 0,43 (IC 95 % 0,27-0,71)

≥ 61 ans : HR = 0,35 (IC 95 % 0,22-0,57)

< 52 ans : HR = 0,86 (IC 95 % 0,51-1,47)

52-60 ans : HR = 0,49 (IC 95 % 0,25-0,98)

≥ 61 ans : HR = 0,51 (IC 95 % 0,27-0,97)

ANZ : Australie-Nouvelle-Zélande; CCIS : carcinome canalaire in situ; cm : centimètres; DCIS : ductal carcinoma in situ; ECR : essai clinique randomisé; EORTC : European Organisation for Research and Treatment of Cancer; HR : rapport des risques instantanés; IC : intervalle de confiance; mm : millimètres; n : nombre de patientes; nd : non disponible; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project; p : valeur de p; RC : rapport de cotes; RR : risque relatif; RT : radiothérapie; SweDCIS : Swedish Ductal Carcinoma in Situ; TAM : tamoxifène; UK : United Kingdom; vs : versus; WEA : Wide Excision Alone.
1. Cet essai a été arrêté prématurément en raison du recrutement, qui a été plus lent que prévu.
Note : Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Selon le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) [15], la tumorectomie seule (sans RT du sein complet) constitue l’une des options de traitement primaire du CCIS (recommandation de catégorie 2B), mais elle devrait être envisagée seulement dans les cas où la patiente et le médecin considèrent que le risque individuel de récidive de la maladie est faible. Un certain nombre de facteurs déterminent le risque de récidive locale : masse palpable, taille plus grande, grade plus élevé, marges étroites ou positives et âge < 50 ans. Le choix du traitement local n'a pas d'effet sur la survie, mais l'acceptation par la patiente de la possibilité d'un risque accru de récidive locale doit être prise en considération.

BC Cancer [16] recommande la radiothérapie adjuvante après une chirurgie conservatrice du sein pour les femmes atteintes d’un CCIS avec des caractéristiques d’un risque plus élevé, par exemple : plus jeune âge, grade nucléaire élevé, plus grande taille du CCIS, CCIS de type comédocarcinome ou marges serrées (< 5 mm). Les femmes atteintes d’un CCIS bien différencié (cribriforme, solide, papillaire) de < 1 cm de diamètre après exérèse complète (radiologique et anatomopathologique), c’est-à-dire au moins 5 mm de tissu mammaire normal entre les foyers de CCIS et les bords encrés, peuvent envisager une prise en charge par exérèse locale élargie seule. Toutes les patientes doivent participer à une discussion individualisée sur les risques et les avantages de la radiothérapie adjuvante après la chirurgie conservatrice du sein.

Selon le guide de la Society of Surgical Oncology - American Society for Radiation Oncology - American Society of Clinical Oncology (SSO-ASTRO-ASCO) [17], l’exérèse seule, quelle que soit la largeur de la marge, est associée à des taux de récidive locale au sein ipsilatéral sensiblement plus élevés que l’exérèse suivie d’une radiothérapie du sein complet (même chez les patientes jugées préalablement à faible risque) (force de la recommandation : élevée; niveau de la preuve : élevé). La largeur optimale de la marge pour le traitement par exérèse seule n'est pas connue, mais elle devrait être d'au moins 2 mm. Certaines données suggèrent des taux plus faibles de récidive locale au sein ipsilatéral avec des largeurs de marges supérieures à 2 mm (force de la recommandation : modérée; niveau de la preuve : modéré).

La 15e Conférence internationale de Saint-Gall sur le cancer du sein [18] a déclaré que la chirurgie conservatrice du sein suivie d'une radiothérapie demeure la norme de soins pour le CCIS en supposant que des marges suffisantes peuvent être obtenues.

Selon l’American College of Radiology (ACR) [19], l’observation en remplacement de la radiothérapie adjuvante peut être envisagée après une chirurgie conservatrice du sein chez certaines patientes âgées atteintes d'un CCIS de faible grade et complètement excisé. Le traitement par tumorectomie et tamoxifène sans radiothérapie mammaire peut également être envisagé chez les femmes âgées qui présentent des tumeurs micro-infiltrantes avec récepteurs œstrogéniques positifs et marges chirurgicales négatives.

Dans le cas d'une tumeur infiltrante de stade peu avancée

Au stade peu avancé du cancer du sein, la radiothérapie postopératoire est fortement recommandée après une chirurgie conservatrice. La radiothérapie du sein complet à elle seule réduit de 16 % le risque de première récidive sur 10 ans (y compris les récidives locorégionales et distantes) et de 4 % le risque de mortalité liée au cancer du sein sur 15 ans [20]. Cependant, peu de patientes plus âgées (≥ 70 ans) sont incluses dans les essais cliniques randomisés (ECR) sur lesquels cette recommandation est fondée. L'administration systématique de la radiothérapie a été remise en question pour les patientes qui présentent des tumeurs à faible risque, soit de petites tumeurs avec une biologie favorable pour lesquelles l'avantage du contrôle local peut ne pas se traduire par un petit avantage de survie à long terme. Deux essais montrent que la radiothérapie du sein complet suivant une chirurgie conservatrice du sein permet une réduction significative mais relativement faible de la récidive locale ou locorégionale, sans effet sur la survie, chez certaines patientes plus âgées qui suivent une hormonothérapie [21, 22].

Méta-analyse d’essais cliniques randomisés (ECR)
Une méta-analyse [23] de 5 ECR [22, 24, 25, 26, 27] a été menée chez des patientes ménopausées (âge médian > 65 ans) atteintes d’un cancer infiltrant de stade peu avancé, la plupart du temps hormonodépendant (94 %); elle a montré que la radiothérapie du sein complet après une chirurgie conservatrice du sein réduit le risque absolu de récidive locorégionale de 4,3 % sur 5 ans (avec RT [2,2 %] vs sans RT [6,5 %]) et n’offre aucun avantage quant à la survie globale (voir tableau suivant). Cette méta-analyse incluait notamment l’essai CALGB 9343 mené chez des patientes de 70 ans et plus qui présentaient une tumeur de stade T1N0 RO+ traitées par tamoxifène (TAM). Après 10 ans, l’amélioration de la récidive locorégionale observée (Δ = 8 %) avec l’ajout de la radiothérapie ne s’est pas traduite par un avantage de survie globale, de survie spécifique au cancer, de survie sans métastases à distance ou de préservation du sein (voir tableau suivant).

Description des autres ECR non inclus dans la méta-analyse
L’ECR britannique PRIME II [21] mené chez des patientes âgées de plus de 65 ans (médiane de 70 ans) à faible risque de récidive (tumeur ≤ 3 cm, RH+) suivant une thérapie hormonale a montré un avantage significatif mais faible (2,9 %) de la radiothérapie du sein complet par rapport au risque absolu de récidive locale (avec RT [1,3 %] vs sans RT [4,1 %]) 5 ans après une chirurgie conservatrice du sein. Une analyse de sous-groupe non planifiée a montré que les patientes atteintes d’une tumeur exprimant fortement les récepteurs œstrogéniques et qui ont reçu une radiothérapie n’ont eu qu’un gain absolu de 2,1 % concernant la récidive locale par rapport aux patientes non irradiées (avec RT [1,2 %] vs sans RT [3,3 %]). Toutefois, le gain a été plus important chez les patientes qui présentaient une expression faible des récepteurs œstrogéniques (avec RT [0 %] vs sans RT [10,3 %]). L’ECR n’a montré aucun avantage de la radiothérapie du sein complet par rapport à la survie globale et à la survie sans maladie à 5 ans (voir tableau suivant).

Par ailleurs, l'omission de la radiothérapie du sein complet après une chirurgie conservatrice du sein a été évaluée dans d'autres sous-groupes de patientes perçus comme étant à faible risque de récidive locale. Par exemple, l'essai BASO II [28] a réparti aléatoirement 1 135 patientes à faible risque de récidive (T1N0, grade 1 ou sous-type spécial à bon pronostic, marges négatives) âgées de moins de 70 ans dans une étude avec un plan factoriel 2 x 2 (avec ou sans RT et avec ou sans TAM). Après une exérèse locale élargie, la radiothérapie seule et le tamoxifène seul ont significativement réduit le taux de récidive locale dans une mesure similaire (voir tableau suivant). L’étude a rapporté un contrôle local sur 10 ans de 93 % pour les patientes qui ont reçu la radiothérapie seule ou le tamoxifène seul. Cependant, les patientes qui n’avaient reçu aucun des deux traitements adjuvants ont vu chuter le contrôle local de leur maladie à 83 %. Aucune des patientes qui avaient reçu les deux traitements (RT+TAM) n’a connu de récidive locale. Recevoir les deux thérapies correspond à un risque de récidive locale significativement plus faible que l’administration du tamoxifène seul (p = 0,006). Les auteurs ont conclu que, même chez les patientes à faible risque, le risque de récidive locale après la chirurgie seule est encore très élevé.

Études cliniques prospectives qui ont évalué l’omission de la radiothérapie du sein complet postchirurgie conservatrice du sein chez des patientes atteintes d’un cancer infiltrant de stade peu avancé à faible risque de récidive

Étude et devis

Caractéristiques des patientes

Récidive locale
ou récidive locorégionale

Survie globale ou
survie spécifique au cancer du sein

Méta-analyse

van de Water et coll. 2014 [23]
ECR [22, 24, 25, 26, 27]
 :
sans RT vs avec RT
n = 3 190

Ménopausées (en forte majorité)
Âge médian > 65 ans; 39 % ≥ 70 ans 
Stade T1 : 85 %; T2 : 15 %
Stade N0 : 90 %; M0 : 100 %
RO+ : 94 %
Thérapie systémique adjuvante : 100 %
HT adjuvante (TAM) : majorité

Récidive locorégionale à 5 ans
2,2 % vs 6,5 %
RC = 0,36 (IC 95 % 0,25-0,50)
I2 = 44 %, p = 0,130

Survie globale
RC = 0,93 (IC 95 % 0,74-1,15)
I2 = 8 %, p = 0,363

ECR

CALGB 9343
Hughes et coll. 2013 [22]
TAM vs TAM + RT
n = 636
Suivi médian : 12,6 ans

Âge ≥ 70 ans
Stade T1N0M0
RO+ : 99 %

Récidive locale à 10 ans
9 % vs 2 %, p = nd
Récidive locorégionale à 10 ans
10 % vs 2 %
HR = 0,18 (IC 95 % 0,07-042), p < 0,001

Survie globale à 10 ans
66 % vs 67 %
HR = 0,95 (IC 95 % 0,77-1,18), p = 0,64

Survie spécifique au cancer du sein à 10 ans
98 % vs 97 %
HR : 1,55 (IC 95 % 0,64-3,74), p = 0,32

PRIME II
Kunkler et coll. 2015 [21]
TAM/IA vs TAM/IA + RT
n = 1 326
Suivi médian : 60 mois

Âge ≥ 65 ans (médiane : 70; étendue : 67 à 74)
Cancer unilatéral
Stade pT1 (88 %) ou pT2 ≤ 3 cm (12 %)
Stade N0M0
RO+ et (ou) RP+
Marges saines ≥ 1 mm
Grade 1-2 : 97 %; grade 3 sans ELV : 3 %
ELV+ : 4 %

Récidive locale à 5 ans
4,1 % vs 1,3 % (p = 0,0002)
HR = 5,19 (IC 95 % 1,99-13,52)

 RO fortement positifs :
3,3 % vs 1,2 %, p = 0,002
RO non fortement positifs :
10,3 % vs 0 %, p = 0,026

Survie globale à 5 ans
93,9 % vs 93,9 %, p = 0,34

 

Survie sans maladie à 5 ans
94,5 % vs 97,6 %

BASO II
Blamey et coll. 2013 [28]
Plan factoriel 2 x 2
- sans RT vs avec RT
- sans TAM vs avec TAM
n = 1 135
Suivi médian : 167 mois

Âge moyen : 57 ans (étendue : 33 à 69)
Stade T1N0M0
Grade 1 ou sous-type spécial à bon pronostic (carcinome tubulaire et [ou] cribriforme, papillaire ou mucineux)
Marges saines

Récidive locale à 10 ans
Sans RT vs avec RT :
HR = 0,37 (IC 95 % 0,22-0,61), p < 0,001
Sans TAM vs avec TAM :
HR = 0,33 (IC 95 % 0,15-0,70), p = 0,004
Sans RT ni TAM : 17 %
RT seule ou TAM seul : 7 %
RT+TAM : 0 %
RT+TAM vs RT : p = 0,01
RT+TAM vs TAM : p = 0,006

Survie spécifique au cancer du sein à 10 ans
96 %; aucun effet de la RT ou du TAM

CALGB : Cancer and Leukaemia Group; ECR : essai clinique randomisé; ELV : envahissement lymphovasculaire; HR : rapport de risques instantanés; IA : inhibiteurs de l’aromatase; IC : intervalle de confiance; n : nombre de patientes; nd : non disponible; p : valeur de p; RO : récepteurs œstrogéniques; RP : récepteurs progestatifs; RT : radiothérapie; TAM : tamoxifène; vs : versus.
Note : Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Limites des études

Les limites des études présentées sont l’absence d’information détaillée sur les comorbidités et sur l’adhésion des patientes à l’hormonothérapie. Cependant, en raison de la répartition aléatoire des traitements, il est sans doute peu probable qu'il existe des différences majeures entre les deux groupes de traitement qui auraient eu des effets significatifs sur les résultats. De plus, la question se pose à propos de la généralisation des résultats à l'ensemble de la population de patientes de plus de 65 ans atteintes de tumeurs hormonosensibles. Quels que soient les critères d’admissibilité des études, un nombre disproportionnellement élevé de patientes à très faible risque ont généralement été recrutées. De plus, parmi les populations étudiées, très peu de patientes présentaient des ganglions régionaux positifs, des récepteurs œstrogéniques négatifs, une tumeur > 2 cm ou un grade 3. Par conséquent, les résultats ne devraient pas s’appliquer à ces patientes.

Consensus d’experts et guides de pratique

Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) [15], le BC Cancer [16], la 15e Conférence internationale de Saint-Gall sur le cancer du sein [18], The Royal College of Radiologists (RCR) [29] et l’American College of Radiology (ACR) [30] s’accordent pour dire qu’il est envisageable d’omettre la radiothérapie du sein complet après une chirurgie conservatrice du sein pour une tumeur infiltrante de stade peu avancé chez certaines femmes âgées à faible risque de récidive locale, qui reçoivent un traitement hormonal adjuvant. Cependant, l'âge seul ne devrait pas être un critère d'omission de la radiothérapie [30]. L’ensemble des critères auxquels les patientes doivent répondre avant d’envisager cette option sont présentés au tableau suivant et ils varient selon l’organisation qui a formulé la recommandation. Si l'équipe multidisciplinaire envisage d'omettre la radiothérapie après une chirurgie de conservation du sein, une consultation en radiothérapie est nécessaire pour discuter des risques et des avantages avec la patiente [29].

Critères auxquels doivent répondre les femmes pour envisager l’omission de la radiothérapie du sein complet après une chirurgie conservatrice pour un cancer du sein infiltrant de stade peu avancé, selon diverses organisations

GUIDE

CRITÈRES

NCCN, v2.2018 [15]

Omission autorisée chez les patientes qui répondent à tous les critères suivants (recommandation de catégorie 1) :
• âge ≥ 70 ans
• stade T1
• RO+
• cN0
• marges négatives à l’anatomopathologie
• traitées par hormonothérapie adjuvante (tamoxifène ou inhibiteur de l’aromatase)

BC Cancer, 2017 [16]

Management of Early Invasive Breast Cancer

Les femmes qui ont tous les facteurs suivants ont probablement un risque de récidive mammaire ≤ 5 % et pourraient raisonnablement subir seulement une chirurgie conservatrice du sein si elles reçoivent également un traitement hormonal adjuvant :
• âge > 60 ans
• stade pN0
• RO fortement positifs
• carcinome canalaire de grade 1 sans ELV
• marge négative ≥ 5 mm

St-Gall, 2017 [18]

Omission possible chez de nombreuses patientes âgées qui répondent aux critères suivants, et en particulier celles qui ont de multiples comorbidités :
• âge > 65 ans
• RO+
• HER2-
• faible risque clinique et (ou) génomique
• reçoivent un traitement hormonal adjuvant

RCR, 2016 [29]

Omission envisageable chez les patientes à faible risque de récidive locale, par exemple celles qui répondent à tous les critères suivants :
• âge ≥ 70 ans (non sous protocole de recherche) OU ≥ 60 ans (sous protocole de recherche)
• tumeur de stade T1N0
• grade 1-2
• RO+ et RP+
• statut HER2-
• disposées à prendre un traitement adjuvant hormonal pendant au moins 5 ans
• auront des mammographies régulières pendant 10 ans

ACR, 2015 [30]

Omission raisonnable chez les patientes qui présentent tous les critères suivants :
• âge avancé
• faible risque
• biologie favorable
• tumeurs RO+ traitées par hormonothérapie

BC : British Columbia; cN0 : absence d’envahissement ganglionnaire à l’examen clinique; ELV : envahissement lymphovasculaire; HER2- : récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain négatif; mm : millimètres; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; pN0 : absence d’envahissement ganglionnaire à l’examen anatomopathologique; RCR : The Royal College of Radiologists; RO : récepteurs œstrogéniques; RO+ : RO positifs; RP+ : récepteurs de la progestérone positifs; RT : radiothérapie.

Références
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3.6.2.2 Radiothérapie hypofractionnée du sein

Une méta-analyse regroupant neuf études à répartition aléatoire a rapporté que l’hypofractionnement était aussi efficace à long terme qu’un fractionnement conventionnel en termes d’efficacité oncologique et de résultats cosmétiques tout en diminuant la toxicité (la toxicité cutanée aiguë, les télangiectasies et l’œdème mammaire) chez des patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant traitées par une chirurgie conservatrice du sein et une radiothérapie complète du sein. Bien que des études soient en cours (MA.33), aucune étude à répartition aléatoire n’a évalué l’efficacité oncologique, les résultats cosmétiques et la toxicité associée aux effets radiques chez des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ en comparant l’hypofractionnement à un fractionnement conventionnel. Cinq études rétrospectives ont montré que les taux de récidive locale ont été similaires chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ traitées par hypofractionnement comparativement à un fractionnement conventionnel.

Cancer du sein infiltrant
Carcinome canalaire in situ

Études en cours

Consensus d’experts et guides de pratique

Cancer du sein infiltrant

Une méta-analyse de la Cochrane Database of Systematic Reviews a évalué, en termes d’efficacité oncologique et de sécurité, l’effet d’un traitement de radiothérapie plus court, administré en moins de fractions en administrant des doses de radiation plus fortes à chaque visite (hypofractionnement, HF) comparativement à un traitement de radiothérapie conventionnel (fractionnement conventionnel, FC) chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant (T1-2N0-1M0) traitées par chirurgie conservatrice du sein [1].

Neuf études (totalisant 39 références) à répartition aléatoire et contrôlées par un groupe témoin ont été retenues dans la méta-analyse (HF contre FC, dose quotidienne > 2 Gy contre dose quotidienne entre 1,8 et 2,0 Gy). Les doses de fractionnement ont été converties en dose équivalente totale (EQD2, EQuivalent Dose in 2 Gy fractions) pour faciliter la comparaison entre les doses d’hypofractionnement et de fractionnement conventionnel. L’EQD2 du fractionnement conventionnel était de 50 Gy (traitement totalisant 50 Gy, administré en 25 fractions dans toutes les études) et elle variait de 42,90 Gy à 52,19 Gy pour l’hypofractionnement (traitement totalisant 28,5−42,9 Gy, administré en 5−16 fractions). La majorité des patientes étaient âgées de 50 ans et plus (57 %), avaient été traitées par chirurgie conservatrice du sein (93,7 %), avaient un cancer infiltrant (90,4%), des marges chirurgicales négatives (100 %), aucune atteinte ganglionnaire (68 %) et elles présentaient une taille tumorale ≤ 3 cm (91 %) ou ≤ 2 cm (59 %). La prise d’hormonothérapie et de chimiothérapie était de 74 % et de 21 % pour l’ensemble des patientes, respectivement.

Les principaux résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous. La méta-analyse a montré que l’hypofractionnement comparativement à un fractionnement conventionnel n’a pas montré une différence cliniquement significative en termes de survie sans récidive locale, d’apparence esthétique, de survie globale, de toxicité cutanée tardive, de fibrose, d’ischémie cardiaque, de survie spécifique au cancer du sein et de survie sans récidive. La diminution du volume mammaire a été statistiquement moins observée chez les patientes traitées par hypofractionnement (RR = 0,89, p = 0,044), sans toutefois montrer une différence cliniquement significative, définie par une valeur RR ≤ 0,75 ou ≥ 1,25, selon les auteurs. Une diminution significative (statistiquement et cliniquement) des télangiectasies et de l’œdème mammaire a été observée chez les patientes du groupe hypofractionnement comparativement à celles traitées par fractionnement conventionnel. La toxicité cutanée aiguë a été significativement moins observée chez les patientes du groupe hypofractionnement; toutefois, l’hétérogénéité entre les études était très élevée (I2 = 78 %). La mortalité spécifique au cancer du sein n’a pu être évaluée en raison d’un suivi trop court dans les études.

Effet de l’hypofractionnement comparativement à un fractionnement conventionnel chez les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant traitées par une chirurgie conservatrice du sein et une radiothérapie complète du sein

Étude, devis et caractéristiques

Résultats cliniques

Nombre d’études et de patientes

Mesure de l’effet1

Cochrane Library
Hickey, 2016
[1]

9 ECR
n = 8 228
Suivi médian = 6 mois−12 ans

HF vs FC

Objectifs d’évaluation principale

Survie sans récidive locale, à 10 ans2

4 études
n = 7 095 (4 159 vs 2 936)

HR = 0,94 (IC 95 % 0,77−1,15), p = 0,54
I2 = 0 %, p = 0,50

Apparence esthétique

4 études
n = 2 103 (1 190 vs 913)

Analyse de sensibilité3
3 études
n = 1 220 (574 vs 309)

RR = 0,90 (IC 95 % 0,81−1,01), p = 0,084
I2 = 15 %, p = 0,32 

RR = 0,89 (IC 95 % 0,79−1,00), p = 0,06
I2 = 40 %, p = 0,19

Objectifs d’évaluation secondaire

Survie globale, à 10 ans

3 études
n = 5 685 (3 219 vs 2 466)

HR = 0,91 (IC 95 % 0,80−1,03), p = 0,15
I2 = 19 %, p = 0,29

Survie spécifique au cancer du sein

3 études
n = 5 685 (3 219 vs 2 466)

HR = 0,91 (IC 95 % 0,78−1,06), p = 0,21
I2 = 0 %, p = 0,42

Survie sans récidive, à 10 ans4

2 études
n = 4 451 (2 597 vs 1 854)

HR = 0,90 (IC 95 % 0,78−1,03), p = 0,12
I2 = 74 %, p = 0,05

Toxicité cutanée aiguë

2 études
n = 357 (232 vs 125)

RR = 0,32 (IC 95 % 0,22−0,45), p < 0,00001
I2 = 78 %, p = 0,003

Toxicité cutanée tardive, à 10 ans

1 étude
n = 455 (235 vs 220)

RR = 1,09 (IC 95 % 0,60−1,99), p = 0,77

Toxicité sous-cutanée tardive (fibrose), à 10 ans

3 études
n = 4 324 (2 485 vs 1 839)

RR = 0,89 (IC 95 % 0,78−1,02), p = 0,10
I2 = 0 %, p = 0,56

Télangiectasies

3 études
n = 4 632 (2 679 vs 1 953)

RR = 0,68 (IC 95 % 0,52−0,91), p = 0,0086
I2 = 0 %, p = 0,85

Œdème mammaire

3 études
n = 4 140 (2 379 vs 1 761)

RR = 0,63 (IC 95 % 0,51−0,78), p = 0,000016
I2 = 0 %, p = 0,43

Diminution du volume mammaire

2 études
n = 4 451 (2 250 vs 1 619)

RR = 0,89 (IC 95 % 0,79−1,00), p = 0,044
I2 = 0 %, p = 0,54

Ischémie cardiaque

2 études
n = 4 451 (2 597 vs 1 854)

RR = 0,71 (IC 95 % 0,28−1,79), p = 0,47
I2 = 0 %, p = 0,80

ECR : essai clinique randomisé; HF : hypofractionnement; FC : fractionnement conventionnel; I2 : test d’hétérogénéité; n : nombre de patientes; HR : hasard ratio (rapport de risques instantanés); RR : risque relatif; vs : versus.
1. Analyse réalisée à partir d’un modèle à effet fixe et de la méthode de Mantel-Haenszel pour calculer les risques relatifs combinés. Les rapports de risques instantanés dont la valeur est ≤ 0,75 ou ≥ 1,25 ont été jugés cliniquement significatifs par les auteurs.
2. Définie par un cancer ipsilatéral.
3. Analyse de sensibilité réalisée à la suite de l’exclusion d’une étude jugée à risque élevé de contenir des biais de détection et de performance afin d’en mesurer l’effet.
4. 
Les événements incluaient les récidives locales, les récidives locorégionales, les métastases à distance et les décès.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Carcinome canalaire in situ

Méta-analyse, études prospectives et rétrospectives

Bien que des études soient en cours (MA.33), aucune étude à répartition aléatoire n’a comparé l’effet d’une irradiation complète du sein administrée par hypofractionnement par rapport à un fractionnement conventionnel chez des femmes atteintes d’un carcinome in situ traitées par chirurgie conservatrice du sein. Une méta-analyse [2], cinq études rétrospectives avec groupe comparateur (HF contre FC) [3, 4, 5, 6, 7] et trois études rétrospectives/prospectives sans groupe comparateur (HF seulement) [8, 9, 10] ont évalué l’efficacité oncologique et la sécurité de l’hypofractionnement en termes de récidive locale, de résultats cosmétiques et de toxicité. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.
 

Méta-analyse

Une méta-analyse a évalué l’effet de l’hypofractionnement sur le risque de récidive locale à partir de quatre études rétrospectives, toutes réalisées avec un groupe comparateur correspondant à un fractionnement conventionnel (50 Gy/25 fractions) [2]. Les études sélectionnées dans la méta-analyse ont inclus des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ pur; un maximum de 95 % d’entre elles pouvaient avoir eu une surimpression du lit tumoral, sans toutefois que soit précisée la proportion de patientes qui l’avaient reçue. Tout protocole d’hypofractionnement était accepté comme critère d’admissibilité (40−45 Gy/16−20 fractions). La méta-analyse n’a rapporté aucune différence significative des taux de récidive locale entre les patientes traitées par hypofractionnement et celles traitées avec un fractionnement conventionnel [2]. Les caractéristiques cliniques des patientes n’ont pas été détaillées et aucune hétérogénéité n’a été observée entre les études. Les auteurs ont conclu qu’une irradiation complète du sein administrée par hypofractionnement semblait être une option sécuritaire, comparativement à une radiothérapie employant un fractionnement conventionnel, en termes de récidive locale. Les résultats cosmétiques et les manifestations de toxicité associés aux effets radiques n’ont pas été évalués dans la méta-analyse. Les études incluses dans la méta-analyse ont aussi été retenues dans le développement de preuve ci-dessous et elles sont présentées dans le tableau suivant [4, 5, 6, 7].
 

Études rétrospectives avec groupe comparateur

Cinq études rétrospectives ont évalué l’efficacité d’une radiothérapie complète du sein administrée par hypofractionnement (40−45 Gy/16−20 fx) comparativement à un fractionnement conventionnel (45−50 Gy/23−25 fx) pour traiter le carcinome canalaire in situ, dont quatre études canadiennes [3, 4, 5, 6, 7]. Les études ont toutes inclus des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ pur traitées par chirurgie conservatrice du sein. Un diagnostic ou un historique de carcinome canalaire in situ avec micro-invasions était un critère d’exclusion dans deux études (Lalani et coll. et Oar et coll.) et un critère d’inclusion (micro-invasions ≤ 1 mm) dans l’étude de Williamson et coll. (n = 12/266, représentant 4,5 % des patientes). La présence de micro-invasions n’a pas été précisée dans les critères de sélection des études de Wong et coll. et de Wai et coll. [5, 6]. Les patientes pouvaient recevoir une surimpression du lit tumoral. La surimpression était administrée à la discrétion du clinicien, et ce, dans toutes les études. La proportion de patientes qui ont reçu une surimpression du lit tumoral a variée entre 0 % et 83 % dans les études. Les caractéristiques cliniques des patientes étaient similaires en termes d’âge, de grade et de taille tumorale.

Globalement, les études ont montré des taux de récidive locale similaires chez les patientes traitées par hypofractionnement et chez celles qui ont eu un fractionnement conventionnel. Aucune étude n’a montré une différence significative en termes de récidive locale entre les deux types de fractionnement. L’étude de Lalani et coll. a montré des taux de récidive locale supérieurs (FC contre HF, 12,8 % contre 10,0 %) par rapport aux trois autres études (FC contre HF; étude Oar : 7,1 % contre 3,6 %; étude Wong : 4,8 % contre 3,2 %; étude Williamson : 6 % contre 7 % : étude Wai : les taux ne sont pas précisés). Toutefois, il importe de mentionner que le suivi médian de l’étude menée par Lalani et coll. était de 10 ans comparativement à environ 4 ans pour les études de Oar et coll., de Wong et coll. et de Williamson et coll. L’étude de Lalani et coll. a aussi montré que la survie sans récidive locale à 10 ans a été significativement supérieure chez les patientes traitées par hypofractionnement par rapport à celles traitées avec un fractionnement conventionnel [4]. De plus, l’étude a montré qu’à l’issue d’une analyse multivariée ajustée selon le coefficient de propension1 et l’âge au diagnostic, les facteurs associés significativement à un risque plus élevé de récidive locale ont été l’obtention de marges chirurgicales positives, un âge au diagnostic inférieur à 45 ans ainsi qu’un grade nucléaire modéré ou élevé [4]. Toutefois, il importe de mentionner que la multifocalité a été significativement plus souvent observée chez les patientes traitées avec un fractionnement conventionnel (FC contre HF, 23,2 % contre 18,7 %, p = 0,03). Une seule étude (Oar et coll.) a évalué les résultats cosmétiques, et ceux-ci ont été qualifiés de bons à excellents par le clinicien pour la majorité des patientes (≥ 76 %), sans toutefois que soit observée une différence significative entre les protocoles de fractionnement [3].
 

Études prospectives et rétrospectives sans groupe comparateur

Trois études sans groupe comparateur ont évalué l’efficacité d’une radiothérapie complète du sein administrée par hypofractionnement (40,5−45 Gy/15−16 fx) chez des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ traitées par chirurgie conservatrice du sein [8, 9, 10]. La proportion de patientes qui ont reçu une surimpression du lit tumoral a été de 28 %, 59 % et 100 %. Les caractéristiques cliniques des patientes étaient similaires dans les études en termes d’âge, de grade tumoral et de statut des marges chirurgicales (toutes avec des marges négatives dans les études de Cante et coll. et de Ciervide et coll.; 94 % des patientes avec des marges négatives dans l’étude de Hathout). La présence de micro-invasions était un critère d’exclusion dans l’étude de Hathout et coll., ce qui n’était pas précisé dans les deux autres études.

Globalement, les études ont rapporté des taux de récidive locale similaires (0 %, 3,2 % et 4,1 %) après un suivi médian de 5 ans. Aucune récidive locale n’a été observée dans l’étude de Cante et coll.; toutefois, l’ensemble des patientes (100 %) avaient reçu une surimpression du lit tumoral comparativement aux patientes de l’étude de Hathout et coll. (28 %) et de Ciervide et coll. (59 %). De plus, la dose totale d’irradiation employée dans l’étude de Cante et coll. était supérieure (45 Gy) comparativement à 42,5 Gy (Hathout) et 40,5−42 Gy (Ciervide). L’étude de Hathout et coll. a aussi montré qu’un statut préménopausique, un grade nucléaire élevé et des marges chirurgicales positives étaient des facteurs associés significativement à un risque plus élevé de récidive locale, alors que le statut des récepteurs hormonaux, l’emploi d’une surimpression du lit tumoral ou d’une hormonothérapie ne l’étaient pas [9]. Deux études ont évalué les résultats cosmétiques et les manifestations de toxicité associées aux effets radiques. Les résultats cosmétiques ont été qualifiés de bons à excellents chez 87 % et 90,5 % des patientes dans les études de Cante et coll. et Ciervide et coll., respectivement [8, 10]. Peu de cas de toxicité de grade 3 ont été observés chez les patientes traitées par hypofractionnement (télangiectasies de grade 3 chez 1 % et 2 % des patientes). Des cas de toxicité de grade 2, dont la fibrose, les télangiectasies, l’hyperpigmentation, l’œdème et de la rétraction mammaire, ont été aussi observés.


1. Défini par la probabilité de recevoir un traitement d’hypofractionnement conditionnellement à l’âge, la multifocalité du cancer, la surimpression du lit tumoral et la centralité du cancer.

Emploi de l’hypofractionnement chez les femmes atteintes d’un carcinome canalaire in situ et traitées par chirurgie conservatrice du sein et radiothérapie complète du sein

Études et caractéristiques

Comparateur

Résultat cosmétique

Toxicité

Récidive et survie sans récidive

Méta-analyse

Nilsson et coll., 2015 [2]
4 études rétrospectives avec groupe comparateur
n = 2 534

HF vs FC

non évalué

non évaluée

Récidive locale
ORu = 0,78 (IC 95 % 0,58−1,03), p = 0,081

I2 = 0 %, p = 0,89

Études rétrospectives − avec groupe comparateur

Oar et coll., 2016 [3]
Rétrospective
Recrutement = 1998−2015
Suivi médian = 4,4 ans
Âge médian = 57,9 ans
n = 
197

FC vs HF
n = 141 vs 56

Dose et fx :
FC : 45−50 Gy/23−25 fx
HF : 42,2 Gy/16 fx

Boost : 83 % vs 48 %, p < 0,0001

Bon à excellent 
n = 68 (26 vs 42)
76,9 % vs 92,9 
%, p = 0,06

non évaluée

Récidive locale, à 5 ans
7,1 % vs 3,6 %, p = 0,48
Sans boost : 4,2 % vs 3,4 %, p = nd
Avec boost : 7,7 % vs 3,7 %, p = 0,30

Lalani et coll., 2014 [4]
Ontario
Rétrospective
Recrutement = 1994−2003
Suivi médian = 9,2 ans
Âge médian = 56,0 ans (49−65)
n = 
1 609

FC vs HF
n = 971 vs 638

Dose et fx :
FC : 50 Gy/25 fx
HF : 40-44 Gy/16 fx

Boost : 15 % vs 54 %, p < 0,001

non évalué

non évaluée

Récidive locale, à 10 ans
Toute récidive : 12,8 % vs 10,0 %, p = 0,06
Infiltrant : 6,4 % vs 5,5 %
CCIS : 6,4 % vs 4,5 %


Survie sans récidive locale, à 10 ans
Toutes patientes : 86 % vs 89 %, p = 0,03
Infiltrant : 92 % vs 94 %, p = 0,25
CCIS : 93 % vs 95 %, p = 0,06 

Facteurs prédictifs de récidive locale3
HF (vs FC) : 3
HRm = 0,8 (IC 95 % 0,5−1,2), p = 0,34

Âge au diagnostic (vs > 50 ans) :
< 45 ans : HRm = 2,4 (IC 95 % 1,6−3,4), p < 0,0001
45-50 ans : HRm = 1,2 (IC 95 % 0,8−1,8), p = 0,29
Grade nucléaire (vs faible) :
Élevé : HRm = 2,9 (IC 95 % 1,2−7,3), p = 0,02
Modéré : HRm = 2,7 (IC 95 % 1,1−6,6), p = 0,04
Non spécifié : HRm = 1,5 (IC 95% 0,6−3,8), p = 0,45
Statut des marges (vs négatives)
Positives : HRm = 1,4 (IC 95 % 1,0−2,1), p = 0,05
Non spécifié : HRm = 1,6 (IC 95 % 1,1−2,4), p = 0,01
Présence de multifocalité (vs absence) :
HRm = 1,3 (IC 95 % 0,9−1,8), p = 0,15
Boost (vs sans boost) :
HRm = 1,7 (IC 95 % 0,7−4,3), p = 0,26

Wong et coll., 2012 [5]
Québec
Rétrospective
Recrutement = 2000−2006
Suivi médian = 46 mois
Âge médian = nd
n = 
220

FC vs HF
n = 63 vs 157

Dose et fx :
FC : 50 Gy/25 fx
HF : 42,5−45 Gy/16−20 fx

Boost : 33 % vs 37 %

non évalué

non évaluée

Récidive locale, à 4 ans
4,8 % vs 3,2 %, p = nd
HRu = 1,35 (IC 95 % 0,32−5,69), p = nd

Wai et coll., 2011 [6]
Colombie-Britannique
Rétrospective populationnelle
Recrutement = 1985−1999
Suivi médian = 9,3 ans
Âge médian = 56 ans
n = 482

FC vs HF
n = 91 vs 391


Dose et fx :
FC : 45−50 Gy/25 fx
HF : 44 Gy/16 fx
Boost : 16 % vs 32 %

non évalué

non évaluée

Récidive locale, à 10 ans
nd % vs nd %, p = 0,98

Williamson et coll., 2010 [7]
Ontario
Rétrospective
Recrutement = 1999−2004
Suivi médian = 3,76 ans (0,1−8,9)
Âge médian = 56,7 ans (32,2−83,8)
n = 266

FC vs HF
n = 104 vs 162

Dose et fx :
FC : 50 Gy/25 fx
HF : 40−42,4 Gy/16 fx

Boost : 0 % vs 27 %

non évalué

non évaluée

Récidive locale, à 4 ans
6 % vs 7 %, p = 0,9

Études prospectives et rétrospectives − sans groupe comparateur

Cante et coll., 2014 [8]
Prospective
Recrutement = 2005−2012
Suivi médian = 48 mois (12−91)
Âge médian = 62,1 ans
n = 
103

HF

Dose et fx :
HF : 45 Gy/20 fx
Boost : 100 %

Excellent : 50 %4
Bon : 37 %4
Passable : 9 %4
Médiocre : 4 %4

Toxicité cutanée aiguë5
Grade 0 : 35 %
Grade 1 : 54 %
Grade 2 : 9 %
Grade 3 : 2 %
Garde 4 : 0 % 

Toxicité cutanée tardive6
Fibrose (grade 2) : 3,9 %
Télangiectasies (grade 2) : 1,9 %
Télangiectasies (grade 3) : 1 %
Hyperpigmentation (grade 2) : 1,9 %

Récidive locale, à 4 ans
0 %

Hathout et coll., 2013 [9]
Québec
Rétrospective
Recrutement = 2003−2010
Suivi médian = 4,4 ans (1−10)
Âge médian = 58,0 ans
n = 
440

HF

Dose et fx :
HF : 42,5 Gy/16 fx
Boost : 28 %

non évalué

non évaluée

Récidive, à 5 ans
Locale : 3,18 % (5 infiltrants et 8 non infiltrants)
Controlatérale : 2,7 %
À distance ou ganglionnaire : 0 % 

Survie sans récidive, à 5 ans
Locale : 97 %
Controlatérale : 98 %

 Âge au diagnostic (< 50 ans vs ≥ 50 ans) : 93 % vs 97 %, p = 0,029
ORu = 0,31, p = 0,04
ORm = nd, p = ns
Statut ménopausique (oui vs non) : 97 % vs 94 %, p = 0,003
ORm = 0,13 (IC 95 % 0,04−0,43), p = 0,001
Grade nucléaire (1−2 vs 3) : 97 % vs 94 %, p = 0,014
ORm = 4,21 (IC 95 % 1,36−13,1), p = 0,01
Marges positives vs négatives : 94 % vs 98 %, p = 0,04
ORm = 8,41 (IC 95 % 1,54−46,0), p = 0,01
Récepteurs hormonaux (positif vs négatif) :
ORu = 0,56, p = ns

Boost vs sans boost :
ORu = 0,72, p = ns
Hormonothérapie (oui vs non) :
ORu = 1,08, p = ns

Ciervide et coll., 2012 [10]
Prospective
Recrutement = 2002−2009
Suivi médian = 60 mois (2−105)
Âge médian = 56,4 ans (36−86)
n = 145

HF

Dose et fx :
HF : 40,5−42 Gy/15 fx
Boost : 59 %

n = 125/1457
Excellent : 47,2 %
Bon : 43,3 %
Passable : 7,9 %
Médiocre : 1,6 %

Toute tardive8
Fibrose (grade 2) : 4 %
Télangiectasies (grade 2) : 7 %
Télangiectasies (grade 3) : 2 %
Hyperpigmentation (grade 2) : 4 %
Œdème (grade 2) : 6 %
Rétraction mammaire (grade 2) : 4 %

Récidive, à 5 ans
Ipsilatérale : 4,1 % (toutes CCIS)
Controlatérale : 2,1 % (1 CCIS et 2 infiltrants)


Survie sans maladie, à 5 ans
95 %

Boost : surimpression du lit tumoral; CCIS : carcinome canalaire in situ; HF : hypofractionnement; FC : fractionnement conventionnel; fx : fraction; Gy : gray; I2 : test d’hétérogénéité; HRm : hasard ratio (rapport de risques instantanés) issu d’une analyse multivariée; HRu : hasard ratio (rapport de risques instantanés) issu d’une analyse univariée; n : nombre de patientes; nd : non déterminé; ns : non significatif; ORm : odds ratio (rapport de cotes) issu d’une analyse multivariée; ORu : odds ratio (rapport de cotes) issu d’une analyse univariée; vs : versus.
1. Analyse réalisée à partir d’un modèle à effet fixe et de la méthode de Mantel-Haenszel.
2. Satisfaction esthétique globale évaluée par le clinicien à 5 ans suivant les critères d’évaluation de l’European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC) Global Breast Cosmesis score [11].
3. Valeurs issues d’une analyse multivariée ajustée pour le coefficient de propension (défini par la probabilité de recevoir un traitement d’hypofractionnement conditionnellement aux covariables dont la valeur p est < 0,1, c.-à-d. l’âge, la multifocalité du cancer, la surimpression du lit tumoral et la centralité du cancer) et l’année du diagnostic.
4. Résultats cosmétiques évalués par le clinicien à la fin des traitements de radiothérapie ainsi qu’à chaque suivi en appliquant les critères d’évaluation standardisés d’Harvard [12].
5. 
Toxicité aiguë évaluée à la fin des traitements de radiothérapie et à 3 mois en employant l’échelle critériée du RTOG/EORTC [13].
6.  Toxicité tardive évaluée 6 mois après la fin des traitements de radiothérapie et rapportés en toxicité maximale selon le Common Terminology Criteria for Adverse Events [14].
7.  Résultats cosmétiques évalués par la patiente au moins 2 ans après la fin des traitements de radiothérapie.
8. Toxicité tardive évaluée par le clinicien selon l’échelle critériée du RTOG/EORTC.

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Études en cours

Étude

Objectif principal et paramètres d’évaluation

Population admissible

TROG 07.01/BIG 3-07/MA.33, NCT00470236

A Randomised Phase III Study of Radiation Doses and Fractionation Schedules in Non-low Risk Ductal Carcinoma In Situ of the Breast

Phase III, à répartition aléatoire et contrôlée

Recrutement terminé

Date d’achèvement primaire : juin 2024

Évaluer l’effet de l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à une radiothérapie complète du sein administrée par hypofractionnement ou par fractionnement conventionnel comparativement à une radiothérapie du sein sans surimpression.

Principal : Récidive locale

Secondaire : Survie globale, survie sans maladie, résultat cosmétique, toxicité (aiguë et tardive), qualité de vie

Carcinome canalaire in situ traité par chirurgie conservatrice du sein, à risque élevé de récidive1, cN0

1. Risque élevé de récidive défini par des patientes âgées de moins de 50 ans ou celles âgées de 50 ans et plus en présence de l’un des critères suivants : patientes symptomatiques, tumeur palpable, maladie multifocale, taille tumorale maximale ≥ 1,5 cm, grade nucléaire modéré ou élevé, présence de nécrose centrale, d’un comédocarcinome ou de marges chirurgicales < 10 mm.

Consensus d’experts et guides de pratique

Sept guides d’experts dont un guide canadien ont énoncé des recommandations concernant le fractionnement à privilégier pour traiter le carcinome canalaire in situ et le cancer du sein infiltrant [15, 16, 17, 18, 19, 20, 21]. Les recommandations sont présentées dans le tableau ci-dessus.

Recommandations des consensus d’experts et guides de pratique concernant le fractionnement de l’irradiation du sein pour le traitement du carcinome canalaire in situ et du cancer du sein infiltrant

Consensus d’experts et guides de pratique

Recommandations

Carcinome canalaire in situ

Cancer du sein infiltrant

Canadiens

BC Cancer Agency, 2017 [21]

La dose standard de radiothérapie pour le sein est de 42,5 Gy, administrée en 16 fractions.

Pour les patientes à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (celles avec des seins volumineux et celles qui présentent des comorbidités postopératoires significatives telles que de l’œdème, un hématome, de l’infection ou de l’érythème), la radiothérapie devrait être administrée en 25 fractions (pour une dose totalisant 45 Gy) en plus d’une surimpression (10 Gy en 5 fractions) ou en 28 fractions pour une dose totale de 50,4 Gy.

Cancer du sein infiltrant sans atteinte ganglionnaire (à faible risque ou modéré) :
La dose standard de radiothérapie pour le sein est de 42,5 Gy administrée en 16 fractions. Pour les patientes à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (celles avec des seins volumineux et celles qui présentent des comorbidités postopératoires significatives telles que de l’œdème, un hématome, de l’infection ou de l’érythème), la radiothérapie devrait être administrée en 25 fractions (pour une dose totalisant 45 Gy) en plus d’une surimpression (10 Gy en 5 fractions) ou en 28 fractions (pour une dose totale de 50,4 Gy).

Cancer du sein infiltrant avec atteinte ganglionnaire ou patientes à risque élevé sans atteinte ganglionnaire :
La dose standard de radiothérapie est de 42,5 Gy (16 fractions) pour le sein, de 40 Gy (16 fractions) pour la paroi thoracique et de 37,5−40 Gy (16 fractions) pour les aires ganglionnaires.

Pour les patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (celles avec des seins volumineux et celles qui présentent des comorbidités postopératoires significatives telles que de l’œdème, un hématome, de l’infection ou de l’érythème), une radiothérapie de 45 Gy en 25 fractions devrait être administrée en plus d’une surimpression (10 Gy en 5 fractions) ou encore une radiothérapie de 50,4 Gy en 28 fractions. La dose aux aires ganglionnaires devrait être de 45 Gy en 25 fractions. 

Pour les patientes traitées par mastectomie à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (présence d’infection postopératoire et patientes qui auront une reconstruction), la radiothérapie devrait être de 50,4 Gy (28 fractions) à la paroi thoracique et de 45 Gy (25 fractions) aux aires ganglionnaires.  

Pour les patientes qui, à la suite d’une mastectomie, présentent des marges positives ou étroites, une dose supérieure à la paroi thoracique pourrait être employée (42,5−44 Gy en 16 fractions), ou une surimpression (10 Gy en 4 fractions ou 16 Gy en 8 fractions) pourrait être considérée si l’anatomie le permet.

Internationaux

ASTRO, 2018 [15]

L’HF (40 Gy en 15 fractions ou 42,5 Gy en 16 fractions) peut être utilisé comme option de remplacement par rapport au FC (45−50 Gy, avec dose quotidienne 1,8−2,0 Gy) (recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré).

Les protocoles d’HF privilégiés sont 40 Gy en 15 fractions ou 42,5 Gy en 16 fractions pour l’irradiation complète du sein, y inclus ou non les niveaux inférieurs de l’aisselle (recommandation forte, niveau de preuve élevé).  

La décision d’offrir l’HF devrait être indépendante :
• du grade tumoral (recommandation forte, niveau de preuve élevé);
• du statut des récepteurs hormonaux (recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré);
• du statut HER2 (recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré);
• du statut des marges (recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré);
• de l’âge (recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré);
• de la latéralité du cancer (recommandation forte, niveau de preuve modéré);
• des traitements (CT ou HT) reçus antérieurement (recommandation forte, niveau de preuve modéré).

NCCN, v1, 2018 [16]

L’irradiation complète du sein devrait être administrée en 25−28 fractions totalisant 45−50,4 Gy ou en 15−16 fractions pour une dose totale de 40−42,5 Gy. L’HF est privilégié (recommandation de catégorie 2A).

L’irradiation complète du sein devrait être administrée en 25−28 fractions totalisant 45−50,4 Gy ou en 15−16 fractions pour une dose totale de 40−42,5 Gy. L’HF est privilégié (recommandation de catégorie 2A).

NICE, 2017 [17]

 

Un traitement de radiothérapie totalisant 40 Gy, administré en 15 fractions est une pratique standardisée pour les patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein ou par mastectomie.

St-Gall, 2017 [18]

 

En raison d’un niveau de preuve élevé en termes de sécurité et d’efficacité à long terme, l’HF est un traitement approprié pour la majorité des patientes, en particulier pour celles âgées de 50 ans et plus sans atteinte ganglionnaire. Un FC pourrait être considéré chez d’autres patientes.

The Royal College of Radiologists, 2016 [19]

Puisqu’aucun argument n’appuie l’application d’un protocole de fractionnement en particulier, le carcinome canalaire in situ peut être traité comme un cancer infiltrant en termes d’HF.

Il n’y a pas d’indication d’employer plus de 15 fractions pour irradier le sein, la paroi thoracique et les aires ganglionnaires comme traitement standard adjuvant chez des patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant (recommandation issue d’un consensus unanime).

ESMO, 2015 [20]

 

L’HF (15−16 fractions avec une dose de 2,5−2,67 Gy par fraction) a montré une efficacité similaire et des effets secondaires comparables aux protocoles de FC (45−50 Gy administrés en 25−28 fractions avec une dose de 1,8−2,0 Gy par fraction). L’HF est généralement recommandé (niveau de preuve I, grade de recommandation A). Toutefois, l’effet de l’âge, du traitement par mastectomie ou de l’irradiation des ganglions n’a pas été suffisamment évalué chez ces patientes.

ASTRO : American Society for Radiation Oncology; CT : chimiothérapie; ESMO : European Society for Medical Oncology; FC : fractionnement conventionnel; Gy : gray; HF : hypofractionnement; HT : hormonothérapie; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; NICE : National Institute for Health and Care Excellence.

Références
1.

Hickey BE, et al. Fraction size in radiation therapy for breast conservation in early breast cancer. Cochrane Database Syst Rev 2016; 7: CD003860.

2.

Nilsson C and Valachis A. The role of boost and hypofractionation as adjuvant radiotherapy in patients with DCIS: a meta-analysis of observational studies. Radiother Oncol 2015; 114(1): 50-5.

3.

Oar AJ, et al. Hypofractionated versus conventionally fractionated radiotherapy for ductal carcinoma in situ (DCIS) of the breast. J Med Imaging Radiat Oncol 2016; 60(3): 407-13.

4.

Lalani N, et al. Long-term outcomes of hypofractionation versus conventional radiation therapy after breast-conserving surgery for ductal carcinoma in situ of the breast. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2014; 90(5): 1017-24

5.

Wong P, et al. Ductal carcinoma in situ--the influence of the radiotherapy boost on local control. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2012; 82(2): e153-8.

6.

Wai ES, et al. Effect of radiotherapy boost and hypofractionation on outcomes in ductal carcinoma in situ. Cancer 2011; 117(1): 54-62.

7.

Williamson D, et al. Local control with conventional and hypofractionated adjuvant radiotherapy after breast-conserving surgery for ductal carcinoma in-situ. Radiother Oncol 2010; 95(3): 317-20.

8.

Cante D, et al. Hypofractionation and concomitant boost to deliver adjuvant whole-breast radiation in ductal carcinoma in situ (DCIS): a subgroup analysis of a prospective case series. Med Oncol 2014; 31(2): 838.

9.

Hathout L, et al. Hypofractionated radiation therapy for breast ductal carcinoma in situ. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2013; 87(5): 1058-63.

10.

Ciervide R, et al. Five year outcome of 145 patients with ductal carcinoma in situ (DCIS) after accelerated breast radiotherapy. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2012; 83(2): e159-64.

11.

Aaronson NK, et al. Evaluation of breast conserving therapy: clinical, methodological and psychosocial perspectives. Eur J Surg Oncol 1988; 14(2): 133-40.

12.

Rose MA, et al. Conservative surgery and radiation therapy for early breast cancer. Long-term cosmetic results. Arch Surg 1989; 124(2): 153-7.

13.

Cox JD, Stetz J, and Pajak TF. Toxicity criteria of the Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) and the European Organization for Research and Treatment of Cancer (EORTC). Int J Radiat Oncol Biol Phys 1995; 31(5): 1341-6.

14.

National Cancer Institute, Cancer Therapy Evaluation Program (NCI-CTEP). Common Terminology Criteria for Adverse Events v3.0 (CTCAE). August 9, 2006. Bethesda, MD : NCI-CTEP; 2006. Disponible à : https://ctep.cancer.gov/protocolDevelopment/electronic_applications/docs/ctcaev3.pdf.

15.

Smith BD, et al. Radiation therapy for the whole breast: Executive summary of an American Society for Radiation Oncology (ASTRO) evidence-based guideline. Pract Radiat Oncol 2018. May - Jun;8(3):145-152.

16.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN). Breast cancer. Version 1.2018. Clinical Practice Guidelines in Oncology. Fort Washington, PA : NCCN; 2018. Disponible à : https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/default.aspx.

17.

National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Early and locally advanced breast cancer: diagnosis and treatment. Clinical guideline. London , UK : NICE; 2018. Disponible à: https://www.nice.org.uk/guidance/ng101/resources/early-and-locally-advanced-breast-cancer-diagnosis-and-management-pdf-66141532913605. 

18.

Curigliano G, et al. De-escalating and escalating treatments for early-stage breast cancer: the St. Gallen International Expert Consensus Conference on the Primary Therapy of Early Breast Cancer 2017. Ann Oncol 2017; 28(8): 1700-1712

19.

The Royal College of Radiologists (RCR). Postoperative radiotherapy for breast cancer: UK consensus statements. November 2016. London, UK : RCR; 2016. Disponible à: https://www.rcr.ac.uk/system/files/publication/field_publication_files/bfco2016_breast-consensus-guidelines.pdf

20.

Senkus E, et al. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 2015 . Sep;26 Suppl 5:v8-30.

21.

BC Cancer Agency (BCCA). Breast Cancer Guideline [site Web]. Vancouver, BC : BCCA; 2018. Disponible à: http://www.bccancer.bc.ca/health-professionals/clinical-resources/cancer-management-guidelines/breast/breast#6-3-Early-Invasive-Breast-Cancer. (consulté le 18 avril 2018).

3.6.2.3 Radiothérapie ultra-hypofractionnée du sein (5 fractions)

Pendant de nombreuses années, le traitement usuel pour un cancer du sein de stade précoce consistait en une chirurgie conservatrice du sein, suivi, pour la majorité des patientes, d’une irradiation complète du sein et d’une thérapie systémique appropriée (chimiothérapie, hormonothérapie et [ou] thérapie ciblée HER2). Pour le traitement des patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant ou d’un carcinome canalaire in situ, la radiothérapie du sein a longtemps été constituée d’une irradiation de 50 Gy totaux administrée en 25 fractions réparties sur 5 semaines. Suivant les résultats des études cliniques de phase III (étude Canadienne de l’Ontario Cooperative Oncology Group et START B [1, 2]), les guides de pratique recommandent maintenant une irradiation du sein par hypofractionnement, c’est-à-dire une radiothérapie administrée à plus fortes doses par séance dans un nombre restreint de fractions (42,5 Gy/16 fractions ou 40 Gy/15 fractions) qui se traduit généralement par une plus courte période de traitement [3, 4, 5, 6, 7, 8]. Un tel traitement a démontré une efficacité clinique similaire, une toxicité aigüe plus faible, une amélioration de la qualité de vie et un profil de toxicité à long terme similaire ou avantagé comparativement à une irradiation de 50 Gy en 25 fractions [1, 2, 9]. L’hypofractionnement permet aussi de réduire le nombre de visites en milieu hospitalier, l’utilisation des ressources humaines et matérielles nécessaires à l’administration du traitement, le coût sociétal qui y est associé et les coûts liés au déplacement pour les patientes [10].

Dans un souci de réduire davantage le nombre de fractions administrées, des études cliniques à répartition aléatoire ont été menées afin d’évaluer l’efficacité clinique et l’innocuité de l’irradiation par ultra-hypofractionnement, c’est-à-dire une irradiation offerte en 5 fractions pour le traitement adjuvant des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade précoce. Réduire davantage le nombre de visites en milieu de soins sans compromettre l’efficacité et l’innocuité du traitement serait bénéfique pour les raisons mentionnées ci-haut, particulièrement en période pandémique et (ou) en présence d’un nombre restreint d’effectifs.

Études cliniques 

La radiothérapie administrée selon un schéma ultra-hypofractionné a été étudiée dans trois études cliniques randomisées (FAST-Forward, FAST et YO-HAI1 [11, 12, 13, 14, 15]).

Population incluse dans les études :

Patientes âgées de 25 à 90 ans atteintes d’un cancer du sein de stade précoce (pT1-2N0M0 ou pT1-3N0-1M0), majoritairement à faible risque de récidive et suivant une chirurgie conservatrice du sein.

Schémas d’irradiation évalués dans les études cliniques :

Les schémas d’irradiation ont varié selon les études en termes de dose et de durée, tant pour l’irradiation complète du sein que pour la surimpression du lit tumoral. Les détails de ces protocoles ainsi que les caractéristiques cliniques des patientes incluses dans les études sélectionnées sont présentés au tableau suivant.

Caractéristiques cliniques et pathologiques des patientes incluses dans les études et traitements de radiothérapie administrés

 

FAST-FORWARD [14]

FAST [13]

YO-HAI5 [15]

Type d’étude

ECR de phase III,

non-infériorité, multicentrique

ECR de phase III, comparative, multicentrique

ECR, comparative. Un centre

Patientes

n

4 096

915

200

Âge

Médian: 61 ans (25 - 90)

Moyen: 63 ans (50 - 88)

Médian: 61 ans (26 - 84)

Caractéristiques cliniques des patientes

TNM

T1-3N0-1M0

(N+1: 18,9 %; T1-2: 98 %)

T1-2N0M0

(T: 0,05-3,0 cm)

T1-2N0M0

(T: 0,1-3,5 cm)

Grade 1-2

72 %

89 %

81 %

RO+

89 %

nd (88 % avec hormono adj)

69 %

Traitement à l’étude

Doses de RT

40 Gy

27 Gy

26 Gy

50 Gy

30 Gy

28,5 Gy

40 Gy

28,5 Gy

Fractionnement

15 frac.

5 frac.

5 frac.

25 frac.

5 frac.

5 frac.

15 frac.

5 frac.

Durée du traitement

21 j.

5 j.

5 j.

5 sem.

5 sem

5 sem

21 j.

10-12 j.

Autres traitements administrés

Surimpression du lit tumoral

Oui pour 25 % des patientes, (séquentiel)

10 Gy/5 fractions ou 16 Gy/8 fractions (au choix du clinicien)

Non (critère d’exclusion)

Oui pour 90,5 % des patientes (simultané)

Groupe contrôle : 46,8 Gy/15 Fractions

Groupe 5-fractions :

31 Gy/5 fractions

Chirurgie reçue

CCS : 93,6 %;

Mastectomie : 6,4 %

Reconstruction : 0,6 %

CCS à 100 %

CCS à 100 %

CCS : chirurgie conservatrice du sein; ECR : étude clinique randomisée; Gy : gray; n : nombre de patientes; RO : récepteurs oestrogéniques.

1. Aucune irradiation ganglionnaire ne devait être prescrite pour que les patientes avec atteinte ganglionnaire (N1) soient incluses à l’étude.

Sommaire des résultats: dimension clinique

Efficacité clinique :

  • L’étude FAST-Forward a montré qu’un ultra-hypofractionnement (26 Gy ou 27 Gy) administrée sur 5 jours consécutifs était non-inférieure à une irradiation hypofractionnée conventionnelle de 40 Gy en 15 fractions en termes de récidive ipsilatérale (suivi de 5 ans). La récidive à distance et la mortalité n’étaient pas significativement différentes entre les groupes.
  • L’étude FAST n’avait pas la puissance statistique nécessaire pour évaluer l’efficacité clinique alors que l’étude Yo-HAI1 n’a rapporté aucune donnée pour ce paramètre.

Changements dans l’apparence du sein et toxicité cutanée tardive :

  • L’administration d’une radiothérapie par ultra-hypofractionnement (26 Gy sur 5 jours consécutifs [étude FAST-Forward, suivi de 5 ans]) a engendré des changements modérés ou importants dans l’apparence du sein et une toxicité cutanée tardive globale comparable à un hypofractionnement conventionnel de 40 Gy en 15 fractions. Dans cette étude, la toxicité tardive était évaluée par le clinicien (par ex. déformation du sein, atrophie, induration, œdème, télangiectasie ou inconfort) et (ou) par la patiente (par ex. douleur, enflure ou hypersensibilité du sein, problèmes cutanés, douleur au bras ou à l’épaule, enflure au bras ou à l’épaule, difficulté à lever le bras).
  • Le protocole d’ultra-hypofractionnement de 28,5 Gy administré sur 5 semaines (étude FAST) a engendré des changements modérés ou importants dans l’apparence du sein (à 5 ans) ou une toxicité cutanée tardive évaluée par le clinicien lors des suivis (sur 10 ans), similaires à une irradiation de 50 Gy en 25 fractions, exception faite de l’incidence cumulative de l’induration à 10 ans qui a été significativement supérieure de 11 % avec l’ultra-hypofractionnement (7,4 % contre 18,4 %).
  • L’utilisation d’une radiothérapie par ultra-hypofractionnement aux doses de 27 Gy sur 5 jours (étude FAST-Forward) ou 30 Gy sur 5 semaines (étude FAST) a mené à plus de changements dans l’apparence du sein et à plus de toxicité cutanée tardive comparativement à un hypofractionnement conventionnel de 40 Gy en 15 fractions ou à une irradiation de 50 Gy en 25 fractions respectivement.

Toxicité cutanée aigüe :

  • Lors du traitement et jusqu’à 2 à 4 semaines après la dernière fraction, l’administration d’une radiothérapie par ultra-hypofractionnement a semblé causer moins de toxicité aigüe de grade 2 et plus (œdème, érythème, desquamation) au niveau du sein comparativement au traitement d’irradiation hypofractionné standard de 40 Gy en 15 fractions (étude FAST-Forward) ou d’un fractionnement de 50 Gy en 25 fractions (étude FAST). L’ultra-hypofractionnement de 28,5 Gy en 5 fractions a causé significativement moins d’œdème et d’érythème qu’un hypofractionnement standard de 40 Gy en 15 fractions (étude YO-HAI1).
  • Aucune toxicité aigüe de grade 3 et plus (étude YO-HAI1) ou de grade 4 et plus (études FAST et FAST-forward) n’a été observée, quel que soit le schéma de traitement.

Qualité de vie :

  • Dépendamment des dimensions mesurées, la détérioration de la qualité de vie à court terme a été moins importante (fonctions physiques et sociales, fatigue, symptômes au niveau du sein et bien-être physique) ou similaire (santé globale, perspectives d’avenir, douleur, symptômes au bras et satisfaction globale au niveau de l’apparence de la poitrine) avec la radiothérapie administrée selon un schéma ultra-hypofractionné comparativement à un hypofractionnement standard de 40 Gy en 15 fractions (étude YO-HAI5).

Sommaire des résultats: dimension économique

  • Selon une étude ontarienne de minimisation des coûts, l’utilisation d’un protocole d’irradiation ultra-hypofractionné permettrait de faire des économies de l’ordre de 322 $ à 488 $ par patient (24 % à 32 % selon le protocole) comparativement au protocole hypofractionné de 42,5 Gy en 16 fractions. Le protocole d’ultra-hypofractionnement administrant 26 Gy en 5 fractions est celui dont le coût est le plus faible par patient.
  • L’étude recensée a pris en compte les coûts directs encourus par le système de santé (ex. ressources humaines et infrastructures) et n’a pas considéré ceux qui ne sont pas dans le budget d’opération des hôpitaux ou encourus par les patientes (ex. déplacements, absence du travail, hébergement, etc.). Les honoraires facturés par les médecins ont été considérés similaires, peu importe le protocole d’irradiation administré.

Lignes directrices émises à la suite de la publication des études FAST-Forward (2020) et FAST (2020)

  • Parmi les organisations répertoriées qui ont émis des recommandations ou un avis sur le type de fractionnement à privilégier pour le traitement adjuvant du cancer du sein de stade précoce, 5 des 6 organismes favorisent l’hypofractionnement de 40 - 42,5 Gy en 15 - 16 fractions pour la majorité des patientes.
  • Quatre organismes sur les 6 répertoriés suggèrent l’utilisation de l’ultra-hypofractionnement pour le traitement de certaines patientes sélectionnées (par ex. pT1-2N0M0 sans irradiation ganglionnaire, suivant une chirurgie conservatrice du sein). Un organisme le recommande pour un plus large éventail de patientes (pT1-3N0-1M0 sans irradiation ganglionnaire ou pour un CCIS) suivant une chirurgie conservatrice du sein ou une mastectomie.
  • Lorsque l’ultra-hypofractionnement est l’option recommandée, le protocole de 26 Gy en 5 fractions sur 5 jours consécutifs (protocole de l’étude FAST-Forward) est généralement privilégié.

Pour plus de détails, veuillez consulter le document Radiothérapie adjuvante pour le traitement du cancer du sein de stade précoce : efficacité et innocuité d’une irradiation complète du sein en 5 fractions (ultrahypofractionnement) , INESSS 2022.

Références
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3.6.2.4 Radiothérapie partielle du sein - efficacité et toxicité

Suivant une chirurgie conservatrice du sein, le traitement standard pour la majorité des patientes atteintes d’un cancer du sein de stade peu avancé est composé d’une radiothérapie du sein (irradiation complète) et d’une thérapie systémique appropriée. Ce traitement permet de réduire le risque de récidive local et prolonge, dans certains cas, la survie des patientes [2, 3]. Il a été observé que, suivant une irradiation complète du sein, environ 75 % des récidives surviennent dans le quadrant de la lésion initiale [4]. Suivant cette observation, l’irradiation partielle, qui consiste à irradier uniquement le lit tumoral et ses contours, a été étudiée dans un souci de diminuer progressivement le volume de tissu irradié et potentiellement la toxicité associée au traitement. Un sommaire des principales études cliniques randomisées comparant l’efficacité et la toxicité d’une irradiation partielle du sein (radiothérapie externe ou curiethérapie) à celles d’une irradiation complète est présenté dans les sections suivantes. Aucune des études répertoriées n’a fait la comparaison directe entre les différentes modalités d’irradiation partielle.

Radiothérapie externe

Curiethérapie

Études mixtes (radiothérapie externe et curiethérapie)

Radiothérapie peropératoire

Guides de pratique et consensus d'experts

Sélection des patientes

Radiothérapie externe

La radiothérapie externe consiste à irradier une région précise du corps à l’aide d’un faisceau de radiation situé à l’extérieur du patient. Cinq études cliniques randomisées de phase II ou III et quatre méta-analyses publiées entre 2020 et 2023 ont évalué l’efficacité et la toxicité d’une irradiation partielle du sein par radiothérapie externe (conformationnelle tridimensionnelle [3D] ou par modulation d’intensité [IMRT]) en comparaison avec une irradiation complète du sein [4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16]. Les patientes incluses dans les études randomisées avaient bénéficié d’une chirurgie conservatrice du sein comme premier traitement d’un carcinome infiltrant (CI) ou d’un carcinome canalaire in situ à faible risque de récidive (majoritairement CI, RH+, N-, grade 1-2, tumeur de moins de 3 cm). Elles avaient un âge médian de 61 à 66 ans. Les doses et protocoles utilisés ont varié selon les études cliniques : l’irradiation partielle du sein a été administrée selon un schéma de 30 Gy en 5 fractions, de 40 Gy en 15 fractions ou de 38,5 Gy en 10 fractions (2 fois par jour), alors que l’irradiation complète du sein consistait en 50 Gy administrés en 25 fractions ou 40-42,5 Gy en 15-16 fractions (± boost). Un résumé des principales caractéristiques des études cliniques randomisées et des populations incluses est présenté dans le tableau suivant. Seules les études publiées après 2010 et qui ont inclus plus de 100 patientes ont été retenues. Par conséquent, certaines études incluses dans les méta-analyses ne figurent pas dans le tableau suivant [17, 18, 19, 20, 21].

Principales caractéristiques des études cliniques randomisées évaluant l’irradiation partielle du sein par radiothérapie externe et des populations incluses

Étude clinique

30 Gy en 5 fractions

40 Gy en 15 fractions

38,5 Gy en 10 fractions (BID)

Florence [5]

HYPAB [8]

Import-Low [9]

DBCG PBI [11]

RAPID [12]

Caractéristiques des études

Type d’étude

Phase III, équivalence

Un centre

Phase II

Un centre

Phase III, non-infériorité

Multicentrique

Phase III, non-infériorité

Multicentrique

Phase nd, non-infériorité

Multicentrique

Paramètre d’évaluation principal

Récidive ipsilatérale à 5 ans

nd

Récidive ipsilatérale à 5 ans

Induration au sein (grade 2-3) à 3 ans

Récidive ipsilatérale à 5 ans

Années de recrutement

Mars 2005 à juin 2013

Janvier 2015 à janvier 2018

Mai 2007 à octobre 2010

Mai 2009 à mars 2016

Février 2006 à juillet 2011

n (IP vs IC)

260 vs 260

82 vs 90

669 vs 674

431 vs 434

1 070 vs 1 065

Suivi médian

10,7 ans

36 mois (12-60 mois)

72,2 mois

5,0 ans (morbidité)

7,6 ans (récidive locorégionale)

8,6 ans

Caractéristiques cliniques des patientes (IP vs IC)

Âge médian / Inclusion

62,8 ans /

> 40 ans

64 ans (50-76) /

Patientes postménopausées

62 ans (57-67) /

≥ 50 ans

66 ans (60-86) /

≥ 60 ans

61 ans /

≥ 40 ans

CI / CCIS

91,2 % vs 87,7 % /

8,8 % vs 12,3 %

100 % / 0 %

85 % vs 86 % / nd

100 % / 0 %

82 % vs 82 % /

18 % vs 18 %

Grade 1-2

90,0 % vs 87,3 %

97 %

91 % vs 90 %

100 %

84 % vs 82 %

Tis-T1

94,6 % vs 94,2 %

99 %

Médian : 1,1 cm (0,8-1,5)

100 % (pT1)

< 1,5 cm : 70 % vs 67 %

N0

89,2 % vs 81,9 %

100 %

98 % vs 96 %

99 %

99 % vs 99 %

RH+

95,4 % vs 95,8 %

100 %

95 % vs 95 %

100 %

91 % vs 89 %

HER2-

97,5 % vs 94,4 %

nd

94 % vs 96 %

99 %

90 % vs 92 %

CT adjuvante

4,6 % vs 8,9 %

nd

5 % vs 4 %

0 %

12 % vs 13 % (peu importe l’indication)

HT adjuvante

62,3 % vs 70,0 %

97 %

91 % vs 91 %

54 %

61 % vs 58 %

Exclusion

Carcinome canalaire extensif, multifocal, marges chirurgicales < 5 mm

Carcinome canalaire extensif, cancer multicentrique, BRCA muté, marges chirurgicales < 5 mm, RO-

CTNA ou adjuvante (concomitante), multifocale, carcinome lobulaire infiltrant

Traitement systémique autre que de l’HT, implants mammaires, CCIS primaire ou antérieur, cancer bilatéral

Volume de la tumeur > 3 cm, carcinome lobulaire

Traitement à l’étude

Modalité de l’IP

Par modulation d’intensité (IMRT)

Arcthérapie volumétrique par modulation d'intensité (IMRT)

Conformationnelle 3D (tangente réduite) 

Conformationnelle 3D

Conformationnelle 3D (87 %) ou RT par modulation d’intensité (IMRT) (10 %)

Protocole

IP

30 Gy / 5 fractions sur 2 semaines

30 Gy / 5 fractions sur 10 jours

40 Gy / 15 fractions sur 3 semaines

40 Gy / 15 fractions sur 3 semaines

38,5 Gy / 10 fractions (BID) sur 5-8 jours

IC

50 Gy / 25 fractions sur 5 semaines, suivi d’un boost de 10 Gy / 5 fractions

40,5 Gy / 15 fractions + boost concomitant de 48,0 Gy / 15 fractions sur 3 semaines

40 Gy / 15 fractions sur 3 semaines

40 Gy / 15 fractions sur 3 semaines

50 Gy / 25 fractions ou

42,5 Gy / 16 fractions (82 %) ± boost de 10 Gy / 4‑5 fractions

BID : deux fois par jour; CI : carcinome infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; CT : chimiothérapie; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; Gy : grey; HD : haute dose; HER2 : human epidermal growth factor receptor 2 (récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain); HT : hormonothérapie; IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; nd : non disponible; N0 : aucune atteinte ganglionnaire; RH+ : récepteurs hormonaux positifs; RT : radiothérapie.

Efficacité: Les études cliniques randomisées répertoriées ont montré qu’une irradiation partielle externe du sein (toutes modalités et tous protocoles confondus) était équivalente ou non inférieure à une irradiation complète du sein en termes de récidive ipsilatérale pour les patientes atteintes d’un cancer du sein de stade peu avancé à faible risque de récidive. Les taux de récidive locorégionale, à distance et de mortalité ont été non significativement différents entre les groupes [5, 8, 9, 12]. Les données d’efficacité de ces études sont présentées dans le tableau suivant.

Quatre méta-analyses publiées entre 2020 et 2023 ont rapporté des résultats similaires [4, 14, 15, 16]. Elles ont montré que l’efficacité d’une irradiation partielle par radiothérapie externe était non significativement différente de celle d’une irradiation complète du sein en termes de récidive ipsilatérale, de récidive locorégionale, de métastases à distance et/ou de mortalité. La méta-analyse de Haussmann et coll. a inclus les données du sous-groupe de patientes de l’étude NSABP B-39 traitées avec une irradiation partielle externe (38,5 Gy en 10 fractions, 2 fois par jour; 73 % des patientes). Les résultats détaillés de l’étude NSABP B-39 sont présentés dans la section suivante. Les données d’efficacité des méta-analyses sont présentées dans le tableau suivant.

Efficacité de la radiothérapie externe administrée par irradiation partielle comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Dose / fraction

Suivi

Récidive ipsilatérale (%)

(IP vs IC)

Récidive locorégionale (%) 

(IP vs IC)

Récidive à distance (%)

(IP vs IC)

SG (%)

(IP vs IC)

Implication clinique

IP

IC

RT externe par hypofractionnement accéléré (30 Gy / 5 fractions)

 

Florence (équivalence), phase III

Livi et coll., 2015 [5]

Meattini et coll., 2020, 2017 [6, 7]

n (IP vs IC) = 260 vs 260

Suivi médian : 10,7 ans

 

30 Gy / 5 fractions 

(10 jours)

50 Gy / 25 fractions suivi d’un boost de 10 Gy / 5 fractions (6 semaines)

À 5 ans 

1,5 % vs 1,4 %*

IP équivalente à l’IC1

HR = 1,16 (IC 95 % 0,23-5,75), p = 0,86

1,5 % vs 1,9 %

p = 0,86

1,5 % vs 1,8 %

p = 0,87

99,4 % vs 96,6 %,

HR = 0,17 (IC 95 % 0,02-1,36), p = 0,057

L’IP a été équivalente à l’IC en termes de récidive ipsilatérale (à 5 ans). Elle a été non significativement différente d’une IC du sein pour la récidive ipsilatérale, locorégionale et à distance et la survie globale à 5 et 10 ans.

À 10 ans

3,7 % vs 2,5 %

HR = 1,56 (IC 95 % 0,55-4,37), 

p = 0,40

3,7 % vs 2,9 %

HR = 1,33 (IC 95 % 0,49-3,56), 

p = 0,58

2,9 % vs 3,2 %

HR = 0,89 (IC 95 % 0,32-2,47), p = 0,83

91,9 % vs 91,9 %

HR = 0,95 (IC 95 % 0,50-1,79), p = 0,86

HYPAB, phase II

Franceschini et coll., 2021 [8]

n (IP vs IC) = 82 vs 90

Suivi médian : 36 mois

30 Gy / 5 fractions (10 jours)

40,5 Gy / 15 fractions + boost concomitant de 48,0 Gy / 15 fractions (3 semaines)

À 3 ans

3,7 % vs 2,2 %, 

p = nd

2,4 % vs 1,1 %, 

p = nd

nd

nd

La récidive ipsilatérale et la récidive locorégionale ont été faibles pour l’IP et l’IC (aucune statistique).

RT externe en hypofractionnement (40 Gy / 15 fractions)

 

IMPORT-LOW (non-infériorité), phase III

Coles et coll., 2017 [9] 

Bhattacharya et coll., 2019 [10]

n (IP vs IC)= 669 vs 674

Suivi médian : nd

40 Gy / 15 fractions 

40 Gy / 15 fractions

À 5 ans

0,5 % vs 1,1 %*

HR = 0,65 (IC 95 % 0,23-1,84), p = 0,420

 

pNI = 0,016

IP non inférieure à l’IC2

0,8 % vs 1,1 %

HR = 0,88 (IC 95 % 0,34-2,27), p = 0,761

1,6 % vs 1,4 %

HR = 0,92 (IC 95 % 0,42-2,03), p = 0,838

96,3 % vs 95,0 %

HR = 0,91 (IC 95 % 0,58-1,42), p = 0,693

L’IP a été non inférieure à l’IC en termes de récidive ipsilatérale. Elle a été non significativement différente d’une IC du sein pour la récidive locorégionale, la récidive à distance et la survie globale.

DBCG PBI (non-infériorité pour l’induration), phase III

Offersen et coll., 2022 [11]

n (IP vs IC) : 431 vs 434

Suivi médian : 7,6 ans

40 Gy / 15 fractions

40 Gy / 15 fractions

À 5 ans

nd 

1,2 % vs 0,7 %, p = 0,47

 

Sans HT :

2,0 % vs 1,5 %

 

Avec HT :

0,4 % vs 0,0 %

 

nd

95,1 % vs 96,1 %, p = 0,49

La récidive locorégionale et la mortalité ont été non significativement différentes entre les groupes (IP vs IC) à 5 ans et 9 ans.

À 9 ans

nd

3,1 % vs 1,7 %, p = 0,30

 

HR = 1,75 (IC 95 % 0,64-4,77), p = 0,27

nd

86,5 % vs 89,3 %, p = 0,34

 

HR = 1,22 (IC 95 % 0,78-1,90), p = nd

RT externe en hypofractionnement accéléré (38,5 Gy / 10 fractions [BID])

 

RAPID (non-infériorité)

Olivotto et coll., 2013 [12]

Whelan et coll., 2019 [13]

n (IP vs IC) = 1 070 vs 1 065

Suivi médian : 8,6 ans

38,5 Gy / 10 fractions sur 5‑8 jours (BID)

50 Gy / 25 fractions ou 42,5 Gy / 16 fractions (82 %); boost (21 %) : 10 Gy / 4‑5 fractions

 

 

À 5 ans

Incidence cumulative

2,3 % vs 1,7 %

Récidive locorégionale et à distance (SSM)

3,6 % vs 3,2 %

Mortalité

 

3,8 % vs 3,0 %

L’IP a été non inférieure à l’IC en termes de récidive ipsilatérale. Elle a été non significativement différente (p = nd) d’une IC du sein pour la récidive locorégionale et à distance et la survie globale.

À 8 ans

3,0 % vs 2,8 %

5,1 % vs 4,6 %

6,4 % vs 5,7 %

HR

1,27 (IC 90 % 0,84-1,91), p = nd

IP non inférieure à l’IC3

1,20 (IC 95 % 0,83-1,76), p = nd

1,18 (IC 95 % 0,84-1,64), p = nd

BID : deux fois par jour; Gy : grey; HR : Hazard ratio (rapport de risque); IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; NI : non-infériorité; nd : non disponible; SSM : survie sans maladie.

1. L’équivalence a été atteinte. Pour être considéré comme équivalent à l’IC du sein, le taux de récidive ipsilatéral pour le groupe IP ne devait pas excéder 5 %. Une récidive ipsilatérale de 3 % était attendue dans le groupe IC.

2. L’IP a été non inférieure à l’IC du sein. La non-infériorité était atteinte si la marge supérieure de l’intervalle de confiance (IC 80 %) était inférieure à 2,03. L’analyse de non-infériorité per protocole a donné un résultat similaire (pNI = 0,017).

3. L’IP a été non inférieure à l’IC du sein. La non-infériorité était atteinte si la marge supérieure de l’intervalle de confiance (IC 90 %) était inférieure à 2,02. L’analyse per protocole (après l’exclusion de 26 patientes du groupe IP et 18 du groupe IC) a donné un résultat similaire : HR = 1,24 (IC 90 % 0,82-1,90). 

* Paramètre d’évaluation primaire.

 

Méta-analyses  ayant évalué l’efficacité de la radiothérapie externe administrée par irradiation partielle comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Suivi

Récidive ipsilatérale (%)

(IP vs IC)

Récidive locorégionale (%) 

(IP vs IC)

Récidive à distance (%)

(IP vs IC)

SG (%)

(IP vs IC)

Implication clinique

Méta-analyse

 

Goldberg et coll., 2023 [16]

Suivi médian : 8,6 ans (3‑17 ans) 

 

IP externe avec planification de CT : n = 4 652 vs 4 610

Global

8 ECR

3,4 % vs 2,7 %

RR = 1,25 (IC 95 % 0,99-1,58), p = 0,06

5 ECR 

0,5 % vs 0,4 %

RR = 1,38 (IC 95 % 0,54-3,50), p = 0,50

6 ECR 

2,5 % vs 2,2 %

RR = 1,14 (IC 95 % 0,87-1,48), p = 0,35

Mortalité (5 ECR) 

8,3 % vs 7,6 %

RR = 1,09 (IC 95 % 0,94-1,26), p = 0,25

Les risques de récidive ipsilatérale, locorégionale et à distance ainsi que la mortalité ont été non significativement différents entre les groupes (IP vs IC). 

Pour les récidives :

Haussmann et coll., 2021 [4]

Suivi médian : 8,6 ans (2‑17 ans) 

 

Pour la SG : 

Haussmann et coll., 2020 [14]

Suivi médian : 2,4-10,5 ans

Global

7 ECR  

(n = 2 627 vs 2 611)

OR = 1,25 (IC 95 % 0,85-1,84), p = 0,256

 

8 ECR (avec sous-groupe NSABP B-39)

(n = 4 162 vs 4 622)

OR = 1,16 (IC 95 % 0,89-1,51), p = 0,282

6 ECR 

n = 2 566 vs 2 660

OR = 1,80 (IC 95 % 0,65-5,00), p = 0,257

ISMD (5 ECR)

n = 4 975

OR = 1,07 (IC 95 % 0,67-1,64), p = 0,851

3 ECR 

n = 3 998

HR = 1,06 (IC 95 % 0,83-1,37), p = 0,628

Les risques de récidive ipsilatérale, de récidive locorégionale et de récidive à distance ont été non significativement différents entre les groupes (IP vs IC).

 

La survie globale a été non significativement différente entre les groupes (IP vs IC)

SSM (4 ECR)

n = 4 445

OR = 1,20 (IC 95 % 1,00-1,45), p = 0,054

À 5 ans

3 ECR (n = nd)

1,70 % vs 1,41 %

OR = 1,17 (IC 95 % 0,44-3,15), p = 0,749

nd

nd

nd

Viani et coll., 2020 [15]

n = 14 436

 

À 5 ans

5 ECR

(n = 2 403 vs 2 405)

OR = 1,32 (IC 95 % 0,82-2,13), p = 0,25

nd

nd

Mortalité (5 ECR)

n = 2 403 vs 2 405

OR = 0,92 (IC 95 % 0,71-1,19), p = 0,42

Les risques de récidive ipsilatérale et de mortalité à 5 et 7 ans ont été non significativement différents entre les groupes (IP vs IC).

À 7 ans

4 ECR

(n = 2 352 vs 2 354)

OR = 1,44 (IC 95 % 0,93-2,23), p = 0,1

nd

nd

4 ECR

n = 2 352 vs 2 354

OR = 0,92 (IC 95 % 0,70-1,20), p = 0,5

BID : deux fois par jour; ECR : étude clinique randomisée; Gy : grey; HR : Hazard ratio (rapport de risque); IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; ISMD : intervalle sans maladie à distance; ISR : intervalle sans récidive; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : Odds ratio (rapport de cotes); SSM : survie sans maladie.

Innocuité et résultats cosmétiques: Pour les études rapportant ce paramètre, l’administration d’un protocole d’irradiation partielle a permis de réduire la toxicité aigüe (grade ≥ 2) induite par la radiothérapie comparativement à une irradiation complète du sein [5, 8, 9, 12]. La toxicité tardive et un résultat cosmétique défavorable ont été significativement moins fréquents ou similaires dans le groupe recevant l’irradiation partielle pour quatre des cinq études [5, 8, 9, 11]. Inversement, les patientes de l’étude RAPID recevant une irradiation partielle administrée deux fois par jour ont été significativement plus nombreuses à présenter une toxicité tardive de grade ≥ 2 (toutes toxicités confondues) comparativement à celles recevant une irradiation complète. Dans cette étude, un résultat cosmétique moyen ou médiocre a aussi été plus fréquent avec de l'irradiation partielle [12]. La méta-analyse de Goldberg et coll., la seule méta-analyse ayant rapporté des analyses de toxicité, montre aussi que l’IP permettrait de réduire la toxicité aigüe (20,8 % contre 42,1 %, RR = 0,57 [IC 95 % 0,51-0,64], p < 0,00001) et la toxicité tardive (34,6 % contre 36,9 %, RR = 0,87 [IC 95 % 0,83-0,91], p < 0,00001). Toutefois, le résultat cosmétique serait défavorable avec l’utilisation d’une IP du sein. Ce résultat est grandement influencé par les données de l’étude RAPID indiquant un résultat cosmétique moindre avec l’IP du sein administrée deux fois par jour. L’utilisation de divers protocoles d’irradiation dans les études cliniques pourrait expliquer la variabilité dans les résultats cosmétiques et la toxicité tardive. Les données de toxicité et le résultat cosmétique sont présentés dans le tableau suivant.

Toxicité cutanée et résultat cosmétique de l’irradiation partielle (IP) administrée par radiothérapie externe comparativement à une irradiation complète (IC) du sein

Études

Protocole / dose 

Toxicité aigüe
 (IP vs IC)

Toxicité tardive
 (IP vs IC)

Résultat cosmétique

Implication clinique

IP

IC

Évalué par le médecin
 (IP vs IC)

Évalué par la patiente
 (IP vs IC)

RT externe (30 Gy / 5 fractions) 

 

 

Florence (équivalence), phase III

Meattini et coll., 2020, 2017 [6, 7]

Becherini et coll, 2019 [22]

Livi et coll., 2015 [5]

n (IP vs IC) = 260 vs 260

Suivi médian : 10,7 ans

30 Gy / 5 fractions 

50 Gy / 25 fractions suivi d’un boost de 10 Gy / 5 fractions

Grade 0-1 (moins de 6 mois):

98,0 % vs 62,3 %, p = 0,0001

 

Grade  2 :

2,0 % vs 37,7 %, p = 0,0001

 

Grade  3 :

0 % vs 6,5 %, p = nd

Grade 0-1 (plus de 6 mois) :

100 % vs 97,3 %, p = 0,015

 

Grade ≥ 2 :

0 % vs 2,7 %,

p = nd

 

Grade  3 :

0 % vs 0 %, p = nd

Excellent :

94,7 % vs 72,7 %,

Bon :

5,3 % vs 25,4 %,

Correct :

0 % vs 1,9 %,

Mauvais :

0 % vs 0 %,

 

p = 0,0001

Excellent :

17,9 % vs 5,1 %,

Bon :

81,3 % vs 80,3 %,

Correct :

0,8 % vs 14,6 %,

Mauvais :

0 % vs 0 %,

 

p = 0,0001

La toxicité aigüe de grade ≥ 2 a été significativement moins fréquente avec l’IP du sein comparativement à une IC. Un résultat cosmétique bon/excellent a été significativement plus fréquent avec l’IP par rapport à l’IC.

HYPAB, phase II

Franceschini et coll., 2021 [8]

n = 172

Suivi médian : 3 ans

30 Gy / 5 fractions

40,5 Gy / 15 fractions suivi d’un boost de 48,0 Gy / 15 fractions

Grade ≥ 1 (à 3 mois):

6 % vs 33 %, p < 0,001

 

Grade ≥ 2 :

1 % vs 9 %, p < 0,001

 

Grade 3-4 :

0 % vs 0 %

Grade ≥ (à 1 an):

9 % vs 22 %, p = 0,001

 

Grade ≥ 2 :

1 % vs 2 %, p = 0,42

 

Grade 3-4 :

0 % vs 0 %

Détérioration vs niveau de base*

6 % vs 5 %, p = 0,34

nd

La toxicité aigüe de grade 1-2 et la toxicité tardive de grade 1-2 (aucune toxicité de grade 3-4) ont été significativement moins fréquentes avec l’IP du sein comparativement à une IC. La détérioration du résultat cosmétique a été non significativement différente entre les groupes.

RT externe (40 Gy / 15 fractions)

 

IMPORT-LOW (non-infériorité)

Bhattacharya et coll., 2019 [10]

Coles et coll., 2017 [9] 

n (IP vs IC) = 669 vs 674

Suivi médian : nd

40 Gy / 15 fractions

40 Gy / 15 fractions

nd

Incidence cumulative à 5 ans (modérée ou marquée)1 :

Détérioration des tissus :

20,0 % vs 27,6 %, p = 0,0061

Télangiectasie :

0,6 % vs 1,6 %, p = 0,401

Induration

10,8 % vs 12,7 %, p = 0,165

Rétrécissement :

13,9 % vs 18,4 %, p = 0,134 

Œdème :

1,7 % vs 4,0 %, p = 0,0291

nd

Incidence cumulative à 5 ans (modérée ou marquée)1 :

Changement dans l’apparence du sein :

35,1 % vs 47,7 %, p = 0,0071

Sein plus petit :

34,7 % vs 37,3 %, p = 0,162

Sein plus ferme :

15,3 % vs 35,3 %, p < 0,0001 

Raideur à l’épaule :

15,3 % vs 19,3 %, p = 0,756

Changement dans l’apparence de la peau :

14,6 % vs 21,0 %, p = 0,569

L’incidence de la toxicité tardive et le résultat cosmétique (évalué par la patiente) ont été non significativement différents entre les groupes à l’exception de la fermeté du sein qui a été plus fréquent avec l’IC du sein comparativement à IP selon l’évaluation des patientes.

DBCG PBI (non-infériorité pour l’induration), phase III

Offersen et coll., 2022 [11]

n (IP vs IC) : 431 vs 434

Suivi médian : 7,6 ans

40 Gy / 15 fractions

40 Gy / 15 fractions

nd

Induration (grade 2‑3)* :

À 3 ans

5 % vs 10 %, p = 0,012

ΔNI = -4,6 % (IC 90 % na- -1,5 %) 

IP non inférieur à IC2

 

HR = 0,50 (IC 95 % 0,29-0,96), p = 0,014

 

À 5 ans

6 % vs 11 %, 

OR = 0,53 (IC 95 % 0,3-0,96), p = 0,034

 

Télangiectasie :

À 3 ans

5 % vs 8 %, p = 0,12

À 5 ans

7 % vs 7 %, p = 0,97

 

Dépigmentation :

À 3 ans

7 % vs 9 %, p = 0,25

À 5 ans

4 % vs 4 %, p = 0,93

 

Œdème :

À 3 ans

1 % vs 2 %, p = na

À 5 ans

0 % vs 2 %, p = na

Bon ou excellent :

 

 

À 3 ans

89 % vs 84 %, p = 0,057

 

À 5 ans

90 % vs 82 %, p = 0,0045

Satisfaction élevée (sein irradié) :

 

À 3 ans

94 % vs 92 %, p = 0,26

 

À 5 ans

92 % vs 93 %, p = 0,47

 

Satisfaction élevée (vs sein controlatéral) :

 

À 3 ans :

88 % vs 84 %, p = 0,066

 

À 5 ans :

89 % vs 85 %, p = 0,21

L’incidence de l’induration de grade 2-3 du groupe IP (à 3 ans) a été non inférieure à celle de l’IC. 

 

L’IP a mené à statistiquement moins d’induration et à un résultat cosmétique supérieur (évalué par le médecin) comparativement à une IC du sein. 

 

La télangiectasie, la dépigmentation, l’œdème et la satisfaction des patientes ont été non significativement différents entre les groupes.

RT externe (38,5 Gy / 10 fractions [BID])

 

RAPID (non-infériorité)

Olivotto et coll., 2013 [12]

Whelan et coll., 2019 [13]

n (IP vs IC) = 1 070 vs 1 065

Suivi médian : 8,6 ans

38,5 Gy / 10 fractions (2x par jour) sur 5-8 jours

50 Gy / 25 fractions ou 42,5 Gy / 16 fractions +/- boost de 10 Gy / 4-5 fractions (21 % des patientes)

Tous (grade  2)

28,0 % vs 45,4 %, p < 0,0001

 

Tous (grade 3)

1,8 % vs 1,7 %, p = 0,99

 

Grade 2-3

Dermatite de radiation :

 9,5 % vs 30,8 %, p = nd

Tous (grade  2)

32,3 % vs 13,3 %, p < 0,0001

 

Tous (grade 3)

4,5 % vs 1,3 %, p < 0,0001

 

Grade 2-3

Fibrose ou induration :

22,9 % vs 4,6 %, p = nd

 

Télangiectasie :

9,3 % vs 3,7 %, p = nd

 

Douleur au sein :

4,8 % vs 1,9 %, p = nd

 

Douleur à la paroi thoracique :

2,8 % vs < 0,5 %, p = nd

 

Nécrose adipeuse :

2,7 % vs < 0,5 %, p = nd

Moyen ou médiocre 

À 3 ans

(n = 963 vs 926)

29 % vs 17 %, p = nd

Δ = 11,3 % (IC 95 % 7,5-15,0)

 

À 5 ans 

(n = 873 vs 829) 

32 % vs 16 %, p = nd 

Δ = 16,5 % (IC 95 % 12,5-20,4)

 

À 7 ans 

(n = 690 vs 626)

36 % vs 19 %, p = nd 

Δ = 17,7 % (IC 95 % 12,9-22,3)

 

Moyen ou médiocre 

À 3 ans

(n = 963 vs 910)

27 % vs 18 %, p = nd

 

 

 

À 5 ans 

(n = 873 vs 816)

30 % vs 18 %, p = nd 

 

 

 

À 7 ans 

(n = 690 vs 621)

31 % vs 15 %, p = nd

La toxicité aigüe de grade ≥ 2 a été significativement moins fréquente avec l’IP du sein comparativement à une IC, alors que la toxicité tardive (grade  2) a été significativement plus fréquente avec une IP. 

 

Un résultat cosmétique moyen ou médiocre à 3, 5 ou 7 ans a été environ deux fois plus fréquent avec l’IP comparativement à l’IC du sein (aucune statistique).

IRMA, phase III

Meduri et coll., 2023

n (IP vs IC) = 1 657 vs 1 652

Suivi médian : 5,6 ans

38,5 Gy / 10 fractions (2x par jour) sur 5 jours

50 Gy / 25 fractions ou 42,5 Gy / 16 fractions ou 45 Gy / 18 fractions ou 40 Gy en 15 fractions 

+/- boost de 10-16 Gy (33 % des patientes)

Grade ≥ 1 (0-3 mois) :

44,7 % vs 71 %

 

Grade 1-2

44,6 % vs 69,7 %, p < 0,01

 

Grade 3-4

0,1 % vs 1,3 %, p < 0,0001 

Risque cumulatif grade 3-4

Toxicité cutanée

0,42 % vs 0,42 %

HR = 1,15 (IC 95 % 0,42-3,17), p = 0,79

 

Toxicité tissus sous-cutanés

2,83 % vs 0,9 % 

HR = 2,85 (1,61-5,04), p = 0,0002

 

Toxicité osseuse

1,2 % vs 0 %, p < 0,001

Moyen ou médiocre 

À 3 ans

(n= 1 085 vs 1 040)

17,8 % vs 12,7 %, p = 0,01 

 

À 5 ans

(n = 778 vs 724)

17,7 % vs 14,0 %, p = 0,045

Moyen ou médiocre 

À 3 ans

(n= 1 092 vs 1 046)

12,7 % vs 9,2 %, p = 0,09 

 

À 5 ans

(n = 793 vs 733)

14,0 % vs 9,8 %, p = 0,012

La toxicité aigüe de grade ≥ 1 a été significativement moins fréquente avec l’IP du sein comparativement à une IC, alors que le risque de toxicité tardive cumulatif pour les tissus mous et les os (grade 3-4) a été significativement plus fréquent avec une IP. 

 

Un résultat cosmétique moyen ou médiocre à 3 et 5 ans a été significativement plus fréquent avec l’IP comparativement à l’IC du sein.

Gy : grey; IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; NI : non-infériorité; nd : non disponible.

1. Seuil de signification fixé à p = 0,005.

2. L’IP a été non inférieure à l’IC du sein. La non-infériorité était atteinte si la borne supérieure de l’intervalle de confiance (IC 90 %) pour la proportion de patientes touchées par une induration de grade 2-3 du groupe irradiation partielle n’excédait pas de plus de 10 % celle du groupe recevant une irradiation complète (estimée à 8 %).

* Paramètre d’évaluation principal.

Détails des études

L’efficacité et la toxicité d’une irradiation partielle accélérée (5 fractions) administrée par radiothérapie externe ont été évaluées dans deux études cliniques randomisées [5, 6, 7, 8, 23]. L’étude de phase III Florence (n = 520 patientes) a montré qu’une irradiation partielle accélérée (30 Gy en 5 fractions) avait une efficacité équivalente à celle d’une irradiation complète du sein (50 Gy en 25 fractions, + boost de 10 Gy en 5 fractions) en termes de récidive ipsilatérale à 5 ans (paramètre d’évaluation principale). Au suivi de 10 ans, la récidive ipsilatérale, la survie sans métastases et la survie globale ont été non significativement différentes entre les groupes. L’analyse per protocole a montré des résultats similaires. L’administration d’une irradiation partielle a réduit la proportion de patientes développant une toxicité aigüe (grade ≥ 2) ou une toxicité tardive (grade ≥ 2) et a amélioré le résultat cosmétique comparativement à une irradiation complète du sein combinée à un boost [5, 6, 7, 23].

L’étude de phase II HYPAB (protocole analogue à celui de l’étude Florence) a montré des résultats d’efficacité comparables à ceux de l’étude Florence. La récidive ipsilatérale et la récidive locorégionale ont été similaires dans le groupe traité avec une IPA (30 Gy en 5 fractions) et le groupe traité avec une IC (40,5 Gy en 15 fractions + boost concomitant de 48 Gy en 15 fractions) (p = nd, suivi : 3 ans) [8]. Il est à noter que le paramètre d’évaluation primaire de l’étude était le résultat cosmétique et non l’efficacité. De plus, le recrutement de l’étude HYPAB a dû cesser de façon prématurée en raison de la lenteur de celui-ci.

L’efficacité et la toxicité d’un protocole d’irradiation partielle standard (40 Gy en 15 fractions) ont été évaluées dans deux études de non-infériorité [9, 10, 11]. L’étude IMPORT LOW (suivi : 5 ans) a montré la non-infériorité d’une irradiation partielle du sein en termes de récidive ipsilatérale (paramètre d’évaluation principal) comparativement au groupe recevant une irradiation complète (0,5 % contre 1,1 %, p de non-infériorité = 0,016). La récidive locorégionale, la récidive à distance et la survie globale ont été non significativement différentes entre les groupes. Aucune différence significative n’a été rapportée pour la toxicité cutanée tardive et le résultat cosmétique à l’exception de la fermeté du sein qui a été significativement plus fréquente avec l’irradiation complète du sein par rapport à une irradiation partielle (35,3 % contre 15,3 %, p < 0,0001) [9, 10]. L’étude DBCG PBI a montré des résultats similaires, avec une récidive locorégionale et une survie globale non significativement différentes entre les groupes. De plus, l’irradiation partielle a été non inférieure à une irradiation complète du sein en termes d’induration de grade 2-3 au niveau du sein irradié (paramètre d’évaluation principal). Dans une seconde analyse, l’induration de grade 2-3 a été significativement plus faible à 3 ans et à 5 ans avec l’utilisation de l’irradiation partielle, alors qu’un résultat cosmétique bon ou excellent (évalué par le médecin à 5 ans) a été significativement plus fréquent avec l’administration d’une irradiation partielle comparativement à une irradiation complète du sein. Il est à noter que l’évaluation des paramètres n’a pas été réalisée à l’aveugle. Une évaluation à l’aveugle par photographie est prévue à l’étude, mais n’a pas été incluse dans la publication de Offersen et collaborateurs [11].

Deux études ont évalué une irradiation partielle du sein externe administrée selon un protocole de 38,5 Gy en 10 fractions (2 fractions par jour) en comparaison avec une irradiation complète du sein [12, 13, 24]. L’étude de non-infériorité RAPID a montré que l’irradiation partielle du sein était non inférieure à une irradiation complète en termes de récidive ipsilatérale (suivi : 8 ans). La survie sans maladie (locorégionale et à distance) et la survie globale à 5 et 8 ans ont été non significativement différentes entre les groupes. Une réduction significative de la toxicité aigüe a été observée avec l’utilisation d’une IP. Par contre, la toxicité cutanée tardive de grade 2-3 et un résultat cosmétique moyen ou médiocre (évalué par les patients ou les cliniciens à 5 et 7 ans suivant la radiothérapie) ont été significativement plus élevés avec l’utilisation de l’irradiation partielle par rapport à l’irradiation complète (32,3 % contre 13,3 %, p < 0,0001) [12, 13]. Les auteurs mentionnent que l’administration d’une radiothérapie deux fois par jour pourrait être la cause de la toxicité tardive accrue observée dans le groupe IP. Ils concluent qu’un protocole d’irradiation partielle, tel qu’utilisé dans l’étude clinique, ne devrait pas être recommandé dans la pratique courante. Les résultats de l’étude randomisée de phase III IRMA ont montré que la toxicité aigüe était significativement réduite avec l’administration d’une irradiation partielle comparativement à une irradiation complète. Toutefois, tout comme pour l’étude RAPID, la toxicité tardive (tissus sous-cutanés et osseux) ainsi qu’un résultat cosmétique moyen ou médiocre ont été significativement plus importants pour le groupe traité avec une irradiation partielle du sein. Les résultats d’efficacité de cette étude n’ont pas été publiés à ce jour [24].

L’étude prospective de Boutrus et coll. a évalué le résultat cosmétique et la toxicité d’une irradiation partielle de 38,5 Gy en 10 fractions administrée une fois par jour comparativement au même protocole administré deux fois par jour (n = 53 contre 60). Après un suivi médian de 74 mois, l’administration d’une irradiation partielle une fois par jour a montré significativement moins de toxicité cutanée tardive et de fibrose de grade 3 (cutané : 3,8 % contre 11,7 %, p = 0,001; fibrose : 1,9 % contre 8,3 %, p = 0,001) ainsi qu’un résultat cosmétique supérieur comparativement à l’irradiation partielle deux fois par jour (résultat cosmétique moyen ou médiocre à 24 mois : 7,5 % contre 26,7 %, p = 0,008) [25]. Afin d’éviter la toxicité accrue, certains guides de pratique ne recommandent pas l’utilisation d’un protocole d’irradiation partielle deux fois par jour. L’utilisation d’un protocole d’irradiation partielle de 26-30 Gy en 5 fractions ou de 40 Gy en 15 fractions serait à privilégier [26, 27].

Selon certains guides de pratique, il est recommandé d’administrer une dose de 26 Gy en 5 fractions lorsqu’un protocole d’irradiation partielle est l’option choisie, bien que le protocole de l’étude FAST-Forward n’ait pas évalué cette indication [26, 28]. L’étude Fast-Forward a montré la non-infériorité d’une irradiation complète du sein avec 26 Gy ou 27,5 Gy en 5 fractions en termes de récidive ipsilatérale, comparativement à une irradiation complète de 40 Gy en 15 fractions, la dose de 26 Gy présentant un résultat cosmétique et une toxicité à long terme avantageux comparativement à la dose de 27,5 Gy [29]. De plus, selon les résultats préliminaires de l’étude ontarienne OPAR (présentation en congrès), une irradiation partielle du sein de 27,5 Gy en 5 fractions a semblé diminuer les effets indésirables cosmétiques (évalués par l’infirmière à 2 ans : 7,7 % contre 12,9 %, p = nd; évalués par la patiente à 3 ans : 11,8 % contre 20,9 %, p = nd) et la toxicité à long terme (évaluée à 2 ans : 1,4 % contre 4,9 %, p = nd) comparativement à une irradiation partielle de 30 Gy. Une récidive locale a été rapportée chez une patiente du groupe recevant l’irradiation complète et aucune du groupe recevant l’irradiation partielle [30]. Selon l’INESSS, un protocole ultra-hypofractionné (26 Gy en 5 fractions) doit être envisagé pour l’irradiation du sein complet suivant une chirurgie conservatrice pour les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ (CCIS, avis d’experts) ou d’un cancer du sein de stade précoce (T1-3N1-M0) pour lesquelles une irradiation ganglionnaire n’est pas prescrite (Algorithme en cancer du sein, 2.6.2 Radiothérapie du sein).

Les principales limites dégagées des études sont présentées à la section suivante.

Curiethérapie

La curiethérapie est une technique d’irradiation partielle interne où la source radioactive est introduite de manière temporaire ou permanente au niveau du lit tumoral. Une étude clinique randomisée de phase III (GEC-ESTRO, n = 1 184) a évalué la non-infériorité d’une irradiation partielle du sein administrée par curiethérapie interstitielle à haute dose (30,3 Gy en 7 fractions ou 32 Gy en 8 fractions) ou à dose pulsée (50 Gy, 0,6-0,8 Gy/heure 1x par heure, 24 heures/jour sur 2,5-3,5 jours) comparativement à une irradiation complète du sein (50 Gy en 25 fractions) [31]. Les patientes incluses dans l’étude (âge médian de 62 ans) avaient bénéficié d’une chirurgie conservatrice du sein comme premier traitement d’un cancer du sein infiltrant ou d’un carcinome canalaire in situ à faible risque de récidive (majoritairement RH+, N-, tumeur de moins de 3 cm). Un résumé des caractéristiques de l’étude et de la population est présenté dans le tableau suivant.

Caractéristiques de la principale étude clinique randomisée et de la population incluse

Étude clinique

GEC-ESTRO [31]

Type d’étude

Phase III, non-infériorité

Paramètre d’évaluation principal

Récidive ipsilatérale

Années de recrutement

Avril 2004 et juillet 2009

N (IP vs IC)

633 vs 551

Suivi médian

10,36 ans

Technique de curiethérapie interstitielle

Curiethérapie multicathéters à haute dose (HD) ou dose pulsée (DP)

Protocole

Irradiation partielle (IP)

IP HD : 32 Gy / 8 fractions ou 30,3 Gy / 7 fractions, BID

IP DP : 50 Gy de 0,6-0,8 Gy/heure (1x par heure, 24 heures/jour)

Irradiation complète (IC)

50 Gy / 25 fractions ou 50,4 Gy / 28 fractions + boost de 10 Gy / 5 fractions sur 5 semaines

Population (IP vs IC)

Âge médian

62 ans (≥ 40 ans)

CCI / CCIS

95 % / 5 %

Grade 1-2

89 % vs 92 %

Tis-T1

89 % vs 89 %

N-

pN0 ou N1mi : 100 % vs 100 %

RH+

92 % vs 91 %

HER2-

nd

CT adjuvante

10 % vs 12 %

HT adjuvante

87 % vs 87 %

Exclusions

Patientes âgées de moins de 40 ans, foyers multiples, présence de composantes intracanalaires extensives

BID : deux fois par jour; CCI : carcinome canalaire infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; CT : chimiothérapie; Gy : grey; HER2 : human epidermal growth factor receptor 2 (récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain); IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; nd : non disponible; N0 : aucune atteinte ganglionnaire; RH+ : récepteurs hormonaux positifs; RT : radiothérapie.

Efficacité: Les patientes incluses dans l’étude GEC-ESTRO (n = 1 184) étaient âgées de 40 ans ou plus et à faible risque de récidive [31]. La curiethérapie a été non inférieure à une irradiation complète du sein en termes de récidive ipsilatérale.De plus, la récidive régionale, la survie sans maladie et la survie globale ont été non significativement différentes entre les deux groupes à l’essai tant au suivi à 5 ans qu’au suivi à plus long terme de 10 ans.

En contrepartie, la méta-analyse de Haussmann et coll., regroupant l’étude GEC-ESTRO et un sous-groupe de patientes traitées avec la curiethérapie de l’étude NSABP B-39 (27 % des patientes), a rapporté qu’une irradiation partielle par curiethérapie présenterait un risque de récidive ipsilatérale supérieur par rapport à l’irradiation complète du sein (3,33 % contre 2,71 %, OR = 2,03 [IC 95 % 1,36-3,02], p = 0,001). Toutefois, la modalité d’administration de l’irradiation partielle (radiothérapie externe ou curiethérapie) ne faisait pas partie des facteurs de stratification de l’étude NSABP B-39. Par conséquent, un déséquilibre dans les caractéristiques de base des patientes de ces deux sous-groupes pourrait affecter les résultats. De plus, l’écart absolu entre les groupes demeure faible (Δ = 0,62 %).

Les données d’efficacité de ces études sont présentées dans le tableau suivant. Les principales limites dégagées des études sont présentées à la section suivante.

Études cliniques randomisées qui ont évalué l’efficacité de l’irradiation partielle, administrée par curiethérapie, comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Protocole / dose

Suivi (estimé)

Récidive ipsilatérale (%)

(IP vs IC)

Récidive régionale (%)

(IP vs IC)

Survie sans maladie (%)

(IP vs IC)

SG (%)

(IP vs IC)

Implication clinique

IP

IC

ECR

 

GEC-ESTRO, phase III 

(non-infériorité)

Strnad et coll., 2016 [31]

Polgar et coll., 2017 [32] 

Strnad et coll., 2023 [33]

n = 633 vs 551

Curiethérapie haute dose : 32 Gy en 8 fractions (BID)

ou 30,3 Gy en 7 fractions (BID);

Dose pulsée : 50 Gy de 0,6-0,8 Gy/heure (1x par heure, 24 heures/jour)

50 Gy en 25 fractions ou 50,4 Gy en 28 fractions + boost de 10 Gy en 5 fractions sur 5 semaines

À 5 ans

1,44 % vs 0,92 %

Δ = 0,52 % (IC 95 % -0,72-1,75), p = 0,42

Curiethérapie NI à l’IC1

0,48 % vs 0,18 %

Δ = 0,30 % (IC 95 % -0,35-0,95), p = 0,39

95,0 % vs 94,4 %, Δ = 0,58 % (IC 95 % -2,00-3,16), p = 0,79

95,5 % vs 97,3 %,

Δ = 1,72 % (IC 95 % -0,44-3,88), p = 0,11

L’IP a été non inférieure à l’IC en termes de récidive ipsilatérale. Elle a été non significativement différente d’une IC du sein pour la récidive régionale, la survie sans maladie et la survie globale.

À 10 ans

3,51 % vs 1,58 %

Δ = 1,93 % (IC 95 % -0,018-3,87), p = 0,074

1, % vs 0,39 %

Δ = 0,79 % (IC 95 % -0,24-1,82), p = 0,15

84,9 % vs 88,0 %, Δ = 3,06 % (IC 95 % -7,22-1,09), p = 0,18

90,5 % vs 89,5 %

Δ = 0,95 % (IC 95 % -2,66-4,56), p = 0,50

Méta-analyse

 

Haussmann et coll., 2021 [4]

Suivi médian : 8,6 ans (2-17 ans) 

 

30 Gy en 5 fractions; 

40 Gy en 15 fractions;

37-38,5 Gy en 10 fractions (BID); 

50 Gy en 25 fractions.

40 Gy en 15 fractions ou 48-50 Gy en 24-25 fractions

Global

2 ECR (GEC-ESTRO et sous-groupe NSABP B-39)

n = 1 121 vs 2 522

 

3,33 % vs 2,71 %

OR = 2,03 (IC 95 % 1,36-3,02), p = 0,001

nd

nd

nd

Le taux de récidive ipsilatérale a été significativement supérieur avec l’IP par curiethérapie comparativement à l’IC.

Gy : grey; HR : Hazard ratio (rapport de risque instantané); IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; ISMD : intervalle sans maladie à distance; n : nombre de patientes; NI : non-infériorité; nd : non disponible; OR : Odds ratio (rapport de cotes) : SSR : survie sans maladie.

1. L’IP a été non inférieure à l’IC du sein. La non-infériorité était atteinte si l’intervalle de confiance (IC 95 %) de l’écart entre le taux de récidive locale du groupe curiethérapie et celui du groupe contrôle n’excédait pas 3 %.

* Paramètre d’évaluation primaire.

Innocuité et résultats cosmétiquesL’étude GEC-ESTRO a montré que l’administration d’une irradiation complète du sein engendrait significativement plus de dermatites aiguës de grade ≥ 1, mais réduisait les hématomes, les infections et les blessures au sein comparativement à la curiethérapie. La toxicité tardive et le résultat cosmétique tardif (évalué par la patiente ou le clinicien à 5 ans) ont été non significativement différents entre les groupes, à l’exception de la toxicité cutanée et de l’hyperpigmentation dont l’incidence a été significativement plus importante avec l’irradiation complète du sein. Les résultats à plus long terme avec un suivi médian de plus de 10 ans indiquent que la toxicité tardive serait similaire entre les groupes alors que plus de patientes ont jugé avoir un meilleur résultat cosmétique avec l’irradiation partielle [33]. La qualité de vie des patientes qui ont reçu une irradiation partielle (n = 334) a été associée à une amélioration significative de la majorité des paramètres évalués à 3 mois (statut de santé global, rôle, fonctions émotionnelles, fatigue, douleur, difficultés financières, symptômes au sein et au bras) comparativement aux patientes qui ont reçu une irradiation complète du sein (n = 314) [34]. L’évaluation à 5 ans a été similaire entre les groupes pour tous les paramètres évalués (statut de santé global : p = 0,94; fonctions physiques : p = 0,61; fonctions émotionnelles : p = 0,56; fatigue : p = 0,20; douleur : p = 0,15; image corporelle : p = 0,18) à l’exception des symptômes au sein (p < 0,0001) et au bras (p = 0,033) qui ont été significativement réduits avec l’administration d’une irradiation partielle du sein.

Les données de toxicité et le résultat cosmétique sont présentés dans le tableau suivant.

Toxicité cutanée et résultat cosmétique de l’irradiation partielle, administrée par curiethérapie interstitielle, comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Protocole / dose

Toxicité aigüe
 (IP vs IC)

Toxicité tardive
 (IP vs IC)

Résultat cosmétique

Implication clinique

IP

IC

Évalué par le clinicien (IP vs IC)

Évalué par la patiente (IP vs (IC)

Curiethérapie interstitielle

GEC-ESTRO, phase III 

(non-infériorité)

Strnad et coll., 2016 [31]

Ott et coll., 2016 [35]

Polgar et coll., 2017 [32] 

Schafer et coll., 2018 (QoL) [34]

Strnad et coll., 2023 [33]

 

n (per proto.) = 633 vs 551

 

Curiethérapie haute dose : 32 Gy / 8 fractions (BID)

ou 

30,3 Gy / 7 fractions (BID);

Dose pulsée : 50 Gy de 0,6-0,8 Gy/heure (1x par heure, 24 heures/jour)

50 Gy en 25 fractions ou 50,4 Gy / 28 fractions + boost de 10 Gy / 5 fractions

Dermatitegrade ≥ 1 : 

21,2 % vs 92,0 %, p < 0,0001

Grade 3 : 

0,2 % vs 7,0 %, p = nd

 

Hématome grade ≥ 1 :

20 % vs 2,2 %, p < 0,0001

Grade 3 : 

0 % vs 0 %, p = nd

 

Infection au sein grade ≥ 1 :

4,7 % vs 2,2 %, p = 0,0052

Grade 3 :

0,2 % vs 0 %, p = nd

 

Blessure au sein grade ≥ 1 :

5,2 % vs 1 %, p < 0,0001

Grade 3 :

0 % vs 0 %, p = nd

 

Douleur au sein grade ≥ 1 :

26 % vs 29 %, p = ns

Grade 3 :

0 % vs 0 %, p = nd

Incidence cumul. à 5 ans, grade 2-3 (n = 527-442) :

 

Tous effets secondaires : 

23,3 % vs 27,0 %, p = 0,12 

 

Toxicité cutanée :

6,9 % vs 10,7 %, p = 0,020

 

Toxicité sous-cutanée :

12,0 % vs 9,7 %, p = 0,28

 

Douleur à la poitrine :

8,4 % vs 11,9 %, p = 0,074

 

Télangiectasie :

4,3 % vs 4,6 %, p = 0,76

 

Fibrose :

12,4 % vs 10,8 %, p = 0,55

 

Hyperpigmentation :

2,9 % vs 7,5 %, p = 0,0007

Excellent ou bon :

 

À 5 ans

93 % vs 90 %, p = 0,12

 

À 7,5 ans

93 % vs 90 % 

p = 0,049

 

À 10 ans

94 % vs 91 %

p = 0,20

Excellent ou bon :

 

À 5 ans

92 % vs 91 %, p = 0,62

 

À 7,5 ans

92 % vs 91 % 

p = 0,0010

 

À 10 ans

92 % vs 92 %

p = 0,0020

Toxicité aigüe : les dermatites ont été significativement moins fréquentes avec la curiethérapie, alors que les hématomes, les infections et les blessures au sein ont été plus fréquents (comparativement à l’IC).

 

La toxicité tardive et le résultat cosmétique ont été non significativement différents entre les groupes (IP vs IC), sauf pour la toxicité cutanée et l’hyperpigmentation qui ont été significativement moins fréquentes avec une IP.

BID : deux fois par jour; Gy : grey; IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; nd : non disponible.

Études mixtes (radiothérapie externe et curiethérapie)

Deux études cliniques randomisées de phase III ont évalué l’efficacité et l’innocuité d’une irradiation partielle du sein administrée selon deux modalités (irradiation externe : 38,5 Gy en 10 fractions ou 50 Gy en 25 fractions; curiethérapie interstitielle : 34 Gy en 10 fractions ou 36,4 Gy en 7 fractions) comparativement à une irradiation complète du sein (50 Gy en 25 fractions) [36, 37]. Les analyses proposées ne permettent pas de faire la distinction entre les modalités utilisées (radiothérapie externe ou curiethérapie). Les patientes incluses dans les études (âge médian de 54 ans pour une étude et âge moyen de 58-59 ans pour la seconde) avaient bénéficié d’une chirurgie conservatrice du sein comme premier traitement d’un cancer du sein infiltrant ou d’un carcinome canalaire in situ à faible risque de récidive (majoritairement RH+, N-, tumeur de moins de 3 cm). L’étude Budapest permettait l’irradiation partielle externe pour les patientes ne pouvant recevoir le protocole de curiethérapie seulement. Un résumé des caractéristiques des études et des populations est présenté dans le tableau suivant.

Caractéristiques des principales études cliniques randomisées et des populations incluses

Étude clinique

NSABP B-39 [36]

Budapest [37]

Études

 

 

Type d’étude

Phase III, équivalence

Phase III, non-infériorité

Paramètre d’évaluation principal

Récidive ipsilatérale

Récidive ipsilatérale

Années de recrutement

Mars 2005 à avril 2013

Juillet 1998 et mai 2004

n (IP vs IC)

2 107 vs 2 109 

128 vs 130

Suivi médian

10,2 ans

17 ans (1,5-21,2 ans)

Modalité de RT

Conformationnelle 3D ou curiethérapie à HD multicathéters ou par ballonnet (p. ex. MammoSite).

Curiethérapie multicathéters à haute dose (HD). RT externe permise pour les patientes non admissibles à la curiethérapie.

Protocole

IP

RT externe (73 %): 38,5 Gy / 10 fractions sur 5 jours (BID)

Curiethérapie (27 %): 34 Gy / 10 fractions sur 5 jours (BID)

Curiethérapie (68,7 %) : 36,4 Gy / 7 fractions (BID);

RT externe en électrons (31,3 %) : 50 Gy / 25 fractions (pour les patientes non admissibles à la curiethérapie)

IC

50 Gy / 25 fractions sur 5 semaines +/- boost 

50 Gy / 25 fractions

Population à l’étude (IP vs IC)

 

 

Âge médian / Inclusion

54 ans / > 18 ans

Âge moyen : 59 vs 58 ans / ≥ 40 ans

CI / CCIS

76 % / 24 %

100 % / 0 %

Grade 1-2

65 % vs 63 %

100 % vs 100 %

Tis-T1

nd

100 % vs 100 %

N0

90 % vs 90 %

94,5 % vs 94,6 % (pN1mi permis)

RH+

81 % vs 81 %

90,6 % vs 86,9 %

HER2-

nd

nd

CT adjuvante

27 %

1,6 % vs 3,8 %

HT adjuvante

85 % vs 82 % des RH+

nd

Exclusion

nd

Cancer du sein bilatéral, antécédent d’un cancer du sein ipsilatéral ou controlatéral, carcinome canalaire ou lobulaire in situ pur, composante in situ extensive, patientes âgées de moins de 40 ans

BID : deux fois par jour; CCI : carcinome canalaire infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; CT : chimiothérapie; Gy : grey; HER2 : human epidermal growth factor receptor 2 (récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain); HT : hormonothérapie; IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; nd : non disponible; N0 : aucune atteinte ganglionnaire; RH+ : récepteurs hormonaux positifs; RT : radiothérapie.

Efficacité: L’étude de phase III NSABP B-39 n’a pas été en mesure de démontrer l’équivalence d’une irradiation partielle (externe [73 %] ou d’une curiethérapie multicathéters [6 %] ou par ballonnet tel MammoSite [21 %]) comparativement à une irradiation complète en termes de récidive ipsilatérale (4 % contre 3 % respectivement, HR = 1,22 [IC 90 % 0,94-1,58], équivalence atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre 0,667 et 1,5) [36]. Néanmoins, la récidive ipsilatérale à 10 ans a été de 4,6 % pour l’irradiation partielle contre 3,9 % pour l’irradiation du sein, un écart absolu de 0,7 % (un écart considéré comme cliniquement non significatif selon les experts consultés). L’étude était composée de patientes plus jeunes et globalement plus à risque comparativement aux autres études cliniques répertoriées (âge médian de 54 ans, HER2 non défini, RH+ pour 81 % de la cohorte). Dans une analyse exploratoire, le risque de récidive ipsilatérale a été similaire, peu importe le statut ménopausal, le stade de la maladie, la présence des récepteurs hormonaux ou l’intention de recevoir une chimiothérapie. Cependant, l’étude n’avait pas la puissance statistique pour comparer les divers sous-groupes de patientes ou les techniques d’irradiation utilisées.

Avec un suivi médian de 17 ans, l’étude du National Institute of Oncology Hungary (Budapest) a montré que l’irradiation partielle (externe [31,3 %] ou curiethérapie [68,7 %]) était non significativement différente d’une irradiation complète du sein en termes de récidive ipsilatérale, de récidive locorégionale, de survie sans maladie et de survie globale [37]. Toutefois, l’arrêt prématuré de l’étude n’a pas permis de recruter le nombre de patientes requis pour obtenir la puissance statistique préspécifiée. Les principales limites dégagées des études sont présentées à la section suivante.

Lorsqu’elles ont été combinées dans une méta-analyse [4], ces deux études ont montré que le risque de récidive ipsilatérale était non significativement différent entre les patientes traitées avec une irradiation partielle et celles traitées avec une irradiation complète du sein (à 5 ans : 2,76 % contre 2,32 % respectivement). La récidive régionale et la survie sans maladie ont aussi été non significativement différentes entre les groupes. La combinaison de deux modalités d’irradiation partielle limite l’interprétation de ces études.

Études cliniques randomisées qui ont évalué l’efficacité de l’irradiation partielle, administrée par curiethérapie et radiothérapie externe, comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Protocole / dose

Suivi (estimé)

Récidive ipsilatérale (%)

(IP vs IC)

Récidive régionale (%)

(IP vs IC)

SSM (%)

(IP vs IC)

SG (%)

(IP vs IC)

Implication clinique

IP

IC

ECR

 

NSABP B-39 (étude d’équivalence), 

phase III

Vicini et coll., 2019 [36]

 

Suivi médian : 10,2 ans

n (IP vs IC) = 2 107 vs 2 109 (98 % évaluable pour la récidive et la survie)

RT externe (73 %) : 38,5 Gy / 10 fractions sur 5 jours (BID) ou 

curiethérapie (21 % simple et 6 % multicathéters) : 34 Gy / 10 fractions sur 5 jours (BID)

50 Gy / 25 fractions sur 5 semaines +/- boost 

Global

n = 2 089 vs 2 036

4 % vs 3 %*,

HR = 1,22 (IC 90 % 0,94-1,58) Équivalence non atteinte1

nd

nd

nd

L’IP par RT externe ou curiethérapie n’a pas été équivalente, mais a été non significativement différente d’une IC du sein. 

La ISR a été significativement plus faible avec une IP, alors que la ISMD et la SG ont été similaires entre les groupes.

À 10 ans

Incidence cumulative :

4,6 % vs 3,9 %, p = nd

ISR (locorégionale et à distance)

91,8 % vs 93,4 %, 

HR = 1,33 (IC 95 % 1,04-1,69), p = 0,02

90,6 % vs 91,3 %,

HR = 1,10 (IC 95 % 0,90-1,35), p = 0,35

 

ISMD

96,7 % vs 97,1 %,

HR = 1,31 (IC 95 % 0,91-1,91), p = 0,15

Budapest, phase III

Polgar et coll., 2013, 2021 [37, 38]

Suivi médian : 17,0 ans

n = 128 vs 130

Curiethérapie 36,4 Gy en 7 fractions (69 %) 

ou 

RT externe 50 Gy en 25 fractions (31 %)

50 Gy en 25 fractions

À 5 ans

4,0 % vs 3,3 %

1,6 % vs 1,7 %

88,8 % vs 89,8 %

93,7 % vs 90,0 %

L’IP a été non significativement différente d’une IC du sein en termes de récidive ipsilatérale, de récidive régionale, de survie sans maladie et de survie globale.

À 10 ans

5,9 % vs 5,1 %, p = 0,77

2,4 % vs 1,7 %, p = 0,65

85,3 % vs 83,6 %, p = 0,97

77,2 % vs 80,8 %, p = ns

À 20 ans

9,6 % vs 7,9 %, p = 0,59

4,5 % vs 5,7 %, p = 0,56

79,7 % vs 78,3 %, p = 0,75

59,5 % vs 59,7 %, p = 0,90

Méta-analyse

 

Haussmann et coll., 2021 [4]

Suivi médian : 8,6 ans (2-17 ans) 

Données pour l’étude Budapest et NSABP B-39

30 Gy en 5 fractions; 

40 Gy en 15 fractions;

37-38,5 Gy en 10 fractions (BID); 

50 Gy en 25 fractions.

40 Gy en 15 fractions ou 

48-50 Gy en 24-25 fractions

Global

n = 2 217 vs 2 166

 

OR = 1,25 (IC 95 % 0,93-1,69), p = 0,146

n = 2 235 vs 2 239

 

OR = 1,37 (IC 95 % 0,62-3,04), p = 0,436

n = 4 383

 

OR = 1,14 (IC 95 % 0,93-1,39), p = 0,200

nd

Combinées, les études NSABP B-39 et Budapest ont montré que la récidive ipsilatérale, la récidive régionale et la survie sans maladie étaient non significativement différentes entre les groupes (IP vs IC).

À 5 ans

2,76 % vs 2,32 %

OR = 1,20 (IC 95 % 0,82-1,75), p = 0,349

nd

nd

Gy : grey; HR : Hazard ratio (rapport de risque instantané); IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; ISMD : intervalle sans maladie à distance; ISR : intervalle sans récidive; n : nombre de patientes; NI : non-infériorité; nd : non disponible; OR : Odds ratio (rapport de cotes); SG : survie globale; SSM : survie sans récidive.

* Paramètre d’évaluation primaire.

1. Pour être considérée comme équivalente à l’IC du sein, l’IP devait présenter un intervalle de confiance (IC 90 %) compris entre 0,667 et 1,5. L’analyse per protocole (n = 2 019 vs 2 004) a donné un résultat similaire : 4 % vs 3 %, HR = 1,29 (IC 90 % 0,99-1,69).

Innocuité et résultats cosmétiques

La toxicité tardive et le résultat cosmétique ont été évalués dans l’étude NSABP B-39 et dans l’étude Budapest [36, 37]. La toxicité tardive de grade ≥ 2 a été similaire (sans test statistique pour l’étude NSABP B-39) ou non significativement différente (étude Budapest) pour le groupe traité avec une irradiation partielle comparativement à une irradiation complète. Le résultat cosmétique évalué par le médecin a varié selon le type d’analyse et les études. Dans l’étude Budapest, un résultat cosmétique excellent ou bon a été significativement plus fréquent avec l’utilisation d’une irradiation partielle. Toutefois, il a été non équivalent entre les groupes dans l’étude NSABP B-39, avec un avantage pour l’irradiation complète ou pour l’irradiation partielle selon le sous-groupe de patientes évaluées. L’irradiation partielle et l’irradiation complète ont été équivalentes lors de l’évaluation du résultat cosmétique par les patientes.

Les données de toxicité et le résultat cosmétique sont présentés dans le tableau suivant.

Toxicité cutanée et résultat cosmétique de l’irradiation partielle, administrée par curiethérapie ou radiothérapie externe, comparativement à une irradiation complète du sein

Études

Protocole / dose

Toxicité aigüe
 (IP vs IC)

Toxicité tardive
 (IP vs IC)

Résultat cosmétique

Implication clinique

IP

IC

Évalué par le médecin
 (IP vs IC)

Évalué par la patiente
 (IP vs IC)

RT externe (38,5 Gy / 10 fractions [BID])

NSABP B-39 (sous étude, équivalence), 

phase III

White et coll., 2019 [39], n = 900

Vicini et coll., 2019 [36]

n (IP vs IC) = 2 089 vs 2 020

 

RT externe (73 %) :

38,5 Gy / 10 fractions

sur 5 jours (BID) 

ou 

curiethérapie

(21 % simple et 6 % multicathéters) :

34 Gy / 10 fractions sur 5 jours (BID)

50 Gy / 25 fractions +/- boost sur 5 semaines

nd

n = 2 089 vs 2 020

 

Grade 1

40 % vs 31 %

 

Grade 2

44 % vs 59 %

 

Grade 3

10 % vs 7 %

 

Grade 4

< 1 % vs < 1 %

 

Grade ≥ 2 :

54 % vs 66 %, p = nd

n = 900

Groupe CT :

Δ = -0,27 (IC 95 % -0,53 – -0,02), non équivalent (avantage IC)1

 

À partir de photos :

Δ = -0,18 (IC 95 % -0,44 – 0,09), non équivalent (avantage IC)2

 

Groupe sans CT :

Δ = -0,16 (IC 95 % -0,33 – 0,01), non équivalent (avantage IC)3

 

À partir de photos :

Δ = 0,20 (IC 95 % -0,01 – 0,42), non équivalent (avantage IP)4

n = 900

Groupe CT :

Δ = -0,06 (IC 95 % -0,25 – 0,14), équivalent5

 

 

 

 

 

Groupe sans CT :

Δ = -0,04 (IC 95 % -0,22 – 0,15), équivalent6

La toxicité cutanée tardive a été similaire entre les groupes (IP vs IC, aucune statistique).

Lors de l’évaluation par le médecin, le résultat cosmétique a été avantagé, soit pour l’IC ou pour l’IP. Il a été équivalent entre les groupes lorsqu’évalué par la patiente (IP vs IC).

Budapest, phase III

Polgar et coll., 2013, 2021 [37, 38]

Suivi médian : 17,0 ans

n = 125 vs 116

Curiethérapie

36,4 Gy en 7 fractions

(69 %) 

ou 

RT externe

50 Gy en 25 fractions

(31 %)

50 Gy en 25 fractions

nd

Cutanée (Grade ≥ 2)

 

13,6 % vs 11,8 %, p = 0,3250

Excellent ou bon :

79,2 % vs 59,5 %, 

= 0,0007

 

Curiethérapie vs IP externe :

82,4 % vs 72,5 %, p = 0,9315

nd

La toxicité cutanée tardive a été non significativement différente entre les groupes (IP vs IC), alors qu’un résultat cosmétique excellent ou bon a été significativement plus fréquent avec l’IP.

BID : deux fois par jour; Gy : grey; IC : irradiation complète; IP : irradiation partielle; n : nombre de patientes; nd : non disponible.

1. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,42 et 0,42.

2. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,33 et 0,33.

3. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,328 et 0,33.

4. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,31 et 0,31.

5. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,35 et 0,35.

6. L’équivalence était atteinte si l’intervalle de confiance était compris entre -0,37 et 0,37.

Considération et limites des études

Les études cliniques retenues étaient randomisées, composées de 100 patientes ou plus et ont été publiées après 2010 [5, 8, 9, 11, 13, 31, 36, 37]. Une description exhaustive des interventions, des populations incluses et des analyses statistiques a été présentée pour chacune d’elles dans les sections suivantes: Radiothérapie externe; Curiethérapie; Études mixtes. Compte tenu de la nature du traitement, aucun des essais n’a été mené à l’aveugle, ni pour les patientes ni pour les cliniciens, à l’exception des analyses cosmétiques réalisées à l’aide de photographies pour les études IMPORT-Low [9], RAPID [12et NSABP B-39 [36]. L’évaluation de l’apparence des seins et de la toxicité a été réalisée à l’aide d’échelles et est donc sujette à un risque de biais, particulièrement en l’absence d’une évaluation à l’aveugle. Une forte adhésion au traitement a été présente dans les études et les analyses de sensibilité du paramètre d’évaluation principal per protocole ont été concordantes avec l’analyse en intention de traiter. Il est à noter que la surexpression de HER2, considérée comme un facteur pronostique important, n’était pas connue pour les études HYPAB [8], GEC-ESTRO [31et Budapest [37].

Les études HYPAB [8et Budapest [37n’ont pas été en mesure de recruter le nombre de patientes requis permettant une puissance statistique adéquate pour l’évaluation du paramètre d’évaluation primaire. Dans l’étude HYPAB, le délai du recrutement a limité le nombre de patientes à 172 (sur les 700 estimées pour évaluer le résultat cosmétique), alors que 258 des 570 patientes prévues ont été recrutées pour l’étude Budapest. L’arrêt prématuré de l’étude Budapest a été causé par le début de l’étude GEC-ESTRO [31], une étude similaire de plus grande envergure. L’abandon prématuré de ces études en limite l’interprétation des résultats.

Pour les études RAPID [12et GEC-ESTRO [31], le nombre de patientes à recruter et la puissance statistique désirée étaient basés sur un taux de récidive ipsilatéral de 4 % pour le groupe contrôle (à 5 ans). Étant donné une incidence plus faible que celle anticipée, les études ont dû réévaluer l’approche statistique (réduction de la puissance statistique) en cours de protocole afin de permettre une comparaison adéquate des groupes sans augmenter le recrutement des patientes. Le tableau suivant résume les caractéristiques méthodologiques et certaines limites des études sélectionnées.

Caractéristiques méthodologiques et limites des études sélectionné

CARACTÉRISTIQUES DES ÉTUDES

En vert : caractéristique présente ou rencontrée 

En jaune caractéristique partiellement rencontrée 

En rougecaractéristique non présente ou non rencontrée 

Études cliniques randomisées

Radiothérapie externe

Curiethérapie

Études mixtes

Florence [5]

HYPAB [8]

Import-Low [9]

DBCG PBO [11]

RAPID [13]

GEC ESTRO  [31]

NSABP B-39 [36]

Budapest [37]

Taille d’échantillon > 100

520

172

2 018 (1 343*)

865

2 135

1 184

42 016

258

Multicentrique

 

 

 

 

 

 

 

 

Allocation à l’aveugle (pour les participants, le personnel et l’investigateur)

 

 

 

 

 

 

 

 

Analyses réalisées à l’aveugle

 

 

Analyse de photos seulement

 

Analyse de photos seulement

 

Analyse de photos seulement

 

Caractéristiques des patientes bien détaillées et similaires entre les groupes

 

 

 

 

 

 

 

 

Descriptions des interventions bien détaillées

 

 

 

 

 

 

 

 

Identification du paramètre d’évaluation principal

 

 

 

 

 

 

 

 

Stratification à la randomisation

 

 

Selon le centre seulement

Selon le centre et l’utilisation d’une HT

 

 

 

 

Analyses statistiques suffisamment détaillées 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puissance statistique appropriée

 

Arrêt prématuré de l’étude

 

 

Ajustement de la puissance stat. en cours de protocole

Ajustement de la puissance stat. en cours de protocole

 

Arrêt prématuré de l’étude

Analyse de sensibilité per protocole (paramètre d’évaluation principal)

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédibilité des résultats

 

 

 

 

 

 

 

 

Applicabilité à la population québécoise

 

 

 

 

 

 

 

 

Déclaration des conflits d’intérêts des auteurs

 

 

 

 

 

 

 

 

* Les données de 1 343 patientes ont été présentées, soit les groupes recevant une irradiation partielle et celui recevant une irradiation complète

Radiothérapie peropératoire

La radiothérapie peropératoire (RTPO) du sein consiste à irradier pendant 20 à 30 minutes le lit tumoral immédiatement après l’ablation de la tumeur alors que la patiente sous anesthésie demeure sur la table d’opération. Cette irradiation est généralement administrée en une seule fraction au moment de la chirurgie conservatrice du sein, avant l’analyse pathologique. La RTPO peut aussi être différée et appliquée lorsque le bilan d’histopathologie est connu. Une nouvelle chirurgie est alors pratiquée pour procéder à l’irradiation in situ, suivie ou non d’irradiation partielle et accélérée du sein selon le protocole choisi par l’équipe de traitement. Les études cliniques ont rapporté que 15 à 20 % des patientes recevant une RTPO devront subir une RT externe du sein, particulièrement lorsque la RTPO est réalisée à la CCS, avant que le bilan histopathologique ne soit connu [40]. En 2015, L’INESSS a publié une note informative évaluant l’efficacité et l’innocuité de la RTPO pour le traitement de divers cancers, dont le cancer du sein. Basée sur les études d’envergure ELIOT et TARGIT-A (données publiées avant 2015), la RTPO ne devrait pas devenir une pratique courante dans les conditions actuelles, car elle nécessite encore un encadrement rigoureux dans le contexte de protocoles institutionnels couplés à des registres de suivi bien structurés. La description exhaustive des études et les constats se trouvent ici : https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Oncologie/INESSS_Efficacite_de_la_radiotherapie_peroperatoire.pdf.

Selon la majorité des experts consultés, la RTPO demeure une technique très peu utilisée au Québec. Cette recommandation est toujours d’actualité.

Guides de pratique et consensus d’experts

Des recommandations en lien avec les protocoles recommandés pour l’irradiation partielle du sein ont été répertoriées dans sept guides de pratique ou consensus d’experts publiés entre 2019 et 2023 [26, 27, 28, 41, 42, 43, 44]. La radiothérapie externe selon un schéma accéléré a été recommandée par quatre organismes pour une modalité de 26 Gy en 5 fractions [26, 27, 28] et par trois organismes pour 30 Gy en 5 fractions [27, 41]. Tous les organismes recommandent ou proposent un protocole administrant une irradiation de 40 Gy en 15 fractions. Deux organismes ont mentionné qu’une irradiation externe de 38,5 Gy administrée en 10 fractions deux fois par jour n’était pas recommandée puisqu’elle pourrait être associée à une toxicité supérieure [26, 27]. Seul le NCCN propose cette modalité d’administration d’irradiation partielle. Une administration une fois par jour sur 10 jours est plutôt proposée par le DEGRO [44].

La curiethérapie interstitielle recommandée par tous les organismes répertoriés consiste en une irradiation par multicathéters à haute dose ou dose pulsée telle qu’utilisée dans les études cliniques GEC-ESTRO et NSABP B-39 [31, 36].

Le tableau suivant résume les protocoles d’irradiation partielle (externe ou curiethérapie) recommandés selon chacun des guides de pratique ou consensus d’experts répertoriés.

Protocoles d’irradiation partielle externe et de curiethérapie interstitielle recommandés par les différents guides de pratique ou consensus d’experts

 

Protocole

Étude

NCCN 2023

[41]3

BC Cancer 20224

[26]

ESTRO-ACROP 2022, 20185

[27, 45]

INC 2022

[42]

RCR 2016, 2021

[28, 43]

DEGRO 2020

[44]

RT externe

26 Gy / 5 fractions

Fast-Forward1

--

  

 

--

 

--

30 Gy / 5 fractions (tous les deux jours)

Florence

 

--

 

--

--

--

40 Gy / 15 fractions

Import-Low

 

 

 

 

 

 

38,5 Gy / 10 fractions (BID)

RAPID

 

 

 

--

--

1 fois par jour

Curiethérapie interstitielle

34 Gy / 10 fractions (BID)

NSABP B-39

 

--

--

Protocole non spécifié

--

 

32 Gy / 8 fractions (BID)

GEC-ESTRO

--

--

 

 

 

30,3 Gy / 7 fractions (BID) 

GEC-ESTRO

--

--

 

 

 

Dose pulsée2

GEC-ESTRO

--

 

 

--

 

Curiethérapie permanente

--

--

 

--

--

--

--

 

BID : deux fois par jour; CT : chimiothérapie; DEGRO : German Society for Radiation Oncology; ESTRO-ACROP : European Society for Radiotherapy and Oncology Advisory Committee in Radiation Oncology Practice; FC : fractionnement conventionnel; Gy : gray; HF : hypofractionnement; HT : hormonothérapie; INC : Institut National du Cancer; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; RCR : Royal College of Radiologists; RT : radiothérapie.

1. L’étude FAST-Forward n’a pas évalué l’irradiation partielle, mais a bien comparé une irradiation complète du sein de 26-27 Gy en 5 fractions à une irradiation complète en 40 ** en 15 fractions.

2. 0,5–0,8 Gy par impulsion (dose totale de 50 Gy), programmée toutes les heures, 24 heures par jour, pour une durée totale du traitement de 4-5 jours.

3. Les études qui ont évalué l’IPA montrent que le taux de contrôle local pourrait être comparable à celui d’une irradiation complète du sein chez les patientes sélectionnées à faible risque. Toutefois, le protocole d’irradiation externe optimal permettant de minimiser les atteintes cosmétiques à long terme n’est pas établi. La participation à des études cliniques est recommandée.

4. Les patientes admissibles à la radiothérapie partielle peuvent être traitées avec une radiothérapie externe (short tangents, 3D conformal RT or IMRT) ou avec une curiethérapie permanente. L’administration d’une IPA de 38,5 Gy en 10 fractions 2 fois par jour n’est pas recommandée à cause des effets secondaires cosmétiques tardifs liés à ce type de protocole. Considérant les données de l’étude FAST-Forward qui a comparé l’irradiation complète du sein de 40 Gy en 15 fractions à une irradiation de 26-27 Gy en 5 fractions, il est recommandé d’utiliser une irradiation partielle de 26 Gy en 5 fractions pour les patientes qui répondent aux contraintes dosimétriques, telle que planifiée par l’étude. Un protocole de 40 Gy en 15  est recommandé pour les patientes dont la séparation du sein est trop importante pour répondre aux contraintes de l’étude FAST-Forward.

5. RT externe : une IP de 40 Gy en 15 fractions ou une IPA de 26-30 Gy en 5 fractions sont des protocoles acceptables pour l’IP du sein par RT externe (consensus fort : 91,6 %).

Une IP par RT externe administrée 2 fois par jour, telle qu’utilisée dans l’étude RAPID, ne devrait pas être offerte (consensus : 86,9 %).

Curiethérapie : d'autres fractionnements peuvent être utilisés. Néanmoins, nous recommandons que le fractionnement choisi corresponde à une dose totale biologiquement équivalente EQD2 (alpha/beta = 4-5 Gy) de l'ordre de 42-45 Gy.

Sélection des patientes

En se basant sur les critères d’inclusion/exclusion et les résultats des études cliniques randomisées, plusieurs guides de pratique clinique et consensus d’experts ont défini des critères à considérer pour la sélection des patientes aptes à recevoir une irradiation partielle (IP) du sein. Notamment, l’ASTRO a émis en 2017 des recommandations quant au choix des patientes admissibles ou pouvant recevoir (« à considérer avec prudence») une IP du sein [1]. Huit autres guides de pratique clinique et consensus d’experts ont aussi publié, depuis 2018, des recommandations similaires [26, 27, 28, 41, 42, 43, 44, 46, 47]. La majorité des organismes recommandent un âge minimal de 50 ans pour y être admissible [27, 28, 41, 42, 44, 46]. L’American Society of Breast Surgeons suggère 4 ans [47], le BC cancer 40 ans [26] et l’ASTRO classe dans la catégorie « à considérer » les patientes âgées de 40 à 49 ans [1]. Pour tous les organismes, des marges chirurgicales négatives, l’absence d’une atteinte ganglionnaire et une tumeur infiltrante de 3 cm ou moins (2 cm pour le NCCN) sont requises afin qu’une irradiation partielle du sein soit envisagée. Les patientes avec un envahissement lymphovasculaire, un cancer multicentrique ou un carcinome lobulaire infiltrant ne sont généralement pas admissibles à l’irradiation partielle. Les critères définis par l’ASTRO 2017 sont présentés dans le tableau suivant et ceux des autres organismes sont présentés ici (publiés entre 2018 et 2022).

Critères d’admissibilité à l’irradiation partielle selon l’ASTRO (2017)1

Caractéristique

Admissible

À considérer avec prudence

Non admissible

Âge

≥ 50 ans

  • 40-49 ans avec tous les critères inclus dans la catégorie « admissible »; ou 
  • ≥ 50 ans et au moins un des facteurs ci-dessous :
  • < 40 ans; ou 
  • 40-49 ans et ne répondant pas aux autres critères inclus dans la catégorie « admissible »

Histologie

CCI ou CCIS

Carcinome lobulaire infiltrant 

--

Si CCIS

De bas grade ou intermédiaire, découvert à l’imagerie.

 ≤ 2,5 cm, marges de résection négatives ≥ 3 mm

≤ 3,0 cm si la patiente ne répond pas à tous les critères dans la catégorie « admissible »

> 3,0 cm

Marges chirurgicales

≥ 2 mm

< 2 mm

Positives

Volume de la tumeur

Tis ou T1

T2 (2,0-3,0 cm)

T2 (> 3,0 cm), T3-4

Atteinte ganglionnaire

pN0

--

pN+

Statut RH

Positif

Négatif

--

Envahissement lymphovasculaire

Non

Limité/focal

Extensif

Composante extensive in situ

Non

≤ 3,0 cm

> 3,0 cm

Tumeur unicentrique / unifocale

Oui /oui

--

Multicentrique / multifocale > 3,0 cm

Mutation BRCA 1/2

Négatif

--

Positif

Thérapie néoadjuvante antérieure

Non

--

Oui

ASTRO : American Society for Radiology Oncology; CCI : carcinome canalaire infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; pN0 : sans atteinte ganglionnaire selon l’analyse pathologique; RO : récepteurs oestrogéniques. 

1Adapté de Correa et coll., 2017 [1].

 

Recommandations des consensus d’experts et guides de pratique concernant l’admissibilité à une irradiation partielle accélérée du sein pour le traitement d’un carcinome canalaire in situ et d’un cancer du sein infiltrant

Caractéristiques

BC Cancer

2022 [26]

ESTRO-ACROP

2022 (RT externe) [27]

NCCN 2023 [41]

(selon les critères de l’ASTRO)

RCR 2021, 2016 

[28, 43]

DEGRO 2020 [44]

ESMO 2019 [46]

ASBrS 2018 [47]

Âge

≥ 40 ans

≥ 50 ans

≥ 50 ans

≥ 50 ans

≥ 50 ans

≥ 50 ans

≥ 45 ans

Marges chirurgicales

Négative

Négative > 2 mm

Négative ≥ 2 mm

Négative ≥ 1 mm

Négative ≥ 2 mm

Négative

Négative

Volume de la tumeur

pT1-2

≤ 3 cm

≤ 2,0 cm (pT1)

≤ 3 cm

≤ 3 cm (Tis, T1-2)

≤ 3 cm

≤ 3 cm (Tis, T1-2)

Atteinte ganglionnaire

pN0

N0

N0

N0

pN0 ou pNmi

N0

N0

Statut RH

--

Sous-type luminal

RH+

RH+ (HER2-)

RH+

--

RH+ ou RH-

Grade

--

1-2

--

1-2

--

--

--

CCIS

< 3 cm avec marges chirurgicales ≥ 2 mm pour un CCIS

Grade faible-intermédiaire ≤ 2,5 cm avec marges chirurgicales de ≥ 3 mm

Grade faible-intermédiaire ≤ 2,5 cm avec marges chirurgicales de ≥ 3 mm

--

Grade faible-intermédiaire avec marges chirurgicales ≥ 5 mm

Peut aussi être considérée en présence d’un CCIS de faible grade

≤ 3 cm avec marges chirurgicales ≥ 2 mm

Autres

  • Cliniquement unifocal (examen physique ou imagerie)
  • Lit chirurgical visible
  • Foyers multiples microscopiques si la tumeur fait < 3 cm
  • Les patientes avec une invasion lymphovasculaire minime peuvent recevoir une IP du sein si les autres facteurs de risque associés au cancer du sein sont favorables.
  • Autre1
  • Unifocal ou unicentrique
  • Absence d’invasion lymphovasculaire
  • Pas de thérapie systémique primaire ou de chimiothérapie néoadjuvante
  • BRCA-
  • Absence d’invasion lymphovasculaire

 

  • Les patientes avec une invasion lymphovasculaire ou un cancer infiltrant lobulaire ne sont pas admissibles.
  • Unifocale ou unicentrique
  • Absence d’invasion lymphovasculaire
  • Autre2
  • Unifocale ou unicentrique
  • Foyers multiples si la tumeur fait ≤ 3 cm
  • Invasion lymphovasculaire possible si focalisée
  • Aucune mutation génétique conférant un risque plus élevé de cancer du sein
  • Autre3

 

AGO : Arbeitsgemeinschaft Gynäkologische Onkologie (German Gynecological Oncology Group); ASBrS : American Society of Breast Surgeon; CCIS : carcinome canalaire in situ; DEGRO : German Society for Radiation Oncology; ESMO : European Society of Medical Oncology; ESTRO -ACROP : European Society for Radiotherapy and Oncology Advisory Committee in Radiation Oncology Practice; FC : fractionnement conventionnel; Gy : gray; HF : hypofractionnement; HT : hormonothérapie; INC : Institut National du Cancer; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; RCR : Royal College of Radiologists; RO : récepteurs oestrogéniques.

1. Les patientes suivantes peuvent recevoir une IP avec une surimpression du lit tumoral : 1- avec marges positives (antérieures et/ou postérieures) qui ne peuvent devenir négatives à l’aide d’une chirurgie subséquente, 2-une tumeur mixte (composantes invasives et CCIS) avec des marges négatives pour la composante invasive, mais des marges près (≤ 2 cm) pour la composante CCIS et 3- CCIS pur avec une marge près (autre qu’antérieure et/ou postérieure). Les patientes atteintes d’un cancer du sein lobulaire ou qui ont reçu une chimiothérapie néoadjuvante ne sont pas admissibles à l’IP du sein.

2. Contre-indications : cancer de stade IIB – IV, marges de résection qui ne peuvent être évaluées au microscope, composante intraductale extensive, maladie de Paget ou envahissement de la peau, âge ≤ 40 ans, cancer de sous-type triple négatif ou HER2+, historique d’une chimiothérapie néoadjuvante.

3. Les patientes avec un historique de cancer du sein ipsilatéral traitées avec une radiothérapie devraient recevoir une IP du sein uniquement dans le cadre d’une étude clinique. Un historique de cancer controlatéral n’est pas une contre-indication.

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3.6.3 Radiothérapie de la paroi thoracique

3.6.3.1 En présence d'un carcinome canalaire in situ avec marges positives

Chez l’ensemble des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ traitées par mastectomie totale, le taux de récidive locale est généralement faible. Toutefois, certaines études rapportent des taux bruts dépassant parfois les 8 % en cas de marges chirurgicales positives ou étroites. Aucune étude prospective n’a été menée jusqu’à maintenant afin de déterminer l’avantage de réaliser une radiothérapie postmastectomie totale chez ces patientes. Néanmoins, plusieurs petites études observationnelles rétrospectives ont examiné les facteurs de risque de récidive locale ou locorégionale dans les cas de CCIS traités par mastectomie totale seule, afin de repérer des sous-groupes de patientes qui pourraient tirer avantage d’une radiothérapie postmastectomie. L’irradiation postmastectomie totale peut être envisagée chez les patientes qui ont des marges chirurgicales positives, en fonction de l’âge au diagnostic, du grade tumoral, de l’étendue de la maladie, de la quantité de tissu mammaire résiduel et de l’histologie.

Globalement, dans 9 études rétrospectives [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9], la proportion de patientes qui ont développé une récidive locale ou locorégionale après une mastectomie totale seule (tous les statuts de marge confondus) est faible (médiane de 1,9 %), variant de 0,9 % [5] à 7,5 % [8], pour un suivi médian variant de 4,6 ans à 12 ans selon l’étude. La majorité des récidives locales rapportées étaient infiltrantes (55/75).

Dans 4 études, de 0 % [6, 7] à 4,8 % [2] des patientes qui présentaient des marges chirurgicales positives ont développé une récidive locale (médiane de 1,5 %) au cours de leur période de suivi après une mastectomie totale seule [1, 2, 6, 7]. Certaines études ont plutôt rapporté le taux brut de récidive chez les patientes qui avaient des marges positives ou étroites combinées. Pour des marges (+)/≤ 5 mm, le taux brut de récidive locale a été de 1,7 % [6] et 2,6 % [7] (2 études), et pour des marges (+)/≤ 2 mm, le taux a varié de 0 % à 16,1 % (4 études) [1, 2, 7, 8]. De plus, Chadha et coll. ont rapporté un taux brut de récidive locorégionale de 8,3 % pour des marges (+)/≤ 1 mm [5]. Enfin, dans l’étude de Klein et coll. [1], le taux de récidive locale à 10 ans a été de 2,7 % pour des marges (+)/≤ 2 mm, et Fitzsullivan et coll. ont rapporté un taux de récidive locorégionale à 10 ans de 5 % pour des marges (+)/≤ 1 mm [3].

Les facteurs qui ont été rapportés comme étant significativement associés à la survenue d’une récidive locale après une mastectomie totale seule sont les marges (+)/≤ 2 mm (p = 0,0356, analyse univariée) [8], les marges (+)/≤ 1 mm (p < 0,001 [3] et p = 0,0125 [5]; analyse univariée), un âge ≤ 40 ans (p = 0,014, analyse multivariée) [4] et un grade tumoral élevé (p = 0,019, analyse univariée seulement) [9]. De plus, Klein et coll. [1] ont rapporté un risque accru mais non statistiquement significatif de récidive à la paroi thoracique pour des patientes qui présentaient des marges (+)/≤ 2 mm (HR = 2,1 [IC 95 % 0,86-5,1], p = 0,10) pour un suivi médian de 10,1 ans.

Limites des études: Aucune étude prospective n’a été menée pour répondre précisément à la question relative à l’effet de la radiothérapie postmastectomie chez les patientes atteintes d’un CCIS qui présentent des marges chirurgicales positives. En revanche, plusieurs petites études observationnelles rétrospectives rapportent le taux de récidive locale de patientes qui n’ont pas reçu de radiothérapie postmastectomie totale. Ces études comportent toutes un faible nombre de cas avec marges chirurgicales positives et les résultats cliniques de ces patientes sont la plupart du temps combinés avec ceux de patientes qui présentent des marges étroites et dont la définition varie d’une étude à l’autre. De par leur nature rétrospective, ces études sont sujettes à des biais de sélection. En effet, on peut penser que les cas de CCIS les plus à risque de récidive ont reçu une radiothérapie postmastectomie totale et ont donc été exclus de ces études. De ce fait, les patientes qui présentent des marges positives incluses dans les cohortes rapportées ici pourraient ne pas être représentatives de l’ensemble des patientes qui présentent des marges positives à la suite d’une mastectomie totale. Notamment, plusieurs études ont exclu d’emblée les patientes présentant un microenvahissement. Par ailleurs, le très faible nombre de cas de récidive locale rapporté dans ces études empêche souvent la réalisation d’analyses multivariées (manque de puissance statistique). L’ensemble de ces limites peut, dans une certaine mesure, expliquer les résultats divergents observés entre les différentes études et l’absence d’un consensus clair concernant l’effet des marges sur la récidive locale des cas de CCIS traités par mastectomie totale seule.

Consensus d’experts et guides de pratique

L’Alberta Health Services [10] ne recommande pas de radiothérapie postmastectomie totale chez les patientes atteintes d’un CCIS qui présentent des marges chirurgicales étroites, mais il indique qu’elle peut être envisagée pour celles chez qui les marges sont positives. Toutefois, l’avantage de la radiothérapie n’a pas été défini. Selon l’American College of Radiology [11], l’utilisation de la radiothérapie postmastectomie totale chez les patientes atteintes d’un CCIS doit être hautement individualisée en tenant compte de l’âge de la patiente, de l’étendue de la maladie, de la quantité de tissu mammaire résiduel, de l’état de la marge, du grade tumoral et de l’histologie. Une surimpression centrale de la paroi thoracique est considérée comme appropriée si la décision de traiter est prise et si le site de la marge peut être marqué par des clips chirurgicaux. La radiothérapie de la fosse supraclaviculaire, des ganglions axillaires des niveaux I à III et de la chaine mammaire interne n’est pas recommandée.

3.6.3.2 En présence d'un cancer du sein de stade T1-2N1 (avec curage axillaire)

Il y a des preuves importantes mais peu récentes indiquant que, pour les patientes atteintes de tumeurs T1-2 qui ont 1 à 3 ganglions positifs après un curage axillaire, la radiothérapie postmastectomie totale réduit le risque de développer une récidive et de décéder d’un cancer du sein, et elle réduit nettement le risque de récidive locorégionale. Cependant, des données plus récentes laissent supposer que ces résultats pourraient ne pas être directement applicables à toutes les patientes qui ont de 1 à 3 ganglions positifs. Beaucoup de ces patientes présentent aujourd’hui un risque beaucoup plus faible de récidive. Par conséquent, l’avantage absolu de la radiothérapie pour les patientes à risque très faible pourrait ne pas l’emporter sur les risques associés à la radiothérapie.

Méta-analyses et revues systématiques

L’Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group (EBCTCG) a publié une méta-analyse de données individuelles de patientes provenant d’ECR qui ont porté sur les effets de la radiothérapie postmastectomie totale [12, 13]. Parmi 1 133 patientes qui présentaient de 1 à 3 ganglions positifs à la suite d’un curage axillaire (≥ niveau 2), le taux de récidive locorégionale à 10 ans a été significativement plus faible après une radiothérapie (3,8 %) que sans radiothérapie (20,3 %; RR = 0,24 p < 0,001), de même que le taux de récidive à 10 ans (34,2 % vs 45,7 %; RR = 0,68, p < 0,001) et le taux de mortalité par cancer du sein à 20 ans (42,3 % vs 50,2 %; RR = 0,80, p = 0,01). Le détail de ces résultats est présenté au tableau suivant. Des résultats similaires ont été observés dans le sous-ensemble d'essais où les femmes ont reçu une thérapie systémique (CMF et [ou] tamoxifène); la radiothérapie a réduit le taux de récidive locorégionale des trois quarts, le taux de récidive globale d’un tiers et le taux de mortalité par cancer du sein d’un peu plus d’un cinquième. Il y avait absence d’hétérogénéité satisfaisante entre les différentes études (p < 0,1). Aucune différence n’a été observée concernant les avantages de la radiothérapie postmastectomie totale pour les patientes qui présentaient 1 ganglion positif après curage axillaire par rapport à celles qui avaient 2 ou 3 ganglions positifs en ce qui concerne la première récidive et la mortalité par cancer du sein [12, 13]. Par contre, comme le suivi médian pour l’ensemble des patientes de la méta-analyse était de 9,4 ans, cela laisse supposer que relativement peu de patientes ont été suivies pendant 20 ans [13].

Effet de la radiothérapie (RT) de la paroi thoracique et des ganglions lymphatiques régionaux1 après une mastectomie totale et un curage axillaire (≥ niveau 2) chez les patientes qui présentent de 1 à 3 ganglions positifs

Étude et devis

Caractéristiques

Récidive locorégionale
à 10 ans
(avec RT vs sans RT)

Récidive à 10 ans
(avec RT vs sans RT)

Mortalité par cancer du sein à 20 ans
(avec RT vs sans RT)

Mortalité à 20 ans
(avec RT vs sans RT)

EBCTCG 2014 [12]
Méta-analyse d’ECR
Suivi médian : 9,4 ans2

n = 1 314 (avec RT : 632; sans RT : 682)

3,8 % vs 20,3 %
RR = 0,24 (IC 95 % 0,17-0,34)
p < 0,001

34,2 % vs 45,7 %
RR = 0,68 (IC 95 % 0,57-0,82)
p < 0,001

42,3 % vs 50,2 %
RR = 0,80 (IC 95 % 0,67-0,95)
p = 0,01

53,5 % vs 56,5 %
RR = 0,89 (IC 95 % 0,77-1,04)
p > 0,1

Avec thérapie systémique3 administrée dans les 2 groupes;
n = 1 133 (avec RT : 539; sans RT : 594)

4,3 % vs 21,0 %
RR = 0,25 (IC 95 % 0,17-0,36)
p < 0,001

33,8 % vs 45,5 %
RR = 0,67 (IC 95 % 0,55-0,82)
p < 0,001

41,5 % vs 49,4 %
RR = 0,78 (IC 95 % 0,64-0,94)
p = 0,01

52,6 % vs 55,5 %
RR = 0,86 (IC 95 % 0,72-1,02)
p = 0,08

EBCTCG : Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group; ECR : essai clinique randomisé; IC : intervalles de confiance; n : nombre de patientes; p : valeur de p; RR : risque relatif; RT : radiothérapie; vs : versus
1. Fosse axillaire et (ou) sous-claviculaire et chaine mammaire interne
2. Pour l’ensemble des 8 135 patientes (22 ECR) incluses dans cette méta-analyse
3. Principalement cyclophosphamide, méthotrexate et fluorouracile, et (ou) tamoxifène

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Les essais inclus par l'EBCTCG [12] ont été principalement menés dans les années 1970 et 1980. Les taux de récidive locorégionale et de récidive globale rapportés dans cette méta-analyse étaient considérablement plus élevés que ceux rapportés dans de nombreuses séries contemporaines [14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 2223, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31]. Le guide de pratique clinique de l’ASCO-ASTRO-SSO [13] rapporte des taux de récidive locorégionale plus faibles (allant de 4 % à 10 %) pour les patientes non irradiées selon la plupart des études plus récentes qui ont utilisé une chirurgie plus moderne et des traitements systémiques adjuvants. Le tableau suivant illustre ces résultats.

Taux de récidive locorégionale sans radiothérapie postmastectomie radicale modifiée et une chimiothérapie (avec ou sans thérapie hormonale) dans des séries de patientes atteintes d’un cancer du sein de stade pT1-2N1 avec un suivi médian de ≥ 5 ans

Institution / auteurs

Période de recrutement

Nombre de patientes

Suivi médian (mois)

Taux de récidive locorégionale

Brut

5 ans

8 ans

10 ans

MDACC / Katz et coll. [26]

1975-1994

466

116

 

 

 

14 %

ECOG / Recht et coll. [20]

1978-1987

1 018

145

 

 

 

13 %

NSABP / Taghian et coll. [17]

1984-1994

2 957

133

 

 

 

13 %

BCCA / Truong et coll. [15]

1989-1997

821

92

 

 

 

17 %

Ankara, Turquie / Yildirim et coll. [14]

1990-2004

326

70

4 %

 

 

 

MGH / Mcdonald et coll. [23]

1990-2004

165

84

 

 

 

11 %

Shikoku, Japon / Hamamoto et coll. [29]

1990-2002

248

82

 

 

5 %1

 

Kaohsiung, Taiwan / Huang et coll. [27]

1990-2008

155

102

 

 

 

11 %2

Séoul, Corée du Sud / Kim et coll. [25]

1992-2004

401

68

 

 

 

20 %2

CALGB 9344 / Sartor et coll. [19]

1994-1997

254

67

8 %

 

 

 

MSKCC / Moo et coll. [21]

1995-2006

924

84

 

4 %

 

 

Tampa, FL / Harris et coll. [28]

1996-2007

204

66

10 %

 

 

 

EIO / Botteri et coll. [30]

1997-2001

262

120

 

 

 

10 %1

MDACC / Sharma et coll. [18]

1997-2002

266

90

 

 

 

4 %

BCIRG-005 / Tam et coll. [31]

2000-2003

317

120

 

 

 

8 %

Cleveland Clinic / Tendulkar et coll. [16]

2000-2007

271

62

 

9 %2

 

 

MDACC / McBride et coll. [22]

2000-2007

385

84

 

 

 

7 %

Tianjin, China / Lu et coll. [24]

2001-2005

368

86

 

 

11 %

 

BCCA : British Columbia Cancer Agency; BCIRG : Breast Cancer International Research Group; CALGB : Cancer and Leukemia Group B; ECOG : Eastern Cooperative Oncology Group; EIO : European Institute of Oncology; MDACC : MD Anderson Cancer Center; MGH : Massachusetts General Hospital; MSKCC : Memorial Sloan Kettering Cancer Center; NSABP : National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project
1. Récidive locorégionale isolée uniquement
2. Non précisé si le taux de récidive locorégionale isolé ou total a été rapporté
Source: 
Tiré et adapté du guide de pratique clinique de l’ASCO-ASTRO-SSO [13]; l’étude BCIRG-005 [31] n’est pas mentionnée dans le guide de l’ASCO-ASTRO-SSO.

Consensus d’experts et guides de pratique

L’American Society of Clinical Oncology (ASCO), l’American Society for Radiation Oncology (ASTRO) et la Society of Surgical Oncology (SSO) [13] ont convenu à l’unanimité que les données disponibles démontrent que la radiothérapie postmastectomie totale réduit les risques de récidive locorégionale, de récidive et de mortalité par cancer du sein chez les patientes atteintes d’un cancer du sein T1-2N1 qui subissent un curage axillaire (type de recommandation : basée sur des preuves; niveau de preuve : élevé; force de la recommandation : élevée). Cependant, les traitements dispensés aujourd’hui font en sorte que certains sous-groupes de ces patientes sont susceptibles d'avoir un risque si faible de récidive locorégionale que l’avantage absolu de la radiothérapie postmastectomie totale (avec curage axillaire) ne l’emporte pas sur sa toxicité potentielle (type de recommandation : basée sur des preuves; niveau de preuve : intermédiaire; force de la recommandation : forte). De plus, le rapport avantage/toxicité acceptable varie selon les patientes et les médecins. Ainsi, la décision de recommander ou non une radiothérapie après une mastectomie totale (avec curage axillaire) est variable selon le jugement du clinicien et la préférence des patientes. Pour chaque patiente, les cliniciens devraient tenir compte des facteurs susceptibles de réduire le risque de récidive locorégionale, d'atténuer l’avantage de la réduction de la mortalité spécifique au cancer du sein et (ou) d'accroître le risque de complications. Ces facteurs comprennent les caractéristiques de la patiente (p. ex. l’âge [40-45 ans], l’espérance de vie limitée en raison d'un âge avancé ou de comorbidités ou conditions coexistantes susceptibles d'accroître le risque de complications), les pathologies associées à une charge tumorale plus faible (p. ex. stade T1, absence d'envahissement lymphovasculaire, présence d'un seul ganglion positif et [ou] petite taille des métastases ganglionnaires, ou réponse substantielle à la thérapie systémique néoadjuvante), et les caractéristiques biologiques du cancer associées à de meilleurs résultats et survie et (ou) une plus grande efficacité de traitement systémique (p. ex. grade tumoral faible, forte hormonosensibilité) (type de recommandation : consensus informel; niveau de preuve : intermédiaire; force de la recommandation : modérée). Il existe plusieurs modèles de risque que les médecins pourraient trouver utiles pour expliquer les avantages de la radiothérapie postmastectomie totale au cours de la prise de décision partagée avec les patientes. Cependant, ces groupes d’experts ont jugé les données insuffisantes pour approuver un modèle particulier ou pour définir sans ambiguïté des sous-groupes de patientes auxquelles la radiothérapie postmastectomie totale ne devrait pas être administrée (type de recommandation : pas de recommandation; niveau de preuve : faible; force de la recommandation : faible). Des données supplémentaires sont nécessaires concernant la façon d'estimer avec précision le risque de récidive locorégionale chez les individus, et donc la réduction potentielle de la récidive locorégionale et de la mortalité par cancer du sein. L’ASCO-ASTRO-SSO estime que la décision d’utiliser la radiothérapie postmastectomie totale (avec curage axillaire) devrait être prise de façon multidisciplinaire par des discussions entre les prestataires de toutes les disciplines au début du traitement (peu de temps après la chirurgie ou avant, ou peu après le début du traitement systémique) (type de recommandation : consensus informel; niveau de preuve : insuffisant; force de la recommandation : forte). De plus, la prise de décision doit impliquer la participation de la patiente dont les valeurs quant à ce qui constitue un avantage suffisant dans sa situation doivent être respectées (type de recommandation : consensus informel; niveau de preuve : insuffisant; force de la recommandation : forte).

De plus, la 15e Conférence internationale de Saint-Gall sur le cancer du sein [32] recommande d’envisager d’omettre la radiothérapie postmastectomie totale chez les femmes atteintes d’un cancer du sein de stade pT1-2pN1 qui ont un profil biologique favorable. L’administration de la radiothérapie doit être comparée aux risques de toxicité, y compris l'augmentation des complications après la reconstruction mammaire.

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3.6.4 Surimpression du lit tumoral

Cinq études à répartition aléatoire et contrôlées par un groupe témoin ainsi qu’une méta-analyse ont été retenues pour évaluer l’impact de l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant. Ces études ont montré qu’une surimpression a diminué significativement le risque de récidive chez les patientes âgées de 50 ans ou moins. La fibrose a été significativement plus importante chez les patientes âgées de 40 ans et plus qui ont eu une surimpression comparativement à celles qui en n’ont pas eu. Deux études ont évalué le bénéfice d’une surimpression en fonction du statut des marges chirurgicales par rapport à l’ajout d’une surimpression. Toutefois, les résultats obtenus divergent.

Méta-analyse d’études à répartition aléatoire et contrôlées par groupe témoin

L’impact de l’âge sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral

L’impact des marges chirurgicales sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral

Consensus d’experts et guides de pratique

Méta-analyse d’études à répartition aléatoire et contrôlées par groupe témoin

Une méta-analyse de la Cochrane Database of Systematic Reviews a évalué l’impact de l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie chez des femmes atteintes d’un cancer du sein primaire infiltrant non métastatique [1]. Cinq études (EORTC, SGW, Budapest, Lyon et Nice, totalisant 34 références) à répartition aléatoire et contrôlées par un groupe témoin de femmes qui n’avaient pas eu une surimpression ont été retenues dans la méta-analyse. L’objectif principal a été l’évaluation de la récidive locale alors que la survie sans maladie et la survie globale étaient les objectifs secondaires. Afin de faciliter la comparaison des résultats entre les études, les doses de radiothérapie employées dans les études ont été converties en BED (Biologically Effective Dose), unité qui représente la dose physique de radiation requise pour observer un effet [1]. La BED pour le sein complet a été similaire entre les études, variant de 66,7 Gy à 72,1 Gy. Toutefois, la BED employée pour la surimpression du lit tumoral a été plus faible dans les études SGW et Nice (78,6 Gy et 79,9 Gy contre 86,4 Gy et 87,8 Gy pour les études Lyon et Budapest-EORTC).

Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant. La méta-analyse a montré que le risque de récidive locale a été significativement inférieur chez les patientes qui ont eu une surimpression du lit tumoral (HR = 0,64, p < 0,001). Toutefois, l’hétérogénéité était élevée entre les études (5 études, n = 8 315, I2 = 60 %, p = 0,04). Une analyse de sensibilité de la récidive locale a aussi été réalisée. Deux études (SGW et Nice), jugées à risque élevé de contenir des biais de détection et de déclaration et qui ont employé une BED pour la surimpression du lit tumoral plus faible, ont été exclues. L’analyse de sensibilité a montré que le risque de récidive est demeuré significativement inférieur chez les patientes avec surimpression (HR = 0,62, p < 0,00001) (hétérogénéité faible : 3 études, n = 6 963, I2 = 24 %, p = 0,27). Kindts et coll. ont aussi montré dans une analyse de sous-groupe que le risque de récidive a été significativement inférieur chez les patientes âgées de 40 ans et plus qui ont eu une surimpression. La survie sans maladie et globale a été similaire dans les deux groupes de patientes (hétérogénéité de modérée à élevée).

Impact de l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie : méta-analyse1

Étude et caractéristiques

Récidive locale

Survie sans maladie

Survie globale

Cochrane Library
Kindts et coll., 2017 [1]

 

5 ECR

 

Suivi médian : nd
Âge médian : nd

 

Avec boost vs sans boost

À 5 ans :
5 ECR
n = 8 315 (4 158 vs 4 157)
HR = 0,64 (IC 95 % 0,55−0,75), p < 0,001
I2 = 60 %, p = 0,04
Analyse de sensibilité2 :
3 ECR
n = 6 963 (3 485 vs 3 478)
HR = 0,62 (IC 95 % 0,52−0,73), p < 0,00001
I2 = 24 %, p = 0,27
> 40 ans :
2 ECR
n = 5 058 (2 525 vs 2 533)
HR = 0,65 (IC 95 % 0,53−0,81), p = 0,00008
I2 = 10 %, p = 0,29

À 5 ans :
3 ECR
n = 6 549 (3 286 vs 3 363)
HR = 0,94 (IC 95 % 0,87−1,02), p = 0,12
I2 = 77 %, p = 0,01

À 5 ans :
2 ECR
n = 6 342 (3 182 vs 3 160)
HR = 1,04 (IC 95 % 0,94−1,14), p = 0,44
I2 = 44 %, p = 0,18

Boost : surimpression du lit tumoral; ECR: essais cliniques randomisés; I2 : hétérogénéité; n : nombre de patientes; HR : hasard ratio (rapport de risque instantané); vs : versus.
1. Analyse réalisée à partir d’un modèle à effet fixe et de la méthode de l’inverse de la variance pour calculer les résultats combinés des issues cliniques à variable binaire, dont la récidive et la survie.
2. Analyse de sensibilité réalisée à la suite de l’exclusion de deux études jugées à risque élevé de contenir des biais de détection et de déclaration et qui ont employé une dose de radiothérapie plus faible pour la surimpression du lit tumoral afin d’en mesurer l’effet.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

En raison d’un manque de détails pour certaines données cliniques dans les études retenues, l’impact de l’âge des patientes et du statut des marges chirurgicales sur les issues cliniques n’a pas été évalué dans la méta-analyse. Deux études, incluses dans la méta-analyse de Kindts et coll., (EORTC et Budapest) sont détaillées dans les sections suivantes afin de présenter les données probantes associées à l’âge et au statut des marges chirurgicales des patientes.

L’impact de l’âge sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral

L’impact de l’âge sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral a été évalué chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant dans deux études à répartition aléatoire et contrôlées par un groupe témoin de femmes qui n’avaient pas eu de surimpression [2, 3]. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.

L’étude multicentrique de l’European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC) dirigée dans neuf pays a évalué l’impact d’une surimpression du lit tumoral chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stades I et II (T1−2N0−1M0), âgées de moins de 70 ans chez qui une excision locale complète avec des marges négatives macroscopiques (1−2 cm) et une dissection axillaire ont été réalisées, suivies d’une irradiation du sein complet [2]. Les caractéristiques cliniques des patientes étaient similaires dans les deux groupes (avec et sans surimpression). La majorité des patientes n’ont présenté aucune atteinte des ganglions (90 % pN0, 7 % pN1−2 et 3 % Nx). Les traitements de chimiothérapie administrés ou la prise d’une hormonothérapie n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes de patientes.

Après un suivi médian de 17,2 ans, une analyse de sous-groupes en fonction de l’âge a montré qu’une surimpression du lit tumoral a significativement diminué le risque de récidive locale chez les patientes âgées de 40 ans et moins et celles qui avaient entre 41 et 50 ans comparativement au groupe témoin. Le bénéfice de la surimpression en termes de récidive locale n’est toutefois pas significatif chez les patientes âgées de 51 à 60 ans et de 60 ans ou plus (seuil de significativité établi à p = 0,01). En contrepartie, l’incidence cumulée à 20 ans de la fibrose sévère a été significativement supérieure chez les patientes qui ont eu une surimpression comparativement à celles du groupe témoin, à l’exception des patientes âgées de 40 ans et moins.

L’étude monocentrique du National Institute of Oncology (Budapest) a évalué l’impact d’une surimpression du lit tumoral chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant de stades I et II (T1−2N0−1), chez qui une exérèse tumorale avec des marges négatives (≥ 1 cm) et un curage axillaire ont été réalisés, suivis d’une irradiation complète du sein [3, 4]. Les caractéristiques cliniques des patientes étaient similaires dans les deux groupes (avec et sans surimpression). La majorité des patientes n’ont présenté aucune atteinte des ganglions (76 % pN0 et 24 % pN1). Les traitements de chimiothérapie administrés (18 %) ou la prise d’une hormonothérapie (17 %) n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes de patientes (p = 0,78).

Après un suivi médian de 5,2 ans, l’étude a montré que les patientes âgées de moins de 40 ans traitées avec et sans surimpression ont eu significativement plus de récidives locales que celles âgées de 40 ans et plus. Une analyse stratifiée selon l’ajout ou non de la surimpression n’a pas montré de diminution significative de la récidive locale à 5 ans chez les patientes des deux groupes d’âge.

Impact de l’âge sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie

Cohorte

Études et caractéristiques

Fibrose sévère1

Récidive locale

EORTC 22881-10882
Aléatoire et contrôlée par groupe témoin
Recrutement : 1989−1996
n = 5 318

Bartelink et coll., 2015 [2]
Suivi médian : 17,2 ans
a) avec boost vs b) sans boost
n = 2 661 vs 2 657
Âge médian : 55 ans (47−62)

Tous âges :
5,2 % vs 1,8 %, p < 0,0001

≤ 40 ans :
HR = 1,02 (IC 99 % 0,17−6,22), p = 0,98
Âgées de 41 à 50 ans :
HR = 3,51 (IC 99 % 1,16−10,55), p = 0,003
Âgées de 51 à 60 ans :
HR = 3,15 (IC 99 % 1,49−6,65), p < 0,001
> 60 ans :
HR = 2,55 (IC 99 % 1,24−5,27), p < 0,001

Tous âges :
12,0 % vs 16,4 %, p = nd
HR = 0,65 (IC 99 % 0,52−0,81), p < 0,0001
≤ 40 ans :
HR = 0,56 (IC 99 % 0,34−0,92), p = 0,003
Âgées de 41 à 50 ans :
HR = 0,66 (IC 99 % 0,45−0,98), p = 0,007
Âgées de 51 à 60 ans :
HR = 0,69 (IC 99 % 0,46−1,04), p = 0,020
> 60 ans :
HR = 0,66 (IC 99 % 0,42−1,04), p = 0,019

Budapest
Aléatoire contrôlée par groupe témoin
Recrutement : 1995−1998
n = 627

Polgar et coll., 2002 [3, 4]
Suivi médian: 5,2 ans
a) avec boost vs b) sans boost
n = 307 vs 320
Âge médian : 54 ans (34−75) vs 54 ans (36−79)

nd

Avec et sans boost, < 40 ans vs ≥ 40 ans:
30,7 % vs 9,3 %3
RRm = 4,53 (IC 95 % 1,74−11,79), p = 0,0022

 Avec boost vs sans boost
< 40 ans : 27,1 % vs 34,4 %, p = nd3
≥ 40 ans : 5,8 % vs 13,2 %, p = 0,0673

Boost : surimpression du lit tumoral; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RRm : risque relatif issu d’une analyse multivariée; HR : hasard ratio (rapport de risque instantané); vs : versus.
1. Fibrose évaluée objectivement par le clinicien.
2. Résultat issu de l’analyse finale du suivi de 5 ans publiée sous forme d’abrégé (n = 627) [
4].
3. Résultat issu de l’analyse intérimaire du suivi de 3 ans (n = 207) à partir de laquelle les caractéristiques cliniques des patientes ont été extraites [
3].
Un seuil de significativité de p = 0,01 a été établi pour l’étude EORTC 22881−10882 [
2].
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

L’impact des marges chirurgicales sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral

L’impact des marges chirurgicales sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral a été évalué chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant dans deux études à répartition aléatoire et contrôlées par un groupe témoin de femmes qui n’avaient pas eu de surimpression [3, 4, 5]. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.

L’impact des marges chirurgicales comme facteur prédictif de récidive locale a été évalué à partir des données clinico-pathologiques de 1 616 patientes (groupe témoin vs groupe surimpression, n = 801 vs 815) de l’étude EORTC après un suivi médian de 18,2 ans [5]. Un total de 64 % des patientes présentaient des marges négatives (≥ 5 mm), 13 % des marges étroites (3 à 4 mm), 20 % des marges très étroites (≤ 2 mm) et 3 % des marges positives (présence d’encre sur la tumeur). Aucune différence significative n’a été rapportée concernant le risque de récidive locale suivant une surimpression en fonction de la largeur des marges chirurgicales obtenues.

L’étude de Budapest a évalué l’impact des marges sur l’ajout d’une surimpression chez des femmes atteintes d’un cancer du sein [3, 4]. Les caractéristiques cliniques ont été présentées précédemment. Après un suivi médian de 5,2 ans, l’étude a montré que les patientes avec des marges positives traitées avec et sans surimpression ont eu significativement plus de récidive locale que celles avec des marges négatives. La surimpression du lit tumoral a diminué significativement la récidive locale à 5 ans chez les patientes dont les marges chirurgicales étaient positives ou étroites (≤ 2 mm), mais pas chez celles avec des marges négatives.

Impact des marges chirurgicales sur l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie

Cohorte

Études et caractéristiques

Récidive locale

EORTC 22881-10882
Aléatoire et contrôlée par groupe témoin
Recrutement : 1989−1996
n = 1 616

Vrieling et coll., 2017 [5]
Suivi médian : 18,2 ans
Sans boost vs avec boost
n = 801 vs 815

Marges :
64 % marges nég. (n = 950)
13 % entre 3 et 4 mm (n = 187)
20 % ≤ 2 mm (n = 306)
3 % marges pos. (n = 51)

Marges entre 3 et 4 mm vs marges nég. :
HRu = 1,10 (IC 99 % 0,68−1,78), p = 0,70
Marges ≤ 2 mm vs marges nég. :
HRu = 0,97 (IC 99 % 0,64−1,47), p = 0,89
Marges pos. vs marges nég. :
HRu = 0,19 (IC 99 % 0,03−1,34), p = 0,10

Budapest
Aléatoire contrôlée par groupe témoin
Recrutement : 1995−1998
n = 627

Polgar et coll., 2002 [3, 4]
Suivi médian : 5,2 ans
Sans boost vs avec boost
n = 320 vs 307

Marges :1
87 % marges nég.
5 % ≤ 2 mm
8 % marges pos.

Avec et sans boost, marges pos. vs marges nég. :
32,4 % vs 9,1 %1
RRm = 4,17 (IC 95 % 1,50−11,57), p = 0,0062

Sans boost vs avec boost
Marges pos. ou ≤ 2 mm : 50,8 % vs 8,3 %, p < 0,042
Marges nég. : 11,6 % vs 6,8 %, p = 0,131

Boost : surimpression du lit tumoral; n : nombre de patientes; nég. : négatives; pos. : positives; RRm : risque relatif issu d’une analyse multivariée; HRu : hasard ratio (rapport de risque instantané) issu d’une analyse univariée; vs : versus.
1. Résultat issu de l’analyse intérimaire du suivi de 3 ans (n = 207) à partir de laquelle les caractéristiques cliniques des patientes ont été extraites [
3].
2. Résultat issu de l’analyse finale du suivi de 5 ans publiée sous forme d’abrégé (n = 627) [
4].
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Huit guides ont formulé des recommandations concernant l’utilisation d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein chez les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant. Les recommandations sont présentées dans le tableau ci-dessous en fonction de l’âge, du statut des marges ainsi que d’autres indications.

Recommandations concernant l’ajout d’une surimpression du lit tumoral à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein chez des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant

Guide de pratique

Recommandations

 

Âge

Marges

Autres indications

ASTRO/SSO/RANZCR, 2018 [6]

Recommandé pour :
• ≤ 50 ans (tout grade tumoral)
• âgées de 51 à 70 ans (avec grade tumoral élevé)
(recommandation forte, niveau de preuve modéré)

 Omission suggérée pour :
• > 70 ans dont la tumeur est positive pour les récepteurs hormonaux, de grade inférieur (ou intermédiaire) et réséquée avec des marges négatives ≥ 2 mm
(recommandation conditionnelle, niveau de preuve modéré)

Recommandé pour :
• marges positives
(recommandation forte, niveau de preuve modéré)

Recommandé pour :
• grade tumoral élevé, si âgées entre 51 et 70 ans
(recommandation forte, niveau de preuve modéré)

NCCN, 2017 [7]

Recommandé pour :
• < 50 ans
(recommandation de catégorie 2A)

Recommandé pour :
• marges positives étroites
(recommandation de catégorie 2A)

Recommandé pour :
• grade tumoral élevé
(recommandation de catégorie 2A)

St-Gall, 2017 [8]

Omission suggérée pour :
• ≥ 60 ans

 

Omission suggérée pour :
• grade tumoral inférieur
• profil biologique favorable

RCR, 2016 [9]

À considérer pour :
• < 50 ans
• ≥ 50 ans avec une tumeur de grade 3 et/ou présence d’un composante canalaire in situ étendue

 

À considérer pour :
• tumeur de grade 3 et/ou présence d’un composante canalaire in situ étendue, si âgées ≥ 50 ans

ESMO, 2015 [10]

Recommandé pour :
• < 50 ans
(niveau de preuve I, grade de recommandation A)

Recommandé pour :
• exérèse tumorale incomplète (marge focalement positive1
(niveau de preuve I, grade de recommandation A)

Recommandé pour :
• tumeur de grade 3
• composante canalaire in situ étendue
• présence d’un envahissement lymphovasculaire
(niveau de preuve I, grade de recommandation A)

Alberta Health Services, 2015 [11]

Recommandé pour :
• < 40 ans 

À considérer pour :
• ≥ 40 ans, selon les facteurs de risque

La largeur des marges n’est pas un critère

 

ACR, 2015 [12]

Recommandé pour :
• patientes plus jeunes

 

Recommandé pour :
• grade tumoral élevé

SIGN, 2013 [13]

Recommandé pour :
• ≤ 50 ans
(basé sur un niveau de preuve élevé)

À considérer pour :
• > 50 ans avec un grade tumoral élevé
(basé sur un niveau de preuve élevé)

 

À considérer pour :
• grade tumoral élevé, si âgées > 50 ans
(basé sur un niveau de preuve élevé)

ACR : American College of Radiology; ASTRO : American Society for Radiation Oncology; ESMO : European Society for Medical Oncology; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; RANZCR : The Royal Australian and New Zeland College of Radiologists; RCR : The Royal College of Radiologists; SIGN : Scottish Intercollegiate Guidelines Network; SSO : Society of Surgical Oncology.
1. Une révision chirurgicale devrait être préconisée en présence de marges étroites.

Références
1.

Kindts I, Laenen A, Depuydt T, Weltens C. Tumour bed boost radiotherapy for women after breast-conserving surgery. Cochrane Database Syst Rev 2017;11:CD011987.

2.

Bartelink H, Maingon P, Poortmans P, Weltens C, Fourquet A, Jager J, Schinagl D, Oei B, Rodenhuis C, Horiot JC, Struikmans H, Van Limbergen E, Kirova Y, Elkhuizen P, Bongartz R, Miralbell R, Morgan D, Dubois JB, Remouchamps V, Mirimanoff RO, Collette S, Collette L. Whole-breast irradiation with or without a boost for patients treated with breast-conserving surgery for early breast cancer: 20-year follow-up of a randomised phase 3 trial. Lancet Oncol 2015;16(1):47-56.

3.

Polgar C, Fodor J, Orosz Z, Major T, Takacsi-Nagy Z, Mangel LC, Sulyok Z, Somogyi A, Kasler M, Nemeth G. Electron and high-dose-rate brachytherapy boost in the conservative treatment of stage I-II breast cancer first results of the randomized Budapest boost trial. Strahlenther Onkol 2002;178(11):615-623.

4.

C. Polgar JF, Z. Orosz, T. Major, Z. Sulyok, Z. Takacsi-Nagy, L. Mangel, A. Somogyi, G. Nemeth. Electron and brachytherapy boost in the conservative treatment of stage I-Il breast cancer: 5-year results of the randomized Budapest boost trial. Radiotherapy and Oncology 2002;64(Suppl 1):S15.

5.

Vrieling C, van Werkhoven E, Maingon P, Poortmans P, Weltens C, Fourquet A, Schinagl D, Oei B, Rodenhuis CC, Horiot JC, Struikmans H, Van Limbergen E, Kirova Y, Elkhuizen P, Bongartz R, Miralbell R, Morgan DA, Dubois JB, Remouchamps V, Mirimanoff RO, Hart G, Collette S, Collette L, Bartelink H. Prognostic Factors for Local Control in Breast Cancer After Long-term Follow-up in the EORTC Boost vs No Boost Trial: A Randomized Clinical Trial. JAMA Oncol 2017;3(1):42-48.

6.

Smith BD, Bellon JR, Blitzblau R, Freedman G, Haffty B, Hahn C, Halberg F, Hoffman K, Horst K, Moran J, Patton C, Perlmutter J, Warren L, Whelan T, Wright JL, Jagsi R. Radiation therapy for the whole breast: Executive summary of an American Society for Radiation Oncology (ASTRO) evidence-based guideline. Pract Radiat Oncol 2018; May - Jun;8(3):145-152.

7.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN). Breast cancer. Version 2.2017. Clinical Practice Guidelines in Oncology. Fort Washington, PA : NCCN; 2017. Disponible à : https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/default.aspx

8.

Curigliano G, Burstein HJ, E PW, Gnant M, Dubsky P, Loibl S, Colleoni M, Regan MM, Piccart-Gebhart M, Senn HJ, Thurlimann B, Andre F, Baselga J, Bergh J, Bonnefoi H, S YB, Cardoso F, Carey L, Ciruelos E, Cuzick J, Denkert C, Di Leo A, Ejlertsen B, Francis P, Galimberti V, Garber J, Gulluoglu B, Goodwin P, Harbeck N, Hayes DF, Huang CS, Huober J, Hussein K, Jassem J, Jiang Z, Karlsson P, Morrow M, Orecchia R, Osborne KC, Pagani O, Partridge AH, Pritchard K, Ro J, Rutgers EJT, Sedlmayer F, Semiglazov V, Shao Z, Smith I, Toi M, Tutt A, Viale G, Watanabe T, Whelan TJ, Xu B. De-escalating and escalating treatments for early-stage breast cancer: the St. Gallen International Expert Consensus Conference on the Primary Therapy of Early Breast Cancer 2017. Ann Oncol 2017;28(8):1700-1712.

9.

The Royal College of Radiologists (RCR). Postoperative radiotherapy for breast cancer: UK consensus statements. November 2016. London, UK : RCR; 2016. Disponible à: https://www.rcr.ac.uk/system/files/publication/field_publication_files/bfco2016_breast-consensus-guidelines.pdf

10.

Senkus E, Kyriakides S, Ohno S, Penault-Llorca F, Poortmans P, Rutgers E, Zackrisson S, Cardoso F. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 2015;26 Suppl 5:v8-30.

11.

Alberta Health Services (AHS). Adjuvant Radiation Therapy for Invasive Breast Cancer. Clinical Practice Guideline BR-005. Version 5. May 2015. Edmonton, AB : AHS; 2015. Disponible à: https://www.albertahealthservices.ca/assets/info/hp/cancer/if-hp-cancer-guide-br005-adjuvant-rt-invasive-breast.pdf

12.

American College of Radiology (ACR). ACR Appropriateness Criteria®. Conservative Surgery and Radiation-Stage I and II Breast Cancer. Reston, VA : ACR; 2015. Disponible à : https://acsearch.acr.org/docs/69351/Narrative/

13.

Scottish Intercollegiate Guidelines Network (SIGN). Treatment of primary breast cancer. SIGN publication no. 134. Edinburgh, UK : SIGN; 2013. Disponible à : https://www.sign.ac.uk/assets/sign134.pdf

3.6.5 Radiothérapie des aires ganglionnaires

3.6.5.1 Selon l'atteinte ganglionnaire

Concernant les femmes atteintes d’un cancer du sein présentant de 1 à 3 ganglions axillaires et traitées par chirurgie conservatrice du sein et curage axillaire, trois études ont montré un bénéfice significatif relatif à l’ajout de l’irradiation des aires ganglionnaires régionales à un traitement conventionnel de radiothérapie en termes de survie sans maladie, de survie sans maladie à distance et de mortalité spécifique au cancer du sein. Une étude prospective a montré une augmentation de la survie globale chez les patientes dont la chaine mammaire interne a été irradiée en plus d’une irradiation complète du sein, de la paroi thoracique, des ganglions sus-claviculaires et sous-claviculaires ainsi que des niveaux supérieurs (II et III) de l’aisselle. Toutefois, aucune étude n’a montré un bénéfice significatif de l’ajout de l’irradiation des aires ganglionnaire régionales chez les patientes atteintes d’un cancer du sein qui présentent de 1 à 3 ganglions positifs.

Études prospectives et à répartition aléatoire

Caractéristiques des études

Consensus d’experts et guides de pratique

Étude en cours

Études prospectives et à répartition aléatoire

Aucune étude à répartition aléatoire n’a évalué les volumes cibles de radiothérapie chez des femmes atteintes d’un cancer du sein présentant de 1 à 3 ganglions axillaires positifs traitées par chirurgie conservatrice du sein sans curage axillaire.

L’ajout de l’irradiation des aires ganglionnaires régionales à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein et d’un traitement conventionnel de radiothérapie a été évalué chez des femmes atteintes d’un cancer du sein présentant de 1 à 3 ganglions positifs dans une étude prospective et deux études à répartition aléatoire [1, 2, 3]. Toutefois, les patientes incluses dans ces études ont toutes eu un curage axillaire. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.

L’étude prospective populationnelle du Danish Breast Cancer Cooperative Group-Internal Mammary Nodes (DBCG-IMN) a évalué l’ajout de l'irradiation de la chaine mammaire interne chez des femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral droit (T1−2N1) comparativement à des femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral gauche dont la chaine mammaire interne n’a pas été irradiée en raison des risques de toxicité cardiaque associés aux effets radiques [1]. Le sein, les ganglions sous et sus-claviculaires ainsi que les niveaux II et III axillaires ont été irradiés chez toutes les patientes. Les détails du devis de l’étude ainsi que les caractéristiques cliniques des patientes sont présentés à la section Caractéristiques des études.

Après un suivi médian de 8,9 ans, la survie globale a été significativement supérieure chez les patientes qui ont eu une irradiation de la chaine mammaire interne comparativement aux patientes dont la chaine mammaire interne n’a pas été irradiée. Ce bénéfice a été observé chez les patientes traitées par mastectomie, mais pas chez celles traitées par chirurgie conservatrice du sein. Une analyse exploratoire de sous-groupes, selon la localisation tumorale et le nombre de ganglions axillaires atteints, a montré que le risque ajusté de mortalité a favorisé les patientes dont la chaine mammaire interne a été irradiée et dont la tumeur était médiale/centrale en présence ou non de 4 ganglions axillaires positif et plus, comparativement à celles dont la chaine mammaire interne n’a pas été irradiée (72,2 % contre 64,8 %, HRm = 0,76 (IC 95 % 0,66−0,89, p = 0,001). Les auteurs ont conclu que l’irradiation de la chaine mammaire interne a profité davantage aux patientes à risque élevé de développer une atteinte ganglionnaire au niveau de la chaine mammaire (celles présentant une tumeur médiale/centrale et celles avec 4 ganglions positifs et plus, indépendamment de la localisation tumorale) comparativement à l’ensemble des patientes (patientes à risque contre toutes les patientes; HRm = 0,76 contre 0,82). L’étude a aussi montré que la mortalité spécifique au cancer du sein a été significativement inférieure chez les patientes dont la chaine mammaire interne a été irradiée. De par son devis prospectif, l’étude n’a pas évalué les morbidités non létales, cardiaques ou autres liées aux effets radiques, ni la cardiotoxicité chez des patientes atteintes d’un cancer du sein unilatéral gauche car la chaine mammaire interne de ces patientes n’a pas été irradiée.

L’étude MA.20 du National Cancer Institute of Canada (NCIC) a évalué l’irradiation du sein et des aires ganglionnaires régionales (chaine mammaire interne, ganglions sus-claviculaires et niveau III axillaire) chez des femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral (T1−3N0-1) comparativement à des patientes qui ont eu une irradiation du sein uniquement (aires ganglionnaires/sein contre sein uniquement) [2]. Les détails du devis de l’étude ainsi que les caractéristiques cliniques des patientes sont présentés à la section Caractéristiques des études.

Après un suivi médian de 9,5 ans, la survie sans maladie, sans maladie locale et sans maladie à distance a été significativement supérieure chez les patientes dont les aires ganglionnaires ont été irradiées comparativement aux patientes avec une irradiation du sein uniquement. Aucune différence significative n’a été observée quant à la mortalité spécifique au cancer du sein et à la survie globale entre les deux groupes de patientes. Les taux de mortalité cardiaque ont été similaires entre les deux groupes de patientes (1,2 %). De plus, une analyse de sous-groupes en fonction du nombre de ganglions atteints n’a montré aucun avantage de l’irradiation des aires ganglionnaires chez les patientes qui présentaient entre 1 et 3 ganglions positifs en termes de survie sans maladie et de survie globale (test d’interaction entre les sous-groupes pour la survie sans maladie et la survie globale établi avec une valeur p = 0,65 et p = 0,88, respectivement). Toutefois, les auteurs ont noté un manque de puissance statistique dans les analyses de sous-groupes prédéterminées, qui ne permettait pas une évaluation adéquate des paramètres cliniques en fonction du nombre de ganglions atteints. Plus de cas de morbidité associés aux effets radiques (grade 2 et plus) ont été observés chez les patientes dont les aires ganglionnaires ont été irradiées, dont la pneumonite, la dermatite, le lymphœdème, les télangiectasies cutanées et la fibrose sous-cutanée. De plus, aucune analyse multivariée n’a été effectuée concernant les issues cliniques secondaires (survie sans maladie, sans maladie locale et sans maladie à distance).

L’étude de l’European Organization for Research and Treatment of Cancer (EORTC 22922/10925) a évalué l’irradiation du sein et des aires ganglionnaires régionales (chaine mammaire interne et ganglions sus-claviculaires) chez des femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral comparativement à des patientes qui ont eu une radiothérapie du sein uniquement (aires ganglionnaires/sein contre sein uniquement) [3]. Les détails du devis de l’étude ainsi que les caractéristiques cliniques des patientes sont présentés à la section Caractéristiques des études.

Après un suivi médian de 10,9 ans, la survie sans maladie et sans maladie à distance a été significativement supérieure chez les patientes dont les aires ganglionnaires ont été irradiées comparativement aux patientes dont uniquement le sein a été irradié. Aucune différence significative de survie globale n’a été observée entre les deux groupes de patientes. Une analyse exploratoire de sous-groupes selon des facteurs de stratification prédéterminés, dont le nombre de ganglions positifs, a montré qu’aucun de ces facteurs n’était prédictif en termes de survie sans maladie et de survie globale (tous facteurs, p > 0,10). L’étude a aussi montré que la fibrose pulmonaire a été significativement supérieure chez celles dont les aires ganglionnaires ont été irradiées.

Impact de l’irradiation des aires ganglionnaires régionales à la suite d’une chirurgie conservatrice du sein chez des femmes atteintes de cancer du sein présentant de 1 à 3 ganglions positifs

Étude, devis et caractéristiques

Morbidité

Récidive à distance et

survie sans maladie

Mortalité spécifique

au cancer du sein

Survie globale

DBCG-IMN
Thorsen et coll., 2016 [1]

 Prospective
n = 1 492 vs 1 597
Âge médian : 56 ans (22−70)
Suivi médian : 8,9 ans 

Avec CMI vs sans CMI

nd

Récidive à distance

Toutes patientes :
27,4 % vs 29,7 %
HRm = 0,89 (IC 95 % 0,77−1,01)1
p = 0,07
1−3 gg pos. :
HRm = 1,04 (IC 95 % 0,84−1,28)1
4−9 gg pos. :
HRm = 0,84 (IC 95 % 0,67−1,07)1
≥ 10 gg pos. :
HRm = 0,77 (IC 95 % 0,60−0,98)1

 

Survie sans maladie
nd

 

Toutes patientes :
20,9 % vs 23,4 %
HRm = 0,85 (IC 95 % 0,73−0,98)1
p = 0,03
1−3 gg pos. :
HRm = 1,08 (IC 95 % 0,84−1,38)1
4−9 gg pos. :
HRm = 0,72 (IC 95 % 0,55−0,94)1
≥10 gg pos. :
HRm = 0,76 (IC 95 % 0,58−0,98)1

Toutes patientes :
75,9 % vs 72,2 %
HRm = 0,82 (IC 95 % 0,72−0,94)1
p = 0,005
Mastec. :
72,6 % vs 68,0 %
HRm = 0,83 (IC 95 % 0,71−0,97)2
CCS :
82,0 % vs 80,3 %
HRm = 0,82 (IC 95 % 0,63−1,07)2
1−3 gg pos. :
83,0 % vs 82,8 %
HRm = 0,97 (IC 95 % 0,78−1,20)1
4−9 gg pos. :
73,5 % vs 65,7 %
HRm = 0,71 (IC 95 % 0,56−0,91)1
≥10 gg pos. :
52,4 % vs 39,8 %
HRm = 0,77 (IC 95 % 0,60−0,99)1

MA.20
Whelan et coll., 2015 [2]

Répartition aléatoire et contrôlée
n = 916 vs 916
Âge médian : 53 ans (23−84)
Suivi médian: 9,5 ans 

Aires gg/sein vs sein

Aigüe3

Fatigue : 19,0 % vs 18,2 %, p = 0,67
Douleur : 5,9 % vs 4,3 %, p = 0,14
Pneumonite : 1,2 % vs 0,2 %, p = 0,01
Dermatite : 49,5 % vs 40,1 %, p < 0,001

 

Retardée3

Cardiaque : 0,9 % vs 0,4 %, p = 0,26
Lymphœdème : 8,4 % vs 4,5 %, p = 0,001
Neuropathie : 2,5 % vs 1,8 %, p = 0,42
Fibrose pulmonaire : 0,4 % vs 0,3 %, p = 0,72
Télangiectasie cutanée : 6,9 % vs 4,3 %, p = 0,02
Fibrose sous-cutanée : 4,1 % vs 2,0 %, p = 0,01
Cancer secondaire : 11,0 % vs 10,0 %, p = 0,544

Survie sans maladie

Toutes patientes :
82,0 % vs 77,0 %
HRu = 0,76 (IC 95 % 0,61−0,94)
p = 0,01
Aucun gg pos. :
83,7 % vs 72,4 %
HRu = 0,55 (IC 95 % 0,28−1,09)
1 gg pos. :
83,5 % vs 80,9 %
HRu = 0,85 (IC 95 % 0,61−1,18)
2−3 gg pos. :
74,8 % vs 67,6 %
HRu = 0,74 (IC 95 % 0,53−1,04)
>3 gg pos. :
69,8 % vs 60,3 %
HRu = 0,71 (IC 95 % 0,34−1,48) 

Survie sans maladie locale :
95,2 % vs 92,2 %
HRu = 0,59 (IC 95 % 0,39−0,88)
p = 0,009

Survie sans maladie à distance :
86,3 % vs 82,4 %
HRu = 0,76 (IC 95 % 0,60−0,97)
p = 0,03

10,3 % vs 12,3 %
HR = 0,80 (IC 95 % 0,61−1,05)
p = 0,11

Toutes patientes :
82,8 % vs 81,8 %
HRm = 0,91 (IC 95 % 0,72−1,13)5
p = 0,38
Aucun gg pos. :
83,9 % vs 79,8 %
HRu = 0,78 (IC 95 % 0,37−1,62)
1 gg pos. :
84,5 % vs 84,3 %
HRu = 0,99 (IC 95 % 0,72−1,36)
2−3 gg pos. :
82,1 % vs 79,2 %
HRu = 0,85 (IC 95 % 0,59−1,21)
>3 gg pos. :
76,6 % vs 71,4 %
HRu = 0,79 (IC 95 % 0,36−1,73)

EORTC 22922/10925
Poortmans et coll., 2015 [3]

 Répartition aléatoire et contrôlée
n = 2 002 vs 2 002
Âge moyen : 54 ans (19−75)
Suivi médian: 10,9 ans

Aires gg/sein vs sein

Fibrose pulmonaire : 4,4 % vs 1,7 %, p < 0,001
Fibrose cardiaque : 1,2 % vs 0,6 %, p = 0,06
Maladie cardiaque : 6,5 % vs 5,6 %, p = 0,25

Survie sans maladie

Toutes patientes :
72,1 % vs 69,1 %
HRu = 0,89 (IC 95 % 0,80−1,00)
p = 0,044
Aucun gg pos. :
HRu = 0,85 (IC 95 % 0,70−1,02)
1−3 gg pos. :
HRu = 0,89 (IC 95 % 0,75−1,05)
4−9 gg pos. :
HRu = 0,91 (IC 95 % 0,69−1,22)
>9 gg pos. :
HRu = 1,02 (IC 95 % 0,62−1,67)

 

Survie sans maladie à distance :

78,0 % vs 75,0 %
HRu = 0,86 (IC 95 % 0,76−0,98)
p = 0,02

12,5 % vs 14,4 %
HR = 0,82 (IC 95 % 0,70−0,97)
p = 0,018

Toutes patientes :
82,3 % vs 80,7 %
HRu = 0,87 (IC 95 % 0,76−1,00)
p = 0,06
Aucun gg pos. :
HRu = 0,79 (IC 95 % 0,61−1,02)
1−3 gg pos. :
HRu = 0,89 (IC 95 % 0,73−1,09)
4−9 gg pos. :
HRu = 0,85 (IC 95 % 0,61−1,17)
>9 gg pos. :
HRu = 1,00 (IC 95 % 0,59−1,71)

Aires gg : aires ganglionnaires; CMI : chaine mammaire interne; CCS : chirurgie conservatrice du sein; gg : ganglion; IC : intervalle de confiance; n : nombre de patientes; mastec. : mastectomie; nd : non disponible; pos. : positifs; HRu : hazard ratio (rapport de risques instantanés) issu d’une analyse univariée; HRm : hazard ratio (rapport de risque instantané) issu d’une analyse multivariée; vs : versus.
1. Issue d’une analyse multivariée ajustée selon le statut des récepteurs hormonaux (estrogène et progestérone) et le type histologique (lobulaire ou canalaire).
2. Issue d’une analyse multivariée ajustée selon l’âge, la taille tumorale, le nombre de ganglions atteints, le grade tumoral, la localisation tumorale, le statut ménopausique, le statut des récepteurs hormonaux (estrogène et progestérone) et le type histologique (lobulaire ou canalaire).
3. Morbidité attribuée aux effets radiques de grade 2 et plus.
4. Selon les auteurs, la durée du suivi de l’étude n’a pas été suffisamment longue pour observer une différence concernant les taux de cancer secondaire.
5. Issue d’une analyse multivariée ajustée selon le nombre de ganglions axillaires retirés, le nombre de ganglion axillaires positifs et les traitements systémiques (chimiothérapie et hormonothérapie)
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Caractéristiques des études

Afin de mesurer la portée des résultats présentés précédemment, les principales caractéristiques des études retenues ont été regroupées dans le tableau suivant. Plusieurs différences sur le plan du devis expérimental, des critères d’inclusion et des traitements de radiothérapie complexifient l’interprétation des résultats et rendent difficile la détermination des volumes cibles à irradier chez ces patientes.

Les études ont toutes été planifiées au début des années 2000 de sorte qu’aucune n’a évalué l’effet de l’irradiation des aires ganglionnaires en fonction des sous-types moléculaires de la tumeur, dont le statut d’expression HER2. Les trois études ont inclus des patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein; la proportion différait toutefois entre les études. Les résultats de l’étude DGCG-IMN, qui a inclus des femmes traitées par mastectomie et par chirurgie conservatrice du sein, ont été rapportés en fonction du type de chirurgie employé contrairement à ceux de l’EORTC. Les patientes sans atteinte ganglionnaire (N0) étaient admissibles dans deux études, mais les critères de sélection différaient (patientes à risque élevé dans MA.20 et patientes présentant une tumeur médiale/centrale dans EORTC 22922/10925). La proportion de ganglions axillaires positifs (N+) et celle des femmes qui présentaient de 1 à 3 ganglions positifs différait aussi entre les études. Les trois études ont tenu compte du nombre de ganglions atteints dans les analyses de sous-groupes. Toutefois, en raison d’un manque de puissance statistique dans les analyses de sous-groupes noté par les auteurs des trois études, l’évaluation des issues cliniques en fonction du nombre de ganglions atteints n’a pu être réalisée correctement. À l’exception de l’étude du DGCG-IMN, il est difficile de discriminer quelles régions des aires ganglionnaires ont eu un impact sur les issues cliniques évaluées, puisque la chaine mammaire interne et les aires ganglionnaires sus-claviculaires ont été irradiées simultanément dans les études MA.20 et EORTC 22922/10925. De plus, la radiothérapie de la paroi thoracique était laissée à la discrétion de l’équipe soignante dans l’étude de l’EORTC contrairement aux deux autres études.

Caractéristiques des études qui ont évalué l’ajout de l’irradiation des aires ganglionnaires chez des patientes présentant de 1 à 3 ganglions positifs traitées par chirurgie conservatrice du sein

 

DGCG-IMN, 2016 [1]

MA.20, 2015 [2]

EORTC 22922/10925, 2015 [3]

Année de recrutement

2003−2007

2000−2007

1996-2004

n

3 089

1 832

4 004

Âge médian

56

54

54

Suivi médian (année)

8,9

9,5

10,9

gg positifs (% 1−3 gg)

100 % (59 %)

90 % (85 %)

56 % (43 %)

CT et HT (%)

18 % et 47 %

90 % et 76 %

25 % et 30 %

Chirurgie

35 % CCS et 65 % mastec.

100 % CCS

76 % CCS et 24 % mastec.

Curage axillaire

100 %

96 %

93 %

Critère principal d’inclusion

N+1

N+ ou N0 à risque élevé3

tumeur médiale/centrale N+ et N05

Site irradiés

sein/paroi/SC/IC/aisselle niv II-III ± CMI2

sein ± (CMI/SC/aisselle niv III)4

sein/paroi6 ± (CMI/SC)

Dose de RT

48 Gy/24 fx

50 Gy/25 fx

50 Gy/25 fx

CCS : chirurgie conservatrice du sein; CMI : chaine mammaire interne; CT : chimiothérapie; fx : fraction; gg : ganglions; Gy : gray; HT : hormonothérapie; IC : région infra-claviculaire; mastec. : mastectomie; n : nombre de patientes; N+ : atteinte ganglionnaire positive; N0 : aucune atteinte ganglionnaire; niv. : niveau; paroi : paroi thoracique; RT : radiothérapie; SC : région supra-claviculaire.
1. Toutes les patientes présentaient une atteinte ganglionnaire et toutes ont eu un curage axillaire (niveaux I et II).
2. Le niveau I de l’aisselle a aussi été irradié chez les patientes qui présentaient six ganglions positifs et plus (18 %). Pour la chaine mammaire interne, les ganglions mammaires internes situés entre le premier et le quatrième espace intercostal ont été irradiés.
3. L’étude a inclus des patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein qui ont eu une biopsie du ganglion sentinelle avec ou sans atteinte ganglionnaire. Ces patientes devaient toutefois présenter un risque élevé défini par une taille tumorale ≥ 5 cm ou une taille tumorale ≥ 2 cm dont moins de 10 ganglions axillaires retirés, et l’une des caractéristiques suivantes : une histologie de grade 3, un statut négatif des récepteurs de l’œstrogène (ER) ou un envahissement lymphovasculaire.
4. Les ganglions mammaires internes situés au niveau des trois espaces intercostaux supérieurs ainsi que les ganglions axillaires (niveau III) et sus-claviculaires ont été irradiés chez les patientes du groupe des aires ganglionnaires.
5. L’étude a inclus des patientes atteintes d’un cancer de stades I, II ou III dont la tumeur primaire était centrale ou médiale, indépendamment de l’atteinte ganglionnaire, et des patientes présentant une tumeur externe avec atteinte ganglionnaire.
6. L’irradiation de la paroi thoracique pour les patientes traitées par mastectomie était laissée à la discrétion de l’équipe soignante. Pour les patientes du groupe des aires ganglionnaires, les ganglions mammaires internes situés au niveau des trois premiers espaces intercostaux ainsi que les ganglions médiaux sus-claviculaires ont été irradiés
.

Consensus d’experts et guides de pratique

Cinq guides de pratique clinique ont formulé des recommandations concernant l’irradiation des aires ganglionnaires régionales chez les femmes atteintes d’un cancer du sein avec atteinte ganglionnaire. Les recommandations de ces guides ont toutes été formulées à partir des études DGCG-IMN, MA.20 et EORTC 22922/10925 [1, 2, 3]. Elles sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Résumé des recommandations concernant l’irradiation des aires ganglionnaires régionales chez des patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein avec une atteinte ganglionnaire

Guide de pratique

Recommandations

 

Niveau du risque

Volumes cibles

NCCN, v1. 2018 [4]

 

Indication : Pour le traitement locorégional d’un cancer du sein T1−3N0−1M0 traité par chirurgie conservatrice du sein avec curage axillaire pour en déterminer l’atteinte.

≥ 4 ganglions axillaires positifs

Recommandé pour :
• sein avec ou sans surimpression au lit tumoral
• régions sous-claviculaires et sus-claviculaires
• chaine mammaire interne
• toutes régions axillaires à risque
(recommandation de catégorie 1)

1−3 ganglions axillaires positifs

Recommandé pour :
• sein avec ou sans surimpression au lit tumoral
(recommandation de catégorie 1)
À considérer fortement pour :
• régions sous-claviculaires et sus-claviculaires
• chaine mammaire interne
• toutes régions axillaires à risque
(recommandation de catégorie 2A)

ganglions axillaires négatifs

Recommandé pour :
• sein avec ou sans surimpression au lit tumoral
(recommandation de catégorie 2A)
À considérer pour :
• tumeur est médiale/centrale ou > 2 cm avec d’autres facteurs de risque (patientes jeunes ou envahissement lymphovasculaire étendu)
(recommandation de catégorie 2A)

RCR, 2016 [5]

Indication : Pour les patientes chez qui une radiothérapie locorégionale a été recommandée.

1−3 ganglions axillaires positifs dont la tumeur est centrale/médiale

À considérer :
• chaine mammaire interne

St-Gall, 2017 [6]

Indication : Pour les patientes atteintes d’un cancer du sein pN1.

≥ 4 ganglions axillaires positifs

Recommandé pour :
• aires ganglionnaires régionales

1 à 3 ganglions axillaires positifs :

 

• présence de caractéristiques défavorables (≤ 40 ans, absence/faible expression ER, grade 3, envahissement lymphovasculaire étendue)

Recommandé pour :
• aires ganglionnaires régionales

• absence de caractéristiques défavorables


Pourrait être omis1

ESMO, 2015 [7]

ganglions axillaires positifs

Indiqué pour :2
• aires ganglionnaires régionales
(niveau de preuve I, grade de recommandation B)

ACR : American College of Radiology; ASCO : American Society of Clinical Oncology; ASTRO : American Society for Radiation Oncology; ER : estrogen receptor (récepteur de l’estrogène); ESMO : European Society for Medical Oncology; NCCN : National Comprehensive Cancer Network; RCR : The Royal College of Radiologists; SSO : Society of Surgical Oncology.
1. Le bénéfice potentiel de l’irradiation des aires ganglionnaires régionales devrait être comparé aux risques de toxicité, de pneumonite et de lymphœdème.
2. Toutefois, les volumes cibles qu’il est important d’irradier ne peuvent être précisés.

Étude en cours

Étude

Objectif principal et paramètres d’évaluation

Population admissible

Stratification

TAILOR RT/MA.39, NCT03488693

A Randomized Trial of Regional Radiotherapy in Biomarker Low Risk Node Positive Breast Cancer

Phase III, à répartition aléatoire et contrôlée

Date de l’achèvement primaire : décembre 2027

Comparer l’effet d’une radiothérapie régionale chez des patientes atteintes de cancer du sein à faible risque de récidive comparativement à un groupe de patientes sans radiothérapie.1

Principal : récidive locale et à distance à 10 ans

Secondaires : morbidité, qualité de vie, récidive locale, régionale et à distance, survie sans récidive, sans maladie et globale, mortalité

−Cancer du sein infiltrant traité par mastec. ou CCS, sans métastases
−HER2 négative
−1−3 gg positifs (> 2 mm)

 

POSNOC, NCT02401685

 

POsitive Sentinel NOde : adjuvant therapy alone versus adjuvant therapy plus Clearance or axillary radiotherapy

Répartition aléatoire et contrôlée, multicentrique

Date d’achèvement primaire : mars 2023

Déterminer si un traitement adjuvant, CT et/ou HT, n’est pas inférieur à un traitement adjuvant en combinaison avec un traitement axillaire, soit un curage des ganglions axillaires ou une RT axillaire2.

Principal : récidive axillaire à 5 ans

Secondaires : morbidité, qualité de vie, anxiété, récidive locale, régionale et à distance, survie sans récidive axillaire, sans maladie et globale, cancer du sein controlatéral.

−Cancer du sein infiltrant unifocal ou multifocal traité par mastec. ou CCS
−Taille tumorale ≤ 5 cm
−cN0
−1−2 ggS positifs (> 2 mm)

−Âge (< 50 ans vs ≥ 50 ans)
−Type de chirurgie (CCS vs mastec.)
−statut RE (positif vs négatif)
−Nombre de ggS (1 vs 2)

CCS : chirurgie conservatrice du sein; ggS : ganglion sentinelle; HT : hormonothérapie; mastec. : mastectomie; RE : récepteurs estrogéniques; RT : radiothérapie; vs : versus.
1. La chaine mammaire interne, les niveaux axillaires non disséqués et les ganglions sus-claviculaires seront irradiés chez les patientes du groupe radiothérapie.
2. Les participantes des deux groupes peuvent recevoir une radiothérapie adjuvante du sein ou de la paroi thoracique. Toutefois, seules les patientes du groupe traitement axillaire peuvent recevoir une irradiation de l’aisselle ou de la fosse sus-claviculaire.

3.6.5.2 Radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionaires

Bien que des études soient en cours (SAPHIRE, HYPOG-01, The Skagen Trial 1), aucune étude à répartition aléatoire n’a comparé l’effet d’une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales à un fractionnement conventionnel. Sept études (deux comparatives et cinq non comparatives) ont évalué l’effet d’une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires chez des femmes atteintes d’un cancer du sein. Toutefois, la faiblesse significative de leur qualité méthodologique rend impossible la comparaison des études entre elles et compromet la validité externe. Les sous-groupes de patientes pour qui l’emploi de l’hypofractionnement des aires ganglionnaires régionales serait approprié ne peuvent être précisés.

 

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur la récidive et la survie

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur les résultats cosmétiques et la toxicité

Limites des études

Études en cours

Consensus d’experts et guides de pratique

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur la récidive et la survie

Six études ont évalué l’effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur la récidive et la survie chez des femmes atteintes d’un cancer du sein [8, 9, 10, 11, 12, 13]. Une étude a comparé des femmes qui ont eu une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales (> 2 Gy/fraction) à un groupe de femmes qui ont eu une radiothérapie avec un fractionnement conventionnel (≤ 2 Gy/fraction) et cinq études ont évalué la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sans groupe comparateur. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.

L’étude comparative (fractionnement conventionnel contre hypofractionnement, FC contre HF) de Pinitpatcharalert et coll. n’a montré aucune différence concernant la récidive locale, la récidive métastatique et la survie sans maladie à 5 ans [8]. Toutefois, la survie globale a été significativement supérieure chez les femmes qui ont eu une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales. Les caractéristiques cliniques de base des patientes étaient similaires, sauf pour l’obtention de marges chirurgicales négatives (92,6 % contre 80,6 %, p = 0,010) et l’emploi d’un régime de chimiothérapie à base de CMF (cyclophosphamide/méthotrexate/5-fluorouracil, 29,1 % contre 16,4 %, p = 0,016) qui était significativement plus fréquent chez celles traitées par hypofractionnement comparativement aux patientes à qui on a administré un fractionnement conventionnel [8].

Cinq études non comparatives ont évalué la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales en termes de récidive et de survie chez les femmes atteintes d’un cancer du sein. Les récidives locales/locorégionales ont varié de 0 % à 10 % dans les études (0 %, 0 %, 2,7 %, 4,4 % et 10,0 %) et les récidives métastatiques de 4,3 % à 28,0 % (4,3 %, 6,0 %, 12,2 %, 12,4 % et 28,0 %) [9, 10, 11, 12, 13]. Quatre études non comparatives ont aussi évalué la récidive ganglionnaire régionale. L’étude de Doré et coll. a montré une récidive ganglionnaire chez 3,6 % des patientes pour un nombre total de cinq cas dont quatre patientes ont eu une récidive à l’aisselle et une patiente a eu une récidive à la région supraclaviculaire [12]. Bellefqih et coll. ont rapporté que, sur un nombre total de 12 cas de récidive locorégionale, 6 cas de récidive ont été observés au sein ou à la paroi thoracique, 6 cas à la région supraclaviculaire et 5 cas au niveau de l’aisselle [10]. L’étude de Shahid et coll. a rapporté que les récidives locales ont été observées à la cicatrice de la mastectomie (80 %), à la région supraclaviculaire (15 %) et à l’aisselle (5 %) [13]. Finalement, l’étude Shin et coll n’a observé aucune récidive ganglionnaire régionale [11].

La survie sans maladie et la survie globale ont été évaluées dans trois études non comparatives. La survie sans maladie a été de 94 %, 84,4 % et 71 %, alors que la survie globale a été de 96 %, 86,6 % et 82 % dans les études de Yadav et coll., de Bellefqih et coll. et de Shahid et coll., respectivement [9, 10, 13]. La survie spécifique au cancer du sein a été de 95,6 % et de 91,3 % dans les études de Shin et coll et de Doré et coll. [11, 12].


Certains éléments pourraient expliquer la variabilité des résultats relatifs à la récidive et à la survie dans les études; ils sont davantage détaillés dans la section Limites des études.

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur la récidive et la survie chez les femmes atteintes d’un cancer du sein

Étude et devis

Caractéristiques

Récidive

Survie et mortalité

Étude avec comparateur (FC vs HF)

Pinitpatcharalert et coll., 2011 [8]
Thaïlande
Rétrospective
Recrutement = 2004−2006 

FC (50 Gy/25 fx) vs
HF (42,4−47,7 Gy/16−18 fx)
n = 67 vs 148

Suivi médian = 39 mois (29−50)
Âge médian = 49 ans (44−56)

pN0 : 19 % vs 20 %
pN1 : 40 % vs 28 %
pN2−3 : 40 % vs 51 %

T3−4 : 40 % vs 54 %


Chx :
100 % mastectomie

Aires gg. traitées :
SC = 100 % vs 100 %
Aisselle : 33 % vs 31 %

À 5 ans :
Locorégionale : 1,5 % vs 2,0 %
Métastatique à distance : 4,5 % vs 2,0 %
Locorégionale et métastatique à distance : 1,5 % vs 1,4 %


Contrôle locorégional, à 5 ans
86,6 % vs 85,8 %, p = 0,852

Survie, à 5 ans :
Sans maladie : 62,7 % vs 69,6 %, p = 0,136
Globale : 62,7 % vs 73,0 %, p = 0,048

Étude sans comparateur (HF seulement)

Yadav et coll., 2018 [9]
Inde
Prospective
Recrutement = 2013−2014

HF : 34 Gy/10 fx
n = 50

Suivi médian = 39 mois (14−48)
Âge médian = 51 ans (26−75)

pN0 : 46 %
pN1/pN2/pN3 : 42 %/10 %/2 %

T3−4 : 34 %


Chx :
Mastectomie = 80 %
CCS = 20 %


Aires gg. traitées :
SC = 100 %

À 3 ans :
Locale : 0 %
Métastatique à distance : 6 %

Survie, à 3 ans :
Sans maladie : 94 %
Globale : 96 %

Bellefqih et coll., 2016 [10]
Maroc
Rétrospective
Recrutement = 2009−2011

HF : 42 Gy/15 fx
n = 257

Suivi médian = 64 mois (11−88)
Âge médian = 47 ans (22−80)

pN0 : 0 %
pN1/pN2/pN3 : 56 %/30 %/14 %

T3−4 : 22 %


Chx :
Mastectomie = 80 %
CCS = 20 %


Aires gg. traitées :
SC = 100 %

À 5 ans :
Locorégionale : 2,7 %
Métastatique à distance : 12,4 %
Locorégionale et métastatique à distance : 3,5 %


Facteurs pronostiques−Récidive locorégionale :
Âge < 50 ans :
HRm = nd, p = 0,13
Envahissement lymphovasculaire :
HRu = nd, p = 0,33
Grade 3 :
HRm = 2,8 (IC 95 % 1,0−7,5), p = 0,04
Récepteurs hormonaux négatifs :
HRm = nd, p = 0,18
HER2+ :
HRu = nd, p = 0,9
pT3−4 :
HRm = nd, p = 0,5

N2−3 :
HRm = 3,0 (IC 95 % 1,0−8,6), p = 0,04
Ratio N+/N- (> 0,65) :
HRm = nd, p = 0,8

Facteurs pronostiques−Récidive métastatique à distance :
Âge < 50 ans :
HRu = nd, p = 0,9
Envahissement lymphovasculaire :
HRm = 2,3 (IC 95 % 1,1−4,6), p = 0,02
Grade 3 :
HRm = nd, p = 0,2
Récepteurs hormonaux négatifs :
HRm = 0,37 (IC 95 % 0,1−0,7), p = 0,007
HER2+ :
HRu = nd, p = 0,36
pT3−4 :
HRm = 2,3 (IC 95 % 1,3−4,4), p = 0,006
N2−3 :
HRm = nd, p = 0,317
Ratio N+/N- (> 0,65) :
HRm = 3,1 (IC 95 % 1,5−6,4), p = 0,001

Survie, à 5 ans :
Sans récidive locorégionale : 93,9 %
Sans maladie à distance : 83,1 %
Sans maladie : 84,4 %
Globale : 86,6 %


Facteurs pronostiques−Survie sans maladie
Âge < 50 ans :
HRu = nd, p = 0,7
Envahissement lymphovasculaire :
HRm = 1,9 (IC 95 % 1,0−3,6), p = 0,045
Grade 3 :
HRu = nd, p = 0,27
Récepteurs hormonaux négatifs :
HRm = 0,4 (IC 95 % 0,2−0,7), p = 0,005
HER2+ :
HRu = nd, p = 0,46
pT3−4 :
HRm = 2,7 (IC 95 % 1,5−4,8), p = 0,001
N2−3 :
HRm = nd, p = 0,07
Ratio N+/N- (> 0,65) :
HRm = 3,0 (IC 95 % 1,5−5,8), p = 0,001

Facteurs pronostiques−Survie globale
Âge < 50 ans :
HRu = nd, p = 0,48
Envahissement lymphovasculaire :
HRm = 2,2 (IC 95 % 1,0−4,9), p = 0,04
Grade 3 :
HRm = nd, p = 0,011
Récepteurs hormonaux négatifs :
HRm = 0,4 (IC 95 % 0,2−0,8), p = 0,015
HER2+ :
HRu = nd, p = 0,6
pT3−4 :
HRm = nd, p = 0,058
N2−3 :
HRu = nd, p = 0,020
Ratio N+/N- (> 0,65) :
HRm = 3,0 (IC 95 % 1,4−6,6), p = 0,005

Shin et coll., 2016 [11]
États-Unis
Prospective
Recrutement = 2009−2014

HF : 40,5 Gy/15 fx
n = 69

Suivi médian = 35 mois (2−66)
Âge médian = 56 ans (39−86)

pN0 : 3 %
pN1/pN2/pN3 : 3 %/71 %/23 %

T3−4 : 1 %


Chx :
Mastectomie = 100 %

Aires gg. traitées :
SC = 100 %
Aisselle (niv. III) = 100 %

À 3 ans :
Locale : 0 %
Régionale ganglionnaire : 0 %
À distance : 4,3 %

Spécifique au cancer du sein, à 3 ans : 95,6 %

Doré et coll., 2015 [12]
France
Rétrospective
Recrutement = 2004−2012

 

HF : 45 Gy/15 fx
n = 205

Suivi médian = 49 mois
Âge médian = 81 ans (52−91)

pN0 : 56 %
pN1/pN2/pN3 : 31 %/10 %/3 %

T3−4 : 13 %


Chx :
Mastectomie = 43 %
CCS = 57 %


Aires gg. traitées :
SC = 31 %
Aisselle = 4 %
CMI = 11 %

À 5 ans;
Locale : 4,4 %
Ganglionnaire : 3,6 %
Métastatique : 12,2 %


Facteurs pronostiques−Récidive locale :
Mastectomie :
HRu = 1,61 (IC 95 % 0,36−7,19), p = 0,534
Durée de la radiothérapie (> 42 jours) :
HRu = 0,50 (IC 95 % 0,06−4,15), p = 0,521
pN+ :
HRu = 6,97 (IC 95 % 0,83−58,2), p = 0,073

Triple négatif :
HRm = 7,19 (IC 95 % 1,35−38,17), p = 0,021
Chimiothérapie :
HRu = 6,81 (IC 95 % 1,30−35,76), p = 0,023
Âge :
HRu = 1,03 (IC 95 % 0,90−1,19), p = 0,638

Spécifique au cancer du sein, à 5 ans : 91,3 %

Shahid et coll., 2009 [13]
Pakistan
Étude randomisée contrôlée
Recrutement = 1998−2004

HF :
A : 27 Gy/5 fx; n = 100
B : 35 Gy/10 fx; n = 100
C : 40 Gy/15 fx; n = 100

Suivi médian = nd
Âge médian = nd (20−60 ans)

pN0 : nd1
pN1/pN2/pN3 : nd1

T3−4 : nd1

Chx :
Mastectomie = 100 %

Aires gg. traitées :
SC = 100 %
Aisselle = 100 %

À 5 ans :
Récidive locale (A vs B vs C) :
11 % vs 12 % vs 10 %, p = 0,91

Maladie métastatique (A vs B vs C) :
26 % vs 24 % vs 28 %

À 5 ans :
Mortalité spécifique au cancer du sein (A vs B vs C) :
17 % vs 18 % vs 20 %, p = 0,88

Survie sans maladie (A vs B vs C) :
71 % vs 72 % vs 71 %, p = 0,968

Survie globale (A vs B vs C) :
87 % vs 83 % vs 82 %, p = 0,89

         

Aires gg. : aires ganglionnaires; CCS : chirurgie conservatrice du sein; Chx : chirurgie; CMI : chaine mammaire interne; HF : hypofractionnement; FC : fractionnement conventionnel; fx : fraction; Gy : gray; IC : région infra-claviculaire; HRm : hasard ratio (rapport de risques instantanés) issu d’une analyse multivariée; HRu : hasard ratio (rapport de risques instantanés) issu d’une analyse univariée; n : nombre de patientes; nd : non déterminé; pNx : stade pathologique ganglionnaire; SC : région supra-claviculaire; T : stade tumoral; vs : versus.
1. Les détails à propos du stade pathologique ganglionnaire et du stade tumoral ne sont pas précisés dans l’étude. Toutefois, un graphique de la distribution du nombre de patientes selon le stade pathologique ganglionnaire et le stade tumoral montre qu’une majorité des cancers étaient pN1−3 (~ 90 %) et T3−4 (~ 75 %).

Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur les résultats cosmétiques et la toxicité

Les résultats cosmétiques et la toxicité associée aux effets néfastes de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales ont été évalués dans deux études comparatives avec un fractionnement conventionnel des aires ganglionnaires régionales ainsi que dans cinq études non comparatives [8, 9, 10, 11, 12, 13, 14]. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant.

Dans l’étude comparative de Pinitpatcharalert et coll., aucune différence significative en termes de fibrose, de lymphœdème, de plexopathie brachiale, de fracture costale et d’événement cardiovasculaire n’a été observée entre les deux fractionnements de radiothérapie [8]. De plus, aucune toxicité de grade 3 ou plus n’a été observée dans cette étude. Il importe de mentionner que les taux de plexopathie brachiale semblent plus élevés que ce qui est normalement rapporté (FC vs HF, 18,8 % vs 16,9 %).

Globalement, les études non comparatives n’ont observé aucune toxicité pulmonaire, plexopathie brachiale, fracture costale ou aucun événement cardiovasculaire. [9, 10, 11, 12, 13]. Du lymphœdème (grade 1−2) a été observé chez environ 5,0 % des patientes dans les études de Bellefqih et coll. et de Shin et coll. [10, 11]. Des cas de toxicité cutanée aiguë (grade 3 et plus) ont été peu souvent observés (2,0 % et 4,4 %) dans les études de Yadav et coll. et de Doré et coll., respectivement [9, 12]. Des cas de toxicité cutanée tardive (grade 3 et plus) ont été rapportés dans les études de Bellefqih et coll. et de Shin et coll. (1 % de fibrose et 1,8 % de rétraction mammaire, respectivement) [10, 11]. Seule l’étude de Shahid et coll. a rapporté des pneumonites (~ 5 %) ainsi qu’une réduction de la fraction d’éjection ventriculaire gauche (~ 5 %) [13]. Du lymphœdème de grade 3 a aussi été observé chez environ 10 % des patientes et, selon le protocole d’hypofractionnement employé, de 14 % à 37 % des patientes ont eu des manifestations de toxicité cutanée tardives de grade 3−4 [13].

Certains éléments pourraient expliquer la variabilité des résultats cosmétiques et de toxicité dans les études; ils sont davantage détaillés dans la section Limites des études.

Effet de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales sur les résultats cosmétiques et la toxicité chez les femmes atteintes d’un cancer du sein

Étude et devis

Caractéristiques

Résultat cosmétique

Effets indésirables et toxicité

Étude avec comparateur (FC vs HF)

Leong et coll., 2017 [14]
Canada
Rétrospective

Recrutement = 2007−2009

FC (45−50 Gy/25−28 fx) vs
HF (40−45 Gy/16−20 fx)
n = 302 vs 406


Suivi médian = 71 vs 67 mois
Âge médian = 53 vs 59 ans

Nbr gg+ : 3 (0−29) vs 3 (0−29)
T3−4 : nd1

 

Chx :
Mastectomie = 56 % vs 58 %
CCS = 44 % vs 42 %


Aires gg. traitées :
SC = 100 % vs 100 %
Aisselle (niv. III) = 100 % vs 100 %

non évalué

Symptômes au bras (grade ≥ 1)2 :
Œdème : 35 % vs 33 %, p = 0,86
Douleur :
37 % vs 33 %, p = 0,22
Raideur :
39 % vs 37 %, p = 0,57
Dysfonctionnement :
54 % vs 48 %, p = 0,06
Engourdissement :
48 % vs 44 %, p = 0,39
Mouvement limité : 52 % vs 43 %, p = 0,02

Symptômes à l’épaule (grade ≥ 1)2 :
Douleur : 32 % vs 30 %, p = 0,45
Raideur : 42 % vs 35 %, p = 0,04
Mouvement limité : 38 % vs 49 %, p = 0,004

Pinitpatcharalert et coll., 2011 [8]

Thaïlande
Rétrospective

Recrutement = 2004−2006

FC (50 Gy/25 fx) vs
HF (42,4−47,7 Gy/16−18 fx)

n = 67 vs 148

Suivi médian = 39 mois (29−50)
Âge médian = 49 ans (44−56)

pN0 : 19 % vs 20 %
pN1 : 40 % vs 28 %
pN2−3 : 40 % vs 51 %

T3−4 : 40 % vs 54 %


Chx :
100 % mastectomie

Aires gg. traitées :
SC = 100 % vs 100 %
Aisselle : 33 % vs 31 %

Changement d’apparence évalué par le clinicien, à 39 mois3 :
1,5 vs 1,0,
p = 0,242

À 5 ans (grade 1−2)4 :
Fibrose cutanée (n = 33 vs 89) : 30,3 % vs 47,4 %, p = nd
Fibrose pulmonaire (n = 30 vs 89) : 23,3 % vs 32,5 %, p = nd
Lymphœdème brachial (n = 30 vs 78) : 6,7 % vs 15,4 %, p = nd
Plexopathie brachiale (n = 32 vs 77) : 18,8 % vs 16,9 %, p = nd
Fracture costale (n = 30 vs 89) : 0 % vs 1,1 %, p = nd
Événement cardiovasculaire (n = 33 vs 79) : 3,0 % vs 3,8 %, p = 0,66

Étude sans comparateur (HF seulement)

Yadav et coll., 2018 [9]
Inde
Prospective

Recrutement = 2013−2014

HF : 34 Gy/10 fx
n = 50

 

Suivi médian = 39 mois (14−48)

Âge médian = 51 ans (26−75)

pN0 : 46 %
pN1/pN2/pN3 : 42 %/10 %/2 %

T3−4 : 34 %


Chx :
Mastectomie = 80 %
CCS = 20 %


Aires gg. traitées :
SC = 100 %

CCS seulement (n = 10):
Bon à excellent : 80 % (n = 8)
Médiocre à passable : 20
 % (n = 2)

Toutes patientes6 :
Toxicité cutanée aiguë, à 6 mois (grade 1−2) : 68 %
Toxicité cutanée aiguë, à 6 mois (grade 3) : 2 %
Plexopathie brachiale : 0 %
Fracture costale : 0 %

Événement cardiovasculaire : 0 %
Pneumonite : 0 %
Cancer secondaire : 0 %

CCS seulement (n = 10)6 :
Toxicité cutanée aiguë, à 6 mois (grade 1−2) : 80 %
Œdème mammaire (grade 2) : 10 %
Fibrose (grade 2) : 10 %
Rétraction mammaire modérée : 20 %

Bellefqih et coll., 2016 [10]
Maroc
Rétrospective

Recrutement = 2009−2011

HF : 42 Gy/15 fx
n = 257

 

Suivi médian = 64 mois (11−88)
Âge médian = 47 ans (22−80)

pN0 : 0 %
pN1/pN2/pN3 : 56 %/30 %/14 %

T3−4 : 22 %


Chx :
Mastectomie = 80 %
CCS = 20 %


Aires gg. traitées :
SC = 100 %

non évalué

Toxicité tardive, à 5 ans (n = 228)7 :
Hyperpigmentation (grade 1−2) : 19,4 %
Télangiectasies (grade 1) : 12,3 %
Fibrose (grade 1−2) : 29,7 %
Fibrose (grade 3) : 1,0 %
Lymphœdème (grade 2) : 5,7 %
Plexopathie brachiale : 0 %
Fracture costale : 0 %
Événement cardiovasculaire et pulmonaire : 0 %

Shin et coll., 2016 [11]
États-Unis
Prospective

Recrutement = 2009−2014

HF : 40,5 Gy/15 fx
n = 69

 

Suivi médian = 35 mois (2−66)
Âge médian = 56 ans (39−86)

pN0 : 3 %
pN1/pN2/pN3 : 3 %/71 %/23 %

T3−4 : 1 %


Chx :
Mastectomie = 100 %

Aires gg. traitées :
SC = 100 %
Aisselle (niv. III) = 100 %

Évalué par la patiente (n = 53) :
Bon à excellent : 85 % (n = 45)
Médiocre à passable : 15
 % (n = 8)

Toxicité aiguë, (n = 69)8 :
Dermatite (grade 1−2) : 88,6 %
Douleur mammaire (grade 1−2) : 12,8 %
Œsophagite (grade 1−2) : 17,1 %


Toxicité tardive (≥ 2 mois, n = 55)8 :
Lymphœdème (grade 1−2,) : 5,0 %
Hyperpigmentation (grade 1) : 5,5 %
Fibrose (grade 1−2) : 23,6 %
Rétraction mammaire (grade 1−2) : 21,8 %
Rétraction mammaire (grade 3) : 1,8 %
Télangiectasies (grade 1) : 3,6 %
Œdème mammaire (grade 1) : 9,1 %
Douleur mammaire (grade 1) : 3,6 %
Plexopathie brachiale : 0 %

Doré et coll., 2015 [12]
France
Rétrospective

Recrutement = 2004−2012

HF : 45 Gy/15 fx
n = 205

 

Suivi médian = 49 mois
Âge médian = 81 ans (52−91)

pN0 : 56 %
pN1/pN2/pN3 : 31 %/10 %/3 %

T3−4 : 13 %


Chx :
Mastectomie = 43 %
CCS = 57 %


Aires gg. traitées :
SC = 31 %
Aisselle = 4 %
CMI = 11 %

non évalué

Toxicité cutanée aiguë8, selon la Chx:
Toutes patientes (grade 1−2) : 82,0 %
Toutes patientes (grade 3) : 4,4 %
Avec mastectomie (grade 1−2) : 84,3 %
Avec CCS (grade 1−2) : 80,2 %
Avec CCS (grade 3) : 6,9 %


Toxicité cutanée aiguë, selon les aires gg. traitées:
SC (grade 1−2) : 45,3 %
SC (grade 3) : 1,6 %
CMI (grade 1−2) : 68,2 %


Toxicité tardive (toutes patientes)8 :
Fibrose : 14,6 %
Hyperpigmentation : 8,3 %
Télangiectasies : 3,9 %
Plexopathie brachiale : 0 %
Fracture costale : 0 %
Événement cardiovasculaire ou pulmonaire : 0 %

Shahid et coll., 2009 [13]
Pakistan
Étude randomisée contrôlée

Recrutement = 1998−2004

HF :
A : 27 Gy/5 fx; n = 100
B : 35 Gy/10 fx; n = 100

C : 40 Gy/15 fx; n = 100
 

Suivi médian = nd
Âge médian = nd (20−60 ans)

pN0 : nd9
pN1/pN2/pN3 : nd9

T3−4 : nd9

Chx :
Mastectomie = 100 %

Aires gg. traitées :
SC = 100 %
Aisselle = 100 %

non évalué

Toxicité cutanée10 (grade 3−4; A, B et C) : 37 %, 25 % et 14 % Lymphœdème (grade 3; A, B et C) : 10 %, 9 % et 14 %
↓ Fraction d’éjection ventriculaire gauche11 (A, B et C) : 5 %, 6 % et 5 %
Pneumonite (A, B et C) : 4 %, 5 % et 5 %
Dysphagie/maux de gorge (A, B et C) : 18 %, 20 % et 15 %
Plexopathie brachiale : 0 %, 0 % et 0 %
Fracture costale : 0 %, 0 % et 0 %

Aires gg. : aires ganglionnaires; CCS : chirurgie conservatrice du sein; Chx : chirurgie; CMI : chaine mammaire interne; HF : hypofractionnement; FC : fractionnement conventionnel; fx : fraction; Gy : gray; IC : région infra-claviculaire; n : nombre de patientes; nd : non déterminé; pNx : stade pathologique ganglionnaire; SC : région supra-claviculaire; T : stade tumoral; vs : versus.

1. Les stades tumoraux ne sont pas détaillés; toutefois, un stade tumoral T4 était un critère d’exclusion de l’étude.

2. Les effets indésirables associés aux effets radiques ont été rapportés par les patientes à l’aide du questionnaire validé Self-reported Arm Symptom Scale composé de huit questions sur les effets indésirables au bras et à l’épaule et de cinq questions à propos des limitations fonctionnelles lors d’activités physiques quotidiennes selon une échelle critériée de 5 échelons [15].
3. Le changement d’apparence a été évalué à l’aveugle par deux cliniciens à l’aide de photographies et jugé minime (grade 1), modéré (grade 2) ou marqué (grade 3). Les résultats ont été rapportés selon un score globale médian (fractionnement conventionnel contre hypofractionnement; n = 31 contre 77).

4. La fibrose cutanée, la plexopathie brachiale et le lymphœdème ont été évalués selon les critères du Common Terminology Criteria of Adverse Events (CTCAE) v.3 [16]. Les pourcentages ont été calculés à partir des résultats bruts.

5. Les résultats cosmétiques ont été évalués selon l’échelle critériée du Harvard/National Surgical Adjuvant Breast−Bowel Project/RTOG.

6. Les cas de toxicité aiguë et tardive ont été évalués selon l’échelle critériée de morbidité du Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) [17].

7. Les cas de toxicité tardive ont été évalués selon l’échelle critériée Common Terminology Criteria of Adverse Events (CTCAE) v.4.03 [18].

8. Les cas de toxicité aiguë et tardive ont été évalués selon l’échelle critériée Common Terminology Criteria of Adverse Events (CTCAE) v.3 [16].

9. Les détails à propos du stade pathologique ganglionnaire et du stade tumoral ne sont pas précisés dans l’étude. Toutefois, un graphique de la distribution du nombre de patientes selon le stade pathologique ganglionnaire et le stade tumoral montre qu’une majorité des cancers étaient pN1−3 (~ 90 %) et T3−4 (~75 %).

10. Les cas de toxicité cutanée ont été évalués selon l’échelle critériée de morbidité du Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) [17].

11. Une réduction de la fraction d’éjection ventriculaire gauche d’au moins 10 % devait être observée pour être considérée comme cliniquement significative.
Les résultats en gras sont statistiquement significatifs.

Limites des études

Globalement, les études présentées précédemment sont de faible qualité méthodologique et très différentes les unes des autres en termes de critères d’inclusion, de caractéristiques cliniques de base des patientes et de protocole d’irradiation. Ces éléments peuvent expliquer la variabilité des résultats et compromettre la validité externe des études.


Les études provenaient de divers pays (Thaïlande, Inde, Maroc, États-Unis, France et Pakistan) et elles ont inclus un faible nombre de patientes (de 50 à 300 patientes). Le suivi médian a été court (de 35 à 64 mois), ce qui ne permet pas d’évaluer la toxicité à long terme dans ces études. De plus, les années de recrutement se sont étalées sur une période allant de 1998 à 2014, d’où l’emploi de divers régimes de chimiothérapie, parfois désuets [8].

Les critères d’inclusion différaient dans les études en termes de type de chirurgie employée (mastectomie et/ou chirurgie conservatrice du sein), d’atteinte ganglionnaire (inclusion ou non de patientes pN0) et de stade tumoral. La proportion des cancers de stade tumoral T3-4 a varié de 1 % à 75 % dans les études. Le nombre médian de ganglions excisés a été rapporté dans quatre des sept études (14 ganglions excisés dans 3 études et 12 ganglions excisés dans 1 étude) [8, 10, 11, 14]. De façon générale, les patientes incluses dans les études ont semblé plus à risque.

Les volumes cibles des aires ganglionnaires régionales et les protocoles d’irradiation différaient selon les études. La totalité des patientes ont été traitées à la région supraclaviculaire, sauf pour l’étude de Doré et coll. qui a signalé que seulement 31 % des patientes ont eu une irradiation à cet endroit [12]. L’aisselle des patientes a été irradiée dans quatre études et la proportion de celles qui ont été traitées a varié de 4 % à 100 % [8, 11, 12, 13]. Seule l’étude de Doré et coll. a permis l’irradiation de la chaine mammaire interne dans le protocole de radiothérapie (11 % des patientes) [12]. Les protocoles d’hypofractionnement différaient aussi en termes de dose par fraction, de dose totale et de nombre de traitements par semaine (fréquence des traitements).

Études en cours

Quatre études sont présentement en cours afin de comparer la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires à un fractionnement conventionnel chez les femmes atteintes d’un cancer du sein.

Étude comparative

Objectif principal et paramètres d’évaluation

Population admissible

NCT00793962

A Phase III Randomized Clinical Trial of Postmastectomy Hypofractionation Radiotherapy in High-risk Breast Cancer

Phase III, à répartition aléatoire et contrôlée

Recrutement terminé

Date d’achèvement définitif estimée : mai 2021

Comparer l’efficacité et la toxicité d’une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales (43,5 Gy/15 fx) à une radiothérapie administrée avec un fractionnement conventionnel (50 Gy/25 fx)

Principal : Récidive

Secondaire : Survie globale

Cancer du sein infiltrant, pT3-4, pN2-3, M0, traité par mastectomie, pour lequel une radiothérapie de la région supra-claviculaire est indiquée

HYPOG-01, NCT03127995

Multicenter Randomized Phase III Trial Comparing Hypofractionated Versus Standard Radiotherapy in Breast Cancer With an Indication for Regional Lymph Node Irradiation in Terms of Lymphedema Occurrence Phase

Phase III, à répartition aléatoire et contrôlée

Recrutement en cours

Date d’achèvement primaire : septembre 2021

Comparer l’effet d’une radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales (40 Gy/15 fx) à une radiothérapie administrée avec un fractionnent conventionnel (50 Gy/25 fx)

Principal : Lymphœdème

Secondaire : Résultat cosmétique, limitation fonctionnelle, toxicité, événements associés au cancer (récidives locorégionales et à distance, survie), qualité de vie

Cancer du sein infiltrant, pT1-3, pN0-3, M0, traité par mastectomie ou par chirurgie conservatrice du sein, pour lequel une radiothérapie des aires ganglionnaires régionales (± niveaux axillaires I, II, III, IV, ± chaine mammaire interne) est indiquée

SAPHIRE, NCT02912312

Shortening Adjuvant Photon Irradiation to Reduce Edema (SAPHIRE): A Randomized Trial of Hypofractionated Versus Conventionally Fractionated Regional Nodal Irradiation for Invasive Breast Cancer

Phase II, à répartition aléatoire et contrôlée

Recrutement en cours

Date d’achèvement primaire : février 2030

Comparer le développement de l’œdème pendant et à la suite d’une radiothérapie des aires ganglionnaires par hypofractionnement (40 Gy/15 fx) à un traitement conventionnel (50 Gy/25 fx)

Principal : Lymphœdème

Cancer du sein infiltrant, pT0-3, pN0-2a, pN3a, M0, traité par mastectomie, pour lequel une radiothérapie à la fosse supra et infra-claviculaire est indiquée

The Skagen Trial 1, NCT02384733

Moderately Hypofractionated Loco-regional Adjuvant Radiation Therapy of Early Breast Cancer Combined With a Simultaneous Integrated Boost: a Randomised Clinically Controlled Trial

Phase III, à répartition aléatoire et contrôlée

Recrutement en cours

Date d’achèvement primaire : mars 2036

Comparer les effets indésirables tardifs d’une radiothérapie hypofractionnée locorégionale (40 Gy/15 fx) à une radiothérapie administrée avec un fractionnement conventionnel (50 Gy/25 fx) chez les patientes candidates à une surimpression du lit tumoral

Principal : Lymphœdème

Secondaire : Fibrose, mobilité des bras, pigmentation cutanée, récidive, douleur, sensibilité, œdème, télangiectasies

Cancer du sein traité par mastectomie ou chirurgie conservatrice du sein avec atteinte ganglionnaire positive, pour lequel une radiothérapie locorégionale est indiquée

fx : fraction; Gy : gray.

Consensus d’experts et guides de pratique

Quatre guides d’experts ont énoncé des recommandations concernant l’emploi de la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales [19, 20, 21, 22]. Les recommandations sont présentées dans le tableau suivant.

Recommandations des consensus d’experts et guides de pratique concernant la radiothérapie hypofractionnée des aires ganglionnaires régionales pour le traitement du cancer du sein

Consensus d’experts et guides de pratique

Recommandations

Canadiens

 

BC Cancer Agency, 2017 [20]

La dose standard pour traiter les patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant avec atteinte ganglionnaire ou celles à risque élevé sans atteinte ganglionnaire est de 37,5−40 Gy administrés en 16 fractions pour les aires ganglionnaires.

La dose aux aires ganglionnaires devrait être de 45 Gy, administrée en 25 fractions pour les patientes traitées par chirurgie conservatrice du sein à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (celles avec des seins volumineux et celles qui présentent des comorbidités postopératoires significatives telles que de l’œdème, un hématome, de l’infection ou de l’érythème). La dose de radiothérapie devrait être de 45 Gy, administrée en 25 fractions aux aires ganglionnaires pour les patientes traitées par mastectomie à risque d’obtenir des résultats cosmétiques moins satisfaisants (présence d’infection postopératoire et celles qui auront une reconstruction).

Internationaux

 

NCCN, v1, 2018 [19]

La dose recommandée pour l’irradiation des aires ganglionnaires régionales est de 46−50 Gy en 23−25 fractions (5 jours/semaine) (recommandation de catégorie 2A)

The Royal College of Radiologists, 2016 [21]

Il n’y a pas d’indication d’employer plus de 15 fractions pour irradier le sein, la paroi thoracique et les aires ganglionnaires comme traitement standard adjuvant chez des patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant (recommandation issue d’un consensus).

ESMO, 2015 [22]

L’HF (15−16 fractions avec une dose de 2,5−2,67 Gy par fraction) a montré une efficacité similaire et des effets secondaires comparables à ceux des protocoles de FC (45−50 Gy administrés en 25−28 fractions avec une dose de 1,8−2,0 Gy par fraction) comme traitement adjuvant local et/ou régional. L’HF est généralement recommandé (niveau de preuve I, grade de recommandation A). Toutefois, l’effet de l’HF n’a pas été abondamment évalué chez les patientes plus jeunes et celles traitées par mastectomie avec ou sans une irradiation des aires ganglionnaires régionales.

ESMO : European Society for Medical Oncology; FC : fractionnement conventionnel; Gy : gray; HF : hypofractionnement; NCCN : National Comprehensive Cancer Network.

Références
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4.

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5.

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6.

Curigliano G, Burstein HJ, E PW, Gnant M, Dubsky P, Loibl S, Colleoni M, Regan MM, Piccart-Gebhart M, Senn HJ, Thurlimann B, Andre F, Baselga J, Bergh J, Bonnefoi H, S YB, Cardoso F, Carey L, Ciruelos E, Cuzick J, Denkert C, Di Leo A, Ejlertsen B, Francis P, Galimberti V, Garber J, Gulluoglu B, Goodwin P, Harbeck N, Hayes DF, Huang CS, Huober J, Hussein K, Jassem J, Jiang Z, Karlsson P, Morrow M, Orecchia R, Osborne KC, Pagani O, Partridge AH, Pritchard K, Ro J, Rutgers EJT, Sedlmayer F, Semiglazov V, Shao Z, Smith I, Toi M, Tutt A, Viale G, Watanabe T, Whelan TJ, Xu B. De-escalating and escalating treatments for early-stage breast cancer: the St. Gallen International Expert Consensus Conference on the Primary Therapy of Early Breast Cancer 2017. Ann Oncol 2017;28(8):1700-1712.

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Senkus E, Kyriakides S, Ohno S, Penault-Llorca F, Poortmans P, Rutgers E, Zackrisson S, Cardoso F. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 2015;26 Suppl 5:v8-30.

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Pinitpatcharalert A, et al. A retrospective study comparing hypofractionated radiotherapy and conventional radiotherapy in postmastectomy breast cancer. J Med Assoc Thai 2011; 94 Suppl 2: S94-102.

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17.

Cox JD, Stetz J, and Pajak TF. Toxicity criteria of the Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) and the European Organization for Research and Treatment of Cancer (EORTC). Int J Radiat Oncol Biol Phys 1995; 31(5): 1341-6.

18.

National Cancer Institute-Cancer Therapy Evaluation Program (NCI-CTEP).  Common Terminology Criteria for Adverse Events v4.03 (CTCAE). June 2010. Bethesda, MD : NCI-CTEP; 2010. Disponible à : https://www.eortc.be/services/doc/ctc/CTCAE_4.03_2010-06-14_QuickReference_5x7.pdf

19.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN). Breast cancer. Version 1.2018. Clinical Practice Guidelines in Oncology. Fort Washington, PA : NCCN; 2018. Disponible à : https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/default.aspx.

20.

BC Cancer Agency (BCCA). Breast Cancer Guideline [site Web]. Vancouver, BC : BCCA; 2018. Disponible à: http://www.bccancer.bc.ca/health-professionals/clinical-resources/cancer-management-guidelines/breast/breast#6-3-Early-Invasive-Breast-Cancer. (consulté le 20 avril 2018).

21.

The Royal College of Radiologists (RCR). Postoperative radiotherapy for breast cancer: UK consensus statements. November 2016. London, UK : RCR; 2016. Disponible à: https://www.rcr.ac.uk/system/files/publication/field_publication_files/bfco2016_breast-consensus-guidelines.pdf

22.

Senkus E, et al. Primary breast cancer: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 2015 Sep;26 Suppl 5:v8-30

3.6.6 Radiothérapie concomitante à un traitement systémique

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

3.6.7 Repères métalliques

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

3.7 Traitement systémique adjuvant

3.7.1 Considérations générales

3.7.1.1 Préservation de la fertilité
3.7.1.2 Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines
3.7.1.3 Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques
3.7.1.4 Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

3.7.2 Hormonothérapie adjuvante

3.7.2.1 Hormonothérapie et seuil de positivité de RO et RP
3.7.2.2 Carcinome canalaire in situ
3.7.2.3 Hormonothérapie adjuvante chez l'homme
3.7.2.4 Patiente non ménopausée : suppression de la fonction ovarienne (SFO)
3.7.2.5 Patiente ménopausée: utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) dès le début
3.7.2.6 Patiente ménopausée: utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) en séquence
3.7.2.7 Utilisation du bisphosphonate et du dénosumab chez les patientes qui reçoivent un inhibiteur de l'aromatase (IA)
3.7.2.8 Durée de l'hormonothérapie adjuvante

3.7.3 Chimiothérapie adjuvante

3.7.3.1 Indication d'une chimiothérapie adjuvante
3.7.3.2 Protocoles de chimiothérapie adjuvante

3.7.4 Thérapie adjuvante ciblée

3.7.4.1 Traitement de la maladie RH+ HER2-
3.7.4.2 Traitement de la maladie RH+/RH- HER2+
3.7.4.3 Traitement de la maladie RH- HER2-

3.7.5 Thérapie systémique adjuvante selon la réponse au traitement néoadjuvant

3.7.5.1 Traitement de la maladie RH+ HER2-
3.7.5.2 Traitement de la maladie RH+/RH- HER2+
3.7.5.3 Traitement de la maladie RH- HER2-

3.7.1 Considérations générales

3.7.1.1 Préservation de la fertilité

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

 

3.7.1.2 Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines

La discussion relative au risque de toxicités sévères des traitements à base de fluoropyrimidines est présentée à la section Dépistage des mutations germinales-Déficience en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD)

 

3.7.1.3 Prise en charge et traitement de l’extravasation des agents antinéoplasiques

La discussion relative à la prise en charge et au traitement de l'extravasation des agents antinéoplasiques est présentée à la section Considérations générales-Traitement systémique néoadjuvant

 

3.7.1.4 Prévention et traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie

La discussion relative à la prévention et au traitement des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie ou la radiothérapie est présentée à la section Considérations générales-Traitement systémique néoadjuvant

3.7.2 Hormonothérapie adjuvante

 

3.7.2.1 Hormonothérapie et seuil de positivité de RO et RP

Les données probantes concernant ce sujet n'ont pas été examinées.

 

3.7.2.2 Carcinome canalaire in situ

Aucune étude n’a démontré l'avantage de survie globale d’un traitement adjuvant avec le tamoxifène chez des patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ (CCIS) qui avaient été soumises à une chirurgie mammaire conservatrice. Les résultats de trois méta-analyses suggèrent qu’un traitement adjuvant avec le tamoxifène serait associé à une diminution du risque de récidive d’un CCIS et deux méta-analyses suggèrent une diminution du risque de CCIS controlatéral. Le traitement usuel pour un CCIS est la chirurgie suivie ou non d’une radiothérapie adjuvante (voir section Chirurgie; voir section Radiothérapie adjuvante). Staley et coll. et Petrelli et coll. ont publié les résultats de deux méta-analyses combinant les résultats des deux mêmes études randomisées qui ont comparé l’efficacité d’un traitement adjuvant au tamoxifène pendant 5 ans à celle d'un placébo (NSABP B-24 trial 2011) ou à une absence de traitement (UK ANZ trial 2011), avec ou sans radiothérapie, pour traiter un CCIS [1, 2]. Les principaux résultats des études sont présentés dans les tableaux suivants (premier et deuxième). Les sources de biais à noter proviennent de l’étude UK ANZ trial 2011 et ce sont des biais de sélection et de suivi. Il était permis au médecin et à la patiente d’opter pour le traitement attribué aléatoirement ou non, et les traitements n’ont pas été alloués en double aveugle. Les caractéristiques des tumeurs et leur influence sur le risque de récidive ont été rapportées uniquement pour l’étude NSABP B-24 trial 2011. Selon Staley et coll., 25 % des patientes avaient des marges de résection positives ou de statut incertain. Chez ces patientes, le risque de développer un carcinome canalaire infiltrant ipsilatéral était presque doublé (placébo : HR = 2,61 [IC 95 % 1,68-4,05] et tamoxifène : HR = 1,27 [IC 95 % 0,73-2,20]).

Méta-analyses qui ont évalué l’efficacité d’un traitement au tamoxifène en adjuvant pour traiter un CCIS après une chirurgie conservatrice – Résultats de mortalité

Étude

n

Mortalité spécifique au cancer du sein

Mortalité de toute cause

Staley et coll. 2014 [2]
(méta-analyse d’ERC)
2 études
n = 3 375

nd

Tam vs sans tam
RR = 1,11 (IC 95 % 0,89-1,39)

Petrelli et coll. 2011 [3]
(méta-analyse d’ERC)

2 études
n = 3 375

Tam vs sans tam
RR = 0,94 (IC 95 % 0,33-2,67), p = 0,9

Tam vs sans tam
RR = 1,11 (IC 95 % 0,88-1,40), p = 0,38

Stuart et coll. 2015 [4]
(méta-analyse d’ERC et rétrospectives)

26 études
n = 9 4041

RT vs RT + tam
OR = 1,21 (IC 95 % 0,58-2,54), p = 0,613

Tam vs RT + tam
OR = 2,24 (IC 95 % 0,79-1,27), p = 0,128

nd

ERC : études randomisées contrôlées; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RR : risque relatif; Tam : tamoxifène; vs : versus.
1. Incluait aussi des patientes qui avaient eu une mastectomie (10 %).

 

Méta-analyses qui ont évalué l’efficacité d’un traitement au tamoxifène en adjuvant pour traiter un CCIS après une chirurgie conservatrice – Résultats de survie sans récidive

Étude Survie sans
récidive ipsilatérale
Survie sans
CCIS controlatéral
Survie sans événements1

Staley et coll. 2014 [2]
(méta-analyse d’ERC)

 

2 études
n = 3 375

CCIS CCIS

nd

Tam vs sans tam
HR = 0,75 (IC 95 % 0,61-0,92)
p = 0,006, I2 = 0 %

Tam vs sans tam
RR = 0,50 (IC 95 % 0,28-0,87) p = 0,01, I2 = 0 %

CCI CCI

Tam vs sans tam
HR = 0,79 (IC 95 % 0,62-1,01)
p = 0,06, I2 = 43 %

Tam vs sans tam
RR = 0,57 (IC 95 % 0,39-0,83) p = 0,003,
I2 = 0 %

Petrelli et coll. 2011 [3]
(méta-analyse d’ERC)

 

2 études
n = 3 375

CCIS CCIS

Tam vs sans tam
RR = 0,71 (IC 95 % 0,61-0,82), p < 0,00001

 

RT + tam vs RT
RR = 0,67 (IC 95 % 0,54-0,83), p = 0,0002

Tam vs sans tam
RR = 0,75 (IC 95 % 0,59-0,94) p = 0,01À
RT + tam vs RT
RR = 0,83 (IC 95 % 0,59-1,18) p = 0,3

Tam vs sans tam
RR = 0,41 (IC 95 % 0,20-0,82) p = 0,01
RT + tam vs RT
RR = 0,40 (IC 95 % 0,16-0,96) p = 0,04

CCI CCI

Tam vs sans tam
RR = 0,74 (IC 95 % 0,57-0,98) p = 0,03
RT + tam vs RT
RR = 0,61 (IC 95 % 0,41-0,94) p = 0,02

Tam vs sans tam
RR = 0,60 (IC 95 % 0,39-0,91) p = 0,02
RT + tam vs RT
RR = 0,72 (IC 95 % 0,44-1,19) p = 0,2

Stuart et coll. 2015 [4]
(méta-analyse d’ERC et rétrospectives)

 

26 études
n = 9 404

 

CCIS

nd

nd

RT vs RT + tam
OR = 1,52 (IC 95 % 0,81-2,86), p = 0,190
Tam vs RT + tam
OR = 3,05 (IC 95 % 1,16-8,04) p = 0,024
Aucun autre Tx vs RT + tam
OR = 3,12 (IC 95 % 1,62-6,00) p = 0,001

CCI

RT vs RT + tam
OR = 1,59 (IC 95 % 1,07-2,35) p = 0,022
Tam vs RT + tam
OR = 2,52 (IC 95 % 1,44-4,41) p = 0,001
Aucun autre Tx vs RT + tam
OR = 2,61 (IC 95 % 1,71-3,97) p = 0,001

CCI : carcinome canalaire infiltrant; CCIS : carcinome canalaire in situ; ERC : études randomisées contrôlées; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); I2 : test d’hétérogénéité; n :nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RR : risque relatif; RT : radiothérapie; Tam : tamoxifène; Tx : traitement; vs : versus.
1. Survie sans événements liés au cancer du sein (ipsilatéral et controlatéral)
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Seule l’étude NSABP B-24 trial 2011 a rapporté des effets indésirables. En effet, 16 % des patientes qui prenaient le tamoxifène et 11 % de celles qui prenaient le placébo ont arrêté l’étude en raison des effets indésirables. Après 5 ans, 43 % des patientes qui avaient reçu le tamoxifène et 37 % de celles qui avaient pris le placébo ont rapporté un ou plusieurs effets indésirables. Par ailleurs, 5 % des patientes traitées avec le tamoxifène et 4 % de celles qui avaient reçu le placébo ont rapporté des complications sévères de grade 3-4 (p = 0,32). Les complications sévères rapportées ont été des changements d’humeur sévères, la thrombose veineuse profonde, l’embolie pulmonaire et le suicide.

Femmes ménopausées

Une étude randomisée de phase III a démontré que, chez les patientes ménopausées qui avaient été soumises à une chirurgie mammaire conservatrice pour un CCIS, un traitement adjuvant avec l’anastrozole était non inférieur à celui avec le tamoxifène en ce qui a trait à la survie sans événements spécifiques au cancer. Une autre étude randomisée de phase III a démontré la supériorité de la survie sans événements spécifiques au cancer avec la prise de l’anastrozole comparativement au tamoxifène. Une analyse de sous-groupe prédéfinie et dont la randomisation avait été stratifiée en fonction de l’âge suggère que le bénéfice serait plus important chez les patientes âgées de moins de 60 ans. Le profil d’innocuité de chaque médicament devrait donc guider le choix du traitement adjuvant pour les femmes âgées de plus de 60 ans. Deux études randomisées contrôlées ont comparé l’efficacité et l’innocuité d’une hormonothérapie de 5 ans avec le tamoxifène et l’anastrozole comme traitement adjuvant suivant une chirurgie mammaire conservatrice pour traiter un CCIS [56]. Les deux études étaient similaires à une exception près : dans l’étude NSABP B-35, la radiothérapie était obligatoire alors que, dans l’étude IBIS-II DCIS, 71 % des patientes avaient reçu une radiothérapie adjuvante. Les principaux résultats des études sont présentés dans le tableau suivant. L’étude NSABP B-35 a rapporté une diminution significative du nombre des cancers controlatéraux infiltrants chez les patientes qui avaient reçu l’anastrozole comparativement à celles qui avaient pris le tamoxifène (HR = 0,52 [IC 95 % 0,31-0,88], p = 0,0148).

Études randomisées qui ont évalué l’efficacité du tamoxifène et de l’anastrozole en adjuvant suivant une chirurgie conservatrice chez des patientes atteintes d’un CCIS

Étude

n

Caractéristiques des patientes

Survie sans événements spécifiques au cancer du sein1

Survie globale

Anastrozole vs Tamoxifène

NSABP B-35
Margolese et coll. 2016 [6]
Suivi médian : 9 ans

n = 3 104

RH+
60 ans : 53 %
CMC avec marge
Ganglions- (si biopsie)
RT 100 %
HT 5 ans (observance : 64 %)

HR = 0,73 (IC 95 % 0,56-0,96) p = 0,0234
À 5 ans, 96,3 % vs 96,3 %
À 10 ans, 93,1 % vs 89,1 %
 

< 60 ans :
HR = 0,53 (IC 95 % 0,35-0,80) p = 0,0026

≥ 60 ans :
HR = 0,95 (IC 95 % 0,66-1,37) p = 0,78

HR = 1,11 (IC 95 % 0,83-1,48), p = 0,48
À 5 ans : 97,9 % vs 98 %

IBIS-II DCIS
Forbes et coll. 2016 [5]
Suivi médian : 7,2 ans

n = 2 980

RH+
Microinvasion < 1 mm permise
RT 71 %
HT 5 ans (observance : 67,6 % vs 67,4 %)

HR = 0,89 (IC 95 % 0,64-1,23)
Anastrozole non inférieur, non supérieur (p = 0,49)

HR = 0,93 (IC 95 % 0,58-1,50), p = 0,78

CMC : chirurgie mammaire conservatrice; HT : hormonothérapie; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); n : nombre de patientes; RH+ : récepteurs hormonaux positifs; RT : radiothérapie; tam : tamoxifène; vs : versus.
1. Définie comme étant le temps entre la randomisation et tout événement lié au cancer du sein (récidive locale, régionale ou à distance, cancer du sein controlatéral, maladie invasive ou CCIS). Les décès ont été censurés.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Les principaux résultats d’innocuité et de qualité de vie des études NSABP B-35 et IBIS-II sont présentés dans le tableau suivant. Il est à noter que, dans l’étude NSABP B-35, un âge inférieur à 60 ans a été associé à des scores plus élevés concernant les symptômes vasomoteurs, les symptômes vaginaux et gynécologiques et les problèmes de poids (âge < 60 ans vs ≥ 60 ans: vasomoteurs : 1,46 vs 1,06 [p = 0,0006], vaginaux : 0,98 vs 0,65 [p < 0,0001], gynécologiques : 0,26 vs 0,22 [p = 0,014], problèmes de poids : 1,32 vs 1,02 [p < 0,0001]) [7].

Effets indésirables et analyse de qualité de vie des patientes qui avaient reçu l’anastrozole et le tamoxifène au cours des études randomisées NSABP B-35 et IBIS-II

Étude

n

Qualité de vie et
effets indésirables

Anastrozole

Tamoxifène

p

NSABP B-35
Ganz et coll. 2016 [7]
Margolese et coll. 2016 [6]

n = 3 104

 

Score moyen1

 

Santé physique2

45,85

46,72

0,38

Santé mentale2

51,48

52,38

0,93

Énergie et fatigue3

57,54

58,34

0,86

Symptômes de dépression4

6,39

6,19

0,46

Symptômes vasomoteurs5

1,17

1,33

0,011

Difficulté de contrôle de la vessie5

0,80

0,96

0,0002

Symptômes gynécologiques5

0,18

0,29

< 0,0001

Douleurs musculosquelettiques5

1,72

1,50

0,0006

Symptômes cognitifs5

0,92

0,89

0,72

Problèmes de poids5

1,17

1,15

0,48

Symptômes vaginaux5

0,86

0,76

0,035

Fonction sexuelle6

45,29

43,65

0,56

Thromboembolie (grade 4)7

< 1 %

1 %

-

IBIS-II DCIS
Forbes et coll. 2016 [5]

n = 2 980

Fractures7

9 %

7 %

0,027

Musculosquelettiques7

64 %

54 %

< 0,0001

Vasomoteur ou gynécologique7

61 %

69 %

< 0,0001

Thromboembolies majeures7

< 1 %

2 %

0,0028

Cardiovasculaire7

6 %

6 %

0,38

Maux de tête7

6 %

4 %

0,049

Hypercholestérolémie7

3 %

1 %

< 0,0001

CMC : chirurgie mammaire conservatrice; HT : hormonothérapie; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RH+ : récepteurs hormonaux positifs; tam : tamoxifène.
1. Pour l’étude NSABP, les données ont été collectées aux 6 mois pendant 5 ans.
2. Les scores de santé mentale et physique sont issus du Medical Outcomes Study-Short Form 12. Un score plus élevé correspond à une meilleure santé.
3. Les scores d’énergie et de fatigue sont issus du four-item SF-36 Vitality Scale. Un score plus élevé correspond à une meilleure énergie/vitalité.
4. Les scores de symptômes de dépression sont issus du Center for Epidemiologic Studies Depression Scale. Un score plus élevé correspond à un risque supérieur de dépression.
5. Les scores des autres symptômes sont issus du Breast Cancer Prevention Trial symptom checklist. Les patientes ont évalué si elles ont été dérangées par ces symptômes dans les 4 dernières semaines : 0 = pas du tout, 1 = légèrement, 2 = modérément, 3 = considérablement, 4 = extrêmement.
6. Les scores de fonction sexuelle sont issus du Medical Outcomes Study Sexual Problems Scale. Un score plus élevé correspond à un dysfonctionnement supérieur.
7. Incidence.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Consensus d’experts et guides de pratique

Le NCCN indique que, pour réduire le risque de récidive ipsilatérale suivant une chirurgie mammaire conservatrice pour un CCIS, une hormonothérapie de 5 ans peut être considérée pour les patientes qui présentent un CCIS RO+, qu'elles aient reçu ou non de la radiothérapie [1]. L’hormonothérapie recommandée est le tamoxifène pour les patientes non ménopausées et, pour les patientes ménopausées, le tamoxifène ou un inhibiteur de l’aromatase avec un avantage pour l’inhibiteur de l’aromatase chez les femmes âgées de moins de 60 ans ou qui sont à risque de thromboembolie. L’ESMO indique que, chez les patientes traitées de manière conservatrice pour un CCIS RO+, le tamoxifène réduit le risque de récidive infiltrante et non infiltrante de même que l’incidence du cancer du sein controlatéral, sans effet sur la survie globale [95].

 

3.7.2.3 Hormonothérapie adjuvante chez l’homme

Trois études rétrospectives ont démontré un avantage de survie globale et deux études rétrospectives ont démontré un avantage de survie sans récidive chez des hommes qui avaient reçu un traitement adjuvant avec le tamoxifène après une chirurgie. En l'absence d’études prospectives comparatives, le traitement du cancer du sein chez l’homme est guidé par l’extrapolation à partir des essais cliniques réalisés chez la femme. Toutefois, des études récentes suggèrent qu’il s’agirait de cancers avec une étiologie différente et que les traitements dont l'efficacité a été prouvée chez la femme devraient être utilisés avec précaution chez l’homme [89]. Une seule étude prospective non comparative et six études rétrospectives ont évalué l’efficacité du tamoxifène en adjuvant chez les hommes atteints d’un cancer du sein non métastatique. Au total, quatre d’entre elles ont démontré un avantage de survie globale et trois de survie sans récidive chez des patients traités avec le tamoxifène par rapport aux patients non traités ou traités avec un inhibiteur de l’aromatase [10, 11, 12, 13, 14]. Deux études rétrospectives qui ont évalué l’efficacité d’un traitement adjuvant avec un inhibiteur de l’aromatase ont été répertoriées [1112]. Aucune de ces études n’a démontré un avantage de survie sans récidive ou de survie globale par rapport au tamoxifène ou à l’absence de traitement hormonal. Les principaux résultats d’efficacité sont présentés dans le tableau suivant. Il est à noter qu’il s’agit d’études rétrospectives et que les cohortes de patients étaient différentes en termes d’âge, de stade de la maladie, de statut ganglionnaire et concernant les autres traitements adjuvants reçus.

Principaux résultats d’efficacité de l’hormonothérapie adjuvante suivant une chirurgie pour traiter le cancer du sein non métastatique chez l’homme

Étude et devis

n

Patients

Survie sans récidive

Survie sans cancer1

Survie globale1

Ribeiro et coll. 1992 [10]
(prospective)

39

Stade I-III
Tamoxifène : 1 an
Suivi médian : 49 mois

Tam vs contrôle historique
À 5 ans : 56 % vs 25 % (p = 0,0005)

-

Tam vs contrôle historique
À 5 ans : 61 % vs 44 % (p = 0,006)

Bradley et coll. 2014 [8]
(rétrospective)

146

Carcinome canalaire
CT adjuvante : 36 %
HT adjuvante : 79 %
(tam : 75 %,)
IA : 12 % (ana. : 8 %, lét. : 3 %, exe. : 1 %
Observance au tam à 3,5 ans : 70 %

À 5 ans : 62 %

À 5 ans : 86 %

À 5 ans : 72 %

Eggeman et coll. 2013 [11]
(rétrospective)

Tam : 207

Stade I-III
Mastectomie radicale
RT adjuvante : 55 %
CT adjuvante: 38 %
Hormonothérapie 5 ans
Suivi médian : 42,2 mois

-

-

IA vs tam
HR = 1,55 (IC 95 % 1,13-2,13) p = 0,007

IA :
502

Fogh et coll. 2011 [15]
(rétrospective)

42

CT adjuvante : 43 %
RT adjuvante : 26 %
Tamoxifène: 50 %
(> 5 ans : 50 %)
Suivi médian : 8 ans

Tam vs sans tam3
À 5 ans : 94,1 % vs 76,3 %
À 10 ans : 77,7 % vs 63,6 %
p = 0,09

-

Tam vs sans tam3
À 5 ans : 95 % vs 81 %
À 10 ans : 83 % vs 65 %
p = 0,06

Harlan et coll. 2010 [12]
(rétrospective)

512

Stade IV : 7 %
Chirurgie : 95 %
RT adjuvante : 26 %
CT adjuvante : 33 %
Tamoxifène : 24 %
IA : 7 %

-

Tam vs sans HT
HR = 0,4 (IC 95 % 0,1-0,99) p = 0,04
IA vs sans HT4
HR = 1,2 (IC 95 % 0,4-3,8)

-

Giordano et coll. 2005 [13]
(rétrospective)

135

HT adjuvante : 28 %
(Tam : 92 %)
CT adjuvante : 24 %
RT adjuvante : 38 %
Suivi médian : 13,8 ans

HT vs sans HT
HR = 0,49 (IC 95 % 0,27-0,90), p = nd

-

HT vs sans HT
HR = 0,45 (IC 95 % 0,25-0,84), p = nd

Goss et coll. 1999 [14]
(rétrospective)

229

Stade IV : 13 %
Chirurgie : 95 %
RT adjuvante : 57 %
CT adjuvante : 9 %
HT (tam) adjuvante : 25 %
HT < 2 ans : 51 %
Suivi médian : 5,3 ans

Analyse multivariée
HT vs sans HT
p = 0,0368
en faveur de HT

-

Analyse multivariée
HT vs sans HT
p = 0,0401
en faveur de HT

Ana. : anastrozole; CT : chimiothérapie; exé : exémestane; HT : hormonothérapie; IA : inhibiteur de l’aromatase; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); lét. : létrozole; n : nombre de patients; RH : récepteurs hormonaux; RT : radiothérapie; Tam : tamoxifène; vs : versus.
1. Eggeman et coll., Harlan et coll. et Goss et coll. : les résultats de rapport de risques instantanés (HR) découlent d’analyses multivariées.
2. Les patients traités avec un IA avaient reçu plus de radiothérapie comparativement aux patients traités avec le tamoxifène (68 % vs 52 %, p = 0,041).
3. Les patients qui avaient reçu le tamoxifène avaient plus de tumeurs de grade 3 (p = 0,0001), étaient plus jeunes (médiane : 59 ans vs 69 ans) et avaient reçu plus de chimiothérapie (p = 0,03) par rapport aux patients qui n’avaient pas reçu le tamoxifène.
4. Les patients qui présentaient une maladie de stade IV avaient reçu plus d’IA que les patients dont la maladie était de stade I-III (38 % vs 15 %).
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Par ailleurs, 1 étude prospective non comparative et 3 études rétrospectives ont rapporté des effets indésirables associés au tamoxifène chez 3 à 54 % des patients [8, 1016, 17]. Un gain de poids, des bouffées de chaleur, une diminution de la libido ou une dysfonction sexuelle et des changements d’humeur ont été les plus souvent observés. Les principaux résultats d’innocuité sont présentés dans le tableau suivant.

Principaux résultats d’innocuité du tamoxifène en adjuvant pour traiter le cancer du sein chez l’homme

Étude et devis

n

Adhésion/raison de l’arrêt du traitement

Durée de traitement

Effets indésirables

Pemmaraju et coll. 2012 [17]
(rétrospective)

64

20 % arrêt en raison des EI

Médiane : 49 mois

53 % des patients
Gain de poids : 22 %
Dysfonction sexuelle : 22 %
Bouffées de chaleur : 13 %
↓ Fonction cognitive : 9 %
Thromboembolies : 9 %

Bradley et coll. 2014 [8]
(rétrospective)

Tam : 109

12 % arrêt en raison des EI
Conformité : 93 % à ≥ 80 %

Tam : médiane 31,5 mois
IA : médiane 26 mois

Tamoxifène :
34 % des patients (aucun EI : 55 %)
Bouffées de chaleur : 11 %
Dépression : 6 %
Évén. cérébrovasculaires ou coronariens : 5 %

IA : 16

19 % arrêt en raison des EI

Arthropathie (1 pt)
Desquamation (1 pt)
Douleurs musculaires, maux de tête, étourdissements (1 pt)

Anelli et coll. 1994 [16]

24

21 % arrêt en raison des EI
à < 1 an de traitement

Médiane : 24,6 mois

63 % des patients (aucun EI : 38 %)
↓ libido : 29 %
Gain de poids : 25 %
Bouffées de chaleur : 21 %
Changement d’humeur : 21 %
Dépression : 17 %
Insomnie : 13 %
Thrombose veineuse profonde : 4 %

Ribeiro et coll. 1992 [10]
(prospective)

39

2 % arrêt en raison des EI

12 mois

Alopécie (1 pt)
Démangeaisons de la peau (1 pt)

EI : effets indésirables; Évén. : événements; HT : hormonothérapie; IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patients; pt : patient; RH : récepteurs hormonaux; RP : récepteur progestatif; RT : radiothérapie; Tam : tamoxifène.

Xu et coll. ont publié les résultats d’une étude rétrospective qui avait évalué la relation entre l'adhésion au traitement au tamoxifène pendant 5 ans et la mortalité chez des hommes atteints d’un cancer du sein (n = 116) [18]. Une analyse multivariée suggère que les effets indésirables, un faible soutien social et un âge ≥ 60 ans sont des facteurs associés à une faible adhésion au tamoxifène (faible soutien social : HR = 2,45 [IC 95 % 1,32-4,55]; effets indésirables : HR = 2,19 [IC 95 % 1,57-3,04]; âge : HR = 1,10 [IC 95 % 1,01-1,21]). Une analyse multivariée suggère qu’une faible adhésion au traitement avec le tamoxifène (< 80 %) est associée à un risque de mortalité significativement supérieur (HR = 2,93 [IC 95 % 1,19-7,24]).

Consensus d’experts et guides de pratique

Le NCCN indique que l’approche thérapeutique chez l’homme devrait s’apparenter à celle employée chez la femme, à l’exception de l’utilisation d’IA sans la suppression de la stéroïdogénèse testiculaire qui est inefficace [1]. L’ESMO indique que, chez l’homme, le tamoxifène est le traitement adjuvant standard et que les IA ne devraient pas être utilisés seuls, puisqu’ils sont moins efficaces [7]. En 2010, l’ASCO a publié un guide de pratique clinique qui a évalué l’hormonothérapie adjuvante pour traiter le cancer du sein [19]. Il est indiqué que, chez l’homme, le traitement standard demeure le tamoxifène.

 

3.7.2.4 Patiente non ménopausée : suppression de la fonction ovarienne (SFO)

Efficacité de l’ajout d’une SFO à l’hormonothérapie adjuvante chez les patientes non ménopausées

Quatre méta-analyses ont évalué l’efficacité de l’ajout d’une SFO à une hormonothérapie chez les femmes non ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant [20, 21, 22, 23]. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant. Les risques de récidive et de mortalité de toute cause ont diminué significativement chez les patientes qui avaient reçu une SFO, peu importe les autres traitements reçus (méta-analyse de Qiu et coll.). Chez les patientes qui avaient reçu une chimiothérapie adjuvante, l’ajout d’une SFO à l’hormonothérapie a réduit significativement le risque de mortalité de toute cause (2 méta-analyses) et de récidive (1 méta-analyse). L’âge, l’atteinte ganglionnaire, la taille de la tumeur et l’obésité (IMC > 30 kg/m2) ont été prédictifs de l’efficacité de la suppression ovarienne en ajout à un traitement adjuvant [20].

Méta-analyses d’études prospectives qui ont évalué l’efficacité de l’ajout d’une SFO chez des femmes non ménopausées

Étude

Devis et caractéristiques

Survie sans maladie1

Survie globale

SFO vs sans SFO (chirurgie, chimiothérapie ou hormonothérapie)

Qiu et coll. 2016 [22]
11 études

n = 12 292

RH+
SFO : LHRHa, oopho. ou irrad.
CTA : nd

RR = 0,86 (IC 95 % 0,75-0,96)
CTA : RR = 0,85 (IC 95 % 0,74-0,96)
Sans CTA : RR = 0,85 (IC 95 % 0,54-1,16)
Âge > 40 ans : RR = 0,88 (IC 95 % 0,71-1,06)
Âge < 40 ans : RR = 0,71 (IC 95 % 0,59-0,83)

RR = 0,79 (IC 95 % 0,70-0,89)
CTA : RR = 0,73 (IC 95 % 0,58-0,89)
Sans CTA : RR = 0,85 (IC 95 % 0,14-1,56)
Âge > 40 ans : RR = 0,84 (IC 95 % 0,62-1,05)
Âge < 40 ans : RR = 0,52 (IC 95 % 0,18-0,87)

Tam + SFO vs tam

Chlebowski et coll. 2016 [24]
SOFT et E-3193

SFO : LHRHa, oopho. ou irrad.

HR = 0,83 (IC 95 % 0,67-1,03), p = 0,09

HR = 0,76 (IC 95 % 0,53-1,07), p = 0,12

Yan et coll. 2015 [23]
4 études

 n = 6 279

SFO : LHRHa, oopho. ou irrad.

RR = 0,92 (IC 95 % 0,84-1,00), p = 0,06
RH: RR = 0,87 (IC 95 % 0,71-1,06), p = 0,16

RR = 0,91 (IC 95 % 0,80-1,03), p = 0,15
RH: RR = 0,84 (IC 95 % 0,66-1,07), p = 0,16
Sans CTA : RR = 1,10 (IC 95 % 0,80-1,51), p = 0,55
CTA : RR = 0,76 (IC 95 % 0,60-0,97), p = 0,03

LHRHa EBCTCG
Cuzick et coll. 2007 [20]
16 études

n = 11 906
Suivi médian : 6,8 ans

SFO : LHRHa

n = 1 013
HR = 0,85 (IC 95 % 0,67-1,09), p = 0,20
CTA+SFO vs CTA (avec ou sans tam, n = 2 741) :
HR = 0,88 (IC 95 % 0,77-0,99), p = 0,04

Survie spécifique au cancer du sein (n = 1 013)
HR = 0,84 (IC 95 % 0,59-1,19), p = 0,33
CTA+SFO vs CTA (avec ou sans tam, n = 2 741) :
HR = 0,85 (IC 95 % 0,73-0,99), p = 0,04

CTA : chimiothérapie adjuvante; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); IA : inhibiteur de l’aromatase; irrad. : irradiation bilatérale des ovaires; LHRHa : agoniste de la Luteinizing Hormone Releasing Hormone (LHRH); n : nombre de patientes; nd : non disponible; oopho. : oophorectomie bilatérale; RH : récepteurs hormonaux; RR : risque relatif; SFO : suppression de la fonction ovarienne; Tam : tamoxifène; tripto. : triptoréline; vs : versus.
1. La définition de la survie sans maladie était variable d’une étude à l’autre.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Quatre études randomisées contrôlées ont évalué l’efficacité de l’ajout d’une SFO à un traitement adjuvant avec le tamoxifène chez des patientes non ménopausées atteintes d’un cancer du sein infiltrant [25, 26, 27, 28, 29, 30, 31]. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant. Aucune étude n’a démontré d’avantage de survie globale, et uniquement l’étude SOFT a démontré une diminution du risque de récidive chez des patientes qui avaient reçu une SFO en combinaison avec le tamoxifène comparativement à des femmes qui avaient pris le tamoxifène seul [26].

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’efficacité de l’ajout d’une SFO chez des femmes non ménopausées

Étude

Devis et caractéristiques

Survie sans maladie1

Survie sans cancer du sein

Survie globale

SOFT

Francis et coll. 2015 [26]

n = 2 033

Suivi médian : 67 mois

RH+

SFO : tripto. (81 %), oopho.

ou irrad.

CTA : 53 %

gg: 35 %

Tam + SFO vs tam – 5 ans

HR = 0,83 (IC 95 % 0,66-1,04),

p = 0,10

HR = 0,78 (IC 95 % 0,62-0,98), p = 0,032*

À 5 ans, 86,6 % vs 84,7 %

HR = 0,81 (IC 95 % 0,63-1,03)

p = 0,09

CTA :

HR = 0,78 (IC 95 % 0,60-1,02)

< 35 ans, à 5 ans (n = 233) :

78,9 % vs 67,7 %

HR = 0,74 (IC 95 % 0,51-1,09)

p = 0,13

À 5 ans, 96,7 % vs 95,1 %

CTA :

HR = 0,64 (IC 95 % 0,42-0,96)

À 5 ans, 94,5 % vs 90,9 %

Exémestane + SFO vs tam – 5 ans

nd

HR = 0,64 (IC 95 % 0,49-0,83)

CTA : HR = 0,65 (IC 95 % 0,49-0,87)

< 35 ans, à 5 ans (n = 233) :

83,4 % vs 78,9 %

nd

E-3193

Tevaarwerk et coll. 2014 [31]

n = 337

Suivi médian : 5,86 ans

gg: 100 %

CTA : 0 %

SFO : oopho. (42 %), LHRHa

Tam vs tam + SFO – 5 ans

HR = 1,17 (IC 95 % 0,64-2,12)*

p = 0,62

À 5 ans, 87,9 % vs 89,7 %

nd

HR = 1,19 (IC 95 % 0,52-2,70)*

p = 0,67

À 5 ans, 95,2 % vs 97,6 %

ZIPP

Hackshaw et coll. 2009 [29]

n = 2 710

Suivi médian : 12 ans

gg+ : 42 %

CTA : 43 %

SFO : goséréline

 

Tam + SFO vs tam - 2 ans

HR = 0,92 (IC 95 % 0,81-1,07)

HR = 0,91 (IC 95 % 0,78-1,07)

HR = 0,90 (IC 95 % 0,75-1,09)

Tam + SFO vs SFO - 2 ans

HR = 0,97 (IC 95 % 0,81-1,17)

HR = 0,95 (IC 95 % 0,78-1,17)

HR = 0,93 (IC 95 % 0,74-1,18)

ABCTCG 2007 [25]

n = 2 144

Suivi médian : 5,9 ans

SFO : oopho., irrad. (69 %) ou LHRHa

gg: 61 %

CTA : 79 %

Tam + SFO vs tam – 5 ans

HR= 0,98 (IC 95 % 0,84-1,16), p = 0,842

À 5 ans, 73,7 % vs 72,8 %

 

HR = 0,97 (IC 95 % 0,81-1,17), p = 0,79

À 5 ans, 82,6 % vs 80,3 %

CTA : chimiothérapie adjuvante; IA : inhibiteur de l’aromatase; irrad. : irradiation bilatérale des ovaires; gg : ganglions; LHRHa : agoniste de la Luteinizing Hormone Releasing Hormone (LHRH); nd : non disponible; oopho. : oophorectomie bilatérale; RH : récepteurs hormonaux; SFO : suppression de la fonction ovarienne; Tam : tamoxifène; tripto. : triptoréline; vs : versus.
* Paramètre d’évaluation primaire.
1. Défini comme étant une récidive de cancer du sein (locale, régionale ou à distance), un cancer du sein controlatéral, un deuxième cancer primaire (autre que sein) ou le décès.
2. Rapport de risques instantanés issu d’une analyse multivariée.

Efficacité de la combinaison d’une SFO avec un IA chez les patientes non ménopausées

Une méta-analyse et trois études randomisées contrôlées ont évalué l’efficacité de la combinaison d’une SFO avec un IA comme traitement adjuvant chez des patientes non ménopausées [24, 28, 30]. Les principaux résultats de ces études sont présentés dans le tableau suivant. Une analyse combinée des études SOFT et TEXT, prévue au protocole, a démontré une réduction du risque de récidive de 28 % chez les patientes qui avaient reçu la combinaison d’une SFO avec un IA comparativement aux patientes qui avaient eu une SFO en combinaison avec le tamoxifène [30]. Parmi les femmes qui n'avaient pas reçu de chimiothérapie et avaient eu une SFO avec un IA, 97,6 % (vs 94,6 % pour tamoxifène) des patientes de l’étude TEXT et 97,5 % (vs 94,8 % pour tamoxifène) des patientes de l’étude SOFT n’ont pas eu de récidive ou de nouveau cancer du sein à 5 ans [30].

Études randomisées qui ont évalué l’efficacité de la combinaison d’une SFO avec un IA chez des femmes non ménopausées

Étude

Devis et caractéristiques

Survie sans maladie1

Survie sans cancer du sein

Survie globale

Méta-analyse : SFO + IA vs SFO + tam

Chlebowski et coll. 2016 [24]

ABCSG-12, SOFT et TEXT

 

n = 6 493

IA : exémestane, anastrozole

SFO : gosé., tripto., oopho. ou irrad.

HR = 0,89 (IC 95 % 0,57-1,39)

p = 0,62

nd

HR = 1,31 (IC 95 % 0,93-1,84) p = 0,12

IA + SFO vs tam + SFO

SOFT et TEXT

Pagani et coll. 2014 [30]

n = 4 690

Suivi médian : 68 mois

CTA : 57 %

gg: 42 %

IA : exémestane

SFO : tripto., oopho. ou irrad.

HT : 5 ans

HR = 0,72 (IC 95 % 0,60-0,85)

p < 0,001*

À 5 ans, 91,1 % vs 87,3 %

HR = 0,66 (IC 95 % 0,55-0,80), p < 0,001

À 5 ans, 92,8 % vs 88,8 %

HR = 1,14 (IC 95 % 0,86-1,51)
p = 0,37

À 5 ans, 95,9 % vs 96,9 %

ABCSG-12

Gnant et coll. 2011 et 15 [2728]

Suivi médian : 94,4 mois

CTNA : 5 %

CTA : 0 %

gg: 30 %

IA : anastrozole

SFO : goséréline

HT : 3 ans

HR = 1,13 (IC 95 % 0,88-1,45) p = 0,335

nd

HR = 1,63 (IC 95 % 1,05-2,52) p = 0,030

CTA : chimiothérapie adjuvante; CTNA : chimiothérapie néoadjuvante; gg : ganglions; gosé : goséréline; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); HT : hormonothérapie; IA : inhibiteur de l’aromatase; irrad. : irradiation bilatérale des ovaires; n : nombre de patientes; nd : non disponible; oopho. : oophorectomie bilatérale; RH : récepteurs hormonaux; RR : risque relatif; SFO : suppression de la fonction ovarienne; tam : tamoxifène; tripto : triptoréline; vs : versus.
1. La définition de la survie sans maladie était variable d’une étude à l’autre.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Innocuité associée à l’addition d’une SFO

L’addition d’une SFO au tamoxifène ou à un IA cause un plus grand nombre d’effets indésirables (> grade 3) chez les patientes. Les effets indésirables les plus fréquents ont été des bouffées de chaleur, des symptômes musculosquelettiques, de l’insomnie, des symptômes dépressifs et des sueurs. Les résultats d’innocuité des études retenues pour tester l’efficacité sont présentés dans le tableau suivant. Selon la méta-analyse de Qiu et coll., le risque d’éprouver des bouffées de chaleur et d'avoir de l’hypertension a augmenté chez les patientes qui ont eu une SFO comparativement aux patientes qui n’avaient pas eu de SFO (bouffées de chaleur : RR = 1,54 [IC 95 % 1,19-2,01] et hypertension : RR = 1,53 [IC 95 % 1,17-1,99]) [22]. Entre 22 et 31 % des patientes qui avaient eu une SFO en combinaison avec le tamoxifène ou un IA ont souffert d’effets indésirables de grade 3-4 comparativement à 12-30 % des patientes qui avaient reçu le tamoxifène ou un IA seul (tableau suivant).

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’innocuité d’une SFO chez des femmes non ménopausées

Étude

Devis et caractéristiques

Effets indésirables

Tam + SFO vs tam

 

SOFT

Francis et coll. 2015 [26]

n = 2 033

Suivi médian : 67 mois

SFO : tripto. (81 %), oopho. ou irrad.

CT : 53 %

 

> grade 3 : 31 % vs 24 %

Bouffées de chaleur : 93 % vs 80 %

Symptômes musculosquelettiques : 75 % vs 69 %

Dépression : 52 % vs 47 %

Sueurs : 62 % vs 48 %

Insomnie : 57 % vs 46 %

Sécheresse vaginale : 50 % vs 42 %

Libido : 48 % vs 42 %

Hypertension : 23 % vs 17 %

Ostéoporose : 20 % vs 12 %

E-3193

Tevaarwerk et coll. 2014 [31]

n = 337

Suivi médian : 5,86 ans

gg: 100 %

CT : 0 %

SFO : oopho. (42 %), LHRHa

> grade 3 : 22,4 % vs 12,3 %, p = 0,004

Grade 3-4 :

Bouffées de chaleur : 16 % vs 5 %

Neuropsychiatrique : 2 % vs 2 %

Neuroclinique : 2 % vs 1 %

Prise de poids : 3 % vs 2 %

Qualité de vie :

FACT-B à 3 ans1 : 110 vs 118, p = 0,003

FACT-G à 3 ans: 87 vs 92, p = 0,003

Fonction sexuelle3 : 11 vs 14, p < 0,001

ABCTCG [25]

n = 2 144

Suivi médian : 5,9 ans

SFO : oopho., irrad. (69 %) ou LHRHa

CT : 79 %

Sueurs nocturnes : p = 0,005

Sueurs : p < 0,001

Sécheresse vaginale : p= 0,001

 

IA + SFO vs tam + SFO

 

SOFT et TEXT

Pagani et coll. 2014 [30]

n = 4 690

Suivi médian : 68 mois

CT : 57 %

IA : exémestane

SFO : : tripto., oopho. ou irrad.

Grade 3-4 : 31 % vs 30 %

Bouffées de chaleur : 92 % vs 94 %

Symptômes musculosquelettiques : 89 % vs 76 %

Dépression : 50 % vs 50 %

Sueurs : 55 % vs 59 %

Insomnie : 58 % vs 59 %

Sécheresse vaginale : 52 % vs 47 %

Libido : 45 % vs 41 %

Ostéoporose : 39 % vs 25 %

Thrombose ou embolie : 1 % vs 2 %

Cancer de l’utérus : 2 ptes vs 5 ptes

ABCSG-12 [27]

Suivi médian : 94,4 mois

CTNA : 5 %

CT : 0 %

IA : anastrozole

SFO : goséréline

Douleurs osseuses : 33 % vs 23 %

Arthralgie : 19 % vs 8 %

Fatigue : 21 % vs 16 %

Nausées : 7 % vs 5 %

Rigidité musculaire : 8 % vs 2 %

Arthropathie : 7 % vs 3 %

 

CT : chimiothérapie; IA : inhibiteur de l’aromatase; irrad. : irradiation bilatérale des ovaires; gg : ganglions; oopho. : oophorectomie bilatérale; ptes : patientes; RH : récepteurs hormonaux; SFO : suppression de la fonction ovarienne; Tam : tamoxifène; tripto. : triptoréline; vs : versus.
1. FACT-B : Functional Assessment of Cancer Therapy for breast cancer. Un score plus élevé correspond à une meilleure qualité de vie.
2. FACT-G : Functional Assessment of Cancer Therapy – General. Un score plus élevé correspond à une meilleure qualité de vie.
3. Sexual Activity Questionnaire. Un score plus élevé correspond à une meilleure activité sexuelle.

Consensus d’experts et guides de pratique 

Consensus d’experts et guides de pratique

Indication de l’ajout d’une SFO à l’hormonothérapie

Si une SFO est administrée, en combinaison avec IA ou tamoxifène?

ASCO [32]

Maladie à haut risque

Stade II-III, pour lesquelles une chimiothérapie adjuvante serait indiquée

SFO peut être offerte : stade I-II à haut risque de récidive, qui pourrait considérer une chimiothérapie

Tamoxifène ou IA

Consensus international pour le cancer

du sein chez les jeunes femmes [33]

Maladie à haut risque

Non ménopausées après une chimiothérapie

Jeune âge, en soi, ne devrait pas être une raison de prescrire une thérapie plus « agressive »

SFO + IA devrait être considérée chez les patientes à haut risque

NCCN [1]

Maladie à haut risque (femme jeune, tumeur de haut grade, atteinte ganglionnaire)

SFO + Tamoxifène

SFO + IA est une option pour les patientes à haut risque (jeune, haut grade, atteinte ganglionnaire)

Consensus St Gall 2017 [34]

Âge ≤ 35 ans et/ou atteinte de ≥ 4 ganglions axillaires

Suffisamment à risque pour justifier une chimiothérapie, pourrait souhaiter envisager une SFO

Avec tamoxifène ou un IA

SFO + exémestane : risque intermédiaire/élevé clinique ou génomique

ESMO [95]

Non ménopausée après une chimiothérapie

SFO + IA est une option

IA: inhibiteur de l'aromatase; SFO: supression de la fonction ovarienne

 

 

3.7.2.5 Patiente ménopausée : utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) dès le début

Efficacité d'une hormonothérapie adjuvante avec un IA au tout début

Cinq méta-analyses qui ont comparé l’efficacité d’un traitement adjuvant avec un IA ou le tamoxifène chez des patientes ménopausées qui avaient été soumises à une chirurgie pour un cancer du sein locorégional ont été répertoriées [35, 36, 37, 38, 39]. Deux d’entre-elles n’ont pas été retenues, puisqu’elles ont été publiées par les mêmes auteurs, ont analysé les mêmes études avec des suivis moins récents et ont abondé dans le même sens que les trois méta-analyses retenues [38, 39]. Les principaux résultats des études retenues sont présentés dans le tableau suivant. Utilisé en monothérapie pendant 5 ans, un IA a été associé à une réduction du risque de récidive variant entre 11 et 20 % et à une réduction du risque de mortalité de toutes causes variant entre 6 et 11 %. La méta-analyse de l'EBCTCG a mis en évidence que la réduction du risque de récidive était nettement supérieure dans les premières années suivant la chirurgie comparativement aux années subséquentes (an 0-1 vs ans 5-9 : 36 % vs 8 %) [35]. En regroupant les résultats de 9 études, qui portaient uniquement sur les périodes où le traitement était différent, la réduction du risque de récidive a été de 30 % en faveur d’un IA et la réduction du risque de mortalité spécifique au cancer du sein a été de 21 %.

Méta-analyses d’ERC qui ont évalué l’efficacité d’un traitement adjuvant avec un IA en première ligne, en séquence ou en traitement prolongé

Étude

Survie sans récidive1

Mortalité spécifique au cancer du sein

Mortalité de toute cause

EBCTCG 2015 [35]

9 études randomisées

n = 31 920 

IA (5 ans) vs tam (5 ans), n = 9 885, 2 études

RR = 0,80 (IC 95 % 0,73-0,88), p < 0,00001

RR = 0,85 (IC 95 % 0,75-0,96), p = 0,009

RR = 0,89 (IC 95 % 0,80-0,97), p = 0,01

RR (ans 0-1) = 0,64 (IC 95 % 0,52-0,78)

RR (ans 0-1) = 0,98 (IC 95 % 0,66-1,46)

RR (ans 0-1) = 0,93 (IC 95 % 0,71-1,23)

RR (ans 2-4) = 0,80 (IC 95 % 0,68-0,93)

RR (ans 2-4) = 0,74 (IC 95 % 0,60-0,91)

RR (ans 2-4) = 0,85 (IC 95 % 0,72-0,99)

IA vs tam (IA vs tam; IA vs tam suivi de IA; tam suivi de IA vs tam), n = 31 920, 9 études

RR2 (ans 0-4) = 0,70 (IC 95 % 0,64-0,77), p < 0,00001

RR2 (ans 0-4) = 0,79 (IC 95 % 0,67-0,92), p = 0,003

nd

RR3 = 0,93 (IC 95 % 0,86-1,01), p = 0,08

RR3 = 0,89 (IC 95 % 0,81-0,99), p = 0,03

nd

Aydiner et coll. 2013 [36]

11 études randomisées

n = 34 070

IA (5 ans) vs tam (5 ans) – Monothérapie

HR = 0,89 (IC 95 % 0,83-0,95), p = 0,001

nd

HR = 0,93 (IC 95 % 0,83-1,03), p = 0,149

Tam suivi d’un IA (ou vice versa) pour 5 ans au total vs tam 5 ans – Traitement en séquence

HR = 0,70, p < 0,001

nd

HR = 0,81, p = 0,003

Tam (5 ans) suivi d’un IA vs tam (5 ans) suivi d’un placébo ou aucun Tx – Traitement prolongé

HR = 0,62 (IC 95 % 0,52-0,74), p < 0,001

nd

HR = 0,87 (IC 95 % 0,66-1,16), p = 0,342

Josefsson et coll. 2010 [37]

9 études randomisées

n = 28 632

IA (5 ans) vs tam (5 ans) – Monothérapie

HR = 0,89 (IC 95 % 0,83-0,96), p = 0,002

nd

HR = 0,94 (IC 95 % 0,82-1,08), p = 0,002

Tam suivi d’un IA vs tam 5 ans– Traitement en séquence

HR = 0,72 (IC 95 % 0,63-0,83), p < 0,00001

nd

HR = 0,78 (IC 95 % 0,68-0,91), p = 0,001

Tam (5 ans) suivi d’un IA vs tam (5 ans) suivi d’un placébo – Traitement prolongé

nd

nd

HR = 0,85 (IC 95 % 0,65-1,11), p = 0,24

ERC : études randomisées contrôlées; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; RR : risque relatif; tam : tamoxifène; Tx : traitement; vs : versus.
1. Pour EBCTCG 2015 : toute récidive du cancer du sein (à distance, locorégionale ou controlatérale); pour Aydiner et coll. 2013 et Josefsson et coll. 2010 : toute récidive à tout site, un cancer du sein controlatéral ou la mort.
2. Périodes pendant lesquelles le traitement était différent entre les deux bras.
3. Périodes pendant lesquelles le traitement était le même dans les deux bras ou sans traitement.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Innocuité d’une hormonothérapie adjuvante avec un IA au tout début

Un traitement adjuvant avec un IA a été associé à un risque accru d’événements cardiovasculaires et de fractures alors que le tamoxifène a été associé à une augmentation du risque de cancer de l’utérus et à des thromboembolies. Les trois méta-analyses qui ont comparé l’efficacité d’un IA et du tamoxifène ont aussi évalué leur innocuité. Les principaux résultats sont présentés dans le tableau suivant. Le risque de thromboembolies et de cancer de l’utérus a été supérieur chez les patientes qui avaient reçu le tamoxifène comparativement aux patientes qui avaient pris un IA. Les patientes qui avaient reçu un IA ont subi significativement plus de fractures et d’événements cardiovasculaires. Cependant, la méta-analyse de l’EBCTCG a démontré qu’il n’y avait pas de différence significative quant à la mortalité liée à une thrombose ou une embolie et la mortalité liée à un événement cérébrovasculaire entre les patientes qui avaient reçu le tamoxifène ou un IA. Parmi les autres effets indésirables rapportés, les femmes qui prenaient le tamoxifène ont eu davantage de saignements vaginaux et de bouffées de chaleur alors que les femmes qui prenaient un IA ont rapporté plus de myalgie et d’hypercholestérolémie (2e tableau).

Méta-analyses d’ERC qui ont évalué l’innocuité d’un traitement adjuvant avec un IA en première ligne (IA vs tam)

Étude

Cancer de l’utérus

(IA vs tam)

Fracture

(IA vs tam)

Événement cardiovasculaire/thrombose/embolie

(IA vs tam)

EBCTCG 2015 [35]

9 études randomisées

n = 31 920 

(inclut résultats en séquence)

À 10 ans : 0,4 % vs 1,2 %, p < 0,0001

RR = 0,33 (IC 95 % 0,21-0,51), p < 0,00001

RR = 1,38 (IC 95 % 1,27-1,51), p < 0,00001

RR (ans 0-4) = 1,42 (IC 95 % 1,28-1,57), p < 0,0001

RR (ans 5-9) = 1,29 (IC 95 % 1,09-1,53), p = 0,003

Mortalité liée à une thrombose ou embolie

RR = 0,71 (IC 95 % 0,35-1,39), p > 0,1

Mortalité liée à un événement cérébrovasculaire

RR = 0,80 (IC 95 % 0,54-1,20), p > 0,1

Aydiner et coll. 2013 [32]

2 études randomisées

n = 11 163

OR = 0,26 (IC 95 % 0,13-0,49), p < 0,001

OR = 1,22 (IC 95 % 0,80-1,87), p = 0,359

Thromboembolies : OR = 0,61 (IC 95 % 0,50-0,75), p < 0,001

Cardiovasculaire : OR = 1,20 (IC 95 % 1,02-1,42), p = 0,030

Amir et coll. 2011 [40]

2 études randomisées

n = 11 163

OR = 0,22 (IC 95 % 0,11-0,46), p < 0,01

OR = 1,48 (IC 95 % 1,31-1,67), p < 0,001

Thrombose veineuse : OR = 0,57 (IC 95 % 0,46-0,71), p < 0,001

Cardiovasculaire : OR = 1,30 (IC 95 % 1,06-1,61), p = 0,01

Josefsson et coll. 2010 [37]

2 études randomisées

n = 11 163

RR = 0,34 (IC 95 % 0,16-0,71), p = 0,005

RR = 1,43 (IC 95 % 1,26-1,62), p < 0,00001

Thromboembolie : RR = 0,53 (IC 95 % 0,37-0,74), p = 0,0003

Cardiovasculaire : RR = 1,13 (IC 95 % 0,96-1,33), p = 0,14

ERC : études randomisées contrôlées; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RR : risque relatif; tam : tamoxifène; vs : versus.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Autres effets indésirables d’un IA et du tamoxifène rapportés dans les études ATAC et BIG 1-98

Étude

Effet indésirable

IA

(%)

Tamoxifène

(%)

BIG 1-98 et ATAC

Mouridsen et coll. 2009 [41]

Howell et coll. 2005 [42]

Événement cardiaque

6,7 

5,7 

AVC ou ischémie cérébrale transitoire

1,4 – 2 

1,8 -2,8 

Saignement vaginal

5,1 – 5,4 

9,9 – 10,2 

Thromboembolies

2,4 

4,9 

Hypercholestérolémie

53,2 

29,9 

Bouffées de chaleur

35,7 - 37,7 

40,9 - 42,9 

Sueurs nocturnes

15,6 

19,4 

Fractures

9,8 - 11 

7,3 – 7,7 

Arthralgie ou myalgie

34,7 – 35,6 

29,4 - 30,1 

AVC : accident vasculaire cérébral; IA : inhibiteur de l’aromatase

Selon Josefsson et coll., il n’y avait pas assez de données pour réaliser une méta-analyse des études sur la qualité de vie [37]. Selon ces auteurs, aucune différence significative entre les traitements n’a été observée. Une étude de phase III réalisée chez 353 femmes chinoises a démontré que les patientes qui avaient reçu le tamoxifène ont eu plus de stéatoses hépatiques que les femmes qui avaient pris un IA (33 % vs 10 %, RR = 0,29 [IC 95 % 0,18-0,48], p < 0,0001) [43].

Observance et persistance à hormonothérapie adjuvante

Définitions

Observance : Fait, pour une personne, de suivre rigoureusement le traitement prescrit par un professionnel de la santé (posologie, mode d’administration) (Office québécois de la langue française).
Persistance : Fait, pour une personne, de continuer le traitement pendant toute la durée prescrite.

L’abandon de l’hormonothérapie adjuvante est associé à une survie sans progression inférieure. L’information des patientes sur l’hormonothérapie et les effets indésirables qui y sont associés et une prise en charge des symptômes dès le début du traitement pourraient contribuer à une bonne observance de ce traitement. Selon une revue systématique publiée par Murphy et coll., la persistance à la prise d'une hormonothérapie adjuvante chez les femmes atteintes d’un cancer du sein a varié entre 31 % et 73 %, et l’observance, entre 41 % et 72 % [44]. Dans l’étude BIG 1-98, 16 % des patientes ont cessé l’hormonothérapie en raison de ses effets indésirables [45]. Dans l’étude ATAC, l’observance a été de 88 % chez les patientes qui prenaient l’anastrozole et de 87 % chez les patientes qui prenaient le tamoxifène [46].

La non-observance ou la non-persistance à la prise d'une hormonothérapie adjuvante a été associée à une survie sans maladie et une survie spécifique au cancer du sein inférieure [45, 47, 48]. Plusieurs études ont évalué la pertinence de certains facteurs prédictifs d’une faible observance ou persistance à la prise d'une hormonothérapie adjuvante. La présence de symptômes ou de problèmes avant le début du traitement, tels que des problèmes de sommeil ou de concentration, des symptômes de dépression ou la non-observance d'une thérapie pour un problème chronique ainsi qu’un changement d’hormonothérapie adjuvante sont des facteurs qui ont été associés à une faible observance au traitement [49, 50, 51, 52, 53, 54]. D’autres études suggèrent que les patientes qui ont reçu davantage d’information sur l’hormonothérapie et les effets indésirables qui y sont associés, soit par communications fréquentes avec le médecin ou par un dépliant d’information, sont plus susceptibles de respecter l’hormonothérapie prescrite [55, 56, 57, 58].

Consensus d’experts et guides de pratique

Les experts du consensus de Saint Gall de 2017 notent que le tamoxifène seul est encore approprié pour certaines patientes ménopausées [34]. Un peu plus de la moitié des experts estiment qu’un IA devrait être utilisé au cours du traitement adjuvant. Les facteurs favorisant l’inclusion d’un IA sont une atteinte ganglionnaire, une histologie lobulaire, un cancer HER2+ ou avec Ki67 élevé ou de haut grade. Chez les femmes à haut risque de récidive, les experts favorisent l’utilisation d’un IA au tout début. Le panel reconnaît l’importance des préférences de la patiente et de la tolérabilité, particulièrement étant donné la différence modeste entre le tamoxifène et un IA, même chez les patientes à haut risque. L’ESMO indique qu’une hormonothérapie adjuvante avec un IA et le tamoxifène sont des options valables [95]. Selon les experts du NCCN, les options de traitement adjuvant pour les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein locorégional sont : 1) un traitement adjuvant avec un IA pour 5 ans, 2) 2 ou 3 ans de tamoxifène suivi d’un IA pour un total de 5 ans d’hormonothérapie ou suivi d’un IA pour 5 ans, ou 3) 4,5 à 6 ans de tamoxifène suivi d’un IA 5 ans [1]. Chez les patientes ménopausées, le tamoxifène seul pendant 5 ou 10 ans devrait être limité aux patientes qui refusent ou qui ont des contre-indications à recevoir un IA.

3.7.2.6 Patiente ménopausée : utilisation d'un inhibiteur de l'aromatase (IA) en séquence

Efficacité d’un IA en séquence

Un traitement adjuvant en séquence avec un IA suivi du tamoxifène a une efficacité similaire à celle de la monothérapie avec un IA et une innocuité généralement intermédiaire à celle observée entre la monothérapie et le traitement en séquence. Bien que la complétion d’une hormonothérapie de 5 ans avec un IA après 2-3 ans de tamoxifène réduise significativement le risque de récidive, un changement d’hormonothérapie a été associé à une diminution de l’observance du traitement. L’étude BIG 1-98 est la seule étude à avoir évalué une séquence de traitement débutant avec un IA suivi du tamoxifène [41],[59]. Les résultats de cette étude primaire ainsi que les résultats comptabilisés par la méta-analyse de l’EBCTCG sont présentés dans le tableau suivant [35]. Un traitement en séquence avec le létrozole suivi du tamoxifène a une efficacité similaire à celle d'un traitement de 5 ans avec le létrozole en monothérapie en ce qui a trait à la survie sans récidive, à la mortalité spécifique au cancer du sein et à la mortalité de toute cause. La cohorte de cette étude incluait des patientes qui présentaient une maladie avec atteinte ganglionnaire (41 %), avec une tumeur primaire de taille supérieure à 2 cm (36 %), qui avaient eu une mastectomie (39 %) et avaient reçu une chimiothérapie adjuvante ou néo-adjuvante (26 %).

Après une hormonothérapie avec le tamoxifène de 2-3 ans, la complétion d’un traitement de 5 ans avec un IA plutôt qu’avec le tamoxifène a réduit le risque de récidive dans une proportion variant entre 17 et 44 % [60, 61, 62, 63, 64]. Cependant, plusieurs études ont observé par des analyses multivariées l’association entre un changement d’hormonothérapie et une diminution de l’observance du traitement [44525365]. L’étude NCIC CTG MA.17 a aussi démontré que, suivant un traitement de 5 ans avec le tamoxifène, une hormonothérapie additionnelle avec le létrozole pendant 5 ans chez les femmes ménopausées a réduit le risque de récidive ou de cancer controlatéral (HR = 0,58 [IC 95 % 0,45-0,76], p < 0,001) et le risque de récidive à distance (HR = 0,60 [IC 95 % 0,43-0,84]) (suivi médian : 30 mois, n = 5 187) [66]. Toutefois, la survie globale n’a pas été différente entre les groupes (HR = 0,82 [IC 95 % 0,43-0,84]).

Études qui ont évalué l’efficacité d’un traitement adjuvant avec un IA suivi du tamoxifène 

Étude

Survie sans récidive1

Mortalité spécifique au cancer du sein

Mortalité de toute cause

Méta-analyse

EBCTCG 2015 [35]

IA (5 ans) vs IA (2 ans) suivi de tam (3 ans), n = 2 558

RR = 0,95 (IC 95 % 0,75-1,21), p = 0,71

RR = 1,13 (IC 95 % 0,81-1,58), p = 0,48

RR = 1,06 (IC 95 % 0,82-1,37), p = 0,66

IA (2 ans) suivi de tam (3 ans) vs tam (5 ans), n = 3 060

RR = 0,99 (IC 95 % 0,82-1,21), p = 0,95

RR = 0,88 (IC 95 % 0,68-1,14), p = 0,33

RR = 0,82 (IC 95 % 0,67-1,00), p = 0,05

BIG 1-98

Regan et coll. 2011 [59]

Suivi médian : 8 ans

Létrozole (2 ans) suivi de tam (3 ans) vs létrozole (5 ans), n = 3 086

HR = 1,06 (IC 95 % 0,91-1,23), p = 0,48

À 8 ans : 77,8 % vs 78,6 %

nd

HR = 0,97 (IC 95 % 0,80-1,19), p = 0,79

À 8 ans : 88,7 % vs 89,9 %

Tam (2 ans) suivi de létrozole (3 ans) vs létrozole (5 ans), n = 3 094

HR = 1,07 (IC 95 % 0,92-1,25), p = 0,36

À 8 ans : 77,3 % vs 78,6 %

nd

HR = 1,10 (IC 95 % 0,90-1,33), p = 0,36

À 8 ans : 88,1 % vs 89,9 %

IA : inhibiteur de l’aromatase; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); n : nombre de patientes; nd : non disponible; RR : risque relatif; Tam : tamoxifène; vs : versus.
1. Pour EBCTCG 2015 : toute récidive du cancer du sein (à distance, locorégionale ou controlatérale). Pour BIG 1-98 : récidive invasive locale, régionale ou à distance, un nouveau cancer infiltrant controlatéral, tout cancer secondaire ou le décès.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Innocuité d’un IA en séquence

Les résultats d’innocuité de l’étude BIG 1-98 sont présentés dans le tableau suivant. Un plus grand nombre de femmes qui avaient reçu le tamoxifène au cours de leur traitement ont eu des thromboembolies et des saignements vaginaux comparativement aux femmes qui n'avaient reçu que le létrozole. Chez les femmes qui avaient pris le létrozole en monothérapie ou en séquence, un plus grand nombre de cas d’arthralgie et de myalgie, de fractures et d’hypercholestérolémie a été rapporté.

Innocuité d’un traitement adjuvant en séquence avec un IA suivi du tamoxifène

Étude

Effet indésirable

Tam vs lét vs létàtam

 

BIG 1-98

Mouridsen et coll. 2009 [41]

n = 3 086

Événement cardiaque

5,7 % vs 6,7 % vs 6,1 %, p = 0,45

 

AVC ou ischémie cérébrale transitoire

1,8 % vs 1,4 % vs 1,7 %, p = 0,74

 

Saignement vaginal

9,9 % vs 5,1 % vs 6,4 %, p < 0,001

 

Thromboembolies

4,9 % vs 2,4 % vs 4,1 %, p < 0,001

 

Hypercholestérolémie

29,9 % vs 53,2 % vs 44,5 %, p < 0,001

en faveur de tam

Bouffées de chaleur

42,9 % vs 37,7 % vs 41,7 %, p = 0,003

 

Sueurs nocturnes

19,4 % vs 15,6 % vs 17,8 %, p = 0,04

 

Fractures

7,3 % vs 9,8 % vs 7,5 %, p = 0,02

en faveur de tam

Arthralgie ou myalgie

30,1 % vs 34,7 % vs 33 %, p = 0,05

en faveur de tam

lét : létrozole; n : nombre de patientes; Tam : tamoxifène; vs : versus.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Consensus d’experts et guides de pratique

Les experts du consensus de Saint Gall de 2015 sont à l’aise avec l’idée d’envisager de changer l’hormonothérapie adjuvante pour le tamoxifène après 2 ans d’IA, si nécessaire, chez les femmes ménopausées [67]. L’ASCO recommande, chez les femmes qui ont reçu un IA pendant moins de 5 ans, d'offrir le tamoxifène pour une durée totale de 5 ans [68]. Selon les experts du NCCN, les options de traitement adjuvant pour les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein locorégional sont : 1) un traitement adjuvant avec un IA pour 5 ans, 2) 2 ou 3 ans de tamoxifène suivi d’un IA pour un total de 5 ans d’hormonothérapie ou suivi d’un IA pour 5 ans, ou 3) 4,5 à 6 ans de tamoxifène suivi d’un IA 5 ans [1]. Chez les patientes ménopausées, le tamoxifène seul sur 5 ou 10 ans devrait être limité aux patientes qui refusent ou qui ont des contre-indications à recevoir un IA.

 

3.7.2.7 Utilisation du bisphosphonate et du dénosumab chez les patientes qui reçoivent un inhibiteur de l'aromatase (IA)

Efficacité et innocuité

Étant donné le risque accru de fractures chez les patientes qui reçoivent un IA, la densité minérale osseuse et le risque de fractures devraient être surveillés. Un traitement avec un bisphosphonate ou le dénosumab devrait être considéré. Une étude de phase III a démontré que le dénosumab diminue significativement le risque de fractures comparativement à un placébo chez les femmes ménopausées qui reçoivent un IA [69]. D’autres études ont démontré une augmentation de la densité osseuse de 2 à 5 % chez les patientes qui reçoivent un IA et sont traitées avec un bisphosphonate. Les principaux résultats de méta-analyse et d’études randomisées contrôlées récentes sont présentés dans les tableaux suivants (premier, deuxième et troisième). En plus de l’effet sur la réduction du risque de fractures, une analyse de sous-groupe de la méta-analyse de l'EBCTCG a démontré que, chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein, la prise d’un bisphosphonate est associée à une réduction du risque de récidive aux os 7 et du risque de mortalité spécifique au cancer du sein (n = 11 767, récidive aux os : RR = 0,72 [IC 95 % 0,60-0,86], p = 0,0002; mortalité : RR = 0,82 [IC 95 % 0,73-0,93], p = 0,002) [70]. L’étude ABCSG-18, qui a évalué l’impact de 60 mg de dénosumab sous-cutané aux 6 mois sur le risque de fractures et la densité minérale osseuse (résultats présentés dans le deuxième tableau suivant), avait aussi analysé la survie sans progression comme paramètre d’évaluation secondaire. Un abrégé présenté au San Antonio Breast Cancer Symposium 2015 a rapporté une réduction du risque de progression qui n’était toutefois pas statistiquement significative (suivi médian : 4 ans; HR = 0,816, p = 0,051) [71].

7 Risque de récidive du cancer du sein (métastase osseuse).

Méta-analyses qui ont évalué l’efficacité d’un bisphosphonate pour prévenir la perte de densité osseuse et les fractures chez des femmes recevant un IA

Étude

Traitement

Fracture

Densité minérale osseuse

EBCTCG 2015 [70]

26 ERC

n = 13 341 

Suivi médian : 5,6 femmes-année

2-5 ans BP vs contrôle sans BP

À 10 ans :

RR = 0,85 (IC 95 % 0,75-0,97), p = 0,02

Ménopausées :

RR = 0,833 (IC 95 % 0,708-0,980), p = 0,03

nd

Su et coll. 2014 [72]

11 études

n = 4 273

Femmes ménopausées recevant un IA

Avant vs après 6-36 mois BP

nd

Rachis lombaire

DMP = 5,42 % (IC 95 % 4,37-6,48), I2 = 74,6 %, p < 0,001

Hanche

DMP = 3,01 % (IC 95 % 2,01-4,01), I2 = 80 %, p < 0,001

Valachis et coll. 2010 [73]

14 ERC

n = 4 461

BP vs contrôle

Femmes ménopausées :

OR = 0,82 (IC 95 % 0,55-1,20), p = 0,772

Femmes recevant un IA :

OR = 0,79 (IC 95 % 0,53-1,17), p = 0,727

nd

BP : bisphosphonate; ERC : études randomisées contrôlées; DMP : différence moyenne pondérée; IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); RR : risque relatif.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’efficacité d’un bisphosphonate ou du dénosumab chez des femmes ménopausées recevant un IA

Étude

Traitement et caractéristique

Fracture

Densité minérale osseuse

Bisphosphonate vs sans bisphosphonate

ERC

Sun et coll. 2016 [74]

n = 100

IA : Létrozole

Acide zolédronique au 6 mois vs sans acide zolédronique

Chimiothérapie : 88 %

Radiothérapie : 80 %

4 % vs 6 %

Rachis lombaire (différence moyenne de DMO - %)

À 12 mois : DM : 3,67 % vs -1,85 %, p < 0,05

↓ de 5 % : 4 % vs 20 %, p = 0,014

Col du fémur

À 12 mois : DM : 4,71 % vs -3,45 %, p < 0,05

↓ de 5 % : 8 % vs 24 %, p = 0,029

Hanche

À 12 mois : DM : 2,08 % vs -1,05 %, p < 0,05

↓ de 5 % : 6 % vs 22 %, p = 0,021

ERC

Prasad et coll. 2016 [75]

n = 109

IA :

Anastrozole (77 %)

Letrozole (15 %)

Exémestane (9 %)

Risedronate vs placébo

 

nd

Colonne vertébrale (différence moyenne – g/cm2)

À 12 mois : DM : 2 vs -1,2 g/cm2, p < 0,0001

À 24 mois : DM : 2,3 vs -1,7 g/cm2, p < 0,0001

Colonne vertébrale (différence moyenne du score de l’os trabéculaire [SOT])

À 12 mois : DM : -0,012 vs -0,028, ns

↓ de 3,9 % du SOT : 16 % vs 30 %

À 24 mois : DM : -0,017 vs -0,033, ns

↓ de 3,9 % du SOT : 21 % vs 40 %

Dénosumab 60 mg vs placébo

ABCSG-18, ERC

Gnant et coll. 2015 [69]

n = 3 420

IA non stéroïdien < 24 mois

Dénosumab vs placébo au 6 mois

Chimiothérapie : 25 %

Score T < -1,0 :45 %

Survie sans fracture clinique

HR = 0,50 (IC 95 % 0,39-0,65), p < 0,0001

À 84 mois : 11,1 % vs 26,2 %

Nouvelle fracture vertébrale

À 36 mois :

OR = 0,53 (IC 95 % 0,33-0,85)

Colonne vertébrale (différence moyenne de DMO - %)

À 36 mois : DMP : 7,27 % vs -2,75 %, p < 0,0001

Hanche

À 36 mois : DMP : 4,60 % vs -3,32 %, p < 0,0001

Col du fémur

À 36 mois : DMP : 3,41 % vs -3,10 %, p < 0,0001

BP : bisphosphonate; DM : différence moyenne; DMO : densité minérale osseuse; ERC : études randomisées contrôlées; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); DMP : différence moyenne pondérée; IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); SOT : score de l’os trabéculaire; vs : versus.
1. SOT : le score de l’os trabéculaire est une mesure de la microarchitecture de l’os.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

Innocuité d’un bisphosphonate ou du dénosumab selon les études retenues concernant l’efficacité

Étude

Traitement

Effets indésirables

Sun et coll. 2016 [74]

n = 100

IA : Létrozole

Acide zolédronique au 6 mois vs sans acide zolédronique

Chimiothérapie : 88 %

Radiothérapie : 80 %

Avec acide zolédronique :

Symptôme de rhume : 38 %

Douleurs osseuses : 28 %

Douleurs jointures : 20 %

Fatigue : 12 %

Maux de tête : 10 %

Fièvre : 6 %

Insuffisance rénale : 2 % (1 pt)

Prasad et coll. 2016 [75]

Greenspan et coll. 2015 [76]

n = 109

IA :

Anastrozole (77 %)

Létrozole (15 %)

Exémestane (9 %)

Risedronate vs placébo hebdomadaire

Gastro-intestinaux : 7 % vs 24 %, p = 0,019

Cardiovasculaires : 14 % vs 20 %, p = 0,459

Respiratoires : 7 % vs 18 %, p = 0,093

Musculosquelettiques : 49 % vs 61 %, p = 0,250

Sérieux : 18 % vs 30 %, p = 0,183

Dénosumab

Gnant et coll. 2015 [69]

n = 3 420

IA  24 mois

Dénosumab vs placébo au 6 mois

≥ 1 : 80 % vs 79 %

Sérieux1 : 30 % vs 30 %

Liés au dénosumab : 5 % vs 2,9 %

Musculosquelettiques et tissu conjonctif :

49 % vs 47 %

Vasculaires : 28 % vs 23 %

Pas de diagnostic d’ONM

IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; ONM : ostéonécrose de la mâchoire; vs : versus.
1. Effets indésirables sérieux rapportés : arthrose, protrusion discale, blessure du ménisque, syndrome du canal carpien, cataracte et goitre.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Consensus d’experts et guides de pratique

L’ASCO-CCO recommande que l’administration d’un bisphosphonate soit considérée chez les patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein candidates à une thérapie systémique adjuvante [77]. Il est indiqué que les données sont insuffisantes pour recommander le dénosumab comme traitement adjuvant. Le NCCN recommande que la densité minérale osseuse des patientes qui reçoivent un IA soit mesurée au début du traitement et périodiquement par la suite [1]. L’utilisation d’un bisphosphonate est l’option favorisée pour traiter la perte de densité minérale osseuse. L’ESMO indique que la densité minérale osseuse devrait être surveillée périodiquement et que l’utilisation d'un bisphosphonate réduit la perte de densité osseuse associée au traitement en plus de diminuer le risque de complications squelettiques [95]. Les experts du Breast Tumour Team d’Alberta ont publié en 2013 un guide de pratique qui a évalué la santé osseuse chez des patientes atteintes d’un cancer du sein. Ils recommandent la détermination de la densité minérale osseuse et du risque de fracture au début du traitement chez les patientes atteintes d’un cancer du sein et qui commencent un traitement de suppression ovarienne et chez les femmes ménopausées qui prennent un IA [78]. Un bisphosphonate ou le dénosumab devraient être considérés chez les patientes ménopausées à risque de modéré à élevé de fracture ou qui ont un score-T inférieur à - 2,0 et prennent un IA pour traiter un cancer du sein.

 

3.7.2.8 Durée de l’hormonothérapie adjuvante

Efficacité d’une hormonothérapie adjuvante prolongée avec le tamoxifène et un IA chez les patientes qui ont reçu du tamoxifène pendant 5 ans

Quatre méta-analyses ont évalué l’efficacité d’une hormonothérapie adjuvante d’une durée supérieure à 5 ans comparativement à une hormonothérapie de 5 ans chez des patientes atteintes d’un cancer du sein infiltrant [36377980]. Les principaux résultats de ces méta-analyses ainsi que ceux des études primaires pertinentes sont présentés dans les tableaux suivants (premier et deuxième). Parmi les méta-analyses, uniquement celle de Petrelli et coll. a démontré un avantage de survie globale avec l’administration d’une hormonothérapie au-delà de 5 ans chez des patientes présentant une maladie RO+ [79]. Deux méta-analyses ont montré une survie sans récidive supérieure chez des patientes qui avaient reçu une hormonothérapie d’une durée de plus de 5 ans et trois méta-analyses ont montré qu’uniquement les patientes avec une atteinte ganglionnaire bénéficiaient d’un avantage de survie sans récidive [367980]. La méta-analyse d’Aydiner et coll. a démontré qu’une hormonothérapie avec le tamoxifène pendant 5 ans suivie d’un IA diminuait le risque de métastases à distance de 38 % [36].

Une chimiothérapie adjuvante était permise dans toutes les études qui ont évalué l’efficacité d’une hormonothérapie prolongée. La proportion des patientes qui en ont reçu n’a été rapportée dans aucune méta-analyse. Trois études primaires en ont traité, soit ECOG E4181/E5181, MA-17 et NSABP-B33 [81, 82, 83]. L’étude ECOG E4181/E5181 a recruté uniquement des patientes qui avaient reçu une chimiothérapie et elle n’a pas montré d’effet significatif, après une hormonothérapie de 10 ans avec le tamoxifène, concernant la survie sans récidive ni la survie globale comparativement à une hormonothérapie de 5 ans. Dans l’étude MA.17 et l’étude NSABP B-33, 45 % et 55 % des patientes avaient reçu une chimiothérapie, respectivement. L’insu de ces deux études a été levé prématurément, puisque les résultats préliminaires ont démontré une réduction du risque de récidive (MA.17 : 42 % et NSABP B-33 : 52 %). Une analyse multivariée exploratoire de l’étude NSABP B-33 suggère que les patientes qui reçoivent une chimiothérapie et celles qui présentent une maladie avec atteinte ganglionnaire ont bénéficié davantage d’une hormonothérapie prolongée avec l’exémestane (chimiothérapie : HR = 0,58 [IC 95 % 0,34-1,01], p = 0,05 et atteinte ganglionnaire : HR = 0,50 [IC 95 % 0,30-0,86], p = 0,01) [82].

Méta-analyse qui a évalué l’efficacité de l’hormonothérapie adjuvante prolongée

Étude

Caractéristiques

Survie sans récidive1

Survie globale

Tamoxifène > 5 ans vs tamoxifène 5 ans

Al-Moubarak et coll. 2014 [80]

5 études ERC

n = 21 554

Arrêt de traitement : 38 %

Chimiothérapie : nd

Femmes ménopausées et non ménopausées

Total : OR = 0,89(IC 95 % 0,76-1,05, p = 0,17

gg: OR = 0,76 (IC 95 % 0,63-0,92), p = 0,005

gg: OR = 0,93 (IC 95 % 0,76-1,14), p = 0,47

Non méno. : OR = 0,80 (IC 95 % 0,57-1,12)

Méno. : OR = 0,86 (IC 95 % 0,64-1,14)

Mortalité de toute cause

OR = 0,99 (IC 95 % 0,84-1,16), p = 0,88

RO : OR = 1,11 (IC 95 % 0,79-1,55), p = 0,55

 

Tamoxifène 5 ans suivi d’un IA vs tamoxifène 5 ans suivi d’un placébo

Aydiner et coll. 2013 [36]

3 études ERC

n = 7 604

Chimiothérapie : nd

Femmes ménopausées

HR = 0,62 (IC 95 % 0,52-0,74), p < 0,001

gg: HR = 0,58 (IC 95 % 0,45-0,74), p < 0,001

gg: HR = 0,66 (IC 95 % 0,40-1,08), p = 0,098

Métastases à distance :

HR = 0,62 (IC 95 % 0,46-0,82), p = 0,001

HR = 0,87 (IC 95 % 0,66-1,16), p = 0,342

Josefsson et coll. 2010 [37]

3 études ERC

n = 7 604

Chimiothérapie : nd

Femmes ménopausées

nd

HR = 0,85 (IC 95 % 0,65-1,11), p = 0,24

Hormonothérapie > 5 ans vs hormonothérapie < 5 ans

Petrelli et coll. 2013 [79]

8 études ERC

n = 29 138

HT 5 ans : 50 %

HT > 5 ans : 50 %

Chimiothérapie2 : nd

Femmes ménopausées et non ménopausées

OR = 0,79 (IC 95 % 0,68-0,92), p = 0,002

Hétérogénéité : p = 0,02

RO: OR = 0,72 (IC 95 % 0,56-0,92), p = 0,010, I2 = 65 %

gg: OR = 0,76, p < 0,0001

Méno. : OR = 0,80, p < 0,0001

OR = 0,95 (IC 95 % 0,89-1,01), p = 0,09, hétérogénéité : p = 0,21

RO: OR = 0,89 (IC 95 % 0,80-0,99), p = 0,03, I2 = 45 %

Survie spécifique au cancer du sein

OR = 0,87 (IC 95 % 0,81-0,95), p = 0,001, I2 = 0 %

ERC : études randomisées contrôlées; gg : ganglions; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); I2 : test d’hétérogénéité; méno. : ménopausée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; non méno. : non ménopausée; OR : rapport de cotes (odds ratio); RO : récepteur de l’œstrogène; tam : tamoxifène; vs : versus.
1. Al Moubarak et coll. : inclut un cancer du sein controlatéral; Aydiner et coll. et Josefsson et coll. : toute récidive à tout site, un cancer du sein controlatéral ou la mort; et Petrelli et coll. : toute récidive du cancer du sein à l'exclusion d'un cancer controlatéral.
2. Uniquement les études ECOG E4181/E5181 (100 %), MA.17 (46 %) et NSABP B-33 (55 %) ont rapporté la proportion de patientes qui avaient reçu une chimiothérapie.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’efficacité de l’hormonothérapie adjuvante prolongée chez des patientes qui avaient reçu une chimiothérapie

Étude

Caractéristiques

Survie sans récidive1

Survie globale

Tamoxifène > 5 ans vs tamoxifène 5 ans

ATLAS

Davies et coll. 2013 [84]

n = 12 8942

RO: n = 6 048

Méno. : 90 %

gg- = 52 %, gg+1-3 : 26 %

Tam 10 ans (après 7 ans : 84 %)

RO: RR = 0,84 (IC 95 % 0,76-0,94), p = 0,002

Taux de récidive à 10 ans : 25,1 % vs 21,4 %

RR = 0,93 (IC 95 % 0,86-1,00), p = 0,04

Taux de récidive à 10 ans: 15,0 % vs 12,2 %

RO+ : RR = 0,87 (IC 95 % 0,78-0,97), p = 0,01

Mortalité spécifique au cancer :

RR = 0,87 (IC 95 % 0,79-0,97), p = 0,008

RO: RR = 0,83 (IC 95 % 0,72-0,96), p = 0,01

aTTom

Gray et coll. 2013 (abrégé)

n = 6 953

Suivi médian : nd

RO: 39 %

RO inconnu : 61 %

Méno. : nd

gg : nd

Chimiothérapie : nd

Taux de récidive :

17 % vs 19 %, p = 0,003

RR 5-6 ans = 0,99 (IC 95 % 0,86-1,15)

RR 7-9 ans = 0,84 (IC 95 % 0,73-0,95)

RR > 9 ans = 0,75 (IC 95 % 0,66-0,86)

RR 5-9 ans = 1,05 (IC 95 % 0,90-1,22)

RR > 9 ans = 0,86 (IC 95 % 0,75-0,97)

Mortalité spécifique au cancer

RR 5-9 ans = 1,03 (IC 95 % 0,84-1,27)

RR > 9 ans = 0,77 (IC 95 % 0,64-0,92)

Scottish trial

Stewart et coll. 2001 [85]

n = 342

Suivi médian : 15 mois

Méno. : 75 %

gg: 23 %

Tam jusqu’à une récidive

HR = 1,36 (IC 95 % 0,95-1,95), p = 0,12

HR = 1,32 (IC 95 % 0,93-1,88), p = 0,12

B14

Fisher et coll. 2001 [86]

n = 1 172

Suivi médian : 81 mois

RO: 100 %

Méno. : 74 %

gg: 100 %

Tam 5 ans add. vs placébo

À 7 ans :

82 % vs 78 %, p = 0,03

À 7 ans : 94 % vs 91 %, p = 0,07

ECOG E4181/E5181

Tormey et coll. 1996 [83]

n = 193

Suivi médian de 5,6 ans

Méno. : 45 %

gg- = 0 %, gg+1-3 : 61 %

Chimiothérapie : 100 %

Tam jusqu’à une récidive (médian : 9,3 ans)

À 5 ans : 85 % vs 73 %, p = 0,10

Non méno. : p = 0,38

Méno. : p = 0,16

À 5 ans : 86 % vs 89 %, p = 0,52

Non méno. : p = 0,18

Méno. : p = 0,72

Tamoxifène 5 ans suivi d’un IA vs tamoxifène 5 ans suivi d’un placébo

MA.17

Ingle et coll. 2008 [81]

Goss et coll. 2005 [66]

n = 5 170

Analyse en intention de traiter

RO: 97 %

Ménopausées : 100 %

gg+: 46 %

Chimiothérapie : 45 %

IA : létrozole 5 ans vs placébo

Crossover : 66 %

Analyse avant la levée de l’insu

Suivi médian : 28,8 mois

HR = 0,58 (IC 95 % 0,45-0,76), p < 0,001

Suivi médian : 64 mois

HR = 0,68 (IC 95 % 0,56-0,83), p = 0,00013

À 4 ans, 94,3 % vs 91,4 %

gg: HR = 0,74 (IC 95 % 0,58-0,94), p = 0,01

Cancer controlatéral

HR = 0,61 (IC 95 % 0,39-0,97), p = 0,0333

Analyse avant la levée de l’insu

Suivi médian : 28,8 mois

HR = 0,82 (IC 95 % 0,57-1,19), p = 0,853

gg: HR = 0,61 (IC 95 % 0,38-0,98), p = 0,04

Suivi médian : 64 mois

HR = 0,98 (IC 95 % 0,78-1,22), p = 0,8283

À 4 ans, 95,1 % vs 95,1 %

NSABP B-33

Mamounas et coll. 2008 [82]

n = 1 562

Suivi médian : 30 mois

RO: 94 %

Ménopausées : 100 %

gg+1-3 : 33 %

Chimiothérapie : 55 %

IA : exémestane 5 ans vs placébo

Crossover : 44 %2

Analyse en intention de traiter

À 4 ans : 91 % vs 89 %

HR = 0,68 p = 0,07

Analyse per protocole

À 4 ans : 96 % vs 94 %, p = 0,004

HR = 0,48, p = 0,008

16 décès vs 13 décès, p = ns

ABCSG Trial 6a

Jakesz et coll. 2007 [87]

n = 852

Suivi médian : 62,3 mois

Analyse en intention de traiter

RO: 95 %

Ménopausées : 100 %

gg+: 32 %

Chimiothérapie : nd

Grade 3 : 20 %

IA : anastrozole 5 ans vs aucun Tx

HR = 0,62 (IC 95 0,40-0,96), p 0,031

Grade 3 : HR = 0,73 (IC 95 % 0,29-1,85), p = 0,502

gg: HR = 0,61 (IC 95 % 0,34-1,10), p = 0,097

HR = 0,89 (IC 95 % 0,59-1,34), p = 0,570

add. : additionnels; ERC : études randomisées contrôlées; gg : ganglions; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); I2 : test d’hétérogénéité; IA : inhibiteur de l’aromatase; méno. : ménopausée; n : nombre de patientes; nd : non disponible; non méno. : non ménopausée; ns : non significatif; RO : récepteur de l’œstrogène; RR : risque relatif; tam : tamoxifène; Tx : traitement; vs : versus.
1. ECOG E4181/E5181 : inclut un nouveau cancer controlatéral; ATLAS : inclut un nouveau cancer du sein ou toute récidive locorégionale, controlatérale ou à distance; MA.17 : inclut toute récidive de cancer du sein et cancer du sein controlatéral; NSABP B-33 : inclut récidive locale ipsilatérale ou controlatérale, régionale et à distance; et ABCSG Trial 6a : inclut toute récidive locorégionale, controlatérale ou à distance.
2. L’insu a été levé étant donné que l’étude MA.17 a démontré l'avantage d’une hormonothérapie d’une durée supérieure à 5 ans.
3. Rapport de risques instantanés issu d’une analyse multivariée.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Innocuité et qualité de vie chez les patientes qui reçoivent une hormonothérapie prolongée

Trois des méta-analyses qui ont évalué l’efficacité ont aussi évalué l’innocuité d’une hormonothérapie adjuvante prolongée [36, 3780]. Les résultats sur l’innocuité sont présentés dans les tableaux suivants (premier et deuxième). Al-Moubarak et coll. ont rapporté une augmentation significative du risque de développer un cancer de l’utérus chez les patientes qui avaient reçu le tamoxifène pendant 10 ans comparativement aux patientes qui avaient pris le tamoxifène pendant 5 ans [80]. L’étude ATLAS a rapporté une augmentation du risque d’embolie pulmonaire et de cancer de l’utérus (embolie : RR = 1,87 [IC 95 % 1,13-3,07], p = 0,01; utérus : RR = 1,74 [IC 95 % 1,30-2,34], p = 0,0002) [84].

Selon les méta-analyses d'Aydiner et coll. et de Josefsson et coll., le risque de fractures et de maladie cardiovasculaire n’a pas été significativement différent chez les patientes qui avaient reçu le tamoxifène pendant 5 ans suivi d’un IA comparativement aux patientes qui avaient pris le tamoxifène pendant 5 ans [36, 37]. Les effets indésirables les plus souvent rapportés ont été des bouffées de chaleur, de l’asthénie (somnolence, fatigue), de l’arthralgie et de la myalgie, et les effets indésirables sérieux rapportés ont été des fractures, thromboses, embolies et de l'arthralgie.

Dans l’étude NSABP B-33, bien que la sévérité des symptômes ait été supérieure chez les patientes qui recevaient le létrozole comparativement au placébo, aucune différence significative quant à la qualité de vie n’a été observée [82]. L’information sur la qualité de vie de l’étude MA.17 a démontré qu’un traitement adjuvant prolongé avec le létrozole entraînait une légère diminution des scores de qualité de vie en ce qui a trait à la douleur, la santé générale et la fonction vasomotrice et physique, mais que la qualité de vie générale était similaire à celle des patientes qui recevaient le placébo [88].

Méta-analyses d’ERC qui ont évalué l’innocuité de l’hormonothérapie prolongée

Étude

Effets indésirables

Tamoxifène > 5 ans vs tamoxifène 5 ans

Al-Moubarak et coll. 2014 [80]

5 études

n = 21 554

Cancer de l’utérus :

OR = 2,06 (IC 95 % 1,65-2,58), p < 0,001

Tamoxifène 5 ans suivi d’un IA vs tamoxifène 5 ans suivi d’un placébo

Aydiner et coll. 2013 [36]

3 études

n = 7 604

Fractures :

OR = 1,23 (IC 95 % 0,98-1,56), p = 0,780

Événements cardiovasculaires :

OR = 1,06 (IC 95 % 0,84-1,34), p = 0,640

Josefsson et coll. 2010 [37]

Fractures :

RR = 1,17 (IC 95 % 0,94-1,46), p = 0,15

Maladie cardiovasculaire :

RR = 1,50 (IC 95 % 0,41-5,49), p = 0,54

ERC : études randomisées contrôlées; IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); tam : tamoxifène; vs : versus.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’innocuité d’une hormonothérapie prolongée

Étude

Caractéristiques

Effets indésirables

Tamoxifène > 5 ans vs tamoxifène 5 ans

ATLAS

Davies et coll. 2013 [84]

n = 12 894

 

Tamoxifène vs placébo

Cancer de l’utérus :

RR = 1,74 (IC 95 % 1,30-2,34), p = 0,0002

AVC1 : RR = 1,06 (IC 95 % 0,83-1,36), p = 0,63

Embolie pulmonaire1 :

RR = 1,87 (IC 95 % 1,13-3,07), p = 0,01

Cardiopathie ischémique1 :

RR = 0,76 (IC 95 % 0,60-0,95), p = 0,02

aTTom

Gray et coll. 2013 (abrégé) [89]

n = 6 953

Tamoxifène vs placébo

Cancer de l’utérus :

RR = 2,20 (IC 95 % 1,31-2,34), p < 0,0001

Tamoxifène 5 ans suivi d’un IA vs tamoxifène 5 ans suivi d’un placébo

MA.17

Goss et coll. 2005 [66]

n = 5 170

Suivi médian : 28,8 mois

Létrozole 5 ans vs placébo

Bouffées de chaleur : 58 % vs 54 %, p = 0,003

Anorexie : 6 % vs 4 %, p = 0,039

Arthralgie : 25 % vs 21 %, p < 0,001

Myalgie : 15 % vs 12 %, p = 0,004

Alopécie : 5 % vs 3 %, p = 0,01

Saignement vaginal : 6 % vs 8 %, p = 0,005

Fractures : 5,3 % vs 4,6 %, p = 0,25

Ostéoporose (nouvelle) : 8,1 % vs 6 %, p = 0,003

Maladie cardiovasculaire : 5,8 % vs 5,6 %, p = 0,76

NSABP B-33

Mamounas et coll. 2008 [82]

n = 1 562

Exémestane vs placébo

Grade 3 : 9 % vs 6 %

Arthralgie : 1 % vs 0,5 %

Fatigue : 0,9 % vs 0,5 %

Douleurs osseuses : 0,5 % vs 0,7 %

Fractures : 3,6 % vs 1,2 %, p = 0,33

ABCSG Trial 6a

Jakesz et coll. 2007 [87]

n = 852

Suivi médian : 62,3 mois

 

IA : anastrozole 5 ans vs

aucun Tx

Sérieux:

Fractures : 0,8 % vs 1,1 %

Thrombose : 0,5 % vs 0,2 %

Embolie : 0,3 % vs 0 %

Infarctus du myocarde : 0,3 % vs 0 %

Grades 1-4 :

Bouffées de chaleur : OR = 2,44 (IC 95 % 1,80-3,31), p < 0,001

Asthénie, somnolence : OR = 2,82 (IC 95 % 1,62-4,90), p < 0,001

Allergies, démangeaisons de la peau : OR = 4,93 (IC 95 % 2,23-10,93), p < 0,001

Alopécie : OR = 4,83 (IC 95 % 2,36-9,90), p < 0,001

Diarrhée : OR = 1,73 (IC 95 % 0,81-3,70), p = 0,159

Nausées : OR = 3,97 (IC 95 % 1,97-7,99), p < 0,001

AVC : Accident vasculaire cérébral; ERC : études randomisées contrôlées; IA : inhibiteur de l’aromatase; n : nombre de patientes; nd : non disponible; OR : rapport de cotes (odds ratio); tam : tamoxifène; Tx : traitement; vs : versus.
1. Ayant causé une hospitalisation ou la mort.
2. Ayant causé la mort, ayant mis la vie en danger, a requis une hospitalisation ou la prolongation d’une hospitalisation, a résulté en une incapacité ou un handicap cliniquement significatif ou permanent ou occasionné une anomalie congénitale chez les enfants nés d’une femme qui avait participé à l’étude.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Efficacité et innocuité d’une hormonothérapie adjuvante prolongée chez les patientes qui ont reçu un IA pendant 5 ans

Goss et coll. ont publié les résultats d’une étude de phase III (MA.17R) qui a évalué l’efficacité et l’innocuité d’une hormonothérapie prolongée avec le létrozole pendant 5 années additionnelles comparativement à un placébo, chez des patientes qui avaient reçu un IA pendant 4,5 à 6 ans (n = 1 918) [90]. Les patientes avaient une tumeur T1-T2 (90 %) et 51 % des patientes présentaient un cancer avec atteinte ganglionnaire. Dans cette cohorte, 69 % des patientes avaient reçu le tamoxifène pendant 4,5 à 5,5 ans et 95,4 % avaient reçu un IA pendant 4,5 à 5,5 ans. La survie sans récidive à 5 ans a été de 95 % chez les patientes qui avaient pris le létrozole comparativement à 91 % chez les patientes qui avaient pris le placébo. Après un suivi médian de 6,3 ans, la survie sans récidive ou sans cancer du sein controlatéral a été significativement supérieure chez les patientes traitées avec le létrozole (HR = 0,66 [IC 95 % 0,48-0,91], p = 0,01). La survie globale n’a pas été différente entre les deux groupes (HR = 0,97 [IC 95 % 0,73-1,28], p = 0,83). Les patientes qui recevaient le létrozole ont eu une perte significative de la densité osseuse comparativement à celles qui prenaient le placébo (moyenne - 3,2 % vs + 1,4 %, p < 0,001). En général, la qualité de vie a été similaire entre les groupes, excepté en ce qui a trait aux douleurs corporelles qui ont été supérieures dans le groupe létrozole à 12 mois. Par ailleurs, les manifestations émotionnelles ont été supérieures dans le groupe létrozole à 60 mois (douleurs : p = 0,07; manifestations émotionnelles : p = 0,01).

Toutefois, la publication des études de phase III IDEAL et DATA ainsi que les résultats préliminaires de l’étude NSABP B-42 présentés au San Antonio Breast Cancer Symposium 2016 remettent en doute l’étude MA.17R (tableau suivant) [91]. Dans l’étude IDEAL, 1 824 patientes ménopausées des Pays-Bas ont été réparties aléatoirement pour recevoir 2,5 ou 5 ans de létrozole après avoir reçu une hormonothérapie pour une durée totale de 5 ans [92]. Après un suivi médian de 6,6 ans, aucune différence significative de survie sans maladie, ni de survie globale n’a été observée entre les patientes recevant le létrozole pendant 2,5 ans ou 5 ans (SSM : HR = 0,92 [IC 95 % 0,74-1,16], p = 0,49; OS : HR = 1,04 [IC 95 % 0,78-1,38], p = 0,79).

Dans l’étude DATA, 1 860 femmes ménopausées des Pays-Bas qui avaient reçu le tamoxifène pendant 2 ou 3 ans, ont été réparties aléatoirement afin de recevoir une hormonothérapie additionnelle de 6 ou 3 ans d’anastrozole [93]. Après un suivi médian de 4,2 ans (après les 3 premières années d’anastrozole commune), la survie sans maladie à 3 ans a été de 90 % pour le groupe 6 ans d’anastrozole comparativement à 83 % pour le groupe 3 ans (HR = 0,79 [IC 95 % 0,62-1,02], p = 0,066). La survie globale a aussi été similaire entre les deux groupes (5 ans : 90,8 % vs 90,4 %, HR = 0,91 [IC 95 % 0,65-1,29], p = 0,79). Une analyse exploratoire post-hoc suggère que pour les patientes atteintes d’une maladie RO+, RP+ avec atteinte ganglionnaire, la survie sans maladie à 5 ans serait supérieure chez celles ayant reçu l’anastrozole 6 ans, comparativement à celle l’ayant reçu pendant 3 ans (n = 849, 84 % vs 76 %, HR = 0,64 (IC 95 % 0,46-0,89), p = 0,0075).

Dans l’étude NSABP B-42, 3 923 patientes ont été réparties au hasard pour recevoir le létrozole ou un placébo pendant 5 ans après avoir reçu un IA pour une période de 5 ans ou le tamoxifène suivi d’un IA pour une durée totale de 5 ans [94]. Après un suivi médian de 6,9 ans, ni la survie sans progression ni la survie globale n’ont été statistiquement différentes entre les deux groupes (SSP à 7 ans : 85 % vs 81 %, HR = 0,85 [IC 95 % 0,73-0,999], p = 0,048; survie globale à 7 ans : 92 % vs 92 %, HR = 1,15 [IC 95 % 0,92-1,44], p = 0,22).

Il est à noter que dans l’étude DATA, la randomisation n’avait pas été stratifiée en fonction de l’administration d’une chimiothérapie adjuvante et que dans aucune des études, le trastuzumab n’était utilisé de routine chez les patientes présentant une maladie HER2+.

Études randomisées contrôlées qui ont évalué l’efficacité de l’hormonothérapie adjuvante prolongée chez les femmes ménopausées

Étude

Caractéristiques

Survie sans maladie

Survie globale

Hormonothérapie 5 ans suivi de : A) létrozole 2,5 ans vs B) létrozole 5 ans

IDEAL (BOOG 2006-05)

Blok et coll. 2018 [92]

n = 1 821

Suivi médian : 6,6 ans

IA au tout début : 29 %

IA après tam. 2-3 ans : 59 %

gg- = 25 %, gg+1-3 : 48 %

CT : 68 %

HER2: 44 %1

Arrêt de lét. avant la fin : 27 % vs 43 %

HR = 0,92 (IC 95 % 0,74-1,16), p = 0,49

Cancer secondaire du sein :

3,1 % vs 1,1 %

HR = 0,39 (IC 95 % 0,19-0,81), p = 0,01

HR = 1,04 (IC 95 % 0,78-1,38), p = 0,79

Tam. 2-3 ans suivi de : A) anastrozole 6 ans vs B) anastrozole 3 ans

DATA

Tjan-Heijnen et coll. 2017 [93]

n = 1 6602 (de 1 860)

Suivi médian adapté3: 4,2 ans

gg: 33 %

CT : 68 %

HER2: 3 %

Arrêt d’anas. avant la fin : 34 % vs 16 %

À 3 ans (adapté3) : 90,7 % vs 83,1 %

HR = 0,79 (IC 95 % 0,62-1,02), p = 0,066

Cancer secondaire du sein (adapté3) :

1,5 % vs 3,3 %

HR = 0,50 (IC 95 % 0,23-1,07), p = 0,068

À 5 ans (adapté3) : 90,8 % vs 90,4 %

HR = 0,91 (IC 95 % 0,65-1,29), p = 0,60

anas : anastrozole; CT : chimiothérapie; IA : inhibiteur de l’aromatase; gg- : sans atteinte ganglionnaire; gg+1-3 : atteinte de 1 à 3 ganglions; HR : rapport de risques instantanés (hazard ratio); lét. : létrozole; n : nombre de patientes; tam. : tamoxifène.
1. Aucun détail sur l’administration de trastuzumab.
2. Qui était sans maladie 3 ans après la randomisation.
3. Au-delà des 3 premières années après la randomisation.
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

 

Consensus d’experts et guides de pratique 

Les experts du consensus de Saint Gall de 2017 recommandent que les femmes non ménopausées qui sont à haut risque de récidive et qui ont complété 5 ans de traitement adjuvant avec le tamoxifène devraient le prolonger jusqu’à 10 ans. En général, les experts recommandent une prolongation de l’hormonothérapie au-delà de 5 ans chez les femmes qui ont un risque élevé de récidive, typiquement chez celles atteintes d’un cancer de stade II ou III. Chez les femmes atteintes d’un cancer de stade I, les experts favorisent un traitement de 5 ans. Les experts étaient plus enclins à recommander une hormonothérapie prolongée chez les femmes qui avaient reçu le tamoxifène comme traitement initial, ainsi que chez celle pour qui une prévention secondaire était un objectif de traitement. Les experts du NCCN recommande après une hormonothérapie initiale de 5 ans avec le tamoxifène chez les femmes non ménopausées, qu'une prolongation de 5 ans devrait être considérée [1]. Chez les femmes ménopausées (y inclus les femmes devenues ménopausées durant le traitement au tamoxifène de 5 ans), les options suivantes devraient être considérées : 1) de considérer une hormonothérapie prolongée avec un IA jusqu’à 5 années additionnelles ou 2) considérer le tamoxifène pour 5 années additionnelles. L’ASCO recommande, pour les femmes qui ont complété 5 ans de traitement adjuvant avec le tamoxifène, d'offrir une hormonothérapie additionnelle pour une durée totale de 10 ans [68]. Aux patientes ménopausées, les deux options suivantes devraient être offertes : 1) le tamoxifène pour 5 années additionnelles ou 2) un IA pour un maximum de 5 années additionnelles. Aux femmes non ménopausées ou chez qui la ménopause est incertaine, une hormonothérapie avec le tamoxifène de 5 années additionnelles devrait être proposée. L’ESMO recommande qu’une hormonothérapie prolongée soit discutée avec toutes les patientes ménopausées, sauf celles qui présentent une maladie à très faible risque, bien que la durée et la nature de l’hormonothérapie optimale soient présentement inconnues [95].

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3.7.3 Chimiothérapie adjuvante

3.7.3.1 Indication d'une chimiothérapie adjuvante

La sélection des patientes atteintes d’un cancer du sein invasif de stade précoce pour lesquelles une chimiothérapie adjuvante est indiquée repose essentiellement sur les critères clinico-pathologiques de cette dernière, notamment le stade (taille tumorale et atteinte ganglionnaire), le grade histologique, les niveaux d’expression des récepteurs hormonaux (RH; RO : œstrogène; RP : progestérone) et l’amplification du gène HER2 (human epidermal growth factor receptor 2).

Patientes RH+ HER2-

Chez les patientes atteintes d’un cancer du sein précoce RH+ HER2- et qui présentent des critères clinico-pathologiques équivoques ou discordants, les tests de signatures moléculaires permettent d’estimer si le risque de récidive à distance est suffisamment élevé pour justifier l’ajout d’une chimiothérapie adjuvante à l’hormonothérapie. Ainsi, ils permettent de restreindre l’administration de la chimiothérapie adjuvante à celles qui peuvent en tirer des avantages potentiels.

Au Québec, les tests Oncotype DXMC et ProsignaMC sont remboursés sous certaines conditions.

 

Oncotype DXMC

Oncotype DXMC est un test de profilage de l’expression de 21 gènes réalisé par RT-PCR. Parmi ces gènes, 5 sont associés à la prolifération tumorale (dont le Ki-67), deux à l’envahissement tissulaire et 6 à l’expression de HER2 et des récepteurs aux œstrogènes. Les résultats du test sont exprimés sous la forme d’un indice de récidive (Recurrence Score - RS). L’indice RS est représenté par une valeur échelonnée entre 0 et 100 qui tient compte du statut des ganglions lymphatiques. Le test permet d’estimer le risque de récidive à distance sur une période de 10 ans suivant la chirurgie de résection (valeur pronostique) : RS 0-18 = risque faible; RS 18-31 = risque intermédiaire; RS 31-100 = risque élevé. Le test permet aussi d’estimer le bénéfice potentiel de la chimiothérapie (valeur prédictive). Selon les résultats des études TAILORx (patientes N0) et RxPONDER (patientes N1), les femmes ménopausées dont le RS < 26 ne tire aucun avantage de l’ajout de la chimiothérapie à l’hormonothérapie en termes de survie sans récidive en comparaison avec l’hormonothérapie seule. Pour les patientes non ménopausées, un bénéfice potentiel de la chimiothérapie serait présent pour les patientes sans atteintes ganglionnaire (N0) avec un RS > 15 ainsi que pour toutes les patientes N1, indépendamment du RS.

En 2016, l’INESSS a reconnu la valeur ajoutée du test Oncotype DXMC comme outil pronostique et prédictif dans certaines circonstances où la décision de prescrire une chimiothérapie adjuvante est équivoque. Les critères d’utilisation suggérés sont définis dans l’avis Utilisation du test Oncotype DXMD aux fins de décision thérapeutique dans le contexte du traitement du cancer du sein infiltrant. De plus, une position intérimaire balisant l’utilisation du test Oncotype DXMC pour les cancers N1 (1 à 3 ganglions atteints) a été publiée par le MSSS en 2021 (MSSS 2021). Le test Oncotype DXMC ne figure pas au Répertoire des procédures suprarégionales de biologie médicale et doit être réalisé à l’extérieur du Québec via un formulaire normalisé.

Études cliniques randomisées

Deux études cliniques randomisées ont évalué la valeur prédictive de l’ajout d’une chimiothérapie adjuvante (cyclophosphamide, doxorubicine ou florouracile) à l’hormonothérapie comparativement à l’absence de chimiothérapie pour certains groupes de risque établis par le test OncotypeDXMC [1, 2]. Il est à noter que ces études ont été publiées après l’évaluation réalisée par l’INESSS (INESSS, 2016).

L’étude TAILORx a montré qu’en l’absence d’une atteinte ganglionnaire (N0), une hormonothérapie seule serait non inférieure à un traitement combinant une chimiothérapie et une hormonothérapie adjuvantes en termes de survie sans maladie invasive (HR = 1,08 [IC 95 % 0,94-1,24], p = 0,26), de survie sans maladie à distance (HR = 1,10 [IC 95 % 0,85-1,41], p = 0,48) et de survie globale (HR = 0,99 [IC 95 % 0,79-1,22], p = 0,89) chez les patientes RO+ HER2- dont le résultat Oncotype DXMC est compris entre 11 et 25 (risque faible-intermédiaire) [2]. Par ailleurs, un avantage statistiquement significatif de la chimiothérapie a été présent dans le sous-groupe de patientes présentant un RS de 20 à 25 (HR = 1,32 [IC 95 %1,01-1,71], p = nd). Selon les analyses de sous-groupe, cet avantage semble provenir essentiellement des patientes âgées de 50 ans ou moins (voir ci-bas « Patientes de 50 ans et moins (ou non ménopausées) ») [2]. Les résultats au suivi de 12 ans ont été cohérents avec ceux du suivi de 9 ans [3]. Il est à noter que l’avantage de la chimiothérapie en comparaison avec l’hormonothérapie n’a pas été évalué chez les patientes qui présentent un RS supérieur à 25 (groupe recevant une chimiothérapie – hormonothérapie) ou inférieur à 11 (groupe recevant une hormonothérapie seule), en raison de préoccupations éthiques [2]. L’étude prospective – rétrospective NSABP B-20 suggérait un bénéfice en termes de survie sans maladie à distance avec l’ajout de la chimiothérapie au tamoxifène lorsque le RS est > 25 [4].

RxPONDER, une étude randomisée semblable à TAILORx, a évalué le bénéfice de l’ajout d’une chimiothérapie adjuvante comparativement à une hormonothérapie seule chez des patientes atteintes d’un cancer du sein RH+ HER2- qui présentaient une atteinte de 1 à 3 ganglions (N1) et un score Oncotype DXMC compris entre 0 et 25 (risque faible – intermédiaire). Dans la population de patientes ménopausées, l’hormonothérapie seule a été non inférieure à la combinaison hormonothérapie-chimiothérapie (HR = 1,02 [0,92-1,26], p = 0,89). L’avantage de la chimiothérapie en comparaison avec l’hormonothérapie n’a pas été évalué chez les patientes qui présentent un RS supérieur à 25 [1].

S’appuyant sur ces données, les guides de pratique recommandent d’omettre la chimiothérapie pour les patientes ménopausées dont le RS est < 26 alors que celles dont le RS est ≥ 26 pourraient bénéficier d’une chimiothérapie adjuvante [5, 6, 7, 8, 9].

Patientes de 50 ans et moins (ou non ménopausées)

Chez les patientes de 50 ans et moins (ou non ménopausées) sans atteinte ganglionnaire (N0) qui ont obtenu un RS entre 11 et 25, l’étude TAILORx a montré que la chimiothérapie procure un avantage statistiquement significatif de survie sans maladie invasive en comparaison avec l’hormonothérapie seule (HR = 1,51 [IC 95 % 1,17-1,96], p = 0,0018). Toutefois, selon une analyse exploratoire de sous-groupe stratifiée selon le RS (11-15; 16-20; 21-25), le bénéfice de la chimiothérapie pourrait être présent pour les RS compris entre 21 et 25, mais est incertain pour ceux entre 16 et 20 [2].

Dans une analyse de sous-groupe planifiée, Sparano et coll. [10] ont stratifié le taux de récidive obtenu dans l’étude TAILORx selon le risque clinique de la patiente (RC élevé ou RC faible) pour différents groupes d’âge (≤ 50 ans ou > 50 ans). Le risque clinique était défini selon la taille et le grade de la tumeur. Selon l’analyse, les patientes de 50 ans ou moins avec un RC faible dont le RS se situe entre 16 et 20 auraient un taux de récidive à distance à 9 ans similaire quel que soit le traitement reçu (HT seule contre CT + HT : 4,6 % contre 4,8 %). Par ailleurs, l’ajout de la chimiothérapie à l’hormonothérapie permettrait de réduire le taux de récidive à distance en présence d’un RC élevé (11,9 % contre 5,5 %). Les données issues de cette analyse doivent être interprétées avec prudence étant donné sa nature exploratoire et le petit nombre de patientes incluses dans chaque sous-groupe.

Par ailleurs, selon les données de l’étude RxPONDER, les patientes non ménopausées avec une atteinte ganglionnaire limitée (1 à 3 ganglions positifs) semblent bénéficier de la chimiothérapie indépendamment du RS [1]. Il est à noter que, dans le groupe recevant une hormonothérapie seule, une suppression de la fonction ovarienne (SFO) était administrée chez 4 % et 7 % des patientes des études TAILORx et RxPONDER respectivement [1, 2].

S’appuyant sur ces données, la majorité des guides de pratique recommandent d’envisager une chimiothérapie adjuvante pour les patientes non ménopausées sans atteinte ganglionnaire (N0) dont le RS est ≥ 16 [5, 8, 9]. Certains guides mentionnent qu’il est possible que l’efficacité de la chimiothérapie chez ces patientes soit due, en partie, à une suppression de la fonction ovarienne induite par la chimiothérapie [5, 6, 7, 8, 9]. Une étude clinique de phase III est en cours (étude OFSET; NCT05879926) et pourrait permettre d’évaluer la supériorité de l'ajout d'une chimiothérapie adjuvante à une SFO et d’une hormonothérapie (comparativement à une SFO – hormonothérapie) chez les femmes non ménopausées atteintes d'un cancer du sein RH+ HER2- pN0 dont le RS est compris entre 16 et 25.

Bénéfice de l’ajout d’une chimiothérapie adjuvante à l’hormonothérapie chez des patientes atteintes d’un cancer du sein peu avancé RH+ HER2- et dont le score Oncotype DXMC est de 11 à 25 (risque de récidive faible-intermédiaire)

Étude

Groupes

SSMI à 9 ans

HR (IC 95 %)

A vs B

SSMD à 9 ans

HR (IC 95 %)

A vs B

SG à 9 ans

HR (IC 95 %)

A vs B

 

Population en ITT1

TAILORx

Sparano et coll., 2018 [2] Sparano et coll., 2019 [10]

Phase III, randomisée pour les

RS 11-25 (A : HT; B :HT + CTA)

RS 0-10 : HT;

RS ≥ 26 : HT + CTA

 

Patientes RO+ HER2-, N0 et T1b (+ grade 2-3 ou LVI), T1c-T2

Suivi médian : 7,5 ans

 

RC faible : pT2 (≤ 3 cm) et grade 1; pT1c (≤ 2 cm) et grade 2; pT1ab (≤ 1 cm) et grade 3.

RC élevé : patientes non incluses dans la catégorie RC faible

RS 0-10

(HT, n = 1 619)

84,0 %

96,8 %

93,7 %

RS 11-25

(n = 3 399 vs 3 312)

83,3 % vs 84,3 %; Δ : 1,0 %

HR = 1,08 (0,94-1,24), p = 0,26

94,5 % vs 95,0 %; Δ : 0,5 %

HR = 1,10 (0,85-1,41), p = 0,48

93,9 % vs 93,8 %; Δ : -0,1 %

HR = 0,99 (0,79-1,22), p = 0,89

RS 11-15

HR = 0,95 (0,75-1,22), p = nd

HR = 1,08 (0,64-1,82), p = nd

nd

RS 16-20

HR = 1,04 (0,84-1,29), p = nd

HR = 0,95 (0,63-1,43), p = nd

nd

RS 21-25

HR = 1,32 (1,01-1,71), p = nd

HR = 1,27 (0,85-1,90), p = nd

nd

RS ≥ 26 

(HT + CTA, n = 1 389)

75,7 %

86,8 %

89,3 %

Patientes ≤ 50 ans2 (n = 1 139 vs 1 077)

  • Constat : l’ajout de la CTA à l’HT semble apporter un bénéfice de SSMI en présence d’un RS de 16 à 25, particulièrement en présence d’un risque clinique haut.

RS 0-10 (HT)

 

87,4 %

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 348) : 13,3 %

RC élevé (n =64) : 9,3 %

98,5 %

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 348) : 1,8 %

RC élevé (n =64) : 0 %

98.6 %

RS 11-25

HR = 1,51 (1,17-1,96), p = 0,0018

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 835 vs 791) :

17,4 % vs 11,3 %

RC élevé (n = 265 vs 252) :

19,8 % vs 13,5 %

HR = 1,51 (0,97-2,33), p = nd

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 835 vs 791) :

4,7 % vs 3,9 %

RC élevé (n = 265 vs 252) :

12,3 % vs 6,1 %

nd

RS 11-15

85,7 % vs 89,2 %; Δ : 3,5 %

HR = 0,99 (0,62-1,58), p = 0,97

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

nd

97,2 % vs 98,0 %; Δ : 0,8 %

HR = 0,86 (0,31-2,39), p = nd

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

nd

96,8 % vs 97,5 % ; Δ : 0,7 %

RS 16-20

80,6 % vs 89,6 %; Δ : 9,0 %

HR = 1,90 (1,27-2,84), p = 0,0016

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 328 vs 343) :

19,6 % vs 9,5 %

HR = 1,89 (1,18–3,04)

 

RC élevé (n = 107 vs 108) :

19,0 % vs 16,3 %

HR = 1,68 (0,76–3,72)

93,6 % vs 95,2 %; Δ : 1,6 %

HR = 1,36 (0,71-2,62), p = nd

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 328 vs 343) :

4,6 % vs 4,8 %

HR = 1,00 (0,44–2,28)

 

RC élevé (n = 107 vs 108) :

11,9 % vs 5,5 %

HR = 2,26 (0,70–7,34)

95,8 % vs 96,1 %; Δ : 0,3 %

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RS 21-25

79,2 % vs 85,5 %; Δ : 6,3 %

HR = 1,70 (1,03-2,80), p = 0,035

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 158 vs 161) :

19,7 % vs 15,8 %

HR = 1,38 (0,74–2,57)

 

RC élevé (n = 75 vs 82) :

26,4 % vs 11,4 %

HR = 2,63 (1,14–6,05)

86,9 % vs 93,4 %; Δ : 6,5 %

HR = 2,19 (1,06-4,55), p = nd

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 158 vs 161) :

11,4 % vs 5,0 %

HR = 3,16 (1,01–9,94)

 

RC élevé (n = 75 vs 82) :

18,8 % vs 10,1 %

HR = 1,86 (0,73–4,74)

92,7 % vs 93,9 %; Δ : 1,2 %

RS ≥ 26 (HT + CTA)

80,3 %

 

Récidive, 2e cancer ou décès à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 175) : 14,8 %

RC élevé (n = 228) : 24,0 %

88,7 %

 

Récidive à distance à 9 ans selon le RC

RC faible (n = 175) : 6,2 %

RC élevé (n = 228) : 15,2 %

92,4 %

Patientes non ménopausées (n = 1 212 vs 1 203)

  • Constat : l’ajout de la CTA à l’HT pourrait apporter un bénéfice de SSMI en présence d’un RS de 16 à 25.

RS 11-25

HR = 1,36 (1,06-1,75), p = nd

HR = 1,42 (0,93-2,19), p = nd

nd

RS 11-15

HR = 0,85 (0,54-1,35), p = 0,49

HR = 0,88 (0,31-2,54), p = nd

nd

RS 16-20

HR = 1,76 (1,20-2,59), p = 0,0034

HR = 1,21 (0,64-2,31), p = nd

nd

RS 21-25

HR = 1,50 (0,93-2,42), p = 0,094

HR = 2,06 (1,03-4,14), p = nd

nd

Patientes ménopausées (n = 2 187 vs 2 109)

  • Constat : l’ajout de la CTA à l’HT ne semble pas apporter de bénéfice aux patientes avec un RS de 11 à 25.

RS 11-25

HR = 0,99 (0,84-1,17), p = nd

HR = 0,97 (0,71-1,34), p = nd

nd

RS 11-15

HR = 1,02 (0,76-1,37), p = nd

HR = 1,15 (0,62-2,13), p = nd

nd

RS 16-20

HR = 0,84 (0,64-1,09), p = nd

HR = 0,83 (0,49-1,42), p = nd

nd

RS 21-25

HR = 1,23 (0,90-1,70), p = nd

HR = 1,00 (0,60-1,68), p = nd

nd

RxPONDER

Kalinsky et coll, 2021 [1]

Kalinsky et coll, 2021, 2022 (résumés de congrès) [11, 12]

Phase III, randomisée pour les RS 0-25 (n = 5 018)

 

Non infériorité de l’HT vs HT + CT

Patientes RH+ HER2-

T1-3N1 (incluant les N1mi)

 

Suivi médian : 5,3 ans

Groupes

SSMI à 5 ans

HR (IC 95 %)

SSMD à 5 ans

HR (IC 95 %)

SG à 5 ans

HR (IC 95 %)

Patientes non ménopausées (n = 826 vs 829)

  • Constat : l’ajout de la CTA à l’HT semble apporter un bénéfice aux patientes avec une atteinte ganglionnaire indépendamment du niveau de RS.

RS 0-25

Analyse en ITT :

89,0 % vs 93,9 %; Δ : 4,9 %

HR = 0,60 (0,43-0,83), p = 0,002

 

Analyse per protocole :

HR = 0,53 (0,37-0,75), p < 0,001

 

Sous-groupe pN1mi (n = 206)

HR = 0,44 (0,18-1,08)

92,8 % vs 96,1 %; Δ : 3,3 %

HR = 0,58 (0,39-0,87), p = 0,009

Δ : 1,3 %

HR = 0,47 (0,24-0,94), p = 0,032

RS 0-13

HR = 0,49 (0,24-0,99), p < 0,05

nd

nd

RS 14-25

HR = 0,63 (0,43-0,91), p < 0,05

nd

nd

Patientes ménopausées (n = 1 671 vs 1 658)

  • Constat : l’ajout de la CTA à l’HT ne semble pas apporter de bénéfice aux patientes dont le RS est ≤ 25.

RS 0-25

91,9 % vs 91,3 %; Δ : -0,6 %

HR = 1,02 (0,82-1,26), p = 0,89

94,4 % vs 94,4 %; Δ : 0,0 %

HR = 1,05 (0,81-1,37), p = 0,70

nd

RS 0-13

HR = 1,01 (0,71-1,44), p = nd

nd

nd

RS 14-25

HR = 1,01 (0,77-1,33), p = nd

nd

nd

CTA : chimiothérapie adjuvante; HT : hormonothérapie; HR : hazard ratio; ITT : intention de traiter; nd : non disponible; RC : risque clinique; RS : recurrence score; SG : survie globale; SSMD : survie sans maladie à distance; SSMI : survie sans maladie invasive.
1. Il est à noter que 5,4 % des patientes devant recevoir une hormonothérapie seule ont reçu une chimiothérapie et 18,4 % des patientes devant recevoir une chimiothérapie n’en ont pas reçu.
2. Dans une analyse exploratoire visant à identifier des sous-groupes de patientes pouvant bénéficier de la chimiothérapie, une interaction significative pour la SSMI a été montrée entre l’âge (≤ 50 ans vs 51-65 ans vs > 65 ans) et la chimiothérapie (p = 0,03).
Les résultats en caractères gras sont statistiquement significatifs.

ProsignaMC

Le test ProsignaMC mesure l’expression de 50 gènes (dont 5 de référence) impliqués dans les voies de prolifération cellulaire ou associés à l’identification du sous-type moléculaire intrinsèque (luminal A, luminal B, HER2 enrichi ou basal). Le rapport de l’analyse fournit l’indice ROR (risk of recurrence; représentation numérique [située sur une échelle de 0 à 100]) obtenu à partir de l’information sur l’expression des gènes de prolifération cellulaire visés par l’analyse et la taille de la tumeur, ainsi que le sous-type intrinsèque de la tumeur. Cet indice indique le risque de développer une récidive à distance pour chaque patiente (voir le tableau suivant).

ProsignaMC est inscrit au Répertoire des procédures suprarégionales de biologie médicale depuis 2023 pour les patientes ménopausées N0 (en adéquation avec les critères de l’ASCO).

Données cliniques pour ProsignaMC

La valeur pronostique de ProsignaMC a été évaluée dans quelques études prospectives et rétrospectives randomisées ou observationnelles de patientes RO+ HER2-, N0 et N+. Les données limitées suggèrent que ce test ajoute une information supplémentaire à l’information clinique pour les patientes N0. Les résultats de ce test permettraient de déterminer quelles patientes atteintes d’un cancer du sein (RO+, HER2- et N0) ont un faible risque de récidive à distance sur dix ans. De plus, le taux de récidive dans ce groupe de femmes serait comparable à celui observé pour la même catégorie telle qu’évaluée par Oncotype DXMC. Les taux de survie sans récidive à distance associés aux différentes catégories de risque ne montrent pas la supériorité d’un test par rapport à l’autre.

Chez les patientes dont les ganglions lymphatiques sont positifs (N+), la valeur pronostique du test n’est pas établie. Le faible nombre d’études disponibles ne permet pas de caractériser le groupe chez qui ces tests pourraient s’avérer performants. Selon les données recensées, ProsignaMC n’ajouterait pas plus d’information pronostique à l’information clinique déjà connue des cliniciens. Des études supplémentaires sont nécessaires pour préciser la performance des tests en fonction du niveau d’envahissement ganglionnaire.

Risque de récidive selon le score mesuré par ProsignaMC

Test

Score de récidive

Risque de récidive à distance à 10 ans

N0

Ménopausées

N0

Non ménopausées

N1

Ménopausées

N1

Non ménopausées

ProsignaMC(PAM50)

ROR 0-40

< 10 %

Non remboursé au Québec pour ces populations

ROR 41-60

10-20 %

ROR 61-100

> 20 %

N0 : sans atteinte ganglionnaire; N1 : atteinte de 1 à 3 ganglions; ROR : risk of recurrence (risque de récidive).

Consensus d’experts et guides de pratique

Recommandations relatives aux critères définissant l’indication d’une chimiothérapie pour les patients RH+ HER2- (stades I à III)

Organisme

Sans indication d’une CT

Indication incertaine d’une CT

Indication claire d’une CT

NCCN

V4 2025 [5]

Patientes ménopausées ou non ménopausées :

pT1a (≤ 0,5 cm) et pN0 (catégorie 2B)

Patientes ménopausées, pT1b-T3 ou pN1mi ou pTN1 :

Si candidat à la CT : envisager fortement le test RT-PCR à 21 gènes1 (catégorie 1)

Patientes non ménopausées et N0 pT1-3 :

Si candidat à la CT : envisager fortement le test RT-PCR à 21 gènes1 (catégorie 1)

Patientes non ménopausées et N1mi ou pN1 et pT1-3 :

Si candidat à la CT : envisager le test d'expression génomique pour évaluer le pronostic2

Patientes ménopausées ou non ménopausées :

pN2-3

(≥ 4 ganglions ipsilatéraux de plus de 2 mm atteints)3

ESMO 2024 [6]

  • La définition des cohortes les plus appropriées pour la CT adjuvante dépend de plus en plus de la classification des tumeurs en fonction des signatures génomiques ainsi que d'autres facteurs biologiques (c'est-à-dire RO, RP, HER2 et Ki-67) qui affinent le pronostic au-delà de la pathologie. La combinaison d'un faible grade et (ou) d'un faible taux de Ki-67 avec une forte expression des récepteurs RO ou RP et une réponse à une HT préopératoire correspond à une biologie suffisamment favorable pour substituer ces tests.
  • Pour les femmes ménopausées atteintes d'une maladie sans envahissement ganglionnaire (N0) ou avec 1 à 3 ganglions positifs (N1) et des scores de signature génomique à faible risque/biologie à faible risque, la CT adjuvante n'a pas réduit l’incidence des récidives par rapport à l'HT seule.
  • Pour les femmes non ménopausées atteintes d'une maladie sans envahissement ganglionnaire (N0) ou avec 1 à 3 ganglions positifs (N1) et à faible risque selon le score du test de signature génomique, la CT adjuvante a réduit l’incidence des récidives par rapport à l'HT seule. Une partie de cet avantage peut être due à l'aménorrhée induite par la CT, bien que l'on ne sache pas exactement dans quelle mesure la différence est due à la cytotoxicité directe de la CT ou à une suppression de la fonction ovarienne induite par la CT.
  • L'évaluation de la réponse endocrinienne à l'aide de la réponse Ki-67 (Ki-67 ≤ 10 %) après une HT préopératoire de 4 semaines peut être utilisée pour estimer le bénéfice de la CT adjuvante chez les patientes présentant 0 à 3 ganglions positifs.

Patientes ménopausées ou non ménopausées :

T1abN0

La plupart des tumeurs luminales de type A ne nécessitent pas de CT, sauf celles qui présentent une charge de morbidité élevée [I, A].

Patientes ménopausées ou non ménopausées :

T1cN0 et stade II

En cas d'incertitude quant aux indications de la CT adjuvante (après la prise en compte de tous les facteurs cliniques et pathologiques), des tests d'expression génomique ou une évaluation de la réponse à l’HT peuvent être utilisés pour guider les décisions d’administrer une CT adjuvante [I, A].

Patientes ménopausées ou non ménopausées :

La CT doit être envisagée dans les cas suivants :

  • Tous les stades III;
  • Les tumeurs luminales B HER2-;
  • Risque clinique élevé (par exemple ganglions, multiples positifs, patiente non ménopausée et N+, cancer localement avancé);
  • N0 / N1 avec des caractéristiques à haut risque (par exemple, résultat du test d'expression génique à haut risque) [I, A].

AGO 2024 [13]

Critères clinico-pathologiques devant être évalués : âge, statut ménopausique, stade TNM, sous-type histologique, invasion lymphovasculaire, grade de la tumeur, biomarqueurs RO, RP, HER2 et Ki-67.

Tumeur ≤ cT1c, cN0-1, G1-2 et Ki-67 ≤ 5%; ou indication incertaine et faible risque selon le test d’expression génomique.

 

Réaliser un test d’expression génomique pour les patientes RH+ HER2- N0-1 afin de déterminer le niveau de risque (MammaPrint [LoE1b/A/+]; Oncotype Dx [LoE1b/A/+]; EndoPredict [LoE2b/B/+]; Prosigna [LoE2b/B/+]; BCI [LoE2b/B/+ ou -]);

ou

Réaliser un test Ki-67 2-4 semaines suivant l’administration d’une HT néoadjuvante :

  • si Ki-67 > 10 % : CT;
  • si Ki-67 ≤ 10 % : aucune CT

Tumeur inopérable ou tumeur ≥ cN2 ou G3 et Ki-67 ≥ 35 %; ou indication incertaine et risque élevé selon le test d’expression génomique

L’administration de la CT peut se faire avant la chirurgie (néoadjuvant, AGO++) ou après la chirurgie (adjuvant, AGO+).

St-Gallen 2023 [7]

 

  • Il est devenu courant d'utiliser des tests génomiques pour déterminer si les patientes atteintes de cancers RH+ HER2- peuvent bénéficier d’une CT adjuvante en plus de la HT adjuvante. Trois essais prospectifs (TAILORx, RxPonder et MINDACT) ont montré que l'ajout de la CT à l'HT n'améliore pas les résultats chez les patientes ménopausées dont les tumeurs ont des scores génomiques à faible risque.
  • La combinaison de faibles niveaux de Ki67 et (ou) de faibles niveaux de Ki67, d'une forte expression des récepteurs ER/progestérone et d'une réponse endocrinienne à une HT préopératoire peut servir d'indicateurs d'une biologie et d'un résultat favorables dans les situations où les tests génomiques ne sont pas disponibles.

Stade 1: T1ab N0

Stade I : T1c

Stade II : N0-N1

  • Non pour les tumeurs à biologie favorable4
  • Oui pour les tumeurs à biologie moins favorable

Stade III

ASCO 2022 [8]

Si une patiente est ménopausée et qu'elle est atteinte d'un cancer du sein N0, le clinicien peut utiliser les tests suivants pour guider les décisions concernant l’HT et la CT adjuvante :

  • Oncotype (niveau de preuve élevé / recommandation forte)
  • MammaPrint (niveau de preuve intermédiaire / recommandation forte)
  • EndoPredict (niveau de preuve intermédiaire / recommandation modérée)
  • Prosigna (niveau de preuve intermédiaire / recommandation modérée)
  • BCI (niveau de preuve intermédiaire / recommandation modérée)

Si une patiente est ménopausée et qu’elle présente un cancer du sein N+ avec 1 à 3 ganglions positifs, le clinicien peut utiliser les tests suivants pour guider les décisions concernant l'HT adjuvante et la CT :

  • Oncotype (niveau de preuve élevé / recommandation forte)
  • MammaPrint (niveau de preuve intermédiaire / recommandation forte)
  • EndoPredict (niveau de preuve intermédiaire / recommandation modérée)
  • BCI (niveau de preuve intermédiaire / recommandation modérée)

Si une patiente est non ménopausée et qu’elle présente un cancer du sein N0, le clinicien peut utiliser le test suivant pour guider les décisions concernant l'HT et la CT adjuvante :

  • Oncotype (niveau de preuve élevé / recommandation forte)

Si une patiente est atteinte d'un cancer du sein avec 4 ganglions positifs, les données probantes sur l'utilité clinique du test de routine Oncotype DX pour guider les décisions concernant l'HT adjuvante et la CT sont insuffisantes pour recommander son utilisation (consensus informel ; qualité des données : insuffisante ; force de la recommandation : modérée).

Si une patiente est non ménopausée et qu'elle présente 1 à 3 ganglions positifs, aucun test ne devrait être proposé pour guider les décisions relatives à la CT systémique adjuvante (fondé sur des données probantes ; qualité des données : élevée ; force de la recommandation : modérée).

Ontario 2022 [14]

 

Ontario 2025 

Chez les patientes atteintes d'une tumeur de bas grade (c.-à-d. de grade 1) et < 1 cm (T1b), les membres du groupe de travail ne recommandent pas l’utilisation d’un test multigénique, car il est peu probable que cela permette d'éclairer la décision d'utiliser une CT adjuvante.

Le groupe de travail ne suggérerait pas non plus l'utilisation de tests de profilage multigénique chez les patients qui ne voudraient pas ou ne pourraient pas subir une CT.

 

Les tests de profilage multigénique sont recommandés pour les patientes RH+ HER2- atteintes d'une maladie avec ganglions lymphatiques négatifs (N0) ou positifs (1 à 3 ganglions atteints) qui envisagent une CT adjuvante, si l'utilisation est soutenue par d'autres facteurs cliniques, pathologiques ou certaines caractéristiques du patient. Les caractéristiques cliniques et pathologiques comprennent l'âge du patient, le grade de la tumeur, la taille de la tumeur et le statut ganglionnaire.

  • Chez les patientes atteintes d'une maladie RH+ HER2- à un stade précoce, les cliniciens peuvent utiliser un résultat à faible risque des tests Oncotype DX, MammaPrint, Prosigna, EndoPredict/EPclin ou Breast Cancer Index pour étayer la décision de ne pas utiliser de CT adjuvante.
  • Chez les patientes atteintes d'une maladie RH+ HER2- N0, les cliniciens peuvent utiliser un résultat à haut risque d'Oncotype DX pour étayer la décision de proposer une CT. Un score élevé de récidive d'Oncotype DX est capable de prédire le bénéfice de la CT adjuvante.
  • Les décisions de traitement doivent être fondées sur toutes les informations cliniques et pathologiques disponibles pour chaque patient plutôt que de dépendre entièrement des résultats des tests de profilage multigénique.
  • Les patients chez lesquels la stadification chirurgicale axillaire est omise, et qui sont cliniquement N0 à l'examen physique et/ou à l'échographie axillaire, doivent être considérés comme des N0 et sont admissibles aux tests de profilage moléculaire pour une maladie N0 (2025).

Patientes ménopausées N1 :

  • Les cliniciens peuvent interrompre la CT en fonction d'un score Oncotype DX ou MammaPrint à faible risque si la décision est étayée par d'autres facteurs cliniques, pathologiques ou liés au patient.

Patientes non ménopausées de < 50 ans :

  • Elles bénéficient de la CT malgré un score de risque faible issu des tests multigéniques. Les scores de risque doivent être interprétés avec prudence et les décisions doivent être prises en tenant compte d'autres facteurs cliniques, pathologiques ou liés au patient.
  • Il n'est pas certain qu'au moins une partie des avantages de la CT chez les patientes non ménopausées puisse être due à l'aménorrhée induite par la CT par rapport aux effets cytotoxiques du traitement.

nd

Critères de remboursement

Ontario 2022 [14]

Ontario 2025 

 

Oncotype peut être utilisé chez les patientes correspondant à ces critères : tumeur RH+ HER2- dont les caractéristiques cliniques et pathologiques ne permettent pas une décision bien informée d’offrir ou non une CT. 

 

NICE 2024

[15]

Les patientes à plus faible risque sont non admissibles à un test de signature génomique :

  • Patientes N0 ou N1mi ménopausées ou non avec un risque faible selon Predict ou Nottingham Pronostic Index.

Patientes N0 ou N1mi ménopausées ou non :

  • Utiliser EndoPredict, Oncotype ou Prosigna pour les patientes avec un risque intermédiaire de récidive selon Predict ou Nottingham Pronostic Index.

Patientes N1 ménopausées :

  • Utiliser EndoPredict, Oncotype ou Prosigna.

Patientes N1 non ménopausées :

  • Ne pas utiliser de test de signature génomique.

Les patientes à plus haut risque sont non admissibles à un test de signature génomique :

  • Patientes N0 ou N1mi ménopausées ou non avec un risque élevé selon Predict ou Nottingham Pronostic Index;
  • Patientes ménopausées N2-3;
  • Patientes N+ non ménopausées.

HAS 2023

[16]

pT1, grade 1

pT2N0, grades 1, 2

pT1abN0, grade 3

 

Patientes ménopausées (> 50 ans et ≤ 70 ans) :

Utiliser EndoPredict, Oncotype ou Prosigna pour :

  • pT1c-T2 N1/N1mi, grade 2;
  • pT2N0, grade 2;
  • pT2N1, grade 1.

Patientes N0 non ménopausées (≤ 50 ans) :

  • pT2N0, grade 2 : si plus de 3 cm, la décision doit être prise en concertation pluridisciplinaire;
  • pT1cN0, grade 2 : s’assurer à l’aide de l’algorithme PREDICT NHS que le gain potentiel induit sur la survie globale à 10 ans par la CT est bien supérieur à 2 %, et ce afin d’éviter une prescription à tort de CT;
  • Il est à noter que, les données pertinentes chez les patientes en préménopause (ou âgées de 50 ans et moins) n’étant disponibles qu’avec la signature génomique Oncotype DX, seule cette signature génomique peut être utilisée au sein des deux populations caractérisées.

Stade III ou gain prévisible de 5 % ou plus sur la SG à 10 ans selon Predict

 

pT1c-T2N0-1, grade 3

pT3

Patientes N+ non ménopausées (incluant les N1mi)

 

Alberta 2022 

 

Oncotype peut être utilisé chez les patientes correspondant à ces critères : 

Patientes pN0 ou pT1mi ménopausées ou non: 

  • Tous grade 2 ou 3 et tumeur ≥ pT1c (≥ 1 cm). 

Patientes pN1 ménopausées: 

  • tous  

 

Colombie -Britannique 2021 

 

Oncotype peut être utilisé chez les patientes correspondant à ces critères : 

Patientes pN0 ménopausées ou non 

  • Tout grade 3; ou 
  • Grade 2 et ≥ pT1b (≥ 0,5 cm); ou 
  • Grades 1-2 et ≤ 40 ans 

Patientes pN1mi ménopausées ou non 

  • tous grades 

Patientes pN1 ménopausées 

  • tous grades 

 

CT : chimiothérapie; HT : hormonothérapie; SG : survie globale.
1. D'autres tests d'expression génique peuvent être envisagés pour aider à évaluer le risque de récidive (tests pronostiques), mais n'ont pas été validés pour prédire la réponse à la chimiothérapie.
2. Chez les patientes non ménopausées atteintes de RS < 26, l'ajout de la CT à l'HT a été associé à un taux plus faible de récidive à distance par rapport à une HT seule. Toutefois, il n'est pas clair si le bénéfice était dû aux effets d’une suppression ovarienne favorisés par la CT.
3. Il existe peu de données concernant le rôle des tests d'expression génomique pour les personnes atteintes de ≥ 4 ganglions lymphatiques axillaires ipsilatéraux. La décision d'administrer une chimiothérapie adjuvante pour ce groupe doit être fondée sur des facteurs cliniques.
4. Stratification du risque :<
- Biologie favorable : signature génomique à faible risque (p. ex. score de récidive < 25 (si N1) ou de 16-25 (N0), ou signature génomique « faible »]; fortement RO positif, grade faible à intermédiaire, et (ou) un Ki-67 faible, ou une diminution des niveaux de Ki-67 avec une exposition préopératoire à l'HT.
- Biologie moins favorable : un risque plus élevé selon un test de signature génomique (p. ex. score de récidive > 25 ou signature génomique « élevée »); expression faible des RO, grade intermédiaire à élevé et (ou) Ki67 élevé, ou absence de déclin de Ki-67 après une exposition préopératoire à l'HT.

Recommandations relatives à l’interprétation du résultat des tests de signatures génomiques (Oncotype DXMC, ProsignaMC)

Organisme

 

Patientes ménopausées

Patientes non ménopausées

OncotypeMC

NCCN

V4 2025 [5]

N0

RS 11-25 :

  • Aucun bénéfice de la CT pour les patientes atteintes d’un cancer du sein T1b/c–2, pN0, RH+ HER2- dont le score de récidive est compris entre 11 et 25.

RS ≥ 26 :

  • La CT est recommandée pour les patientes avec une tumeur pT1-3 N0 et un RS ≥ 26.

RS < 16 :

  • Aucun bénéfice de la CT pour les patientes atteintes d’un cancer du sein T1b/c–2, pN0, RH+ HER2- dont le score de récidive est < 16.

RS 16- 25 :

  • Chez les patientes non ménopausées, un léger bénéfice de l'ajout de la CT ne peut être exclu. Toutefois, il n’est pas possible de savoir avec certitude si ce bénéfice provient de la suppression de la fonction ovarienne favorisée par la CT. Pour ce groupe de patientes, une CT suivie d'une HT ou, comme option de remplacement, une suppression de la fonction ovarienne associée au tamoxifène ou à un IA peut être envisagée.

RS ≥ 26 :

  • L’ajout de la CT à une HT est recommandé.

N1

RS < 26 :

  • Aucun bénéfice de la CT pour les patientes atteintes d’un cancer du sein pT1–3, pN1, RH+ HER2- don le score de récidive est < 26.

RS ≥ 26 :

  • L’ajout de la CT à une HT est recommandé pour les patientes avec une tumeur pT1-3 N1 et un RS ≥ 26.

RS < 26 :

  • Chez les patientes non ménopausées, un bénéfice de l'ajout de la CT est présent. Toutefois, il n’est pas possible de savoir avec certitude si ce bénéfice provient de la suppression de la fonction ovarienne favorisée par la CT. Pour ce groupe de patientes, une CT suivie d'une HT ou, comme option de remplacement, une suppression de la fonction ovarienne associée au tamoxifène ou à un IA peut être envisagée.

RS ≥ 26 :

  • L’ajout de la CT à une HT est recommandé pour les patientes atteintes d’une tumeur pT1-3 pN1 dont le RS ≥ 26.

UpToDate 2025

[9]

N0

RS ≤ 25 :

  • Pour les personnes de plus de 50 ans, nous suggérons généralement de ne pas utiliser de CT.

RS ≥ 26 :

  • Nous suggérons généralement une CT, quel que soit l'âge (grade 2B), sachant que les données à l'appui sont plus solides chez les patientes dont le RS est > 30.

RS ≤ 15 :

  • Nous suggérons généralement de ne pas utiliser de CT.

RS 16 et 25 et patientes âgées de ≤ 50 ans :

  • Certains experts d'UpToDate ne recommandent pas de CT (préférant l'ajout d'une suppression ovarienne à l’HT pour les femmes non ménopausées de ce sous-groupe présentant des facteurs de risque élevés de récidive). D'autres experts d'UpToDate recommandent la CT pour certaines patientes de ce sous-groupe, en particulier celles présentant un score intermédiaire élevé (21 à 25) ou un risque clinique élevé.

RS ≥ 26 :

  • Nous suggérons généralement une CT, quel que soit l'âge (grade 2B), sachant que les données à l'appui sont plus solides chez les patients dont le RS est > 30.

N1

Pour les femmes ménopausées ayant 1 à 3 ganglions lymphatiques atteints, certains experts d'UpToDate proposent une CT, tandis que d'autres appliquent le RS.

Si un test est utilisé :

  • La CT est omise pour celles dont le RS est ≤ 25;
  • Une CT est proposée à celles dont le RS est ≥ 26.

Pour les femmes non ménopausées avec 1 à 3 ganglions atteints, les auteurs sont partagés quant à leur approche. Certains suggèrent la CT, compte tenu de l'efficacité démontrée de cette approche par un essai randomisé et du manque de données disponibles concernant la suppression ovarienne comme option de rechange; d'autres utilisent le profil d'expression génétique pour orienter les décisions thérapeutiques.

Si un test est utilisé :

  • Un RS ≤ 25 sera utilisé pour proposer une suppression ovarienne avec inhibition de l'aromatase.
  • Pour un RS ≥ 26, une CT est recommandée.

ESMO 2024 [6]

 

N0

T1cN0, T2-3N0 et faible risque (RS ≤ 15) :

  • Ne pas administrer de CT.

T1cN0, T2-3N0 et risque élevé (RS ≥ 26) :

  • Administrer une CT.

T1cN0, T2-3N0 et faible risque (RS ≤ 15) :

  • Une CT peut être considérée, particulièrement si une suppression de la fonction ovarienne n’est pas administrée.

T1cN0, T2-3N0 et risque élevé (RS ≥ 26) :

  • Administrer une CT.

N1

T1-2N1 et faible risque (RS ≤ 15) :

  • Ne pas administrer de CT.

T1-2N1 et risque élevé (RS ≥ 26) :

  • Administrer une CT.

T1-2N1 et faible risque (RS ≤ 15) :

  • Une CT doit être considérée, particulièrement si une suppression de la fonction ovarienne n’est pas administrée.

T1-2N1 et risque élevé (RS ≥ 26) :

  • Administrer une CT.

ASCO 2022 [8]

N0

RS ≥ 26 :

  • Le clinicien devrait proposer une CT (type : fondée sur des données probantes ; qualité des données: élevée ; force de la recommandation : forte).

RS 16-25 et patientes de 50 ans ou moins :

  • Le clinicien peut proposer une CT en plus de l’HT (type : fondée sur des données probantes ; qualité des données: intermédiaire ; force de la recommandation : modérée).

RS ≥ 26 :

  • Le clinicien devrait proposer une CT (type : fondée sur des données probantes ; qualité des données: élevée ; force de la recommandation : forte).

N1

RS ≥ 26 :

  • Le clinicien devrait proposer une CT (type : fondée sur des données probantes ; qualité des données: élevée ; force de la recommandation : forte).Oncotype ne devrait pas être offert pour ces patientes
 

ProsignaMC

NCCN

V4 2025 [5]

N0

Pour les patientes atteintes d’une tumeur T1-2 pN0 RH+ HER2-, un score de risque de récidive faible (0-40) place la tumeur dans la même catégorie pronostique que T1a–T1bN0M0, quelle que soit la taille de la tumeur.

N1

Chez les patientes atteintes de tumeurs pN+ (1 à 3 ganglions lymphatiques positifs) RH+ HER2- et dont le score de récidive est faible (0-40), il est recommandé d’administrer une HT seule. Le risque de récidive à distance était inférieur à 3,5 % à 10 ans et aucune récidive à distance n'a été observée à 10 ans dans l'étude TransATAC dans un groupe similaire.

ESMO 2024 [6]

 

N0

T1cN0, T2-3N0 et faible risque (ROR ≤ 60) :

  • Ne pas administrer de CT.

T1cN0, T2-3N0 et risque élevé (ROR > 60) :

  • Administrer une CT.

T1cN0, T2-3N0 et faible risque (ROR ≤ 60) :

  • Une CT peut être considérée, particulièrement si une suppression de la fonction ovarienne n’est pas administrée.

T1cN0, T2-3N0 et risque élevé (ROR > 60) :

  • Administrer une CT.

N1

T1-2N1 et faible risque (ROR ≤ 60) :

  • Ne pas administrer de CT.

T1-2N1 et risque élevé (ROR > 60) :

  • Administrer une CT.

T1-2N1 et faible risque (ROR ≤ 60) :

  • Une CT doit être considérée, particulièrement si une suppression de la fonction ovarienne n’est pas administrée.

T1-2N1 et risque élevé (ROR > 60) :

  • Administrer une CT.

CT : chimiothérapie; HT : hormonothérapie; ROR : risk of recurrence; RS: recurrence score.

 

Références
1.

Kalinsky K, et al. 21-Gene Assay to Inform Chemotherapy Benefit in Node-Positive Breast Cancer. N Engl J Med 2021; 385(25): 2336-2347.

2.

Sparano JA, et al. Adjuvant Chemotherapy Guided by a 21-Gene Expression Assay in Breast Cancer. N Engl J Med 2018; 379(2): 111-121

3.

Sparano J, et al. Abstract GS1-05: Trial Assigning Individualized Options for Treatment (TAILORx): An Update Including 12-Year Event Rates. Cancer Research 2023; 83(5_Supplement): GS1-05-GS1-05

4.

Geyer CE, Jr., et al. 21-Gene assay as predictor of chemotherapy benefit in HER2-negative breast cancer. NPJ Breast Cancer 2018; 4: 37

5.

National Comprehensive Cancer Network (NCCN), NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology (NCCN Guidelines®) - Breast Cancer, Version 4.2025. p. 263.

6.

Loibl S, et al. Early breast cancer: ESMO Clinical Practice Guideline for diagnosis, treatment and follow-up. Annals of Oncology 2024; 35(2): 159-182.

7.

Curigliano G, et al. Understanding breast cancer complexity to improve patient outcomes: The St Gallen International Consensus Conference for the Primary Therapy of Individuals with Early Breast Cancer 2023. Ann Oncol 2023; 34(11): 970-986

8.

Andre F, et al. Biomarkers for Adjuvant Endocrine and Chemotherapy in Early-Stage Breast Cancer: ASCO Guideline Update. Journal of Clinical Oncology 2022; 40(16): 1816-1837.

9.

UpToDate FT. Deciding when to use adjuvant chemotherapy for hormone receptor-positive, HER2-negative breast cancer. Juillet 2025 (consulté le 5 août 2025)

10.

Sparano JA, et al. Clinical and Genomic Risk to Guide the Use of Adjuvant Therapy for Breast Cancer. New England Journal of Medicine 2019; 380(25): 2395-2405.

11.

Kalinsky K, et al. Abstract GS3-00: First results from a phase III randomized clinical trial of standard adjuvant endocrine therapy (ET) +/- chemotherapy (CT) in patients (pts) with 1-3 positive nodes, hormone receptor-positive (HR+) and HER2-negative (HER2-) breast cancer (BC) with recurrence score (RS) : SWOG S1007 (RxPonder). Cancer Research 2021; 81(4_Supplement): GS3-00-GS3-00.

12.

Kalinsky KM, et al. Abstract GS2-07: Updated results from a phase 3 randomized clinical trial in participants (pts) with 1-3 positive lymph nodes (LN), hormone receptor-positive (HR+) and HER2-negative (HER2-) breast cancer (BC) with recurrence score (RS) ≤ 25 randomized to endocrine therapy (ET) +/- chemotherapy (CT): SWOG S1007 (RxPONDER). Cancer Research 2022; 82(4_Supplement): GS2-07-GS2-07.

13.

Arbeitsgemeinschaft Gynäkologische Onkologie (AGO). Guidelines Breast - Prognostic and Predictive Factors. Version 2025.1E

14.

Blanchette P, et al. Clinical Utility of Multigene Profiling Assays in Early-Stage Invasive Breast Cancer: An Ontario Health (Cancer Care Ontario) Clinical Practice Guideline. Curr Oncol 2022; 29(4): 2599-2615

15.

National Institut for Health and Care Excellence (NICE). Tumour profiling tests to guide adjuvant chemotherapy decisions in early breast cancer. Diagnostics guidance DG58. Mai 2024: 30

16.

Haute Autorité de Santé (HAS). Actualisation 2023 : utilité clinique des signatures génomiques dans le cancer du sein RH+/HER2- de stade précoce. Saint-Denis La Plaine; 2023.

17.

 

3.7.3.2 Protocoles de chimiothérapie adjuvante

La présente section s’attarde aux chimiothérapies adjuvantes les plus fréquemment employées au Québec pour le traitement du cancer du sein infiltrant de stade peu avancé.

Les liens suivants permettent d’accéder aux sous-sections présentant les données probantes relatives à ces protocoles de chimiothérapie (cf. Ejlersten, 2016 pour une revue plus exhaustive de l’évolution des chimiothérapies adjuvantes, de l’introduction du CMF aux plus récents schémas à base d’anthracycline et de taxane [2]).


Efficacité:

Efficacité des chimiothérapies sans anthracycline ni taxane ou à base d’anthracycline sans taxane (sujets abordés : 1) CMF ; et 2) AC et FEC)
Efficacité des chimiothérapies anthracycline - taxane comparativement aux anthracyclines seules
Efficacité des principaux protocoles de chimiothérapie AC – taxane et FEC D
Efficacité des chimiothérapies anthracycline - taxane dose-dense
Efficacité de l’ajout d’un sel de platine à une chimiothérapie chez les patientes porteuses de mutations BRCA 1/2